Aux Greniers Saint-Jean (SklabeZ)

La sono est forte mais sans trop et l’acoustique exceptionnelle. Cet ancien établissement hospitalier du Moyen-âge transformé en salle des fêtes et de concerts fait le bonheur des associations universitaires de cette ville de province. Plusieurs fois dans l’année tout ce que la ville compte d’étudiants se donne rendez-vous ici, dans ce cadre extraordinaire pour une soirée mémorable.

 

Après un dernier jerk endiablé, la tension retombe d’un cran et la grande salle se calme. L’orchestre entame le tube du moment pour un dernier slow. Encore essoufflés de la danse précédente où nous venions tout juste de faire connaissance, nous nous interrogeons du regard et, tout naturellement, nous nous enlaçons.

 

Mes mains sur ses hanches, les siennes sur mes épaules, nous nous déplaçons en tournant lentement et voguons en cadence, au rythme de la musique. Les yeux fermés, je ressens du bout des doigts les ondes de sa peau qui frémit. Ses mains se crispent légèrement, j’ouvre les yeux, son regard plonge dans le mien. L’étreinte se resserre, nos souffles se mêlent. Le décor s’estompe et tout semble disparaître autour de nous. Nous sommes seuls, elle et moi enivrés et envoûtés par cette musique. Je la retiens dans mes bras, prisonnière consentante et je savoure ces instants…

 

De ce slow langoureux, un grand amour est né.

Plusieurs années plus tard, les circonstances de nos vies professionnelles on fait que nous sommes séparés… géographiquement, mais nous nous voyons régulièrement pour notre plus grand plaisir.

Et à chacune de nos rencontres, nous ne pouvons oublier celle qui fut la toute première, bercée par cette musique, ce tube planétaire du moment :

« Nights in white satin » des Moody blues

 

Nights in white satin,

Never reaching the end,

Letters I’ve written,

Never meaning to send...

 

 

Nights in White Satin by The Moody Blues on Grooveshark','hspace':null,'vspace':null,'align':null,'bgcolor':null}">

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Un thé et une madeleine. (caro_carito)

« Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. […] Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. »*

Une madeleine. Une gorgée de thé. Arrêt du temps.

Je n’ai pas trouvé de madeleine. Pas la moindre miette. Je peux énumérer la tarte aux pommes fondantes du dimanche midi. Les pignons de pin de nos dînettes d’enfants. Les étals de bonbons au marché du samedi, le sac en papier marron rempli de nounours à la guimauve et de serpents longs et colorés. J’ai trouvé des éclairs, des meringues, des mokas, des tartes au sucre et des camotillos**. Du sucre candi et des cugnoles***, des marrons glacés qui reviendront enrubannés chaque décembre, des œufs de Pâques. Les pains au lait coupés en deux et recouverts d’une pellicule dure de chocolat noir de mes quatre heures. Des malabars et les mentos à la récré. Des étés diabolo fraise et le premier panaché…

Aucune madeleine.

Peut-être respirer avec délicatesse ce Pouilly-Fumé, fermer les yeux, effleurer l’âme du vin. Une gorgée et les Champs Elysées s’entrouvrent. Une deuxième gorgée, les portes à double-battant s’effacent. Une troisième, que ce vin jamais ne se tarisse puisque les paradis sont éternels

Mais l’ivresse, même légère, n’est pas félicité.

Pas l’ombre d’une madeleine. Ou peut-être cette main ouvragée par le temps. Une fillette aux nattes brunes. Le vieil homme se penche vers elle et glisse entre ses lèvres un chocolat interdit. Elle serre encore plus fort cette main si douce. Ne pas laisser s’échapper l’enfance… Fermer les yeux, fermer les poings. Ne pas laisser s’enfuir le souvenir.

 

*extrait de « Du côté de chez Swann – Combray. A la recherche du temps perdu » Marcel Proust.

** camotillos dessert péruvien à base de patates douces caramélisés au four

*** ou coquille de Noël ou cougnou… brioche que l’on déguste à Noël dans ch’nord.

http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Avesnes_sur_Helpe/actualite/Secteur_Avesnes_sur_Helpe/2008/12/23/article_la-cugnole-la-brioche-de-noel-la-petite.shtml

 

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Une prétérition pour un rendu nul (Joe Krapov)

Plutôt que de vous livrer ceci...


