04 juin 2011

Participation de 32Octobre

 

Il était une fois… il a été une fois… j’étais sur un échafaud…

Oui, vous avez bien lu.

 

C’était il y a bien longtemps.

Attendez que je vérifie dans mes papiers. Car je suis toujours senti obligé de tenir à jour la chronologie de mes différentes vies. J’ai la mémoire qui flanche.

 

Celle que je vis en ce moment est la 7ème, si mes comptes sont exacts.

 

Mais je ne suis pas sûr que tout ce qui est noté sur mon carnet de route soit parfaitement exact. Les pages, pour certaines, commencent à être illisibles. Et j’ai dû tant de fois disparaître pour survivre, me cacher pour échapper à mes poursuivants.

 

Mais je suis là aujourd’hui pour vous en parler.

 

Ci-dessous, quelques événements que j’ai vécus, comme on dirait maintenant de l’intérieur.

 

Je fus l’un des trente-deux derniers fidèles de celui qui fut surnommé « le Roi de la Vendée ». Le 23 mars 1796, les troupes de Hoche l’avaient fait prisonnier. Il avait continué de se battre dans le bocage vendéen. Traqué et malgré ses blessures, il s’était risqué à de nombreuses escarmouches avant d’être arrêté.

 

Mais le 29 mars 1796, place de Viarmes, à Nantes, le général François-Athanase Charrette de la Contrie a été fusillé devant les troupes.            

 

Général Charette

 

 

Exécution du général Charrette (Julien Le Blant)

À ce moment-là, je me suis souvenu des paroles que Madame Roland, lors de sa conduite à l’échafaud le 8 novembre 1793, avait dites à Bosc, au pied de la charrette :

« Liberté, liberté, que de crime on commet en ton nom ! », phrase qui deviendra immortelle.

 

 

Je continuais de vivre.                                                              Madame Roland

 

Mais malheureusement, l’histoire me rattrapa. Je fus un des derniers guillotinés de cette triste période. Juste un inconnu qui paya de sa vie son engagement.

 

Mais rassurez-vous, j’ai vécu d’autres vies après celle-ci. par exemple, celle qui me permet de vous narrer cette histoire aujourd’hui, samedi 4 juin 2011.

 

Quelques lignes pour ne pas oublier…

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En remontant le temps… (Adrienne)

 

En remontant le temps, j’arrive au 15 novembre 2008 et je refuse qu’on arrache mon père à ce lit où il voulait « mourir en paix ». Dans mes rêves de machine à remonter le temps, je commence par ce 15 novembre sombre et froid et les infirmiers venus le chercher avec leur ambulance ne l’emmènent pas contre son gré.

En remontant le temps, le 27 juin 1992 je ne me laisse pas chasser du mouroir appelé « soins intensifs » où je tiens la main de ma grand-mère Adrienne et où je me figure qu’elle m’entend encore, qu’elle sent la pression de mes doigts et la caresse de ma main sur sa joue ou du peigne dans ses cheveux. Je me moque que l’heure de la visite soit passée depuis longtemps. Je suis indélogeable.

En remontant le temps, ce fatal 17 avril 1987 je m’arrange pour être sur la route des vacances en Espagne : après la pause pique-nique, ma nièce A*** met sa ceinture de sécurité et sa mère se rend compte qu’elle est trop fatiguée pour prendre le volant. Mon beau-frère qui roule juste derrière ne la verra pas quitter la route et verser dans le ravin. Il ne sera pas veuf ni ses deux fils orphelins.

Si je remonte encore le temps, mon grand-père ne trébuchera pas sur un cageot placé malencontreusement, il ne tombera pas, ne se cassera pas la rotule, ne devra pas être opéré et ne fera pas d’embolie. Le 25 décembre 1986 ne sera pas notre dernier Noël ensemble.

