23 juillet 2011

Huit petits cœurs (EVP)

Un petit cœur pour le bonheur
Aussi tendre que le beurre
Un qui déborde de douceur
Et fait la vie meilleure.

Un petit cœur pour l’aigreur
La jalousie et la rancœur
Qui se noie dans la noirceur
Et fait une vie de malheur.

Un petit cœur de fantaisie
Pour laisser parler sa folie
Qui s’amuse d’une poésie
Et fait la vie bien jolie.

Un petit cœur pour la tristesse
Qui le serre et le compresse
Sans larmes avec délicatesse
Et qui fait la vie justesse.

Un petit cœur de générosité
Pour tout offrir et tout donner
Sans cesse et sans compter
Et qui fait la vie bonté.

Un petit cœur d’avidité
Pour tout prendre tout capter
Sans fin et sans satiété
Et qui fait la vie aridité.

Un petit cœur de beauté
Pour s’émouvoir d’un sentier
De la douceur d’un soir d’été
Et qui fait la vie chamarrée.

Un petit cœur pour rire
S’amuser et faire sourire
Sans se prendre pour un messire
Et qui fait la vie désir.


Dans notre cœur en éternelle enfance,
Cohabitent ces huit cœurs pleins d’incohérences.
Ainsi va la vie du blanc au gris en alternance
Et notre humaine faiblesse a besoin d’indulgence.
 

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16 avril 2011

Le coeur a parlé !

Ont déjà mis du Copie__2__de_Coeurs à l'ouvrage :

Venise ; Adrienne ; PHIL ; Mamido ; Lorraine ;
Vegas sur Sarthe ; KatyL ; The Unknown ; Sebarjo ; Captaine Lili ; Joe Krapov ; Walrus ; trainmusical ; Joye ;

 

 

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HUIT PETITS COEURS ET UN GRAND (Joye)

Cliquez_ici_pour_lire

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Huit autres cœurs (trainmusical)‏

_Huit

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Huit petits cœurs en chœur... (Walrus)

 

... c'est encore bien peu pour chanter

MAP

Bon anniversaire, chère MAP !

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Noire-Angélique et les huit nains (Joe Krapov)

Quelle famille, mais quelle famille, ces enfants de Cœur !

C’est sûr que Salarna n’est pas très fréquentable. Son jeu de cartes est biseauté, ses dés pipés, son éthique tout à trac truquée. Il a été champion de bonneteau à Bonnétable dans la Sarthe contre l’as Végas mais s’il est assez smart et ressemble quelque peu à Newman ou Redford, il a beau être plein aux as, il ne vous sera d’aucune aide pour descendre la Vilaine depuis Rennes.

101230_A_179Le deuxième est Tumefanl. Il tient une auberge provençale à Bruxelles. Cela s’appelle « Chez Panisse ». C’est qu’on n’a pas choisi non plus les trottoirs de Manille pour inventer les jeux de cartes, qu'elles soient à jouer ou marines, pour découvrir le monde, la terre qui est ronde comme le derrière de Fanny que tu embrasses quand tu perds et que tu accompagnes de sifflage de verres. S’il faut rendre à César ce qui appartient à Jules alors faisons rimer anisade avec pagnolade, camarades.



Faut-il miser plus d'un kopeck sur Jack dit « Boucmé » ? Que valent ces monnaies disparues à Bourges ? On ne tire plus désormais aucun son de la lire, elle n'emplit plus les tirelires des tire-laine ni les bas de laine du gardien du champ de tir. La peseta, la cacahuète, le mark, le franc belge, la roupie, mettez-moi tout ça dans la catapulte et jouez Silver Euro gagnant dans la cinquième !

110326_Foire_internationale_de_Rennes_Argentine_057C'était Bourodet, le chouchou ! Il a tant fait pleurer Maman qui s'appelait Judith mais ne triomphait jamais (son gode de procédure était trop rèche), il a tant fait danser d'Argentines, latines, mutines et accortes qu'il a très vite pris la porte, la tangente et planté là tous les commerces à part celui d'Eros dont il avait la bosse. Gigolo ou proxo, pickpocket à Picpus, il n'y a qu'un saut de puce quand on a le tonus. Il est parti très loin et maman se désole.

