04 septembre 2010

Défi #108 (Jo Centrifuge)

Ce soir là, Max gratta une allumette en se disant qu'il n'était qu'une petite ordure de traitre, et cela le fit sourire. Il éprouvait cette curieuse jubilation sans joie qui le rongeait depuis une année maintenant.

Retenant son souffle, il porta la flamme à une petite bougie. Une douce lueur vacillante vint peindre doucement des ombres et des lumières sur ses mains et son visage, laissant dans l'ombre la salle déserte du service R&D. Il attendait l'ultime agent P, et lorsque ce dernier viendrait, il changerait de vie.

C'est vrai, les premiers mois, on l'avait fait chanter. On avait pris ces photos et menacé de les divulguer à sa femme s'il n'obtempérait pas. La peste ou le choléra : sa famille et son boulot c'était ses raisons d'exister. Il en fit une dépression qu'il s'appliqua, en vain, à cacher à l'un comme à l'autre.

-Vous voulez m'en parler mon vieux?

-Je t'en pris, chéri, parles moi !

Max grimaça un sourire. Parler de quoi ? A toi que je vais vendre tous les secrets de la boîte et que vous pointerez bientôt tous au chômage ? Et à toi ? Que je t'ai trompé avec des putes pendant que tu me préparais de bons petits dîners ?

Non. Son seul confident, c'était son bourreau : l'homme au manteau noir. Ces menaces qu'il croassait se changèrent bientôt en miel avec la promesse d'une rente confortable pour tribut de 365 journées de mensonges. Il convint Max de la médiocrité de son quotidien et de ceux qui le peuplaient. Il le persuada que l'argent qu'il offrait était une chance unique de rebâtir une existence à la hauteur de ses qualités. Max n'eut désormais plus besoin d'être menacé.

Un bruissement délicat chuchotant du fin fond des ténèbres interrompit le fil de ses pensées. Il fixa son regard sur la flamme. Une petite boule de feu vint tomber fulgurante à côté de la bougie. L'agent P était arrivé.

Qui se souciait d'un insecte de nuit dans une entreprise high-tech? Pour les portiques et les caméras ça n'était qu'une incongruité, une anomalie que l'on ignorait et qu'on laissait vaquer dans les services les plus sensibles. Avec de grandes précautions Max porta le papillon blanc dans la paume de sa main. Il y agita un instant les débris de ses ailes brûlées avant de s'immobiliser, résigné. Son abdomen déformé par des boîtiers d'électronique miniaturisée, transpercé d'antennes et de capteurs, frémissait alors qu'il agonisait. On avait retiré son système digestif pour le remplacer par tout un fatras technologique, lui laissant 24 heures de vie, bien assez pour recueillir de précieuses informations.

Max détestait les voir crever. Comme à son habitude, il glissa le papillon dans un sachet plastique avant d'en aspirer l'air et de le dissimuler dans la poche intérieure de sa veste.

Alors qu'il partait livrer le dernier agent P, il eut un accès de conscience et se figura la vision d'un ange déchu, seul, dans les décombres d'une ville détruite. Mais qu'importait, il était riche.


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29 mai 2010

Avertissement

Une panne de bougie nous a privés du texte de Jakline.
La situation vient d'être rétablie.
Merci de suivre le guide.

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Comment écrire sur des bougies qui brûlent ? (Pivoine)‏

J'ai si peu de patience, en ce moment... Je dois réunir tout mon courage...

Pourtant, écrire là-dessus est possible... Il y a peu, mon quartier dans le grand Bruxelles s'est trouvé plongé dans une obscurité absolue.
Dehors, c'était le crépuscule, un crépuscule d'avril, avec des nuages courant dans le ciel rouge orangé violet.
Il y avait encore assez de lueur pour allumer ma première bougie et chercher ma torche électrique.

Ce n'était pas une panne dans l'immeuble, c'était bien une panne de quartier. Le noir complet dans une bonne partie de la commune.

