04 septembre 2010

Coup(l)e (Sebarjo) -défi 111-

coup_l_eÇa y est. Cette fois-ci, tout est là. Dans sa petite cabane aux murs enduits de chaux et ornés de spirales ocrées, dans son sanctuaire à la toiture de tôle ondulée fraîchement repeinte, il a déposé ses derniers cartons. Et, sur le rebord de la fenêtre aux encadrements de bois bleu de mer, il avait laissé un morceau d’ardoise brute sur laquelle il avait écrit à la craie blanche et volubile merci de respecter ce lieu de paix. Le pas de la porte était un demi-cercle, une voûte céleste dessinée de galets et de coquilles de berniques polies, de moules indigo et d’amandes effilées, imbriqués dans la terre comme un soleil couchant sur les flots de l’océan. Ce sera certainement son ultime déménagement. Il est au bout du chemin méandreux de sa vie, au faîte d'un long périple. Il venait de quitter son atelier et ses deux pièces qui le jouxtaient, haut perché sur un ilôt de vieilles maisons en pierre, coeur granitique d'une cité médiévale. Il l'avait quitté comme on quitte le nid duveteux de sa mère, pour retrouver la terre. Car ici, ni appartement ni maison. Simplement quatre murs. Le rectangle d'une étroite bicoque planté au milieu d'un agréable lopin de terre arboré de pruniers, de pêchers, de cerisiers en fleurs, de pommiers, de noisetiers le long d'un sentier serpentant et de chênes séculaires. Délimitant son nouveau domaine, l'eau claire et limpide d'un ruisselet coule paisiblement le long des champs agricoles avoisinants. C'était là son nouveau royaume, à quelques lieues à peine de la légendaire forêt de Brocéliande, quelque part entre Guer et Pacé.

Tout est là. Il n'a pas gardé grand-chose. Deux tours de voiture archi-comble auront suffi. Quelques cartons et des boîtes solidement ficelées s'empilent près des blocs de glaise qu'il aime travailler, malaxer, façonner, sculpter, pour lui donner les formes les plus harmonieuses. Plonger les mains dans cette terre originelle est si agréable, le contact avec cette matière un peu collante si apaisant.

Puis, caché dans un recoin de la pièce, se trouve un petit four pour la cuire, à côté duquel il a déposé en énormes gerbes, des branches d'osier. Certaines atteignant au moins trois mètres de long, ont l'échine courbée comme punies de n'être pas à l'échelle de la maisonnette. Il les a conservées précieusement car il a le projet de construire un tipi, isolé comme l'étaient les chaumières d'antan, où il y fera bon vivre été comme hiver. Il mélangera la terre et l'osier pour élever son chapiteau digne du dernier mohican un peu clownesque, esseulé dans le western de la France.

Après s'être reposé quelques instants, allongé à même le sol en terre battue, il se décide enfin à déballer quelques affaires. Il va bien falloir trouver quelques casseroles et les autres ustensiles qui composent sa batterie de cuisine minimaliste, avant que le crépuscule ne chasse définitivement le soleil printanier. Pour ce soir, un peu de sarrazin bouilli arrosé de deux ou trois bolées de cidre suffiront amplement à son bonheur. En ouvrant un carton par ci une boîte par là, il retrouve avec un plaisir nué de nostalgie, ses vieux dessins protégés par de minces serpentes, monochromies au fusain ou à l'encre de Chine, quelques tirages de ses lithographies et des aquarelles intimistes encore plus lointaines... Perdu un instant dans ces songes, bercé comme un enfant par le passé trop vite passé, il sent la faim qui le tiraille doucereusement. Vite penser à chauffer sa gamelle. Allez, il faut encore déballer, plus vite, toujours déballer avant que...Tiens... mais qu'est-ce que c'est que cette vieille boîte à chaussures ? Ah oui, quelques photographies qu'il a cru bon de conserver, quelques fresques et frasques de sa vie, instantanés figés comme des natures mortes. Et cette photo, vestige oublié de son long voyage : Elle et Lui. Lui et Elle ensemble. Ou plutôt, côte à côte. Leur dernière journée. Elle et Lui : la rupture. Il avait presque oublié qu'un jour il avait été Deux, qu'il fut quelqu'un dans le monde des hommes, dans la binarité sociale, voué à se multiplier.

