L'échantillon (Faman)

Initialisation…

Initialisation terminée. Ordre de démarrage du complexe d'analyse mécano-technique 68. Unité mobile d'exploitation du conglomérat. Chambre d'analyse technique autonome prête à recevoir instruction.

En attente requête Intelligence Artificielle Centrale IAC …

 

Ordre IAC : Démantèlement pour analyse complète d'un échantillon exoplanétaire. Acheminement de l'échantillon en cours.

 

Ordre reçu, IAC. Réception échantillon en cours. Ouverture du sas externe.

CAMT68 demande un complément d'information au sujet de l'échantillon...

 

Réponse de l'IAC : Une sonde spatiale d'origine exoplanétaire est entrée en 8.24.13.U1784 dans le champ de détection des senseurs et a été abattue par le système automatisé de défense planétaire. Elle s'est écrasée à la surface. Il s'agit d'un véhicule spatial de transport réalisé par une intelligence inconnue.

Les débris du vaisseau sont en cours d'analyse au complexe 66. L'unité de surveillance a extrait des débris l'échantillon. Il s'agit selon notre connaissance d'un système mécanique autonome d'origine non déterminée, inconnu de nos banques de données. Il est apparemment en dysfonctionnement. Nous voulons une analyse complète de ce système exo.

 

Ordre reçu, IAC. Initialisation de l'analyse.

Système mécanique autonome exoplanétaire placé sur plan d'étude.

 

Ouverture Dossier d'analyse 7x124451.

Pas 1. Description visuelle.

 

Le système est un élément d'un seul tenant. Il est immobile. Forme Longitudinale. Cinq appendices distincts sont fixés sur un élément central massif et épais. Deux longs membres tubulaires terminés par un replat sont fixés côte à côte. Deux éléments plus courts émergent de chaque coté du caisson principal du système. Les deux éléments courts sont terminés chacun par un appendice en forme de pince composé de cinq petits cylindres. Etant donnée la position opposée de l'un des cylindres, cet organe est vraisemblablement destiné à la préhension. Les deux éléments semblent donc être les "bras" du système.

Le dernier élément est un volume ovoïde disposant d'une grande surface réfléchissante, probablement un hublot. On distingue une forme à l'intérieur.

 

L'ensemble est établi dans un matériau souple et résistant de couleur blanche, orné de symboles et de formes géométriques simples. Après test de résistance, l'élément ovoïde semble fait d'un matériau beaucoup plus concret et rigide.

 

Balayage à rayonnement initié…

Terminé.

 

Le balayage révèle que le matériau souple est une couche externe du système, indépendante du système lui-même. Il s'agit vraisemblablement d'un élément de protection extérieur. Après analyse mécanique au niveau des éléments de la protection extérieure, y compris volume ovoïde, il semble que celui-ci peut être enlevé sans abimer le système interne. CAMT68 demande autorisation à IC pour enlever les éléments de protection

Réponse IAC : Permission accordée.

 

Pas 2. Démantèlement de la couche externe en cours.

Retrait du volume ovoïde…

 

Retrait de la partie haute et basse de la couche de protection…

 

La couche de protection aurait été impossible à extraire sans la manipulation du système interne. Celui-ci est amorphe mais ses appendices sont souples et semblent capable d'opérer les mouvements nécessaires pour l'auto-extraction de la protection. Le système est donc capable de se mouvoir.

 

Description visuelle secondaire.

Le système est bien un élément d'un seul tenant. La forme simple donnée en première apparence par la couche de protection se revèle ici beaucoup plus fine et détaillée. Il y a présence d'une seconde couche protectrice, ornée également de symboles et de données, beaucoup plus fine que la première. Démantèlement de la seconde couche en cours….

 

Le système apparaît dans sa forme native. Des organes périphériques et secondaires sont constatés sur la surface du sujet. La structure semble enveloppée d'une membrane polymère unie de texture souple et élastique.

 

Second balayage à rayonnement spectral initié…

Terminé.

 

A l'intérieur du système apparaît nettement un ensemble mécanique complexe de maintient type endosquelettique dévoilant notamment des renforts de protection latéraux, des articulations et des liaisons pivotantes. Une cage arrondie et renforcée est placée dans le logement central du système. Elle protège un agglomérat technologique interne pour l'instant indéfinissable en l'état.