J'adore les bougies. Je les collectionne: bougies d'anniversaire, torsadées, argentées, longue durée rouge et or; bougie énorme peinte et gravée par une amie artiste; (celle-là, je ne l'allumerai jamais!); bougies d'Amnesty International; bougies en forme de framboises dans des feuilles - parce que naguère, on me surnommait aussi Framboise, bref, j'avais de quoi illuminer mon appartement. Finalement, huit ou neuf bougies brûlaient sur la table du salon, sur le secrétaire, dans la chambre- bureau, à la cuisine. Il ne faudrait pas que j'oublie d'éteindre le tout, quand la panne serait finie, car j'ai gardé de mon enfance anxieuse dans une vieille maison une vraie phobie des incendies. La lumière était jolie, ça oui. Mais l'atmosphère était étrange - il n'y avait plus aucun bruit non plus, puisque l'ordinateur avait cessé de ronronner, le téléphone était mort, et le frigo, à l'arrêt. Plus de musique, plus de télé... Le creux des bougies absorbait silencieusement les premières gouttes de cire fondue. Et je pensais à toutes les horloges, micro-ondes, réveil dans ma chambre, que j'allais devoir remettre à l'heure - après.

Je ne faisais plus rien. Je me suis assise dans mon canapé, et j'ai décidé d'attendre. Et je me suis mise à rêver. Autour de deux idées: comment les peintres de jadis ont-ils fait pour poursuivre leur travail dans les conditions d'inconfort qui étaient les leurs: ni chauffage central, ni électricité, ni ascenseurs, aucune des facilités dont on bénéficie aujourd'hui. En été, cela va - les journées sont longues, bien que parfois grises et pluvieuses, mais en hiver et pendant les longs changements de saison?

Et même pour l'écriture. Ecrire à la lueur d'une bougie? Et encore ! Nous avons des bougies de bonne qualité !  Mais que valait la chandelle, combien de sous fallait-il pour se fournir en éclairage, au XVIIIème, au XVIIème?  J'imaginais Balzac, à côté de sa cafetière nocturne, (je la voyais en émail bleu), mais écrivant peut-être à l'aide d'une lampe déjà plus évoluée qu'un simple chandelier. Et j'imaginais les vastes coins d'ombre dans les maisons - comme dans un tableau fantastique.

Et c'est vrai que l'atmosphère était lourde. En plus de la panne d'électricité - des sirènes de pompier et de police, dans les rues avoisinantes, - il faisait trop froid pour que j'ouvre les fenêtres afin de dissiper l'odeur et la fumée. Mais finalement, deux heures après, la panne était réparée. La chaussée la plus proche et le quartier jusqu'à l'église de A*** était de nouveau illuminé - je voyais les néons rouges et bleus du garage et marchand de pneus, un peu plus loin. Puis, ça a été à notre tour.

J'ai éteint mes bougies progressivement (j'avais un peu peur que la panne ne recommence), mais décidément, tout fonctionnait.

Quand j'ai éteint la dernière bougie, les marteaux ont commencé à résonner dans ma tête - sous la tempe gauche - ou droite, je ne sais plus. L'odeur de cire fondue et de fumée me soulevait le coeur... Le lendemain, ce ne serait plus jour de panne, mais jour de lit, car assurément, j'aurais la migraine...

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brûlot (Poupoune)

J’ai brûlé une première bougie en me disant que ça me ferait sûrement penser à l’amour qui a consumé mon cœur jusqu’à n’en laisser plus que des cendres. Ça n’a pas marché, j’ai seulement pensé que ça mettait drôlement longtemps à se consumer, une bougie.

J’ai essayé avec une deuxième, dont un peu de paraffine m’est tombé sur le doigt. Alors j’ai pensé que c’était étonnant que ça ne m’ait pas fait mal et j’ai joué avec les gouttelettes qui coulaient le long de la bougie jusqu’à me brûler. A partir de là, j’ai essentiellement pensé « putain de merde mais quelle conne ». Approximativement.

