Le défi du samedi

Tous les samedis, un nouveau défi!

05 juillet 2008

Le corps face à l’esprit (Vanina)




J’oublie…
Depuis « ce coffret » roulant métallisé :
J’ai oublié.

J’ai oublié la simple sensation du pied posé au sol.
J’ai oublié l’effet de picotement du sable chauffé au soleil se glissant entre les orteils, chatouillant la voûte plantaire.
J’ai oublié ce qui titille chacun plusieurs fois par jour, le gratouillis, le fourmillement, la douleur (?) d’une vessie pleine.
J’ai oublié la place des mes jambes dans l’espace, la souffrance d’une cheville tordue, etc.

J’ai oublié mes impressions de cavalière : le talon baissé, le genou fixe, le mouvement du bassin qui permet de garder l’assiette.
Je les ai oublié … je les avais oublié !
Je les avais oublié … jusqu’au jour où je suis montée sur un cheval mécanique.
Et mon corps s’est souvenu.
J’ai pris mes marques, je me suis sentie à ma place, bien dans la totalité de mon être.
Les personnes présentes se sont étonnées de ma prestation, de cette mémoire du corps.

Malgré ce « coffret » roulant métallisé, il y a la vie !
Pourtant j’avais oublié, j’ai oublié, j’oublie…

Posté par pitchval à 12:00 - Vanina - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 juin 2008

En fer et contre tous - Vanina

Laure a plutôt une imagination fertile, doublée d’un sens de l’humour parfois peste. Elle a surtout un caractère indépendant.

 

Suite à une lettre de candidature spontanée à laquelle elle a joint un CV, elle a obtenu un rendez-vous pour un entretien d’embauche.

Elle se rend donc le jour dit à l’adresse de la société, et se retrouve au pied d’un immeuble de la banlieue parisienne. Ses renseignements sont exacts, pas de marches, et l’ascenseur n’est pas en panne !

Arrivée à l’étage désiré, juste à l’heure, elle frappe à la porte du bureau que la secrétaire lui a indiquée. Elle ouvre la porte sur invitation et se présente en entrant. En retour, elle se prend en pleine tête une phrase pleine de reproche : « Vous ne m’aviez pas dit que vous étiez en fauteuil roulant. » Trouvant la réflexion mal placée à la limite de la discrimination elle répond du tac au tac en regardant son interlocuteur droit dans les yeux : « Vous ne m’aviez pas dit que vous portiez des lunettes ! »

Laure est souvent comme ça, plus pertinente qu’impertinente. Vexée, il lui arrive d’avoir la repartie assassine, lorsqu’elle arrive à surmonter sa timidité.

Sur ce, elle est partie, sans doute pour que personne ne voit les larmes qui montaient dans ses yeux. Elle n’a pas été retenue.

 

Ce soir là, en rentrant chez elle, furibonde, elle a commencé cette lettre de motivation qu’elle n’a finalement jamais finie, mais qu’elle garde précieusement sous le nom de fichier : motiv00.

 

« objet : candidature spontanée maquettiste-infographiste

 

Madame, Monsieur,

 

Je suis veuve et j’ai un enfant à charge, de plus je suis paraplégique, et pour compléter le tableau, j’ai décidé d’entrer dans la vie active ! J’ai fait de longues études, celles dont j’avais envie, j’ai élevé mon fils qui commence à être grand maintenant, il me reste donc à trouver un emploi.

Or, devant un écran mon handicap ne paraît pas.

 

En fait, ma différence fait ma force. Les trois mots-clefs tant prisés par les entreprises : adaptabilité, flexibilité et mobilité, je les vis au quotidien. J’ai des compétences, du sérieux et de l’originalité, il ne me manque que le travail qui va avec.

Alors pourquoi ne pas m’accorder un entretien ? »

 

Elle a finalement choisi la modération et a ajouté, à regret, une ligne à la fin de son CV :

« Reconnaissance COTOREP : travailleur handicapé 100 % »

 

Cela lui est égal de savoir qu’elle perd des chances d’obtenir un entretien d’embauche. Son problème finalement, c’est de vivre en « milieu ordinaire » et de ne pas se sentir différente des valides… valide comme elle l’était jusqu’à 16 ans.

Et comme elle le sera pour toujours dans sa tête.