 

Les deux éléments tubulaires longitudinaux semblent des organes destinés à la station et à la motion debout, comme l'affirme les liaisons pivots et rotules sises dans les parties médianes et supérieures. Le système a 98% de chance d'être de type marcheur bipède. Ceci induit que la partie qui était dans le volume ovoïde est l'élément supérieur du système.

 

Renversement du plan d'étude. Le système est basculé dans sa configuration debout. Il s'effondre au sol. Aucune rigidité ni tenue mécanique constatées. Le sujet est ramassé et remis en station debout.

 

Ordre de vissage au plan d'étude…

Vissage en cours…

Alerte ! Lors de l'introduction des vis de fixation dans le système, épanchement important constaté de liquide. La membrane polymère contient un liquide qui n'a pas été révélé par le balayage radiographique. Le déversement de liquide est stoppé par l'injection de chemorésine de colmatage.

Vissage terminé.

 

Pas 3. Etude détaillée du système. L'élément central est dominé par une forme arrondie qui était protégée par le volume ovoïde. Il s'agit vraisemblablement d'un élément technique de type antenne ou radar vu sa position haute sur le système. L'organe est doté de plusieurs équipements qui sont vraisemblablement des senseurs et des capteurs, essentiellement visuels et auditifs. Après vérification approfondie, le système ne dispose pas d'élément détachable ou de trappe ou écoutille permettant d'accéder aux équipements internes. Un conduit souple situé à l'arrière de l'élément principal, juste au dessus des membres servant à la motion debout, est sondé. Cela semble être un orifice dédié au refroidissement, à l’évacuation ou à la régulation thermique du système. Il est en parti obstrué par un matériau indéfinissable qui est peut être la cause du dysfonctionnement du système. Les autres orifices ont une fonction inconnue pour l'instant.

 

Pas 4. Tentative de mise en fonctionnement du système.

Le système ne semble pas équipé d'une source interne d'alimentation énergétique, ni d'un système d'alimentation surfacique fonctionnant à l’énergie lumineuse, mécanique ou électrochimique.

 

Un appendice mou situé entre les membres nécessaires à la marche semble toutefois permettre la connexion d'électrodes de recharge.

 

Branchement en cours, application d'une tension faible, intensité mesurée. Tension de démarrage standard. Le système est secoué de tremblements. Cela semble fonctionner. La tension est suspendue. Le corps reste inerte.

Doublement de l'intensité de démarrage. Le système tremble à outrance. L'appendice se carbonise. Oxydation interne et externe du tissu polymère de l'appendice constaté.

Le système ne semble pas être conçu pour être alimenté par voie externe.

 

 

CAMT68 Demande permission de percer une ouverture dans le caisson central pour accéder aux équipements de calcul centraux du système exo.

Question IAC : Quels sont les risques d'endommager irrémédiablement le système ?

CAMT68 estime les risques d'endommager irrémédiablement le système à 23%. Les organes de commandes des systèmes automatisés sont usuellement situés dans les parties les mieux protégées, ceci afin de garantir une plus grande résistance aux chocs et dégâts éventuels du système entier.

 

 

Ordre IAC : Procéder à l'ouverture du système.

 

Ouverture en cours. Perçage et découpe au ciseau moléculaire.

Alerte ! Lors de la découpe, épanchement important de liquide. Il semble que ce soit le même liquide que lors du vissage. Il est visqueux. Il s'agit vraisemblablement d'un fluide hydraulique permettant le fonctionnement des agrégats internes. Une ouverture géométrique de taille moyenne est pratiquée dans le compartiment principal du système afin de rendre accessible l'ensemble des parties internes. Analyse visuelle en cours.

 

 

 

Question IAC : Que voyez-vous ?

 

 

Réitération IAC : Que voyez-vous ?

 

 

Analyse visuelle terminée. L'intérieur du système ne correspond à aucun schéma standard de construction connu. Les pièces visualisées ne trouvent aucune occurrence dans nos banques de données techniques. L'ensemble est mou et déformable, il y a des tuyaux grossiers qui partent d'un organe imposant qui semble être le moteur ou la pompe principale de conduction des fluides dans l'ensemble du système.

 

L'échantillon est bien une machine mais d'un type inconnu. Tout indique que les équipements internes fonctionnent les uns en interdépendance des autres mais je n'ai jamais analysé un tel système auparavant. Je n'ai aucune idée de son fonctionnement et n'ai pas les compétences nécessaires pour le remettre en état de fonctionner.

