07 septembre 2013

Bonjour à tous ! (Stella NO.)

Aujourd’hui, je vais tricher un peu pour ce défi et réécrire quelque peu un article que j’ai posté sur mon blog cet été. Je suis en effet intriguée depuis toujours par un phénomène inexpliqué : La chaussure du bord de route.

N'avez-vous jamais remarqué ces chaussures esseulées? Ne vous êtes-vous jamais demandés d'où elles provenaient? Ou encore pourquoi elles sont systématiquement seules? N'avez-vous jamais rêvé d'une invasion de chaussures mutantes?

Hé bien moi, oui!!! Ce mystère m'intrigue et m'interpelle. Pourquoi y a-t-il des chaussures seules sur le bord des routes?

C’est pourquoi j’ai échafaudé différentes théories farfelues sur le sujet.

Ne seraient-elles pas en faire des chaussures espionnes? Dispersées ça et là, observant les voitures et leurs conducteurs. Elles seraient ainsi des balises d'observation extraterrestre dissimulées. Après tout quoi de mieux qu'une chaussure puisqu'il y en a des milliards sur terre.

Ou encore ne seraient-elles pas une nouvelle forme d'exécution? Elles sont usées jusqu'à la corde, n'est-ce pas? Comme si des personnes avaient été désintégrées sur place et qu’il ne restait de leur passage qu'une chaussure, unique survivante et témoin du drame.  

S’agiraient-ils plutôt d’avachis maladroits? Des imbéciles qui roulent en voiture, un pied par la fenêtre (le passager, hein, pas le conducteur) et perdraient leur chaussure à cause de la vitesse ?

Une autre théorie qui me plait bien : Une secte dont le but serait d'abandonner des chaussures une par une, ça et là, afin que des nouilles comme moi se posent des questions et en parlent sur leur blog? J'imagine aisément leur organisation secrète avec des forums secrets où les partisans évoqueraient leurs prochains attentats: "alors ma prochaine mission est de larguer une espadrille noire sur le bord de la A1 juste avant la sortie du Parc Astérix", "super, Secretshoes! Pour ma part, j'ai prévu de balancer un escarpin rouge accroché à une converse par dessus le fil électrique face à La Poste". Peut-être pourrais-je les infiltrer afin de satisfaire à ma curiosité ?

De façon plus terre à terre, ne serait-ce pas plutôt une blague à la con? Genre y'a un lot d’imbéciles qui s'amusent à balancer la chaussure de leur pote en roulant. Trop drôle, vraiment trop drôle… je n’aimerais pas avoir ce type de « potes ».

Dans un genre plus hippie, on a aussi la théorie des "épatés de la vie" qui découvrent lors d'une randonnée que ça serait vachement plus chouette de vivre en marchant pieds nus? Ca tient la route, tant qu’ils n'ont pas testé les gravillons et l'asphalte brulante! Et puis, zut, on est dans une époque d'écologie alors plutôt que de balancer ses chaussures, autant les faire recycler ou encore les déposer dans les containers d'Emaüs. En plus, on trouve souvent une seule chaussure donc j'ai du mal à imaginer que le mec continue à marcher clopin-clopant: un pied nu, un pied chaussé. Remarquez que du coup, quand le sol est chaud, on peut marcher à cloche-pied. C'est sportif, mais c'est plausible.

Il pourrait s’agir aussi d’un rassemblement de contestataires? Genre pour militer contre la disparition du tapis de souris, y'a des gars qui remplissent leur bagnole de vieilles chaussures et les balancent le long des routes. Les gars, ça serait plus clair si vous laissiez un petit mot avec les chaussures!!! 