A la troisième bougie, je me suis souvenue de la question de ma fille deux jours plus tôt, qui me demandait pourquoi il y avait du bleu dans les flammes. J’ai pensé que je n’en savais foutre rien, mais que j’aurais pu lui répondre un truc bête comme « parce que ce sont les fleurs bleues qui brûlent d’amour ».

En allumant la quatrième bougie, j’ai pensé qu’il fallait absolument que je reste bien concentrée sur cette flamme et rien d’autre, pour que ça fasse naître de belles pensées. En la regardant brûler, j’ai pensé qu’il fallait absolument que je reste bien concentrée sur cette flamme et rien d’autre, pour que ça fasse naître de belles pensées.

Je ne vous ferai pas l’énoncé complet des pensées qui m’ont traversé l’esprit pendant la combustion des bougies 5 à 9, sachez simplement que la plus con était « tiens, mon frigo respire comme un ogre » et la plus profonde… non, oublions la plus profonde. Autant que vous puissiez croire que je suis effectivement capable de profondeur.

A la dixième, j’ai pensé que j’avais un sacré stock de bougies. Il faut dire qu’outre les « restes » traditionnels de l’anniversaire pas rond qui ne tombe pas sur un multiple de nombre de bougies dans une boîte, j’avais également un paquet neuf de bougies « princesses », acheté sans doute en trop lors des dernières festivités pour ma descendance. J’ai pensé aussi qu’il faudrait donc que j’en rachète pour son prochain anniversaire.

L’atmosphère commençait à devenir un peu étouffante. La fumée s’élevait, en volutes que je devinais élégantes à la faible lueur de mes bougies, mais mes pensées toujours pas.

J’ai fini par tricher en allumant deux bougies à la fois et j’ai essentiellement passé le temps qu’elles ont mis à fondre à me demander laquelle s’éteindrait la première. Mon incapacité absolue et très inattendue à me sentir inspirée par ces saloperies de flammes a commencé à me miner un peu.

Pour finir, il ne m’est venu aucune pensée digne de vous être donnée à lire ce soir. Aussi ai-je décidé, puisque je n’ai plus de bougies, mais qu’il me reste des allumettes, de m’immoler par le feu et d’essayer de vous envoyer mes pensées de l’au-delà.

Si ça marche, la prochaine fois, brûlez un cierge.

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Je n'ai vu (Jakline)

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Lueurs

 

Petit bonhomme de cire, bien droit sur son unique pied, il est là, il m’éclaire, il vacille au moindre souffle d’air mais il m’éclaire…  Sa robe de cire, stricte et froide d’abord, s’orne peu à peu de broderies et de festons qui s’écoulent puis se figent en volutes ou arabesques parfois longues et minces, parfois courtes et obèses. Sa flamme qui danse projette sur le mur des ombres fantasques , souriantes ou grimaçantes. Quand on a l’impression qu’elle s’épuise, s’essouffle et va bientôt mourir ; tout à coup, la plus légère brise lui redonne vie et la voilà qui s’étire, se relève et, tel un mourant qui s’accroche à une dernière lueur d’espoir, elle laisse s’échapper un nouveau bouillonnement de dentelles qui recouvre le corps du petit bonhomme un peu plus encore…

 

Enfin, lorsque, à bout de souffle et de résistance, les derniers vestiges du petit corps de cire s’étalent en un magma informe et fumant, on sent partir avec lui les rêves qui ne se disent pas…

Jaqlin

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La flamme va bientôt s'éteindre (Pierreline)

Elle a brûlé près de 86 ans, elle a eu des éclats et des étincelles qui en ont brulé plus d'un autour d'elle, elle n'a pas toujours été mesurée. Elle a souvent fait preuve d'une certaine intolérance et de pas mal d'orgueil, elle a brûlé droit pour des principes qui manquaient de souplesse, et a eu à faire avec pas mal de vents contraires aussi. Mais elle a tenu bon, et maintenant elle jette ses derniers feux.

