20 mai 2017

Octobre 2007 (Thérèse)


En cet après-midi froid mais ensoleillé, j’ai voulu retrouver l’ancien chemin de terre, celui qu’on prenait jadis pour rejoindre le bois, celui qui longe la voie ferrée là-bas.

Partie avec mon chien, je retrouve le chemin. Bien herbicidé, sec, nu, ocre jaune, il longe des champs labourés. Sur un talus d’herbes mortes, herbicidées elles aussi, de hauts chardons rouillés espèrent encore renaître de leurs semences qui se balancent au gré du vent. Plus loin, un groupe d’arbustes, oubliés par les humains sans doute, agitent leurs feuilles encore vertes.

Le chemin rétrécit, se creuse d’ornières et, peu à peu, se couvre de cailloux, de gros cailloux tout neufs, genre ballast de chemin de fer. J’ai bien dû me tordre les pieds cinq ou six fois dans ce chemin suicidaire avant de suivre les pas de mon chien qui, lui, sait où marcher. Intelligente bête qui sait éviter les ornières profondes et les pierres qui roulent. Il me suffit de l’observer.

Soudain le chemin rétrécit encore, s’enfonce dans une sombre végétation. Les arbustes, de chaque côté, se courbent pour nous faire une haie d’honneur. Une odeur pénétrante, familière, qui me rappelle l’ancienne ferme près de chez mes parents, habite ce sentier qui est devenu boueux, glissant. Les ornières débordent d’eau saumâtre. Un troupeau de vaches a dû emprunter, depuis peu, cette voie.

Nous sortons enfin à la lumière sur un sol redevenu sec. J’aperçois tout près la voie ferrée qui longe le talus. Plus haut, de l’autre côté, deux humains qui bavardent, ceux-là sûrement qui ont conduit leurs bêtes.

Je cherchais le bois de jadis, je n’y trouve qu’une pépinière, arbres plantés trop droit, rectilignes comme des piquets. Plus loin des groupes d’arbres emprisonnés de barbelés et des panneaux révélateurs pour avertir les promeneurs qui pourraient avoir la bonne idée de chercher un bout de campagne. « Propriété privée – Défense d’entrer », « Attention Pièges », et plus loin encore « Attention tir à balles ». Il ne croit pas si bien dire, ce panneau ! Depuis déjà un moment on entend des coups de fusils qui tonnent. De loin en loin des salves vengeresses se répondent. Des chasseurs qui crient famine, peut-être, à courser une proie innocente !

Je sais à présent pourquoi ce silence pesant. Les oiseaux sont figés de peur dans leurs habits de verdure. Une boule de poils blancs roule en travers du chemin, derniers vestiges d’un lapin sans doute qui ne reverra pas sa famille. Peut-être vais-je, là, recevoir une de ces balles perdues. Mon chien, alors, saurait-il aller chercher de l’aide ou le prendrait-on aussi pour un sanglier !?

Je commence à fatiguer. Le chemin continue tout droit, plus haut. A droite pourtant un passage. Je crois le prendre pour raccourcir ma route mais il arrive en plein champ. Je continue, bravant les éteules de maïs, mais nous peinons tous les deux. Mon chien n’en peut plus. Je décide de faire demi-tour, de retourner par le même chemin. Sachs (c’est le nom de mon chien) a compris. Il accélère l’allure, pressé de rentrer chez nous.

Sur le chemin du retour, le calme est revenu. J’entends par là : le silence s’est tu, ce silence bavard rempli de peurs. Les oiseaux, timidement, dans les quelques arbustes disséminés reprennent leurs conversations. Peut-être parlent-ils du nombre des victimes, de la perte d’un voisin !
Sur la route, aux abords des maisons, une tondeuse ronronne au milieu d’une pelouse. Les gens se pressent, profitant des derniers sursauts du soleil.

Un jour prochain je retournerai dans ce chemin de terre. J’irai voir là-bas tout au bout où il m’emmènera. Peut-être qu’il existe encore ce bois ! Peut-être n’ai-je pas marché assez loin !

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06 mai 2017

Question de point de vue (Thérèse)


Il disait "Oublie donc tes tourments, ce soir, et viens contempler l'immensité de la voûte céleste ! Vois comme on se sent tout petit ! Perçois-tu ce sentiment de plénitude, cette sorte d'extase profonde ?"
-Elle lui dit : Le ciel est un couvercle lourd de menaces qui m'opresse, qui m'écrase et m'étouffe et me plonge dans un abîme sans fin.

