05 janvier 2019

Les deux bouts (Vegas sur sarthe)

 

« Allo... le service après-vente Macaroni ? »
« Oui, Ettore Maccheroni en personne... arrière-arrière-arrière-petit-fils de l'inventeur et fier de lui parce que je le vaux bien et parce que... »
« Hum... laissez tomber, c'est pour une réclamation »
« Oui je sais, enfin je me doute parce que nous en recevons pas mal depuis quelques mois... mais dites toujours »
« … toujours »
« Non, je disais Dites toujours ce qui vous amène à réclamer »
« Il s'agit des pâtes »
« Ah ? »
« Vous semblez surpris ? »
« Non mais on nous appelle parfois à propos de l'emballage alors qu'on a mis le paquet là-dessus »
« Non, il s'agit des bouts »
« Des bouts ? »
« Oui, des bouts de pâtes. Il faut vous dire que ma femme et moi nous avons du mal à joindre les deux en fin de mois alors on mange exclusivement des pâtes»
« J'en suis ravi, je dirais même ravi au lit... oh oh... ah ah... euh... pardon, revenons à vos bouts de pâtes »
« Oui, notre rituel à Germaine et moi c'est de manger nos pâtes à la manière de la belle et du clochard »
« Laissez moi deviner... la belle c'est Germaine ? »
« Oui mais là n'est pas le problème, et ne cherchez pas à être désagréable. D'habitude nous aspirons chacun une pâte dans notre unique assiette en souhaitant ardemment que nos deux bouts appartiennent à la même pâte »
« Vous aimez les jeux de hasard ? »
« Non, nous sommes juste romantiques »
« Ah ! Le romantisme de nos pâtes... ça pourrait faire l'objet de notre prochaine campagne publicitaire »
« Hum... à propos de publicité, je ne souhaite pas vous en faire une mauvaise mais dans le paquet que nous venons d'acheter il n'y avait que deux bouts ! »
« Que deux bouts ? Et entre les deux bouts il y avait bien de la pâte ? »
« Oui, évidemment »
« Vous me rassurez parce que deux bouts de rien, c'eut été catastrophique pour notre image de marque»
« Bref, tout ça pour vous dire que le jeu était faussé puisqu'on a fatalement partagé la même pâte »
« Je comprends... plus de suspense, plus de romantisme. Germaine était déçue...»
« Plus de suspense, passe encore mais une pâte de quatorze mètres de long à engloutir sans respirer... vous devriez essayer pour voir. Bref, j'ai dû emmener Germaine aux urgences pour une syncope ! »
« Hum... et avant de la cuisiner vous n'avez pas songé à la couper en morceaux ? »
« Cuisiner et découper Germaine ? Vous avez des idées radicales chez Macaroni »
« Je parlais de la pâte »
« Non, la courte paille c'est moins romantique... et puis c'est votre travail de les couper, c'est bien ce que je vous reproche »
« Je vois, ça doit venir d'Ornella »
« Ornella ? »
« Ornella c'est notre stagiaire au poste de coupeuse de pâtes ; elle remplace notre championne absente pour cause de maternité. Vous la verriez découper ! Ca fait peur !»
« Et votre championne qui fait peur, elle accouche quand ? »
« Hum... tout ce qui touche à notre secret de fabrication doit rester confidentiel »
« Ah oui ? Et tout ce qui touche à la santé de Germaine ? Vous vous en foutez ? »
« Hum... je pourrais essayer d'en parler à Ornella »
«Comment ça... essayer de lui parler ? »
« Hum... C'est une sicilienne et vous savez, ici on prend des pincettes avec les siciliennes »
« Ah ? Si en plus vous utilisez des pincettes, je comprends que le produit en pâtisse ! »
« En pâtisse... oh oh... ah ah... euh... pardon, revenons au sujet. Vous me soufflez là une belle idée de pâte unique de quatorze mètres de long ! Ca pourrait faire un tabac»
« Faites-en du tabac si vous voulez mais j'attends de vous un geste commercial pour le préjudice causé à Germaine »
« Comment va t-elle ? »
« Désolé... top secret ... on ne demande jamais à Germaine comment elle va... Germaine elle va, c'est tout »
« Je vois, c'est comme ma Filomena qui... »
« Désolé, ne dites pas C'est comme... car personne n'est comme Germaine »
« Je vois »
« Non, vous ne voyez pas... alors, ce geste commercial ? »
« Justement, bien que ce soit une bonne pâte il faut que j'en parle à Filomena »
« Elle n'est pas sicilienne au moins ? »
«Désolé... tout ce qui touche à nos secrets de famille doit rester confidentiel »
« Je comprends, donc pour le geste... »
« Je vous ferais bien un bras d'honneur mais je tiens le téléphone »
« Je comprends, c'est la même chose pour moi »
« Alors, au revoir »
« Au revoir »

