18 février 2012

Escapade salvatrice (SklabeZ)

 

Tout au long de l’année, les semaines de travail s’enquillent inlassablement, toutes plus harassantes les unes que les autres. Quand la pression et le stress deviennent insupportables, je ressens alors un besoin urgent de me ressourcer, de couper avec l’implacable routine.

 

La dernière fois que ce besoin s’est manifesté, c’était en mai dernier.

 

Dans l’après-midi, n’en pouvant plus, je laisse tout en plan et saute dans mon véhicule. Un rapide passage au domicile pour me changer et revêtir ma tenue de randonneur, je commence déjà à respirer.

 

Direction les montagnes d’Arrée, à peine une heure de route. Elles n’ont de montagne que le nom et le point culminant, le Roc’h Ruz (rocher rouge) domine toute la Bretagne de ses 385 m à peine.

 

Je me dirige vers son petit frère, le Roc’h Trevezel (rocher de la Trève) déchu récemment de son titre de point culminant pour une toute petite dizaine de centimètres.

 

Malgré la faible altitude, ces monts d’Arrée offrent un véritable paysage de montagne avec de grandes étendues sauvages et désertiques rappelant par bien des points ceux de l'Écosse ou de l’Irlande.

 

Arrivé à destination, je laisse ma voiture dans une petite zone à l’herbe rase, délimitée par quelques pierres alignées et aménagée en lieu de stationnement.

 

L’air est vif et un léger vent frais de noroît balaye la zone en poussant les nuages. J’admire le panorama et je m’imprègne du caractère rude et sauvage de ces paysages. La vue est magnifique et on aperçoit au loin, Saint-Pol-de-Léon et ses trois célèbres clochers, celui solitaire du Kreisker, le plus grand et les jumeaux de la cathédrale Saint-Pol Aurélien. Ils se découpent sur le fond bleu de la mer, la Manche.

 

Je m’engage dans un petit sentier bordé de murets recouverts d’herbes. De-ci, de-là, la lande est parsemée de blocs de grès ou de granit qui semblent émerger du sol.

 

Je m’enfonce dans cette lande et je me sens de plus en plus seul dans cette immensité calme et sauvage. Au bout d’un moment, je repère un gros bloc de granit un peu à l’écart du chemin. Je me dirige vers lui et je m’y adosse. Ma position est agréable, à l’abri du vent, tout est calme et silencieux. Je ne bouge plus, j’observe. Petit à petit, l’animation revient.

 

Le premier à se manifester est le tarier pâtre, il y en a beaucoup dans la région. Il a pour habitude de se percher pour localiser d'éventuels prédateurs mais aussi pour chasser. À mon arrivée, ils s’étaient postés à bonne distance, sur des monticules ou des roches alentour pour me surveiller. M’étant fait oublier, je peux maintenant les observer. D’un vol rapide ils quittent leurs postes d'observation et viennent happer les insectes au sol, pour rejoindre aussitôt leur perchoir favori.

 

De mon point d’observation, je peux aussi observer longuement le vol des busards cendrés. En ce début de période de couvaison et d’élevage des jeunes, le mâle vient ravitailler en nourriture la femelle. Je regarde avec admiration leurs magnifiques acrobaties aériennes, leur ravitaillement se faisant dans les airs. Je ne perds rien du spectacle fantastique qui s’offre à mes yeux émerveillés, je savoure ! Mes tracas du boulot sont loin.

 

La soirée s’avance, il me reste à peine une petite heure avant la tombée de 1a nuit. Je me suis placé face au vent pour être encore plus discret et ne pas être repéré par les animaux qui ont l’odorat et l’ouïe très développés.

 

J’aperçois soudain un jeune renard, il ne bouge presque pas. Il a dû repérer un petit rongeur, campagnol ou musaraigne. Brusquement, d’une cabriole, il l’attrape, on dit qu’il mulotte, imparable ! Il ne m’a pas vu ni senti, il s’approche de moi. Je suis immobile et retiens ma respiration, mon cœur bat à tout rompre, c’est un grand moment ! Il est à cinq pas de moi. Je pourrais presque le toucher, je le sens presque, il est magnifique

Zut, j’ai bougé ! Il a disparu en moins d’une seconde.

 

C’en est fini pour aujourd’hui !

 

J’ai eu ma dose d’émerveillement et rechargé mes batteries de sérénité. Je suis calme et zen à nouveau.

 

Demain je serai plus léger en allant travailler.