Je me dis aussi que La chaussure du bord de route pourrait être un témoin direct d’une vieille  superstition? Il parait que "dans le temps", les mariées lançaient une chaussure à leurs demoiselles d'honneur, celle qui l'attrapait était sensée se marier dans l'année. Il s'agit donc peut-être de chaussures abandonnées par des demoiselles d'honneur qui ne se sont pas mariées? Enfin non… ça ne tient pas la route car il y a aussi des chaussures masculines. Par ailleurs, de nos jours, on balance plutôt un bouquet de fleurs, ça fait moins mal quand tu te le prends dans la tronche…

Mon côté enfantin me dit que l’explication est plutôt à trouver dans les histoires fantastiques. Celle-ci s’intitulerait Shoes Story. Peut-être que comme dans Toy Story où les jouets s'animent, les chaussures ont une vie en dehors de nos pieds! Peut-être que parfois elles en ont marre de vivre à deux. Comme dans tous les couples il y a des hauts et des bas, et puis elles ne se voient pas souvent: quand l'une est devant, l'autre est derrière et vice versa. C'est pas évident de s'entendre dans ces conditions… Peut-être aussi que parfois, elles ne supportent plus leur boulot si ingrat: odeur, humidité, ongles mal coupés, griffures, coups, pluie, boue… Y'a de quoi péter les plombs et tenter une fugue. Mais souvent, le plus dur est de revenir et certaines échouent lamentablement sur le bord des routes. Triste histoire… Toy Story c'est plus sympa quand même.

Pour terminer dans mes théories sérieuses sur le sujet, il y a aussi celle liée à la désinvolture de l'humanité. L'être humain n'est-il pas tout simplement négligent? Jeter ses vieilles chaussures sur la route, comme certains jettent leurs papiers, leur chewing-gum ou leurs emballages McDo. L'être humain, dans toute sa splendeur, égocentré au possible, insensible aux effets à long terme de ses actes. "D'autres répareront mes erreurs" ou "D'autres feront à ma place". Illusion de l'invulnérabilité. Quel bel effet de groupe!

Finalement, la Chaussure du bord de route serait un bon thème de recherche en psychosociologie!

Ste

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06 juillet 2013

Façon Benjamin Franklin* (Stella No.)

Il avait rendez-vous en ville pour régler les derniers détails du divorce, mais son fils de 4 ans avait eu la bonne idée de le tartiner de chocolat juste au moment de partir. Il s’était changé précipitamment et s’était garé aussi proche que possible du cabinet d’avocat. En sortant de la voiture, il avait aperçu sa future ex-épouse arriver avant lui alors il s’était dépêché de la rejoindre. De la poche de sa veste, il ne vit pas tomber le galet en forme de cœur que son fils lui avait offert après une journée à la plage le week-end précédent.

Elle faisait tranquillement les boutiques pendant sa pause-déjeuner lorsqu’elle trébucha sur un caillou. Se penchant pour observer sa cheville endolorie, elle s’aperçut que la lanière de sa sandale était arrachée. Elle entortilla le lien de cuir autour de sa cheville et claudiqua jusqu’au magasin d’à-côté.  Après avoir essayé quelques paires de chaussure, elle finit par porter son dévolu sur des spartiates très confortables. Non soldées, évidemment.

Il sortit de son rendez-vous passablement énervé. Cette fois encore,  le partage des meubles avait donné lieu à des débats houleux. La tête plongée dans de sombres fantasmes agressifs, il n’aperçut pas cette femme qui sortait en sautillant joyeusement du magasin de chaussures.

Elle descendait les marches du magasin en observant gaiement ses pieds sertis de ses nouvelles spartiates lorsqu’elle entra en collision avec un obstacle chaud et musclé. Dans un entremêlement de membres, l’homme marcha sur ses jolies chaussures et spontanément, elle le gifla de toutes ses forces.

Il resta abasourdie de la réaction de cette furie et l’observa s’éloigner en pestant et vociférant. Il secoua la tête pour chasser l’évènement : il avait déjà bien assez de soucis comme ça. Puis il retourna à sa voiture. C’est là qu’il aperçut le galet de son fils sur le sol et qu’il le récupéra.

Elle retourna à son bureau, n’ayant plus goût à faire les boutiques et ayant la cheville douloureuse. Il lui restait à peine une heure avant son prochain client et il fallait absolument qu’elle parvienne à se calmer.

