19 septembre 2009

Dura lex, le beurre moins (Poupoune)


 

Dans l’épisode précédent : Melle Aufray, l’intendante, a constaté la disparition troublante d’une plaquette de beurre doux du réfrigérateur de l’internat.

 

Aux cris stridents qu’elle entendit en provenance du dortoir, Mademoiselle Aufray se douta que son affaire de beurre disparu allait passer à la trappe.

Elle fonça vers le lieu où semblait se jouer un drame et découvrit Sœur Yvette, en robe de bure, hurlant et se signant, comme possédée, sous le regard perplexe des jeunes-filles de la chambrée. Réussissant non sans mal à calmer la sœur indignée, elle demanda des explications.

 

- C’est… c’est… balbutia la sœur.

- C’est rien, Mademoiselle…

- Rien ? Rien ? Comment osez-vous... ?

 

Je regardais tour à tour les filles et la sœur, les unes amusées l’autre rouge de colère. La sœur reprit :

 

- Alors dites-nous ce que vous faisiez avec ce beurre !

 

Ainsi donc mon beurre était retrouvé. Au moins un mystère résolu.

 

- C’est pour le vibro, ma sœur…

- Ah !... Seigneur Dieu !

 

La sœur au bord de l’apoplexie, j’intervins :

 

- Euh… Plaît-il ?

- Oui, ben elle a essayé la vase, Line, mais ça irrite, alors on a piqué du beurre.

 

 

 

Cet épisode des « Chroniques de l’internat du Foyer de La Miséricorde » vous a été proposé par Durex, pour faire durer le plaisir.

Posté par Old_Papistache à 00:01 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags :


12 septembre 2009

de la relativité du temps (Poupoune)

Après des années d’heures trop longues et de temps qui s’étire, les minutes et les secondes semblent maintenant me filer entre les doigts.

Une heure.

Rien qu’une heure pour savourer ce repas que j’ai mis tellement de temps à choisir ; j’ai envie de laisser chaque bouchée fondre sans mâcher et imprégner mes papilles de ses parfums délicats, mais j’ai peur de ne pas avoir le temps de finir mon assiette si je m’en délecte trop lentement.

Une heure.

Je devrais sans doute m’attarder sur des considérations plus… profondes ? intelligentes ? symboliques ? Mais mon esprit tout entier est concentré sur l’explosion de saveurs dans ma bouche.

Et pour ce que ça changerait…

Ne pas gâcher ma dernière gorgée de vin à me perdre en réflexions fumeuses. Il est trop tard. Juste le temps de boire mon café avant d’y aller.

A quelques kilomètres près, j’aurais été jugé au Nouveau-Mexique et non au Texas.

La vie tient parfois à peu de choses.

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags :

05 septembre 2009

Sirène (Poupoune)

- Maman, Maman ! Regarde ! Je suis une sirène !

Elle nageait incroyablement bien pour son âge, ma pitchoune… et elle plongeait, tournait, plongeait encore…



- Maman ! Vite ! Les requins attaquent le royaume des sirènes ! Le roi sirin est prisonnier !

Et de retourner au fond du bassin… elle mimait des batailles, chaque enfant ou parent passant près d’elle se transformant en requin.



- Maman ! J’ai libéré le roi sirin ! Il va y avoir une fête dans le royaume des sirènes ! Tu viens avec moi à la fête ?

Ah ben oui, tôt ou tard ma petite sirène veut jouer avec moi. Et puis une fête au royaume des sirènes, hein, ça ne se refuse pas !



- Allez Maman, viens ! Vite ! La fête va commencer !

- Je viens chérie, je viens… va leur dire que j’arrive !