Si je remonte encore le temps, le 6 avril 1934 on découvrira à temps qu’Yvonne se vide de son sang après l’accouchement. Aucune voisine bien intentionnée ne devra courir jusqu’au square d’à côté pour annoncer à un enfant de six ans que sa maman est morte. Après leur match de foot, mon père et mon oncle pourront rentrer  goûter et embrasser leur  maman et leur petite sœur.

Si je remonte le temps, on soignera la petite M*** à temps et on trouvera un spécialiste pour J***, même si elles ont la mauvaise idée d’être malades en pleine guerre. Et le grand-oncle Ivo ne meurt pas « pour la Patrie » fin octobre 1918.

***

Si je pouvais remonter le temps, la terre serait très vite surpeuplée.

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Retour au paradis (Zigmund)

J'ai  six ou sept  ans .

Ma maison est située dans une rue calme ; il y a une grande cour , une terrasse .

Je vais à l'école, à côte du magasin de mon papa. J'aime plonger mes mains dans les sacs de céréales et faire glisser les grains de blé entre mes doigts 

 Mon grand père enveloppé  de son châle  blanc et bleu récite les prières en hébreu, il ne faut pas le déranger. Mes grands mères font de la pâtisserie à base de pâte d'amandes et de miel. J'aime l'odeur des piments qu'elles font griller  pour les faire sécher au soleil sur des planches de bois.

 Il m'a été offert, à cette époque, d'apprendre à lire en français puis en hébreu, c'est l'un des plus beaux cadeaux que j'ai reçus.

Quand je sors de l'école, je passe aussi voir mes oncles et tantes qui m'offrent quelques friandises. La famille n'est jamais bien loin,  c'est bien agréable et pas seulement pour les bonbons.

On m'a inscrit au conservatoire de musique,  mes profs sont sévères, mais j'aime le solfège et mes parents ont acheté un piano sur lequel je tapote les premières notes de la toccata de Bach .

  L'hiver n'est jamais froid ici. .Il parait qu'en France(en métropole) il neige souvent, on me dit que l'herbe y est bien  verte et  que les vaches sont belles.

  Je rêve devant les photos de la falaise d'Etretat ou des alignements de Carnac que je découvre dans mes livres de classe. J'aime  aussi regarder les images des potagers et des arbres en espalier ...

Avec les copains nous grimpons dans les vieux oliviers du champ voisin, puis nous assistons  à la récolte et à la préparation des olives dans de grandes jarres de terre cuite.

Il fait  très chaud en été .Sieste obligatoire pour tous. 

Fatima, notre jolie nourrice, se couvre de  son grand  voile blanc pour nous emmener au jardin public . Juché sur une balançoire,  je me gave de mûres . Parfois nous allons sur la place Carnot où je fais de la trottinette ou du vélo.  zigmung1

(Photos extraites du site Mekerra  merci à Francis Rodriguez)

Il y a aussi la piscine et son toboggan et le théâtre de verdure où j'assiste à des spectacles de danse ou de chansons. A la sortie, nous mangeons des glaces au créponné puis rentrons à pied dans la fraîcheur du soir.

Mon papa est passionné de cinéma, il m'emène souvent avec lui et me transmettra pour toujours le virus du septième art. Il m'emmène aussi au stade et  parfois je suis étonné de le voir, lui si calme d'habitude,  hurler aux footballeurs :"vas jouer aux billes !"

 Je regarde avec méfiance ce petit frère qui braille dans son berceau et monopolise l'attention de mes parents.

Il y a aussi l'impressionnant défilé de la légion étrangère.dernier-camerone-01     

Photo José Crespo (site mekerra)

Il y a les pique nique avec les cousins à l'Orange, et je rêve d'un baptême de l'air dans l'un des coucous du petit aéroport proche.

Il y a les paysages méditerrannéens, les orangers, les oliviers, les agaves.

Un jour, il y a ma première éclipse totale de soleil qui va me marquer pour le restant de ma vie.

Et ces villes blanches et la mer bleue transparente...

