16 juillet 2022

Mes antennes.(Yvanne)

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Ah bien sûr ma tour n'est pas aussi rutilante que la tour japonaise de notre ami Walrus !

 

Ne me demandez pas pas à quoi elle a pu servir autrefois (aujourd'hui elle ne sert à rien) je ne le sais pas. Ici on dit « les antennes de Belveyre ». Voilà tout. Belveyre est un joli village Corrèzien - célèbre pour sa foire aux chèvres annuelle très prisée - qui dépend de la commune de Nespouls. C'est de ce village et de cette tour en particulier que partent plusieurs chemins de randonnées sur le Causse Corrèzien en limite du Lot voisin. Je fais très souvent ces balades surtout quand fleurissent les orchidées sauvages au printemps. Les antennes me servent de repère parce qu'on les voit de loin. Très appréciable quand on a, comme moi tendance à s'égarer !

 

 

 

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09 juillet 2022

Humeurs de chiens (Yvanne)

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Walrus nous propose de plancher sur l'image ci-dessus.

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Nom d'un chien de nom d'un chien, j'en peux plus moi ! Wouah, tous ces étages à grimper. Ça fait la 4ème fois aujourd'hui. Plus je deviens vieux, plus j'ai envie de pisser. J'y peux rien. Peux quand même pas me soulager dans l'appart ! J'ai de l'éducation moi. Pour descendre ça va encore. En faisant attention de ne pas m'étaler quand même. Ah ça brille, c'est ciré, reciré à croire que c'est une manie chez eux : faut que ça en jette et moi je glisse. Pour monter, c'est infernal. Et l'autre, là haut qu'arrête pas de me siffler. Il a pas des vieilles pattes lui. Cause toujours mon brave ! Il faut que tu comprennes que j'en ai marre.

Bah, ne pas trop montrer que j'ai un mal de chien à me hisser jusqu'au 3ème. Il serait bien capable de me larguer à la MRC (maison de retraite pour chiens) que je sais même pas si ça existe ce machin ou pire de m'abandonner à la SPA. Pas de ça surtout. Je tiens à trépasser dans mon couffin. Allez, courage Max, prends ton élan mon pépère on y va !

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Ben voilà ! Hein, c'est pas mieux comme ça ? Elle a enfin compris que j'ai un peu grossi. Comme elle d'ailleurs. A croire qu'elle prend prétexte de me fourguer des gâteaux à longueur de journée pour pouvoir se goinfrer. « Tiens, mon chéri, encore un ? » Oui, un pour moi, deux pour elle. Ça va de soi : elle a plus à engraisser que moi. Comment voulez-vous que je résiste ? Il faut bien que je lui rende service. Ça lui fait plaisir de me faire plaisir. Et comme je veux pas lui faire de peine...

Bon. Voilà le résultat. Je suis obèse moi qu'avais du chien avant et c'est pas ma faute. Et y a pas que ça ! Le gros problème, c'est l'escalier pour regagner le logis. Je pouvais plus monter ce foutu truc. Trente marches. Plusieurs fois par jour parce qu'il faut que Madame s'aére. Elle me portait jusqu'à présent en ahannant, en suant, en pestant. J'en pouvais plus d'être coincé contre sa poitrine avec les pattes arrières dans le vide. Vous voyez un peu le tableau. Et le parc ! Je veux plus y foutre les pieds au parc. Les copains m'appellent « gras double ». C'est plaisant je vous assure. Sauf que maintenant je m'en fous parce qu'elle ne peut plus marcher donc on n'y va plus et moi je biche depuis qu'elle a opté pour un doggy style. Tout baigne !

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25 juin 2022

Pépette (Yvanne)

 

Je vous ai parlé il y a peu de Léontine, vous vous souvenez : la maï capel. Je vous ai dit que son cheptel comptait en plus de quelques poules et lapins, un bouc (Degaule) et trois ou quatre chèvres. Ses mignonnes avaient pour nom : Brunette, Blanchette, Noiraude et Pépette. Cela ne variait jamais. Les chèvres passaient et trépassaient, leurs noms subsistaient.
Léontine ne s'était pas fatiguée pour baptiser ses biquettes quand elle en avait fait l'acquisition tout au début. La couleur de leur poil avait été déterminante en la matière et ensuite qu'importe si cela ne convenait plus. Elle avait juste fait une exception pour Pépette. Un compte à régler.