 

Posté par Janeczka à 12:00 - Vanina - Commentaires [28] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 avril 2008

Courrier de Vanina

Ce samedi, je rentrais de faire quelques courses pour recevoir des amis le soir même. Dans le hall de mon immeuble, je passais devant les boîtes aux lettres. Comme il m’arrive de le faire occasionnellement, je prenais le temps de retirer mon courrier.
Par habitude sans doute, je ne prends jamais mon courrier lorsque je sors de l’immeuble ; à quoi bon m’en encombrer ! Du fait de la disposition des lieux, si j’utilise ma voiture, ce qui est le cas le plus fréquent, je prends l’ascenseur pour me rendre au garage et je ne passe pas devant les boîtes aux lettres.
Ce jour-là donc, je décidais de lever mon courrier.
A part des pubs et quelques factures, recevoir des lettres est de plus en plus rare dans notre société de téléphonie et de messageries électroniques.
Mais là, j’avais un brelan !
- Une lettre de mon percepteur : pas de doute, il acceptait ma demande d’échelonnement. Pas besoin d’ouvrir l’enveloppe, c’était acquis.
- Une de mon médecin : une confirmation écrite du diagnostic oral fait lors de mes dernières radios … rien de nouveau. Je ne voyais pas ce que cela pouvait être d’autre.
- Et une troisième anonyme « extérieurement ». Sur l’enveloppe tramée, un peu épaisse, l’écriture manuscrite était élégante et déliée et la personne avait pris le soin de mettre un joli timbre de collection.
Je me réjouissais à l’avance du contenu de cette lettre d’un autre âge : tout allait bien.
Si récupérer mon courrier n’a rien d’urgent, l’ouvrir l’est encore moins !
J’aime prendre mon temps, pour ouvrir, pour lire, d’ailleurs je ne déchire pas les enveloppes, j’utilise toujours un coupe papier ou un ouvre lettre ; je ne suis pas apertopapyrophile pour autant.
Une fois à l’appart., je déposais les lettres sur mon bureau. Puis, je vaquais à mes préparatifs pour la soirée.
Lorsque ma première invitée arriva, je n’avais toujours pas ouvert les enveloppes.
Ce n’est pas grave, pensais-je en apercevant le courrier sur le bureau : je l’ouvrirai demain … ou plus tard !

Posté par pitchval à 09:00 - Vanina - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 avril 2008

Le pacte…- ou pauvre Guillemette - Vanina



C’est la fin des vacances, Lancelot et Guillemette, inséparables depuis quinze jours, sont dans leur cabane de branchages, à l’abri des adultes indiscrets.

- Bientôt je vais rentrer dans ma maison à Paris, annonce Lancelot.
- On ne va plus se voir !? s’inquiète Guillemette.
- Peut-être l’été prochain, si tu reviens ? Moi je viens tous les ans, ici, à la ferme.
- Je ne sais pas… Mais si on ferait comme dans mon livre : un pacte de sang ?! Plus rien ne pourrait alors nous séparer, propose la petite fille les yeux brillants.
- J’ai entendu dire que partager un secret était le plus fort de tous les pactes, surenchérit le petit garçon.
- Plus fort que le mélange des sangs ?
- Voui…
- Alors si nous partagions un secret ?!... s’enthousiasme la fillette sans doute rassurée de ne pas avoir à se couper une veine.
- J’y ai beaucoup réfléchi…, confie Lancelot d’un ton sérieux, presque mystérieux, les sourcils froncés.
Puis, il enchaîne dans un souffle : « Quand je serai grand … j’épouserai ma Maman ! »

Posté par pitchval à 09:01 - Vanina - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 avril 2008

Elle gît dans son incompétence - Vanina

Mme Lagerbe a été retrouvée morte chez elle, dans d’étranges et d’atroces circonstances.
Le Commissaire Flers, à peine arrivé sur les lieux, déclara :

« Elle a été suivie et l’homme s’est introduit chez elle dans son sillage. M. Poisse, c’est son nom, a été pris de colère lorsqu’elle lui a remis, un sourire moqueur aux lèvres, sa demande de prêt tamponnée en rouge : "REFUSE". Il n’a pas essayé de maquiller son crime, n’a rien dérobé. Il l’a étouffée, la tête dans ce sac plastique au logo de la banque où elle travaille, la lettre sous les yeux. Elle gît dans son dossier aux feuilles éparpillées... »

Posté par Janeczka à 13:06 - Vanina - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 mars 2008

Un metier d'homme - J-F & V

8h : J’arrive dans mon petit salon de bois vernis et cuir bordeaux qui a pignon sur rue. Avant toute chose, je vérifie la propreté du lieu. L’hygiène dans mon métier, c’est indispensable !

8h30 : Mon premier habitué entre. Toujours ponctuel ! Depuis des années, il vient 6 jours sur 7. Je l’installe dans « son » fauteuil. Il est toujours curieux des préparatifs. Chacun de mes gestes est observé, analysé. Dès les premiers soins, il se détend, il se cale bien confortablement et s’abandonne. Il sait pourtant qu’il est à ma merci. Ma technique est celle du très très près. Pendant les soins, j’entame une conversation virile. Conversation n’est pas le bon mot. Monologue serait plus juste car dans la position où se trouve mon fidèle client, il peut difficilement me répondre !