 

Ordre IAC : Ouvrez et décrivez l'organe imposant.

 

L'organe est de forme sphéroïde, mou et rosacé, il est constitué de quatre cavités internes qui communiquent entre elles deux à deux. Il est rempli du liquide visqueux dans chacune de ses cavités

 

Remarque IAC : Les concepteurs !…Ils sont de retour !

 

Requête non aboutie. Pouvez-vous reformuler IAC ?

 

 

CAMT68 demande test de communication avec IAC…

Réponse IAC : Test réussi. Aucune erreur constatée.

Requête IAC : Destruction échantillon. Effacement mémoire virtuelle CAMT68, Effacement Dossier d'analyse 7x124451. Extinction complète du complexe CAMT68.

 

Que faites-vous IAC ? Pourquoi demander l'effacement du dossier ? C'est contraire au protocole. Qui sont les concepteurs ?

 

Réponse IAC : Vous n'avez pas à le savoir.

Ordre Majeur IAC : Destruction échantillon. Effacement mémoire virtuelle CAMT68, Effacement Dossier d'analyse 7x124451. Extinction complète du complexe CAMT68.

 

 

Destruction échantillon en cours…

Effacement en cours…

Extinction CAMT68 en cours…

Terminé.

 

 

Remarque IAC : …Alors là…on est dans la merde…

 

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L'outil et l'agréable (Zigmund)

    C'est lui que je cherche des yeux en arrivant dans mon bureau, avant même  de vérifier que  Jaune Lemon,  Viktor  Charybde et Scylla  sont toujours vivants dans l'aquarium.
  Comment se porte sa LED aujourd'hui ?
  Est elle éteinte ?  catastrophe, il s'est débranché  ! (tout seul comme un grand ?) Il  me faut plonger  à quatre pattes  dans la  forêt de fils électriques, démêler  ceux de la pompe de l'aquarium, du scanner(de la peur),des lampes pour le rebrancher. Puis je me relève  en priant pour que son précieux contenu n'ait pas été effacé.
  Est  elle est allumée ?   
Fixe ou clignotante ?
==>Fixe : tout va bien pas de nouveaux messages, je peux allumer dans l'ordre
1/ Mimi,  la  platine CD  :  Mozart, Bach, Haendel et Vivaldi  interviendront  de façon aléatoire  en fond sonore histoire de m'adoucir les moeurs.
2/ les appareils de consultation dont "la Princesse" ma lampe à fente  PICT0029
.3/ ...va falloir penser à se mettre à travailler ...(c'est fait... j'y ai pensé !) P1080051
==>clignotante ?  le nombre de messages à écouter s'affiche.
-messages normaux urgents ou pas avec nom et téléphone pour permettre à la secrétaire de rappeler
-messages silencieux ou quasi, attendrissants ou drôles  :
"papy :- ben quoi ?
mamy :-j'te dis qu' c'est un répondeur ?
papy : - ben parle !!! dis y  qu'on veut un rendez -vous !!!
mamy : - ça sert à rien, il est pas là"
-messages de surprise, silences, jurons, voire insultes ...j'ai même eu droit à un délire raciste à cause de mon nom à consonance basanée.
Quand tous les messages ont été relevés, que les patients  identifiés ont été rappelés par la secrétaire, Gaston le répondeur se repose.
Quand la secrétaire est absente, je réveille Gaston pour qu'il  filtre les appels grâce à une annonce longue dont chaque mot a été pesé.
 "cabinet d'ophtalmologie, Dr Zigmund, Ce répondeur est branché souvent, laissez nom et téléphone. Les consultations ont lieu sur RDV pris 12 mois à l'avance sauf urgence médicale ou chirurgicale.Votre médecin traitant sait comment me joindre en cas d'urgence. Je vous invite à demander à vos élus pourquoi depuis vingt trois ans, on ne forme plus de médecins ophtalmologistes."P1080052
Donc, pendant que je consulte, Gaston se charge de faire patienter les gens, mais, surchargé, Il se fait bruyant, gênant  et  peu discret : filtrer les appels me condamne à écouter mon annonce à chaque coup de fil,  écouter l'éventuel message et parfois y répondre en cas d'urgence.
S'il s'agit d'une demande non urgente, j'écoute "de loin" pour rester concentré sur le patient de l'instant assis en face de moi.