Il disait "Sors de ta bulle et viens te réchauffer à la froide lumière des étoiles. Ecoute-les, elles chuchotent entre elles des secrets mystérieux venus du fond des temps."
-Elle lui dit : J'ai froid depuis si longtemps que même tes étoiles les plus belles ne peuvent m'apporter aucun réconfort. Elles auront beau briller de tous leurs feux, elles auront beau dessiner des mirages, je n'ai plus la force aujourd'hui de m'abandonner aux chimères.

Il disait "Regarde comme la nature est belle, laisse là tes chagrins et viens te ressourcer aux confins du cosmos."
-Elle lui dit : Le ciel est vide autant que mon coeur et je ne vois que de noirs abysses où je voudrais pouvoir plonger pour m'y noyer.

Alors il dit "Cherche bien au fond de ton être et retrouve ton âme d'enfant. Emplis tes yeux de cette poussière de diamant qui scintille dans le silence de la nuit."
-Toutes ces étoiles dont tu admires la lumière ne sont que des corps morts sans intérêt aucun, que celui qui te porte à rêver à des chimères.

Et puis il dit "Souffle donc un voeu vers la prochaine étoile filante que tu verras et si tu y penses assez fort, il se réalisera."
-Je ne sais plus parler aux étoiles. J'ai tant prié et espéré que mes souhaits se sont usés sur les murs de l'indifférence et les anges se sont perdus dans l'océan du firmament. Trop d'amertume et d'impuissance, de contretemps en projets avortés, de mensonges en serments profanés, ont rongé peu à peu mes espoirs. Je ne crois plus à ces fariboles, je ne veux plus rêver à des étoiles mortes, ce ne sont que mensonges comme ces promesses jamais honorées.

Ses yeux éteints regardaient l'insondable...

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18 mars 2017

Illusion (Thérèse)


Viens, ma belle, jusqu'à la tonnelle où nous boirons un peu de ce vin capiteux.
Amour, écoute dans le soir ces douces notes de musique qui s'égrènent et nous appellent.
Entends-tu le violon qui déchire la nuit ?

Nos mains se cherchent, tremblantes, dans l'ombre complice,
nos pas nous mènent jusqu'à la plage déserte tandis que l'océan respire en de vagues soupirs.
Nos rires sont éclats de cristal qui s'élèvent jusqu'aux étoiles,
nos lèvres s'effleurent dans une avide caresse,
nos corps fiévreux se mèlent dans un ultime combat,
et puis, le coeur empli d'ivresse, nous dansons sous le sourire de la lune.

Amour, pardonne-moi pour ces nuages de rêve qui viennent se tendre sur mon esprit en déroute.
Amour, laisse-moi reprendre un peu de ce vin au goût suave et à la robe de miel.
Allez, un dernier verre pour éloigner cette chimère...

Dans la nuit lancinante au clair de lune moqueur, Rêve s'effiloche douloureusement.

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18 février 2017

Deux versants d'une même histoire (Thérèse)


Eglise



A quoi sers-tu donc, Eglise, si les hommes cadenassent tes portes ?
J’avais besoin ce soir du réconfort de tes voûtes profondes.

Je voulais venir épancher mon cœur trop lourd entre tes murs, m’imprégner de ton parfum séculaire, me plonger dans le froid sépulcral de ta nef pour me réchauffer. Je voulais sentir à nouveau cette formidable présence des âmes statufiées, ces purs esprits qui déambulent sous tes vitraux et emplissent tout l’espace. Je voulais demander à Marie la grâce et l’aide providentielle pour eux qui peinent chaque jour : pour lui qui n’a toujours pas de travail, pour elle qui ne sait plus que faire.

Pourquoi faut-il que tes grilles soient fermées ?
A quoi sers-tu, Eglise, si je ne puis me réfugier à l’abri de tes murs ?
J’avais besoin de toi.

Je t’aurais dit « Pourquoi ? », je t’aurais dit « Pitié ! ». Et à genoux, je t’aurais demandé pardon. Pardon pour t’avoir reniée, pardon pour ma colère. Et peut-être qu’alors j’aurais retrouvé l’atmosphère mystérieuse d’antan, celle qui venait bousculer mon âme d’enfant et faisait chavirer mon cœur.

