Plage déserte (Célestine)

Ce promontoire, cet oasis au milieu de nulle part, où nous allions enfants, t’en souvient-il ? Tu cueillais des oyats pour caresser mon cou de cygne, nous regardions les cormorans piquer du bec dans l’océan. C’était notre échelle de Jacob, notre haricot magique, notre vigie de galapiats. La plage abandonnée aux sels de l’automne emplissait nos poumons de chanvre et de réglisse et les pieds clapotant dans des flaques nous jetions aux orties nos rêves de conquêtes en écoutant la mer. Où es-tu désormais, mon capitaine amadoué, la frange de tes cils sauvages bat-elle encore le velours de ta joue comme autrefois, sur cette rampe de lancement où tu déclamais tes poèmes une main posée sur mon sein blanc ?

Le hasard des aigrettes frôlant de leur aile grise la frange écumeuse des ondes nous indiquait comme de mystérieux augures les caprices d’un destin que nous aurions voulu conciliant et rieur. Pourtant tu m’as quitté sur une barque sombre et je retourne parfois au promontoire sur la dune, sentir la gifle des embruns comme jadis quand tu pris ma candeur d’une volée de prince, et me laissas pantelante et extasiée au bord d’un monde humide et minéral.

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tour d'y voir‏ (titisoorts)

Premiere marche, laisse moi venir
tu tournes en rond, sur ta tour d'ivoire
ce serais bien, pour notre avenir
que tu redescendes sur terre. Reviens nous voir
 
Sur la deuxieme marche, j'y pige que dalle
à ta façon de rester sur ton pieds d'estale
ces barrieres de silence entre nous
nous avions des projets, ils sont ou?
 
La troisieme marche, sur l'observatoire
je suis près de toi, je veux te revoir
il est temps de sortir de ton belvedere
après il y aquoi, la liberté derriere
 
la quatrieme marche, tout me fait horreur
mais tu te prends pour qui, tu me fais peur
tu te crois le maître du monde en haut
c'est ta plate forme de liberté, ou ton échafaud
 
la cinquieme marche, je me rapproche
je ne sais d'ailleurs, ce que tu me repproches
allé reprends pieds, faisons table rase
cette situationest, vraiment nase
 
la sixieme marche la vue est magnifique
je suis proche de toi, et ça c'est magique
allé deconnes pas,ça c'est pas bon
redescends de ton nuage, de ton balcon
 
je suis au septieme ciel, enfin sur ta tour
ne me rejettes pas, je ne f'rais pas demi tour
quoi tu préferes sauter la barriere
ok viens, allons vivre derriere...

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Les pirates ne sont pas ceux qu'on croit (Joe Krapov)

110602__147- Pigeon vole ?
- Oui
- Avion vole ?
- Oui
- Kiosque à musique vole ?
- Ben non, eh, Banane !

                                                                             ***

Eh bien, si, Banane, les kiosques à musique volent. Mais nous volons tous feux éteints et de nuit. Voilà pourquoi très peu de gens connaissent notre spécificité. Nous servons aussi d'ascenseur pour le Paradis et c'est peut-être pour ça que je me retrouve ici.

 

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Je viens de me poser la nuit dernière sur ce petit îlot nommé Lihou et j'ai justement la sensation de participer à quelque chose d'un peu farcesque. Comme si la mission à moi confiée par Sainte-Cécile visait à priver une harmonie municipale d'un lieu de concert où se produire pour la prochaine Fête de la musique.

110604__002Mais je crois que c'est un mauvais exemple. Je crois qu'il s'agit d'autre chose parce que là où j'étais avant c'était aussi désert qu'ici. Je ne risquais pas d'être envahi par tous ces musiciens et danseurs qui viennent squatter l'été mes congénères urbains.

Déjà Sainte-Cécile avait l'air un peu soucieux quand elle s'est adressée à moi.

- Est-ce que tu aurais quelque chose contre un voyage en Angleterre ?
- Oeuf corse no, my dear lada da ! My dear lady Di ! A wedding at Buckingham Palace ?
- A vrai dire, ce n'est pas vraiment en Angleterre-même. C'est dans une île.
- Du moment que vous ne m'envoyez pas jouer les Incorruptibles chez Elliott le dragon du Loch Ness !
- Non, c'est plus agréable que cela. C'est plus au Sud. Guernesey.