Comme vous le savez la Léontine avait été très marquée par la perte de son mari Marcel au début de la dernière guerre mondiale. Il lui en restait des séquelles sévères. Et elle n'avait pas besoin de ça pourtant. Bref. Elle avait appelé sa chèvre «   Pépette »  parce que, disait-elle, c'était une cavaleuse. Entendons-nous bien : dans sa bouche ce mot était une injure reflétant la méchanceté de la bonne femme. Et pour cause ! Elle faisait référence, là, à la vraie Pépette, une fille du village qui avait fricoté avec des Allemands. Cette dernière, Simone à l'état civil – mais tout le village l'appelait Pépette - avait d'ailleurs été tondue à la Libération. Personne n'en parlait. Sauf Léontine. Elle ne loupait pas une occasion de mettre la pauvre fille sur le tapis avec haine en faisant mine de parler de sa chèvre.

Curieusement, toutes les « Pépette » qui se succédaient ne faisaient pas mentir la maï capel. Elles s'évadaient très souvent, non pour chercher une aventure amoureuse – elles avaient ce qu'il fallait à l'étable – mais pour jouir d'une vraie liberté comme les petites protégées du père Seguin.
La « Pépette » que j'ai connue était particulièrement hardie et avait une lubie bien précise et récurrente : aller se gorger de chardons bleus d'ornement chaque fois qu'elle en avait l'occasion. Ces plantes poussaient à profusion dans le fond du jardin du presbytère. Et c'est bien sûr là que l'on retrouvait Pépette quand elle avait décidé de fausser compagnie à sa maîtresse. Elle sautait allègrement la haie qui séparait la place du village du jardin de la cure pour aller déguster ses friandises préférées.

Un jeudi après midi, jour de catéchisme, nous étions tous autour de notre vieux curé, sourd et malvoyant, dans la sacristie. Le brave homme tentait de nous apprendre quelques prières et cantiques en prévision de notre communion solennelle. Il avait bien du mérite : personne ne l'écoutait. C'était comme à chaque séance, le chahut. Des cris stridents nous firent soudain dresser l'oreille. Ni une, ni deux, nous faussâmes compagnie au prêtre pour aller voir ce qui se passait tout près.

Quel tableau ! La Léontine et la « curette » - c'est le nom irrévérencieux que nous donnions à la sœur du curé – s'affrontaient sous la charmille. Léontine en avait perdu son éternel galurin. Quant à la curette, qui détestait les animaux, elle s'acharnait à donner du bâton à Pépette pour qu'elle débarrasse le plancher, enfin le terrain. Cette dernière, nullement impressionnée, se déplaçait au fur et à mesure pour esquiver les coups et continuait de se régaler de ses chardons . Léontine hurlait comme une folle pendant que la demoiselle braillait « vade retro satanas ». Elle s'adressait évidemment autant à Léontine qu'à sa chèvre.

Monsieur le curé avait fini par s'apercevoir de notre désertion et nous cherchait pour une punition bien méritée. Comme à chaque fois, trois pater et deux ave à genoux dans le confessionnal après l'acte de contrition. Impuissant en découvrant le spectable, il se mit dérechef à lever les bras pour implorer le Ciel : « mon Dieu, mon Dieu, ces bougresses de femmes et cet animal du diable ! Quelle idée, je vous demande un peu de nous avoir fichu ces créatures ! Pardon Seigneur, voilà que je blasphème mais quelle idée aussi... » Est-ce la soutane noire, l'aide du Créateur, toujours est-il que Pépette, tout à coup prise de peur décampa fissa suivie par la Léontine et ses imprécations. Ce qui se passa ensuite à la cure, Dieu seul le sait...

 

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18 juin 2022

Laver son linge sale... (Yvanne)


Suzanne et Colette étaient amies d'enfance. En épousant les frères Brun elles avaient consolidé leurs liens en devenant belles sœurs. Les deux couples avaient repris ensemble l'exploitation agricole familiale après la retraite des parents Brun. Chaque ménage avait construit sa maison sur leurs terres communes. Ces habitations étant très proches, les femmes étaient devenues de surcroît, voisines. Elles avaient coutume de s'acquitter de leurs taches ensemble, qu'elles aient trait aux travaux de la ferme ou bien qu'elles soient ménagères. Par exemple, le lundi matin de chaque semaine elles allaient rincer leurs lessives au lavoir communal. Pas encore de machine à laver le linge dans tous les foyers dans les années 60.