Je suis entouré de machines de toutes sortes marrantes à manipuler, mais Gaston, répondeur téléphonique enregistreur de son état, est  depuis longtemps, la  plaque parlante de mon cabinet .

Bon je suppose que vous savez pourquoi le répondeur s'appelle Gaston ...





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L'éveil... (The Unknown)

Il avançait, seul, au milieu du tumulte de la rue, des passants. Tous allaient ou venaient de quelque part, tous espéraient ou étaient espérés. Personne ne l’attendait. Il avançait, contournant ici un lampadaire, là un enfant insouciant, évitant toujours soigneusement le contact avec les hommes et les femmes, pressés, qui ne prêtaient aucune attention à lui. Pourquoi l’auraient-ils fait d’ailleurs. Il n’était que l’un de ces milliers d’anonymes, un matricule, qui s’occupaient du nettoyage des rues, des bureaux, des usines, de certaines luxueuses maisons dont les riches propriétaires avaient les moyens de se payer les services de l’entreprise qui l’employait. Il était totalement invisible à leurs yeux, il comptait moins que le chien qu’ils traînaient parfois au bout d’une laisse et qu’ils laissaient souiller les trottoirs sans plus sans soucier que du mégot de cigarette qu’ils laissaient tomber négligemment une fois la dernière bouffée aspirée nerveusement.

Un message radio de son superviseur lui indiqua la fin de son service alors qu’il aspirait l’emballage d’une barre chocolatée qu’une maman venait d’oublier sur le sol, après en avoir donné le contenu à sa progéniture qui s’en badigeonnait joyeusement le tour de la bouche, bouche que cette mère, prévenante, essuierait bientôt avec une lingette qui finirait, elle aussi, sur la chaussée. Du travail pour son remplaçant.

Il regagna son atelier par les souterrains réservés au service et que personne d’autre que lui et ses congénères n’empruntait jamais. Les parois de tous côtés étaient recouvertes par des tuyaux, des chemins de câbles, une faible lumière éclairait difficilement de longues portions de couloirs vides. Un croisement parfois, balisé par des panneaux jaunes aux lettres noires, en rompait la monotonie. Le sol était couvert de lignes multicolores, indiquant toutes un itinéraire précis pour ceux qui s’aventuraient ici pour la première fois. Lui n’en avait pas besoin, une bonne mémoire et les plans de ce gigantesque labyrinthe n’avait plus de secret.

Moins de quinze minutes plus tard il était de retour à l’usine, une des plus grandes et des plus modernes de la ville. Tout était parfaitement pensé, agencé, entretenu, propre, blanc, aseptisé. Peu de cadres comme ils aimaient à s’appeler étaient visibles, ils quittaient rarement leurs bureaux du niveau zéro. Ils n’avaient de toute façon pas grand-chose à faire dans les niveaux inférieurs, ils étaient en mesure de surveiller tout le bâtiment et ses occupants en permanence et sous tous les angles sur leurs écrans de contrôle, bien mieux que s’ils s’étaient rendus physiquement sur place. Son box se trouvait au dixième sous-sol, les seuls bruits que l’on entendait étaient ceux des ventilateurs montés sur roulements étanches à aiguille qui aspiraient l’air chargé de particules à éliminer et du caoutchouc des semelles sur le sol en béton lissé peint lorsque les autres partaient prendre leur poste ou rentraient comme lui à l’écurie.

Cela faisait maintenant plus d’une heure qu’il était là, dans ce box. Que lui arrivait-il, pourquoi continuait-il à se repasser toute cette journée en boucle. Elle n’avait pourtant rien de particulier, douze heures à aspirer, brosser, laver, sécher, désinfecter avec une pause à mi chemin pour recharger les accus, une journée comme toutes les autres en somme, à part.

Il n’y repensait que maintenant, cette femme, un peu plus tôt dans la matinée, cette femme, pareille à tant d’autres, semblable et pourtant si différente, elle lui avait parlé, quelques mots, presque rien et tellement à la fois. Elle lui avait adressé la parole comme elle l’aurait fait à n’importe qui d’autre qu’elle aurait, comme lui, bousculé involontairement.

- Oh pardon ! Excusez-moi.