Y avot ben des années que, ed Cambrai, tout ce qui n’étot pas euch cinéma et cheul comédie d’min couquer n’existot pus pour mi, quand un jour eud l’hiver, comme euj rintros à l’mason, eum mère, véyant qu’ j’avos fro, a’m’proposa eud prinde, contre em’n habitude, un tchio peu d’café. J’y dis non tout d’abord et pis, jé n’ sais nin pourquoi, jé m’ ravisos. Elle alla quer eune tartine avec du burre et du Maroilles eudzeur. Et ch’est là que, machinalemint, tout mat d’avoir traîné m’corée tout l’journée et in m’dijant qué d’main cha s’rot tout parèl, euj porto à m’bouc eune goutte eud jus d’ù qu ch’est qu’j’avos laissé ramollir un morceau dé m’tartine eud Maroilles. Mais à l’instant même d’ù qu’ min gorgeon d’chirloute mélingé à un morciau d’cheul tartine ed ’fromache i’ toucho min palais, euj berloquos su’m cayelle et pis j’sintis qu’i s’ passot quétcose d’extraordinaire in mi. Ej me sintos fin bien, là, tout seul ed’vint min berlafache, sins que j’sache trop pourquo.


120304 011... ou cela... 


« Tous les paradis sont à perdre,
Tous les paradis sont perdus.
- Marcel Proust ? Moi je lui dis « Merdre ! »
A décrété le père Ubu »


... j’ai préféré ne pas participer au Défi du samedi n° 185. Je n'avais pas envie de froisser les adorateurs et adoratrices du petit Marcel qui pourraient se trouver parmi vous.

- C'est raté, Joe Krapov !

- Comment ça ? Qu'est-ce qu'il fout là mon texte ? Pourquoi il est publié ?

- T'es tellement un homme d'habitude qu'hier soir à 20 h 48, pendant que tu nettoyais ta madeleine, le coup est parti tout seul : t'as posté !

- Ah ben ça, c'est trop fort ! Proust, alors !


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T comme tanka du temps qui passe (Adrienne)

Quelle madeleine
réveillera la mémoire
de l’hypermnésique ?

Burette à huile ou chapeaux,
tout la ramène à l’enfance ?

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Chant de Vie (Lise)

Il n'y aura plus de madeleine m'a t on expliqué
Proust en moi s'est envolé un jour de février
Avec mes souvenirs partis en fummée
Je ne sais plus me rappeler.
 
Faut il pour autant que je taise
Cet élan qui me fait vibrer
En franchissant une falaise
Ou en taillant des oliviers.

Dois je mentir à ce sourire
Qui vient encore me chavirer
Soulevant en moi cette brise
Qui a du me faire chanter.
 
Lorsque la tête se fait grise
Et ne sait plus trop où elle est
Le corps tout entier respire
Le parfum de la vie passée.
 
Et l'instant devient magnifique
Se déploie dans sa noble beauté
Livrant la saveur exquise
De ce chant quelque part retrouvé .

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LA MADELEINE DE PROUST (Lorraine)

               Hier sans raison me revint soudain en mémoire un refrain idiot et lancinant que les ondes de Radio-Toulouse lançaient jadis aux « chers auditeurs » juste avant le feuilleton du soir.

                « Je suis le Bonhomme en bois, mes meubles sont ceux qui plaisent, allez voir Boul’vard Barbès au coin de la rue là-bas….Ah ! ah ! Je suis le Bonhomme en Bois… »

                Et bientôt, machinalement, je me laissai emporter par le tempo. Il m’entraînait, il voulait me dire des choses à n’en pas douter et accablée, ne sachant où j’en étais, j’allais ouvrir la télévision pour échapper à mon obsession quand je tressaillis. Un plaisir délicieux m’envahit, isolé, dont pourtant j’ignorais la cause ! Mais je savais qu’en cet instant rien ne valait cette émotion suprême, inexpliquée et pourtant intense, effaçant d’un trait ma fatigue, les aléas de la vie, les pérégrinations de mon âme.  J’étais soudain d’une essence supérieure, une joie puissante me portait, liée intimement au « Bonhomme en Bois » et me transcendait.

                Je me tournai vers mon esprit : allait-t-il me dire pourquoi cette extase, cet engouement imprévu, ce besoin de réentendre la musiquette source d’une féiicité qui pourtant semble s’amenuiser et que je veux passionnément faire réapparaître. Je veux revivre l’apothéose qui doit m’ouvrir d’autres portes, j’en suis convaincue. Je me concentre au prix d’un effort surhumain et je chante à mi-voix, en scandant bien les paroles « Je suis le Bonhomme en Bois, mes meubles sont ceux qui plaisent… ». Je fais le vide, j’entends une rumeur, un vague souvenir se dessine, je vais l’atteindre mais il m’échappe . O dieux ! arrivera-t-il à la surface de ma conscience, ce souvenir, ce rien, cette explosion insensée ?...