C'est cette mer que je vais traverser deux ans plus tard pour un voyage sans retour.

 Vue d'ici elle n'aura plus jamais la même couleur.

Voilà je vous laisse le fauteuil à voyager dans le temps....

Zigmund2Prenez en soin...

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C'était un temps (Venise)

C’était un temps où on n’obéissait pas aux horloges

Un temps où grand père semait les carottes derrière la porte du jardin

Pendant qu’on jouait à colin Maillard sous les grands tilleuls

Il ya quelque chose d’indéfinissable que je retiens de cette époque là

On ne s’ennuyait jamais.

On comptait jusqu’à trois dans nos costumes d’ingénus.

Voilà j’y suis ça ne fait pas un pli le sablier file son train

Sable émouvant grain de malice je fais des ricochets avec le gravier de la rivière

Point de bout qu’il faut joindre, ici le pied ne vaut pas le soulier qu’importe

On est tous des géants et c’est du bon sang qui coule dans nos veines

Ici c’est le temps où l’on rate les trains,

C’est un temps, plein les poches

Où la mioche que j’étais ne tenait pas le premier rang

Dans le grand livre de juillet

Où j’écrivais  que dans la marge

Dans cette marge d’où l’on prenait le large

On partait à la chasse aux lézards et  aux pommes de pin

Voilà le préau et son vieux tableau noir

Qui brocarde ma mémoire

Ici je suis chez moi  au cœur d’une étoile de mer qui fut un temps

Une piqure d’abeille.

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Premier bal (Célestine)

A travers les persiennes, dans l'air bleuté du jour, j'embrasse du regard la riante campagne, et les vibrations de l'été naissant . Pas un bruit hormis le chant des mésanges dans la glycine abritant le perron, et les bottes de mon père battant impatient, le pavé de l'allée. Le corset de ma robe de guipure me coupe le souffle. La percale de mon jupon sent le talc et la lavande. Des gants de fine dentelle blanche rehaussent ma toilette de soirée. Ma jeunesse éclatante me tient lieu de fard.

En cette fin d'après midi où les ombres s'allongent, je souris sous mon ombrelle, installée dans le cabriolet de mon hobereau de père . Le pas des chevaux rythme en cadence les battements de mon cœur. Nous nous rendons à la ville pour mon premier bal. J'ai seize ans. Ma mère arbore un air soucieux sous les fils d'argent de sa chevelure remontée en chignon, retenu par une broche de corindon. Mon père semble gorgé de fierté comme le jabot d'un coq.

Sous les lambris et les dorures du salon de madame de P. , ma marraine, se presse le joli monde de la Société . Ça froufroute, ça cabotine, ça jacasse, ça coule des œillades en aparté, ça se pavane, ça chuchote, ça frémit. Les femmes emplies de désirs inassouvis, le décolleté débordant de leurs générosités mammaires, lorgnent les hommes en habits de soie, aux rouflaquettes frétillantes, qui leur lancent en retour des regards lourds de convoitise. La musique légère exacerbe ces sentiments délétères si bien dissimulés sous le vernis des convenances. Un deux, pas de polka, un deux, pas de polka. L'orchestre enchaîne les airs entrainants. Des bras vigoureux m'enserrent la taille, je virevolte, le cœur enchamadé, étourdie par la vigueur de mes cavaliers d'un soir, par ces sensations nouvelles qui m'envahissent et me mettent le rose aux joues. C'est donc cela, le désir ?

-Qui est cette délicieuse enfant ? demande un homme à la prestance inouïe, le cheveu brillant de gomina et l’œil noir du séducteur impénitent.

-C'est Célestine de Troussecotte, monsieur de Maupassant, à peine seize ans, et déjà des yeux, des yeux ! Ciel, pleins de promesses...

-Ma foi, moi, je lui trousserais volontiers...quelque madrigal!

