22 septembre 2012

Se sont souvenu de Madame S

Mais de laquelle ?

Celle-ci ou celle-là ?

À nous de voir...

 

Venise ; Walrus ; Vegas sur sarthe ; Anémone ;

EVP ; KatyL ; Joye ; Mamido ; Joe Krapov ;

Adrienne ; Poupoune ; Célestine ;

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Un matin d'automne (Célestine)

Moi

 

« Vous ne me reconnaissez pas ? » demandai-je.

La femme me lança un regard scrutateur ; elle avait entrouvert la porte d'entrée. Je m'approchai et montai la marche devant la maison.

« Non, je ne vous reconnais pas. »

-« Je suis la fille de Mme S... »

-« Quoi que… »

La vigne vierge faisait comme un rideau incarnat dans l’or du soir.

Le jardinet alentour, propret, envahissait l’espace de ses massifs d’hortensias un peu fous.

La pâleur soudaine de cette femme me choqua. Elle donnait l’impression d’avoir vu un fantôme. Elle m’invita à entrer, et je la suivis dans un couloir clair orné de photographies d’enfants.

La femme m’offrit une tasse de thé. Mon long périple m’avait harassée. Mais elle était la dernière de la liste, et je pourrais enfin rentrer chez moi.

Je contemplai cette femme entre deux âges, qui avait connu ma mère, comme les autres, les trente-et-un autres…Et quand je lui tendis sa feuille, comme les autres, elle pleura.

 

 

***

 

Elle

 

J‘ai regardé  partir ma visiteuse, et je me suis assise près de la fenêtre. Mon regard s’est attardé sur la feuille un peu jaunie entre mes mains, sur l’écriture serrée à l’encre rouge, tel un message qui me serait venu d’outre tombe…  « Excellentes dispositions pour l’écriture »J’ai senti rouler une larme. Tout un  pan de ma vie m’est revenu en pleine face.

Madame S…fauchée en pleine jeunesse, Madame S. dont tout le monde était amoureux, les filles comme les garçons. Belle, sensible, bienveillante…Nous avions quinze ans. C’était la seule qui croyait en nous à l’époque, nous les paumés, les oubliés. Et il avait fallu que ce putain de camion… Et sa fille aujourd’hui, qui débarque chez moi, mon dieu ce qu’elle lui ressemble…

 

***

 

Moi

 

Voilà, maman, je les ai presque tous retrouvés. Ca n’a pas été une mince affaire, tu sais. A part Bernard Ménard, qui est mort, et Angèle Petitbon qui est parti en Bolivie, ils ont tous reçu leur copie, avec juste trente-deux ans de retard … Mais quand on aime, on ne compte pas, hein, maman ?…

J’ai arrangé un pot de fleurs et j’ai quitté le cimetière sur la pointe des pieds. Il commençait à faire frisquet.

 

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Est-ce Madame S ? (Poupoune)

« Vous ne me reconnaissez pas ? » demandai-je.

La femme me lança un regard scrutateur ; elle avait entrouvert la porte d'entrée. Je m'approchai et montai la marche devant la maison.

« Non, je ne vous reconnais pas.

-  Je suis la fille de Mme S... »

Je n’ai pas eu le temps d’en dire plus avant que la vieille ne me referme brutalement sa porte au nez. A peine si j’avais pu voir son visage, rapidement déformé par ce qui était peut-être de la surprise, même si ça ressemblait plutôt à de l’effroi. Je restai là, immobile et perplexe, à me demander ce que cela pouvait signifier. Un nouveau bruit du côté de la porte m’a tirée de ma torpeur. La vieille paraissait moins terrifiée, mais infiniment plus agressive. Et ce n’est plus l’expression de son visage qui me donnait cette impression, mais plutôt le fusil qu’elle pointait droit sur moi.

« J’me suis pas laissée emmerder par la mère, c’est pas pour me coltiner la fille ! »

C’est à ce moment-là que je me suis aperçue que je n’étais pas au bon numéro et que je n’avais pas sonné à la bonne porte. Je ne sais pas ce que cette vieille-là avait contre la Madame S qui n’était pas ma mère. Je n’ai pas eu le temps de formuler la question entre le moment où son doigt a pressé la détente et celui où la balle a atteint mon front et fait exploser ma boîte crânienne.

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Le coffret (Adrienne)

« Vous ne me reconnaissez pas? » demandai-je.
La femme me lança un regard scrutateur; elle avait entrouvert la porte d'entrée. Je m'approchai et montai la marche devant la maison.
- Non, je ne vous reconnais pas.
- Je suis la petite-fille de Maurice et Adrienne S…
- Je ne vois pas de qui vous voulez parler.