Il trifouille, farfouille, foire-fouille dans ses cartons à dessins, dans son bric-à-braque d'artiste allégorique, à la recherche du Dessin. Le voilà ce Dessin, torturé par la mine grasse d'un crayon à papier, la mine basse d'une pointe de carbone, que lui avait inspiré cet instant de partance, la fin de cette parenthèse duettiste. A gauche Lui, à droite Elle. Ils ont chacun la moitié du visage coupé comme si chacun voulait sortir du cadre, trop exigu pour ne pas exploser. Ils ont des petits yeux sans malice, comme vides. Deux points fixes regardant droit devant, vers un avenir non partagé. Les bouches sont beaucoup trop petites pour pouvoir s'ouvrir. Pincées, définitivement muettes l'une pour l'autre. Le fond est strié de traits épais obliques qui s'abattent sur eux comme une pluie diluvienne. Ils sont pris dans la tourmente d'un chagrin profond et non d'un simple crachin breton. L'accalmie même passagère n'est plus possible. Chaque souvenir est noirci, rageusement griffonné. Un couple aux visages coupés, les morceaux ne seront jamais recollés. Un couple qui se défait et jamais ne renaîtra. Certainement sa faute, encore une fois. La vie de couple lui avait toujours coupé les ailes. Et, lui voulait voler pour traverser la grande allée de son existence, naviguer librement d'une rive à l'autre.

Ca y est. Cette fois-ci, elle est là. Dans sa petite cabane, l'obscurité est profonde depuis que la nuit est tombée. Il avait tout oublié de ce qu'il cherchait mais il oublie déjà ce qu'il avait cru retrouver. Il fouille dans ses poches, trouve une allumette et la craque. Une fois la lampe à pétrole allumée, il s'occupe du poêle à bois. L' air est frais en ces premières soirées printanières. Sa gamelle chauffe, sa bouilloire siffle. Il siffle aussi. Il appelle son chien, son fidèle compagnon, son ami parti depuis le matin à la découverte des grands espaces. Non il n'est pas seul. Il a son chien qui le tient chaud la nuit. Avec lui, il est toujours Deux. Mais avec son chien, c'est évidemment différent. Avec lui, il est libre, il respire à plein poumons l'immensité de la nature face à laquelle, il s'enivre et flotte délicieusement, se sentant absolu sans misanthropie ni mysoginie. Il était un peu animal, un peu trop sauvage pour le sytème globalisant, non domestiqué aux pratiques mercantiles, mais il savait qu'au fond de lui-même, il était frère et soeur des hommes et des femmes.

De loin, du haut d'une colline surplombant le bocage vallonné, on peut voir, à cette heure avancée de la nuit, une légère lueur qui tremble, l'étincelle évanescente de ce drôle de couple, homme et chien, coupé du monde.


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deux cabanes( pas plus) (Zigmund)

La maison était vide ou presque. Nous venions d’arriver dans cet appartement tout neuf, situé dans une banlieue inconnue .

 Nous n’avions que nos valises et ne possédions aucun meuble. Des amis nous avaient prêté les quelques meubles indispensables : un lit pour mon frère et moi, un autre pour mes parents, une table des chaises et une armoire moche  en bois léger.

Le seul luxe rescapé était un grand poste radio à lampes,ultra moderne à l’époque, c’était le seul trésor qui avait suivi notre exil et égayait nos soirées.

 Nous étions petits, l’armoire très grande trônait vide dans le salon.

Mon frère et moi avons immédiatement investi l’armoire pour en faire notre cabane-terrain de jeux.Nos rires et nos cris résonnaient bizarrement dans le salon si vide.

Nos parents pas joueurs du tout  ont assez vite récupéré « notre » armoire  pour y entreposer nos affaires et nous avons perdu notre seule cabane.

Je ne me souviens pas avoir construit de cabane, même pas lors de mon passage chez les scouts.

Par contre, tous les ans, je pars camper du côté des vignes de Jasnières pour des rencontres de taijiquan et bien qu’ayant horreur du  camping , je n’imagine pas dormir ailleurs que sous ma tente avec autour tous mes amis venus des quatre coins de l’Europe.On discute beaucoup on dort peu ; de toutes façons votre  dos vous signale vite que ce genre de jeu n'est plus de votre âge et vos vertèbres se rappellent à votre bon souvenir. Le matin on m'entend clamer sur tous les tons ma haine du camping.  Comme j’ai souci de mon confort, ma tente cabane a huit places même si j’y dors seul : passé un certain âge, se contorsioner dans une micro tente pour s’habiller ne me tente pas vraiment, et pour pouvoir tenir debout , huit places c’était la seule solution. Ceci permet d’inviter les amis à se réfugier en cas de pluie  autour d’un café ou d’une bouteille de Jasnières.

