18 mars 2017

Illusion (Thérèse)


Viens, ma belle, jusqu'à la tonnelle où nous boirons un peu de ce vin capiteux.
Amour, écoute dans le soir ces douces notes de musique qui s'égrènent et nous appellent.
Entends-tu le violon qui déchire la nuit ?

Nos mains se cherchent, tremblantes, dans l'ombre complice,
nos pas nous mènent jusqu'à la plage déserte tandis que l'océan respire en de vagues soupirs.
Nos rires sont éclats de cristal qui s'élèvent jusqu'aux étoiles,
nos lèvres s'effleurent dans une avide caresse,
nos corps fiévreux se mèlent dans un ultime combat,
et puis, le coeur empli d'ivresse, nous dansons sous le sourire de la lune.

Amour, pardonne-moi pour ces nuages de rêve qui viennent se tendre sur mon esprit en déroute.
Amour, laisse-moi reprendre un peu de ce vin au goût suave et à la robe de miel.
Allez, un dernier verre pour éloigner cette chimère...

Dans la nuit lancinante au clair de lune moqueur, Rêve s'effiloche douloureusement.

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18 février 2017

Deux versants d'une même histoire (Thérèse)


Eglise



A quoi sers-tu donc, Eglise, si les hommes cadenassent tes portes ?
J’avais besoin ce soir du réconfort de tes voûtes profondes.

Je voulais venir épancher mon cœur trop lourd entre tes murs, m’imprégner de ton parfum séculaire, me plonger dans le froid sépulcral de ta nef pour me réchauffer. Je voulais sentir à nouveau cette formidable présence des âmes statufiées, ces purs esprits qui déambulent sous tes vitraux et emplissent tout l’espace. Je voulais demander à Marie la grâce et l’aide providentielle pour eux qui peinent chaque jour : pour lui qui n’a toujours pas de travail, pour elle qui ne sait plus que faire.

Pourquoi faut-il que tes grilles soient fermées ?
A quoi sers-tu, Eglise, si je ne puis me réfugier à l’abri de tes murs ?
J’avais besoin de toi.

Je t’aurais dit « Pourquoi ? », je t’aurais dit « Pitié ! ». Et à genoux, je t’aurais demandé pardon. Pardon pour t’avoir reniée, pardon pour ma colère. Et peut-être qu’alors j’aurais retrouvé l’atmosphère mystérieuse d’antan, celle qui venait bousculer mon âme d’enfant et faisait chavirer mon cœur.

Mais non, ce soir, tes portes sont restées closes. Faut-il donc des heures précises pour prier ? Faut-il établir un planning pour ses états d’âme et pour le désespoir ? Dis-moi, Eglise, as-tu le mode d’emploi pour refouler les larmes ? Explique donc à ceux qui détiennent les clés de tes chaînes que le chagrin n’a pas d’heure ! Je regrette le temps où l’on pouvait entrer et s’abriter chez toi à toute heure du jour…

J’avais besoin de toi, ce soir.

Revenir demain, dis-tu, quand ton seuil sera de nouveau accueillant ! Mais non voyons, demain ma colère sera de retour et mes démons avec elle. Demain mon cœur sera rancœur. Mes yeux devenus secs ne croiront plus aux mirages. Mon âme sera fermée, enlisée dans l’obscurité. Mais que t’importe…

Pourquoi fallait-il que tes portes restent fermées ?
J’avais tant besoin de toi, ce soir !


 

Chômage

 

Combien d’espoirs cassés avant de trouver un semblant de bonheur ?

Combien de fausses promesses faudra-t-il supporter ?

Combien d’envies de se foutre en l’air avant de pouvoir respirer un air nouveau ?

Combien de larmes versées en chapelets de prières pour conjurer ce mauvais sort ?

Combien de fois tes mains tendues vers ce dieu qui s’en fout avant que de sombrer ?

Combien faudra-t-il de brouillard avant qu’apparaisse un rayon de soleil ?

Combien de jours gris avant d’atteindre le bout de ce chemin d’incertitude ?