-Toujours badin, mon bel ami ! s'exclame Flaubert à quelque pas de là. Et là-bas, près des musiciens, on voit Degas, Manet, Zola et Alphonse Daudet qui s'enflamment pour cette jeune beauté , tendus comme des arcs, et cherchent à s'en faire remarquer, par un trait d'esprit ou un sourire appuyé.

Mais ces barbons de plus de quarante ans ne m'intéressent pas, tout célèbres qu'ils soient.

Je jette mon dévolu sur ce jeune homme charmant, aux joues pâles et aux mains fines. Il a dix huit ans, et répond au doux nom de Marcel. Marcel Proust. Il voudrait devenir écrivain, lui aussi. Dimanche, si mon père le veut, nous nous rendrons à Champigny pour une partie de campagne au bord de l'eau. Il portera un canotier et m'emmènera en barque pour me réciter des poèmes, sous les regards tendrement fâchés de ma chère mère . Et peut-être, à l'abri des roseaux, sur l'herbe tendre de la rive, me donnera-t-il mon tout premier baiser.

A cette pensée, je chavire. Je souffle ma lampe, et presse mon oreiller contre mon corps en feu. Mes rêves seront ardents, à n'en point douter.

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Le temps du gros rouge (vegas sur sarthe)

En ce temps là on jouait au téléphone avec deux boites de cirage et une ficelle... pas de quoi attraper le cancer et puis d'abord, le cancer n'existait pas, comme tout plein de maladies.
A cette époque on n'aurait jamais eu l'idée de mettre un préservatif aux concombres!
En été on arrosait les cultures et pas les cultivateurs à coups de subventions.
En hiver on mettait le pétrole dans le poêle et pas sur les plages bretonnes.
On peut dire pour ça qu'on avait de vraies saisons.

En ce temps là, Colonna était gardien de but à Reims et pas gardien de chèvres à Cargèse.
Jean Pierre Foucault s'appelait Guy Lux et les Desperate Housewives Les Saintes chéries.

La pédophilie n'était pas inscrite aux Jeux Olympiques et le cycliste Aucouturier dit "Le terrible" carburait au gros rouge.

Mon pépé fumait des Boyard papier maïs et moi des bouts de sureau en cachette.

En ce temps là c'était hier...

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Lo'reille et La'du 'ééc'ivent l'histoi'e du Di'ectoi'e (Joe Krapov)

Incroyables_Merveilleuses- Le Di’ectoi’e, mon Lo’eille, ça c'est une pé’iode supe’ ! Déjà, ‘ien que l'idée de confie’ les ‘ênes du pouvoi’ à cinq di’ecteu’s plutôt qu'à un seul dictateu’, ça dev’ait nous fai’e ‘éfléchi’ enco’e aujou’d'hui où il y a tant de ‘oitelets d'opé’ette et de poteaux laids.

- Cinq types, c'est pas un peu t'op ? Le t’iumvi’at suffi'ait, peut-êt’e. Ou le duodenum ? Mais la politique c'est comme le dési’ de pe’d’e du poids : quel que soit le ‘égime, y'a toujou’s quelque chose qu’on ne peut pas empêche’ de g’ossi’ : la conne’ie !

- Justement, c'est ce qu'on chantait sous le Di’ectoi’e et sans p’ononce’ les "‘", s'il te plaît : "Non pas la peine assu’ément de change’ de gouve’nement ».


- Il pa’aît qu’à Pa’is, en, ce temps-là, les femmes étaient assez fo’tes en gueule !


- Pas d’acco’d ! Là tu ne pa’les que d'une poissonniè’e, la mè’e Angot qu’on su’nommait aussi le malot’ou des Halles. Au cont’ai’e, les femmes étaient me’veilleuses à l'époque !


affiche Mme Angot- A pa’ti’ de quand tu c’ois que ça s'est dég’adé les ‘elations hommes-femmes ? Depuis que la fille de madame Angot éc’it des ‘omans autofictionnels ?


- Non, depuis qu'elle éc’it des a’ticles su’ les chamb’es d'hôtel amé’icaines ! Mais nan, eh, je déconne ! Si tu veux, je demande’ai à mon docteu’ qui est aussi gynécologue aux entou’nu’es.


- En tout cas, aux ga’s et aux filles de la halle comme aux me’veilleuses, Ma’celline leu’ a fait des costumes inc’oyables !


- Avec des bâches plastiques ! T’op top ! Et Be’t’and joue t’ès bien du piano !


- Et Sève a t’ès bien mis en scène et son affiche est supe’be.


- Et Béat’ice di’ige ses chanteu’s et ses cho’istes à me’veille.


- Et les act’ices ! Ca’oline en Mlle Lange, l’égé’ie de Ba’’as !


- Bon, tu peux a’’ête’ la p’omo ! Les cinq ‘ep’ésentations de "La fille de Madame Angot" pa’ Vocaline à Mo’delles, Montfo’t-su’-Meu et à l'audito’ium de l'Assomption à ‘ennes sont te’minées !


- Oui mais ils le ‘ejoue’ont au ‘heu le 5 et le 6 novemb’e puis à Béche’el


- C'est v’ai. Malg’é ça, comme on dit chez les masseu’s d’o’teils, quelque chose me tu’lupine.


- Quoi donc ?


- Ca me gêne, quelque pa’t,  cette histoi’e de ne pas p’ononce’ les "‘"


- En quoi est-ce désag’éable ?


- Je me demande si ce n'est pas contagieux, quelque pa’t.


- Comme le concomb’e ? Tu ne vas quand même pas me di’e que tu as des g’iefs cont’e les conspi’ateu’s c’éoles ?


- Moi ? Pas du tout ! C'est juste que je ne veux pas fini’ comme la vigie du bateau des pi’ates.


- Des pi’ates ? Des pi’ates des Ca’aïbes 22 ?


- Non, comme ceux des albums d'Asté’ix. A la fin, tu au’as peut-êt’e ‘ema’qué leu’ bateau coule. Me’gitu’ nec fluctuat !


- Ca p’ouve bien que De gaulle avait enco’e ‘aison !


- De Gaulle ?


- C'est lui qui a dit : "la vieillesse est un nauf’age" !


- Moi, de ce côté-là,  je ne c’ains ‘ien et su’tout pas Alzheime’. Je me souviens t’ès bien, comme disait Geo’ges Pé’ec, que les aventu’es de Ba’be-’ouge étaient signées Cha’lie’ et Hubinon..


- Tu veux que je te dise La’du ? Je suis heu’eux de te connaît’e : je t’ouve que tu es... Inc’oyable !

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Remonter le temps (Lorraine)


S’il me fallait partir au pays d’autrefois
Retrouver un  ailleurs , la surprise est  exquise !
Changer de pacotille, de souliers, de minois
 N’en doutez pas, très cher, je deviendrais marquise !

Comme rose en bouton, la bouche est mignonette
Et les yeux ingénus se baissent …ingénument
L’éventail se déploie, quant à l’escarpolette
Poussez donc, monseigneur, un peu plus promptement

Laissez donc mes rubans,  oui, ma taille est divine
Vous ai-je vu hier, froufroutant du jabot
Auprès d’Adelaïde,  ma charmante cousine ?
Gardez-le-vous pour dit : vous n’êtes qu’un nabot !

Ma toilette vous plaît, les volants sont fripons
Ne me chiffonnez pas,  j’aime la bagatelle
Mais vous m’importunez, laissez donc mon jupon
D’autres  viendront tantôt chanter la ritournelle

Ritournelle d’amour qui tant plaît aux marquises
Qu’elles soient du présent ou des siècles enfuis
Puisque j’en ai le temps je défais mes valises
Entrez donc, cher ami, je suis libre aujourd’hui

LORRAINE

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Remonter le temps (KatyL)

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Juste avant… (Mamido)

mamido

Vous m’offrez de remonter le temps ? Comme c’est gentil, aimable à vous !
Et, vous allez constater que je ne suis pas très exigeante et que ce n’est pas moi qui userai votre machine à remonter le temps pour une destination trop lointaine ou un trop long voyage.