Mais non, ce soir, tes portes sont restées closes. Faut-il donc des heures précises pour prier ? Faut-il établir un planning pour ses états d’âme et pour le désespoir ? Dis-moi, Eglise, as-tu le mode d’emploi pour refouler les larmes ? Explique donc à ceux qui détiennent les clés de tes chaînes que le chagrin n’a pas d’heure ! Je regrette le temps où l’on pouvait entrer et s’abriter chez toi à toute heure du jour…

J’avais besoin de toi, ce soir.

Revenir demain, dis-tu, quand ton seuil sera de nouveau accueillant ! Mais non voyons, demain ma colère sera de retour et mes démons avec elle. Demain mon cœur sera rancœur. Mes yeux devenus secs ne croiront plus aux mirages. Mon âme sera fermée, enlisée dans l’obscurité. Mais que t’importe…

Pourquoi fallait-il que tes portes restent fermées ?
J’avais tant besoin de toi, ce soir !


 

Chômage

 

Combien d’espoirs cassés avant de trouver un semblant de bonheur ?

Combien de fausses promesses faudra-t-il supporter ?

Combien d’envies de se foutre en l’air avant de pouvoir respirer un air nouveau ?

Combien de larmes versées en chapelets de prières pour conjurer ce mauvais sort ?

Combien de fois tes mains tendues vers ce dieu qui s’en fout avant que de sombrer ?

Combien faudra-t-il de brouillard avant qu’apparaisse un rayon de soleil ?

Combien de jours gris avant d’atteindre le bout de ce chemin d’incertitude ?

 

Pourtant j’ai prié pour rompre cette boucle infernale !

Pourtant j’ai crié du plus fort de mon cœur !

Pas assez ou trop mal ?!

J’y avais même cru à ce nouveau possible... 

Tellement fort !

Pas assez ou trop mal ?!

 

Combien d’encre devra-t-il couler pour changer ce destin mauvais ?

Combien de feuilles faudra-t-il salir pour disperser cette mauvaise fortune ?

Pour croire seulement vivre dans ce monde de fous ou simplement exister…

 

La porte était ouverte… je n’ai pas pu entrer… dans cette maison d’un faux dieu...

 

 

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14 janvier 2017

Jardin (Thérèse)

Un souvenir qui date de 2010 : c'est la fille d'une dame chez qui je travaillais. On est restées en bons termes quand sa mère est décédée et un jour, elle m'a fait visiter son jardin qui se cachait derrière un mur.

 


Elle a poussé le portail, m’a fait pénétrer
dans un endroit extraordinaire
où se bousculent et s’entrelacent
des plantes gigantesques,
des fleurs dont bien souvent elle a oublié le nom
et qu’elle doit redécouvrir mois après mois,
de tendre verdure en floraison exubérante.

Il y règne une atmosphère d’un autre monde,
c’est un temple, un sanctuaire oublié de la ville,
à l’abri des regards où vivent en symbiose
des vies insoupçonnées dans une parfaite osmose.

Et moi émerveillée
les yeux écarquillés
sur la pointe des pieds
j’ai surtout bien veillé
à ne rien écraser
de ces plantes boisées,
à ne pas les blesser.
À petits pas feutrés
doucement j’ai marché
dans la peur d’effrayer
ses habitants ailés
à l’abri des futaies.

Elle m’a ouvert le jardin de son cœur,
m’a fait visiter mille et une splendeurs.
On en oublie les turpitudes du dehors.
Déconnecté de la réalité, on ressort
de ce lieu apaisé et la tête remplie de rêves,
abasourdi d’une si belle trêve.

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07 janvier 2017

La rivière (Thérèse)

 

Dans le soir qui commençait à ourler d'ombres la campagne environnante, il avait d'abord cru à un mirage qui dansait dans les lumières du couchant. Une fille aux longs cheveux d'or s'avançait dans une robe aux couleurs du temps sous les hauts arbres de la forêt.

"Viens !", lui dit-elle.

Et sans plus réfléchir ni poser de questions, il lui prit la main et la suivit sans un mot.