Conclusion  côté cabanes,  j’ai bien séché, mais côté alcools (modérato) ou remontants (licites de préférence) il y aura ce qu’il faut dans ma cabane provisoire grand luxe.

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Une cabane romantique qu'il disait...(trainmusical)

- Tu sors par la petite porte derrière, tu te diriges en haut du talus et tu trouveras la cabane construite par mon aïeul.

- Au fond du jardin ?

- Non en haut du talus j'ai dit. Tu admireras le toit que j'ai refait moi-même l'année dernière.

- Il est où le haut du talus ?

- Euh pardon, je confonds, c'est en bas du talus. Je suis fier de cette cabane, et la lumière fonctionne à l'électricité solaire. Tu verras, les panneaux sont au-dessus de l'entrée, je les ai installés il y a deux mois.

Une heure plus tard :

- Tu as trouvé ?

- Oui...

- Et bien tu en as mis du temps, je me faisais du souci.

- J'ai trouvé facilement, mais m...

- Ah oui, j'avais oublié de te dire que les masques contre les mauvaises odeurs sont dans les bidons à l'extérieur et l'échelle sous le toit, c'est pour descendre afin de déboucher au cas où...
Je te montre sur cette photo
:
http://i48.tinypic.com/2wbs1oy.jpg

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DEUX ANGES (Jo Centrifuge)

Un jour mes parents décidèrent de retourner vivre en ville. Il fallait, pour mon bien, m'éloigner de la cabane de mon enfance.

Mon père l'avait construite sur la première branche d'un chêne majestueux près de la maison. J'y accédais par une petite échelle. Faite de quelques planches, le soleil de midi la transperçait de part en part. J'aimais y retrouver, dans une étincelante nuée d'anges virevoltants, mes trésors d'enfant.

Le plus précieux d'entre tous était Ambroise, un gosse de mon âge. Dans ma douce solitude d'enfant (j'étais fils unique) il était mon seul ami et confident. Il était le frère que mes parents ne pourraient plus jamais m'offrir. A vrai dire, moi seul le voyait.

Plein de candeur je parlais ouvertement d'Ambroise à papa et maman. Si cela inquiétait mon père, ma mère semblait l'accepter plus volontier, quand bien même, je le comprend aujourd'hui, ce devait lui crever le coeur de pitié à mon endroit et de culpabilité.

De plus en plus je me réfugiais dans la cabane. Aux heures les plus chaudes, assis ou couché dans les rais de lumière, je passais des heures à côté de la petite fenêtre d'où m'apparaissait Ambroise.  Je lui racontait ma vie et lui me suggérait quantité de nouvelles aventures : le goût sucré des fleurs de trèfle, l'art de tresser un chapeau de paille, ou bien la science du braconnage et de la pose d'un collet...

Ma mère faillit piquer une crise de nerfs lorsqu'un soir elle me surprit tenant dans mes petites mains un ortolan tout sanguinolent. Mon père, furieux, hurla qu'il allait retirer l'échelle de la cabane. Mes larmes n'apaisèrent en rien sa colère. Mon coeur se serrait alors qu'il m'aboyait qu'Ambroise n'existait que dans ma tête, qu'il me fallait l'oublier et me faire de vrais amis.

Je me souviens avoir pleuré toutes les larmes de mon corps. Quand mes parents vinrent me trouver pour tenter de me consoler, je les vis si tristes que je me décidai enfin à leur avouer la triste histoire qu'Ambroise me ressassait à longueur de journée. Il était le fruit des amours adultères d'un juge et de sa gouvernante. Lorsque Ambroise fut pris à voler une miche de pain au marché, son père qui l'avait abandonné, las d'attendre l'oeuvre de la faim ou de la maladie, le fit pendre à un chêne, celui là même ou trônait ma chère cabane. C'était il y a des siècles. Voilà pourquoi il m'apparaissait toujours par la petite fenêtre, son triste visage vaporeux se balançant lentement dans la chaleur du soir.