Il était clair qu’elle n’avait envie ni de me recevoir, ni de se souvenir. Mais il y avait eu cette crispation fugace autour de sa bouche qui montrait bien qu’elle savait. Et ce regard fuyant au moment où elle allait me refermer la porte au nez. Alors, d’un geste brusque, je lui tendis le coffret :

- J’ai trouvé ça dans les affaires de ma grand-mère. Je crois que ça vous appartient.

Je la plantai là sans attendre sa réaction. Je ne m‘inquiétais pas : sa curiosité ferait le reste.

- Dors en paix, grand-mère, pensai-je en marchant vers la gare d’un pas plus léger, dors en paix. Si tout se passe comme prévu, elle n’aura qu’une hâte : jeter au feu ce coffret qui lui brûle sûrement déjà les doigts, le faire disparaître par les flammes avec son contenu accablant.

Je repris le train et rentrai chez moi. Les deux jours suivants, je scrutai attentivement les faits divers de quelques journaux. Je finis par découvrir ce que je cherchais.

L’explosion avait été terrible.

- Tu es vengée, grand-mère, murmurai-je en reprenant tranquillement une tasse de thé au jasmin.

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Smoking - No smoking (Joe Krapov)

DDS 212 Babette

- Vous ne me reconnaissez pas ? » demandai-je.
La femme me lança un regard scrutateur ; 
elle avait entrouvert la porte d'entrée. 
Je m'approchai et montai la marche devant la maison.
- Non, je ne vous reconnais pas. »
- Je suis la fille de Mme Sanva-Tanguerre. »
- Ca alors ! Babette ! »

 

 

DDS 212 Beatles

- Vous ne me reconnaissez pas ? » demandai-je.
La femme me lança un regard scrutateur ;
elle avait entrouvert la porte d'entrée.
Je m'approchai et montai la marche devant la maison.
- Non, je ne vous reconnais pas. »
- Je suis la fille de Mme Sticket-Toride. »
- Ca alors ! Sophie ! »

 

DDS 212 Donizetti

- Vous ne me reconnaissez pas ? » demandai-je.
La femme me lança un regard scrutateur ;
elle avait entrouvert la porte d'entrée.
Je m'approchai et montai la marche devant la maison.
- Non, je ne vous reconnais pas. »
- Je suis la fille de Mme Sirdamour de Doni-Zetti. »
- Ca alors ! Angélique ! »

 

 

DDS 212 Joystick

- Vous ne me reconnaissez pas ? » demandai-je.
La femme me lança un regard scrutateur ; 
elle avait entrouvert la porte d'entrée. 
Je m'approchai et montai la marche devant la maison.
- Non, je ne vous reconnais pas. »
- Je suis la fille de Mme Stick. »
- Ca alors ! Joy ! »
- Ah non, vous me confondez avec ma jumelle. Moi je suis Ella ! »

 

DDS 212 Gatsby

- Vous ne me reconnaissez pas ? » demandai-je.
La femme me lança un regard scrutateur ;
elle avait entrouvert la porte d'entrée.
Je m'approchai et montai la marche devant la maison.
- Non, je ne vous reconnais pas. »
- Je suis la fille de Mme Sbylema-Nific. »
- Ca alors ! Agathe ! »

 

 

DDS 212 Corons

- Vous ne me reconnaissez pas ? » demandai-je.
La femme me lança un regard scrutateur ;
elle avait entrouvert la porte d'entrée.
Je m'approchai et montai la marche devant la maison.
- Non, je ne vous reconnais pas. »
- Je suis la fille de Mme Sétélèque-Oron. »
- Ca alors ! Eléonore ! »



DDS 212 salsa

- Vous ne me reconnaissez pas ? » demandai-je.
La femme me lança un regard scrutateur ;
elle avait entrouvert la porte d'entrée.
Je m'approchai et montai la marche devant la maison.
- Non, je ne vous reconnais pas. »
- Je suis la fille de Mme Sadudémon ! »
- Horreur ! Malheur ! Larissa ! »

 

 

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La fille de Mme S. (Mamido)

Mamido212
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"Vous ne me reconnaissez pas ?" demandai-je.

La femme me lança un regard scrutateur ; elle avait entrouvert la porte d'entrée. Je m'approchai et montai la marche devant la maison.

"Non, je ne vous reconnais pas."