 

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29 décembre 2018

« J'ai vos dents ! » (Vegas sur sarthe)


« Grand-mère, que tu as de grandes dents » dit la fillette en retirant son gilet jaune.
« Je te reconnais maintenant» répondit le loup « tu es le chaperon rouge du conte »
« Tu débloques mémé, je ne suis pas du comte » reprit la fillette « mais de ma mère qui elle-même est de toi mère-grand ! »
« En tout cas j'ai les crocs» répondit le loup.
« Grand-mère, que tu as de grandes dents » insista la fillette.
« J'ai vos dents, j'ai vos dents » précisa le loup natif de Marvejols et fier de l'être.
« Grand-mère, que tu as un gros cul» reprit la fillette.
« C'est pour mieux lâcher des pets de loup ! » ironisa le loup.
« Je préfère tes pets de nonne » répliqua la fillette «justement je t'apporte ici un petit pot de beurre pour ... »
« Ton beurre ne vaut pas un pet de lapin» interrompit le loup « tout le monde sait comment ça finit en fin de conte »
« C'était bien la peine que je me décarcasse » pleurnicha la fillette en remettant son gilet jaune.
Le loup tenait à son chaperon rouge et, sentant son repas et la fin du conte lui échapper il sauta du lit.
« Attends » cria t-il au chaperon jaune « j'ai ici quelques vesses pour ta mère »
« Des sacs à poussière ? » répondit le chaperon jaune « tu peux te les garder »
« Alors emporte au moins ces pets d'âne » insista le loup en saisissant une brassée de grands chardons piquants.
« Tous ces pets m'ont incommodée» répliqua le chaperon jaune en se dirigeant vers la porte pour aérer la masure « et puis... que tu as de longs poils ! »
« Je ne m'épile jamais en hiver » répondit le loup en récupérant la chevillette mais la fillette tenait serrée la bobinette dans son chaperon et la porte s'ouvrit sans peine.
« Tu devrais songer à t'équiper d'un digicode, great-mother» lança la fillette en détalant.
« Un digicode ? » s'interrogea le loup « encore une invention à filer des boutons » ...

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22 décembre 2018

Feu follet (Vegas sur sarthe)

 

Elle est arrivée un soir sans lune sur la Korrigane, un ancien brick-goélette qui s'empala à grand bruit sur la jetée, ameutant la maréchaussée et toute la bourgade.
Mon estaminet s'était vidé d'un coup de tous ces curieux avides de faits divers et je m'apprêtais à fermer boutique quand une petite fée malfaisante est entrée en ruinant mon parquet, ruisselante d'embruns.
Je l'ai aussitôt reconnue à son regard espiègle et à ses oreilles pointues qui saillaient de sa chevelure hirsute parsemée de varech; les anciens m'en avaient souvent parlé aux veillées mais j'en voyais une pour la première fois... c'était ma première.
D'une seule main j'aurais fait le tour de sa taille tant elle était fine mais comme je m'approchais un peu trop elle se mit à siffler comme font les hommes en haut du nid-de-pie si bien que je restai planté derrière mon bar.
Comme elle ouvrait la bouche, sa voix se mit à couler telle une source d'eau claire, pourtant elle n'avait demandé qu'une bière mais d'une façon si charmante...  le charme, c'était ça le piège retors, le traquenard et j'y étais tombé à la seconde où elle était entrée ici.
Mary Morgan, Feu follet, Croquemitaine, je récitai ma carte en bredouillant, évitant de citer la Korrigane, une Red ale aux saveurs terreuses et maltées dont le seul nom risquait de la mettre en colère si ce n'était déjà fait.
Au nom de Feu follet, ses yeux d'un rouge lumineux s'étaient éclairés plus encore, aussi lui servis-je en tremblant un grand bock de cette bière épicée et ambrée comme sa peau.