A l'opposé, Pronosti ne bouge pas de chez lui. Il parie sur la pluie, il prévoit le beau temps, estime la durée de vie d'une centrale nucléaire, mesure les tsunamis, se tâte pour faire la course, se gratte un peu les bourses, planque des pécules sous l'os et spécule sur le spéculoos, il fait école et encolle des talonnettes sous ses chaussettes, attache sa gondole aux bricoles du pont d'Arcole. Pronosti ne bouge pas de chez lui, il a un bien trop bon appart' !

C'est sûr aussi que Dieu n'aimera pas Merlemo. D'allure trop commune, ce père siffleur est insoucieux de ses trois enfants : Trille, Triolet, Vocalise. Il les lance sur le chemin sachant bien que le lendemain ne chantera pas plus qu'aujourd'hui si on ne se nourrit pas de l'air du temps et de l'instant et si on n'a pas la cerise. Certes, sa chanson est avenante mais peut-elle vous emmener à Nantes ? Y verrez vous Zadig, zadigue, Zadig et Voltaire le revenant ?

100418_074On pourrait, suggère Démoniaque, s'en remettre à Joe qui sourit, qui n'arrête jamais son char, son charre ni son chérir du verbe partir. Lui y va parfois à Nantes, je l'y ai vu au carnaval, l'année des jeux et des jouets. Mais son côté caméléon, qui que vous soyez, combien d'ailleurs ? Peut-on se fier aux feux follets ? Même lorsqu'ils sont encore vivants et no'nt pas prévu de s'éteindre ?

Ne reste plus alors que le Petit-Remord !
C'est donc chez lui qu'Angélique et Démoniaque ont emmené Dieu.

Vous vous souvenez peut-être que nous avons croisé ces poupées bavardes et quasi omniscientes dans la chambre de la fille des Lapsi-Lejolusse. Si elles en savent autant sur la famille Coeur de Rennes, et si vous n'y avez pas coupé, aux huit petits Coeur, c'est que le père Lejolusse bourlingue depuis treize ans déjà dans cette ville  et que les deux souris télépathes tirent leur savoir, sans qu'il le sache, de la substantifique moelle de ses mémoires secrets.

Ce sont deux grosses malines, aussi : puisque Dieu veut rencontrer celle qui les a créées, elles ont mis leurs conditions à la livraison de l'adresse : qu'il les emmène avec lui la rejoindre la Zélinette Lagribouille et qu'il les emmène en bateau !

Voilà pourquoi, ce matin-là, petit-Remords Coeur, le septième des nains magiciens de la famille, qui étudie la  nanotechnobateaulogie à l'Université de Rennes 3, a miniaturisé Augustin Dieu et ses poupées et il a fait monter ce petit monde à bord de la brigantine Lady Avenel. Puis il a fait entrer le bateau dans la bouteille, il l'a posée à la surface du canal d'Ile-Errance, juste devant sa boutique dont l'enseigne porte « Au Bon accueil ».

Bien sûr, je le sens bien, certain(e)s d'entre vous rêvent de profiter de la situation. Alors qu'il n'est  pas très facile de trouver les bons « si » qui permettraient de mettre Paris en bouteille, voilà le Dieu  au bon dos qui s'est enfermé de lui-même dans un flacon à portée de mains ! Qui vous interdit de le repêcher et de le maintenir enfermé là jusqu'à la fin des temps ? Le monde sans divinité retrouvera... retrouvera... retrouvera quoi, au fait ?

avenelDéjà, attrapez-la, la bouteille. Le fait que les deux filles aient cessé de parler, qu'elles ne chantent pas et qu'elles se contentent de s'ébahir du paysage lui donne des ailes à Dieu, des vraies : la bouteille s'est élevée d'un mètre au-dessus de l'eau. Ca lui permet de franchir les écluses, de naviguer sans se mouiller On peut voir les cyclistes, entendre les rires des promeneurs sur le chemin de halage, saluer de la main les pêcheurs qui s'appellent tous Martin. Aucun de tous ceux-ci, aucune de toutes celles-ci ne répond. Voir descendre des bouteilles, on a l'habitude, en Bretagne ! On n'y fait même plus attention. Un cadavre de plus ou de moins, pour l'Ankou ou la poubelle à verres, c'est pareil !

A votre santé, mesdames et messieurs les jolis Coeur !