Les derniers vacillements de la flamme sont pathétiques, il lui en faut de l'humilité pour accepter de livrer un corps usé et sans force à des mains étrangères ou proches qui vont la lever, la laver, la nourrir, la transporter, la soigner. Et tout cela se fait dans la douleur, chaque mouvement arrache un gémissement, et chaque fois la petite flamme met un peu plus de temps à se remettre à briller, et chaque fois son éclat est un peu plus terne.

Hier, elle a demandé si c'était vraiment indispensable tout ça, si on devait à chaque fois réinsuffler l'oxygène nécessaire à la combustion de la petite flamme ... 

Non, ce n'est pas indispensable, c'est pour cela que je suis venue passer quelques (derniers...) jours auprès d'elle, pour m'assurer que lorsqu'elle dira ça suffit, j'arrête, elle sera entendue, et que tout sera fait pour cela reste le plus confortable et digne possible.

La flamme va bientôt s'éteindre.

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La taille N°0 est recommandée pour les bougies réalisées en paraffine/stéarine d'un diamètre maximum de 1.5 cm (Papistache)

J’ai réuni les conditions.
J’allume la bougie et j’éteins la lampe.
Deux secondes et j’y vois comme en plein jour. On s’éclairait à la bougie autrefois. C’était donc cela.
Le mur, les cadres, la porte,  le bureau, mes crayons...
Une étincelle jaillit à la base de la flamme. Petit éclair qui fuse vers la gauche.

Je le craignais, l’observation anesthésie mon imagination.

La mèche de coton est torsadée, je vois les fibres s’enrouler.
Une image remonte de mon passé. Mon livres de sciences naturelles. Un cerneau de noix est dévoré par une flamme jaune. Expérience destinée à mettre en évidence la présence d’un corps gras. Je n’ai pas tenté la manipulation, j’ai fait confiance. Parvient-on aisément à enflammer un cerneau de noix ? Se promettre d’essayer.

Mon souffle sur la flamme l’agite, les ombres dansent.
La flamme est aussi haute que la bougie.
La bougie raccourcit et la flamme reste toujours à la même taille.
La mèche dépasse de la flamme, elle ne tombe pas en cendres... ELLE TOURNE.
La mèche tourne dans le sens des aiguilles d’une montre. Je ne regarde plus qu’elle. Lentement, elle tourne.

Une rotation autour de la bougie représente une minute de vie gagnée. Trois tours. A observer la bougie, ce soir, j’ai gagné trois minutes d’espérance de vie. Quel âne ! Si j’avais sacrifié à la tradition, lors de tous mes précédents anniversaires, j’effaçais Mathusalem des tablettes.
La mèche est démesurément longue, noire et grise, elle se replie, se courbe, s‘affaisse... ELLE FAIT UN NŒUD ! La mèche fait un nœud qui se serre, se serre... ELLE ÉTRANGLE LA FLAMME !

J’ai compris le mystère de la bougie... le bourreau de la lumière se cache en son sein ; la mèche, corde assassine, agent double et retorse porte la flamme et la garrotte à son extrême fin. Ce ne sont pas trois minutes de vie que j’ai gagnées, ce sont trois années qui me seront retranchées de mon capital.


Funestes chronomètres sur le gâteau d’anniversaire, mes enfants, j’ai bien raison de ne pas vouloir vous laisser les poser sur mes choux à la crème. Abrégez de qui vous voulez la vie d’autant d’années que de révolutions de cotonnades boudinées mais ne me souhaitez pas l’anniversaire de ma naissance. VOUS N’AUREZ PAS MON HÉRITAGE. NE COMPTEZ PAS MES JOURS. JE NE VEUX PAS PARTIR. PLANTEZ DES CANDÉLABRES DE MARBRE OU DES CAROTTES GLACIÈRES TRI-MILLÉNAIRES SUR MA TOMBE PÂTISSIÈRE ET OUBLIEZ QUE JE VOUS AI, UN JOUR, APPRIS À FROTTER DEUX SILEX.