Elle vola jusqu'au le bar pour se poser sur un de mes grands tabourets, découvrant deux ravissants pieds de bouc que je lorgnais dans le miroir située derrière elle.
Par quel sortilège pouvait-elle à la fois être si petite et si bien proportionnée ?
J'aurais lutiné ses petits seins sur le champ tandis qu'elle décorait sa bouche d'une épaisse mousse blanche qu'on eut dit la mère Noël...
Elle devait savoir lire dans mes pensées lubriques car ma jolie korrigane se mit à se trémousser langoureusement tout en descendant sa bière à grandes gorgées bruyantes.
J'avais si chaud que je m'en servis une mais elle me la subtilisa avant que j'aie pu y tremper mes lèvres.
Ses doigts aux ongles noirs et crochus s'accordaient si bien avec ses petits pieds de bouc que je n'y pris pas garde.
Ses yeux rouges avaient viré au sombre et la voix de source claire se fit plus rauque.
Je ne parlais pas un mot de breton, pourtant je comprenais sa langue... elle était née en 1915 – le même âge que le vieux brick – commerçait des potions de ronds de sorcière, des élixirs de jouvence et des philtres d'amour mais vivait avant tout des largesses des hommes qu'elle envoûtait.
Je n'en retins pas plus car ayant posé sa menotte aux doigts crochus sur mes mains tremblantes, je vis le plancher monter vers ma tête à toute vitesse.

Autour de moi je reconnus Gwenael et Kilian ainsi que la mère Guézennec qui m'appliquait des sels sous le nez.
« Tu r'viens de loin » dit-elle alors que j'ouvrais les yeux tout à fait.
« Sers-lui une Korrigan ! Il a les yeux tout rouges» lança Gwenael à Kilian.
« Y'en a plus » hurla Kilian, horrifié... de mémoire on n'avait jamais manqué de Korrigan un seul jour au village. 

 

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15 décembre 2018

Comment détacher la barre des tâches (Vegas sur sarthe)

 

« Dis mon biquet, comment on fait pour détacher la barre des tâches ? »
Germaine a le don de m'interrompre au pire moment de mon sudoku quotidien, celui où je me demande pourquoi il y a deux 9 dans le dernier carré !
« Pourquoi tu veux détacher la barre des taches ? »
Elle tourne vers moi l'écran de cette ancienne bécane que je lui ai refilée l'an dernier et qui tournicote sous Windows 95.
« Euh... je sais pas, je suis les conseils d'un geek sur internet qu'a l'air de toucher sa bille et qui pisse du code à longueur de temps»
« Tu devrais essayer le vinaigre blanc»
Germaine ouvre des yeux ronds : « Hein ? »
« Laisse tomber bichette, c'est une blague »
« Ah ... Et tu trouves pas bizarre qu'il me dise aussi qu'il manque un pilote ? »
« Oublie ça bichette, y'a qu'un pilote dans cette maison, c'est moi »
Germaine jette un regard langoureux à l'homme de la maison puis fronce les sourcils : »Maintenant il me demande de fermer tous les onglets ! »