Ils arrivèrent au milieu d'une clairière devant une maison bleue qui semblait flotter hors du temps. Et là, bien à l'abri des regards indiscrets, durant toute une saison ils s'aimèrent d'une passion dévorante tandis que des orangers au parfum sucré semblaient monter la garde devant leur porte, protégeant ainsi leur vie privée. Pendant qu'ils apprenaient ainsi à se connaître, des rosiers odorants s'élevaient vers le ciel, des glycines, rivalisant avec le lierre, s'enroulaient amoureusement sur les murs. Et la rivière chantait...

Dans le matin naissant, ils partaient à la découverte de leur royaume. Elle lui apprit le nom des fleurs qui poussent sur les talus, les timides qui se cachent sous les brindilles, elle lui expliqua le nom des plantes qui soignent, elle lui montra la force paisible qui émane des grands arbres, et jusqu'au moindre des cailloux qui roulent dans l'eau claire. Et la rivière riait...

Puis un soir, à l'heure incertaine où le couchant magnifiait le ciel dans une farandole de couleurs extraordinaires, un soir funeste où les nuages se déchiraient en longues traînées bleu ardoise, mêlées de pourpre et d'argent, elle lui dit : "Le temps est venu pour moi de partir mais il ne faut pas que tu sois triste. Tu dois me promettre de ne pas pleurer. Dès demain, monte jusqu'au grenier de cette maison et tu y trouveras de quoi écrire. Alors, pour ne pas oublier notre histoire, je veux que tu l'inscrives sur le papier : ce sera notre souvenir à tous les deux. Et il n'en sera que plus beau."

Malgré son chagrin, il écouta la belle mystérieuse et, à l'aube, il monta les marches qui le conduisirent dans un endroit secret. Les yeux écarquillés, il découvrit avec surprise un sol jonché de plumes immaculées. Il s'avança d'un pas incertain avant de comprendre enfin qu'il se trouvait devant des ailes : des ailes d'anges, grandeur nature, des ailes perdues par des êtres qui avaient trop aimé sans doute et n'avaient pu les revêtir à temps, des ailes abandonnées là, le temps d'une pause sur terre. Toutes les suppositions les plus saugrenues lui passaient par la tête. Soudain, un courant d'air fit voltiger à ses pieds un fin duvet, telle une plume d'oie qui se mit à briller dès qu'il la ramassa. La caressant doucement, c'est alors qu'il remarqua, au centre de la pièce, un encrier aux couleurs arc-en-ciel. Etaient-ce les larmes des anges, déversées en ce réceptacle !?
Au loin, on entendait la rivière qui pleurait...

Malgré lui, il sourit à la pensée d'avoir aimé un être aussi pur, aussi beau, aussi parfait. Se souvenant de sa promesse, il trempa sa plume dans l'encrier et se mit à écrire... Dans sa tête, il entendait clairement la fille aux cheveux clairs : "Dis-leur que l'amour est plus fort que tout, apprends-leur ce que je t'ai dévoilé !"

Dès qu'il eut terminé, son esprit libéré, il referma en soupirant le grenier des anges.
C'était une maison bleue, aux confins de l'hémisphère sud, dans le parfum sucré des orangers des anges... Tout près de la maison, la rivière chuchotait...

 

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17 décembre 2016

Rose (Thérèse)


Dans le fond d'une alcôve,
Deux chaises, toutes choses,
Rêvaient dans un sourire
Leurs lointains souvenirs.

Dans la touffeur enclose
D'une douce quiétude,
Le voilà à l'étude
D'une nouvelle rose.

Bouton de rose
Rose douceur
Tendre rose
Couleur de fleur
Rose bonbon
Dans une pause
Mais c'est si bon
Et c'est l'entracte
Rose profond
Au prochain acte
Rouge à son front
Rose fané
Dans un théâtre
C'est suranné.

Dans le fond d'une alcôve,
Délaissée, une rose
Rêvait dans un sourire
Ses lointains souvenirs.

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10 décembre 2016

Utopie (Thérèse)


Il était une fois un petit homme qui avait de grandes ambitions. Des idées de fou, des idées de gosse, il rêvait un monde meilleur.
Il avait acquis la certitude qu'une fois arrivé au pouvoir, rien ne pourrait lui résister.
Il croyait pouvoir réunir tous les hommes dans un univers dépourvu de haine et de guerre, il était persuadé que l'on pouvait vivre dans un monde d'entente et de paix.