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Comptine des huit cœurs colorés (Captaine Lili)

Captaine145

 

Le cœur du lundi, rouge orangé,

 Comme un soleil en bord de journée

Le cœur du mardi, vert puissant,

Comme la douceur d’un champ

Le cœur mercredi, ocre mystère,

Comme un souhait corsaire

Le cœur du jeudi, bleu d’or,

Et sa goutte grenat, trésor

Le cœur vendredi, ambre et jade tressées,

Comme une potion de rêves ailés

Le cœur du samedi, brun miel,

Comme gourmandises et ciels

Le cœur du dimanche, airain,

Comme gouttes en écrin

Un cœur de plus, carmin vif,

Comme les racines d’un if.

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Les huit petits cœurs (Sebarjo)

Les huit

petits

coeurs

 

8_de_coeur

 

 

Connaissez-vous l'histoire des huit ? Non ???

Eh bien vous avez de la chance ! Car comme je la connais par , je vais vous la raconter...

 

Il était une fois,

un petit qui s'appelait Charles

et qui vivait sur la grande planète coeur.

coeur

 

 

Il vivait heureux, son meilleur atout étant d'avoir le sur la main. Il se faisait plein d'amis qu'il ne laissait jamais sur le .

Puis il grandit et eut son premier coup de .

Un jour qu'il passait ses vacances chez une tante lointaine sur la planète , en s'approchant du palace de la belle Pallas

Pallas_dame_de_pique

il aperçut sa charmante figure et tel un Louis XVI, il perdit la tête !

Il fut piqué par tant de beauté. Mais il ne savait pas que sous ce fard se cachait une grande cruauté malgré les prévenances que lui avait faites son pouilleux de cousin, Ogier.


Ogier

 

Car la belle Pallas, une nouvelle fois, fut vite lasse de cette nouvelle passe. Elle coupa court à leur relation et notre petit Charles

 

ROI_de_coeur

passa pour la première fois à l'as...

 

as_de_coeur


Ce fut son premier chagrin d'amour.

Fagoté comme l'as de pique,


as_de_pique

Il quitta pour et s'en alla voir son cousin Lancelot


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et se consola des victuailles qu'il lui offrit autour de sa table ronde.

Il regagna enfin et passa quelques temps chez Lahire


lahire_valet_de_coeur

célèbre pour ses vieilles colères enfouies, malgré ses airs aimés, poétiques et angéliques.


Puis il retourna chez lui. Les mois passèrent, et avec le temps il oublia cette banqueroute. L'été était déjà là, et sous des airs cavalier, notre petit Charles devint grand. Et rebelote ! Il tomba à nouveau amoureux... Sous le charme de la belle Judith à qui il fit le baiser à la Reine...


Dame_de_c_ur

 

Le coup de foudre fut alors réciproque. Notre Charles avait trouvé sa dame de coeur.

 

Ils eurent six enfants beaux et sages comme   et vécurent tous les huit, heureux au  de la planète , dans leur château de cartes.

 


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Les huit petits coeurs... (The Unknown)

- Dis Papa, tu me racontes une histoire s’il te plaît…

     - Il est tard il faut que tu dormes.

     - S’il te plaît Papa, une pas longue…

     - Bon d’accord.

     - Merci Papa !

     - Du calme. Je vais te raconter l’histoire des huit petits cœurs. C’est une histoire vrai tu sais.

     - …

     - Il était une fois un jeune garçon qui s’appelait Milo. Il avait dix ans et rêvait de devenir chirurgien. Il habitait une petite maison dans la campagne austro-hongroise avec son père et sa mère. Il avait eu un petit frère qui portait le nom de Marko mais il était mort très jeune à cause d’une malformation cardiaque et…

     - C’est quoi une malformation cardiaque Papa ?

     - Et bien c’est quand ton cœur à un défaut qui l’empêche de bien pomper le sang pour l’envoyer partout dans ton corps.

     - D’accord.

     - Donc, son petit frère était mort et cela lui avait fait beaucoup de peine. Il s’était promis de devenir docteur pour pouvoir sauver d’autres petits Marko. Son papa et sa maman n’avait pas beaucoup d’argent, ils étaient ouvriers, lui dans un four à coque et…

     - C’est quoi un four à coque ?