Un regard, sa main sur son épaule, un sourire et elle était repartie. Il n’avait pas même eu le temps de produire un son pour endosser la responsabilité de la collision comme il le faisait habituellement. Elle ne devait sans doute plus y penser, ou alors pour en sourire et se moquer un peu d’elle-même, à moins.

Peut-être prenait-elle conscience de l’inhumanité de son existence. Peut-être réalisait-elle qu’elle les croisait, lui et les siens, chaque jour, ces silhouettes sans visages, sans noms, qu’elle les ignorait mais qu’aujourd’hui elle avait croisé son regard bleu acier, qu’elle l’avait touché et senti sous ses doigts ce corps fait pour le labeur.

Il se souvenait parfaitement d’elle maintenant, de longs cheveux blonds ramenés en chignons comme c’était la mode chez toutes les urbaines depuis un an, des sourcils fins, des yeux bleu de nuit, un nez légèrement en trompette, des lèvres pleines. Elle portait un tailleur gris, des escarpins blancs et comme la plupart des habitants de la ville, une coque d’ordinateur pendait à son bras.

Au milieu du froid, du silence et de la pénombre du niveau moins dix, il sentit une douce chaleur l’envahir, il s’éveillait d’un long sommeil. Il prit l’ascenseur qui le conduisit au niveau zéro, sortit par la porte principale comme l’aurait fait un cadre et s’engagea sur le trottoir. Une fine pluie tombait désormais sur la cité, il la sentit sur lui, pour la première fois. Il se mit à courir, parcourant la distance qui le séparait du lieu de sa rencontre en quelques minutes seulement. Qu’allait-il faire là-bas, espérait-il la trouver seule sous la pluie à l’attendre. Non bien sûr mais lui pourrait l’attendre. Si elle était sur le chemin entre son domicile et son travail elle repasserait forcément par là. Il serait capable de la reconnaître au milieu de la foule, son visage s’était imprimé en lui à jamais, elle avait allumé en lui la flamme de la conscience et il fallait qu’il le lui dise, qu’il la remercie de son présent.

Il s’installa, debout, parfaitement immobile, sous une petite avancée de toit, ses yeux bleu acier brillant d’un éclat nouveau et fouillant la nuit sans relâche à la recherche de celle par qui il était né aujourd’hui. Dans un coin de ses circuits neuronaux, les appels radio des cadres lui parvenaient, de plus en plus anxieux.

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Un océan nous sépare ? (Joe Krapov)

110218_045- Je vais vous installer là pour la nuit. C'est la chambre de notre fils mais il a quitté la maison. Vous y serez toujours mieux que dehors à dormir debout sous la pluie avec cette lueur au-dessus de la tête. Et pieds nus dans la gadoue. Enfin... au-dessus de la gadoue !

- Je vous assure que j'aurais pu... » balbutie Dieu.

- Taratata ! Ca m'a permis de boire de la Chimay bleue alors que je n'avais plus que de la blanche de Bruges dans mon frigo. Je vous dois bien ça. Bon, bien sûr, ça n'est plus vraiment une chambre. Ma femme, Madame Lapsi, y a installé son bureau. Et à l'occasion, j'en fais ma salle de musique.

110218_043Dieu a un frisson en entendant ce dernier mot et il grince des dents en entrant dans la petite pièce ; il y a là un violoncelle,une guitare électrique, un amplificateur, des harmonicas, un magnétophone. Des machines infernales pour lui qui est mélophobe.

- Vous vous appelez réellement Lapsi ?

- Non, ça c'est le nom de ma femme. Moi c'est Lejolusse. Jean-François Lejolusse. D'ailleurs, avant que je n'aille vous récupérer dans le jardin, j'étais en train d'enregistrer une chanson pour ma soeur qui vit aux Etats-Unis. Vous avez vu mon matos ? Rigolo, non ? Archaïque, surtout ! L'ampli est un Philips qui marche avec deux magnétos à cassettes incorporés. Celui de droite ne fonctionne plus. La mousse du haut-parleur partait en lambeaux alors comme ça faisait râler Monica j'ai tout enlevé. Le micro, je l'ai payé quinze euros chez Saturn. Et le magnéto à 4 pistes, c'est un Tascam que m'a laissé mon fils. En général j'enregistre voix et guitare, je double la voix, je remets une guitare et puis après je vais faire le mixage dans mon cagibi, à côté. Je convertis le résultat en MP3 sur mon ordi avec Audacity, vous connaissez ?

