09 août 2008

Cours Lola cours… à la plage (Cartoonita)

Le soleil darde ses rayons. La plage de West Strand est noire de monde.
Je tartine tendrement de crème solaire le dos de mon Manni. Soudain, HORREUR ...
Je sens la peau de Manni se désagréger sous mes doigts. Des trous verdâtres qui m’hypnotisent. Tandis que j’entends se rapprocher de moi des voix d’outre-tombe. Ne pas se retourner. Ne pas se retourner. Ne pas se retourner. On me tape sur l’épaule…
« Eh Madame, votre chapeau. Eh, je vous cause. » Mon sombrero qui s’était envolé. Un petit minet avec des lunettes Gucci qui me le ramène. C’était ça. Ouf, ça va pas mieux moi, j’arrête pas de psychoter. Pas de plaies purulentes, ni de zombies grouillants d’asticots et ce qui est entortillé autour de mes poignets, c’est les bracelets que Manni m’a offerts. Un clodo lui avait refilés dans le métro, tu parles d’un cadeau.

 

Je chope le tube de crème solaire et commence vraiment cette fois-ci à tartiner Manni. En chantonnant s’il vous plait. Et là, l’horreur. Mes doigts restent collés. Manni ! Il fond !!! Je crie.
Manni se retourne. « Qu’est-ce t’as Lola ? Pourquoi tu tripotes le Zwiebelkuchen ? T’as de drôles de façons de manger Lola, ma louloutte… ». Je me reprends, encore un trip, je devrais arrêter ces cochonneries, ça me réussit pas.

 

Je retourne à mon tartinage d’anti-UVA et UVB. Indice 30. Avec ça, il risque pas se transformer en écrevisse… Je souris en faisant naviguer mes mains sur son dos. Des grognements m’arrêtent. Manni se retourne brusquement. Son visage est déformé par la haine. Il me lance à la gueule des mots durs, crachés. Avec violence me jette à terre, sur le ventre. Je sens son souffle chaud contre mon cou, prêt à me mordre au sang. Il me murmure quelque chose.
« Eh Lola relève toi. C’est qu’un sale gosse déguisé en loup garou qui t’a bousculé. Ça va ?! »

 

 

Je me remets difficilement à la lourde tâche que ma confiée mon chéri : lui protéger le dos des coups de soleil. C’est alors que j’entends quelque chose siffler. On aurait dit un rapace. Bizarre. Mais ? Manni ? Sa tête roule sur le sable. Tranchée nette. Je tremble.

 

Non c’est un ballon. Des gosses qui jouent au volley. Et Manni qui s’était penché pour prendre quelque chose dans le sac. Je me secoue et respire lentement pour faire passer l’hallucination.

 

 

Le tube de crème à la main, j’essaie de rester calme. Mais ma vision se trouble. On m’attrape par les bras. Des hommes. Je les entends parler. Ils sont énervés « Putain, elle fait chier la vioque, encore dans le couloir en train de caresser le poster de Moritz Bleibtreu. » « Allez, Madame Färberböck, vous allez gentiment retourner avec les autres. Ils regardent le film. Ce soir c’est Swing Heil, il est très bien vous verrez. » « De toute façon, y’a que ça. » J’ai l’impression qu’on m’emmène quelque part. Tout est trouble.

 

« Oui, c’est une insolation. Il faut la réhydrater d’urgence. Appelez le 110. J’essaie de la réanimer. »

plage

Posté par Old_Papistache à 20:30 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags :


Strangulation (Val)

Mélanie était étendue sur son drap de bain, sur le ventre, la tête posée sur ses bras croisés. Le soleil lui chauffait le haut du dos et le derrière des cuisses. Elle était bien. Elle fermait les yeux, pour oublier la foule et s’imaginer qu’ils étaient seuls sur une plage déserte.

Paul était assis sur elle ou presque. Bien sur, ses genoux posés sur le sable, de chaque coté des hanches de sa compagne empêchaient que les reins de Mél supportent le poids de son corps. Il était dans la position idéale pour lui masser le dos et l’enduire de crème solaire. Et elle aimait ça. Les mouvements lents et circulaires de son amant sur sa nuque et ses épaules la plongeaient dans une langueur plus qu’agréable.

Elle était sur le point de s’endormir quand soudain le massage devint bien moins agréable. Paul s’attardait de plus en plus sur sa nuque, et ses mains se faisaient lourdes. Les pressions qu’elles exerçaient sur son cou, puis sur sa trachée devinrent vite insupportables. Elle n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche pour lui demander d’arrêter, qu’un bâillon lui enserra les lèvres, puis toute la partie inférieure de son visage.