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11 février 2012

Son téléphone sonne et vibre (SklabeZ)

Mon téléphone sonne.

Même pas besoin de regarder le numéro qui s’affiche.
 
Cette sonnerie me transforme immédiatement et l’émotion m’envahit. Cette sonnerie de téléphone qui ne concerne qu’un seul appelant, une personne, une amie.
 
Un peu plus qu’une amie pour moi puisque j’en suis profondément épris mais elle ne le sait pas encore. Mon amie m’appelle pour me demander si j’ai arrêté mon choix de déguisement pour notre prochaine soirée à thème.
 
Elle m’appelle de son téléphone portable. Un portable que je déteste et dont je suis affreusement jaloux. Quand nous sommes ensemble, elle me le prête volontiers car elle sait que j’aime le prendre dans mes mains, le tourner dans tous les sens, le caresser. Elle croit que j’éprouve une certaine attirance pour lui, pour ses formes douces.

Il n’en est rien.

Je déteste son portable, il est toujours verrouillé, fermé à double tour. Il ne me dit jamais rien sur elle. Je souffre, j’en suis affreusement jaloux et je rêve de le remplacer dans son intimité avec elle. Aussi, quand elle m’a appelé, sa question a fait tilt et je crois que j’ai maintenant ma petite idée… je vais me déguiser en téléphone portable.
 
Comme elle me tourmente beaucoup et perturbe toutes me nuits, je crois que je suis à point et dans les meilleures dispositions pour endosser ce rôle et l’habit de son téléphone. C’est aussi une heureuse coïncidence puisque elle ne devrait pas tarder à le remplacer. Il commence à se faire un peu obsolète.

Perdu dans son sac à main et en compagnie de son bâton de rouge à lèvres nous pourrions échanger des confidences sur sa bouche que nous connaissons parfaitement tous les deux et dont nous sommes amoureux.

Quelle félicité que d’être aussi, bien au chaud au fond de sa poche ou au creux de sa main, ou tout contre son sein sous son maillot, l'été, ou encore abandonné dans ses jupons parfumés.

Être en contact permanent avec sa chair, tout contre elle, contre son corps doux et chaud. Ce contact qui la fait se pâmer.
 
Contact encore quand elle m’enlace de ses mains brûlantes et me serre et me palpe avec tendresse, quand elle me caresse de ses doigts fins et sensuels en composant un numéro, en tapant un texto ou en faisant défiler les pages web. Je suis saisi de vertige.

Lorsqu’elle m’utilise, je ressens le souffle chaud de son haleine, je peux alors caresser son visage tout contre moi, enivré de son parfum et bercé de sa douce voix, sa belle voix cristalline. Tout près de ses yeux et de ses lèvres, je sens monter une irrésistible envie de l’embrasser.
 
Je la regarde dans les yeux lorsqu'elle se filme ou se prend en photo pour ses copines. Je suis le premier au courant de tous ses clichés, les plus pudiques comme les moins avouables.

Je suis son premier confesseur et je sais tout sur elle, ses soucis, tracas du moment, ses élans, ses émotions.

Ses confidences aussi lorsqu'elle me fait des infidélités et parle langoureusement à un sombre abruti dont je ne veux même pas retenir le nom et que par un malin plaisir je vire de son répertoire.

Je partage ses goûts musicaux et je danse avec elle tantôt langoureusement, tantôt frénétiquement… je la regarde danser et sourire.

Je sonne et je vibre pour elle.

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04 février 2012

Sortie sur l'île de Molène (Skl@beZ)

 

Dès potron-minet, en cette première journée d'un week-end de juillet, je décide d'emprunter une vedette qui, tous les sept jours en été, effectue une mini croisière depuis le port de commerce de Brest jusque l'île de Molène.

En cette demi-heure qui précède le moment de pousser du bord, se pointent les touristes que leur déguisement multicolore nous permet d’identifier entre tous. On voit bien que ce sont essentiellement des juillettistes, leur comportement est un peu fébrile. Boîtiers photo numériques et systèmes de prise de vues vidéos portés en bretelle comme une musette, ils se morfondent et espèrent quitter le ponton le plus vite possible. Empressés, ils guettent ce moment très désiré.

Dès le coup de sifflet que donne un vieux mousse loup de mer, ils se pressent tous sur tribord pour contempler les boscos choquer les élingues sur les bittes.

Et vogue l'esquif !