 

Pourtant j’ai prié pour rompre cette boucle infernale !

Pourtant j’ai crié du plus fort de mon cœur !

Pas assez ou trop mal ?!

J’y avais même cru à ce nouveau possible... 

Tellement fort !

Pas assez ou trop mal ?!

 

Combien d’encre devra-t-il couler pour changer ce destin mauvais ?

Combien de feuilles faudra-t-il salir pour disperser cette mauvaise fortune ?

Pour croire seulement vivre dans ce monde de fous ou simplement exister…

 

La porte était ouverte… je n’ai pas pu entrer… dans cette maison d’un faux dieu...

 

 

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14 janvier 2017

Jardin (Thérèse)

Un souvenir qui date de 2010 : c'est la fille d'une dame chez qui je travaillais. On est restées en bons termes quand sa mère est décédée et un jour, elle m'a fait visiter son jardin qui se cachait derrière un mur.

 


Elle a poussé le portail, m’a fait pénétrer
dans un endroit extraordinaire
où se bousculent et s’entrelacent
des plantes gigantesques,
des fleurs dont bien souvent elle a oublié le nom
et qu’elle doit redécouvrir mois après mois,
de tendre verdure en floraison exubérante.

Il y règne une atmosphère d’un autre monde,
c’est un temple, un sanctuaire oublié de la ville,
à l’abri des regards où vivent en symbiose
des vies insoupçonnées dans une parfaite osmose.

Et moi émerveillée
les yeux écarquillés
sur la pointe des pieds
j’ai surtout bien veillé
à ne rien écraser
de ces plantes boisées,
à ne pas les blesser.
À petits pas feutrés
doucement j’ai marché
dans la peur d’effrayer
ses habitants ailés
à l’abri des futaies.

Elle m’a ouvert le jardin de son cœur,
m’a fait visiter mille et une splendeurs.
On en oublie les turpitudes du dehors.
Déconnecté de la réalité, on ressort
de ce lieu apaisé et la tête remplie de rêves,
abasourdi d’une si belle trêve.

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07 janvier 2017

La rivière (Thérèse)

 

Dans le soir qui commençait à ourler d'ombres la campagne environnante, il avait d'abord cru à un mirage qui dansait dans les lumières du couchant. Une fille aux longs cheveux d'or s'avançait dans une robe aux couleurs du temps sous les hauts arbres de la forêt.

"Viens !", lui dit-elle.

Et sans plus réfléchir ni poser de questions, il lui prit la main et la suivit sans un mot.

Ils arrivèrent au milieu d'une clairière devant une maison bleue qui semblait flotter hors du temps. Et là, bien à l'abri des regards indiscrets, durant toute une saison ils s'aimèrent d'une passion dévorante tandis que des orangers au parfum sucré semblaient monter la garde devant leur porte, protégeant ainsi leur vie privée. Pendant qu'ils apprenaient ainsi à se connaître, des rosiers odorants s'élevaient vers le ciel, des glycines, rivalisant avec le lierre, s'enroulaient amoureusement sur les murs. Et la rivière chantait...

Dans le matin naissant, ils partaient à la découverte de leur royaume. Elle lui apprit le nom des fleurs qui poussent sur les talus, les timides qui se cachent sous les brindilles, elle lui expliqua le nom des plantes qui soignent, elle lui montra la force paisible qui émane des grands arbres, et jusqu'au moindre des cailloux qui roulent dans l'eau claire. Et la rivière riait...

Puis un soir, à l'heure incertaine où le couchant magnifiait le ciel dans une farandole de couleurs extraordinaires, un soir funeste où les nuages se déchiraient en longues traînées bleu ardoise, mêlées de pourpre et d'argent, elle lui dit : "Le temps est venu pour moi de partir mais il ne faut pas que tu sois triste. Tu dois me promettre de ne pas pleurer. Dès demain, monte jusqu'au grenier de cette maison et tu y trouveras de quoi écrire. Alors, pour ne pas oublier notre histoire, je veux que tu l'inscrives sur le papier : ce sera notre souvenir à tous les deux. Et il n'en sera que plus beau."