Interdite, elle tenta de se tourner mais les mains de son fiancé lui maintenaient les épaules fermement. Elle se débattait du mieux qu’elle pouvait, mais bientôt il se posa sur elle de tout son poids. Elle gémissait tant bien que mal, pensant que sur cette plage noire de monde quelqu’un finirait par être alerté. De même, elle scrutait des yeux ses voisins de serviette. Rien n’y faisait. Personne ne semblait avoir remarqué ni entendu quoi que ce soit d’anormal.

Elle était affolée. La panique, le bâillon, le poids du corps de son compagnon sur ses côtes rendaient sa respiration de plus en plus difficile. Elle ne put plus respirer du tout quand les mains de Paul vinrent lui enserrer le cou violemment.

Quand il lui susurra à l’oreille un petit : « Adieu, chérie » suivi d’un rire étrange, elle sut qu’elle allait mourir là, sur cette plage noire de monde, sans que personne ne le remarque, et des mêmes mains qui l’avaient milles fois caressée, et qu’elle aimait sentir se balader sur elle.

Elle pensait que tout était fini pour elle, quand soudain  plus aucune pression ne retint sa respiration. Elle prit une grande inspiration et trouva la force de se retourner, faisant basculer Paul sur un coté. Déséquilibré,  il tenta de se rattraper à son bras pour éviter la chute. Elle le frappa violemment pour qu’il lâche prise et s’enfuit en courant sans qu’il ait le temps de réagir.

Interloqué, il prononça, comme pour lui-même :

« Si j’avais su que ça la contrarierait à ce point, je ne l’aurais pas laissée dormir. Mais son sommeil semblait si serein … ». 

Posté par valecrit à 12:00 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags :

Ca jette un froid! - Janeczka

Il fait chaud. Le soleil tape. La plage est noire de monde.

Elle, blonde, yeux bleus, poitrine et levres pulpeuses, bikini jaune et rouge a petits pois, se prepare a appliquer de la creme solaire sur le dos de son compagnon.

Lui, brun, elance, est allonge sur le ventre et porte un maillot bleu fort seyant.

La jeune femme sort un tube de creme de son sac et commencer a en etaler sur le dos de son partenaire. Celui-ci se met quasiment immediatement a hurler. Sa peau emet un gresillement et une odeur de bacon s'eleve dans l'air. Les bambins lachent leurs cones et se mettent a brailler. A cette vue, les autres vacanciers se mettent eux aussi a hurler et prennent leurs jambes a leur cou, y compris la jeune preposee a la creme solaire qui s'essuye frenetiquement les mains a sa serviette de bain.

Arret sur image.
Une voix off annonce:
'Cet ete, si vous voulez proteger votre peau du soleil, choisissez Soleil Exquis, indice 15.'

Fondu enchaine sur le couple, grand sourire Ultra-Brite sur le visage, en pleine seance d'application de la dite creme solaire.

Posté par Janeczka à 12:00 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags :

Abbey road. 10, Humour noir (Joe Krapov)


(Merci de lire auparavant : « Abbey road. 9, L’Horreur » contribution dont ce texte-ci est la suite et la fin)

Le maître-nageur l’avait fait poireauter un quart d’heure, sans rien lui dire, sans rien faire d’autre que donner un coup de fil, enfin un coup de téléphone sans fil, à la gendarmerie de Lannion. Et maintenant, après avoir franchi la clôture élevée qui entourait celle-ci – la gendarmerie de Lannion avait subi, il y a quelques années, le siège très agressif d’une bande d’alcooliques venus libérer un des leurs et elle s’était pour ainsi dire barricadée depuis derrière un haut grillage -, il était assis face à un type à tête de bon père de famille qui ne prenait même pas soin d’engager des feuilles dans sa machine à écrire pour prendre sa déposition. Pire, il regardait l’écran d’une télé tout en lui causant et en tapotant sur un clavier plat, ce qui avait le don d’exaspérer Camille.

- Comprenez-moi, monsieur Cinq-Sens. Nous sommes en 2008, pas en 1966. Je ne peux pas vous expliquer comment cela marche matériellement mais on vous a extirpé de votre époque et de votre univers en raison d’ordres venus de plus haut. Vous n’êtes pas le seul à être concerné. Tous les personnages de fiction sont dans votre cas. Nous allons opérer un tri parmi vous : on ne lit plus de romans de nos jours. Les gens ont besoin de réalité : des magazines sur la vie des stars, les hommes politiques, les sportifs. Il leur faut de la télé, de la réalité, de la télé-réalité, du pain et des jeux uniquement. Du coup certains personnages de fiction sont rappelés pour… Appelons ça une mise à l’écart si vous voulez. Quelques uns de vos soi-disant héros sont de très mauvais exemple pour la jeunesse de notre pays.