JE N’AI JAMAIS INVENTÉ LE FEU, VOUS N’AVEZ RIEN APPRIS. OUBLIEZ QUE LA TERRE TOURNE. REDEVENEZ DES BÊTES. VOUS ÊTES DES BÊTES. VOUS N’ARTICULEZ PLUS. VOUS GRATTEZ LA TERRE DE VOS ONGLES NOIRS
. GRRRRAAAARRRRG !

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Vous avez dit bougie (Zigmund)

33Une coupelle remplie de sable gris et une petite bougie dorée. Me voilà enfermé dans mon bureau plongé dans le noir ;  j’ai éteint la radio et débranché la lumière de l’aquarium : au lit et  plus vite que ça, les poissons !

M…c’est malin d’avoir posé la coupelle et les allumettes n’importe où, avec le désordre qui règne sur mon bureau, surtout en fin de consultation… A tâtons, je retrouve le « nécessaire à consigne », je plante la bougie dans le sable, et je craque une allumette morte (m…)puis une vraie,(enfin ! ) et me cale face à la flamme(« monte flamme légère, feu de camps si chaud si bon, dans la plaine ou la clairière monte encore et monte donc…. » -vieux souvenir de mes années de scout).

Fatigue… grosse fatigue … z’auront ma peau, les malades !

 L’espace d’ une minute, je fermerais bien les yeux, plutôt que de fixer cette flamme….mais, c’est sûr dans moins d’une minute, je vais m’endormir et faudra pas compter sur les poissons pour me réveiller…

Bougie, consigne, écrire ou dormir il faut choisir.

 Décrire la flamme qui vacille… Il y a peu, j’aurais passé l’index dans la flamme pour le retirer juste avant la brûlure, suis-je déjà trop vieux pour m’amuser ?

Je pourrais aussi, de mon plein gré, être enfermé dans un réduit, cette bougie éclairant un crâne et d’obscurs symboles, et là, (las ! ) j’écrirais mon testament philosophique avant de renaître à la lumière …mais non...

La bougie s’éteint progressivement  : image de la cécité progressive du glaucome, ou tout simplement image de fin de vie.

La bougie n'est plus qu'un ridicule petit point sur mon appareil photo…

Et puis plus rien …

 

PS : c’est moi qui déprime ou c’est la consigne qu’est pas gaie ?   (et moi qui rame …)

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Flamme de femme (Captaine Lili)

L’allumette a craqué. La bougie, trônant sur un tout petit pot de miel retourné, au fond plein de peinture sèche, s’est éclairée.

A l’orée de mon sommeil, flamme, tu ondoies comme un étendard.

Emmène-moi jusqu’à lui qui m’enchaleure !

Je l’aime, tu comprends ?

Est-ce mon ombre qui a tremblé ? Je t’ai entendue répondre « lui aussi ».

Tu dessinais une fleur sur le tapis.

J’ai regardé ta danse, elle calligraphiait mon amour. Silencieusement.

Tu ne t’es pas éternisée. Les bougies d’anniversaire, ça ne dure pas. Devenue langue bleue, tu es restée un peu ainsi, caressante, puis soudain il n’y avait plus qu’un tison rouge minuscule, qui s’est éteint aussi.

A l’orée de mon sommeil, flamme, j’écris ces quelques mots. Je rêve qu’il les entend. Et que dans sa nuit, mon marchand de sable chevauche avec cet étendard. Flamme de femme.

Une allumette a suffi. La bougie a poursuivi sa flamme au fond de mon cœur de miel, de verre et de poussières teintées.