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En cabane (Joe Krapov)

100617_034BIls m’ont collé en cabane. Je n’avais rien fait pourtant, à part posséder les mêmes initiales que Jérôme Kerviel. Peut-être que je fais le singe trop souvent aussi ? C'est possible. Remarquez, je ne me plains pas.

Ils m’ont fourré en cabane et condamné aux travaux forcés. Ca doit s’appeler de la double peine mais je m’en acquitte avec joie. Ils m’ont demandé de faire des tripatouillages avec plus d’un million d’euros pour acheter des trucs virtuels. En échange, ils me payent à la fin du mois. Pourquoi voulez-vous que je me plaigne ?

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A part les barreaux aux fenêtres, ma cabane n’a rien de déplaisant. Moquette au sol, photos de Venise et d’Iowa aux murs, ordinateur dernier cri, fauteuil ergonomique, les toilettes hors de la cellule, une cuisine collective au bout du couloir et je suis même libre d’aller et venir à ma guise dans la prison pour, par exemple, me tailler une bavette avec mes co-détenu(e)s. Pourquoi voudriez-vous que je me plaigne ?


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La porte de l’établissement pénitentiaire est toujours ouverte. Le midi j’ai droit à une heure de promenade. Il y a un restaurant à proximité, fréquenté par des jeunes gens qui suivent des cours aux environs pour devenir un jour prisonniers eux-mêmes. Ils et elles s’entraînent de manière sérieuse : ils ont tous des téléphones cellulaires ! Le matin, dans le panier à salade qui nous mène à nos centres de détention, ils ont déjà le regard morne, la tête dans le cul et l’air triste de tous ceux qui acceptent que "Métro" devienne la seule lecture autorisée par l’administration. Car notre privation de liberté ne dure que le temps d’une journée. Le soir chacun rentre chez soi et vit comme il l’entend. Vous avez bien remarqué que je ne me plains pas, j’espère !

Et d’ailleurs, depuis mercredi, je jubile ! Le directeur de la prison, M. Eric W., vient de nous annoncer qu’il nous octroyait deux années de remise de peine !

Comment, ça, « Joe Krapov ne comprend pas tout » ? Mais si ! On nous en a remis pour deux ans, de la peine d’enfermement ! Soi disant parce que toutes ces prisons, ces ministères, musées, bibliothèques, hôpitaux, services publics, ça coûte trop cher à l’Etat. Tout le monde va vivre plus longtemps et de toute façon, le gouvernement n’est pas d’accord pour qu’Eric raque.

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Bon, je ne me plains pas, c’est un fait, mais je ne comprends rien à leurs discours. Il faut travailler plus pour gagner moins ? Ce n’est pas un problème ! Par contre si on interdit aux vieux de sortir de cabane, ça fera d'autant plus de temps à attendre pour que les jeunes puissent y entrer. De toute façon, moi qui y suis déjà, j’ai vingt ans, vingt et un bientôt et j’ai prévu de vivre 327 ans 35 alors, vous pensez, deux ans de plus dans ma cabane paradisiaque, c’est rien ! Comment ils feraient d’ailleurs sans moi pour expliquer les 28 000 euros d’économie qu’on a faites cette année ? Monsieur Hajtyla a déjà oublié que, là où son cheval passe, la gabegie trépasse et ne repousse pas ! Kerviel perd cinq milliards, nous on gagne 28 000 euros et M. Hajtyla n'est pas content quand même ! Cet homme est encore plus drôle que moi !

100617_036Le seul truc qui me chagrine dans ma cabane, c’est le poster de Peter Spier. Ce type qui emmène tous ses copains sur un grand bateau avant que ne tombe le déluge, cette dernière image où il referme la porte sur un univers qu’on imagine absurde pour partir à l’aventure vers des pays inconnus, ça me rappelle par trop une autre cabane dans laquelle j’ai vécu quatre jours il n’y a pas longtemps. C’était à Belle-Île, dans le Morbihan.

Ce n’est pas pour me plaindre de ma cabane au rez-de-jardin – Mlle Ronchonchon prétend que nos cellules sont dans une cave – mais j’étais quand même mieux là-bas au camping de l’Océan !

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N.B. Toutes les photos sont cliquables pour être agrandies.