- Je ne suis pas un héros ! s’emporta Camille. Mes faux pas me collent à la peau ! Et puis qu’est-ce que c’est que cette histoire de personnage de fiction et de moralité. Je suis un honnête vendeur de limonade, moi. Je suis aussi vivant que vous. Tenez, touchez ici. C’est pas du réel, ça ?

Camille lui avait tendu le bras et le brigadier lui avait appliqué une grande claque sur le dessus.

- Eh ! Oh ! Ca va pas ? Mes coups de soleil, tout de même !

- C’est pour que vous compreniez bien laquelle, des deux réalités, est plus forte que l’autre. Votre bistrot de la rue de Dinan à Rennes, c’est vrai, je vous le concède, il existe. Mais en 2008, vous n’en êtes plus le propriétaire. Vous n’en avez jamais été le propriétaire d’ailleurs. Vous n’appartenez pas au genre biographie. D’après les premiers renseignements que nous avons recueillis, vous seriez même plutôt du genre littérature de série Z. Ou de quatrième zone. Vous ne voulez toujours pas nous livrer le nom de votre créateur ?

- Puisque je vous dis que je n’ai aucune religion !

- Il n’y a pas de majuscule à « créateur ».

- Je n’ai aucune religion là-dessus. C’est une histoire de fous !

- Ne vous énervez pas. Nous allons forcément trouver. Vous êtes obligatoirement fiché quelque part. Notre système ne peut pas commettre d’erreur. Pourqu’on soit aller vous repêcher dans la spirale du temps, c’est qu’il y a bien une raison. Voyons, un patron de bistrot à Rennes en 1966. C’est donc trop tôt pour avoir fait mai 68. C’est la première fois que j’ai un personnage dans votre genre. Vous faisiez du trafic de quelque chose ? C’était un bar louche ?

- Dites, brigadier, faudrait voir à pas exagérer quand même ! Je viens signaler une disparition et non seulement vous me racontez des histoires à dormir debout mais ensuite vous me cuisinez comme un vulgaire truand. Je n’ai rien fait moi, je suis venu en vacances chez vous, je me suis juste baladé dans vos paysages, c’est un crime ? 

- Ah voilà l’agent Loreille qui revient. Nous allons enfin savoir.

L’agent Loreille était un petit maigrichon au visage mince et aux oreille décollées. C’était là son vrai nom !

- J’ai trouvé, chef ! J’ai mis du temps parce que ses aventures ne sont pas publiées sur papier. L’auteur est un dénommé Joe Krapov. Il y a deux pièces de théâtre au catalogue de la Bibliothèque Nationale de France mais elles n’ont apparemment pas été jouées. Et puis monsieur Cinq-Sens ne vient pas de là. Il y a aussi sur Amazon.fr deux brochures satiriques dont une s’intitule « Joe Krapov écrit aux z’élus de Sablé et à plein d’autres gens ». Ca date de 1996. Ca ne vous dit rien Sablé, chef ?

- C’est la ville de l’ancien premier ministre ? Quel rapport ?

- Par Saint-Brice, vous êtes incollable, brigadier ! Pour le rapport, aucun. Celui-ci…

L’agent Loreille fixa Camille et eut la même grimace dégoûtée que tous ceux qui l’avaient considéré jusqu’à présent.

- Cette sueur orange qui leur coule sur le front et ces yeux vides, franchement, je trouve ça vraiment affreux !

- C’est le passage par les volutes du temps, agent Loreille. Un phénomène physiologique auquel nous ne pouvons rien mais qui nous permet de les repérer lors de leur rematérialisation. Continuez, mon vieux.

- Alors voilà. Camille Cinq-Sens. Une incursion dans un roman de San Antonio.

- On s’est déjà débarrassés de l’affreux Bérurier.

- Et surtout… Vous ne devinez pas où je l’ai retrouvé ?

- Non.

- Sur des sites Internet censurés : Les Impromptus littéraires, le Défi du samedi et surtout Kaléidoplumes. C’est sur ce dernier qu’on l’a repêché. Une histoire d’île déserte en plusieurs épisodes.

- Okkkaaaayyye ! Je comprends mieux !

Il fit venir Loreille près de lui et lui dit à voix basse :

- Appelle-moi ton compère Lardu. Vous allez l’embarquer. Je téléphone pour savoir où il y a de la place. »

Loreille sortit puis revint escorté d’ un gros gendarme à l’air bourru.