Malgré son chagrin, il écouta la belle mystérieuse et, à l'aube, il monta les marches qui le conduisirent dans un endroit secret. Les yeux écarquillés, il découvrit avec surprise un sol jonché de plumes immaculées. Il s'avança d'un pas incertain avant de comprendre enfin qu'il se trouvait devant des ailes : des ailes d'anges, grandeur nature, des ailes perdues par des êtres qui avaient trop aimé sans doute et n'avaient pu les revêtir à temps, des ailes abandonnées là, le temps d'une pause sur terre. Toutes les suppositions les plus saugrenues lui passaient par la tête. Soudain, un courant d'air fit voltiger à ses pieds un fin duvet, telle une plume d'oie qui se mit à briller dès qu'il la ramassa. La caressant doucement, c'est alors qu'il remarqua, au centre de la pièce, un encrier aux couleurs arc-en-ciel. Etaient-ce les larmes des anges, déversées en ce réceptacle !?
Au loin, on entendait la rivière qui pleurait...

Malgré lui, il sourit à la pensée d'avoir aimé un être aussi pur, aussi beau, aussi parfait. Se souvenant de sa promesse, il trempa sa plume dans l'encrier et se mit à écrire... Dans sa tête, il entendait clairement la fille aux cheveux clairs : "Dis-leur que l'amour est plus fort que tout, apprends-leur ce que je t'ai dévoilé !"

Dès qu'il eut terminé, son esprit libéré, il referma en soupirant le grenier des anges.
C'était une maison bleue, aux confins de l'hémisphère sud, dans le parfum sucré des orangers des anges... Tout près de la maison, la rivière chuchotait...

 

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17 décembre 2016

Rose (Thérèse)


Dans le fond d'une alcôve,
Deux chaises, toutes choses,
Rêvaient dans un sourire
Leurs lointains souvenirs.

Dans la touffeur enclose
D'une douce quiétude,
Le voilà à l'étude
D'une nouvelle rose.

Bouton de rose
Rose douceur
Tendre rose
Couleur de fleur
Rose bonbon
Dans une pause
Mais c'est si bon
Et c'est l'entracte
Rose profond
Au prochain acte
Rouge à son front
Rose fané
Dans un théâtre
C'est suranné.

Dans le fond d'une alcôve,
Délaissée, une rose
Rêvait dans un sourire
Ses lointains souvenirs.

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10 décembre 2016

Utopie (Thérèse)


Il était une fois un petit homme qui avait de grandes ambitions. Des idées de fou, des idées de gosse, il rêvait un monde meilleur.
Il avait acquis la certitude qu'une fois arrivé au pouvoir, rien ne pourrait lui résister.
Il croyait pouvoir réunir tous les hommes dans un univers dépourvu de haine et de guerre, il était persuadé que l'on pouvait vivre dans un monde d'entente et de paix.

Il voulait sortir chaque SDF de la misère, rendre sa dignité à chaque individu mais comment faire face, vu l'état des finances publiques ?

Il voulait abolir la guerre mais protéger le pays, il voulait aider les plus défavorisés mais sans toucher aux avantages des plus riches : et pour ce faire, il se dispersait, il courait à droite à gauche, essayant de rallier à lui les autres pays. Il espérait réunir toutes les nations, la main dans la main, mais c'était sans compter les coutumes ancestrales et leurs dictateurs belliqueux.

Se dressant contre les riches industriels, il voyait déjà reverdir des forêts luxuriantes peuplées de fleurs et d'animaux, en quelque sorte un nouveau jardin d'éden.
Il rêvait d'interdire toutes formes de chasse, de braconnage et de torture mais il avait oublié le monde sans pitié des spéculateurs.

Il tenait des propos délirants et enthousiastes, croyant tenir la vérité, mais que faire, face aux associations acariâtres ?
Il voulait des oiseaux dans le ciel, des sourires sur les visages et des rires dans les yeux. Il voulait tarir les sources des larmes, il voulait éteindre les feux de la colère et taire les armes. Il avait beau remuer ciel et terre pour atteindre son but mais partout il se heurtait à l'incompréhension des autres.