Et l'on se précipite, qui sur l'extrémité du pont supérieur de poupe, pour espérer ne rien perdre de cette belle vue sur cette mer d'Iroise, qui en coursive pour éclipser l'éventuel écœurement que donne si souvent cette mer, qui étendus sur de moelleux sièges pour s'efforcer et tenter de continuer leurs rêves qu’une sonnerie de réveil intempestive vint interrompre trop tôt.

Nous voguons en premier lieu en zone protégée d'un brise-vent, frôlons une jetée et nous voici en pleine mer. Route ensuite sur une presqu'île de Crozon et ses fichus submersibles, les redoutés SNLE de type Terrible et Inflexible, qui utilisent  le procédé de fission comme moyen de propulsion. L'Île Longue est vite derrière nous. Nous embouquons ensuite le goulet resserré entre cette pointe des Espingouins (comme on dit chez les ti-zefs) et le feu du Portzic. Le temps est splendide, brise légère, mer d'huile. Les contours du bord de mer sont toutefois un peu estompés et embrumés, ce qui, ici, est nul doute un bon pressentiment pour le suivi des événements.

En effet, lorsque nous nous présentons en proximité de Béniguet puis de Térénez, plus de brume ! Elle s’est dissipée et nous distinguons très bien le feu des Trois Pierres tout près de Molène. Quelques delphinidés espiègles et moqueurs nous précèdent en une joyeuse escorte.

Un dernier louvoiement pour éviter quelques écueils bordés d’écume et nous touchons terre, sur le môle. Nous nous précipitons sur cette petite île et nous dispersons illico, en quête de sérénité et de quiétude dont nous sommes privés sur le continent.

Je sillonne les ruelles étroites qui longent les bicoques serrées et toutes blotties contre leurs voisines. Je me dirige vers une étroite zone couverte d'herbe courte et drue et découvre, infesté de bouillées ocres de séneçon et quelques centrophylles bleues, un vieux four de goémonier. Vieux four, vestige d'une époque où nous recueillions l'hydroxyde de sodium  des fucus et phéophycées récoltés sur le cordon de grève lors des reflux de syzygie.

Sur le côté opposé du bourg on distingue une minuscule église qui côtoie  des vestiges de menhirs, disposés en ligne. Près de l'isthme qui semble couper l'île en deux, est érigé un monument en forme de croix. Il commémore le dévouement de tous ceux qui, lors des deux dernières guerres, ont donné leur vie pour que leur île, leur région et leur république restent libres.

On dit que vents, embruns et intempéries de toute sorte dérouillent et pilonnent cette île, je conserve toutefois de mon excursion un souvenir délicieux et ensoleillé.

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28 janvier 2012

Le gang des ombres (SklabeZ)

 

Pour les djeun’s de cette cité d’une ville bourgeoise de province, il n’y a pas grand-chose à faire et les distractions sont rares. Comme tous les soirs, Lola après avoir expédié son frugal dîner embrasse sa petite sœur et, sans un mot pour ses parents enfile son blouson et sort de l’appartement. Ses parents, rivés sur la télé ne lèvent même pas les yeux. Ils s’en foutent de leur aînée, leur « petite pute » comme l’appelle son géniteur. L’habitude !

 

Freddy l’attend en bas de la tour. Ils iront ensuite rejoindre le reste de la bande dans leur repère favori, une cave qu’ils se sont appropriés et qui leur sert de lieu de vie.

 

Après avoir explosé ce qui tenait lieu de serrure, ils l’ont meublée de bric et de broc, des vieux matelas, un divan éventré, trois chaises bancales et quelques caisses renversées en guise de table de salon.

 

Tout au fond du couloir du sous-sol, ils ne dérangent personne. Ils peuvent écouter, à donf, leurs musiques préférées, danser le hip hop, boire leurs bibines trafiquées et fumer quelques pétards. Ils sont bien ainsi et c’est comme ça qu’ils tuent le temps.

 

Cette cave se trouve dans la tour la plus ancienne de leur cité à cinq minutes de marche de chez elle. Lola ne peut s’y rendre seule. Bien qu’elle n’ait que quinze ans, elle serait, paraît-il, une fille de mœurs légères et dans les autres bandes du quartier,  nombreux sont ceux qui aimeraient lui donner une correction. C’est pour ça qu’elle se fait accompagner de Freddy. Tout le monde le respecte, lui. Il est grand et il est fort, dix-sept ans bien tassés. C’est le chef de la bande ! C’est le chef de la bande et il a des vues sur Lola qui est la seule fille du groupe.