- Vous allez patienter en cellule, monsieur Cinq-Sens. J’ai un coup de téléphone ou deux à donner et ensuite votre affaire sera réglée rapidement, je vous le promets. »

Bien évidemment Camille opposa ce qui lui restait de résistance physique à cette incarcération arbitraire. Mais que vouliez vous qu’il fît contre deux gendarmes et leurs renforts ?

***

Il ne restait plus de place au centre de rétention de Saint-Jack-de-la-Lande près de Rennes. C’est pour cette raison que Camille Cinq-Sens fut envoyé dans celui de Sablé-sur-Sarthe. Tout comme les prisons, les mouroirs, et les logements des pauvres qu’on appelait des ghettos, ce centre avait été construit à l’écart de la ville, plus précisément même dans la commune voisine. Il n’avait du reste pas été bâti puisqu’on s’était contenté de réaménager un grand bâtiment haut et sinistre situé dans le centre du bourg, comprenant des cellules avec d’étroites fenêtres donnant sur la rivière. C’est ainsi qu’on perdit toute trace de Camille Cinq-Sens le jour il entra comme « retenu »… à l’abbaye de Solesmes.

_d_fi

Posté par valecrit à 12:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags :

Abbey road. 9, L’horreur (Joe Krapov)


C’est si bon de se réconcilier ! De se réconcilier sur l’oreiller. De se réconcilier sur la plage de l’île Renote à Trégastel. Le soleil y darde ses rayons en ce jour béni du 13 juillet 1966, le temps est superbe et la plage est noire de monde. Un immense rocher en forme de dé à jouer est posé sur une pointe à gauche et y défie la mer comme un phare à l’entrée d’un port.

Ce n’est pas que Camille Cinq-Sens et son épouse Agathe étaient fâchés, du reste, mais au début de ces vacances, « l’oncle » Camille était en crise, saisi d’une envie soudaine d’envoyer paître tout et tout le monde, de changer de vie, de passer de son statut de patron du bistrot « Le Vieux saint-Etienne » situé dans une rue populaire de Rennes à celui de moine bénédictin à l’abbaye de Solesmes dans la Sarthe. Drôle d’idée !

Dans ce monde où tout est possible et où tout est réalisable évoluer professionnellement a toujours été très bien vu mais les engagements sentimentaux et surtout maritaux ne peuvent être balayés d’un revers de la main. Agathe avait fait tout ce qu’elle avait pu pour s’opposer au départ de son mari. C’est qu’elle l’aimait, son gros Camille, la jolie Colombienne !

Elle lui avait donc offert ces deux semaines de vacances en solitaire dans la maison de son amie Anita, absente, afin qu’il s’habituât à la vie monastique et se rendit compte effectivement de ce qu’était un séjour dans une île déserte. Bien sûr, avant même la fin des quinze jours, il l’avait appelée en catastrophe pour qu’elle revienne le chercher. Cette fine mouche d’Agata qu’on appelait « tante Agathe » en référence à une chanson de Rika Zaraï avait encore su y faire – les jolies femems ont toujours raison ! – et avait gagné le retour de l’enfant prodigue au bercail.

Avant de s’en retourner sur Rennes ils s’étaient offert une dernière sieste crapuleuse dans la masion d’Anita puis, après avoir tout fermé, ils avaient décidé de prendre un dernier bain de mer. Ils avaient choisi pour cela l’île Renote qui n’est en fait qu’une presqu’île bordée de rochers roses et de plages de sable fin.

- Camille, tu veux bien me passer de la crème solaire sur le dos ? »

- Bien sûr, mon amour ! »

Il pressa sur le tube de la main gauche et le petit bruit « ploutch » expulsa par un minuscule trou dans le couvercle orange une petite crotte de pommade blanche sur le bout de son index et de son majeur droits. Il appliqua l’écran total et songea à tout le cinéma qu’on se faisait autour de ça autrefois. C’était alors quasiment un prétexte à préliminaires amoureux et le jeune Jean-Paul Binoclard était tout émoustillé quand Simone Lecastor le sollicitait pour qu’il l’enduisît ainsi. Il ne manquait plus qu’une danse accordée au jeune bigleux – Binoclard portait bien son nom ! – le soir du bal aux lampions du 14 juillet pour qu’il sorte de son huis clos de limbes et se mette à regarder la vie d’un autre œil que celui d’un migraineux à nausées.

