04 janvier 2020

PLUMES (Yvanne)


Plume d'oie
Plume-doigt
Pour l'écriture.

Plume de palombe
Plume de colombe
Pour la paix.

Plume fusain
Plume dessin
Pour la beauté.

Plume d'ange
Plume louange
Pour le paradis.

Plume de soie
Plume à soi
Pour la douceur.

Plume de paon
Plume d'argent
Pour l'éventail.

Plume d'autruche
Plume de greluche
Pour le cabaret.

Plume de corbeau
Plume à chapeau
Pour damoiseau.

Plume de casoar
Plume de briscard
Pour oncle Edgard.

Plume de défi
Plume poésie
Pour le samedi.

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : ,


28 décembre 2019

Partie de chasse. (suite de : « histoire de truffes ») (Yvanne)

 

Paulo et Jacky au téléphone :

 

    • Hé Jacky, écoute un peu !Tout à l'heure, en cavant à Cantegril, j'ai aperçu le Louis.

    • Encore ! Ça ne lui a pas suffi ? Il lui faut peut être une autre leçon. On va s'en charger mon Paulo.

    • Non. Non. Il ne faisait que passer. Il allait chasser.

    • Tout seul ?

    • Oui. Pas rancunier, il s'est arrêté pour me faire la conversation. Tu me croiras pas : il m'a même demandé si ma truffière “donnait”bien. Il se fout de ma gueule.

    • Tu es sûr qu'il allait à la chasse ? Je suis un peu surpris : il fait partie de l'équipe à Pierrot. Et en général, ils chassent en fin de semaine.

    • Justement. Il les a lâchés : “tous des cons qui ne pensent qu'à la picole.” Il n'a pas envie de se faire trouer la peau qu'il dit.

    • Et il chassait quoi ? La bécasse ? Ça m'étonnerait : il ne s'intéresse qu'au gros.

    • Tu as raison : il allait au sanglier.

    • Tout seul ? Tu plaisantes ?

    • Non Jacky. Il m'a raconté qu'il avait repéré un énorme mâle dans les fourrés de la Besse. Il compte bien l'avoir avec l'aide de son Taïaut. Je pense plutôt qu'il veut le chouraver aux autres.

    • Il est quand même fort ce Louis. Son chien est aussi bon à la chasse au gibier qu'à celle des truffes. Ses anciens potes vont le regretter.

    • Ma parole, tu l'admires ! Tu dirais pas la même chose s'il te volait tes canards. Dis-donc, Jacky, je pense qu'il se promène toujours là-bas, à la Besse. T'as pas envie de te distraire un peu ?

    • Je ne demande pas mieux. Mais attention quand même : il a son flingue. Et comme il n'est pas fin...

    • Rejoins-moi à Cantegril. J'y vais de ce pas.

    • Qu'est-ce que t'as en tête ? Fais pas l'andouille Paulo.

    • Viens je te dis.

    • J'arrive.

Un peu plus tard...

    • T'en as mis du temps. Dépêchons-nous avant qu'il se lasse de faire le pied.

    • Je me demande bien ce que tu trafiques Paulo. Je suis pas tranquille.

    • Conneries. Tiens, le voilà ! Le cul en l'air. Je sais pas ce qui me retient de lui coller mon pied aux fesses.

    • Qu'est-ce qu'il fabrique ?

    • Il renifle la terre pour chercher l'odeur du cochon. Il se relève. Pas de doute, la bête a passé ici. Suivons le chien à distance.

    • Si tu me dis pas ce que tu mijotes, je fous le camp.

    • Ho Jacky, t'as pas la trouille quand même ? T'inquiète, ça craint pas. Mais je lui garde un chien de ma chienne au Louis. Toutes ces belles truffes qu'il m'a volées ? Tout cet argent perdu à cause de lui ? Il faut qu'il rembourse un peu et à ma façon. Je veux pas lui faire de mal mais me venger. Jusqu'à ce qu'il comprenne.

    • Tu peux faire ce que tu veux Paulo. Il a la chapardise dans la peau cet animal.

    • On verra bien. Regarde ce fourré où Taïaut vient de s'engouffrer. Le sanglier bauge là. Va te planquer derrière ce gros châtaignier et laisse-moi faire. Voilà le Louis qui s'amène. Je file.