-"Je suis la fille de Mme S..."

« - La fille de Mme S… ?! »
Son visage où s’inscrivait jusque là une expression de méfiance et de rejet s’éclaira soudain. Sa main qui avait déjà amorcé le geste de me refermer la porte au nez ouvrit celle-ci à deux battants.

« - Mme S…, bien sûr que je me rappelle. Sa fille, une jolie petite gamine aux longues nattes brunes et aux doux yeux rêveurs… C’est vous ?! » dit-elle en hésitant.
Je vis son regard plonger dans le mien, scruter mon visage puis s’attarder, dubitatif, sur mes courts cheveux teints dans un  roux flamboyant. Une expression étrange, presque affectueuse, adoucit ses traits.

« - Oui, je reconnais ces yeux. Et ce sourire, c’est celui de votre mère… Entrez, entrez… »
Je la suivis dans un long couloir qu’éclairait une petite fenêtre en vitrail laissant passer une lumière chatoyante où le rouge dominait. Le bruit de nos pas était étouffé par d’épais tapis et le passage rétréci par des étagères croulant sous les livres empilés en dépit du bon sens.
Il régnait là une odeur de poussière très caractéristique et reconnaissable entre mille à ceux qui ont fréquenté comme moi, les vieilles bibliothèques.

Elle me fit entrer dans un petit salon qui ne dépareillait nullement avec le couloir que nous venions de traverser. Partout, des livres, des revues. Sur les étagères qui recouvraient les murs de la pièce, bien sûr mais aussi, en pile, partout par terre, sur et sous les chaises, les guéridons. Seul était épargné un fauteuil près de la fenêtre. Et encore… Sur le siège attendait un roman en cours de lecture si j’en croyais le marque-page qui en dépassait. De là où je me trouvais, j’en distinguais le titre « Les lisières ».

Mme M. avait suivi mon regard. Elle s’empara du livre et s’installant dans le fauteuil, elle m’expliqua :
« - Travailler dans le monde de l’édition depuis plus de trente ans procure de petits avantages. On m’envoie toutes les dernières parutions. Enfin les plus prometteuses, comme celle-ci.
Elle me désigna un siège, lui aussi recouvert de bouquins.
« -Faites-vous de la place et asseyez-vous. Comment va votre mère ? Voilà une éternité que je n’en ai pas eue de nouvelles. »
« - Mon père est décédé il y a six mois et elle se sent un peu seule dans sa grande maison. Mais, à part cela, elle va bien, merci.»
« - Je suis désolée pour votre père. Je l’ai peu connu mais d’après ce qu’en disait votre mère, c’était un homme bien… Mais que me vaut l’honneur de votre visite ? » demanda-elle brutalement.
Un peu désarçonné par le brusque changement de ton, je m’expliquai :
« - C’est maman qui m’envoie à vous. C’est amusant que tout à l’heure, à mon arrivée,  vous ayez parlé de mon regard, de mon sourire et de ma ressemblance avec elle. Voyez-vous je ne suis pas vraiment sa fille. Elle m’a adoptée. Ce qui m’étonne plus encore c’est que, d’après ce qu’elle m’avait laissé entendre, vous étiez au courant. Elle m’envoie à vous pour que vous m’en disiez d’avantage sur ma véritable mère. »

Le silence s’installa, lourd d’interrogation et d’attente. Mm M. ne bougeait plus, enfoncée dans son fauteuil, elle avait mis le visage dans ses mains. J’attendais qu’elle me réponde, pleine d’impatience et d’espoir. Quand elle releva la tête, je pus distinguer son visage défait.
« - Quand j’ai parlé d’une ressemblance tout à l’heure, je n’évoquais pas Mme S., mais bien votre mère biologique. Mes propos étaient volontairement ambigus. Je ne savais pas si vous étiez au courant pour l’adoption… »
Elle s’interrompit, se leva et se dirigea vers une étagère d’où elle préleva une photographie que je n’avais pas vue en entrant. Elle me la tendit. Je reconnus tout de suite, parmi un groupe de jeunes filles, ma mère, Elisabeth S. Elle avait une vingtaine d’année. Un autre visage attira mon attention. Avec stupéfaction, je découvris la ressemblance avec moi-même. L’ovale du visage, les traits, le regard, le sourire, jusqu’à la coupe ultracourte que j’arborais actuellement. La jeune fille était brune, ce qui, en passant, était ma vraie couleur.