Il était une fois un petit homme qui se croyait un grand homme mais il n'avait pas compris que le gouvernement obligeait à un travail de groupe. Et malgré les réflexions sarcastiques de ses ministres, il continuait à se démener, tant et si bien qu'on le prit pour un polichinelle et tout le monde se mit à se moquer de lui.

Seul dans sa bulle, il ne s'était pas rendu compte que ce n'était plus lui qui tenait les rênes du pouvoir mais ses ministres qui s'étaient ligués contre lui.

Et puis un jour, las d'entendre ses jérémiades, influencé par les pays alentour, par les formidables  réseaux politiques et les fomenteurs de toutes sortes, le peuple se révolta et décida de l'enfermer pour de bon dans sa propre bulle. Et pour le citer en exemple aux générations futures, ils le hissèrent sur un piédestal afin de bien démontrer le modèle de la bêtise humaine.

Parfois, si vous regardez bien au travers de cette bulle, vous pouvez le voir encore gesticuler à chaque nouvelle pollution, à chaque nouvelle catastrophe, à chaque nouveau génocide...

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03 décembre 2016

La factrice (Thérèse)


Ha ! Harry Potter est passé par ici... S'est-il encore retrouvé coincé dans le monde des moldus ? A t-il de nouveau été empêché de parvenir au fameux collège Poudlard pour sa propre sécurité ? Voldemort aurait-il encore fait des siennes ? Je ne doute pas qu'il trouvera une combine pour arriver à passer le quai 9 3/4 et retrouver Hermione et ses amis...

Ce vélo d'un autre âge, sorti d'une autre dimension, me fait étrangement penser à l'ancien vélo de facteur de Maman. Il lui manque juste un porte-bagage devant le guidon.

En ce temps-là, dans le village, le courrier postal était distribué en bicyclette et non pas en mobylette ou en voiture comme aujourd'hui.
Chaque matin, Maman devait procéder au tri du courrier et ensuite, c'était la tournée en suivant scrupuleusement l'ordre établi à l'avance. Son lourd sac de cuir épais, rempli des précieuses missives, et arrimé sur le devant du vélo, elle en a fait des kilomètres, des allers-retours dans les rues du village… Maison après maison, la sacoche à l'épaule, elle déposait son butin, telle une abeille laborieuse. Et non contente d'exercer sa profession, par tous les temps, qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il neige, Maman s'arrêtait parfois un peu plus longtemps pour donner un coup de main à telle ou telle personne en difficulté, comme remonter un seau de charbon de la cave pour alimenter le poêle, ou quelqu'autre menue besogne. Elle connaissait tout le monde et chacun surveillait son passage. Parfois, à son grand désespoir, une roue crevait ou bien c'était la chaîne de vélo qui déraillait. Il fallait alors réparer. Elle continuait donc la tournée à pied en poussant le vélo chargé, elle revenait à la maison et elle prenait le vélo de secours. Le soir, quand Papa rentrerait de sa longue journée de travail, il lui faudrait démonter la roue fautive, enlever le pneu martyrisé, gonfler la chambre à air, trouver la blessure et la colmater avec une rustine.

Parfois, elle devait livrer un courrier à des gens qui habitaient à l'écart du village. Alors, pour soulager notre mère, ma sœur ou moi, on prenait notre vélo pour mener la précieuse lettre à bonne destination. J'aimais beaucoup cette virée, cette occasion de me dérouiller les jambes et de profiter du grand air.

Aujourd'hui les gens ne savent plus l'usage de leurs jambes, ce n'est plus que véhicules motorisés, à grands coups de rendement et de vitesse. On ne prend plus le temps de mettre le nez dehors. D'ailleurs, il n'y a même plus de place pour les vélos sur les routes et c'est devenu tellement dangereux... A tel point qu'ils ont inventé les pistes cyclables, avec force panneaux de signalisation.