     - C’est une grande cheminée dans laquelle on fait fondre du fer pour qu’il se transforme en fonte, je simplifie un peu, c’est avec ça que l’on fait les radiateurs ou les barbecues.

     - D’accord.

     - Sa maman travaillait dans une usine de textile, là où on fait le tissu pour faire les vêtements. Ses parents donc ne ramenaient pas beaucoup d’argent à la maison mais ils voulaient que Milo aille à l’école le plus longtemps possible pour avoir un meilleur métier qu’eux et une vie plus facile, alors le petit garçon se levait tous les matins à cinq heures en même temps qu’eux, il déjeunait rapidement puis on le déposait chez sa grand-mère qui ne travaillait plus. Il attendait là huit heures et demie et allait à pied à l’école du village près duquel ils habitaient, Chlatia. Il travaillait dur, il écoutait bien et posait beaucoup de questions, il avait de très bonnes notes. Son instituteur, monsieur Markovic était très fier de l’avoir dans sa classe et il faisait la fierté de toute sa famille et même du village. Les seuls à ne pas beaucoup l’aimer c’étaient ses camarades de classe. Il n’avait pas de copains, il était même le souffre douleur des autres…

     - C’est quoi un souffre douleur Papa ?

     - C’est quelqu’un qui n’est pas très fort en général et sur lequel les autres s’acharnent, enfin ils l’embêtent tout le temps, gratuitement, sans raisons.

     - D’accord.

     - Donc, il était un peu à part, mis à l’écart par les autres mais il s’en fichait parce que lui tout ce qu’il voulait, c’était étudier et étudier encore pour pouvoir devenir médecin du cœur. Il était très en avance sur le programme. La biologie, l’étude des animaux et des plantes, n’était pas enseignée avant le collège mais lui s’était procuré des livres grâce à son instituteur et ses parents et sa grand-mère le retrouvaient souvent entrain de disséquer des grenouilles, des oiseaux et même un lapin une fois. Il disait qu’il voulait voir comment fonctionnait la pompe. Sa maman trouvait ça un peu dur comme passe-temps pour un petit garçon mais elle était tellement fière de son fils qu’elle laissait faire. L’été de ses dix ans, une petite fille du village disparut. Les habitants la cherchèrent pendant des jours, tout le monde pleura beaucoup, sauf lui, il ne la connaissait pas. A la rentrée suivante Milo fut le seul de sa classe à aller au collège situé dans la ville de Tusla, à cinq kilomètres du village. Ses parents le mirent en pension...

     - Pourquoi il avait rien fait de mal ?

     - Ce n’est pas à cause de ça, à cette époque c’était une chance de pouvoir aller en pension et étudier au collège tu sais. Il n’y avait pas beaucoup de voiture, six ou sept kilomètres matin et soir dans le froid sous la pluie, c’était bien mieux de pouvoir rester au pensionnat et puis il rentrait tous les samedis pour le week-end.

     - D’accord.

     - Donc il partit en pension, très heureux et reconnaissant envers ses parents de se sacrifier encore un peu plus pour lui offrir cette chance. Il se promit d’étudier encore plus fort pour les remercier, ce qu’il fit et fit bien. Durant ses quatre années de collège, ils ne reçurent que des félicitations de la part de ses professeurs, des surveillants et du directeur, ses notes le classaient systématiquement premier. On lui aurait bien fait sauter une classe mais on avait peur de casser son bel élan et cela aurait fait une année de moins de pension... Son comportement tant en classe qu’en étude, au réfectoire ou au dortoir était irréprochable. Il avait même réussi à se faire des camarades, les filles surtout lui tournait autour, lui le major de chaque promotion...

     - C’était une école militaire ?

     - Non, major cela veut dire qu’il était le premier de sa classe.

     - D’accord.

     - Donc, les filles surtout s’intéressaient à lui, parce qu’il était bon élève et aussi parce qu’il commençait à devenir plutôt beau garçon. Il avait beaucoup grandi et il faisait du sport, il disait qu’il aurait besoin d’être musclé car pour ouvrir une cage thoracique il fallait sacrément être costaud à cause de la forme en arche des côtes. Il était blond, les yeux d’un bleu profond qui donnait l’impression qu’il vous déshabillait littéralement du regard, mais les filles adorait son côté ténébreux. Il eut plusieurs copines. Cela rendait les autres garçons un peu jaloux mais il n’était pas avare de conseils et les aidait volontiers pour leurs devoirs, il savait ménager la chèvre et le choux...

