26 mars 2011

La lettre - (Brigou)

 

Les verbes se bousculent
Boudent, chahutent
C’est la confusion.

Elle réfléchit.

Une pensée la traverse
Une idée agréable
Un songe inavouable.

Elle laisse de jolies traces sur le papier
Noircit des pages et des pages.
Les mots sourient.

Elle les attrapent, les sèment, les plantent.

Si elle avait le temps
Elle pourrait écrire indéfiniment
Au risque d’y passer la nuit.

Mais elle se promet d’être légère
De piocher au fond de l’encrier
Des petites choses de rien du tout.

 

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En crier‏ (titisoorts)

Et voilà, je recommence, j'appréhende, ma plume glisse sur le papier blanc, je broie du noir, je sens au fond de moi que je dois être lâche. Au début j'y voyais mon visage, sur ce mirroir
d'encre. Je ne savais pas que j'allais m'abreuver de ce sang. J'étais innocent, j'aurais du me faire un sang d'encre. J'ai donc plongé mon epée de plume pour y transpercer mes carapaces. Ensuite les mots se couchaient sur les feuilles vierges, ils arrivaient sans reflexion comme pour m'épurer. Les mots se dressent pourtant fiers d'être placés là ou ils sont, par erreur mais surement pas par hasard. Les mots qui sortaient de ma plume, abruptes et sans ame. Mais pour arriver à la fleur qui poussse dans la clairiere, il faut d'abord défraichir le terrain. Ma plume des premiers temps etait plutot un marteau piqueur, il à fontionné plusieurs mois et des fois encore, me secouant. Allez je replonge ma plume ,je retourne au combat contre moi meme. Les pensées s'eclaircissent, je reve d' une purete d'expression, d'une liaison de l'ame, du cerveau, du coeur, une harmonie avec terminaison ma plume qui prendraient leurs forces au moment ou je la plonge au fond de 'encrier, la force du bout de mes doigts avec déjà l'idée des mots à coucher. Ecris moi je serais qui tu es, peur de me trouver ou de m 'y perdre dans la solitude des maux de l'encre transformées. Un train d'ecrit de phrases intimes, parfois TGV parfois micheline, cela depend de la forme de l'écrivain, il arrive que je deraille.
Je recommence à avoir peur pourtant je sais que je suis loin de l'union avec mon âme, il m'arrive de ressentir ma carapace qui me protège et m'empêche de m'être, dans l'intelligence d'adaptation de l'homme.
Faut il au fond en crié pour sortir l'écrit.

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L'escalier (Sable du temps)

Au fond de l'encrier
j'ai trempé ma plume
je me souviens
les doigts tachés
d'encre violette
la buée sur les vitres
et la cour de récré,
les genoux écorchés
l'ombre du grand Meaulnes
et la senteur d'orange
des goûters d'autrefois
je me souviens
les enfants moins sages
l'école buissonnière
un plus un font deux
pleins et déliés se mêlent
l'encre est sympathique
l'écriture secrète
et les billets galants
au fond de l'encrier
j'ai perdu ma plume
depuis longtemps
encre y es-tu
plus de secret ni de marelle
plus d'il était une fois
je lève l'ancre
pour rêver les mots

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Au fond de l'encrier (Joye)

 

Au fond

De l’encrier

Tous ces mots

Déjà oubliés

Je vois

Le noir

Où se noie

Tout mon désespoir

Na na na na na na na

Silence

Ébène

Où demeurent

Tous mes mots de peine

Ils restent

Muets

Tous ces mots

Jamais exprimés

Na na na na na na na

Les mots qui restent cachés

À chaque fois que je me tais…

Au fond

De l’encrier

Vivent les mots

Que j’ai rejetés

Des mots

Subtils

Pour absoudre

Mon cœur inutile

Na na na na na na na

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C’est fait (Val)

 

Je mange mes stylos. Je ne les mange pas, je les ronge. Je les ronge à sang. A sang d’encre ?

Petite, les quelques fois où j’ai vu un encrier, j’ai eu l’idée bizarre d’y goûter. A ce qu’il y avait dedans.

Je n’ai pas d’encrier, j’ai des stylos. Mais, devinez quoi ?
Par deux fois, cette année, au travail, j’ai réalisé plus ou moins un rêve de gosse.

Goûter à l’encre, ça, c’est fait ! Mouarf !

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La fille à l’encrier (Soumarine)

encrier 

 

 

17 ans, non, c’est pas le bel âge.

De toutes façons, elle les emmerdait tous, les jeunes comme les vieux, surtout les jeunes, d’ailleurs.

Elle avait rien pour elle. Trop ronde, les épaules voûtées, des lunettes de myope, des cheveux toujours gras devant les yeux, des jeans trop grands, des pulls informes et foncés, l’air et l’art de faire la gueule tout le temps, peu, très peu d’amis, des parents chiants et vieux jeu, un lycée et des profs ennuyeux,  des heures de métro, pas d’idées ni d’envie pour le futur…

A l’époque, pas de walkman, encore moins d’e-pod ou de téléphone.