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La cabane hors du temps (Brigou)

Elle n’a l’air de rien
Elle est si petite
Elle est si discrète.
Petit nid au fond du jardin.

On peut passer tout près sans la remarquer
Mais…

Si on prend le temps de s’arrêter
Si on prend le temps de la regarder.
Elle sait charmer, elle sait séduire et envoûter.

Cabane de bric-à-brac, d’objets mis au rebut.
Elle sait faire oublier en douceur, petit à petit, le monde qui l’entoure.
Elle devient une réserve de petits bonheurs, d’images à garder secrètement.

Petite lucarne sur un univers de plaisirs minuscules.

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Au coeur du Québec‏ (Joye)

une_cabane___sucre

  

Au cœur du Québec, pas loin du Saint-Laurent, dormant près du Chemin du Roy,

Y a une cabane à sucre qui résiste au temps, aux vents qui cognent ses murs de bois,

Dans le temps, filant, emportés par les vents, on entend encore des gens qui chantent

D’un amour toujours dans la forêt autour, les  arpèges de neige brillante,

Il s’appelait Pierre, il n’avait pas vingt ans, aux yeux noirs qui luisaient comme un feu.

Tout remplis de ses rêves doux comme des flots de sève, cueillie des érables des aïeux.

Au vallon, le don de la nature est bon : la promesse de richesse est moins sûre.

Un amour toujours de la forêt autour, que protège la neige si pure ?

Là, avec sa blonde, unis contre le monde, ils rêvaient des fortunes immenses.

La cabane, leur palais, l’amour qui les brûlait, la forêt résonnait de leur romance.

Dans la nuit, la lune luit sur cette vieille cabane qui  rappelle la belle et son amour.

Dans ces bois, les voix qui chantent dans le vent un amour toujours bien vivant…

À la mi-janvier, la sève l’attendait. Pierre perçait doucement l’écorce des beaux érables rouges

Saignaient sous ses gouges, pleurant pour l’homme de toute leur force.

Et le bleu du feu ne calmait pas le jeu. Le sirop brillait trop comme l’or.

Ce liquide druide se changeait en cristal, et le sucre, un lucre magistral.

Mais un jour, la nature a pris sa vengeance dure. Là-haut sur la pente, il neigeait fort.

Un arbre est tombé, et Pierre, salement blessé, est rentré à la cabane, presque mort.

Jamais larmes, ni charmes, n’ont pu sauver ce gars déjà las dans les bras de sa belle

Et sans feu, le froid bleu, l’a tuée à son tour.

Les érables ont pleuré donc pour elle, aussi, si froide dans la nuit…

Au cœur du Québec, pas loin du Saint-Laurent, dormant près du Chemin du Roy

Y a une cabane à sucre qui résiste au temps, au contraire de toi et de moi…

Jamais charmes, ni larmes, ne pourront nous sauver d’un temps qui passe sans arrêt,

Mais toujours, l’amour, il faut bien le chanter, comme l’arpège des neiges passées.

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Pajottenland (Walrus)

Le titre est une private joke pour Adrienne (mais Google vous en dira plus si vous en avez la curiosité).

En juillet 2008, mes petites-filles étaient en vacance avec une de leurs copines chez leurs autres grands-parents dans les Côtes d'Armor.

Comme elles se sentaient un peu à l'étroit dans leur chambre surchauffée, elles ont demandé à leur père de leur construire une "cabane" au fond du terrain entourant la maison.

Leur père, compagnon couvreur, leur a construit une sorte de hutte à toit de chaume, une paillote en quelque sorte. L'armature est en noisetier, les murs sont garnis de fougères et le toit... je l'ai déjà dit.

Ma fille pensait n'avoir à subir qu'une nuit l'inquiétude de voir les trois gamines dormir dans une cabane ouverte à tous vents, au bout d'un terrain entourant une maison construite au milieu de nulle part ou presque. Elle en a été pour ses frais, après y avoir goûté une nuit, les filles n'ont plus voulu dormir ailleurs.

Quand j'ai débarqué fin août, c'est la première chose qu'elles m'ont fait voir.

Le plus magique de tout, quand j'ai pénétré dans la chose, c'était ce parfum de foin et de fougère qui régnait à l'intérieur. Je me suis retrouvé instantanément plongé dans mon enfance, quand, apprentis louveteaux, nous construisions des "tanières" en ficelle et fougères dans les bois de Petite-Chapelle.