Il passa prendre son fils à la maison afin de l’emmener chez le psychologue. Son épouse y tenait depuis que son fils avait commencé à poser des questions au sujet de leur divorce.

Elle prit une grande inspiration et ouvrit la porte de la salle d’attente. Un garçonnet et son père patientaient en jouant avec un caillou qui lui sembla affreusement familier.

Il sut que quelque chose n’allait pas au moment même où il leva les yeux vers elle. Elle avait les lèvres entre-ouvertes, les narines pincées et les joues rouges.

Elle s’admonesta intérieurement avant de parvenir à sourire à les inviter à entrer.

Il remit le galet dans sa poche et prit son fils par la main. En saluant la jeune femme, il fut attiré par une lueur brillante sur le sol. Il reconnut les chaussures.

Elle sut qu’il avait fait le lien au moment même où il baissa les yeux vers ses chaussures. Il eut un petit hoquet et ses joues rougirent.

S’installant sur le canapé, face à la jeune femme, il osa dire : « Jolies chaussures ».

Elle répondit : « Joli caillou ».

 

 

Il prit la jolie boite rouge et la glissa dans la poche de sa veste. Il avait décidé de l’emmener au restaurant et de lui faire sa demande là-bas.

Elle avait très bien compris ce qui l’attendait ce soir-là, alors elle avait mis ses plus jolis dessous et s’était entraînée fébrilement  à dire « oui ».

Il attendit le moment du dessert, ayant tout à fait conscience de l’impatience de sa compagne. En lui tendant la jolie boite rouge, il lui posa la question fatidique.

Elle accepta avec un grand sourire le présent et dit « oui » avant même d’ouvrir la boite.

Il l’embrassa tendrement et insista pour qu’elle découvre le trésor caché.

Elle ouvrit la boite un peu maladroitement puisque ses yeux étaient embués de larmes et que ses doigts refusaient de coopérer. Dans la jolie boite rouge, elle découvrit un galet en forme de cœur, offert par un petit garçon de 4 ans à son papa. Un caillou responsable d’une cheville tordue, d’une chaussure cassée, d’un budget entamé, d’une collision brutale, d’une gifle spontanée, et d’une rencontre  démarrant sous de mauvais auspices. Saisissant le précieux objet, elle murmura : « Tout cela pour un simple caillou ».

 

Notes:

*  «  À cause du clou, le fer fut perdu.
À cause du fer, le cheval fut perdu.
À cause du cheval, le cavalier fut perdu.
À cause du cavalier, le message fut perdu.
À cause du message, la bataille fut perdue.
À cause de la bataille, la guerre fut perdue.
À cause de la guerre, la liberté fut perdue.
Tout cela pour un simple clou. »
Benjamin Franklin.

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29 juin 2013

Partage (Stella No.)

Difficile escalade que d'atteindre le sommet des Dunes du Pyla, mais au bout de l'effort: un panorama époustouflant et parfois une belle surprise.

Ste

 

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15 juin 2013

Inside (Stella No.)

Sur les deux écrans géants se jouait une scène digne du meilleur mélo :

 

« Ca fait des semaines qu’on fait semblant, Stella. Il est temps de  mettre un terme à cette mascarade.

Nous deux, c’est fini depuis longtemps, il faut qu’on mette les choses au clair. Que toi et moi, on sache où nous en sommes… »

 

L’alarme retentit alors, faisant sursauter les spectateurs.

 

-      Aller, les gars c’est le moment ! Hop hop hop, on s’active !, hurla le chef d’équipe.

 

Comme un ballet très souvent répété, chacun courut vers son poste.

 

-      Equipe 1, titiller moi la glande, faut qu’on ait suffisamment de jus !

Equipe 2, balancer le chlorure de sodium. Et cette fois, n’en mettez pas trop car la dernière fois, elle a eu les yeux irrités plusieurs heures.

Equipe 3, on a encore des protéines à refourguer ? Non ? Merde, ça ne va pas les gars !!! Bon des enzymes alors ? Ok, c’est bien les enzymes, mais je veux des protéines la prochaine fois !