Ce jour là les deux amies et donc parentes avaient déposé leurs corbeilles respectives bien remplies et encore fumantes sur la pierre du bassin. Suzanne, que tout le monde appelait « la belle Suzon » était agréable à regarder et surtout à vivre. Toujours de bonne humeur, un mot aimable pour chacun quand elle rencontrait les gens du village. Une grande fille blonde, bien bâtie, vive et bien en chair qui s'acquittait sans problème de son travail à la ferme sans jamais rechigner, même pour les travaux les plus pénibles.
On dit que les contraires s'attirent et c'était le cas pour ces femmes très différentes et cependant inséparables. Colette était petite, brune, tout en os mais nerveuse, facilement irritable et soupe au lait. Tout comme Suzanne, elle abattait sa besogne, souvent ingrate et peu valorisante sans se plaindre. Une taiseuse, dure à la tache.

Suzanne, comme d'habitude faisait les questions et les réponses sans s'occuper de Colette. Elle ne s'avisa pas tout de suite du mutisme prolongé et de la mine boudeuse de sa compagne. Elle finit quand même par se redresser et lever la tête pour observer Colette qui ne broncha pas.
           - Oh, tu es malade ? Pourquoi fais-tu cette tronche d'enterrement ?
Pas de réponse. Pas un regard . Mais des grands gestes de brassage dans l'eau du lavoir. Suzanne reprit son travail, songeuse. Il fallait qu'elle tire les vers du nez à sa belle sœur. Les cachotteries et la rancœur entre elles, ça n'existait pas. Elle revint à la charge, bien décidée à en savoir un peu plus.
          - Bon Colette, tu ne t'en tireras pas comme ça. Pourquoi tu me fais la gueule ? Qu'est ce qui se passe à la fin ? Tu sais bien que tu peux tout me dire.
Colette lui fit soudain face, rouge de colère.
           - Tu le sais bien ce qui se passe. Je ne t'aurais pas crue capable d'une telle saloperie.
            - Une saloperie ? Une saloperie ? Quelle saloperie ? Allez vide ton sac un peu qu'on trie.
         - Tu crois que je ne vois pas tes manigances ? Qu'est ce que tu faisais samedi derrière une meule de foin ? Et ...en compagnie ?
             - Ah ça, c'est la meilleure. Derrière une meule ? Et avec qui ?
             - Pas avec Joe sûrement !
Joe, un chouette type dont elles étaient toutes les deux tombées amoureuses il fut un temps. Un chouette type qui savait les charmer de sa belle voix et pas que, certainement. Il n'était pas de chez nous. Il me semble qu'il avait de la famille en Belgique.
Suzanne, interloquée et ne comprenant plus, dit en haussant les épaules :
            - Alors va au bout de ton délire. Qui as-tu vu avec moi ?  Je crois que tu ne vas pas bien.
            - Tu étais avec mon homme. Ne fais pas semblant de tomber des nues.
          - Ton homme ? Tu divagues ma pauvre fille. Je faisais pipi et il n'y avait personne avec moi. Tu as dû confondre avec mon ombre. Achète-toi des lunettes.

Alerté par les cris et les invectives, le petit Jeannot qui pêchait un peu plus loin dans le ruisseau, posa précipitamment sa canne et courut jusqu'au village.
           - Venez vite. Y a les femmes Brun qui se battent au lavoir. Venez voir un peu ça ! Je crois que la Colette a mis KO la belle Suzon.
Incrédules, les quelques vieux qui n'étaient pas aux champs se précipitèrent, qui en boitant, qui en traînant la patte, qui en courbant l'échine, pour ne rien louper du spectacle. Vous pensez ! Les Brun, ces arrogants avec leur argent ! Ça leur fera les pieds cette honte.
Arrivés au lavoir, tout le monde s'arrêta net. Les deux belles sœurs avaient sauté dans le bassin et s'éclaboussaient comme des gamines en riant. Les regards se tournèrent vers Jeannot qui baissait la tête, bien marri. Il jura mais un peu tard...