Non, je ne désire pas embarquer pour le dix-neuvième siècle, ni pour le siècle des lumières et encore moins pour le moyen-âge. Car, même s’il s’y est déroulé des évènements passionnants, de grandes révolutions culturelles, intellectuelles, scientifiques ou industrielles, je ne désire pas y assister.

Voyez-vous, en ces temps-là, le monde n’était pas très agréable pour les femmes. Sous la coupe des hommes, sans aucuns droits, elles ne pouvaient accéder à aucunes fonctions autres que celles d’épouses et de mères, dont la destinée était de s’épuiser dans de nombreuses grossesses avant de finir par mourir en couches… Vous pensez que je noircis le tableau, mais pas tant que ça, en tout cas pas pour les femmes du milieu modeste dont je suis issue.

Non, moi, j’aimerais juste revenir aux années quatre-vingt.
J’ai une photo, là, sous les yeux. Je suis jeune, la trentaine triomphante, pas trop vilaine, ma foi. Les enfants sont « sortis du maillot », comme disait ma grand-mère. Assez grands pour se débrouiller, ils marchent, mangent seuls, dorment toute la nuit, on les comprend quand ils parlent. Ils poussent comme des champignons, sont joueurs, joyeux, drôles et rieurs. Et ils obéissent encore à peu près à leurs parents…
Et là, le bel homme au regard amoureux, c’est mon mari… Mmmmmh !

L’époque est belle et insouciante… Dans ces années-là, les lendemains chantent, enfin, c’est ce qu’on croit…
Nous nous levons, chaque matin, pour aller faire un travail que nous avons choisi et que nous aimons. Nous retrouvons des collègues qui, comme nous, apprécient ce qu’ils font. Nous avons le respect de nos chefs, de notre hiérarchie qui parait reconnaître notre travail à sa juste valeur.
Et, autant que je me souvienne, on bosse autant que maintenant, mais dans la bonne humeur et sans le stress.
Les journées sont plus longues, les semaines aussi, mais comme il y a du travail à côté de chez soi, on passe moins de temps dans les transports.
Les enfants vont à l’école le samedi matin, l’après-midi est consacrée au ménage, aux courses. Comme le week-end est court, pas de sorties aux destinations lointaines, fatigantes et coûteuses. Le dimanche est dédié à la famille, aux amis, au repos, aux petites promenades dans les environs.

On ne gagne pas des cents et des mille mais bien suffisamment, à deux, pour élever et gâter nos enfants, leur payer des vacances et même construire une petite maison, avec un jardin.

Mais ça, c’est avant, juste avant.
Juste avant que la vie et le monde ne deviennent si durs pour tous.
Juste avant que les riches et les puissants ne veuillent faire payer aux moins riches et moins puissants qu’eux le fait qu’ils aient osé espérer en des lendemains meilleurs.
Juste avant que dans le travail, pour ceux qui en ont encore, de nouvelles relations s’établissent basées sur la défiance et le mépris, la suspicion et le contrôle, la rentabilité et la compétition…  pardon, concurrence.
Juste avant que nos enfants ne grandissent et, avec eux,  notre souci de leur avenir et surtout la désagréable impression que leurs conditions de vie seront moins faciles, moins heureuses que les nôtres.
Juste avant que ne viennent le temps des disparitions et des deuils, l’avancée vers la vieillesse et le renonc…

Ah non, pas du tout !
Car avant de devenir une vieille dame indigne, laissez-moi être une cinquantenaire indignée, qui se battra toujours et ne renoncera jamais à ce que, pour les générations futures, des jours meilleurs arrivent et que les lendemains chantent…

 

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