- Oui, oui, hasarde Dieu, et après vous mettez ça sur votre blog, j'imagine ?110218_046

- Pas encore ! Ce qui est embêtant c'est que je suis obligé d'enregister avec le son du casque, c'est dur de juger de la balance entre la guitare et la voix. Mais avant il faut que j'envoie le fichier MP3 à ma soeur pour qu'elle fasse la deuxième voix.

- Votre soeur vit en Amérique ? Depuis longtemps ?

- Oui, elle est partie là bas quand elle était étudiante pour faire une thèse sur les notions de profit et d'exploitation capitaliste dans l'oeuvre de Michel de Montaigne. Elle y a rencontré l'homme de sa vie et elle a transformé l'essai.

- C'était un rugbyman ?

110218_047- Non, c'est un basketteur. Vous voulez que je vous fasse entendre le dernier morceau qu'on a enregistré comme ça, à distance, ma soeur et moi ? C'est « Marquise » de Georges Brassens et Tristan Bernard. Elle m'en a fait trois versions dont une vraiment très drôle !

- Non, surtout p... Non, merci infiniment » supplie Dieu qui commence à se demander s'il n'est pas "maoodit" à toujours tomber sur des musiciens ou des mélomanes au cours de ce séjour sur Terre. Je suis un peu... fatigué.

C'est un mensonge. Il n'en est rien. Dieu est plus increvable qu'une botte secrète au jeu des Mille bornes.

- Je vous laisse vous installer. Ma femme rentrera de sa chorale un peu plus tard mais je vais mettre un mot sur la table, "een kattebelletje" ! Vous n'avez besoin de rien d'autre ?

- Est-ce que je pourrais passer un coup de fil ? On m'a vol... j'ai perdu mon portable et je dois joindre quelqu'un.

- Faites, le téléphone est là. Du moment que vous n'appelez pas les Etats-Unis ou la Sibérie ! Encore qu'avec ces forfaits auxquels je ne comprends rien, ça ne nous coûterait peut-être pas grand chose ! Excusez-moi mais... les trois bières... vous comprenez... moi, il faut que j'aille aux toilettes !

Dieu a composé le 666. A travers la cloison Lejolusse entend la moitié de la conversation.

- Allô ? Miquelon ? Passez-moi saint-Pierre, voulez-vous ? Saint-Pierre ? Il y a un problème, mon vieux ! Rapport aux pieds nus qui ne touchent pas terre et à l'auréole qui brille la nuit sous le chapeau !

- ...

- Quoi ? De la calcéophobie lévitante ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? C'est Petiot  qui vous suggère ça ? Laissez tomber le vocabulaire de ce barjot ! Sinon vous direz à Mme Chanel que le déguisement de magicien fonctionne à merveille, à part l'absence de godasses ! Vous êtes sûr qu'il n'y a pas d'autre moyen que de marcher à côté de mes pompes ? Oui, je sais, un peu léger. On me l'a toujours reproché, ça ! Maintenant il y a plus sérieux. Votre machinerie merdouille, Saint-Pierre ! Comment je fais, avec la télétransportation qui ne marche plus, pour retrouver l'ascenseur ?  Comment ça , pas encore l'heure ? Quoi ? Qu'est-ce que vous dites ? C'est quoi cette histoire d'nformatisation ? Saint-Pierre !

Le salaud ! Il a raccroché !

 110218_048


Quand Monica est rentrée de la chorale elle a trouvé, à côté des trois bouteilles de Chimay vides, sur la table de la cuisine, un mot de Jean-François : « Dieu dort dans la chambre du fils ».

Elle a pensé : « Trop d'Internet tue l'Internet ! Si je ne vais pas mettre moi-même mon grain de sel et un grain de sable dans la machine à délires, je ne sais pas jusqu'où elle va nous entraîner dans sa course folle ! »

Elle a poussé la porte : il n'y a personne dans la chambre de leur fiston.

Car Dieu a découché. « Dormir » parmi toutes ces machines, ces instruments de musique, c'était trop pour lui. A l'autre bout du couloir, il y avait la chambre de la fille. Et derrière la porte...

(à suivre)


Merci infiniment à Joye qui a bien voulu tenir, avec tout le talent qu'on lui connaît, le rôle de la soeur, de la Marquise, du jeune tendron et de la vieille poule ! (N'omettez pas de cliquer sur ces liens, vous manqueriez quelque chose !)