Sauf que celle-ci, ça fait deux ans qu'elle résiste sans faillir au climat breton.

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La cabane‏ (Oncle Dan)

La coutume familiale voulait que chaque été je passe un mois à la campagne chez ma grand mère. Elle habitait une petite maison à l’écart d’un minuscule village perdu dans un repli du massif central. Elle était enveloppée de silence que seuls troublaient le chant du coq et le grincement de la bicyclette du facteur.

 

Il y avait au fond du jardin une cabane en bois d’aspect tout à fait ordinaire. Elle ressemblait à s’y méprendre à ces cabanons où il était d’usage de satisfaire les besoins de la nature avant l’invention de la chasse d’eau.

 

Peu de gens s’en approchaient car, si elle avait perdu sa fonction première, du moins le supposait-on étant donné l’énorme cadenas vert qui en interdisait l’accès, il n’en émanait pas moins, été comme hiver, une forte odeur rappelant plus l’épandage fertilisateur que l’élevage des canards vécés.

 

Une nuit d’insomnie et de canicule, j’aperçus un halo de lumière semblant venir du cabanon, mais lorsque je m’y rendis il ne restait plus que cette terrible odeur qui me fit rebrousser chemin.

 

N’y tenant plus, malgré une opiniâtre constipation , je décidai de percer ce mystère et surveillai les allées et venues de grand mère afin de savoir où elle cachait la clé du cadenas vert. Il me paraissait en effet impossible de pénétrer à l’intérieur du cabanon sans ce précieux accessoire.

 

Après deux semaines de vaine surveillance, je décidai de lui demander, sur un ton désinvolte et désintéressé pour ne pas éveiller ses soupçons, où se trouvait la clé du cabanon. 

 

Grand mère me répondit qu’on ne l’avait jamais retrouvé et que le cabanon n’avait jamais été ouvert depuis le départ de grand père sur le front russe.

 

Les faits étaient largement antérieurs à ma naissance. Du coup, ma curiosité se mit à déborder comme une casserole de lait oubliée sur le feu. Comment était-il possible que le cabanon n’ait jamais été ouvert depuis le départ de grand père ? Personne ne s’intéressait donc à ce qu’il pouvait contenir ? Il n’était pas surprenant, dans ces conditions, que les herbes qui l’entouraient soient complètement folles. Folles de curiosité, à n’en pas douter.

 

Retenant ma respiration durant d’interminables secondes, je me mis à rôder autour de cette cabane et la fixais longuement en espérant que cela suffise pour en percer le secret.

 

La toiture était faite d’une plaque de tôle ondulée. Je constatai avec stupeur qu’elle laissait filtrer une lumière intérieure. Une lumière aux reflets changeants. Je ressentis des frissons le long de l’épine dorsale et des picotements sur la nuque.

 

Je tambourinai sur la porte en demandant courageusement s’il y avait quelqu’un. Le cadenas vert qui n’était que rouillé et non verrouillé tomba sur le sol. Je tirai sur la poignée qui me resta dans la main. Les WC étaient fermés de l’intérieur.

 

Terrorisé, je couru jusqu’à la maison et c’est généralement à ce stade de mon récit que les lecteurs me font passer pour fou.

 

Lorsque je racontai à grand mère ce qui m’était arrivé, elle partit d’un énorme rire démoniaque et il sortit de ses yeux et de sa bouche une lumière phosphorescente qui lançait ses rayons mortels au travers de la pièce. En même temps, et cela ne peut pas s’inventer, les lettres H et A de son rire sortaient de sa bouche et venaient se fracasser sur le sol dans un bruit d’enfer...

 

Je courus à travers la pièce pour éviter les rayons qui sortaient de ses yeux et brisaient tout sur leur passage comme des rayons laser. Je sortis et retournai au cabanon pour fuir cette mamie apocalyptique qui me poursuivait en semant autour d’elle les H et les A de ses HA ! HA ! HA ! HA ! HA !

 

Son regard coupa en deux la porte du cabanon plus rapidement qu’une scie circulaire et je basculai à l’intérieur de cette cabane qui n’avait pas de plancher.

 

Ma chute fut brutale. Je me relevai péniblement pour stopper la sonnerie du réveil.

 

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