Dans mon village, le courrier se distribue encore en vélo même si une voiture banalisée achemine les colis les plus volumineux. Et on a encore la chance d'avoir pu conserver notre bureau de poste. Quant à mon village natal, près de chez moi, il n'y a plus aucun commerce ni bureau de poste. Et le dernier bistrot, qui faisait également épicerie, vient de fermer à son tour. Prémont devient un village fantôme. Ce ne sont plus que marchands ambulants qui se relaient dans les rues à coups de klaxon.

Mais ceci est une autre histoire…

Décidément, j'aime bien cette enseigne-vélo… Mais je crois que je serais presque déçue d'y trouver des vélos rutilants, brillant de mille feux. J'imagine plutôt un vieux monsieur tenant l'échoppe et vendant des tas de pièces pour réparer les vélos. Un expert en la matière qui en connaîtrait toutes les ficelles, du guidon jusqu'au bout des pneus, en passant par les freins et le dérailleur. Je le vois bien au milieu de ses rondelles, de ses écrous et de rayons de roue, de patins de freins et de câbles. Je revois les quincailleries d'antan où l'on pouvait fouiller à loisir à la recherche de trésors enfuis. Ces magasins-là aussi, ils ont disparu.

Vraiment, ce vélo sorti de nulle part m'intrigue. Je vais aller voir de plus près…

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26 novembre 2016

Participation de Thérèse


Aujourd'hui me vient encore cette drôle d'impression, comme une certitude, l'intime conviction

- que nous sommes de purs esprits enfermés dans des corps
- que seul compte l'esprit
- que le corps, simple véhicule, n'a aucune espèce d'importance
- que nos esprits se retrouvent en un seul, à la fin de nos vies terrestres
- que nous avons perdu la mémoire de nos origines...

Peut-être la retrouvons-nous au moment de partir...

Je laissais mon esprit divaguer au hasard et le pourquoi de la vie s’est immiscé de nouveau.
C’est un peu comme le bouchon d’un pêcheur qui s’amuse avec l’onde, à disparaître et revenir dans une autre échelle d’espace-temps, comme la ficelle d’un cerf-volant qu’on cherche à retenir, à rattraper, et qui s’échappe, glisse de ta main.
C’est comme si mon esprit cherchait à s’ouvrir sur une vérité, comme une inconnue oubliée que je devrais connaître, la sensation viscérale d’une chose importante qui nous concerne tous, la certitude de quelque chose d’incommensurable, de tellement grand qu’il ne peut être contenu dans un seul esprit humain sans doute.
Peut-être avons-nous en chacun de nous une parcelle de ce savoir oublié, qui rejoint une mémoire collective, un peu comme les fourmis, et qui tente de ressurgir par intermittence.
Une entité ?...  
Je crois que nous sommes un seul et même esprit éparpillé à travers l’Univers.

Ça peut paraître prétentieux mais je crois que nous sommes Dieu..
Ce dieu que nous nous plaisons à affubler de tous les noms,
ce dieu pour qui tant d’innocents sont mutilés ou sacrifiés sur un autel imbécile,
ce dieu que nous invoquons ou que nous renions tour à tour selon nos humeurs.

Et nous reviennent, par bribes, des morceaux de cette mémoire collective à mesure que s’ouvre notre esprit, comme des rais de soleil qui cherchent à trouer des nuages obscurs.

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19 novembre 2016

Participation de Thérèse


« Ah mais non, ça n'est plus possible ! C'est quoi cette histoire d'adopter un deuxième chien ? Tu crois que tu n'en as pas encore assez ? Mais ça va devenir une vraie ménagerie chez toi ! Deux chats, deux cochons d'inde et maintenant deux chiens ! Non mais franchement, ça ne va plus du tout ! »