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Pyjamade (Joye)

Tout le monde était d’accord : c’était chez Roxanne qu’on avait les meilleurs sleepovers.

Elle vivait en ville, sa maison était grande, et sa maman prévoyait toujours tout plein de gourmandises de leur épicerie au centre-ville. Oui, la vie était bonne pour celles qui se retrouvaient sur la liste d’invitées à passer la nuit chez elle !

Bien sûr que le comble de chaque soirée - à part les visites insolites des garçons qui souhaitent voir les filles en pyjama -  était vers minuit, lorsqu’on éteignait la lumière, et l'on allumait la bougie qui se retrouvait au milieu du cercle pour faire une séance de spiritualisme.

La bougie jouait toujours à perfection son rôle, vacillant une fois si la réponse était non et deux fois pour oui, lorsqu'on lui adressait en murmurant « Dis-nous, ô Bougie, notre copine, toi qui ne mens jamais ... ».

Des filles comme Jessica et Paulette posaient toujours les questions de cœur…si Nicolas aimait vraiment Greta…non…si Jessica allait épouser Willy…oui

Pour ces questions, la bougie répondait pour la plupart comme l'on souhaitait. Elle faisait rarement pleurer et souvent éclater de rire.

 

Mais c’était Andrée la meilleure interrogatrice, surtout parce qu’elle se fichait pas mal des petites escapades amoureuses de ses copines. Andrée croyait aux sorcières et à la magie noire, aux démons et aux monstres. Alors, ses questions étaient les plus fascinantes, concernant la vie, la mort, les crimes macabres, les secrets des squelettes oubliés dans quelques placards familiers.

- Dis-nous, ô Bougie, notre copine, toi qui ne mens jamais…

On se taisait devant les questions posées par Andrée. On retenait le souffle jusqu’à ce que le danger soit passé, car impossible de prévoir exactement qui finirait en larmes suite à des insinuations un peu trop personnelles.

La bougie, elle, servait toujours de complice consentante. D’après elle, c’était absolument vrai qu’on avait tué une fille au lycée il y a quelques années ; que son corps se trouvait encore au sous-sol du vieux bâtiment ; que la nuit, après que tout le monde était parti, on pouvait l’entendre pleurer ; que si l’on éteignait la lumière dans la salle des douches et l’on fixait le miroir, elle apparaîtrait…

Oui… Oui… Oui…

Quelques petits cris de peur, quelques rires nerveux, et, souvent un ou deux petits soupirs imperceptibles de soulagement, étaient toujours la récompense pour l’art d’Andrée et sa bougie omnisciente.

Danielle figurait rarement sur la liste des invitées, et jamais sur celles de Roxanne. Tout le monde savait qu’elle concurrençait Jessica pour les prix académiques, et qu’elle avait carrément volé le petit ami à Roxanne, la garce ! et aussi qu'elle s’était violemment disputée avec Andrée une nuit après une séance particulièrement cruelle pour une de ses profs favorites. Alors, depuis, et tout naturellement, la bougie disait à chaque séance  chez Roxanne que Danielle tomberait enceinte et qu’elle n’aurait jamais son bac, qu’elle finirait dans un asile, qu’elle commettrait des crimes macabres contre les professeurs populaires…

Jusqu’au soir où, vers minuit, quelqu’un sonna à porte chez Roxanne. Rigolant, quelques filles allèrent à la porte pour taquiner une dernière bande de garçons curieux.

C'était Danielle.

Elle entra sans invitation et s’installa devant la bougie, sans saluer les autres communiantes dans le cercle de séance.

Et c’était elle qui posa la toute dernière question qu’on poserait à la bougie :
- Dis-nous, ô Bougie, notre copine, toi qui ne mens jamais…Andrée, n’est-elle pas la nénette la plus pathétique du lycée ? Y en a marre de sa haine ! Elle ferait mieux d’aller se pendre, n'est-ce pas ?

La bougie vacilla une fois.

Et puis une deuxième.

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