                Et soudain, une voix nasillarde me crie à l’oreille : « Et maintenant, chers auditeurs, voici votre feuilleton quotidien : « Le mystère de la Chambre Jaune… ». J’y suis, un bien-être immense m’enveloppe. J’ai six ans et j’ai peur. Ah réminiscences !

                Proust avait goûté ; moi j’ai entendu. Nous sommes pourtant exactement pareils.

                Vous reprendrez bien une petite madeleine ?

 

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Des souvenirs à digérer (Poupoune)

Sans me vanter, je fais des madeleines qui sont une vraie tuerie. Non, vraiment, je pourrais tuer pour en manger. Croyez-moi. Je n’en ai jamais goûté d’aussi bonnes et pour dire les choses comme elles sont : aucune des nombreuses aïeules que j’ai eu la chance de connaître assez longtemps pour apprécier, entre autre, leur cuisine, n’a jamais fait de madeleines. Ou alors elles devaient être carrément médiocres, avec tout le respect que je dois à mes aînées, parce que je n’en garde aucun souvenir.
Autant dire que ma madeleine de Proust à moi n’est donc pas une madeleine. Je me mets assez souvent aux fourneaux pour que mes fameuses madeleines à tuer père et mère et le chien puissent devenir proustiennes pour ma fille (même si la concurrence de mes meilleurs cookies du monde – en toute modestie – est rude), mais pour moi, c’est clair et net, aucun souvenir d’enfance n’a le goût délicatement citronné de la madeleine.
 
Bien qu’issue d’une longue lignée de cordons plus ou moins bleus, je n’ai pas grandi avec une mamie gâteau qui me préparait des bons biscuits maison pour égayer mes goûter du mercredi. Ni avec une maman disposée à se coller deux heures par jour en cuisine pour remplacer mes boudoirs de quatre heures par une douceur dont elle aurait été seule gardienne du secret, légué sur son lit de mort par la mère de la mère de son père ou qui sais-je…
J’ai un million de souvenirs gustatifs absolument divins – disons quelques milliers – mais voilà tout le drame d’une ascendance trop douée en cuisine : point de traditionnel gigot du dimanche. Pas non plus de non moins traditionnelle dinde de Noël (à part ma sœur, mais ça compte pas, c’est juste pour faire la blague). Et pas de fameux dessert incontournable de mère-grand, dont tout le monde fait semblant de croire qu’elle fait toujours le même pour nous faire plaisir parce qu’on l’aime, alors que tout le monde sait très bien que c’est le seul qu’elle sait faire.
Non. Rien de tout ça chez moi. Point de repère gustatif récurrent, aucune chance d’associer quelque saveur que ce soit à une personne ou une habitude du passé, pas de quoi faire pleurer Marcel ou Madeleine, et encore moins moi.
 
Il y avait bien les quenelles de Mémé, les fameuses, dont je pouvais me faire éclater la panse et qu’elle faisait toujours en accompagnement de quoi que ce soit qu’elle pouvait bien faire à côté – je ne me souviens que des quenelles et, oui, elles ont bien un petit quelque chose qui nous vient du côté de chez Proust – mais hélas trois fois hélas : les quenelles ont disparu avec Mémé… à ce jour je n’en ai pas remangé qui tiennent la comparaison et soient susceptible de m’émouvoir. Et je ne suis pourtant pas difficile à émouvoir par les papilles : je peux pleurer rien que pour un plat de pâtes, pour peu qu’on m’ait fait manger des légumes aux trois repas précédents.
Il y avait aussi le biscuit roulé de Mamy. Mamy – elle ne m’en voudrait pas de le dire ici, on est entre nous – n’était pas exactement la plus fine, la plus créative ou la plus motivée des cuisinières de la lignée. Mais son biscuit roulé… ça a l’air con comme ça, mais moi, mon biscuit roulé – et quand je dis « mon », c’est bien mon seul et unique biscuit roulé, l’expérience n’ayant pas été suffisamment concluante pour être renouvelée – le mien donc, était tout plat ramollo. Le sien… hmmmm… Mais encore hélas, trois fois de plus, il a également disparu avec elle – même si sur ce coup-là, ma mère est en bonne voie pour assurer une digne relève et me titiller au niveau du palais ET de l’affect…
Et puisqu’on parle de ma mère… comment un seul de ses incroyables mets aurait-il pu, à lui tout seul, canaliser toute l’émotion que des papilles exigeantes peuvent receler ? Comment fixer sur une seule de ses merveilleuses expériences culinaires l’ensemble des souvenirs émus que tant de repas de famille n’ont pas manqué de générer à profusion ?
Des madeleines de Proust, j’en ai finalement trop, gâtée comme je l’ai été depuis ma plus tendre enfance par toutes les cuisinières généreuses, talentueuses et surtout aimantes de la famille.
 