8h50 : Mon habitué a payé. Il est parti direction la brasserie à deux pas d’ici. Deuxième rite de sa journée : prendre un petit crème en lisant le journal. Lorsque mon carnet de rendez-vous m’en laisse le temps, il m’arrive de l’accompagner pour refaire le monde. Aujourd’hui ce n’est pas le cas, alors je balais. Vous savez : l’hygiène dans mon métier … c’est indispensable. 

9h : J’accueille mon rendez-vous suivant. C’est la première fois qu’il vient. Comment sera-t-il ? Craintif ? Nerveux ? Confiant ?... Nous faisons connaissance. C’est un tout jeune homme et demain il se rend à un mariage. Mon métier, plutôt rare, mais bien dans l’ère du temps, c’est aussi de l’esthétique ! Dans la société actuelle, l’aspect extérieur est un critère social important !

9h15 : Je prépare mes pots, m’active autour de ce nouveau client, lorsqu’un chaland entre. Je finis l’acte en cours et interroge l’homme :
- Que puis-je pour le monsieur ?
- J’aurais besoin d’un débroussaillage, m’explique-t-il accompagnant sa phrase d’une gestuelle imagée. Vous auriez une petite place pour moi, entre deux ?
Un petit mot à mon client qui attend sagement dans le fauteuil et je me rends à mon bureau pour consulter mon emploi du temps :
- Mon client de 16h30 s’est désisté, 16h30, ça vous convient ?
- Parfait.
- Je peux avoir votre nom !?
- Impérial, me répond l’homme et il ajoute avec un clin d’œil en se dirigeant vers la sortie, c’est de circonstance !

J’accueille, je prépare, je soigne, j’esthétise, je cause, j’encaisse bien sûr : ainsi se passe ma matinée.

12h45 : Grand ménage : vous savez l’hygiène…

13h : Pause déjeuner : je vais au bistro du coin. Christiane, la serveuse, et Rolande, la patronne, sont aux petits soins pour moi : je suis un habitué de ces dames, j’ai ma petite table réservée dans le fond de la salle.

14h : Retour au salon. Je prépare ma sacoche et je prends mon agenda. Je me rends au domicile de mon premier client de l’après-midi. Dans la rue, il m’est déjà arrivé que l’on m’appelle docteur !
Mon premier patient est un homme très âgé quasi grabataire. Mon arrivée est toujours source de joie. Il se sent si seul ! Si mon travail est apprécié, ma compagnie l’est encore plus ! L’hygiène, l’esthétique : je vous en ai déjà parlé !?
Mon « im-patient » suivant comme j’aime à l’appeler est un jeune chef d’entreprise. Dynamique, toujours entre deux rendez-vous. Il n’a pas de temps à perdre, mais il sait que les soins que j’apporte lui sont indispensables. Si j’osais, je vous dirais que parfois j’ai l’impression de lui faire l’effet d’une masseuse thaïlandaise…

16h : Je suis de retour au salon. Mon habitué est déjà là. Je réédite des gestes mille fois répétés : j’installe le sieur dans le fauteuil, protège ses vêtements d’une large blouse blanche. Je prépare mes accessoires, mes pots : baumes, huiles. La serviette « plus blanche que blanche » posée sur l’avant bras, je commence les soins.
Les clients s’enchaînent toutes les demi heure. Il faut prendre le temps, savoir les écouter. Ils doivent se sentir bien.

17h20 : Une donzelle entre. Sans cesser de m’occuper de mon client, j’y vais de mon : « La petite Dame s’est perdue ? »
Mais non, la briseuse d’intimité vient prendre un rendez-vous pour son mari ! Ici c’est un lieu dédié aux hommes, un sanctuaire de la masculinité ! Je n’aime pas que ces dames y stationnent. A peine le rendez-vous noté, je la reconduis illico presto vers la sortie.

17h45 : Eponge, serpillière, c’est le balai ménager. Vous savez ?... L’hygiène dans mon métier… 

Si mes parents avaient anticipé, ils m’auraient appelé Figaro…
Je manie blaireau, ciseau et rasoir, moi le barbier de cette ville.

Posté par Janeczka à 12:48 - Vanina - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 mars 2008

J’l’aurai, même si je rouspète ! - Vanina

A ça, quelle incroyable entourloupette !
Un curieux défi, ce poème en « pεt ».
Fini de tirer l’aiguille en arpète ;
Un papier, de l’encre plein la pipette,
Je suis poétess’, pas une carpette,
Dans mon crâne, les mots soufflent, tempêtent :
Dix rimes, pas plus, ce n’est pas perpette.
Dix décasyllab’, quelques galipettes,
A moins, bien sûr, que je ne « contrepète » :
En garde la plum’, saperlipopette !

Posté par Janeczka à 12:42 - Vanina - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1