Il voulait sortir chaque SDF de la misère, rendre sa dignité à chaque individu mais comment faire face, vu l'état des finances publiques ?

Il voulait abolir la guerre mais protéger le pays, il voulait aider les plus défavorisés mais sans toucher aux avantages des plus riches : et pour ce faire, il se dispersait, il courait à droite à gauche, essayant de rallier à lui les autres pays. Il espérait réunir toutes les nations, la main dans la main, mais c'était sans compter les coutumes ancestrales et leurs dictateurs belliqueux.

Se dressant contre les riches industriels, il voyait déjà reverdir des forêts luxuriantes peuplées de fleurs et d'animaux, en quelque sorte un nouveau jardin d'éden.
Il rêvait d'interdire toutes formes de chasse, de braconnage et de torture mais il avait oublié le monde sans pitié des spéculateurs.

Il tenait des propos délirants et enthousiastes, croyant tenir la vérité, mais que faire, face aux associations acariâtres ?
Il voulait des oiseaux dans le ciel, des sourires sur les visages et des rires dans les yeux. Il voulait tarir les sources des larmes, il voulait éteindre les feux de la colère et taire les armes. Il avait beau remuer ciel et terre pour atteindre son but mais partout il se heurtait à l'incompréhension des autres.

Il était une fois un petit homme qui se croyait un grand homme mais il n'avait pas compris que le gouvernement obligeait à un travail de groupe. Et malgré les réflexions sarcastiques de ses ministres, il continuait à se démener, tant et si bien qu'on le prit pour un polichinelle et tout le monde se mit à se moquer de lui.

Seul dans sa bulle, il ne s'était pas rendu compte que ce n'était plus lui qui tenait les rênes du pouvoir mais ses ministres qui s'étaient ligués contre lui.

Et puis un jour, las d'entendre ses jérémiades, influencé par les pays alentour, par les formidables  réseaux politiques et les fomenteurs de toutes sortes, le peuple se révolta et décida de l'enfermer pour de bon dans sa propre bulle. Et pour le citer en exemple aux générations futures, ils le hissèrent sur un piédestal afin de bien démontrer le modèle de la bêtise humaine.

Parfois, si vous regardez bien au travers de cette bulle, vous pouvez le voir encore gesticuler à chaque nouvelle pollution, à chaque nouvelle catastrophe, à chaque nouveau génocide...

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03 décembre 2016

La factrice (Thérèse)


Ha ! Harry Potter est passé par ici... S'est-il encore retrouvé coincé dans le monde des moldus ? A t-il de nouveau été empêché de parvenir au fameux collège Poudlard pour sa propre sécurité ? Voldemort aurait-il encore fait des siennes ? Je ne doute pas qu'il trouvera une combine pour arriver à passer le quai 9 3/4 et retrouver Hermione et ses amis...

Ce vélo d'un autre âge, sorti d'une autre dimension, me fait étrangement penser à l'ancien vélo de facteur de Maman. Il lui manque juste un porte-bagage devant le guidon.

En ce temps-là, dans le village, le courrier postal était distribué en bicyclette et non pas en mobylette ou en voiture comme aujourd'hui.
Chaque matin, Maman devait procéder au tri du courrier et ensuite, c'était la tournée en suivant scrupuleusement l'ordre établi à l'avance. Son lourd sac de cuir épais, rempli des précieuses missives, et arrimé sur le devant du vélo, elle en a fait des kilomètres, des allers-retours dans les rues du village… Maison après maison, la sacoche à l'épaule, elle déposait son butin, telle une abeille laborieuse. Et non contente d'exercer sa profession, par tous les temps, qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il neige, Maman s'arrêtait parfois un peu plus longtemps pour donner un coup de main à telle ou telle personne en difficulté, comme remonter un seau de charbon de la cave pour alimenter le poêle, ou quelqu'autre menue besogne. Elle connaissait tout le monde et chacun surveillait son passage. Parfois, à son grand désespoir, une roue crevait ou bien c'était la chaîne de vélo qui déraillait. Il fallait alors réparer. Elle continuait donc la tournée à pied en poussant le vélo chargé, elle revenait à la maison et elle prenait le vélo de secours. Le soir, quand Papa rentrerait de sa longue journée de travail, il lui faudrait démonter la roue fautive, enlever le pneu martyrisé, gonfler la chambre à air, trouver la blessure et la colmater avec une rustine.