 

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11 juin 2022

La maï capel. (Yvanne)


La maï capel – traduisez la mère chapeau – a fait partie des personnages insolites de mon enfance.
C'est ainsi que les gens du village nommaient cette veuve de guerre un peu folle. Nous les enfants  changions le « p » en « m » et l'appelions « la mère chameau » ou bien la sorcière. En toute saison elle portait un galurin informe sur la tête. Elle usait jusqu'à la corde les chapeaux – tout comme les vêtements - qu'on lui donnait ou qu'elle récupérait aux ordures. Je ne vous dis pas la tête de Madame, la femme du Maire le jour où elle découvrit avec stupeur l'un de ses couvre chef hardiment planté sur le chignon sale de la Léontine. En vrai, elle s'appelait Léontine. Quel scandale ! Le Maire en personne vint récupérer le bibi de son épouse chez la bonne femme. Elle pouvait prendre tout ce qu'elle voulait dans les affaires jetées mais surtout pas ce qui avait été porté par Madame. Enfin tout de même ! C'est à cet incident regrettable que Léontine dut son surnom.

Léontine se le tint pour dit. Et la vie reprit comme avant. La maï capel donc, vêtue en toute saison d'un manteau noir – le deuil de son Marcel mort pour la France oblige – qui lui battait les jambes, chaussée de bottes en hiver et de sabots en caoutchouc le reste du temps se trouvait toujours où on ne l'attendait pas. C'est ainsi qu'elle surprenait les conversations, les disputes et les secrets des familles. Elle entendait tout. Et savait en jouer le cas échéant. Elle adorait mettre son nez partout, donner des avis qu'on ne lui demandait pas. Léontine avait l'art d'apparaître brusquement sans que l'on détecte le moins du monde sa venue. On ne pouvait pas dire pourtant qu'elle était transparente. Ça non. Plutôt une rude gaillarde. Et forte en gueule. De plus une vraie poissonnière ! Si certains accueillaient ses grossièretés d'un rire gras d'autres, dont les mères, poussaient  leurs enfants devant elles dans les maisons pour préserver leurs chastes oreilles. Les grands-mères se signaient à la va vite pour conjurer les maléfices quand Léontine s'en prenait au Ciel ou au curé en blasphémant tout son saoul. Sa façon à elle sans doute de dépenser son trop plein d'énergie et de jeter sa hargne.

De fait, Léontine se faisait une joie mauvaise de débiter des cochonneries devant les gamins. Tout simplement parce qu'elle ne les aimait pas. Peut être parce qu'elle n'avait pas eu le temps d'en avoir avec son Marcel décédé peu après leur mariage en 1939. Aigrie sans doute, elle se vengeait de cette façon. Nous les enfants le lui rendions bien. Un coup d'œil rapide pour s'assurer qu'elle était absente et nous voilà à investir son jardin auquel elle donnait tous ses soins. Un jour, elle me surprit à arracher consciencieusement ses poireaux fraîchement repiqués. Vous imaginez la suite...

Bref. La Léontine n'avait pas que des défauts. On pouvait compter sur elle pour rendre service. Comme elle était forte comme un bœuf on lui demandait son aide pour les gros travaux. En échange on laissait ses chèvres pâturer dans les terres en jachère. Ses chèvres. Elle aimait ses animaux plus que tout au monde. Sa petite maison, son jardin et son bétail. Toute sa vie. Elle possédait aussi une vilaine bête vicieuse, bien encornée, mauvaise comme une teigne, un bouc nommé – allez donc savoir pourquoi – Degaule. Nous nous gardions bien de nous en approcher et nous contentions de l'asticoter et l'invectiver de loin. Il nous observait et, vif comme l'éclair fonçait sur nous. Ce qui nous faisait fuir en hurlant. C'était un de nos jeux favoris qui déplaisait bien sûr à sa patronne. Une raison de plus de nous en vouloir.

Degaule était il paraît un excellent reproducteur dont la bonne femme vantait les mérites. Et on venait de loin pour que l'animal honore les biquettes qu'on lui présentait. Ce qu'il faisait sans se faire prier. Bizarrement c'était toujours les hommes qui amenaient les chèvres. Pendant le travail, Léontine et le propriétaire allaient déguster un petit remontant. Ce qui ne trompait personne. La maï capel avait peut être mis son cœur en jachère depuis la perte malheureuse de son Marcel. Pas son berlingot.

 

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04 juin 2022

Désillusion. (Yvanne)

 

Elle suit l'étroit sentier qui mène à la rivière. Elle en connaît par cœur toutes les embûches : monticules terreux parsemés de brindilles des fourmilières, cailloux affleurants, racines enchevêtrées, tortueuses et traîtresses. Elle les évite sans même y penser. Les buissons ébouriffés ploient sous leur opulente floraison d'or et s'inclinent sur son passage. Elle les écarte avec impatience. Chèvrefeuille et aubépine s'évertuent à inonder le chemin de leurs senteurs sucrées. Sur le pré, tout à côté, coquelicots, bleuets et marguerites se mêlent dans une magnifique harmonie champêtre. Un vent tiède berce doucement en des vagues océanes les hautes herbes d'où proviennent les stridulations des grillons assoiffés d'amour. Qu'importe. Toutes ces beautés ne la touchent plus. Elle ne les voit pas. Ne perçoit pas les parfums suaves et entêtants qui faisaient pourtant son bonheur. Elle aimait tellement écouter la brise légère taquinant les pins sylvestres et deviner dans les broussailles les oisillons encore au nid. Tout cela est oublié et ne la concerne plus. C'était avant.

Elle se hâte. Les rayons d'un soleil couchant jouent avec sa fragile silhouette et allument dans sa chevelure brune des éclats fuyants. C'est bientôt l'heure. Elle se hâte, tous les sens soudain en éveil.
Elle s'arrête et tend l'oreille. Un sourire se dessine furtivement sur son visage et lui rend une jeunesse lointaine. Elle entend le bruissement de l'eau toute proche. Son cœur bat plus fort. Elle avance alors doucement, longe la berge jusqu'à la minuscule plage de galets. Elle est arrivée. Elle s'assoit et les fougères se couchent pour l'accueillir. Elle respire profondément. Ici et maintenant elle se sent étonnamment vivante.

Elle savoure ce moment. L'attente est délicieuse, elle est promesse. Elle contemple la cascade. Oh juste une cascatelle mais tellement vive et joyeuse ! Elle confie comme toujours son espoir au ruisseau. Elle partage tant de secrets avec lui. Il a emporté dans ses tourbillons les souvenirs tendres et lumineux. Elle désire si fort qu'un jour il les lui rende. Ce sera aujourd'hui. Elle le sait.

Une main douce se pose sur sa joue. Elle reconnaît ce parfum. Elle le reconnaîtrait n'importe où. Il la grise, l'obsède, l'ensorcelle. Soudain une ombre se penche sur elle. Elle ferme les yeux. Comme autrefois quand il caressait son visage en le dessinant. Elle devine son sourire enjôleur. Il murmure  et sa voix l'envoûte. Ses lèvres se posent sur sa bouche et ses mains se font impatientes et coquines. Elle oublie tout alors jusqu'à la déraison, l'âme asservie. Son corps se tend à l'appel du désir. Il ploie, s'abandonne à ses feux et se donne enfin. C'est la plénitude, l'ivresse tant attendues.

Un choc. Une fulgurance. Elle se redresse brusquement. Soudain réapparaît, familière, la douleur de l'absence. Elle tremble. Elle a rêvé mais dans son inconscience n'est ce pas ce qu'elle est venue chercher. C'était une chimère, une illusion, un beau songe éveillé qui la laisse pantelante et inassouvie. La rançon d'un bonheur intense et éphémère . Le cœur en deuil, elle se lève et part à regret, jusqu'au prochain appel de l'amour, une prochaine espérance.

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21 mai 2022

Heureux les pauvres ! (Yvanne)

     Alors Père François te voilà enfin !
    - Oh pas de mon plein gré Saint Pierre. Je serais bien resté un peu plus en bas. J'étais bien tranquille l'été assis sur le banc devant ma porte à fumer ma pipe et l'hiver au chaud dans mon cantou.
    - Ah ça, tu te la coulais douce mon bon. Mais tu as coûté assez cher à la sécu et à ta caisse de retraite. Si je fais le calcul, tu as travaillé une quarantaine d'années à peine et tu as profité  40 ans. Et même un peu plus. Bref, à 95 ans il était temps de calancher. Et de rendre des comptes.
    - Rendre des comptes ? A qui ? J'ai pas de compte à rendre.
    - Tu vas te confesser et ne me fais pas le coup de ton homonyme.
    - De qui vous parlez ? Du pape ?
    - Te fous pas de moi. Tu n'améliores pas ton cas. Raconte plutôt ton passage sur Terre.
    - Y a pas grand chose à raconter. Et puisque vous savez tout vous n'ignorez pas que j'ai travaillé dur. Et vous pouvez penser ce que vous voulez, sauf votre respect, ma retraite je l'ai bien méritée.
    - Hum hum tu étais facteur il me semble...
    - Oui et sûrement pas un petit travailleur tranquille. J'aurais voulu vous y voir sur la bécane avec des sacoches pleines de courrier. Sans compter la grosse musette sur le dos. Et dans les Monédières (montagnes corréziennes) ça grimpe je vous dis que ça.
    - Peut être peut être mais on te récompensait bien dans les villages. Le petit canon ou le café sur un coin de table et...la pièce. Surtout la pièce !
    - Oh la pièce la pièce ! Ils sont pas très généreux les paysans. Tous des grippe-sous.
    - Hein ? Quoi ? Tu oses ? Tu ne manques pas d'air François.
    - Pourquoi vous dites ça ?
    - Quand je pense que tu laissais trimer cette pauvre Bernadette sans jamais lui donner un sou ! Pendant que tu amassais, elle tirait la langue. Tu trouves que c'est chrétien ça ?
    - Oh oh comment ça, elle tirait la langue ? Elle avait l'argent du marché avec ses volailles, ses lapins, quelques légumes du jardin. Je lui demandais rien moi. Mais elle, elle me réclamait une partie de ma paye et je lui ai jamais refusé.
    - Encore heureux ! Il fallait bien qu'elle règle les factures et tout le reste. Et qu'est ce que tu faisais de tes pourboires ? Dis-moi un peu. Parle-moi de la boîte à sucre que tu cachais dans ton verger. Elle contenait quoi la boîte à sucre ? Des images pieuses ? Tu peux te gratter la tête. Tout le monde admirait tes pommes d'un jaune... Oui c'est ça d'un beau jaune d'or. Tu ne t'aies jamais demandé pourquoi elles avaient cette jolie couleur ? Non bien sûr tu ne voulais pas savoir. J'avais beau te mettre ton péché sous le nez rien n'y faisait.
    - Vous allez pas me dire que c'est un péché d'être prudent ! Moi les banques, les assurances tout ça j'avais pas confiance. Mon argent c'était mon argent et je le plaçais où ça me faisait plaisir. Vous êtes là à me faire la morale mais nom de d.oh pardon ! J'aimerais bien savoir si vous faîtes de même avec tous ces magouilleurs de politiques. Et même les religieux tiens. Il paraît que le Vatican...
    - Suffit.
    - Oui c'est ça. Je préfère me taire. Mon argent je l'avais pas volé. Et puis hein il fallait bien mettre un peu d'oseille de côté si on voulait en avoir devant soi.
    - Ça va. Laisse les aphorismes à Joe Krapov. Il s'en sort mieux que toi.
    - C'est qui celui là ? Un russe ? Pas un copain à Poutine tout de même ? Vous n'oseriez pas en parler avec tout ce qui se passe. Que d'ailleurs vous pourriez dire à votre patron d'y mettre le holà ! Si c'est pas une honte de laisser faire des choses pareilles.
    - Change pas de sujet. Je te trouve sacrément gonflé François de me dicter ma conduite toi qui as ignoré toute ta vie la misère d'autrui. Pas comme ta femme cette pauvre Bernadette qui faisait la charité comme elle pouvait à ton insu. Morte trop tôt. Usée. Tu te doutes bien que le bon Dieu l'a reçue au Paradis.
    - C'est bien normal. Elle allait à Lourdes souvent . Et d'ailleurs je lui demandais de prier pour moi. Elle peut vous le dire. Vous savez, moi, les bondieuseries...c'est pas trop mon affaire.
    - On va y venir. Alors combien de louis d'or et de napoléons dans ta boîte à sucre ?
    - Faut pas exagérer Saint Pierre. Une dizaine tout au plus.
    - Menteur va ! Tu crois que je ne te voyais pas le dimanche pendant que Bernadette – cette sainte femme - était à la messe ? Tu t’empressais de déterrer ton magot, d'étaler ta fortune sur la table de la cuisine, de compter et recompter. A en attraper le tournis. Tu n'es qu'un pitoyable grigou. Tu n'as pas suivi l'exemple de ton saint patron qui a été heureux sans le sou. Tu es bien avancé.  Tu sais quoi mon brave : c'est Jeantou ton voisin qui a récupéré ton trésor.
    - Le Jeantou ? Pas possible ! Pas lui, pas lui. Comment il a fait ?  C'est pas un honnête ça non ! Vous voulez que je vous raconte ce qu'il a fait pendant la guerre ?
    - N'aggrave pas ton cas. Lui non plus ne l'emportera pas au Paradis. Il ne va tarder à rappliquer d'ailleurs. Tu vas rester au purgatoire jusqu'à ce qu'il arrive. Je suis curieux de voir comment vous allez vous expliquer tous les deux. Le bon Dieu me doit bien une récréation avec tout le travail que je fournis. Et je n'ai pas la pièce moi !