 

Le chef d’équipe s’interrompit, le temps d’assister à la mise en place du mécanisme. Levant les yeux, il constata qu’une brume liquide avait envahi les écrans et que la scène n’en était que difficilement visible.

 

-      Bon ok, c’est parti. On balance la sauce une minute et on avise.

 

« Je comprends, Chéri, je t’assure, mais je ne peux pas m’empêcher de pleurer. Ce qu’on a vécu toi et moi, ça disparait pas comme ça… ».

 

-      On reprend les gars, ouvrez les vannes !, beugla de nouveau le chef.

 

« Stella, moi aussi ça m’attriste mais il faut se rendre à l’évidence. On s’adore tous les deux, mais on ne s’aime pas vraiment. Je ne t’apprends rien, tu le sais. »

 

-      C’est bon, ça se calme. Et dites aux autres d’y aller mollo sur les joues rouges.

Bon sang ! Trop de chlorure de sodium, Bob, fais gaffe !

 

« T’as raison… ça va être difficile mais je sais que tu as raison ».

 

-      Ouf, cette fois, j’ai bien l’impression qu’on va être d’astreinte moins longtemps les gars !

Equipe 4, surtout faites-moi bien le ménage après. Il restait trop de saleté la dernière fois. On a un contrôle qualité bientôt, je ne veux plus aucune trace de médoc !

 

Observant les écrans, il reprit :

 

-      Allez, on en remet un coup et ça devrait être bon.

 

Le chef d’équipe osa enfin relâcher la pression. Tout s’était déroulé sans trop de problème cette fois.

Quel métier éprouvant que celui de faiseur de larmes, quand même !

 

***********

Ste

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08 juin 2013

Façon coquine : (Stella No.)

Ste
L'Apollonide - Souvenirs de la maison close

 

"Dans le salon de Madame des Ricochets

Les miroirs sont en grains de rosée pressés

La console est faite d'un bras de lierre

Et le tapis meurt comme les vagues.

 

Dans le salon de Madame des Ricochets

Les gentlemen sirotent un vieux bourbon

Les dames minaudent et séduisent

Tandis qu’un pianiste joue en sourdine une étrange mélopée.

 

Dans le salon de Madame des Ricochets

Un homme saisit une dame par la main

Et l’allonge sur lui, ventre contre ses genoux

Lui soulevant les jupons, il lui assène une fessée.

 

Dans le salon de Madame des Ricochets

Certains exultent à regarder l'excitant spectacle

Tandis que d’autres débutent cette antique danse

Corps contre corps, langueur et soupirs, transe érotique.

 

Dans le salon de Madame des Ricochets

L’odeur de l’alcool et du désir excite ces hommes si soignés

Ils ont le contrôle, ils ont le pouvoir, ils ont payé

Ils peuvent choisir de gratifier ou bien de punir.

 

Dans le salon de Madame des Ricochets

Avec violence ou tendresse, les gentlemen prennent leur pied

Et Quand sonne Madame des Ricochets

Le rituel est clair: les gentlemen suivent les prostituées.

 

Dans le salon de Madame des Ricochets

Il ne reste plus personne, les dames assouvissent tous les fantasmes

A l’étage, les soupirs et les cris sont feutrés

Et nul ne doute que les gentlemen obtiennent ce pour quoi ils ont payé."

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01 juin 2013

La traversée (Stella No.)

Cher journal,

 