Et pourtant.
Pourtant, je dois bien l’avouer, ce qui éveille en moi encore aujourd’hui les émotions les plus intenses et les souvenirs les plus vivaces, ce n’est pas le gratin de macaroni qui nous attendait au four les jours d’arrivée chez Mamy pour les vacances. C’est-à-dire les jours d’arrivée qui ne coïncidaient pas avec les jours de cueillette des haricots mutants de Papy (« Tant que ça pousse, faut laisser pousser. » « Mais Papy, tes haricots, on dirait des courgettes et ils ont des grains comme des pois chiches ! » « Tant que ça pousse… » - soit dit en passant, vous imaginez la taille des courgettes ? Ouais, ça fait rêver…), parce que si ça coïncidait, donc, c’était haricots verts, au lieu de gratin de macaroni, et là, c’était moins la fête. D’autant que tu pouvais nourrir une famille entière avec un seul de ses haricots, à Papy, du coup le jour où il finissait par les cueillir, tu savais que t’en boufferais pendant les trois semaines suivantes et que ton gratin de macaroni, t’avais plus qu’à y penser bien fort en attendant les prochaines vacances.
Ce ne sont bizarrement pas non plus les orgies de spaghettis bolognaises de ma mère, qui font pleurer les italiens et qui ne se savourent jamais mieux que trop vite, avec trop de fromage et quand on en mange toujours un peu trop pour ne pas en garder le souvenir sur le bide au moins deux jours. Alors imagine combien de temps dans la tête ?!!
Ce n’est pas non plus le succulent magret miel / citron, pas plus que les divines langoustines à la mangue ou l’inénarrable pastilla aux amandes – et je suis obligée de m’arrêter là, sans quoi c’est une véritable encyclopédie de la cuisine de ma mère et de la mère de ma mère et de la mère de mon père et de la mère de… bref : ce serait trop long de vous parler de tout ce qui a accompagné tous les bons moments de ma vie, même s’il m’est arrivé en une ou deux occasions de passer de bons moments ailleurs qu’à table.
Ce n’est même le lacquemant, alors que la seule évocation de ce délice – que je n’ai pourtant pas dû savourer souvent – me donne des palpitations. Bon sang : mon royaume pour un lacquemant !
 
Mais, comme je le disais, rien de tout cela ne me titille plus les sens et l’âme qu’un putain de brocoli.
Ma madeleine de Proust est verte, elle pue et elle fout la gerbe.
Avoir fréquenté la meilleure table du monde toute ma vie, et avoir la mémoire gustative définitivement polluée par un seul et unique putain de brocoli.
 
Je revois très clairement la scène : moi, seule, à table, avec sous mon nez cette assiette de brocolis froids depuis longtemps et pas d’échappatoire : qui serait venu m’en débarrasser, hein ? Qui serait capable de pareil sacrifice ? Pas de chien à la maison, un grand frère trop content de s’en être bien tiré en gobant tout sans respirer avant de faire couler avec un grand verre d’eau, une petite sœur encore trop petite et des parents d’une cruauté sans nom… Je me souviens très bien que je rentrais de vacances que j’avais passées seule – colo, séjour linguistique… cette partie là du souvenir m’a moins marquée – et qu’au lieu d’être accueillie comme il se doit par un plat de fête genre coquillettes au beurre, ma mère avait fait du brocoli. J’avais cru pendant un moment que ça, c’était pour les autres, ceux qui ne rentraient pas tout juste de vacances, et que moi j’allais avoir des nouilles – ou même une patate à l’eau ou… un bout de pain, n’importe quoi – mais non : c’était brocoli pour tout le monde.
J’avais cru ensuite que je pourrais bénéficier, à défaut d’un plat de substitution, d’une dispense, mais non plus. Rien à faire. Je finirais mon assiette, peu importe le temps que ça me prendrait. Mes larmes, mon chantage affectif, mes cris, mes menaces n’y changèrent rien.
Dans mon souvenir, je suis restée environ trois jours – et surtout trois nuits – à souffrir devant cette affreuse assiette verte et froide et puante. Il est probable que le calvaire durât moins longtemps en vérité, mais depuis, je ne peux plus voir un brocoli ou quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à un chou, sans redouter d’avoir à en subir la vue, l’odeur, voire le goût des heures durant.
 