 

Au bout de quelques minutes, une pétarade éclate. Ô la belle bleue ! La belle rouge ! Et puis la verte ! Un superbe feu d'artifice s'élève au-dessus des buissons d'épine. Un sanglier, noir comme le charbon, déboule à fond suivi par le chien qui hurle à la mort tandis que le Louis qui en a vu 36 chandelles, laisse tomber son fusil et évite de justesse la charge de la bête. Effaré, l'homme regarde à droite, puis à gauche et comprenant soudain sans doute, siffle son Taïaut, prend la tangente, la queue entre les jambes. Comme son chien.

 

Paulo, sans plus attendre, rejoint son copain écroulé de rire et explique, goguenard :

- Il me restait quelques pétards de l'arrosage du bac de mon fils Jérome.

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : ,

07 décembre 2019

Joyeuses réminiscences (Yvanne)

 

Anamnèse ? Anamnèse ? Quésaco ? Jamais entendu parler d'anamnèse.

Heureusement il y a wiki. Mais que ferait-on sans wiki ? Exit le vieux dictionnaire qui semait des mots à tout vent. Je l'aimais bien pourtant mon Larousse illustré des années 60, à la couverture cartonnée orange. Doit être encore quelque part dans le grenier. Mais enfin aujourd'hui je succombe  facilement à la wikimanie . Plus simple.

 

Revenons à notre anamnèse et voyons ce qu'en dit l'encyclopédie universelle. 

 

    Médecine : antécédents médicaux. Pas matière à palabrer. Jusque là, mon moulin tourne assez bien. Profitons-en : ça ne va pas durer. 

    Psychologie : histoire du sujet. La nébuleuse. Laissons cela.

    Liturgie : fait référence à la mémoire du Christ ressuscité. Peut être intéressant mais à l'approche imminente de sa naissance, on ne va pas anticiper.

    Ésotérisme : recouvrer la connaissance totale des ses propres existences antérieures.

Voilà qui me plaît parce que j'ai vécu plusieurs vies. Pas sept ou neuf comme les chats. Mais au moins une, voire deux. De cela je suis certaine. Allons farfouiller dans les tréfonds de mon âme. 

 

Chaque fois que j'entends le mot « rouge »un déclic se fait dans ma tête. Eh bien oui, je vois souvent rouge. Et pour cause. Peut être étais-je un camion de pompier ? Amusant de faire peur aux gens toutes sirènes hurlantes ! Non, plutôt une Ferrari. C'est tout de même plus chic. Et puis non : je ne pense pas que j'étais une machine. Il en resterait des traces tout de même. Or, je ne connais rien, mais vraiment rien à la mécanique. Un cardinal ? La pourpre cardinalice m'eût bien allé au teint. Mais je n'ai jamais entendu sonner les trompettes de la renommée.

 

Suivez le fil – rouge. Figurez-vous qu'avant de naître Yvanne, je fus le petit chaperon rouge. Comme celui du conte de Perrault me demanderez-vous ? Sûrement. Y en a t-il plusieurs ? Foutaises. Le petit chaperon rouge, c'était moi. Et je m'appelais Cerise. C'est joli Cerise. Ma mère aussi voyait rouge. Si vous saviez comme elle était contente quand j'ai eu la scarlatine ! Bien entendu, elle m'habillait en rouge. Toutes les nuances de rouge. Elle disait qu'ainsi vêtue, je ne pourrai jamais me perdre dans la forêt. 

 

Je me promenais souvent dans les bois. Pas pour me rendre chez mère-grand  avec un panier au bras contenant la galette et le pot de beurre. Non. La pauvre vieille, Dieu l'avait rappelée à lui depuis longtemps. J'allais tous les jours dans la forêt pour rencontrer mon loup. Je me souviens , je chantais à tue-tête :  Loup, es-tu là ?

       Si tu n'y es pas

       Tant pis pour toi.

 

Mon bel animal ne ratait jamais nos rendez-vous. Comme j'aimais son poil noir et brillant, ses yeux

qui me dévoraient déjà, ses dents blanches quand il riait ! Peur de mon loup ? Jamais. Je me laissais embrasser, lécher, mignarder.  Tout. J'acceptais tout de mon loup. Et quand il me disait : « tire la chevillette, tire la chevillette », j'obéissais, ravie. Pour finir mon loup me croquait toute.