Et elle plonge, et elle tourne, et ses petites jambes dodues croisées en queue de sirène qui m’éclaboussent copieusement alors qu’elle s’en retourne au fond du bassin, prévenir le roi sirin et ses copines sirènes que j’arrive… Au moins comme ça je suis mouillée. Allez. Hop ! Sous l’eau…



Le royaume des sirènes… nous y voilà toutes les deux. Les sirènes virevoltent autour de nous gaiement, le roi sirin a l’air bonhomme, tout ici respire le bonheur, la paix, l’amour… Ma pitchoune tire sa main que je tiens dans la mienne. Je la regarde en souriant. Elle ne sourit pas. Elle semble vouloir me dire quelque chose, mais aucun son ici, que la paix… Avec les bulles qui s’échappent de sa bouche quand elle essaie de parler j’ai du mal à essayer de lire sur ses lèvres.

Elle ne regarde pas le royaume des sirènes. Elle me regarde moi. Elle tire encore sa main dans la mienne. Elle ouvre de grands yeux.

Le roi sirin me dit que pour remercier ma pitchoune de les avoir libérés des requins, il veut l’inviter à vivre en son royaume.

Je la regarde, heureuse de ce bonheur qui s’offre à elle. Elle ne semble pas avoir entendu le roi. Elle continue de me regarder moi. De me parler. Il y a moins de bulles qui s’échappent de sa bouche, je crois deviner « Arrête, Maman ».

Arrêter quoi, chérie ? Regarde un peu ce merveilleux endroit où tu vas pouvoir vivre ! Ce calme, cette paix… Elle ne tire plus sa main. Elle me regarde toujours, mais ne parle plus. Elle semble gagnée enfin elle aussi par la paix du lieu.



Au procès, ils n’ont pas cru que j’étais folle. Eh ! Bien sûr que je ne suis pas folle ! Quelle mère aimante et saine d’esprit aurait refusé à sa fille chérie la possibilité de vivre la vie dont toutes les petites filles rêvent ?

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags :

28 juillet 2009

C’te blague ! (Poupoune)

C’te blague !

-          C’est l’histoire d’un mec…

-          Ta gueule !

-          Ben attends, j’ai à peine commencé !

-          On la connaît ta putain d’blague !

-          Tu sais même pas laquelle c’est !

-          Tu racontes la même tous les jours…

-          Ouais, mais hier il était pas là, Dédé, il la connaît p’t’êt’ pas, lui.

-          Bien sûr qu’il était là, hier, Dédé, où tu voulais qu’y soit, sinon ?!

-          Il était là hier ? T’étais là hier, Dédé ?

-         

-         

-         

-          Ben y dort, on dirait. Quelle heure c’est ?

-          L’heure de l’apéro. Allez, à la tienne.

-          A la tienne… Et donc, le mec, y…

-          Ah non, merde ! Arrête, j’t’ai dit ! J’veux plus l’entendre ta blague pourrie ! Elle est même  pas drôle !

-          Ah là t’es vache ! Elle est vachement marrante… Moi la première fois j’ai tellement ri qu’j’me suis pissé d’ssus !

-          Tu t’pisses toujours dessus, Georges, et ça a rien à voir avec les blagues…

-         

-         

-         

-          Allez, fais pas la gueule… Tiens, bois un coup.

-         

-          Allez, bois, j’te dis, ça t’f’ra du bien.

-          Pourquoi tu m’laisses pas la raconter, ma blague ?

-          Oh merde, Georges, tu vas pas nous faire un fromage pour une connerie pareille ?

-          Ben c’est toi qui fais un fromage ! C’est qu’une p’tite blague, pas un discours de deux plombes… j’vois pas c’que ça fait que j’la raconte.

-          Ça fait qu’ça m’pète les couilles de t’entendre la rabâcher tous les jours ! J’en peux plus… tu comprends pas ça ?

-          Non…

-          Putain, Georges, t’es lourd…

-          Mais enfin merde, qu’est-ce ça fait si j’prends cinq minutes pour la raconter ?

-          Ça fait chier, Georges, ça fait chier…

-         

-          Si au moins tu connaissais la chute…

-         

-         

-          C’est l’histoire d’un mec, …

Echauffourée à la cour des miracles.