Cela fait maintenant 5 jours et 6 nuits que nous avons quitté La Havane pour la Floride. Les passeurs nous avaient dit que la traversée ne serait pas longue et que les conditions étaient optimales. Mais nous avons essuyé deux tempêtes. Nous avons dû jeter de nombreux corps à la mer dont de très jeunes enfants. Après la panique, les gens semblent à présent sidérés. Je vois les visages qui se creusent et la couleur qui s’efface de nos peaux bronzées. Rien à voir avec le soleil, c’est la peur qui nous blanchit. Les passeurs nous ont demandé de l’argent. Beaucoup d’argent. Et nous n’avons ni nourriture ni eau. Un nourrisson a succombé après que sa mère n’ait plus eu de lait à lui donner. Ce fut atroce. J’entendrai toujours ses hurlements et je me souviendrai longtemps du silence qui a précédé son saut dans l’eau glacée. Son enfant et elle ont disparu très vite. Chacun s’observe, s’attendant à ce qu’un autre saute volontairement de l’embarcation. Il faut dire que nous sommes très nombreux. Trop pour une telle barque. Lorsque la première tempête a enlevé une dizaine de personnes, nous avons pu avoir suffisamment d’espace pour respirer. Lorsque la seconde a emporté la moitié des hommes restants, nous avons pu allonger nos jambes et nous dégourdir les membres. Le froid nous pénètre de partout. Nos vêtements sont humides et sentent le moisi. Je sens que des crevasses se forment sur mes pieds et mes mains. Je ne veux pas regarder, je ne veux pas connaître les dégâts. J’ai entendu les passeurs dire qu’une autre tempête allait nous frapper, plus violente encore. Ils hésitent à nous laisser là et à repartir. Nous ne sommes que du bétail à charrier. La peur d’être pris par la police en devient secondaire. Il faut déjà survivre à une troisième tempête, à la faim, à la soif. Que je puisse encore écrire dans mon cahier protégé par un vieux plastique tient du miracle. Et puis de toute façon, il est hors de question de retourner à La Havane. Je n’ai pas sacrifié tout ce que j’avais pour repartir là-bas. Si la police arrivait, il me resterait toujours le seul trésor que j’ai emporté avec moi : le coutelas de mi abuela. Que Dios me perdone !

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25 mai 2013

Participation de Stella No.

Comme chaque soir après le travail, je monte dans le train pour rentrer chez moi. Cela fait plusieurs mois maintenant que j’emprunte ce trajet, je ne fais plus attention à ce qui m’entoure. Le rituel est toujours le même : m’asseoir là où il y a une prise de courant, allumer mon ordinateur et profiter de cette heure perdue pour en faire quelque chose de productif : travailler.

C’est le lot de tous les cadres : le blackberry toujours allumé et l’ordinateur portable à moins d’un mètre.

Je suis un peu lasse de cette vie de dévouement au travail mais c’est le seul que j’ai trouvé après plusieurs mois de galère et si je me donne à fond maintenant, cela me permettra de gravir les échelons et de coordonner toute une équipe plus près de chez moi. Alors je fais contre mauvaise fortune bon cœur : je m’installe et allume mon ordinateur.

J’ai à peine lancé Mozilla qu’une alerte sonore se fait entendre en même temps qu’une petite fenêtre s’ouvre dans un coin de l’écran : Vous avez un message, indique-t-il.

J’ouvre très vite ma boite mail. Professionnelle évidemment. Et ce que je découvre me fait ressentir des émotions depuis longtemps refoulées : une légère pointe d’angoisse mêlée à l’inconfort de l’excitation. Je lis :

 

«  Chère Stella,

Chaque soir, je vous observe prendre la même place, ouvrir votre ordinateur et travailler comme si la fin du monde en dépendait. Peut-être est-ce ce que vous faites d’ailleurs, auquel cas je vous prie d’oublier ce mail et de retourner à votre besogne. Si vous n’êtes pas en train de sauver des vies alors sachez qu’il y a tout près de vous, une personne qui voudrait vous détourner de votre écran et faire votre connaissance. »

 

Le mail n’est pas signé. L'adresse mail m'est inconnue.

Je lève doucement les yeux de l’écran et observe très vite mes co-transportés. Cela fait des mois que je ne les vois plus. Je suis incapable de dire lesquels sont les habitués et lesquels sont les occasionnels.

Il y a ceux qui dorment, ceux qui lisent, ceux qui parlent au téléphone et ceux qui discutent entre eux.

Il y a ceux qui ont un téléphone dans la main ou posé près d’eux. Mais aucun n’a d’ordinateur portable.

Ce jeu m’amuse et m’effraie à la fois.