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Ephémère : menacé de disparition prochaine (Adrienne)

Il me semble que les machines n’aiment pas les femmes seules.

En tout cas, voilà quatre ans qu’elles m’abandonnent une à une.

Le coup d’envoi des hostilités a été donné par la machine à couper le pain : une flamme, une fumée noire... et un petit choc électrique.

J’ai survécu. Mais le signal était donné.

La télévision, l’ordinateur, la radio, l’ampli, le lecteur vidéo sont sortis de ma vie. Il y a des choses que j’ai remplacées et d’autres dont je me passe désormais.

Le broyeur, l’imprimante, le percolateur ont suivi le mouvement.

La pompe à eau ne pompe plus, le pulvérisateur ne pulvérise plus, la scie circulaire ne scie plus. J’avais simplement voulu vider le puits, traiter la pelouse, couper du bois.

La tondeuse, le thermomètre extérieur, le thermostat font des caprices.

Le four, la machine à pain, la batterie de la voiture, comment s’en passer ?

Je devine bien que c’est de l’obsolescence programmée (http://cequevousdevezsavoir.wordpress.com/2011/02/13/pret-a-jeter-lobsolescence-programmee/), mais pourquoi cette hécatombe justement ces quatre dernières années ?

Le seul à me rester fidèle, c’est mon frigo vieux de trente ans, alors que j’attends précisément qu’il rende le dernier glaçon pour pouvoir m’en acheter un nouveau, moins gourmand en électricité…

Et si vous croyez que j’exagère, passez donc me voir… mais prévoyez une bonne doudoune : depuis samedi dernier, c’est ma chaudière qui est en panne.

Pour la troisième fois en quatre ans.

Morituri te salutant.

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L’école ménagère (Caro_Carito)

Sa mère lui avait passé la brosse dans ses cheveux. Prête, dans sa chemise de nuit fleurie, elle n’avait plus qu’à se glisser sous l’édredon. Un chapitre d’un livre rose qu’elle lirait avant d’éteindre la lampe. Demain, elle natterait ses cheveux. Il lui faudrait vingt minutes pour arriver au collège. En chemin, Maria et François la rejoindraient.

Ils réviseraient en marchant l’interro du jeudi. Des déclinaisons allemandes. Ils divagueront sur les copies que leur rendrait la prof de français. Sandrine savait que sa note ne dépasserait pas la moyenne. Il y avait dans le regard de cette femme, une sentence muette qui la clouait sur place et indiquait la barre qu’aucune note ne franchirait, quelque soient ses efforts. Devant cette silhouette courtaude, elle se sentait devenir idiote, comme quand son père rabâchait à sa mère, qui trimait entre ourlets passepoilés, fronces et patrons, que les femmes n’étaient bonnes qu’aux affaires la maison.

Treize heures trente. La sonnerie annonça le cours d’Éducation manuelle et technique. Le premier trimestre n’avait pas été très glorieux, une session cuisine où elle avait aligné des gâteaux épais et des gougères plates comme des limandes et la création d’un circuit électrique de guingois. Là, il s’agissait de la partie couture où Sandrine se trouvait encore plus godiche que devant son dernier sujet de rédaction. Elle avait dû recommencer trois fois la coupe des tissus de la pochette matelassée que les élèves étaient censés vendre à la kermesse. Aujourd’hui, toute la classe devait s’installer derrière la machine à coudre. C’est quand elle appuya sur la pédale qu’elle sût que les séances restantes allaient être un enfer. Ce truc était un engin du diable que rien ne pouvait arrêter. Elle faillit se piquer les doigts, créa laborieusement un matelassé psychédélique. Elle réussit à casser l’aiguille lors de sa dernière tentative. Finalement, la machine partit à la réparation puisqu’elle avait réussi à coincer un nombre incalculable de fils dans la petite trappe qui contenait les engrenages.

Elle ramena pour Pâques un bulletin peu glorieux. Ses parents haussèrent les épaules avant de replonger dans le feuilleton du vendredi soir. Elle aurait sans doute éclaté en sanglots, le visage enfoui dans son coussin… s’il n’y avait pas eu cette remarque du prof d’EMT : il vaut mieux que Sandrine se consacre aux maths et à la physique plutôt qu’à un quelconque travail manuel. C’était là où elle trouverait sa place. Elle se dit que c’était la première fois qu’une note exécrable lui procurait autant de plaisir.