« - Qui est-ce ? » demandai-je d’une voix éraillée à Mme M., en désignant la jeune femme qui me ressemblait tant.
« - Vous l’avez déjà deviné, il me semble, non ? »
« - Ma véritable mère, je ne suis pas sotte tout de même. Mais qui est-elle, vous la connaissez ? »
Mme M. ne me répondait pas. Elle me regardait. Dans son visage, je distinguais de l’incertitude, de l’inquiétude, de la culpabilité… Je plongeai mon regard dans la profondeur de ses yeux bruns. Quand elle esquissa un sourire timide, ma bouche s’arrondit de stupéfaction.
Et soudain, je compris…

« - Quel métier désirez-vous faire plus tard ? » me demanda-elle, de façon incongrue.
Et malgré moi, alors que bien d’autres questions se bousculaient à mes lèvres, je répondis :
« - Je veux être écrivain… »

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FEMMAGE AU MAITRE (Joye)

-"Je suis la fille de Mme S..."

- O.K.

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Madame S (KatyL)

C’est une femme mystérieuse envoûtante, belle brune qui se prénomme Sabine elle est d’origine Sabéenne.

  

Katy1      Katy2

 

Elle collectionne les sabots de vénus dans Son immense appartement tout près de la place Vendôme, c’est une splendeur, il est décoré avec soin.

Elle adore recevoir et son dessert préféré est le sabayon, elle aime aussi le saumon au safran,  sur un lit de salsifis soufflés, la salade le tout accompagné de pain au sarrasin et d’un Saint Esptèphe…..

Cette belle femme très féminine s’habille en Saint Laurent, elle est le raffinement en personne.

 Etant du signe du sagittaire, elle a un caractère souple et agréable, mais sait ce qu’elle veut, elle adore les arts et la culture (son tableau préféré étant les sabines de David), Schönberg en musique, et de Sand à Sagan en passant par Shakespeare en littérature.

Elle connait tous les poèmes de J.F. Sarasin par cœur, c’est un  poète de la société précieuse.

Elle peut-être sauvage ou très sociable selon son humeur, mais surtout elle s’adonne à la spiritualité d’esprit avec satisfaction, on peut dire d’elle qu’elle est épicurienne en tout point.

Sa compagnie est très recherchée par les hommes « en vue », elle parle six langues, et sait d’un regard saisir le caractère de son interlocuteur, et s’il ment, elle a le pouvoir de lire en eux.

Il suffit qu’elle danse une sarabande, qu’elle se mette en mouvement avec grâce, et ils sont tous à ses pieds !

Elle joue en sari soyeux et satiné du sarode pour ses amis qui connaissent son savoir-faire, le tout savamment dosé de lumières tamisées et de parfums rares de seringa qui les envoûtent.

Elle connait les secrets d’état mais n’en souffle mot, rien ne saurait sortir de cette bouche voluptueuse, son œil scrutateur observe et enregistre chaque scène.

Madame S est splendide et sait séduire, mais elle sélectionne son entourage avec soin, ses sens toujours en éveil, elle sent lorsque le moment est venu de se séparer de quelqu’un de sinueux, alors la sentence est sans appel !

Certains ont bien essayés de lui jouer quelques sérénades, mais elle demeure impassible et en toute sérénité s’en va, sans se retourner.

Madame S est ainsi…..   Katy3                       Katy4

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La fille de Mme S. (EVP)

-          Mme S., Vraiment vous ne vous souvenez pas ? On dit pourtant que je lui ressemble trait pour trait.

-          Non…Je ne crois pas…Mais j’ai oublié tant de chose…Je suis très âgée vous savez.

-          Je sais : Vous avez 92 ans Madame Rougier.

La vieille femme semble interloquée :

-          Comment le savez-vous ?

-          C’est ma mère, elle m’a souvent parlé de vous et de cette maison.

-          Elle connaissait aussi la maison ??!

-          Oui, puisque c’était la sienne avant.

Elle respire un peu mieux :

-          Oh ça ! Ça ne peut pas être possible, nous avons toujours vécu là avec mon mari.

-          Non, pas toujours, Madame Rougier, vous avez emménagé ici en 1943.

-          Alors vous voyez, ça fait si longtemps, on s’est marié en 42 et mon mari est mort en 82, c’est comme si on avait toujours habité ici.

-          Pourtant elle était à mes grands-parents cette maison et ma mère est née ici.

Son visage se crispe à nouveau, son ton se fait coupant quand elle demande :

-          Mais qu’est-ce que vous voulez à la fin ?