Je referme ma tablette sur cet insoluble sudoku et soupire : »Tes onglets, ils les vendent au kilo-octet ? Tu serais pas sur un site de cuisine par hasard ? »
« Hein ? »
J'éclate de rire : « Je m'demande si ton onglet n'vient pas d'un cheval de Troie »
«Te moque pas biquet, c'est un site sérieux qui éradique les malouères mais je sais pas encore si c'est mon firmouère ou mon hardouère qui est malade... »
J'ignorais que ma Germaine possédait des trucs en ouère : « Comment tu m'parles maintenant, bichette ? »
Germaine se rengorge : »Tous ceux qui sont connectés parlent comme ça aujourd'hui, Môssieur»
« Ah bon ? »
Quand Germaine maîtrise un sujet, elle sait me le faire savoir : « Oui... sais-tu que quand ça plante il faut faire risette ? »
« Je croyais que quand ça plantait on faisait la gueule... »
Justement Germaine commence à faire la gueule : «D'ici peu tu voudras bien m'appeler client-serveur, s'il te plait»
« Client-serveur ? T'as déjà vu quelqu'un être serveur et client en même temps ? »
« En informatique, c'est possible, Môssieur ! Je suis sûr que tu ignores qu'il y a des ROMs dans un ordi» me lance t-elle.
« Mais les ROMs sont partout Madame ! On aura tout vu, c'est le pire du pire ton affaire »
Germaine me reprend de volée : « Pire tout pire ! On dit pire tout pire ! »
« Si tu veux bichette »
« C'est pas si je veux, c'est comme ça, tu vas devoir upgrader ton langage»
« O.K. Bichette... en tout cas tu te débrouilleras toute seule pour détacher la barre des tâches de ton usine à gaz»
Germaine explose : « L'usine à gaz, c'est toi qui me l'a refourguée pour t'acheter une tablette, alors reste dans ton monde Monsieur Je sais tout »

Je rouvre ma tablette tandis que Germaine file à la cuisine chercher un détachant ...

 

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08 décembre 2018

Péché original (Vegas sur sarthe)

 

« Au commencement Dieu créa le ciel et la ter... »
Adam tomba de son hamac : « Tu vas pas remettre ça !»
Pour la douzième fois, Eve reprenait son livre de chevet en quête d'une réponse : « Je le lirai tant que je n'aurai pas trouvé l'adresse pour mes escarpins ! »
« Quels escarpins ? »
« IL a créé les loups et les bouquetins... mais je ne vois rien sur l'histoire des loup-bouquetins »
« Quels loups bouquetins ? »
« Je parle de ces jolis escarpins que j'ai vu dans Genèse Magazine et qui iraient si bien à mes petits pieds parce que je le vaux bien »
Adam remonta dans son hamac : «Et c'est pour des godasses que tu me ruines ma sieste ? »
Eve reprit sa lecture en chantonnant : « Eve lève-toi et danse avec la vie

L´écho de ta voix est venu jusqu´à moi... »
Adam bougonnait : « T'as pas encore pigé que le loup a bouffé le bouquetin ? »
La soirée à l'Eden approchait et elle n'allait tout de même pas y aller pieds nus.
Il y avait bien ce Nahash, un serpent qui vendait tout et n'importe quoi ; c'était bien le diable s'il ne lui dénichait pas une jolie paire de chaussures à talons aiguilles et semelle de cuir rouge pomme …

 

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01 décembre 2018

Y'a bon Hula Hoop (Vegas sur sarthe)


Collez-serrez-vous un cerceau sur la croupe
Esquissez un zouk, une biguine de Guadeloupe
On sent déjà le vent en poupe
Voyez comme ça chaloupe
Yom... Dé... Twa... on s'attroupe
Cé bon !

