05 mars 2022

Vampire (petitmoulin)

 

Elle n'avait peur de rien
Ni de l'araignée
au plafond
Ni du serpent
sous le pommier
Ni des grenouilles
de bénitier
Ni du loup
quand elle se rendait
chez mère-grand
Ni du rat des villes
Ni du rat des champs
Ni du corbeau
Ni du renard
Ni du fromage
Ni de la vache enragée
Ni du chien
qui ne fait pas des chats
quand la caravane passe
Ni de l'enfer
c'est les autres
pavés de bonnes intentions
Ni de la mort à crédit
qui se paye cash

Elle n'avait peur de rien

Quand l'ombre du vampire
surgit
des contours de la nuit
Elle n'eut pas le temps
d'avoir peur

 

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26 février 2022

Uchronie (petitmoulin)

 

Lâché par son précieux soutien, lui même en proie à la colère d'un peuple
qui pleure ses enfants, là-bas morts à la guerre,
lâché, le Général Pi s'exila, abandonnant son armée en déroute.

 

Vous étiez des milliers
Promis à la torture
Promis à la mort
Dans cette prison
À ciel ouvert

 

Les militaires déposèrent les armes, fuyant vers leurs tanières de ronces.

 

Ton chant se lève
Comme une étoile
Dans votre nuit noire
La voix déverrouillée
De tes compagnons
Jaillit
Triomphale

 

Tant d’années que ton chant
Nous caresse
Nous griffe
Nous prend par la main

 

Ta voix est plus fragile
Tes doigts moins habiles
À pincer la guitare

 

Ce matin tu pleures
Sur le monde
Ton chant voudrait poser
Une étoile
Dans la nuit noire

 

Demain, quelle uchronie s'écrira sur le bruit des armes d'aujourd'hui ?

 

p

Victor Jara

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19 février 2022

Le thaumaturge (petitmoulin)

 

La nuit cède à la ruse
D'un rêve échappé
Du lit froissé
Les gonds du jour
Grincent
On devine son premier pas
Sur la brume
Il se penche au-dessus
Du jardin
Soufflant sur les dernières
Poussières de l'ombre
Chaque réveil est un miracle
L'air prend plus de place
L'oiseau y risque son chant
Sans savoir
Si on l'écoute
Ce matin-là
C'est peut-être lui
Le thaumaturge

 

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12 février 2022

Schibboleth (petitmoulin)

 

Toi qui pleures sur ton ombre
Et accroches un souvenir
Au tremblement de tes mains
Pour quand il n'en restera plus
Connais-tu KakKaRente
Toi qui regardes tes enfants
En baissant les yeux
Parce que ta chemise
Sent la sueur ancienne
Et l'impayé
Et qui cent fois
Traversas la rue
N'y trouvant que le poids
Lourd
De l'amertume
Dans le cloaque de la spéculation
Connais-tu KakKaRente

KakKaRente
C'est le Schibboleth
Qui ouvre les portes
D'un monde
Qui vous est inconnu
Un empire où résonnent
Les trompettes du profit
Le grand orchestre des finances
Un monde qui vous est inconnu
Et se nourrit
De votre assiette
Vide

 

 

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05 février 2022

Tel un robot (petitmoulin)

 

Tel un robot
tu gravis sans cesse
les marches vers l'absurde
Te retourner
ouvrirait le grand vide
Ta frayeur
Ton fardeau
Fils du vent
tu trébuches sur la conquête
illusoire
Enchaîné au vertige
de l'éphémère
tu oublies de goûter
l'éclat fragile
Tu oublies de caresser
les courbes du silence
Solitaire épuisé
la bouche sèche
comme source tarie
Le désordre des gestes
signe le dernier soubresaut

Invincible Thanatos

 

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27 mars 2021

Le ciel peut bien s'ouvrir (petitmoulin)

 

Le ciel peut bien s'ouvrir
à la lumière du jour
ou se blesser au tranchant
de la mélancolie
L'oiseau peut bien chanter
et la fontaine se taire
Dans ton caveau de houille
au fond de la terre
un pic fait des trous
dans tes pensées
la lueur d'une torche
joue avec l'ombre
de ta peur

Couvert de suie
tu meurs de trop de nuit
qui coule dans tes veines

 

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20 mars 2021

Gargouille (petitmoulin)

 

Gargouille menaçante

suspendue à tes rêves

diluviens

le bleu du ciel

t'offense

empli de son silence caniculaire

Où portes-tu ton regard asséché

enclos dans une parcelle

de tes saisons hostiles

 

Gargouille engourdie

par le chant des cigales

hissée vers d'improbables

nuages

À gueule béante

tu feules ton désir impatient

Ta plainte vertigineuse

brusque la paresse

des cistes endormis

 

Gargouille altérée

viendra le vent marin

chargé de ses orages

et de ses pluies tonnantes

rafraîchir ta mémoire

Lavée de tes tourments

tu arroseras le regard

audacieux

des passants solidaires

 

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13 mars 2021

Fifrelin (petitmoulin)


Il était une fois, un jeune musicien qui jouait du fifre en habit de lin. Nul ne connaissait son nom. On l'appelait Fifrelin.
De petites salles en festivals, Fifrelin jouait du fifre dans son habit de lin.
Son nom ne brillait pas sur les façades des grands boulevards mais Fifrelin n'était jamais plus heureux que sur la scène. L'émotion silencieuse des spectateurs lui caressait l'âme.
Toute modestie remisée, il recevait les "Bravo Fifrelin ! Bravo Fifrelin ! " avec enthousiasme.
Hélas ! Un vent mauvais souffla sur le monde.
Tous aux abris, c'est la guerre.
Le soleil disparut sous un grand masque de nuages.
Le ciel devint sombre comme l'ennui.
Les étoiles furent confinées dans le puits profond des nuits sans lune.
Fifrelin fut enfermé dans la geôle du non essentiel.

Le jeune musicien ne joue plus de fifre en habit de lin.

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06 mars 2021

Éclosion (petitmoulin)

 

Il taille les mots
dans le chêne ou le roseau
Il les brosse
jusqu'à l'épure
les encaustique
au soleil et aux larmes
du réel
les façonne
avec des gestes intérieurs
venus de loin
Il voudrait les déposer
hors les barreaux
de certitude
dans un espace
de liberté
et d'imagination patiente

Éclosion
sur une page
d'un possible espéré

 

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27 février 2021

Nous t'écoutions (petitmoulin)

 

Nous t'écoutions

Hisser la poésie

au-delà de l'accessible

tourmente

Exalter un à un

les mots

Les habiller

de ta voix chaude

Et plus vibrante

que le didgeridoo

Nous t'écoutions

Enrouler sur ton cou

la mort du condamné

Marcher au cœur vivant

des poètes

Accrocher à ta guitare

la liberté plurielle

Redonner à la parole

la plénitude de son cri

Toutes les heures du jour

ont sonné

Indomptable nuit

Et puis après

 

Nous t'écoutons

un oiseau chante

derrière l'horizon
 

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