 

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14 mai 2022

Flashback. (Yvanne)


Comme un éclair
Une fulfgurance
Elle ressurgit
Cette souffrance
Qui hante mes nuits
Mes insomnies.
Elle frappe avec violence
Brise ma résistance
Elle est là, tapie
Inonde mon esprit
Une lueur, un incendie
Revoilà la peur engloutie
Toujours avec constance
Elle griffe l'innocence.
Dans le vacarme du silence
Revient comme un boomerang
Cette blessure d'enfance.

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07 mai 2022

Revanche. (Yvanne)

 
Note de l'éditeur

10000ter

Sauf erreur comptable, ce billet est la dix-millième participation à ce bête jeu !

- - - - - -

 

  • Allo ! Paulo Paulo amène-toi. Vite.

  • Quoi ? Qu'est ce qui se passe encore ? Tu pourrais dire bonjour quand même !

  • Pas le temps. Viens.

  • Où ? Chez toi ?

  • Ben oui. Pas chez le pape.

  • J'ai plein de boulot Jacky et la Josette...

  • On s'en fout de la Josette. Rapplique je te dis.

  • P'tain, explique-toi. Qu'est ce qui te turlupines ?

  • C'est le Louis. Il m'en a fait une. Et ça te fait rire ?

  • Fallait s'y attendre après le coup du bras en plâtre et celui du sanglier.

  • Je te demande pas ton avis. Tu viens m'aider oui ou non ?

  • A faire quoi ?

  • Oh et puis tu m'énerves. Laisse tomber. Je vais me débrouiller tout seul.

  • T'agace pas. C'est bon j'arrive.

 

Jacky est dans une colère noire. Ce matin, en allant à la Vigne Haute travailler sa truffière il a trouvé le chemin qu'il emprunte avec son tracteur complètement bouché. Pas de doute : c'est un mauvais coup de ce chameau de Louis.

- Te voilà quand même ! Grouille. J'ai pas que ça à faire.

- Enfin Jacky, tu vas m'expliquer ?

- On y va. Tu vas comprendre.

 

Les voilà partis vers le champ aux truffes, juchés sur le tracteur. Au bout du chemin de terre, un amoncellement de vieux outils agricoles bloque complètement le passage.

Paulo s'esclaffe.

- Ça va pas non ? Tu te fous de ma gueule ? Ça t'amuse les entourloupes de l'autre abruti ?

- Faut pas exagérer. Une entourloupette tout au plus. C'est de bonne guerre après les vacheries...

- La ferme. Il a pas le droit de m'interdire l'accès à ma parcelle.

- Oh oh ! T'y vas fort là. Pas le droit. Pas le droit. Tu sais très bien que ce n'est pas un chemin. Il est chez lui le Louis. Il t'a autorisé à passer pour t'éviter un grand tour. Mais il n'est pas aussi fou qu'on veut bien le dire. Et si tu continues...

- C'est ça ! Défends le ! Je vais le laisser ramasser toutes mes truffes pardi !

- Je dis pas mais on a peut être poussé le bouchon un peu trop loin.

- M'en fiche ! Et puis je vois pas pourquoi tu pleures maintenant. Il me semble que t'étais d'accord non ? Allez on dégage tout ça.

 

Jacky grimpe sur une charrette en bois pleine de vieux pneus. Alors qu'il s'apprête à les jeter un à un, des cris l'obligent à lever la tête.

- Oh milladiou Paulo ! Quand je te dis que le Louis n'a pas toute sa tête : il s'amène avec sa pétoire. Foutons le camp, il est bien capable de nous canarder.

- Ah mes salauds ! Vous faites moins les kékés là ! Rira bien qui rira le dernier. Parole de Louis. No pasaran mes poulets. Et toi, le fiflo de Jacky, tes truffes, tu peux te boucher le...avec. J'en ai rien à battre puisque je me casse à la maison de retraite à la fin de l'année. Les sous j'en aurai en vendant tout. Mais pas question que ce soit à toi comme tu le crois si fort. Ça non. Et même si tu veux savoir ton copain bien aimé là, le Paulo, me fait les yeux doux pour acheter. Ah ah ! Peut être bien que je vais le choisir. En attendant le notaire, que je vous vois encore ici et je...