Il y a cet homme qui ne fait rien de particulier. Est-ce lui ?

Il y a celui-là qui est accroché à son sac, comme si il allait très vite partir de sa place. Est-ce lui ?

Je m’attarde sur un groupe de trois jeunes filles qui se vernissent les ongles. Je souris de leur exubérance et de leur fraicheur.

Une nouvelle alerte sonore retentit :

 

« Chère Stella,

Vous chauffez. Continuez, vous y êtes presque. »

 

Je rougis immédiatement en me morigénant intérieurement. Quelle bécasse, je fais !

Il a raison, les mots m’excitent : je chauffe en effet.

Mais quel sens cela prend-il ? Je ne connais même pas leur auteur !

Il n’empêche que je suis prise au jeu maintenant.

Je porte mon regard de nouveau sur les trois jeunes femmes.

Et comme si quelque chose s’éclairait soudainement, j’aperçois un homme derrière elle. Je ne le vois pas vraiment : il est brun, c’est tout ce que je peux distinguer.

Je le fixe quelques instants: je suis dans l’attente d’une réaction de sa part.

L’alerte sonore se fait encore entendre :

 

«  Chère Stella,

Si celui-ci est à votre gout alors je n’ai aucune chance. Je suis blond. »

 

Mes doigts tremblent et mon cœur bat rapidement.

Je me dépêche de faire de nouveau le tour des passagers, je les fixe rapidement les uns après les autres. Je ne vois pas d’homme blond !

La panique me prend, je ne comprends pas ce qu’il m’arrive.

Lle contrôleur arrive, interrompant cette montée d'angoisse.

Je lève les yeux : il est blond. Yeux bleus. Magnifique. Splendide.

J’en reste sans voix. Pas lui :

 

-          Chère Stella, il était temps que vous leviez les yeux vers moi. Chaque soir, je vous demande votre carte. Chaque soir, vous me la tendez sans même me regarder.

Demain, je ne travaille pas mais je prendrai ce train. Et si vous êtes d’accord, pourrai-je m’asseoir avec vous ?

 

Il a un sourire franc, une petite fossette sur la joue et ses yeux pétillent de malice après le jeu qu’il vient de m’imposer.

Les papillons dans mon ventre sont de plus en plus pressés d’être libéré alors je réponds avec un petit sourire :

 

-          J'ai votre adresse e-mail, je vous enverrai un message.

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18 mai 2013

Participation de Stella No.

Cela fait soixante-dix ans que l’on m’a accroché ici.

   70 ans que je préviens les gens de faire attention à leur tête.

   J’en ai vu passer des toqués, des frappés, des cognés et même quelques écervelés.

   Pourtant je les préviens.

   Ce n’est pas comme si je n’étais pas là.

   Mais non, il y en a toujours pour ne pas me voir.

   Alors chaque jour, je les observe.

   Il y a ceux qui pleurent, ceux qui hurlent, ceux qui vocifèrent.

   Il y a ceux qui ne disent rien mais regardent autour d’eux pour être sûr que personne ne les a vu.

   Il y a ceux qui crient au scandale et menacent de faire un procès à mon maître.

   Il y a ceux qui me regardent comme si je leur avais joué un mauvais tour.

   Il y a ceux qui rient de leur bêtise. Mes préférés, ceux-là.

   Au début, je me moquais silencieusement.

   Mais après 70 ans, je commence à être las.

   Je ne rêve que du jour où je prendrai ma retraite.

   Chaque fois que mon maître passe sous moi en courbant la tête, j’espère qu’il vient me décrocher.

   Pour l’instant, je n’ai pas eu ce bonheur.

   Alors j’attends.

   J’attends patiemment : observant les têtes abimées de ces gens trop pressés pour regarder un malheureux panneau de bois qui ne leur veut, pourtant, que du bien.

 

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11 mai 2013

Participation de Stella No

« La jeune fille s’était levée pour saluer sous les bravos et les vivats. Le concert était fini. Debout, les auditeurs applaudissaient à tout rompre, criaient «bis », « encore » et refusaient de partir ».