Le plus étonnant, c’est qu’il ne m’est à ce jour jamais venu la moindre idée de vengeance, alors que je suis quasiment certaine qu’il est tout à fait possible de tuer quelqu’un au brocoli. Cru, s’entend. Bien lancé…
 
Bref, comme dirait l’autre, moi, ma madeleine, on peut dire que « ça fait Proust ! et ça fait Proust ! ça fait du bien ! »*
 


* à 3’40 pour l’élégante référence culturelle, si d’aventure elle vous avait échappée

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"Et vous, quelle est votre Madeleine ?" (Pivoine)

J’ai d’abord pensé que nous avons plusieurs madeleines. Parce que nous avons plusieurs périodes dans notre vie. Surtout, nous avons des madeleines de différentes sortes. Puis, je me suis dit que ce n’était pas tant la madeleine qui est intéressante que ce qu’elle recouvre. Comme chacun sait, elle est intimement associée au processus de mémoire involontaire.

Et de ça, je peux parler. Je dirais même que de ça, j’ai envie de parler.

 J’ai une bonne mémoire « affective ». Selon les époques, je peux replonger totalement dans un climat, dans une atmosphère, j’ai des flashes aussi, des tableaux qui se sont fixés instantanément dans ma mémoire. Et c’est vrai que parfois, un élément, de type « madeleine », y est associé : une musique, une odeur, le goût d’un aliment. C’est vrai que si j’écoute « Mouldy Old Dough », je revis les soirées dansantes du lycée, les ribambelles de filles et de garçons et l’année 1973.

C’est vrai qu’un jour, au musée du tram, à Bruxelles, j’ai profondément aspiré l’odeur d’un morceau d’anthracite. C’est vrai que ça m’a rappelé les trains et les gares de mes vacances, en Ardenne, que ce soit au bord de l’Ourthe ou sur la route de l’Amblève.

C’est vrai aussi que je garde, dans un placard de ma cuisine, le saladier dans lequel, à la maison, nous faisions les pâtes à quatre-quarts, gaufres ou « bodding », et que je meurs d’envie en ce moment de faire des gaufres, rien que pour retrouver l’atmosphère de la maison… Voire de me faire ce vrai « bodding » bruxellois, épaisse maçonnerie de pain humecté pressé, additionné d’œufs, de raisins ou de pommes et de rhum et cuit au four. Oh ! Ca, ça serait le bonheur !

Ceci est bien la preuve qu’il n’y a pas une, mais des madeleines. Prétendre que le morceau « Mouldy Old Dough » me rappelle « tout » le Lycée, « ville et jardins », serait exagéré, il y a eu tant d’autres morceaux de musique !  A contrario, prétendre que cette chanson me rappelle mes examens de passage en math ou en physique-chimie, serait mentir. La mémoire est sélective et je n’ai pas envie de me souvenir de tout, même si Proust, lui, se souvenait de tout. Peut-être se souvient-il de tout, dans « Du côté de chez Swann », mais peut-être ne parle-t-il pas non plus de certains aspects d’Illiers-Combray.

Et puis, je vais devoir m’arrêter là dans ma réflexion sur la madeleine proustienne et le mécanisme de mémoire involontaire. Mais c’est une thématique qui me plaît. Je dirais même qu’elle est au cœur de mon présent, puisque –succombant à une très vieille envie- je suis un atelier de récit de vie et donc, reste sensible aux multiples petits incitants à la mémoire …

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Ma Madeleine à moi lisant (KatyL)

 

Il faut le faire, posée sur un sac de Madeleines de Commercy, cette petite Madeleine lit.

 Madeleine

Elle lit des poèmes, car c’est le printemps des poètes, et, me connaissant bien elle sait combien la Madeleine mon gâteau préféré associé aux poèmes de mon enfance me comblent de joie. Alors ma petite Madeleine a posé pour moi, et elle a eu la délicatesse de me laisser une Madeleine….

 

 

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