 

Lola éprouve un peu de tendresse pour Freddy, mais sans plus. Et puis avec lui elle se sent en sécurité et elle ne risque rien. 

 

Aujourd’hui, Freddy n’est pas comme d’habitude. Il ne lui raconte pas ses embrouilles de la journée. Il ne dit rien, il n’a pas l’air dans son assiette. Lola se dit qu’il est peut-être encore vexé de ce qu’elle lui a fait la veille. Un peu trop shooté et trop entreprenant, elle l’avait repoussé sans ménagement, et devant les copains en plus !

 

Lola est la mascotte du groupe et elle aime bien voir les gars lui tourner autour, la draguer, elle n’hésite pas à les allumer, ça lui plait. Mais quand ça va trop loin, stop ! Elle n’est pas prête à franchir le rubicond.

 

Ils arrivent maintenant dans le passage du sous sol. Il n’y a plus de lumière depuis longtemps. Ils se dirigent à la lumière de leurs portables. Le couloir sent la pisse, ça ne dérange pas Lola. En marchant elle aime, comme à chaque fois, regarder la danse de son ombre sur les murs taggués et bombés. Son ombre légère projetée par la lueur de son portable. C’est d’ailleurs ce jeu d’ombres qui a donné son nom à la bande, « Le Gang des Ombres ». Ce jeu d’ombres c’est aussi le signe qu’elle va bientôt retrouver le reste du groupe.

 

Quand Freddy et Lola arrivent, les copains sont là. Ils ont déjà commencé à picoler et à fumer. Le radio CD portable, posé à même le sol braille un rap saccadé, rythmé de beats et de scratchs. La pièce est éclairée par quatre à cinq bougies posées ça et là et diffusant une lumière vacillante.

 

Lola s’installe à sa place, à l’extrémité du divan. Freddy ne la rejoint pas. Il a le regard livide.

 

Elle ne l’a jamais vu comme ça. D’un simple signe de tête, il donne comme un signal. Tout le groupe se précipite sur elle. Elle est violemment agrippée et tirée en arrière, une main ferme se plaque sur sa bouche pour l’empêcher de crier. Mais dans un sursaut elle se met à hurler à s’en déchirer les poumons. Elle n’a pas vu le coup venir mais elle comprend très bien ce qui lui arrive. Elle a osé résister à Freddy, voilà la punition, il la jette en pâture à sa bande, à son gang des ombres.

 

Totalement immobilisée, elle n’a plus de larmes, elle subit. La lumière des bougies projette les ombres de ses bourreaux sur les murs et le plafond. Ces ombres qui virevoltent et qui lui donnent le tournis. Elle s’évanouit.

 

Quand elle revient à elle, Lola ne s’attarde pas sur sa douleur, la douleur déchirante qu’elle ressent au plus profond d’elle-même. Tout est calme, il n’y a plus personne. Il fait sombre il ne reste plus qu’une seule bougie à la lumière chancelante. Lola, privée de son honneur et de sa virginité, se rajuste machinalement, avec le désespoir et ces ombres dansantes, comme seules compagnes.

 

Quand sa « petite pute » rentrera, son père lui balancera une paire de claques. L’habitude !

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14 janvier 2012

Bikini, sable chaud et petites pépées (SklabeZ)