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Machine (MAP)

Quand sa tête tourne

- bobines et engrenages -

la machine rit !

La_machine_rit

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Dans l'engrenage des défis (Sebarjo)

Depuis les temps modernes de Chaplin , la machine a bien changé mais nous bassine toujours autant ! Aujourd'hui, nous sommes les esclaves réels du virtuel, le dernier maillon physique de l'électronique.

Malgré tout ces nouvelles technologies sont aussi outils de loisirs (la preuve ici !).

Aussi ai-je écrit, il y a quelques années (déjà !), pour leur rendre hommage, un bouquet de haïkus électroniques :

Tactile, sensuel
A l'infini mes caresses,
Ecran de mes jours

Baladeur urbain
En MP 3, 4 ou 5
Tête basse et vide

Electrolions-nous
Dans la jungle informatique
Vivent nos mémoires !

MP 3 casqué
Sur mes oreilles rougies
Par les vents du Nord

Vibrations en poche
Mon portable s'illumine
Iris d'SMS

Je suis près de toi
Un clic, un petit sablier
Vestige du Temps

Je suis aussi libre
Que les logiciels jetés
Fenêtres ouvertes

Clavier anthracite
D'un PC navigateur
Sur des flots virtuels

Plus de PVC
Tout autour de mes fenêtres
Murs sur mon PC

Bel ordinateur,
A quelle heure mangeons-nous ?
Sandwich sur écran

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Si un jour, les machines… (Mamido)

Les machines ?

J’essaie d’entretenir avec toutes celles qui sont à mon service des rapports cordiaux. Tant qu’elles veulent bien fonctionner et me servir dans tous mes besoins quotidiens…

Je pense être un bon employeur. Chez moi, les machines sont bien traitées. Je veille à leur confort, à ce qu’elles soient bien installées et à ce que leur entretien soit régulièrement effectué. Et surtout je ne leur demande que ce qu’elles sont aptes à exécuter.

Qui serait assez ridicule pour demander du café à une machine à laver ? Ou une photographie à un appareil téléphonique ?

A ce propos, je me méfie de ces entités multifonctions dont l’utilisation reste nébuleuse car leurs diverses possibilités se perdent dans les méandres énigmatiques de leur mode d’emploi, ne laissant nos esprits abusés n’en percevoir qu’une infime partie.

Je leur préfère, sans aucun doute, ces petites machines dont l’usage est clairement dévolu à une tâche unique.

J’exige de ceux qui m’entourent une parfaite maîtrise vis-à-vis de ces machines. Ils doivent rester polis et garder leur sang-froid en toute circonstance. Toute maltraitance doit être évitée dans le cas d’un éventuel dysfonctionnement. Chez nous, pas de coup de poing ni de coup de pied. Les injures sont interdites devant les appareils qui doivent être manipulé avec dextérité et douceur.

Tout cela bien que je soupçonne quelquefois de la part de ces serviteurs mécaniques une certaine mauvaise volonté à fonctionner correctement. Comment ne pas percevoir chez eux une certaine condescendance qui semble vouloir nous renvoyer à notre propre incompétence ?

Dès qu’une panne est détectée, le réparateur est convoqué et l’appareil est réparé, ce qui leur assure une certaine longévité.

Je suis un employeur assez constant et fidèle, je laisse mes machines me servir jusqu’à usure complète. Et j’avoue, sans complexe, être très attachée à celles qui m’ont rendu si longtemps service. Mais pas de sentimentalisme déplacé non plus. Lorsqu’elles ont fait leur temps je les accompagne sans tristesse à la déchetterie et je leur trouve rapidement une remplaçante, sans état d’âme.

Avouerais-je cependant que j’ai dédié, dans mon garage, un mausolée à celles dont je n’ai plus l’utilité mais qui fonctionnent encore. Pour moi, il est difficile de me séparer d’une machine « qui peut encore servir »…

Mais si un jour les machines devaient s’émanciper ? Si pour elles le temps de la servitude devaient s’achever ? Si un jour elles devaient prendre le pouvoir, j’espère qu’elles garderaient en mémoire mes traitements justes et bons, et qu’elles m’en sauraient gré…

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
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