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La Sainte a déplié sa carte et m'a montré l'endroit exact. Au Sud-Ouest de l'île à vue de nez un petit cap débouche sur une péninsule intermittente, un îlot qu'à marée basse, par une route pavée, on peut rejoindre à pied. Ca m'a fait penser à l'album « La voiture immergée », une aventure de Gil Jourdan par Maurice Tillieux, un album cartonné dont j'ai absorbé le contenu un jour que j'abritais une braderie de livres du Secours populaire français.

- Ca n'a pas d'importance, Cécile ! Je ne vais pas m'y rendre à pied, je n'en ai pas ! J'y cours, j'y vole plutôt et je me pose, quel que soit l'état de la mer.

Ca ne l'a pas rassurée pour autant.

DDS154_Roudoudou- Quand tu seras là-bas ne te laisse envahir par personne. Et surtout... n'emmène personne Là-haut !

C'est là que j'ai compris que c'était du sérieux.

- Tu peux compter sur moi, ai-je dit à la sainte. Je n'ai pas envie de me faire sonner les cloches à Rome comme Roudoudou.
- Qui est-ce ?

Les saintes sont très gentilles mais on voit bien que Dieu leur interdit la lecture, à l'exception de celle des partitions du Gloria de Vivaldi ou du magnificat de Bach.

-C'est un autre album pour enfants que j'ai absorbé à la même foire aux livres. A part ça, toute peine méritant salaire...
- Glouton, va ! Si tout se passe bien, je saurai te récompenser !

Sainte-Cécile est la reine du renvoi d'ascenseur. Elle m'a déjà remis, en guise d'acompte, une invitation personnelle pour le prochain RACKAM* qui aura lieu à Collonges-la-Rouge.

                                                                           ***

DDS154_kiosqueLe seul problème ici, depuis que j'ai atterri, c'est que je suis en manque de lecture. Et moi, quand je n'absorbe rien, je m'étiole, je deviens transparent. J'ai déjà mon toit et mes colonnes qu'on ne voit plus.

C'est con, parce qu'en venant, j'ai bien repéré de là-haut un de ces étals sur lesquels les gens d'ici mettent des marchandises en vente libre. Ils posent ça dans des boîtes sur le bord de la route avec le prix du légume ou de la plante et une tirelire pour y mettre son règlement. Et là, c'étaient des livres à 25 pences ! Carrément donné !

Malheureusement, je n'avais pas de menue monnaie sur moi. Oh oui, bien sûr, je vous entends d'ici, j'aurais pu en voler un ou deux.

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N'allez surtout pas croire que cette idée me soit venue. On peut dire ce qu'on veut sur nous autres, les kiosques à musique. Nous sommes peut-être nyctalopes, surannés, boulimiques ou farceurs, mais il y a une chose que l'on ne peut nous dénier : du culte de l'honnêteté nous sommes les plus fervents adeptes.


* RACKAM : Rassemblement Annuel Citoyen des Kiosques A Musique

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Viens voir la mer… (Adrienne)

 

- Viens, petit. Viens voir la mer. Tu sais, la mer, je t’ai raconté, tu te souviens ? Avec le sable et la plage et de l’eau jusqu’au bout de l’horizon ? Et l’odeur… et le bruit… et l’écume des vagues ?

Tiens, petit, regarde, tu la vois, la mer, là-bas, au loin ?

Attends, je vais te mettre sur mes épaules, tu verras mieux. Là-bas, tu vois ?

- Tu y es déjà allé, toi, papa, jusque là-bas ?

- Moi non, petit, mais demande à Papy, tu verras, il te racontera des histoires que son grand-père lui racontait, comment il s’était baigné dans la mer et qu’il jouait au ballon avec ses copains sur la plage. Demande-lui, tu verras.

- Et là, papa, sur la pancarte, c’est quoi ?

- Ah ! là…

Il est marqué : « Danger !! mines !! »

Tu vois, c’est pour ça qu’il y a du barbelé partout, tu comprends ?

Allez, viens, on rentre à la maison…

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Actions contemplatives (Captaine Lili)

Marcher, s’élever, tourner le regard,

Donner du champ,

Découvrir l’alentour,

S’appuyer.