« Mais maman, c'est pour dissuader les voleurs. Ça fait plusieurs nuits qu'on entend de drôles de bruits. L'autre fois, on a eu tellement peur qu'on n'a pas fermé l’œil. Et puis l'autre matin, on a retrouvé le grillage du jardin qui était baissé. On a téléphoné aux flics mais tu sais comment ils sont : ils nous ont pris pour des barjots. Ah si ! Ils ont quand même pris la peine de se déplacer quand on les a rappelés une deuxième fois ; ils ont inspecté les lieux et tout ça pour nous dire "Faut pas vous inquiéter, c'est sûrement des chats. Mais n'hésitez pas à rappeler si ça se reproduit !". Ben oui bien sûr, des chats qui essaient d'ouvrir les volets des fenêtres et la porte, des chats assez gros pour rabaisser le grillage, et qui ont même trouvé le moyen de casser le détecteur de mouvements de la lampe au-dessus de la porte. D'ailleurs, tu as pu le constater toi-même ! On a même dû remplacer la lampe. »

« Ah oui, et tu crois qu'avec un deuxième chien, ça va résoudre le problème ? »  

« Avec un deuxième chien, je me sentirai plus en sécurité ! Et puis ça reviendra moins cher que l'agence de sécurité qu'on avait contactée. Ils sont venus nous établir un devis mais laisse tomber, c'est même pas la peine d'y penser...»

« Ecoute, ma fille, il va falloir trouver une solution. Là, je ne vais plus pouvoir continuer à t'aider. Tu te rends compte !? Le crédit de ta voiture, ton loyer, sans compter tous les à-côtés que je te paye. Tous les mois j'ai la boule au ventre. C'est pas compliqué, tes fins de mois commencent dès le début du mois, c'est un cercle vicieux. Ce n'est pas avec le mince pécule que te verse Pôle emploi que  vous allez arriver à vous en sortir à deux. Tu as pensé aux frais de véto supplémentaires et à l'achat des croquettes ? Je suis toujours à me demander comment je vais m'en sortir le mois suivant. A force de t'aider financièrement, mes maigres économies fondent comme neige au soleil. »

« Et puis ton copain, qu'est-ce qu'il attend pour se trouver un boulot ? Il n'a même pas touché le RSA le mois dernier... »

« Il attend une réponse pour sa formation d'agent de sécurité. »

« Ah ben, à mon avis, il peut attendre longtemps. J'ai pas l'impression qu'il se bouge beaucoup. Tu ne trouves pas que tu t'es fait avoir, sur ce coup-là ? Mais quelle idée aussi d'avoir quitté l'autre pour te remettre avec un qui n'a pas le sou ! Et ses leçons de code de la route, elles avancent au moins ? Je me demande vraiment s'il cherche à s'en sortir !...
Tu sais, ma fille, c'est bien beau, l'amour. C'est très bien aussi d'avoir des rêves mais on ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie. Et là, il va vraiment falloir trouver un moyen parce que vous êtes en train de me foutre sur la paille, tous les deux. »

« Oui Maman, je sais, je suis désolée de t'imposer tout ça. Je sais combien je te dois mais il y a toujours quelque chose qui se met en travers de notre chemin. Quand je pense qu'il y en a qui font des gosses rien que pour avoir les allocs… Je trouve ça scandaleux. Moi aussi, j'en voudrais bien, des enfants, mais pas comme ça ! Je ferai un bébé quand on aura une situation stable, pas avant ! »
Et la voilà qui éclate en sanglots…

« Oh non ma Pitchoune, ne pleure pas. Allez, ça va s'arranger, ne t'en fais pas. Je suis sûre que vous allez finir par vous en sortir. »

Ainsi conversaient une mère fatiguée et sa fille désabusée.

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12 novembre 2016

Souvenirs (Thérèse)


La maison familiale, c’est une atmosphère particulière qui m’accueille à chaque fois et où reviennent en cascades des résurgences du passé qui remontent à la surface.

Revoilà le jardin avec ses lignes de légumes bien ordonnés comme toujours. Le jardin, c’est l’espace de liberté. C’est un souffle d’air pur qui vient t’aspirer et t’englobe dans une bulle de bien-être et de paix.