 

La suite a été censurée mais je peux vous assurer que Jacky et Paulo n'ont pas demandé leur reste quand Louis leur a déversé une tonne d'insultes en tirant des coups de fusil dans leur direction. Les deux compères ont-ils réglé leurs comptes dans la foulée et leur amitié a-t-elle résisté à l'affaire... ? Il va falloir que j'enquête !

 

Cette histoire est la suite de : « Histoire de truffes » et « Partie de chasse » déjà parues sur le blog de « Samedi Défi ».

 

 

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02 avril 2022

Aux Anges etc. (Yvanne)

 

La Brasserie des Anges. Le nom d'une brasserie de bière corrézienne. L'officiante – je la désigne ainsi car il s'agit bien d'un sacerdoce comme pour les prêtres - s'appelle Stéphanie. Elle a commen cé dans la tisane mais c'est une autre histoire. Quoi qu'il en soit, toujours une boisson, chaude il est vrai. Mais Stéphanie ne craint ni le chaud, ni le froid ! On peut aussi employer, pour parler de son second métier le terme savant de zythologue. Une œnologue de la bière quoi. A ceci près que Stéphanie met la main à la pâte de A à Z. Cette jeune femme dynamique n'est pas superstitieuse puisqu'elle utile un triskaidécasyllabe pour évoquer poétiquement le breuvage qu 'elle élabore : « entendez-vous dans nos bières le murmure de l'amer ».

Quand on pénètre dans l'antre de la propriétaire des lieux, une ancienne grange, on est accueilli par des senteurs typiques et de joyeux crépitements de feu de bois. Ça flambe sous les chaudrons de cuivre !
Un regard circulaire informe de suite le visiteur qu'il se trouve aussi dans un atelier d'artiste où règne un bric à brac plein de fantaisie et d'humour. Ainsi vieilles motos, vieux outils voisinent gaiement avec un piano, des tonneaux bien sûr et bien d'autres objets hétéroclites. Tout respire l'authenticité et la joie de vivre.

Mais que l'on ne s'y trompe pas ! Stéphanie est une femme courageuse et volontaire, soucieuse de produire une bière où elle met toute son énergie et sa sincérité. Elle revendique de fabriquer une boisson 100 % artisanale et ancestrale. Le malt et le houblon sont très sérieusement sélectionnés. La brasseuse utilise également du blé noir cultivé en Haute Corrèze pour élaborer l'une de ses productions. Elle brasse à la force des bras avec de l'eau pure émanant du massif des Monédières, montagnes corréziennes. Le brassage s'effectue en tonneau, la cuisson en chaudron de cuivre et la fermentation en fût de chêne. On notera la façon très écologique de procéder. Il n'y a pas non plus de gaspillage chez Stéphanie. Les résidus de malt sont donnés aux agriculteurs du coin pour leur bétail. Ceux du houblon, après ébullition et égouttage entrent dans la fabrication d'un savon de la Savonnerie des Monédières.

Stéphanie a concocté 10 bières très différentes en degré d'alcool et en goût. Les couleurs des breuvages vont du blond à l' ambré en passant par le blanc, le noir, le brun et le rosé. Ce dernier doit sa couleur – et sa saveur – à l’adjonction, lors de la fermentation, de framboises également cultivées exclusivement en Corrèze. La magicienne – mais oui, Stéphanie est une magicienne – a donné à ses créations de jolis noms qui chantent l'occitan comme « « la blancha au blat negre » , « una sason en Correza » « l'occitana dobla » etc...

Pour la petite histoire, l'une des bières - « Cristofora d'Aubazina » - porte le nom de sœur Christophora, une religieuse d'origine irlandaise qui vit seule à la célèbre abbaye d'Aubazine (Coco Chanel) . La gardienne de l'abbaye est une « grande amatrice de bière devant l'Eternel » souligne son amie Stéphanie. D'ailleurs, la moniale, dotée dit-on d'un caractère volcanique cultive dans la ferme adjacente au monastère du houblon sauvage pour Stéphanie. Cette dernière, qui orne ses étiquettes d'anges plutôt dénudés a, pour l'occasion vêtu pudiquement celui qui figure sur les bouteilles dédiées à la nonne, d'une robe et d'un voile. Malicieuse Stéphanie !

Si vous passez par là ne manquez pas de « faire un saut » comme on dit ici à Chamboulive, à la brasserie des Anges où Stéphanie vous accueillera chaleureusement et vous fera découvrir avec fierté ses productions originales, savoureuses et parfumées.

 

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