Puis passent les années, arrive l’âge de raison et alors les jeux sont faits : ce même petit geste, Camille en était bien conscient tout en massant le dos parfait de son Agathe, ne vous laissait plus que la sensation d’avoir les mains sales. Mais bon, sans doute les femmes étaient-elles ainsi faites qu’elles étaient moins « triste animal» après le « coïtum » et que ce petit geste postfacier semblait, elles, les emplir d’aise, comme si elles se rappelaient avec bonheur de ces préliminaires anciens.

C’est alors que l’horreur absolue se produisit. Sous le contact de la main droite de Camille qui tartinait largement et mollement la chair tout en se laissant aller à ses pensées existentialistes à deux balles, il n’y eut soudain plus rien. En un éclair de flash, le corps d’Agata avait disparu.

Mais ce n’était pas tout. Dans le moment du basculement, à part la mer et les rochers qui n’avaient pas changé, leurs plus proches voisins et tous les occupants de la plage s’étaient métamorphosés. Dans son champ de vision immédiat, la famille Duraton qui jouait à la pétanque avec des boules en bois avait été remplacée par deux jeunes filles aux seins nus qui se lançaient à tour de rôle un rond de plastique rose fluorescent. A sa droite un quadragénaire à cheveux frisés et lunettes d’écailles parlait dans un rectangle de plastique noir doté d’un écran de télé lumineux et minuscule.

- Allô ? Ici Schmutz ! T’es où là ? Oui, il faut vendre, mon vieux ! »

Un téléphone ? Sans fil ? Sur la plage ? Et à sa gauche, ce journal sur le visage de la dame allongée, ce n’était ni France-Soir, ni Paris-Jour, ni Ouest-France. C’était, d’après ce qu’il lisait, Direct Soir. Un titre dont il n’avait jamais entendu parler.

Il se leva, secoua sa serviette. Celle d’Agathe avait disparu en même temps que le corps superbe de la jolie Colombienne, ses vêtements et son sac itou. Avait-il eu un étourdissement ? S’était-il endormi ? Il lui semblait bien que non. Sa main n’avait plus rencontré soudain que le vide et il avait même failli en perdre l’équilibre.

Il commença à paniquer puis il se dit que ce n’était pas possible. Elle était forcément retournée se baigner ou avait dû aller chercher quelque chose dans la voiture. Il se rhabilla, ramassa le sac à dos auquel il devait ce fabuleux bronzage de randonneur – deux bandes verticales blanches de chaque côté de son poitrail rouge -, et, gardant ses sandales à la main à cause du sable, il parcourut toute la plage. Aucun transistor ne hurlait et personne ne semblait s’intéresser à l’arrivée de l’étape du jour du tour de France. Pourquoi se fichaient-ils tous du duel Aimar-Poulidor dans cette édition qui avait d’abord été marquée par la domination de Rudi Altig ? Et pourquoi tout le monde en le voyant avait-il un mouvement de saisissement, un geste de recul, une lueur d’effroi dans le regard ?

En retournant au parking il fut abordé par trois jeunes gens qui lui proposèrent des tongs de l’U.M.P. mais avant qu’il n’ait pu leur demander ce que signifiait ce sigle, ils avaient pris la fuite, visiblement effrayés.

Leur Deux chevaux Citroën n’était plus à sa place. D’autres véhicules inconnus de lui, plus ronds, plus massifs, avaient pris la place des Simca 1000, des P60, des 203 et même de la superbe DS 19 à côté de laquelle ils s’étaient garés. Ils portaient des noms ou des numéros étranges : Peugeot 206, Toyota, Renault Twingo, Espace et il fut étonné de lire le nom de Picasso sur l’une d’entre elles.

- Il y a un poste de secours sur l’autre plage » songea-t-il et, malgré le caractère incommode de ses sandales pour ce genre de sport, il se mit à courir le long du sentier sableux en surplomb de la plage. Il laissa bientôt sur sa gauche une suite de cafés, de restaurants et de boutiques de souvenirs bretons qu’il appelait « biniouseries », il contourna la grande terrasse du Forum de la mer et longea les cabines pour arriver sous le drapeau vert du poste du surveillant de baignade.

Un jeune C.R.S. en slip de bain rouge fronça les sourcils et eut une grimace dégoûtée en le voyant débouler. Camille reprit sa respiration et lui dit d’un jet :

- Je voudrais vous signaler deux disparitions : celle de mon épouse Agathe et celle de Titine, notre voiture. C’est une Deudeuche. Et puis je voudrais bien comprendre…

ddde

Si vous aussi désirez comprendre pourquoi Camille Cinq Sens ressemble à cela désormais, rendez-vous sur « Abbey road 10, Humour noir »  pour lire la fin de cette histoire.