Deux SDF ont été retrouvés cette nuit, hilares, l’un baignant dans son sang et son urine, l’autre armé d’un tesson de bouteille. Il a été interrompu alors qu’il gravait sur le front de son acolyte ces mots mystérieux : « c’est l’histo ». Il n’a pas précisé ce qu’il comptait écrire. Un troisième homme, présent sur les lieux au moment des faits, semble n’avoir rien vu et rien entendu de la scène sanglante et n’a pas été capable d’aider la police. Aucun n’ayant porté plainte, les trois hommes ont été relâchés après une nuit en cellule dégrisement.

Posté par MAPNANCY à 17:01 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags :

14 juillet 2009

Suite 69 (Poupoune)

Ah ! ce petit je…

Où vois-tu tes doigts 

quand tu rêves de moi 

embrasant nos sens 

en toute innocence ? 

 

Où vois-tu tes lèvres 

quand bientôt la fièvre 

réchauffe mon sein 

même d'aussi loin ? 

 

A ce petit jeu 

mon bel amoureux 

nous brûlons tous deux 

d'un drôle de feu 

 

A ce petit jeu 

mon fol amoureux 

nous nous perdrons mieux 

les yeux dans les yeux 

Posté par MAPNANCY à 17:01 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags :


12 juillet 2009

ma vie (Poupoune)

Tes yeux

 

tes yeux au fond des miens qui sont cette promesse

que tu n’as nul besoin de dire pour que je laisse

mon regard et ma vie se perdre dans les tiens

mes rêves mes envies s’offrir à tes deux mains

 

Ta voix

 

ta voix douce à mon âme qui berce mes attentes

sa musique a le charme de ces amours ardentes

qui tant m’ont fait rêver qui aujourd’hui m’enflamment

tes mots sont le secret de mon cœur qui désarme

 

Tes lèvres

 

tes lèvres sur les miennes quand nos souffles s’unissent

nos lippes enfin reines de divines délices

en ce baiser ultime c’est ma vie dans la tienne

à dessein je m’abîme dans l’étreinte sereine

 

Ta peau

 

ta peau a la chaleur de mon rêve amoureux

sous ma main qui l’effleure quand tu reposes heureux

sur mon sein palpitant de récentes ardeurs

où s’arrête le temps pour nous à la bonne heure

Posté par Walrus à 17:01 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags :

06 juillet 2009

La clé déchante (Poupoune)

On pataugeait depuis un moment dans cette enquête. Trois cadavres. Trois jeunes femmes salement massacrées, un même mode opératoire, pas le moindre petit bout d'indice. Pour la plupart d'entre nous, c'était notre premier tueur en série et on craignait de voir débarquer les profileurs et autres criminologues spécialistes de ci ou ça si on trouvait pas vite fait quelque chose... Les gars commençaient à se décourager quand on a reçu l'appel du légiste.

La victime numéro 3 avait une clé dans l'estomac. Tout laissait supposer qu'elle l'avait avalée volontairement... pour nous laisser un indice ? Probable... De toute façon on n'avait rien de mieux à se mettre sous la dent, alors on a planché là-dessus... Une clé. Qu'avait-elle bien pu vouloir nous dire ?

- Peut-être que le tueur est nain ?
- Tu peux développer, Momo ?
- Ben... je sais pas, j'me disais... clé, gardien des clés, passe-partout, nain... Une idée comme ça, quoi...
- OK... quelqu'un d'autre ?
- Le tueur serait musicien...? proposa Michel.
- Hm... parce que...?
- Euh... ben... clé de sol, clé de fa, tout ça...
- Ah. C'est Momo qui te l'a soufflée celle-là ? Bon, sérieux les gars, qu'est-ce qu'elle aurait pu vouloir nous dire avec cette clé ?
- Un lutteur ! Clé de bras...
- Arrête Momo ! Allez, merde...
- Un serrurier ?
- ...
- Non ?
- Ben si. Tu vois Momo quand tu veux !