Alors elle avait trouvé un truc, ou plutôt deux. Une pipe récupérée de l’un de ses frangins, et un encrier.

Au bahut, pas question de sortir la pipe et le tabac hollandais qui sentait si bon, alors elle sortait l’encrier.

C’était un encrier waterman, d’une forme qui permettait de le positionner obliquement sur la table et d’avoir l’ouverture bien orientée pour y tremper la plume. Elle utilisait un porte plume assez ordinaire. La plume n’avait guère d’importance, ce qui comptait c’était l’encrier.

Les profs, ça les énervaient, ça se voyait bien, ce petit rituel de début de cours, mais ils ne disaient rien, elle n’était pas facile cette élève là, pas à prendre avec des pincettes, et elle pouvait vous mettre le souk en classe facilement, alors finalement ses tripatouilles avec l’encrier ça leur faisait un peu de tranquillité !

Les autres filles, elles s’en foutaient de l’encrier, elles, c’étaient les rouges à lèvres, les pulls à paillettes, les rancards avec les mecs du lycée de garçons du quartier. La baba cool attardée et laide, on n’allait pas s’en occuper plus que ça, hein ?

Avec l’encrier, l’accessoire nécessaire c’était le buvard. Elle passait des heures à y déposer délicatement des gouttes d’encre de toutes les tailles et à les regarder s’étaler, se faire absorber par le buvard rose. Ou alors elle se servait d’un des coins pour pomper l’encre qu’elle avait au bout de la plume.

Avec son encrier, elle ne voyait pas passer les heures de cours, elle était présente, certes, mais occupée. Occupée à dessiner, à souffler sur des taches pour les étaler et créer des créatures fantasques, ses cahiers étaient plus enluminés que les riches heures du duc de Berry dont elle trouvait la reproduction dans son Lagarde et Michard.

Le seul prof que ses bidouillages intéressaient c’était le prof de dessin.  Mais bon, une heure par semaine pour une matière optionnelle, ça vous remplissait pas une année scolaire ni une vie…

Cette année là, c’était sa dernière année au bahut.

En juin, elle a eu son bac, personne n’a compris comment elle avait fait. Un gros coup de chance, et puis sans doute que pendant qu’elle bidouillait avec son encrier elle entendait finalement une partie des cours…

On ne l’a jamais revue, elle n’a manqué à personne, d’ailleurs. Peu, très peu d’amis… Juste un encrier pour s’occuper.

Et au fond de son encrier, tout son désespoir.

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AU FOND DE L’ENCRIER… (Lorraine)

 

Au fond de l’encrier, il y a un tablier noir, la plume ballon, et cette odeur inoubliable, un peu âcre, qui monte aux narines et inquiète.

                - Attention, dit Mademoiselle, nous allons écrire dans un cahier, suivez bien la ligne, regardez au tableau, je montre…

                Avant, elle montrait et on écrivait sur l’ardoise. Aujourd’hui elle trouve qu’on a fait assez de jambages, on est grands, on ouvre le cahier et surtout, surtout, on fait attention aux taches !

                - Pas trop d’encre sur la plume, juste le bout, on n’appuie pas, on écrit « Papa fume la pipe ».

                Papa fume la pipe ! On connaît. C’est facile. Enfin… »J’ai fait un pâté, Mademoiselle ! ». Mademoiselle Armande se penche sur Antoine, elle secoue la tête, dit : « Antoine, tu as pris trop d’encre ! Regardez tous: on trempe la plume doucement, on essuie le bord sur l’encrier, et alors seulement on écrit . Vous avez compris ? et s’il le faut, prenez votre essuie-plume ».

                On fait oui de la tête, on crie : « Oui, Moiselle ! »…Et Anita s’exclame : « j’ai aussi fait un pâté »…même plusieurs pâtés. On sort prestement les buvards du pupitre. Les buvards, c’est drôle, ils écrivent à l’envers ce qu’on écrit à l’endroit. Mais pour l’instant, ils absorbent surtout les taches, sauf dans le cahier de Mariette, très sage, qui fait tout bien, le chouchou de Mademoiselle, on le sait. On ne l’aime pas beaucoup. Elle fait trop attention à sa robe, à son cartable, à son bulletin…Elle a toujours 10. Moi j’ai 7. Parce que je bavarde. Alors Mariette se tourne vers moi et, mettant son doigt sur sa bouche, murmure : « Chut !... ». Je n’aime pas du tout Mariette…

                Mon essuie-plume a une tête de coq, il est rouge et noir. Ma plume s’accroche dedans et quand je recommence à écrire, elle grince. Sur le cahier, il y a de petites éclaboussures. Mais pas de fautes. Ginette s’applique, elle n’arrive pas à terminer la phrase. « C’est bon, dit Mademoiselle, on reprendra demain ».