Parfois, elle devait livrer un courrier à des gens qui habitaient à l'écart du village. Alors, pour soulager notre mère, ma sœur ou moi, on prenait notre vélo pour mener la précieuse lettre à bonne destination. J'aimais beaucoup cette virée, cette occasion de me dérouiller les jambes et de profiter du grand air.

Aujourd'hui les gens ne savent plus l'usage de leurs jambes, ce n'est plus que véhicules motorisés, à grands coups de rendement et de vitesse. On ne prend plus le temps de mettre le nez dehors. D'ailleurs, il n'y a même plus de place pour les vélos sur les routes et c'est devenu tellement dangereux... A tel point qu'ils ont inventé les pistes cyclables, avec force panneaux de signalisation.

Dans mon village, le courrier se distribue encore en vélo même si une voiture banalisée achemine les colis les plus volumineux. Et on a encore la chance d'avoir pu conserver notre bureau de poste. Quant à mon village natal, près de chez moi, il n'y a plus aucun commerce ni bureau de poste. Et le dernier bistrot, qui faisait également épicerie, vient de fermer à son tour. Prémont devient un village fantôme. Ce ne sont plus que marchands ambulants qui se relaient dans les rues à coups de klaxon.

Mais ceci est une autre histoire…

Décidément, j'aime bien cette enseigne-vélo… Mais je crois que je serais presque déçue d'y trouver des vélos rutilants, brillant de mille feux. J'imagine plutôt un vieux monsieur tenant l'échoppe et vendant des tas de pièces pour réparer les vélos. Un expert en la matière qui en connaîtrait toutes les ficelles, du guidon jusqu'au bout des pneus, en passant par les freins et le dérailleur. Je le vois bien au milieu de ses rondelles, de ses écrous et de rayons de roue, de patins de freins et de câbles. Je revois les quincailleries d'antan où l'on pouvait fouiller à loisir à la recherche de trésors enfuis. Ces magasins-là aussi, ils ont disparu.

Vraiment, ce vélo sorti de nulle part m'intrigue. Je vais aller voir de plus près…

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26 novembre 2016

Participation de Thérèse


Aujourd'hui me vient encore cette drôle d'impression, comme une certitude, l'intime conviction

- que nous sommes de purs esprits enfermés dans des corps
- que seul compte l'esprit
- que le corps, simple véhicule, n'a aucune espèce d'importance
- que nos esprits se retrouvent en un seul, à la fin de nos vies terrestres
- que nous avons perdu la mémoire de nos origines...

Peut-être la retrouvons-nous au moment de partir...

Je laissais mon esprit divaguer au hasard et le pourquoi de la vie s’est immiscé de nouveau.
C’est un peu comme le bouchon d’un pêcheur qui s’amuse avec l’onde, à disparaître et revenir dans une autre échelle d’espace-temps, comme la ficelle d’un cerf-volant qu’on cherche à retenir, à rattraper, et qui s’échappe, glisse de ta main.
C’est comme si mon esprit cherchait à s’ouvrir sur une vérité, comme une inconnue oubliée que je devrais connaître, la sensation viscérale d’une chose importante qui nous concerne tous, la certitude de quelque chose d’incommensurable, de tellement grand qu’il ne peut être contenu dans un seul esprit humain sans doute.
Peut-être avons-nous en chacun de nous une parcelle de ce savoir oublié, qui rejoint une mémoire collective, un peu comme les fourmis, et qui tente de ressurgir par intermittence.
Une entité ?...  
Je crois que nous sommes un seul et même esprit éparpillé à travers l’Univers.

Ça peut paraître prétentieux mais je crois que nous sommes Dieu..
Ce dieu que nous nous plaisons à affubler de tous les noms,
ce dieu pour qui tant d’innocents sont mutilés ou sacrifiés sur un autel imbécile,
ce dieu que nous invoquons ou que nous renions tour à tour selon nos humeurs.

Et nous reviennent, par bribes, des morceaux de cette mémoire collective à mesure que s’ouvre notre esprit, comme des rais de soleil qui cherchent à trouer des nuages obscurs.

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