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32 historiettes pour 7 marches (32Octobre)

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Confidences d'échafaudage (Walrus)

Il fut un temps où les hommes élevaient des ziggourats.
Les pauvres voulaient seulement contempler, les yeux levés au ciel, l'immensité de l'univers.
Mais un dieu ombrageux et vindicatif stoppa net leur entreprise : il imaginait, le con, qu'ils voulaient envahir son penthouse.
Depuis, les hommes ne construisent plus que de pauvres plateformes comme moi.
Ils y grimpent pour fixer, les yeux baissés, insensibles au bleu du ciel, le sombre horizon de leur destinée.

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Le petit promontoire… (Mamido)

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Un petit promontoire
Au milieu de nulle-part…

Un balcon sans maison
Au milieu du gazon.

On grimpe l’escalier
Et l’on peut admirer :

Les vaches dans le pré
Et le taureau, zélé.

Des chevaux au galop
Lançant des gerbes d’eau.

Ou bien, des flamands roses
Qui, sur l’étang, se posent.

A moins que ce ne soit
Un bateau qui s’en va,

Sur une mer d’écume,
En cornant dans la brume.

Ce paysage dont la beauté te nargue
Cet éclatant pays, tu vois, c’est la Camargue.

Monte, viens vite, dépêche-toi,
De là-haut, la région s’offre à toi.

Ce petit escalier, grimpe-le sans façon.
Ce petit escalier qui te mène au balcon.

D’ailleurs, ce balcon qui sort de nulle-part,
Ce n’est pas un balcon, c’est juste un promontoire
Qui, quand tu es là-haut, élève ton regard.

 

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Le déclic (Caro_Carito)

Se glisser dans la peau d'une pellicule photo et attendre... attendre...

 

J’aurais préféré qu’elle n’appuie pas sur le bouton. La gâchette plutôt, vu son humeur de dogue. Je l’adorais, fantasque, quand elle s’éclipsait juste avant l’aube de la longère endormie. Je sentais ses doigts fébriles, son corps tendu. Parfois elle prenait sa voiture, une guimbarde cabossée sur tous les flancs, pour arriver en lisière urbaine ou, lorsque son humeur était chagrine, près des bords bétonnés du Rhône.

Elle avait l’œil. Elle sortait de sa besace son vieux Pentax et surprenait la surface lisse d’un étang au réveil. Ce frisson quand elle surprenait ce clair obscur sur un mur ébranlé par les ans. À cet instant, j’aurais tout donné pour ce sourire qui naissait au moment du déclic et, plus tard encore,  dans la solitude de la chambre obscure, quand l’épreuve lentement se révélait.

Aujourd’hui, elle vacille. Les talons, ça ne pardonne pas, tout comme l’absence de luminosité. Qu’importe, elle va nous développer en rafales et nous glisser sans ménagement dans l’épais dossier. Je sentirai l’encre de ses mots jetés sur une lettre puis une autre où elle explique, elle accuse, elle assigne, elle divorce. 65467979[1]Je crois bien qu’il y aura une photo des enfants. Pour l’heure, je serai juste témoin d’un plongeoir pour une piscine qui n’a jamais vu le jour. Avant j’aurais eu ma place dans une expo avec champagne et petits fours. Là, je démontrerai, parmi d’autres, un indice de l’incapacité de cet homme à, je cite, « être bon père et époux, travailleur, présent, compagnon attentionné et digne de confiance… ».

Oui, je l’aimais mieux avec ces mèches roussies par trop de soleil et ses épais godillots plutôt que cette jupe au genou. Ses retards, cette trace de gelée de groseille sur l’objectif quand elle capturait l’éclat d’un rire ou une miette égarée sur la toile cirée. Sa joue sur la peau sèche et noire de l’appareil photo, sa respiration impatiente et sereine à l’idée des étonnements en blanc et noir ou en couleur qu’il dissimulait.

Dans un mois, un été, un automne, je serai jeté là, avec d’autres clichés et des procès-verbaux, sur un bureau en palissandre, alors qu’on annoncera que les pierres blanches et poreuses, les tuiles de guingois et le verger ont trouvé preneur et que l’on partagera l’argent et les enfants. Dans les fauteuils sans la moindre trace de poussière, il ne restera qu’une femme amère et un homme racorni par la méfiance. Un tas de photos inutiles et des vies gâchées.

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