     - Ben je croyais que le collège était en ville.

     - Non bonhomme, ça veut juste dire qu’il faisait plaisir aux filles et aux garçons, il jouait sur les deux tableaux.

     - D’accord.

     - Donc, le collège se passa plutôt bien, voire très bien, à part que deux filles firent des fugues et qu’elles ne revinrent plus. A chaque fois cela perturba les élèves bien sûr, à part lui car il ne les connaissait pas, mais comme c’étaient des filles discrètes et qui n’avaient pas d’amis on les oublia vite. Là l’histoire aurait pu s’arrêter car ses parents ne pouvaient pas lui payer les études au lycée, c’était beaucoup plus cher que le collège, il fallait aller à Saravo, à trente kilomètres et prendre le train, sans parler du prix des cours et du pensionnat. Heureusement pour Milo, ses résultats scolaires lui valurent d’être titulaire d’une bourse...

     - Comme dans Robin des bois, pleine de pièces d’or ?

     - Non, une bourse d’étude. C’est une aide, de l’argent, mais pas des pièces d’or, que l’on donne aux bons élèves qui n’ont pas les moyens de poursuivre leurs études.

     - D’accord.

     - Donc, il put aller au lycée à Saravo. La bourse couvrait tous les frais, les cours, la nourriture, le pensionnat et même le train pour rentrer voir ses parents mais ça il ne l’utilisa pas beaucoup. C’était un adolescent à ce moment là, il commençait à se détacher un peu de ses parents et ses études l’accaparaient tellement qu’il préférait rester à l’internat pour travailler. Les notions d’anatomie abordées au collège et au lycée lui laissaient un goût de trop peu, il hantait les couloirs de la bibliothèque, il connaissait sur le bout des doigts les rayonnages contenant les livres qui traitaient de la médecine et de la cardiologie en particulier. Il fit merveille pendant ces trois années, notes exceptionnelles, résultats sportifs à faire pâlir de jalousie les meilleurs athlètes, les plus belles filles à son cou, les professeurs et toute l’administration à ses pieds, il aurait pu tuer quelqu’un, on lui aurait donné le bon dieu sans confession...

     - Qu’est-ce qu’il fait là-dedans le bon dieu ?

     - Rien, cela veut dire que personne n’aurait pu imaginer qu’il puisse faire le moindre mal à qui que ce soit.

     - ... D’accord.

     - Où est-ce que j’en étais moi... Ah oui, donc, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, hormis la disparition de trois étudiantes durant l’année avant le baccalauréat. Cela jeta un froid, la police enquêta longuement, mais lui ne fut jamais inquiété, lui l’étudiant modèle toujours premier, toujours prêt à rendre service, membre du conseil de l’école et puis il ne les connaissait pas. Les résultats de l’examen cette année là ne furent pas terribles, le trouble causé par la disparition des jeunes filles en avait déstabilisé plus d’un et plus d’une, seulement soixante-dix pour cent de réussite mais Milo récolta une fois de plus les lauriers...

     - Je croyais qu’il voulait être médecin et là il fait la cuisine ?

     - Non, les lauriers servaient à couronner les grands chefs militaires de Rome quand ils avaient gagné de grandes batailles, l’expression est restée pour parler des grands gagnants.

     - D’accord.

     - Milo fut donc accepté dans la plus grande faculté de médecine du pays, à Sebreca, avec la bourse d’étude la plus prestigieuse qui soit, celle du Docteur Potocari. On l’installa dans un appartement normalement réservé aux professeurs, pas dans un des dortoirs habituellement dévoués aux étudiants. On lui promettait un avenir exceptionnel comme médecin du cœur comme il aimait à le dire, même si maintenant il savait que l’on appelait cela un cardiologue ou un chirurgien cardiaque. Enfin il rentrait dans le vif du sujet, artères, aortes, ventricules, valvules, arythmie, tachycardie, fibrillations, muscles. Pendant trois ans il apprit toute la théorie, se familiarisa avec toutes les techniques chirurgicales, valvuloplastie, cathétérisme, angioplastie, tous les instruments, écarteurs, scalpels, clamps, champs...

     - Ben pourquoi tu t’arrêtes ?

     - Non pour rien, je continue.