C'est ça le Hula Hoop

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24 novembre 2018

Les gros blancs (Vegas sur sarthe)

 

Aujourd'hui les migrants qui sont aussi mes confrères et consœurs – puisqu'on est hermaphrodites – arrivent tout droit et à toute pompe des pays de l'Est.
Je mets 'toute pompe' au singulier puisqu'on n'a qu'un seul pied et si pour nous c'est singulier pour un lecteur bipède c'est curieux...
Je ne sais pas à quoi sont dopés ceux qui viennent de l'Est pour courir si vite alors qu'ils sont lestés aux métaux lourds mais on ne m'ôtera pas de l'idée qu'ils ne bavent pas comme nous ;leur bave a une drôle de couleur, façon Tchernobyl.
Ils sont polonais ou roumains – bref, c'est des Roms comme dirait mon disquaire – alors fatalement notre label “Escargot de Bourgogne” a perdu de sa superbe et n'est plus qu'une coquille vide.
L'autre jour j'ai croisé une jeune slimak polonaise – là-bas ils disent pas escargot mais slimak – elle venait de Krazin en Mazurie et m'a abordé au prétexte qu'elle cherchait un toit alors qu'elle en avait un sur le dos; elle ne faisait même pas la taille réglementaire alors j'ai préféré l'ignorer de peur d'être accusé de détournement de mineure.
Par contre il parait qu'en Floride les escargots géants d'Afrique sont si gros qu'ils ne tiennent pas dans la main.
Les escargots d'Afrique sont-ils farcis au beurre noir? Je cherche encore la réponse.

Autrefois mes aïeux naissaient, vivaient et mouraient chez nous, je veux dire ici sur les rives du canal de Bourgogne, ou dans les rangs de vigne ou dans un potager, un vrai potager avec de vraies salades où on venait nous cueillir avec délicatesse sauf entre avril et juin où on nous foutait une paix royale.
C'était notre jungle à nous et bien avant que les pesticides ne viennent nous empoisonner la vie en semant la mort, on y vivait comme des sauvageons, des rustres, des bêtes à cornes herbivores, des buffles, des gnous... d'accord, j'ai un peu exagéré.
Faut dire que les malheureux qui fréquentaient les rangs de vigne ont beaucoup souffert du sulfatage car entre l'escargot et le mildiou, les viticulteurs avaient choisi le mildiou et sorti la sulfateuse à bouillie bordelaise.
De la bouillie bordelaise en Bourgogne! Si c'est pas un sacrilège, ça.
Notre PDG, le Pape Des Gastéropodes avait bien tenté – toutes cornes dressées – de s'insurger contre cette ignominie auprès des autorités mais il avait fini tout naturellement... au beurre persillé.
Je sens bien que la recette vous intéresse, alors la voilà mais ne la refilez pas à n'importe qui : échalotes, ail, persil, sel, poivre et une noix de beurre. Farcissez-nous la baraque!
Et la crémation, ça vous intéresse, alors voilà : Thermostat 8, ni plus, ni moins, j'insiste sur le 8 car c'est du grand art, du niveau Top Chef et pas du bricolage.
Ça vous fait baver, hein? C'est bien normal... nous aussi.

Au moins, nous les Gros Blancs survivants on savait mourir dignement, gastronomiquement, gastéropodiquement dans ce grand plat de cagouilles servi pour les enterrements.
Que vous le croyiez ou non, on nous servait religieusement persillés avec un sachet de cendres pour la cuisson, en hommage aux cendres du défunt et ça finissait toujours en chantant comme pour un banquet de vendanges ou un mariage.
On fêtait la mort jovialement et pour conjurer ce funeste sort qui vous flanque pour l'éternité au fond d'un cimetière communal il y avait toujours un gai luron pour dérider la famille en deuil avec ce bon mot : ”Si haut qu'on monte, on finit toujours par des cendres”, il y avait toujours un violoneux ou un accordéoneux pour mettre l'ambiance et lancer le ban bourguignon, vous en avez entendu parler... «Lala, lala, lalalalalère...», cinq notes, deux onomatopées, neuf claquements de mains... non ?
Laissez tomber, je vous raconterai ça une autre fois car j'aperçois un groupe de migrants patibulaires qui tournent autour de mon pissenlit :”Bas les pattes!!”