-          Rien, je voulais voir le visage de celle qui les avait dénoncés et qui s’était approprié leur maison avant qu’il ne soit trop tard. Vous n’avez jamais eu de remords ? Elle vous aimait bien ma mère avant, lorsque vous habitiez la chambre de bonne en face. Elle n’avait que 16 ans à l’époque, heureusement que ce jour-là, elle était chez des cousins qui l’on fait partir aux Etats-Unis. Mais mes grands-parents ne sont jamais revenus eux.

J’ai parlé vite et d’une seule traite, elle recule déjà derrière la porte.

-          Vous devez faire erreur, de toute façon je ne connais pas de Samuelson.

-          Elle s’appelait Judith. Judith Stein à l’époque.

 

La femme, pâle et tremblante, a déjà claqué la lourde porte.

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Réparation (Anémone)

Cela faisait quelque temps déjà que j'y songeais. L'entreprise était de longue haleine et ma taille modeste. Mais il s'agissait de rétablir la justice et de défendre les miens. Je me sentais désormais une détermination farouche. Quand une marche était franchie,je respirais un peu et retrouvais un peu de courage pour progresser vers la suivante. Comme je l'espérais, ma volonté se révélait plus puissante que ma fatigue et ma petitesse.

Arrivée enfin au sommet de l'escalier, il me fallut encore attendre qu'elle se décide à ouvrir la porte. Là je dois dire, je comptais un peu sur le chat, qui était toujours le premier à surgir.

J'avais assez bien calculé le temps nécessaire à mon ascension. Comme prévu, le minou bondit sans retard, autant que sans égard pour moi. Ma principale crainte était un coup de patte ou de pied maladroit. Mais rien de semblable ne se passa. Ce matin-là, elle allait tourner les talons après avoir ouvert au chat, quand je me rappelai pourquoi j'étais là:
-"Vous ne me reconnaissez pas?" demandai-je.
Elle me jeta un regard scrutateur.
- "Non, je ne vous reconnais pas."
- "Je suis la fille de Madame S".

Toujours pas de réaction. Ou plutôt elle restait bouché bée avec, je dois l'avouer, un air un peu idiot.
- "De Madame S?" finit-elle par articuler.
- "Mais oui", repris-je. "Vous avez parlé en mal de moi, d'elle, des nôtres, et pas à juste titre. Je viens demander réparation."
- "Oh c'est vrai", dit-elle toute rougissante. "J'ai toujours regretté ce geste. Mais je n'ai jamais pris la peine de rectifier l'expression de mon jugement." "Je me suis tout à fait trompée", ajouta-t-elle précipitamment.
- "Oui, vous vous êtes trompée, chère Anémone. Aveuglée par votre colère contre les limaces (colère que je puis comprendre quand vous voyiez vos petits semis mangés), vous avez refusé de voir que les limaces et nous ne somme pas de la même engeance. Au fond de vous, vous le saviez. Car c'est bien contre les limaces que vous en aviez. Mais alors, pourquoi avoir refusé de dialoguer? C'était bien un dialogue avec l'escargot qui vous était proposé. Vous saviez que vous et moi étions amis depuis votre enfance, quand vous teniez un des miens sur une feuille pendant toute une promenade. Et vous n'avez pu dissimuler votre admiration pour la forme de nos coquilles. Ni pour notre façon d'être à la fois mâle et femelle. Alors, pourquoi cet amalgame? Vous deviez être bien fâchée, ou un peu surmenée, et à cause de cela à court d'idées."
Là je m'arrêtai, manquant de bave. Je n'avais pas l'habitude de parler si longtemps, ni tout simplement de parler. Mais je m'aperçus qu'elle était émue aux larmes. Elle non plus ne pouvait plus parler. Alors je repris, avec ce qui me restait d'énergie:
- "Comme vous l'aurez remarqué, les escargots s'intéressent assez peu aux plantes cultivées. Et de plus, détail non négligeable, nous mangeons les oeufs de vos ennemies les limaces. Ma mère, madame Spirale, me l'a très bien enseigné." Dépitée, je m'aperçus alors qu'elle avait soudain disparu. Je parlais dans le vide!
- "Je sais", dit-elle, soudain revenue. "Je sais" répéta-t-elle. Et se penchant en glissant vers moi une feuille de salade, elle laissa échapper dans un souffle chaud un "merci" et un "pardon" sincères. Je sentis alors dans le baiser qu'elle n'osa poser directement sur moi une tendresse infinie qui me troubla plus que je ne saurais dire.

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