On tenait enfin quelque chose. On a monopolisé toute la brigade pour éplucher les casiers de tous les serruriers de la ville. Incroyable le nombre d'anciens cambrioleurs à qui on confie nos clés, d'ailleurs... Bref. Tous ceux qu'avaient un passé louche, on les a serrés pour une raison ou une autre. N'importe quoi du moment qu'on pouvait les avoir sous la main, les cuisiner et surtout les empêcher de nuire... Bon, y a bien eu un ou deux dérapages et quelques arrestations largement abusives, mais c'était pour la bonne cause. Les gars étaient remontés à bloc, notre serrurier sanguinaire allait pas nous échapper... Et puis y a eu cette fuite et la presse l'a surnommé le tueur en serrure...

C'est ce jour-là que les gars de la scientifique ont fini leurs analyses et nous ont confié la fameuse clé...

- Patron ?
- Momo ?
- Finalement je suis pas sûr pour cette histoire de serrurier...
- Mais si Momo, c'était une bonne idée !
- Oui mais bon... 'fin... Regardez.
- C'est quoi ça ?
- La clé.
- Tu veux dire LA clé ?
- Oui.
- Une clé de douze ?
- Hm...
- Et merde...

Posté par Old_Papistache à 17:01 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :

25 juin 2009

Le coût de la panne (Poupoune)

Lors d'une panne de courant ma mère, enceinte de sept mois, a chu dans les escaliers et a dévalé cul par-dessus tête soixante-douze marches et deux paliers. Après que trois chirurgiens et six infirmières se sont acharnés sur elles pendant treize heures, j'ai été sauvé mais elle non.

J'ai été placé en couveuse et sous respirateur, lequel a cessé de fonctionner pendant trente-sept minutes en raison d'une nouvelle panne de courant au terme de laquelle les médecins ont déclaré qu'ils ne seraient pas étonnés que j'en garde quelques séquelles.

Mon père, qui m'en a toujours un peu voulu pour le décès de ma mère, m'a néanmoins élevé quasiment de la même façon que mes cinq frères et soeurs, même si j'ai vite remarqué que j'étais de corvée de vaisselle cent-quatre-vingt-trois jours sur trois-cent-soixante-cinq alors que, si on compte bien, ç'aurait dû être beaucoup moins vu qu'on était six.

Un jour que, pour la huitième fois consécutive, c'était mon tour de débarrasser la table, j'ai été surpris par une coupure de courant alors que je m'acheminais, chargé d'une haute pile de quatorze assiettes, vers la cuisine. Le pied d'un de mes frères, à moins que ce ne fût celui de mon père, s'est malencontreusement glissé devant les miens, provoquant ma chute ainsi que celle de mes assiettes sales. Jouant de malchance, il a fallu que je les fasse tomber sur les douze verres posés sur la table et rien ne fut sauvé dans l'accident. Pas même mon oeil gauche.

J'avais espéré que cette nouvelle tare me vaudrait au moins un nouveau sobriquet, mais non. Toute la famille continua de m'appeler « tête d'ampoule » alors que, outre les circonstances amusantes dans lesquelles j'avais perdu une partie de mes facultés mentales, ce surnom me rappelait aussi douloureusement le décès de ma mère.

En revanche, l'incident me valut une nouvelle punition et je fus expédié en pension, à quatre-cent-cinquante kilomètres de la maison. Là, je suis vite devenu la tête de turc des cent-vingt-neuf autres pensionnaires, mais au moins ont-ils eu le bon sens de me surnommer « oeil de lynx ».

J'étais plutôt bien intégré, jusqu'au fameux jour de la boum. J'étais secrètement amoureux de la belle Margot, dont je m'amusais à compter les taches de rousseur en classe et, rien que sur le visage, elle en avait quatre-vingt-onze. A la boum, les copains m'ont dit qu'elle était d'accord pour que je l'embrasse alors, prenant mon courage à deux mains, je me suis dirigé vers elle, quand une panne de courant nous a plongés dans le noir. J'ai voulu profiter de l'obscurité pour mener à bien mon entreprise malgré ma gêne et mon embarras, mais, quand la lumière est revenue, je fus surpris tâtant les miches replètes de Madame Mongerin et je préfère ne pas évoquer l'endroit où ma langue s'agitait en quête d'un baiser de la jolie Margot.

On me surnomma alors « déviant sexuel juvénile » et je fus expédié dans un établissement spécialisé où, au terme de neuf séances avec un docteur, il fut décidé que je resterais enfermé pendant trente-six mois. Au cours du trente-quatrième survint une panne de courant pendant laquelle je voulus aider en brûlant quelques allumettes. Un mauvais courant d'air entraîna l'accident bête et l'ensemble du bâtiment brûla, ainsi qu'une poignée de pensionnaires et médecins, au nombre de vingt-trois. Il fut alors décidé que mon séjour serait prolongé jusqu'à ma majorité.

Il devait également m'être administré un nouveau traitement à base de chocs électriques dans mon cerveau, mais de nombreuses coupures de courant ont mis à mal cette tentative et pour finir je n'en ai bénéficié que seize fois au lieu des quarante-huit prévues initialement et je fus relâché, plus par dépit, je crois, que par bon sens.

A peine dehors je décidai de me prendre en main pour réussir ma vie et j'allai voir le travailleur social qui devait m'aider. Il m'offrit une boisson au distributeur et, alors qu'il attendait la sienne, une panne de courant stoppa net la machine. Désireux de bien faire j'essayai de lui obtenir néanmoins sa boisson et, alors que j'avais une main dans la machine et l'autre en appui sur son bras, le courant fut rétabli et je fus traversé d'une décharge qui ne me fit ni chaud ni froid mais le tua, lui, sur le coup.

J'ai été arrêté et jeté en prison. Mon procès dura vingt-deux jours au terme desquels je fus reconnu coupable à l'unanimité des douze jurés et condamné à mort. Le jour de mon exécution, alors que j'étais ficelé à la chaise électrique, une panne de courant me sauva la vie et j'obtins une grâce exceptionnelle.

Ce jour-là, j'ai décidé de mettre à profit la chance qui m'était donnée et d'apprendre le métier d'électricien.

Posté par Old_Papistache à 17:01 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags :

15 juin 2009

de retour (Poupoune)

Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage.

Ecrasée de chaleur malgré l'heure matinale, j'étais comme collée au matelas par la sueur. Entre le ronron lancinant du ventilateur qui ne servait qu'à brasser un peu d'air chaud et un moustique tenace que je n'avais pas réussi à tuer, je n'avais pour ainsi dire pas dormi.

Je me suis extirpée du lit avec lenteur, comme dans du coton, le moindre de mes gestes nécessitant un effort dans la moiteur de cette chambre d'hôtel miteux.

J'ai essayé de me rafraîchir sous le fin filet d'eau qu'offrait la douche, mais en vain. A peine sèche, j'étais de nouveau humide de sueur. J'ai enfilé une robe légère, noué mes cheveux sur ma nuque et je suis descendue déjeuner.

Je me suis installée au bout d'une grande tablée de touristes fraîchement débarqués avec qui j'ai échangé quelques mots polis et je me suis forcée à manger un peu de pain sec et de beurre rance, que j'ai fait passer avec du mauvais café.

Je n'arrivais toujours pas à comprendre ce qui m'avait poussée à accepter de venir... Dix ans avaient passé et je m'étais juré de ne jamais remettre les pieds ici. Il avait pourtant suffi d'un coup de fil.

J'ai décliné les offres de chauffeurs de taxi plus ou moins autorisés qui se proposaient de m'emmener à peu près n'importe où et je suis partie à pieds.

Dix ans, mais rien n'avait changé. Les routes poussiéreuses, les trottoirs inexistants ou défoncés, les étals de viandes côtoyant ceux de vis, boulons et autres écrous graisseux, la cahute branlante du coiffeur adossée au maquis où l'on n'est jamais sûr de trouver une boisson fraîche... et le bruit, le monde, l'effervescence, malgré le poids écrasant d'un soleil déjà de plomb.

Dix ans, mais je n'avais pas oublié le chemin du commissariat. Je croyais avoir pourtant réussi à tout oublier de cette histoire, mais à peine avais-je entendu l'écho caractéristique quand j'avais reçu l'appel que tout m'était revenu. Notre décision précipitée de partir, la préparation hâtive du voyage, notre arrivée et nos premiers déboires à la douane, qui n'avaient entamé ni notre bonne humeur ni notre soif d'aventure. Et puis ce fameux jour où on était partie chacune de son coté... on devait se retrouver à l'hôtel. Je ne l'ai jamais revue.

Ça avait duré des semaines. Chaque jour je m'étais rendue au commissariat, j'avais raconté mon histoire des centaines de fois, passé des heures, dégoulinante de sueur dans une pièce où il devait faire cinquante degrés, à ne reconnaître personne sur des centaines de mauvaises photos qu'on me montrait, rien. J'avais cru que je ne rentrerais jamais, mais les flics avaient fini par me laisser repartir, en promettant de me contacter s'ils avaient du nouveau.

Dix ans.

La communication avait été très mauvaise, mais j'avais compris qu'ils voulaient que je revienne.

Posté par Walrus à 17:01 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags :

08 juin 2009

It’s a man’s man’s man’s world ? (Poupoune)

Il s’était habitué au silence de ce monde d’après. Lui-même évoluait désormais sans bruit. A peine percevait-il occasionnellement le souffle du vent dans les lointains feuillages. Alors ce coup à la porte lui fit l’effet d’un coup de masse. Il ne sursauta pas, il bondit littéralement, se plaqua contre un mur et resta ainsi immobile, le souffle court et le cœur battant à tout rompre, pendant ce qui parut une éternité. Lorsqu’il fut calmé, il se munit d’une arme de fortune et alla doucement ouvrir la porte. Personne, évidemment. Des mois qu’il errait seul dans ce monde dévasté sans croiser le moindre être vivant, ni homme, ni animal, alors qui serait venu frapper à sa porte ?

Il chassa l’incident de son esprit et l’avait presque oublié lorsqu’il entendit un nouveau coup, suivi d’un second. Cette fois il fondit sur la porte et l’ouvrit d’un coup, sur rien. Il regarda de tous les cotés, fit le tour de la maison, mais rien.

Dès lors il ne se passa plus un jour sans que des coups soient donnés à sa porte. Il devint de plus en plus vigilant, posa des pièges, passa des journées entières aux aguets mais rien. Il ne sut jamais.

Il commença à perdre la raison au bout d’une dizaine de jours. Le manque de sommeil ne favorise pas la tranquillité d’esprit. Il avait l’air hagard. Au bout de quinze jours il cessa de s’alimenter. Une chance, pour lui, il eut un sursaut de lucidité et se suicida la troisième semaine.

 

Je reconnais que je n’ai pas été sympa. J’aurais pu m’y prendre autrement. Mais ce monde d’après est d’un ennui… J’ai vu là l’occasion de me distraire un peu. Ses airs supérieurs et sa façon de se sentir investi d’une mission, « oui, moi, voyez, je suis le dernier homme sur terre, gna gna gna »… il m’agaçait !

Alors oui, j’aurais pu m’en débarrasser plus rapidement… Mais je suis la dernière femme sur terre et en aucun cas je n’aurais accepté de la repeupler avec ce type.

Posté par Walrus à 17:01 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
Tags :