 

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17 novembre 2018

Ménil'muche (Vegas sur sarthe)


Elle me trouvait beau, je la trouvais baluche
avec ses falbalas, breloques, bagatelles
des trucs à attirer toute une clientèle
alors entre ses mains elle a pris ma paluche

Elle était de Colmar, ville des flammekueche
on est allés manger sa pizza à la con
elle, penchée vers moi, c'est Noël au balcon
je la trouvais soudain craquante ma greluche

On a fait ce qu'on fait dit-on à Ménil'muche
elle m'avait parlé d'une friche enchantée
que sans hésitation je devais visiter

L'endroit était orné d'une frivolité
que je n'osais froisser quand sans ambiguïté
en deux temps trois mouv'ments elle fut à poiluche

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10 novembre 2018

Le grand médium (Vegas sur sarthe)


De tous temps c'est à dire depuis l'Homme de Chromosome, l'ectoplasme a existé et enflammé les hommes ; ectoplasme, mycoplasme, sarcoplasme, protoplasme... il est grand temps de faire la lumière sur ces étranges phénomènes. (Tous ces noms sont authentiques)

L'ectoplasme est une manifestation produite par un médium au cours de séances de spiritisme.
Plus le médium est spirituel et plus nombreuses sont les manifestations.
Un médium est une personne du milieu – ni trop à gauche ni trop à droite – sensible à des influences non perceptibles par les fainéants et ceux qui ne sont rien.
Numériquement, un ectoplasme vaut 150 plasmes selon les manifestants et 10 plasmes selon ceux qui le dispersent.
Depuis le 14 mai 2017 nous possédons un médium très très spirituel puisque c'est plus précisément lui qui nous possède au moyen d'une poudre magique dite de Perlimpinpin et de carabistouilles.
Sauf exception ses séances de spiritisme ont lieu chaque mercredi.
En état de transe il est capable de faire tourner les tables, un phénomène appelé « remaniement ectoplasministériel ».

Les physiciens spécialisés en manifestations ont pu isoler deux substances accompagnées d'une odeur d'ozone : une substance liquide dite canon à eau et une substance gazeuse dite lacrymogène.
L'ozone troposphérique ou ''mauvais ozone'' ou « ozone du peuple » est engendré par la pollution et doit être combattu à coups de ministres de la Transition éctologique et solitaire.
Les perturbateurs sont dits endoctriniens quand ils sont endoctrinés par les réfractaires au médium ; on les distingue à leurs cris stridents parmi lesquels « bachi-bouzouk », « moule à gaufre » voire « ectoplasme » lui-même.
En dernier recours l'ectoplasme se soigne au cataplasme, remède qu'on applique à chaud ou à froid sur la peau au moyen d'une matraque télescopique et thérapeutique.
Les ectoplasmes d'été s'appellent des mycoplasmes reconnaissables à leur bâton glacé bourré de bactéries ; les mycoplasmes se reproduisent en dehors des cellules avant d'y être conduits au moyen des agents susdits.

De 2007 à 2012, les ectoplasmes portaient le nom de sarcoplasmes en référence au petit médium de l'époque.
Les protoplasmes sont des prototypes d'ectoplasme développés in petto par des médiums insoumis qui rêvent d'être médiums à la place du médium.
Le médium se tient sur un socle dit « socle électoral », soutenu par des cadres et calé au moyen de béquilles dites « bénéfices du doute » ; tout le jeu consiste à faire chanceler – et non pas Chancelier – le médium.

Tout le monde peut jouer...
 

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03 novembre 2018

À Daguerre comme à Daguerre (Vegas sur sarthe)

 

Ce matin en quittant la place du Pont-Neuf, Monsieur Bourgeois se hâtait de rentrer au logis, serrant sous son bras le précieux colis, un daguerréotype commandé à la célèbre maison Lerebours pour célébrer les quarante ans de son épouse Mathilde Bourgeois née Trottefort.
Mathilde s'était prêtée deux semaines plus tôt – fastidieuse séance de pose dont elle était revenue fourbue – au rituel que nécessitait ce nouveau procédé photographique dont le Tout-Paris daguerréophobe raffolait.
Monsieur Bourgeois y voyait là le moyen de moderniser la galerie des affreux tableaux de famille et d'offrir à ses hôtes la preuve irréfutable de son ascension sociale et de son éclatante modernité.