Petite fille, je m’imaginais cheval sauvage galopant et je courais éperdue dans l’allée, de la cour jusqu’au bout du jardin, cette parcelle d’herbes sauvages qu’on nommait la pâture. Elle est d’ailleurs toujours là. L’été, Papa la coupait à la faux pour en faire du foin qu’on retournait patiemment jusqu’à ce qu’il soit bien sec. On engrangeait ensuite les bottes confectionnées dans le vieux grenier, en prévision pour la nourriture des lapins.

Et puis il fallait ramasser les pommes de terre qu’on étalait ensuite à l’abri pour les laisser sécher avant de les trier.
Combien j’ai passé d’heures à arracher les mauvaises herbes… J’aurais pu y rester des jours entiers, les mains dans la terre. Je faisais partie de la terre, j’étais la terre, cette terre noire que Papa déplorait toujours d’être trop pauvre, trop sèche mais qui me semblait si douce sous les doigts. Oui, il me semblait qu’elle faisait partie de moi.

L’été, armées de timbales et de longs bâtons munis d’un crochet, nous partions avec maman pour de longues excursions, dans les prés et les chemins de terre, pour traquer et déloger les délicieuses mûres sauvages dans les haies. Il fallait alors rivaliser d’adresse pour atteindre les plus hautes, les plus belles, les plus inaccessibles au parfum incomparable, celles qui se cachaient derrière les épines sournoises.
Nous admirions au passage les jolies épeires, ces arachnides aux couleurs variées qui attendaient, attentives et patientes, au milieu de leurs toiles tendues, espérant quelque insecte pour leur repas. Bizarrement, malgré ma phobie des araignées, celles-ci ne me faisaient pas peur. Au contraire je m’émerveillais devant les motifs inattendus qui les recouvraient. J’étais fascinée par leurs couleurs délicates, certaines ressemblant même à de petits bijoux confectionnés en perles.
Nous revenions, nos timbales remplies à ras-bord, les doigts rougis de notre cueillette sucrée, et le sourire aux lèvres, à la pensée des promesses de confitures, de tartes et de glaces parfumées.

Une fois l’automne et le froid revenus, nous attendions que les champs de maïs soient coupés et repartions de plus belle pour de longues escapades, à la recherche des épis oubliés. Il fallait faire vite, avant que le champ ne soit labouré, perdant ainsi à jamais les trésors qui y restaient enfouis.
Le mieux était de repérer tout d’abord les longues tiges couchées qui avaient échappé à la moissonneuse. Ensuite il suffisait de récupérer les épis qui restaient encore attachés. Pourtant nous étions bien souvent trompées par des enveloppes vides. Aussi, j’avais appris à tâter d’abord du bout du pied pour m’assurer de la présence des grains cachés sous les feuilles.
Parfois, ignorant les bouquets de tiges malmenées qui s’étaient couchées sur le sol argileux, je préférais marcher, tête baissée, le long des éteules piquantes pour rechercher le maïs dissimulé à demi dans la terre glaise. J’aimais ces longues marches à travers les champs, avec pour tout horizon le ciel à l’infini et les terres à perte de vue.
Nous repartions harassées mais heureuses, nos sacs remplis d’épis dorés qu’il faudrait ensuite ouvrir, faire sécher et égrener pour les lapins et pour les poules.

Le soir, une fois le souper terminé et la vaisselle faite, on s’installait tous pour lire chacun un livre. Mais mon plus grand bonheur, c’était d’attendre patiemment, avec Maman, la diffusion souvent très tardive, à la télévision, du film par excellence, celui qui nous récompensait de notre travail de toute la journée : le film de Science-fiction. Rien ne me faisait plus plaisir que cette attente fiévreuse en douce connivence.

Tous ces souvenirs, me direz-vous, sont une accumulation de travaux mais, pour moi, c'était surtout une source de plaisir partagé, tant pour l'entraide à nos parents que pour la satisfaction du travail accompli. Et aussi, comment rester insensible à cet air si pur de nos campagnes d'antan...

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