Posté par valecrit à 09:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags :


Fais-moi peur (Joye)

Le soleil dardait ses rayons. La plage était noire de monde. Delphine oignit tendrement de crème solaire le corps de son tendre partenaire, Rufus.

-- Dis, Rufus, tu pèses combien ?

-- Ah non, tu ne vas pas recommencer !

-- S’il te plaît, mon nounours, dis-le-moi, combien de kilos ?

-- 110, je pense.

-- Kilos ?

-- Bah oui !

-- Et tu fais combien de mètres ?

-- 1,70.

Rufus fit un petit gémissement d’ennui. Depuis qu’il connut cette fille, elle ne faisait que lui poser ces deux questions, encore et encore et encore. Mais bon, les mains que lui massaient les deltoïdes lui firent oublier sa petite colère. Cette femme était une trouvaille ! Elle cuisinait comme un rêve, elle ne se plaignait jamais de son ventre qui, chaque jour, débordait de en plus le haut de son jean. Qui plus est, elle ne demandait jamais qu’il bouge trop, elle lui apportait ses repas, elle cherchait la télécommande, elle aimait bien qu’il s’endorme devant la télé après deux ou trois bières…ah oui, se dit-il, juste avant de rendormir, cette Delphine était une perle !

Delphine sentit que Rufus se rendormait, mais elle sourit. Elle reprit de la crème solaire, afin de pouvoir continuer son massage voluptueux.

-- Ouais, lui murmura-t-elle. Tu es parfait, tu as juste la proportion parfaite, mon amour !

Car en massant, elle le voyait déjà, sa chair marbrée et tendre, le jus qui ferait une sauce impeccable, les rôtis, les steaks et les escalopes, les deux jambons énormes, et tout le bacon qu’on ferait de sa grosse bedaine – la partie la plus demandée au marché noir – une fois de retour sur sa planète natale.

Posté par valecrit à 09:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :

C'est extra (Martine27)

Le soleil dardait ses rayons.
La plage était noire de monde.
J’étais en train d’oindre de crème solaire mon ami étalé là telle une amibe géante.
Quand soudain, une ombre immense recouvrit la plage.
Une voix synthétique s’éleva :

« Terriens ? si vous ne bougez pas aucun mal ne vous sera fait »

Bien sûr, ce qu’il ne fallait pas dire. Vous avez remarqué n’est-ce pas ? Les extra-terrestres ne savent jamais dire ce qu’il faut pour que les indigènes bornés de la planète envahie se tiennent tranquilles.

Bref, ce fut la débandade sur la plage.
Hurlant, la plupart des touristes en train de se faire frire la couenne se levèrent et filèrent ventre à terre, mon ami y compris me laissant seule les mains dégoulinantes de cette saleté de crème solaire, moi qui reste toujours prudemment à l’ombre du parasol.

Bon d’accord, je ne faisais pas vraiment preuve de courage, j’étais juste tétanisée.

Evidemment, ils (les étrangers) n’attendaient que ça, et zip, un rayon de la mort par ici, un rayon de la mort par là et la plage était nettement moins noire de monde je vous le dis. En plus, drôlement propre le rayon de la mort, écologique et tout, un coup de zip et plus rien qu’un peu de vapeur, non vraiment très propre.

Après, qu’ont-ils fait des survivants dont j’étais une des bien involontaires représentants (encore que je préférais nettement faire partie des survivants que des zappés, comme on dit mieux vaut un lâche vivant qu’un héros mort). Eh bien, mollement étalée sur la serviette laissée par mon défunt ami (il a d’ailleurs fait un très beau zap) je me laisse oindre avec délectation de crème solaire par quelques unes des 8 tentacules de mon nouvel ami.

Voulez-vous que je vous dise, rien ne vaut les tentacules pour étaler la crème, ça vous enveloppe, ça vous caresse, ça vous masse, hmmmm, un vrai plaisir, j’en redemande.

Pardon ? Pourquoi je pactise avec les envahisseurs plutôt que de lutter jusqu’à la mort pour les renvoyer dans leur galaxie ? Je ne vois vraiment pas pourquoi je renverrais chez eux ces charmants touristes (bien qu’un peu bizarres physiquement, je veux bien le reconnaître) ils demandaient simplement qu’on leur laisse un peu de place sur la plage (bien sûr la formulation de leur demande laissait un peu à désirer, nous sommes d’accord).

Est-ce ma faute à moi si sur notre planète leur rayon transporteur se transforme en rayon de la mort ? Non, n’est-ce pas ? Alors laissez-moi déguster tranquillement ce divin moment d’entente intergalactique !

Posté par Old_Papistache à 09:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags :

L'amour à la plage (Papistache)



“Jessica rejeta ses longs cheveux blonds en arrière d’un élégant mouvement de la main. Elle aimait le soleil et il le lui rendait bien. Cette petite plage à l’écart de la cohue des grandes cités balnéaires de la côte atlantique les avait séduits. Une journée à lézarder, sans se prendre le chou, comme aimait à répéter le bel éphèbe qui paressait à ses côtés, allongé sur une serviette d’un rose fuchsia assorti au vernis à ongles de la superbe femme dont la cinquantaine radieuse aimantait tous les regards masculins  en cette matinée resplendissante.

Une voix chaude et caverneuse émergea des bras croisés sur lesquels reposait la tête brune et bouclée de David.
— Darling ! Tu me passes de la crème ; tu fais ça si bien !
Jessica sourit. Elle aimait qu’il l’appelle Darling. Elle dévissa le capuchon du tube, acheté la veille au drugstore, et déposa de petites meringues de pâte odorante sur le dos bronzé de son amant.
Le jeune homme gémit :
— Hummmm !
Jessica s’appliqua à faire pénétrer le produit dans l’épiderme souple. Ses ongles traçaient de nombreuses volutes compliquées qu’elle imaginait comme autant d’arabesques de plaisir. David jouissait du moment en forçant un peu ses feulements. Sa compagne irradiait. Elle ferma les yeux et poursuivit son lent massage. Sa main droite descendit vers les reins du garçon quand, soudain, la colonne vertébrale  fléchit sous la caresse. Déséquilibrée, la pulpeuse quinquagénaire tenta de se redresser en appuyant son coude droit sur les fesses musclées qu’enserrait un maillot de bain de couturier. Son bras s’enfonça sans rencontrer plus de résistance que s’il avait plongé dans un  flan aux œufs. Elle ouvrit les yeux et lança sa main gauche vers les omoplates du garçon pour enrayer sa chute. Sa main disparut dans le corps couleur miel de châtaignier. Elle tomba le buste en avant. Affolée, elle battit des bras, cherchant vainement une prise ferme à laquelle se retenir. Elle pataugeait dans une mélasse chaude. Ses épaules, sa tête s’enfouirent dans le magma. Elle retint sa respiration. Il lui semblait qu’un marécage putride l’engloutissait sans qu’elle ne puisse rien faire pour arrêter l’aspiration. Deux mains rugueuses se posèrent brutalement sur ses fesses, contractant ses abdominaux elle essaya de se redresser. L’inconnu qui l’avait saisie aux hanches la maintenait dans son humiliante prosternation. Elle imagina sa croupe rebondie offerte à tous les regards. Ses bras continuaient à brasser dans le corps de son amant. D’un coup sec, les mains étrangères lui arrachèrent son maillot. Jessica hurla. Sa bouche, sa gorge et sa trachée s’emplirent d‘une bouillie infecte et grouillante, une vive douleur lui ...”

— Mais qu’est-ce que c’est que ce bouquin que tu m’as pris ? C’est répugnant !

Sébastien se redressa sur les coudes. Bien qu’il ne soit encore que dix heures du matin, il transpirait abondamment sous le parasol prêté par Belle-Maman. La petite boutique au bord de la plage n’offrait pas un grand choix littéraire, il avait pensé que Monique aimerait ce livre à la couverture noire et rose. Un titre prometteur “ L'amour à la plage” dans la collection Frissons et Gargouillis.

Monique, d’un geste exaspéré, jeta le livre de poche qui acheva sa course entre un os de seiche et une pelote de posidonies. Sa mère avait acheté un petit appartement sur la Côte d’Azur et le partageait avec eux chaque été. Sébastien et elle venaient s’allonger sur la plage étroite, tous les jours, du 14 juillet au 15 août. Au moins, au retour des vacances, le bronzage de la standardiste lui permettait-il de soutenir la comparaison avec celui de Déborah, la secrétaire de direction : “Ah ! les Seychelles, Monique, c’est divin !”

La jeune femme se retourna sur le ventre. Sébastien, lui, détestait le soleil qui le lui rendait bien. “Mais, Chéri, tu peux faire un effort, un mois l’été, pour Maman !” Chéri consentait à tout, aux allergies au soleil, aux brûlures, aux mycoses, aux moqueries des collègues sur son nez rutilant, ses oreilles pelées, tout ...

— Moune, je cuis, tu me passerais de l’écran total ?
— ...
— S’il te plaît, Monique !

Monique détestait qu’il l’appelle Moune, elle se redressa et entreprit de tartiner le dos luisant et flasque de son mari. Il avait beaucoup grossi à l’approche de la quarantaine. Par malignité, elle évita soigneusement de protéger le bas des reins du  malheureux. “La brûlure calmera ses ardeurs. Avec cette chaleur, je ne supporte plus le contact de sa peau !”  Fugitive, l’image d’un morse albinos échoué sur une plage de sable fin lui provoqua un rictus de dégoût quand, soudain, au bout de la plage se profila une silhouette de rêve. Déborah ? Déborah, ici, à la Potinière ? Elle se dirigeait vers eux. Vite, il fallait trouver une solution. A l’agence, Monique s’était toujours présentée comme célibataire. Déborah ne devait pas rencontrer Sébastien. Trop tard pour l’enterrer ou l’envoyer se baigner. D’ailleurs, il ne savait même pas nager ! Une idée ! Une idée !
— Sébastien, viens sur moi !
— ... ?
— Si tu ne fais pas ce que je te dis, tu ne me toucheras plus jamais. Jamais !

Sébastien avait reconnu les intonations de son épouse, celles qui indiquaient qu’il devait se plier immédiatement et sans réfléchir au moindre désir. La dernière fois, elle avait dit : “Six mois sans me toucher !” et elle avait tenu six mois ! Alors, aujourd’hui ...

En soufflant, le garçon s’allongea sur le corps de son épouse.
— C’est Déborah ! Elle ne doit pas me reconnaître. Enlace-moi ! Ne bouge pas tant qu’elle est sur la plage.


Déborah, au bras d’un homme d’âge mûr à la peau cuivrée et aux cheveux argentés lança :
— Darling ! Regarde ces deux-là ! C’est d’un drôle ! Attends je vais les photographier.

Sous la masse de son époux, Monique frissonna. Ses cheveux ! Pourvu qu’elle ne reconnaisse pas sa couleur. Elle pensa qu’elle aurait dû en faire une nouvelle pour les vacances. Sébastien pesait une tonne.
— Appuie-toi sur tes coudes ! lui souffla-t-elle, tu m’écrases !
— Chutt ! chuinta-t-il.

Déborah déroula sa natte de plage à dix mètres du couple enlacé. La cata !
— Cache-moi, expira la standardiste avec difficulté.
Sébastien était ravi. Il avait toujours rêvé de faire l’amour sur la plage. Bon, là, c’était un simulacre mais...
— Arrête ... Obsédé ... Pense à autre chose ... haleta la prisonnière des cent-deux kilogrammes.
Penser à autre chose, elle avait de bonnes, elle. Sébastien essaya de visualiser ses collègues de travail l’accueillant avec les habituelles moqueries de rentrée mais, difficile d’oublier qu’il tenait sous lui le corps souple et chaud de son épouse. Son bassin esquissa une lente rotation. Monique lui tordit le gras du ventre. Il hurla. Déborah et son ami pouffèrent.
— Séb ... tu me...  le... paie... ras !
Penser à autre chose. Penser à autre chose. Penser au travail. Au travail, il parvenait sans peine à s’endormir. Son corps se fit plus lourd. Monique respirait mal. Elle tenta :
— Séb... soulèv... Séb... je ...

Sébastien dormait depuis deux heures quand Belle-Maman vint les rejoindre avec Moumoune, son caniche blanc et arthritique.  Le dos du garçon était écarlate. La vieille dame lui toucha l’épaule du bout d’un  livre de poche qu’elle venait de ramasser entre un os de seiche et une pelote de posidonies :
— Sébastien ? Où est ma fille ? Elle se baigne ?

Posté par Old_Papistache à 09:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :

Horreur sur la plage (MAP)

Projet_Plage

Posté par Old_Papistache à 09:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags :

03 août 2008

Défi #22

Le défi #22
celui qui glace les sangs
des plus blasés
d’entre tous les blasés !

"Le soleil darde ses rayons.
La plage est noire de monde.
Il (ou elle) oint tendrement
de crème solaire le corps de sa (son) tendre partenaire. Soudain, HORREUR ..."

moins_de_18_noir Pour ce défi estival, vous devrez aller puiser au fond du fond de vos fantasmes les plus effrayants et vous devrez nouer les tripes de vos lecteurs.  Humour toléré, mais noir de noir.

La publication des textes  sera soumise à accord parental.moins_de_18


samedi

Ont obtenu le blanc-seing de leurs parents (ce qui évite la censure) : MAP, Papistache, Martine27, Joye, Joe Krapov, Janeczka, Val...

Posté par Old_Papistache à 06:00 - - Commentaires [21] - Permalien [#]
Tags :