Comme chaque quinzaine Madame était partie visiter sa mère en province et Monsieur Bourgeois trépignait à l'idée de découvrir le résultat avant de l'offrir à Mathilde à son retour.
Il ne fut pas déçu du voyage en découvrant avec ahurissement sa Mathilde sous un jour nouveau.
Il fut d'abord tenté d'essuyer le verre avec ses doigts afin de chasser cette image cauchemardesque mais un daguerréotype nécessite d'être manipulé avec d'infinies précautions.
Assurément, un employé de Lerebours avait commis une boulette en préparant le paquet.

La scène n'avait rien à envier aux sulfureuses bacchanales de Titien et Monsieur Bourgeois put s'émerveiller de la netteté du cliché quand on sait que les sujets avaient dû garder la pose dans des attitudes pour le moins scabreuses pour les uns et et acrobatiques pour d'autres.
Bien évidemment il reconnut sa Mathilde cramponnée au photographe lui-même entrepris par la veuve Campion, leur voisine du 3ème étage !
A leurs côtés s'exhibaient deux monstres difformes dont il était impossible de dénombrer les paires de bras et de jambes si tant est qu'il y eut des paires complètes...
Pour le reste, bien des protagonistes étaient masqués et il eut fallu les connaître plus intimement pour parvenir à les identifier aux seuls indices apparents qu'étaient les croupes rebondies ou les toisons hirsutes.
Il crut malgré tout reconnaître le sacristain de l'église Saint-Roch à sa panse rebondie et à sa moustache de brigadier qu'il avait tout d'abord confondue avec une toison pubienne.
Le décor fait de rideaux drapés et le mobilier luxueux faisaient pâle figure comparés à la brillance argentée des corps enchevêtrés qui soudain s'animèrent !

Dans les mains de Monsieur Bourgeois la plaque sous verre insérée dans son écrin décoré d'angelots potelés s'était mise à trembler, donnant vie à cette scène effarante à laquelle il lui semblait qu'il participait malgré lui!
Monsieur Bourgeois poussa un râle, cherchant désespérément ce chignon revêche et cette bouche pincée qui caractérisaient Mathilde mais il n'y vit qu'extase, pâmoison et aussi le gros « petit-oiseau-qui-va-sortir » de Lerebours, cet attribut qu'affectionnent tant les photographes et qu'ils promettent à leur sujet à l'instant de presser le bouton magique...

Un fracas se fit entendre dans la galerie des tableaux de famille où l'un d'entre eux – chargé de courroux et de regards accusateurs – venait de se décrocher en signe de protestation.
Monsieur Bourgeois en échappa la plaque sous verre qui se brisa en deux sur le parquet ; le corps décapité, Mathilde gardait encore cet air béat qu'ont tous ceux qui se font tirer le portrait pour la toute première fois.
Il n'empêche que ce Lerebours forçait l'admiration par une précision dans la restitution des détails qui révélait jusqu'au minuscule tatouage sur la fesse droite de la veuve Campion du 3ème étage... un détail dont Monsieur Bourgeois n'avait pas souvenir et qu'il se faisait fort d'examiner à la prochaine occasion.
Sans doute ignorait-il que le procédé inventé par Daguerre inversait l'image et que c'était la fesse gauche de la Campion qui se trouvait tatouée.
Monsieur Bourgeois poussa un soupir de soulagement : le daguerréotype – merveille de technologie – avait la singularité d'être unique et de ne pouvoir être reproduit ou dupliqué d'aucune manière... ainsi personne ne verrait jamais ce qu'il venait de voir, du moins l'espérait-il.

Ayant réduit en miettes l'objet du scandale avec la pointe de sa canne, Monsieur Bourgeois quitta son appartement, évitant au passage le tableau de famille déconfit et prit la direction du 3ème étage... on allait voir ce qu'on allait voir et – jamais en peine d'un bon mot – il songea « à Daguerre comme à Daguerre ».

 

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