 

Je vivais dans un monde merveilleux. J'en rêve encore. Alors, l'anamnèse, vous pensez bien : c'est du pain béni pour moi. Merci Walrus ! 




Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : ,

30 novembre 2019

Histoire de truffes (Yvanne)


        — Té, Paulo ! Ça va ?
        — Adi Jacky ! Non, ça va pas p'tain !
        — T'es malade ? Tu es blanc comme un cabécou.
        —  Eh non, je suis pas malade. Quoique, si. Malade de rage tiens.
        — Oh ! Qu'est-ce qui t'arrive ?
        — Ma truffière p'tain. Elle a été visitée encore une fois cette nuit. Et drôlement cavée.   
      
Les deux copains se dirigent d'un bon pas vers la Vigne Haute pour constater les dégâts. Ils  suivent sur le causse, un chemin encore bordé de murailles en pierres sèches à demi-écroulées. Personne n'a songé à changer le nom de la parcelle. Autrefois, avant que le phylloxéra ne fasse des ravages, cette terre produisait un vin réputé dans toute la région. Aujourd'hui, son exposition, son sol caillouteux, « brûlé » dit-on parce que pas un seul brin d'herbe n'y pousse, favorisent le développement du célèbre tubercule que l'on appelle « le diamant noir. »

La truffière de Paulo s'étend sur une bonne trentaine d'ares, plantée de chênes rabougris, branchus depuis le pied, qu'il faut élaguer souvent pour laisser de la lumière aux tubercules. Une belle truffière. Qui « donne bien. »
        — Regarde Jackie. Il n'a même pas pris la peine de reboucher les trous ce salaud. Je comptais sur la vente pour me fournir en nouveaux plants et cultiver la terre de Peyrefiche. C'est foutu. Bordel de bordel.
        — Il n'a pas eu le temps d'aller jusqu'au bout du champ. La mouche se promène. T'en fais pas mon Paulo, il en reste encore, va !
        — Je suis à peu près certain que le Louis de Cantegril a fait le coup. Il paraît que son chien a un nez formidable. Pourquoi l'a-t-il dressé : il ne possède pas le moindre petit bout de truffière ? Il chaparde. Il paraît qu'il fournit certains restaus de Sarlat en douce. Je vais le tuer ce con. Cette nuit, je viens avec le 16. Je te jure Jacky : s'il se ramène, je le descends.
        — T'es fou ? Je vais t'accompagner ce soir. J'ai une bien meilleure idée. Je le connais le Louis : une paille en croix, il rentrerait sous terre. On va lui foutre la trouille...
          
En fin d'après midi, Jacky arrête son 4/4 devant chez Paulo. Tout fier de sa trouvaille, il brandit sous le nez de son pote un bras terminé par une main, le tout plus vrai que nature.
      — Hein ? Qu'est-ce que tu veux faire de ce truc ? T'as trouvé ça où ?
      — T'occupe ! J'ai déniché l'affaire chez mon voisin, le sculpteur parisien. On va rigoler.

La nuit venue, juste assez claire pour encourager le malfrat, les deux comparses se rendent à la truffière. Ils n'attendent pas longtemps. A peine Jacky caché derrière la grosse pierre servant au bornage et Paulo à l'affût dans le bois qui jouxte la parcelle, un bruit de pas sur le chemin les alerte.
Un homme, grand et sec, coiffé d'un chapeau lui couvrant presque tout le visage s'avance prudemment. A son épaule pend une musette. Son corniaud lui emboîte le pas. Il s'agit bien du Louis. Le chien, subitement, s'écarte et fonce sur le gros os de bœuf que Paulo a pris soin de poser en bordure du champ. Louis l'appelle doucement mais la bête se régale et feint de ne pas entendre.

En grommelant, le voleur se dirige droit vers la partie qu'il n'a pas explorée la veille. Comme l'avaient prévu les deux amis, il commence à creuser en reniflant chaque poignée de terre, juste sous le chêne, à côté du bornage. Soudainement, il se redresse, recule, tombe, hurle pendant que le membre en plâtre que Jacky brandit au bout d'un bâton s'agite sous son nez. Il bondit dans les broussailles comme s'il avait le diable aux trousses oubliant son couvre-chef, son sac et son chien.
        — Il va avoir une attaque plaisante Paulo.
        — Ça l'apprendra à nous prendre pour des truffes ce cochon !
    
 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : ,