08 mai 2010

tri angulaire (Poupoune)

Trois, dans une histoire d’amour, c’est forcément un de trop. Et il est hors de question que je m’efface cette fois-ci, j’ai droit moi aussi à ma grande histoire. Alors j’ai éliminé le plus faible. Il sera toujours bien temps d’en refaire un, de gosse.

Y

Trois, dans une fratrie, ça implique un enfant du milieu. Cet enfant qui ne fait rien en premier et qui n’est pas le petit dernier. Un mal-aimé par essence. Alors dès que je suis enceinte du troisième, je noie le second, pour pas risquer d’être une mauvaise mère.

YY

Trois, dans le cas de ta mère, toi et moi, c’est même pas une question de choix entre elle et moi. Tu restes avec qui tu veux, mais de toute façon à trois je lâche l’allumette sur ses fringues imbibées d’essence.

YYY

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24 avril 2010

au train où vont les choses… (Poupoune)

C’est pitié d’voir ces rails à l’abandon. Vrai, ça m’crève le cœur… j’suis pas réfractaire au progrès, hein, faut pas croire, mais quand même, une bonne vieille micheline, ça t’avait une autre allure que leurs foutus TGV qu’on sait même pas par où ils passent vu qu’on n’en a jamais vu un par ici… Non, sûr, c’est plus pareil. Et puis avant, on a beau dire, le métier tenait un peu de l’art, de la science même… Fallait pas s’louper ! Déjà il en passait pas tous les quarts d’heures, des trains, alors fallait bien choisir son moment. Et puis c’était pas l’tout : fallait encore positionner, surveiller… Non, parce que si tu faisais pas gaffe, tu pouvais te r’trouver à courir après ton paquet sur des kilomètres sans qu’il s’passe rien ! Si t’avais la chance de l’récupérer, t’avais plus qu’à tout recommencer, mais sinon t’avais gagné des semaines de planque en attendant qu’ça s’tasse. Non, y a pas à dire, c’était autrement plus compliqué… et puis au moins t’avais le plaisir du travail bien fait, quand une fois ficelée et positionnée soigneusement sur les rails ton affaire se réglait bien comme il faut… On était des artisans, de mon temps ! Alors que de nos jours, ils se posent plus de questions : un gus qui prend un TGV dans la gueule, tu peux l’retrouver répandu sur des kilomètres, mais vivant, jamais, aucun risque ! Non, c’est sûr, ça dévalorise le métier…

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17 avril 2010

selles de crime (Poupoune)

Contrairement à d’habitude, les curieux ne semblaient pas vouloir plus que ça saloper la scène de crime pour voir le macchabée. Et par « curieux », je veux aussi bien dire les badauds et le voisinage que toute la ribambelle d’agents et officiels de tous poils qui ne manquent jamais de venir coller leurs empreintes de pieds et leurs cendres de cigarettes partout, quand c’est pas pire… A l’heure des tests ADN, des fichiers automatisés d’empreintes et des analyses infaillibles de poils de cul et crottes de nez, on croit qu’une enquête se résume à ramasser de la poussière sur les scènes de crime, la mettre dans des tubes à essai et tapoter sur un ordinateur, mais on oublie toujours qu’avant tout sur une scène de crime, y a des gens qu’ont rien à y faire. Bien souvent, le temps que les gars du labo fassent le tri et arrivent à isoler les saloperies qui éventuellement pourraient être en lien avec le crime et pas avec les pollueurs de passage, l’enquête est bouclée. Un jour, comme ça, croyez-moi si vous voulez, il a été retrouvé sur une scène de crime de « la matière fécale », comme ils disent, qui appartenait, tenez-vous bien, à l’épouse du premier inspecteur arrivé sur les lieux. Et elle a été très vite innocentée. Elle avait simplement laissé traîner par mégarde un peu de merde sur son mari qui l’avait malencontreusement déposée près d’un cadavre. Allez comprendre…
Mais là, pas d’agitation à proximité des rubans, pas de foule qui passait et repassait dessous et tout le monde se tenait bien sagement à l’écart. Assez inédit. Une bonne surprise. J’ai senti en approchant que ce serait sans doute la seule. Je l’ai vraiment senti, au sens propre. Ça ne sent jamais bon, un cadavre, sauf exception – comme cette fois où le corps avait été camouflé sous des pétales de roses tout frais, camouflage pour le moins saugrenu et surtout raté au fond d’une ruelle pavée – mais là l’odeur était particulièrement âcre et agressive. Et on était encore relativement loin du corps – on ne l’avait même pas encore en visuel. Je suis allée vers l’agent qui semblait surveiller l’entrée, tout en snifant du baume du tigre par pur snobisme. Il était d’usage d’avoir une quelconque solution mentholée dans les poches pour qui bossait en contact fréquent avec la mort, mais le baume du tigre, c’était juste pour me la péter un peu. J’en avais ramené un stock d’un voyage en Thaïlande des années plus tôt, mais je me contentais de le sniffer alors mon stock était intact et les gens pensaient que j’arrêtais pas de voyager en Asie… ou chez les frères Tang.
J’ai demandé à l’agent – qui s’était carrément rempli les narines de coton imbibé de menthol – de me briefer rapidement avant d’entrer :
- Ben… c’est assez… euh… enfin…
- Oui ?
- Cradingue.
- Ah ?
- Oui.
- Mort depuis longtemps ?
- Ben c’est dur à dire, en fait j’ai pas bien vu le corps et…
- Ouais mais bon, à l’odeur…
- Oui, alors en fait, l’odeur…
- Quoi ?
- Ben quelqu’un a… euh… déféqué, en quelque sorte.
- « déféqué en quelque sorte » ?
- Voilà.
- Où ça ?
- Ah, ben… sur la scène de crime.
- Quelqu’un a fait caca ?
- Voilà.
- Rassurez-moi : quelqu’un qui n’a rien à voir avec la police ?
- Ah non ! Quelqu’un qu’a fait avant qu’on arrive !
- Ah…
- Oui.
- Bon. Rien d’autre ?
- Comme ? Pipi ?
- Ou comme « le corps a été découvert par untel », ou « le légiste a été appelé » ou des trucs comme on dit quand on découvre un corps, voyez le genre ?
- Ah oui, pardon… alors personne a découvert le corps, en fait, on a été appelés à cause de l’odeur… et je me renseigne pour le légiste.
- Bien… merci.
J’ai passé les rubans pour accéder à la scène de crime proprement dite. Je me suis refait une sniffette de baume du tigre, ça refoulait vraiment sévère… et effectivement, ça sentait la merde plus que la mort. Maintenant je me rendais bien compte. J’ai poussé la porte…
Quelle chierie ! De la merde par-tout ! Du sol au plafond, étalée sur les murs, en tas de-ci de-là et en quantité autour, sur et sous le corps. Au moins on aurait de l’ADN et probablement une idée assez précise de tout ce que le chieur aurait mangé ces… combien ? huit ? dix ? quinze derniers jours ? En tout cas, notre assassin avait une sacrée chiasse. Ou alors il avait préparé longuement sa mise en scène… à moins qu’on ait affaire à toute une bande de tueurs chiatiques. Le légiste, en arrivant pendant que je replongeais le nez dans mon baume du tigre, a très bien résumé le fond de ma pensée :
- Et ben… on n’est pas dans la merde !
J’ai commencé à ricaner bêtement et je comptais répondre par une réplique au moins aussi fine, mais quelque chose m’a attiré l’œil et mon bon mot est resté à l’état de bonne intention. Un coup d’œil au légiste a confirmé que j’avais bien vu ce que je croyais avoir vu. Son expression s’était figée entre le sourire et l’étonnement.
- Il est… ?
- Ouais.
Notre cadavre respirait.
Perspicace, l’agent qui avait alerté la Crim’ et le légiste. J’ai sorti mon téléphone pour appeler l’ambulance en invitant d’un geste le légiste à s’approcher du merdeux. Après tout, c’était lui le médecin, hein. Je me suis approchée aussi, il fallait bien le questionner s’il était conscient, et il a semblé se réveiller… je lui ai demandé ce qui s’était passé et il a répondu :
- Y a plus de papier.
Une affaire vite torchée, en somme.

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10 avril 2010

craqueuse d’hommes (Poupoune)

Les hommes ont cette amusante habitude de sortir de ma vie sans dire au revoir. Et comme ils ont été très peu nombreux à se donner la peine d’y entrer, je peux m’autoriser la généralité.

On ne peut pourtant pas dire que je garde la porte jalousement fermée ou que je sois particulièrement regardante sur les droits d’entrée, mais du hall de gare je n’ai gardé que les pas perdus : ni la foule, ni les adieux larmoyants et encore moins ce fameux train qui serait le seul à ne pas m’être passé… bref.

Les hommes de ma vie sont là un jour, très présents, aimants, enivrants, envahissants même, parfois, mais j’aime ça, quand on n’a pas la quantité on cherche l’intensité, et le jour d’après, pfffuit, plus personne. Et démerde-toi avec le courant d’air.

Les sorcières changent les princes en crapauds, les fées leur bricolent des princesses avec une souillon, deux rats et une citrouille et moi, je les fais disparaître… pfffuit.

 

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02 avril 2010

Centé (poupoune)

Cent. T’rends compte, Gégé ? CENT ! Et combien d’arrosés ? Hein ? Combien, à ton avis ?... Dis un chiffre… Combien tu dirais ? Allez, combien ?... Tu vois, t’en sais rien. Moi non plus… J’dirais quelques-uns mais j’suis sûr d’en oublier. Si ce n’est plus. Non, c’est pas respectueux… Cent, quand même… du coup, tu vois, y a pas moyen, c’est obligé. O-bli-gé. Faut arroser. Les cent d’un coup. Obligé sinon c’est manquer de respect… et moi vivant il sera pas dit que j’aurai pas arrosé le centième défi comme il se doit. Foie de MacDermott.

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29 mars 2010

sans ? (poupoune)

Cent mots, sans maux ? Cent mots sans sang, donc… ou cent maux sans mots ? Cent maux sans sang avec cent mots, peut-être ? Ou cent sangs sans maux en cent mots ? Cent mots de sang sans maux, plutôt. A moins que le sang des maux sans mots ne sente l’essence… Non, je sens cent maux et mon sang s’enfièvre en pensant à ce sang innocent de cent maux qu’encensent cent mots. Je pressens cent maux puissants pour cent mots absents. Mais cent mots sans sang et sans maux doivent-ils censément avoir un sens ?

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27 mars 2010

tombée sur un os (Poupoune)

Pour enrichir la collection merveilleuse des trésors du musée imaginaire, j’ai voulu vous offrir, sans les dénaturer, les plus beaux rêves et les plus belles images que j’ai stockés dans cette case de mon cerveau où le fantasme rejoint la réalité pour créer le monde mirifique dans lequel je me plais à faire semblant de vivre.

Je voulais vous faire partager mes souvenirs les plus intenses que le temps ne manque jamais d’embellir à mesure que la vie s’enlaidit. Je voulais vous décrire ces amours passionnées autant que solides qui emplissent mes espoirs et mes désirs et se font d’autant plus exaltantes que le cœur s’assèche. Je voulais vous donner à voir toute la beauté que mon esprit peut produire avec des morceaux de réalité agrémentés de chimères d’autant plus extraordinaires que l’existence s’affadit.

Je voulais…

Je voulais vraiment… contribuer à ce… beau… musée imaginaire.

Vraiment.

J’ai cherché comment faire… pendant…

Mais il ne faut pas…

Il ne faut jamais…

jamais...

...

pratiquer…

à domicile…

la trépanation.

 

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20 mars 2010

l’égreneur a un grain ? (Poupoune)

Quand je l’ai rencontré je l’ai pris pour un farfelu, un doux dingue inoffensif. Il était assis, emmailloté dans une dizaine d’épaisseurs de gros pulls en laine qui s’effilochaient tous plus ou moins et, de ses gros doigts aux ongles noirs qui dépassaient d’épaisses mitaines, il transvasait, grain par grain, un petit tas de sable d’un pot à un autre. J’ai posé une pièce dans un de ses pots en lui souhaitant bonne soirée et il a gueulé :
- Eh ! Oh ! Ça va pas ?
- Pardon ?
- Ben virez-moi ça d’là !
- Ah… vous ne faites pas la manche ?
- Non ! Enfin… un peu, mais faut pas m’mettre des trucs dans mes bols !
Il continuait avec son sable, comme s’il comptait les grains. J’ai repris ma pièce.
- Vous ne la voulez pas alors ?
- Si, si… donnez. Merci.
Il a fourré ma pièce au fond de sa poche, tout en continuant à passer ses grains de sable d’un bol à l’autre de son autre main. Il était tellement absorbé par sa tâche, tellement minutieux et précautionneux dans ses gestes, que je n’ai pas pu m’empêcher de le questionner :
- Je peux vous demander ce que vous faites ?
- Ben ça s’voit pas ?
- Euh… vous comptez les grains de sable ?
Il est parti d’un grand rire étonnamment clair avant de me répondre :
- N’importe quoi ! Z’avez idée du nombre qu’il y a ?
- Euh… non. Beaucoup, j’imagine. Mais alors… que faites-vous ?
- J’égrène.
- Vous égrenez ?
- J’égrène.
- …
- Le temps, M’dame ! J’égrène le temps ! J’suis l’égreneur du temps !
- Ah... Je croyais que c’était du sable.
- Evidemment qu’c’en est ! Le sablier, le marchand de sable… Qu’est-ce que vous auriez voulu qu’ça soit d’autre ?
Ah ben oui. Forcément. Implacable. Il me plaisait bien, le bonhomme. Et il continuait de transvaser ses grains avec une régularité de… d’horloge.
- Et ça fait longtemps que vous faites ça ?
- J’en sais rien. J’vous ai dit, j’compte pas.
- Ah oui. Mais… vous n’arrêtez jamais ?
- Ah ben surtout pas !
- Qu’est-ce que ça ferait ?
- Ben ça arrêterait le temps !
Ben oui…
- Mais c’est un peu monotone, non ?
- C’est l’but !
- Pardon ?
- Ben c’est comme ça qu’ça doit être ! Régulier… monotone !
- Ah ?
- Ben oui, sinon le temps passerait n’importe comment ! Alors faut trouver l’bon rythme et surtout pas l’perdre, sinon c’est l’bordel.
- Et ben… pas simple, hein ?
- Ben non.
- C’est une grosse responsabilité.
- Ben oui.
Il me plaisait de plus en plus.
- Mais comment vous vous êtes retrouvé avec ce… euh… boulot ?
- Le destin, pardi, le destin !
- Ah oui. Le destin.
- …
- …
- Ecoutez, M’dame, j’veux pas vous désobliger, mais là, faudrait qu’j’puisse vidanger.
- Vidan… ah ! oh ! oui, bien sûr… euh… vous voulez que je vous remplace un moment ?
- Me remplacer ?
- Oui, le temps que vous alliez… vidanger.
- Ah… ben… j’sais pas trop, hein. Vous croyez qu’vous saurez faire ?
- Oh, peut-être pas si bien que vous, mais si c’est juste pour un moment…
- Hm… Ben r’marquez c’est pas d’refus, hein. J’pourrai m’dégourdir un peu en même temps, comme ça…
D’un coup je me suis dit que si ça se trouve, il faisait ça, presque immobile, depuis des jours. Pauvre gars ! Il prenait tout ça avec un tel sérieux ! Il m’a fait longuement observer son mouvement, puis m’a observée longuement pour s’assurer que je le faisais « à peu près correctement » et enfin il s’est éloigné, en se retournant plusieurs fois pour vérifier que je le faisais toujours bien. J’ai continué jusqu’à ce qu’il disparaisse au coin et je guettais son retour pour reprendre dès qu’il réapparaitrait.
Il prenait son temps.
Il prenait tout son temps.
Je commençais à me dire que je voulais bien être gentille, mais que je n’allais pas l’attendre des heures pour autant. Et puis… je ne sais pas. Tout ça m’avait semblé rigolo, mais là, ça ne m’amusait plus. C’était… bizarre. Je n’aurais absolument pas su dire depuis combien de temps il était parti, mais ça me paraissait… je ne sais pas. Long. Et quelque chose clochait. Comme si… je ne sais pas. Je me suis secouée et, pour faire passer le temps et la mauvaise impression, j’ai pris un grain de sable que j’ai changé de bol et… non. Impossible. J’ai recommencé… Merde. Comme si la rumeur du vent dans les arbres et des voitures au loin s’était tue et reprenait quand je prenais un grain et… Merde. Et l’autre qui ne revenait pas ! J’ai repris un grain, puis un autre, puis… Pas possible, merde ! Une feuille qui tombait a semblé ralentir sa chute quand j’ai cessé. Elle restait là, comme suspendue dans l’air dans ce silence irréel… j’ai repris un grain, puis… Dingue ! La feuille est remontée ! J’avais pas pris le grain dans le bon bol ! Ah ben merde !
J’ai recommencé dans le bon sens et la feuille a tranquillement repris sa descente. Incroyable. J’ai pensé qu’il fallait que je continue pour donner à l’autre le temps de revenir.
Je saurais pas dire depuis combien de temps il est parti.
C’est que je compte pas, moi. J’égrène.

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13 mars 2010

tes dix beers (Poupoune)

Quand le patron nous a renvoyés là-bas pour essayer de comprendre ce qui avait pu se passer, on n’avait pas pensé à ça. Quand on a compris, on est tombés d’accord sans hésiter avec Lucien : on n’avait pas intérêt à le dire. Mais on ne pouvait pas non plus ne pas le dire. Alors j’ai eu l’idée de la lettre, et comme c’est Lucien qu’a merdé c’est lui qui l’a faite.

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06 mars 2010

une et indivisible (Poupoune)

On n’imagine jamais à quel point on est capable d’aimer. Jusqu’au jour où on aime. Sans s’y attendre, presque par mégarde. Et soudain on aime plus qu’on n’a jamais rêvé d’être aimé soi-même. Au point qu’on pourrait donner ses deux bras, ses deux jambes, son cœur, sa vie, son âme. Au point de s’oublier soi-même dans l’amour de l’autre. Au point de ne plus vivre, penser, sentir, espérer, frémir, rêver que par et pour l’autre.

Et c’est comme ça que je l’aime.

Tant et tellement que j’ai même fini par aimer le rose des nœuds dans ses cheveux. Et le rose de ses jupettes à fleurs. Et le rose qu’elle a réussi à me faire mettre sur les murs de sa chambre. Et le rose de ses joues, par-dessus tout. Ses jolies joues rondes que je pourrais passer mes nuits à embrasser, pendant que mes doigts joueraient avec ses petits cheveux fins sur sa nuque. Les yeux clos, je me laisserais bercer par la douceur de son souffle ensommeillé et j’oublierais tout ce qui n’est pas elle en attendant le jour.

Mais il est l’heure. Je dépose sur son front une touche de rouge du bout des lèvres et je quitte sa chambre sur la pointe des pieds pour ne pas faire claquer mes hauts talons. J’ajuste ma jupe pour qu’elle cache la dentelle de la culotte, pas celle de la jarretelle. Je tire sur mon débardeur minimaliste pour laisser apparaître le cœur tatoué sur mon sein. Un coup d’œil au miroir pour retoucher le maquillage… J’ai une sale tête. Mais qui s’en soucie ? C’est pas pour mes jolis yeux qu’ils paient.  

J’adresse une prière muette à la nuit pour qu’on se retrouve toutes les deux vivantes au matin.

Je suis la femme de tous les hommes, mon cul est à tout le monde, mais mon cœur est tout entier à la petite merveille improbable née de mes tristes amours éparpillées.

 

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