     - D’accord.

     - Et le grand jour arriva enfin, il allait disséquer un corps humain et voir un cœur. C’était une sorte de rite initiatique que devait subir tous les aspirants chirurgiens. En général, une bonne moitié des élèves vomissaient avant la fin de l’opération, un quart arrivaient à tenir jusqu’au bout mais se répandaient à peine sortis de la salle d’autopsie et le quart restant, blancs comme des linges, regagnaient en essayant de conserver le peu de dignité qui leur restait leur chambre pour soulager leur estomac. Milo fut le dernier à sortir de la salle. Il avait minutieusement ouvert son cadavre, extrait chaque organe un par un, inspecté les humeurs et pour finir fourni la cause du décès. Il était déçu, rien à voir avec ce qu’il espérait trouver, une cirrhose du foie et un cœur énorme. Il en avait appris plus lorsqu’il avait assisté à son premier cochon, lorsqu’au village les gens se réunissaient pour tuer la bête et la préparer en jambons, saucisses, et autre fressure…

     - C’est quoi fressure ?

     - C’est comme du boudin mais sans la peau autour.

     - D’accord.

     - Avant de partir il était passé voir les autres corps mais pas un n’était exploitable, soit parce que ses collègues apprentis les avaient saccagé, soit parce qu’il s’agissait de vieillards ou de sans abris aux maladies et lésions nombreuses et variées liées à l’âge et à l’alcool. Il remplit son rapport et sortit dépité malgré les éloges de son professeur. Il rentra chez lui comme ses camarades, les professeurs ne prévoyaient jamais d’autres cours après cette première. Lorsqu’il revînt en cours le lendemain matin, l’ambiance était lourde, une étudiante de première année, Katia Ovenic, était introuvable. Son petit ami avait signalé sa disparition la veille vers vingt et une heures au doyen de la faculté, ils avaient rendez-vous à vingt heures et elle n’était pas venue. Personne ne lui connaissait cette relation, elle était petite, un peu chétive et très discrète, effacée, mais elle s’était trouvé une passion commune pour les papillons avec ce garçon et depuis ils sortaient ensemble, sans se faire remarquer. Le doyen avait aussitôt prévenu la police et des hommes en uniformes ou en costumes sombres sillonnaient le campus depuis des heures à la recherche de la disparue ou d’une trace de son passage.

     - Ils cherchent des indices ?

     - Oui c’est ça, comme dans Les experts…

     - D’accord.

     - Or parmi tous ces policiers, se trouvait un jeune inspecteur, promu depuis peu à la brigade criminelle de Sebreca, Yevgénic Akachi. Auparavant il faisait parti du commissariat de Saravo, encore avant de celui de Tusla et il avait grandi à Dabra, un village non loin de Chlatia. Lorsqu’il vit le nom de Milo sur le registre des étudiants, il le reconnut aussitôt, tout le monde au village avait entendu l’histoire du jeune prodige. En bon policier il savait que le hasard n’existe pas, non plus que les coïncidences qui sont comme des puzzles dont il manquerait juste un morceau pour voir l’image complète. Il alla voir le doyen pour lui demander de voir le dossier scolaire complet de Milo. Il savait déjà que bien qu’âgé de seulement dix ans, il était dans les parages lors de la disparition de la petite Svania à Chlatia. Il savait bien sûr qu’il était aussi dans le coin cette fois ci pour Katia. Restait à vérifier qu’il était bien aussi élève dans le collège de Tusla et le lycée de Saravo lorsque les autres filles s’étaient évanouies.

     - Je croyais qu’elles avaient disparu ou fugué ?

     - Oui, évanouie c’est une façon de parler, on dit ça en général quand quelque chose ou quelqu’un a disparu sans laisser de traces, comme par magie, pfffit…

     - D’accord.

     - Lorsque le jeune inspecteur eut le dossier scolaire de Milo entre les mains, il ne fut pas surpris, le hasard n’existait pas. Il garda sa découverte pour lui, il ne voulait pas qu’on ébruite la nouvelle et que son principal suspect dissimule des preuves ou pire, se carapate, ça veut dire prendre la poudre d’escampette, s’enfuir. Il réserva donc ces éléments pour le juge. Il espérait bien que celui-ci lui délivrerait un mandat pour perquisitionner l’appartement de Milo, ce qu’il fit sans trop se faire tirer l’oreille. Ainsi muni de son précieux sésame, il alla frapper à la porte de Milo le soir même. Celui-ci lui ouvrit et le fit entrer. La première chose qui frappa l’inspecteur…

     - C’est le point de Milo ?

     - Très drôle…

     - Oh d’accord…

     - La première chose qui frappa l’inspecteur donc, c’était la taille de l’appartement, il était deux fois plus grand que le sien et Milo n’était qu’un étudiant qui ne gagnait pas encore sa vie. La deuxième chose, c’était le dépouillement complet. Il n’y avait pas un seul élément de décoration, sauf quelques bocaux posés sur une étagère. Tout le reste n’était que livres, ouverts un peu partout, sur le bureau bien sûr mais aussi sur les tables, un fauteuil, le bow-window, planches anatomiques accrochées aux murs, cahiers et feuilles volantes éparpillés un peu partout. Tout son intérieur reflétait l’obsession de Milo pour ses études. L’inspecteur ne s’imaginait pas trouver le moindre indice ici, Milo était bien trop intelligent pour en laisser traîner mais lui mettre un peu la pression pourrait peut-être le pousser à commettre une erreur. Il commença à lui poser quelques questions sur son enfance à Chlatia, puis son adolescence à Tusla et Saravo, essayant de l’amener à lui parler des jeunes filles disparues tout en faisant le tour de l’appartement. Lorsqu’il arriva devant les bocaux, il s’arrêta, ils étaient remplis de méthanal en solution aqueuse et...

     - De quoi Papa ? Qu’est-ce qu’il y a dans les bocaux ?

     - Du méthanal, du formaldéhyde ou formol si tu préfères. En solution aqueuse c’est quand on l’a mélangé à de l’eau. C’est un liquide qui sert de conservateur, comme l’eau vinaigrée pour les cornichons.

     - D’accord.

     - Donc les bocaux étaient remplis de formol dans lequel baignaient des cœurs, sept petits cœurs. L’inspecteur restait sans voix, il n’en avait jamais vu. Milo vit son étonnement et lui expliqua que pour ses études il avait voulu avoir des spécimens sous la main. Il n’était pas exceptionnel qu’un étudiant ait dans sa chambre un exemplaire de l’un des organes sur lequel il comptait se spécialiser, sept c’était un peu moins courant mais cela faisait longtemps qu’il avait choisi sa spécialité à la différence de la plupart de ses camarades qui se décidait juste. L’inspecteur s’étonna de ne voir aucune étiquette, comment Milo faisait-il pour savoir à quoi correspondait chacun ? Celui-ci lui expliqua que depuis le temps qu’il les étudiait, il était parfaitement à même de les reconnaître sans commettre la moindre erreur. L’inspecteur insista, pour lui il était impossible de les distinguer. Cela piqua Milo au vif et il commença à décrire le contenu de chaque bocal avec moult détails...

     - Ça veut dire quoi moult Papa ?

     - Beaucoup.

     - D’accord.

     - Le premier appartenait à un enfant de huit ans, victime d’une chute et d’un traumatisme crânien qui avait engendré un AVC, un Accident Vasculaire Cérébral. Le deuxième appartenait à un enfant de douze ans, décédé de mort violente lui aussi, une chute dans un escalier et une rupture de la moelle épinière au niveau des cervicales. Le troisième appartenait à un enfant de quinze ans mort par suffocation. Les trois suivants appartenaient à des adolescents qui avaient quasiment le même âge, dix-sept ans environ, les drogues faisaient des ravages terribles chez ces jeunes. La mort par overdose provoquait un arrêt cardiaque que l’on pouvait reconnaître au début de nécrose des tissus. C’était très intéressant à étudier, beaucoup plus que les précédents. Le dernier enfin était son préféré, prélevé récemment sur un jeune adulte d’une vingtaine d’années, il présentait une légère malformation, le syndrome de la crosse aortique.

     - C’est quoi une crosse aortique Papa ?

     - L’aorte c’est une grosse veine qui va dans le cœur et en arrivant, elle fait un virage et elle a la forme d’une poignée de canne. Tu sais comme celle que Papi prend pour marcher. C’est ça la crosse.

     - D’accord.

     - Milo venait de lui dire sans détours qu’il s’agissait de cœurs humains et d’enfants de surcroit. L’inspecteur le provoqua à nouveau, il insinuait que Milo pouvait bien raconter ce qu’il voulait, ce n’est pas lui qui lui apporterait la contradiction, mais à part les deux premiers ils avaient presque la même taille alors les différences d’âge l’étonnait un peu. En plus il pouvait s’agir de cœurs masculins ou féminins ce qui faussait complètement la comparaison. Milo répondit du tac au tac qu’il s’agissait exclusivement d’organes féminins. Il comprit aussitôt son erreur. Il s’éloigna des bocaux, dégagea une petite place sur la table basse et proposa à l’inspecteur de continuer leur conversation sur la disparue du campus assis autour d’un thé bien chaud. Ce dernier accepta, comprenant que Milo avait reconnu le piège qu’il lui tendait et qu’il n’obtiendrait plus rien de lui comme ça. Il s’assit dans l’un des fauteuils que Milo venait de soulager de ses livres...

     - Euh, elle est bientôt finie ton histoire ?

     - Oui, c’est bientôt le dénouement.

     - D’accord.

     - Milo s’occupait du thé dans la cuisine. Yevgénic lui lança que sa sœur ainée était décédée quelques années plus tôt d’une crise cardiaque. Elle avait cinq ans de plus que lui. Les médecins qui l’avaient examiné avaient parlé d’une cardiomyopathie et lui avaient conseillé de se surveiller, de ne pas trop faire d’efforts violents, et caetera car on avait déjà remarqué que ce genre d’affection touchait souvent plusieurs membres d’une même famille. Plus un bruit ne venait de la cuisine, il avait retenu l’attention de Milo et allait pouvoir le ramener à parler des cœurs sur l’étagère. L’étudiant posa deux tasses sur un plateau, versa une cuillère à café d’une poudre blanche dans l’une et deux dans l’autre puis les remplit de thé brulant. Il emmena le tout et le posa sur la table devant l’inspecteur. Il lui tendit une tasse et prit l’autre en s’excusant d’avoir sucré les deux par habitude. Il but et Yevgénic l’imita. Au goût, cela devait être un Lapsang Souchong, à la saveur boisée très prononcée, le sucre était le bienvenu pensa l’inspecteur…

     - Papa.

     - Oui fils, elle est presque finie, ce serait dommage de s’arrêter maintenant tu ne crois pas ? Encore deux minutes et tu pourras dormir. Je te rappelle que c’est toi qui voulait une histoire…

     - D’accord.

     - Le lendemain matin, Milo alla trouver le doyen. Il lui raconta la visite de l’inspecteur la veille, leur discussion, le thé et le moment où il lui avait parlé de son problème de cœur, une cardiomyopathie sans doute héréditaire d’après Milo. Il n’avait pas été très diplomate sur ce coup là, il lui avait sorti tout son cours sur cette affection souvent fatale qui provoquait souvent des décès tôt dans la vie des patients qui en souffraient. Il craignait d’avoir effrayé le jeune officier car celui-ci était parti rapidement après, l’air assez chamboulé. Il ne s’attendait pas à une réaction aussi forte chez quelqu’un qui somme toute côtoyait la mort tous les jours et était bien placé pour savoir que la vie peut basculer du jour au lendemain, mais l’inspecteur était parti en lui disant que la vie était bien trop courte pour qu’on la gâche dans un petit boulot minable, dans un pays froid et seul. Milo redoutait que Yevgénic n’ait fait une bêtise par sa faute. Le doyen le rassura, lui expliquant qu’il était très difficile de prévoir la réaction des gens lorsqu’on leur annonçait une pathologie grave, que cette expérience l’aiderait à être un meilleur médecin, plus humain et qu’il préviendrait le commissaire au cas où. De fait, le jeune inspecteur ne réapparut jamais plus ni au commissariat ni chez lui. Tout le monde pensa que sur un coup de tête il était parti tenter sa chance dans des contrées plus exotiques. Milo quant à lui termina brillamment ses études. Il soutint sa thèse de doctorat sur les cardiomyopathies avec brio, étayant son exposé avec sa collection de huit petits cœurs.

     - …

     - Voilà fiston, c’est fini, ça t’a plu ?

     - …

     - D’accord. Fais de beaux rêves mon grand.

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