En débarquant en fin de journée dans cet archipel formé de poussières d’îles au beau milieu de l’océan, Simon est surpris par la tiédeur et l’humidité ambiantes et par l’atmosphère chargée d’effluves de coprah et de tiaré.
Un peu fatigué par le long voyage il rejoint les baraquements en se félicitant d’avoir accepté sa mutation dans cet endroit paradisiaque en plein Pacifique. Il se réjouit déjà à l’idée de profiter de ce paradis rempli de couleurs et de parfums inoubliables. À lui la musique des ukulélés, la tiédeur des lagons et les soirées tropicales où la peau des danseuses langoureuses exhale la chaleur du soleil.
À l’idée de fréquenter ces bombes anatomiques, il se jure même de vite oublier sa Margie, ou plutôt sa Marguerite chérie car Margie, francophile et un peu casse-pieds, déteste son nom de baptême. Elle exige qu’on l’appelle Marguerite.
Comme toutes les Margie, Marguerite est une femme-enfant amusante et sensible qu'on a envie de protéger. D'humeur inégale, elle passe facilement de l'enthousiasme à l'abattement. Quelque peu capricieuse, elle n’est pas toujours facile à vivre. Elle fonctionne aux compliments mais, assez susceptible, elle s'enferme parfois dans la bouderie. Tout un programme ! Malgré ses autres qualités, générosité et grand cœur, Simon pense l’oublier d’autant plus vite que pour une fois elle ne l’a pas accompagné. Marguerite est restée au pays.
Comme ses copains, Simon est marin de l’US Navy, la marine américaine, et il vient rejoindre son bateau récemment arrivé ici, dans les Îles Marshall en provenance de son port d’attache californien. La vie lui semblera bien plus douce que dans les arsenaux effervescents et tumultueux de la 3ème Flotte à San Diego. La discipline y sera certainement aussi moins rigoureuse. La belle vie quoi !
Ils sont venus ici pour participer à un projet un peu spécial et ultrasecret. Ils pensaient qu’ils en avaient pour quelques semaines et des poussières, pour une banale opération de déminage sur quelques atolls alentours. Certains sont encore truffés de mines et de munitions non explosées datant de la guerre du Pacifique avec les Japonais.
En fait leur mission est toute autre. La deuxième guerre mondiale vient tout juste de se terminer et ils participent, sans le savoir encore, au projet Manhattan visant à valider, sur l’atoll de Bikini, la puissance destructive des bombes A sur des navires disposés dans les environs.
La marine les a choisis pour préparer le regroupement et l’installation de ces vieux bateaux, déclassés ou prises de guerre. Ils serviront de cibles aux bombes.
Le rêve de Simon s’écroule. Adieu le sable chaud et les petites pépées ! Il se retrouve avec ses compagnons d’infortune sur une Bikini sans plus aucun attrait et vidée de tous ses habitants.
Le premier tir a lieu. La bombe lâchée d’un avion rate sa cible de plusieurs kilomètres. Certains bateaux-cibles sont touchés, d’autres pas. Ils doivent, sans protection aucune, intervenir pour en réparer certains avant le tir suivant.
Simon est déjà contaminé, zébuloné comme ils disent dans leur jargon, mais il ne le sait pas. Le tir suivant ne se passe pas comme prévu. Des vents capricieux déposent des poussières mortelles sur leur camp de base ...
C’en est trop !
Simon vient de mordre la poussière.
Adieu le sable chaud et les petites pépées !
Après de longs et vains traitements, il est rendu à son épouse, à sa Marguerite chérie, celle qui a un si grand cœur. Elle va s’en occuper avec amour pendant de longs mois, mais Simon souffre de plus en plus et sa situation se dégrade.
Il n’entendra plus Margie, il ne la verra plus non, plus.
Elle ne lui cassera plus les pieds, Margie, sa Margie qui pleure auprès de lui.
Adieu le sable chaud et les petites pépées !
Simon est redevenu poussière.

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31 décembre 2011

La Marche de la honte (SklabeZ)

L’un est noir, l’autre est blanc.

Le premier a pour petit nom, Herman. C’est le magnat de la Pizza ! Malgré un nom de famille associé au génocide du quart de l’humanité (son glorieux ancêtre patronymique n’a-t-il pas assassiné son frère Abel ?), Herman avait tout pour plaire et était favori des sondages.

Cet élégant aux cravates dorées qui, comme il dit « ressortent bien sur une belle peau noire » a très vite commencé par se prendre les pieds dans le tapis.

Il annonce, sans rire, que c’est parce que c’est Dieu qui le lui a demandé (sur son biGOPhone* je suppose), qu’il s’est présenté à la course à l’investiture républicaine.

Dans la foulée il s’attaque aux musulmans américains, dont plus de la moitié, assure-t-il sont extrémistes, et il jure qu’il ne prendra jamais de musulmans dans son cabinet s’il est élu. Il s’en excuse par la suite, mais le mal est fait.

En matière de diplomatie ce n’est pas ça non plus. Il surprend son monde en séchant étrangement sur la Libye dont il ne semble rien connaître.

Mais le plus dur est à venir. Accusé de harcèlement sexuel par personne ayant autorité, comme on dit en France, il nie et rejette tout en bloc. Elles sont pourtant plusieurs anciennes salariées, à l’accuser, preuves à l’appui. Il nie toujours le harcèlement mais finit par admettre qu’il a exercé des « avances non voulues »…

Notre Herman n’a plus la frite !

 

L’un est noir, l’autre est blanc.

L’autre c’est Newt, ou Newton si vous voulez, il n’a pourtant inventé ni la pomme ni la gravité.

Un favori lui aussi et il a de la bouteille, lui ! Un vieux de la vieille et fortuné. Francophile, surnommé « le Français », difficile à assumer par les temps qui courent aux USA (depuis un certain discours de Villepin à l’ONU). Un peu trop le melon quand même, il se compare volontiers au Général de Gaulle et à Ronald Reagan.

Comme ses potes GOP, Newt aussi traîne quelques casseroles. Il déclare que les Palestiniens sont des « terroristes » et un peuple « inventé ». Il qualifie de « stupides » les lois sur le travail des enfants et conseille d’embaucher les élèves pour faire le ménage dans les établissements scolaires.

Il a été trois fois marié et deux fois divorcé : un C.V. plombé dès le départ dans cette Amérique que d’aucuns qualifient de puritaine. Lorsqu’il était président de la Chambre des Représentants, « The House » qui forme avec le Sénat, le Congrès américain, il a été contraint à la démission après une amende pour manquement à l’éthique.

Alors qu’il était loin d’avoir eu lui-même une conduite irréprochable, Newt fut celui qui, en tant que président de la Chambre, mit sur pieds la fameuse procédure « d’impeachment » à l’encontre du Président Bill Clinton. Bill était accusé de parjure et d’obstruction à la justice dans l’affaire Monica Lewinski, la stagiaire de la Maison Blanche.

Tout comme pour Herman, le soufflé Newt s’est dégonflé et est rapidement retombé.

L’un est noir, l’autre est blanc, mais ils sont maintenant réunis dans la même turpitude qui les a tous deux badigeonnés de la même couleur, la couleur rouge, celle de la honte.

SklabeZ174Ces deux frères de couleur quittent la scène, réunis dans la même marche de la honte, leur « perp walk » en somme, sous les flashes et les regards réprobateurs de leurs ex-admirateurs.

Ils quittent la scène, cette scène politique dont ils pensaient bien se servir pour les propulser en tête de la course à l’investiture républicaine.

C’est bien connu, une apparition dans une « perp walk » est quelque chose dont on ne se remet pas…

Et comme les premières échéances arrivent vite, très vite (le Caucus d’Iowa du 03 janvier donne la tendance et est souvent décisif) c’est très mal barré pour eux. Il va falloir qu’ils renversent des montagnes pour se refaire une virginité. Eh ben ! C’est pas gagné !

 

* : Le parti républicain aussi appelé GOP pour Grand Old Party

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26 novembre 2011

Le poids des non-dits – dégâts collatéraux (SklabeZ)

Son père lui avait dit : "Ma fille ! Ne t'avise pas de faire défiler les garçons à la maison ! Choisis bien ton chéri et ne te trompe pas, le premier sera le dernier ! Je n'en accepterai pas d'autre."

 

Eh oui ! Son père était comme ça ! Une espèce de despote qui régnait en maître absolu sur la maisonnée. Sa discrète épouse et sa fille, unique, lui étaient totalement inféodées.

 

Pas facile, la vie avec un tel tyran, mais comme ils tenaient un commerce, ils voyaient beaucoup de monde et les journées leurs semblaient, malgré tout, supportables.

 

Un jour, quatre jeunes cadres dynamiques et pleins de vie, accompagnés de leur patron débarquent chez eux. Le boss avait tenu à les inviter dans cette brasserie où il avait ses habitudes.

 

Le plus jeune des quatre attira tout de suite l’attention de la fille du maître des lieux. Elle était fascinée et ne le quittait plus des yeux. Lui était mal à l’aise d'être ainsi observé, il lui adressa un timide sourire.

 

Le lendemain, après le travail, le jeune est revenu, seul. Elle lui souhaite la bienvenue, il s’installe et passe commande. Elle ne se sent pas bien, le trouble l'envahit et ses gestes sont empruntés. Il ne peut s'empêcher de la suivre des yeux. Le courant passe…

 

Le soir, à la fermeture, elle dit à son père : « C’est lui ! C’est lui que je veux ! »

 

Il revient de plus en plus souvent, consommer son eau gazeuse ou son expresso. Elle se rend parfois à la sortie de son travail pour le ramener chez elle, ou plutôt chez son père. Quelques mois après, il quitte la petite chambre qu’il louait chez un particulier et vient s’installer chez elle. Il fait maintenant partie de la famille. Le tyran l’a accepté.

 

Il fait maintenant partie de la famille et il a remarqué qu’elle avait pour son père un regard étrange, un mélange de crainte et d’admiration. Il a aussi remarqué qu’elle ne mangeait pratiquement rien. Il lui en a fait la remarque plusieurs fois. Pour lui faire plaisir, elle s’efforce de grignoter ou fait semblant. Il se dit qu’il l’aidera à se débarrasser de cette mauvaise habitude. Pas un problème pour lui, il se sent tellement fort ! Les mois passent… on parle de mariage.

 

Ils se sont mariés lors d’une belle journée de juillet. Ils se sont mariés, émancipés et ont construit leur propre nid, un peu à l’écart, mais pas trop loin quand même. Pendant que lui travaille, elle, rend souvent visite à ses parents et continue de les aider dans le commerce. Tout va bien.

 

Tout va bien mais elle ne mange toujours pas beaucoup. En fait, elle mange de moins en moins. Elle mange de moins en moins, mais elle s’arrondit. Elle est enceinte. Elle appréhende, mais ils sont heureux tous les deux. Un petit garçon fait bientôt son apparition. Il est accueilli comme un prince. Son grand-père, le tyran, est fier. Le deuxième prénom du petit est le sien. Il est fier, il est fier et il est fou, fou de son petit-fils.

 

Les jours passent, elle est à nouveau enceinte. La santé du papy-tyran se dégrade rapidement, mais il a son petit-fils près de lui et ça le réconforte. Il ne verra pas le deuxième enfant de sa fille, le mal qui le rongeait l’a foudroyé.

 

Sa fille est abattue, anéantie, détruite. Le jour des obsèques il a fallu plusieurs personnes pour la maîtriser. Une véritable crise d’hystérie. Elle voulait rejoindre le tyran, dans sa fosse. Ce jour-là, tout a basculé. Il a découvert qu’elle était amoureuse de son père. Le choc !

 

Elle prend ses distances avec son mari. Elle le fait passer du statut d’époux à celui de père… de père de remplacement. Ne voulant pas rajouter à sa douleur, il accepte, par amour.

 

Le deuxième enfant est ensuite arrivé. Un beau bébé, un garçon. Elle n’a manifesté aucune joie. Elle n’a jamais accepté ce petit garçon que son papa à elle n’a pas connu. Elle ne le connait pas non plus. Elle n’a d’yeux que pour l’aîné, le chéri du tyran. Elle aime toujours son mari, son mari que son père avait adoubé et accepté. Elle l’aime toujours, mais plus comme avant, elle l’aime comme on peut aimer un père.

 

Elle est maintenant très perturbée.

Délicatement et avec grande patience, il essaye de l’aider. Le soir, côte à côte sur leur lit, ils parlent, ils parlent encore, pendant toute la nuit, pendant des nuits entières...

Il essaye de démêler l’écheveau.

Petit à petit elle se confie. Il sent qu’elle va bientôt se libérer, briser ses chaînes qui l’étouffent. Il en découvre un peu plus tous les jours. Il a ainsi appris qu’elle est anorexique et boulimique depuis toujours. Pour ne pas décevoir son père, elle ne garde pas ses aliments, elle se fait vomir depuis ses quatorze ans. Depuis que son tyran de père lui a dit qu’il n’aimait pas les gros et encore moins les grosses.

Il comprend maintenant pourquoi, elle peut encore enfiler ses jeans d’adolescente. Il comprend de plus en plus, mais il ne comprend pas pourquoi elle se refuse à lui depuis la mort de son père.

Et pourtant si, il le comprend, il le comprend même très bien, trop bien. Il se doute qu’il s’est passé quelque chose entre son père et elle... il y a longtemps. Un drame comme il en arrive quelquefois dans les familles et que l'on cache sous une chape de plomb. Il a bien essayé de le lui faire dire, pour l’aider, pour exorciser cet enfer, pour qu’elle se libère de ce poids.

Plusieurs fois, gentiment et patiemment encouragée, elle a failli le faire.

Elle a failli le dire… elle allait le dire et, au moment de le faire, stop ! Marche arrière toute ! Pour elle, sortir de cet enfer qu'elle a fini par accepter, c’est sauter dans l’inconnu. Elle préfère rester avec ses démons et ses cauchemars.

Lui ne saura jamais.

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