                On va à la récréation.  On a tous les doigts tachés d’encre.

                Dans l’encrier, il y a l’école…

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Encrier (Sol-eille)

 

Mes doigts bien appliqués à tracer des ronds, des pleins et des déliés de ce poème de Prévert, la tête penchée sur l’onciale, élève consciencieuse qui perdue dans ses pensées regarde le fond de son encrier bleu nuit à la recherche des réponses à toutes ces questions existentielles qui surgissent au fur et à mesure où elle plonge à intervalles réguliers son rotring dans ce puits bleu marine, au reflet parfait sur le papier vélin écru.

Puits sans fond, insondable comme le puits de l’âme de l’humanité qui pressée par le temps, ses obligations, ses petits tracas et autres misères en a oublié qu’elle est une espèce faite pour vivre en meute, en groupe. Qu’en reste t-il dans cette tour à cinquante étages où le cœur de 1000 personnes bat ici silencieusement chaque nuit sans se connaître ?

Le vague à larmes l’emporte soudain, porte-plume suspendu à ce cœur liquéfié, mer de sel qui fond, où, sur son parchemin entre deux vers de Prévert s’étalent des tâches, camaïeu de bleu indécent au milieu de ces rimes, déliquescence de cette humanité qui a levé l’ancre et dessalé sans s’en apercevoir et se noie inévitablement.

soleille142

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Blancbec et Eurêka (Vegas sur Sarthe)


A force de ruses et de quelques exactions nous avions réussi Lulu et moi à gagner les meilleures places, celles qui touchaient le gros poële de fonte aux braises rougeoyantes et surtout celles qui rendaient illisible l'écriture calligraphiée de madame Blancbec au lointain tableau noir.

Forts de cette excuse et le cul au chaud, nous pouvions alors nous concentrer en toute impunité ou presque sur de passionnants travaux tels que la gravure sur table, la mastication des boulettes de sarbacane et la confection de planeurs en papier buvard.

Aujourd'hui c'était jour de Physique et un dénommé Archimède allait nous offrir une occasion formidable de jouer avec les encriers.
Cet Archimède me parut fort sympathique quand j'appris de la bouche même de Blancbec qu'il était aussi l'inventeur des vices sans fin!

Dans nos petits bidets de porcelaine où l'on n'avait jamais eu que le droit de tremper la plume du gradé - le fameux sergent major - il nous était enfin permis d'en explorer les profondeurs afin de vérifier la fameuse loi inscrite au tableau:
"Tout corps plongé dans un liquide...gna gna gna" la suite étant parfaitement indéchiffrable et c'était tant mieux. 

Blancbec n'eut pas le temps d'en achever l'énoncé que, dans l'abîme violette j'avais déjà ordonné la plongée d'une craie-bathyscaphe baptisée Eurêka pour la circonstance. En pilote confirmé je guidai mon engin vers le fond, bien décidé à vaincre cette force étrange dirigée de bas en haut et surtout pressé d'atteindre le fond avant mes camarades et néanmoins adversaires.
 
Une course s'engagea entre Lulu et moi et comme il semblait mieux maitriser son engin, j'envoyai un savant coup de pied dans son bureau ce qui vida le bidet en un superbe tsunami d'un bleu profond sur sa chemisette blanche...
Débarrassé de ce redoutable concurrent j'allais poursuivre mon exploration quand la main sèche de Blancbec s'abattit sur ma nuque telle un couperet.
Déjà Eurêka s'abimait, m'ôtant toute chance de découvrir l'ivresse des profondeurs d'une mer d'encre.
Lentement je refaisais surface, lourdement lesté d'une sanction exemplaire... deux cent fois!
Alors je plongeai gravement ma plume en un dernier adieu à mon bathyscaphe, diluai l'abîme violette de quelques larmes avant d'entamer la première d'une longue série de lignes:
"Tout corps plongé dans un liquide..."   
Une vocation venait de sombrer.



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Dernière lettre (Célestine)


Il ne me reste plus que l'encre
pour tremper mon chagrin dedans
ma plume aiguisera sa pointe
acérée comme tes yeux noirs

tes yeux de braise ont transpercé
mon cœur comme matière molle
glacé , privé de toute vie
il s'est écroulé devant toi

Tu as , en un éclat de rire
tatoué dans le vif de ma peau
avec ton encre indélébile
une blessure inguérissable

Je regarde cet encrier
et un froid intersidéral
me saisit dans son noir dessein

tous les mots que j'en sortirai
se cogneront,
sans espérer même un regard,
Au mur de ton indifférence.

Je boirais cet âcre élixir
Cet ignoble sang de vieux poulpe
J'avalerais ce choléra,
ce noir poison , cette ciguë
Si je savais que tu reviennes

 

Il ne me reste plus au fond
que cet encrier dérisoire
pour te décrire ma brûlure
avant de m'y laisser sombrer.

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