J’observe le public en me racontant mon histoire. J’observe ces gens qui m’acclament, inconscients de mes tromperies.

Je suis devant eux, souriant à l’excès et rendu fébrile par l’adrénaline. Comme toujours le concert a été parfait. Ma voix n’a pas failli, j’ai atteint les notes les plus difficiles, j’ai su jouer tantôt de la basse, tantôt du piano et reproduire les chorégraphies. J’avais encore une fois démontré le plein potentiel de Cassie Jones. Sans aucune fausse note.

Je vais leur dire la vérité. Je suis décidée. J’ai fait tant de mal à ceux qui m’aiment vraiment.

Je prends ma respiration et réclame le silence. Les musiciens me regardent interloqués : je n’avais jamais fait cela. D’habitude, je suis plutôt pressée de faire couler le champagne en coulisse.

Voilà, la bombe est lâchée. Il n’y a aucun bruit dans la salle. En fait, non : c’est moi qui suit sourde aux huées du public. Je m’enfuis lâchement tandis que mon manager de père accoure pour … pourquoi au juste ? Leur dire que lui aussi a toujours menti ?

Peu importe. Je me réfugie dans ma loge et m’observe longuement dans le miroir. Cette fois, nous y sommes : plus personne ne m’attendra sur scène, ni nulle part ailleurs. Les milliers de personnes, qui voulaient être moi hier, ne voudront plus me connaître. C’est à ma sœur d’être leur idole, cela aurait dû toujours être elle.

J’ai toujours envié Hannah, dès l’enfance. Elle pouvait faire ce qu’elle voulait. Moi, je devais toujours être« comme il faut » : toujours être polie, agréable, parfois même séductrice pour que mon père obtienne des contrats. Souvent, j’ai jalousé Hannah jusqu’à en devenir folle : elle avait un physique banal, ce qui la rendait libre vis-à-vis de mon père. Moi, avec mes atouts, je devais être son appât, comme il disait. J’ai fait des choses dont je ne suis pas fière. La pire fut de prendre la place d’Hannah. A l’époque, ça ne me semblait pas si compliqué : moi, la jolie sœur, je devais être la chanteuse qui faisaient fantasmer les hommes et qui inspiraient les femmes. Je devais chanter sur scène en play back, tandis qu’Hannah, celle qui avait le vrai talent, chantait en coulisse. J’ai profité du prestige, des lumières, des cadeaux, des amants et de tout le reste, alors qu’Hannah n’était que ma grande sœur que la presse me félicitait d’avoir généreusement employée malgré son physique disgracieux.

Je devrais être heureuse pour Hannah, elle va enfin pouvoir vivre dans la lumière et profiter de ce qui lui revient de droit. Mais je suis malheureuse. On pourrait penser que j’ai eu suffisamment de bénéfices depuis toutes ces années, mais cela représentait avant tout des sacrifices. Et puis… comment profiter de ce que je volais à ma propre sœur ? Je mérite d’être seule et montrée du doigt comme la vilaine usurpatrice que je suis.

Que faire à présent ?

Je suis toujours devant mon miroir, je ne sais pas depuis combien de temps je suis là. Tout ce que je vois, ce sont mes souvenirs : les bons, les mauvais. J’aimais être acclamée puis après je pensais à mon Hannah, dans l’ombre, et je m’en voulais.

Je voudrais qu’elle me pardonne, mais comment faire ?

J’ai une chanson dans ma tête, une chanson que je voudrais chanter, moi. Mais je sais que je ne suis pas une chanteuse et ça me fait mal de n’être rien.

Une lettre ? Non, Hannah ne la lirait même pas et je crains d’oublier des choses importantes.

Un livre ? Oui, un livre, voilà ce que je vais faire, écrire! Ecrire le livre de nos vies, écrire la vie d’une chanteuse merveilleuse, de son père machiavélique et de sa sœur déplorable. Et dans ce livre, j’y mettrai les mots de ma chanson à moi, des mots sincères, des mots d’amour, des mots pour obtenir le pardon d’Hannah.

 

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