12 mai 2018

Les cymbales à coulisse (Pascal)

 

Adam Delay était troisième mirliton, au grand orchestre des Eaux et Forêts, entre Maurice, le détenteur des cymbales à coulisse, et mademoiselle Lucie, l’émérite joueuse du triangle à percussion. Ha, cette Lucie, il n’avait d’yeux que pour elle mais que pouvait envisager un simple mirliton dans cette chorale instrumentale ? Un solo ? Une composition pour bigophone ? Il vibrait pour elle ! Il avait beau suffoquer tout ce qu’il pouvait, notre mirliton, elle l’ignorait avec tous ses « ding ding » ! Quand elle le regardait, ce n’était que pour lui signifier qu’il avait soufflé de travers…  

 

Vint se joindre, au grand orchestre, Huguette, une joueuse de Daxophone ; elle avait sa façon d’enflammer ses notes et de captiver l’ambiance avec ses mélodies extraordinaires ! Il n’en fallait pas plus à notre Adam pour tomber sous le charme d’Huguette et de son idiophone ! Lucie, n’étant plus l’objet de toutes ses attentions, devint jalouse… Mais, les avances d’un mirliton, elle n’en avait cure, la belle Huguette ! Seules comptaient ses compositions ! Elle n’avait que du dédain pour le troisième mirliton ! Quand elle le montrait du nez, ce n’était que pour le rabaisser…

Monsieur Dupupitre, le chef d’orchestre de la formation, s’enquit d’une harpiste, miss Emilie ; avec sa lyre en bandoulière, elle arrivait tout droit des US. Il fallait voir comme ses mains caressaient les cordes ! Ce n’était que vibrations, enchantements, mélopées envoûtantes ! Imaginez notre Adam ! La tête dans les étoiles, il était dans tous ses états ! (cinquante) Il était le plus fervent « mirlitant » du jeu de mains de Miss Emilie ! Mais que pouvait-il espérer ? Ses trémolos énamourés n’étaient que des mauvaises notes sur le registre de la belle américaine. Huguette, la daxophoniste, n’étant plus l’égérie de son intérêt devint jalouse à son tour…

Le temps d’une tournée, on embaucha Nathalie, une joueuse de piano ; virtuose, elle travaillait au café Pouchkine quand on fit appel à elle. Sur son clavier, à tous les temps et sans nulle xénophobie, Nathalie conjuguait les noires et les blanches à la perfection, avec une maestria digne d’une soliste remarquable. Immanquablement, notre troisième mirliton tomba sous le charme. Mais comment une joueuse de piano pouvait-elle remarquer un simple souffleur de flûtiau ? Il multiplia ses avances, jouant même les intros avant le piano ! Mais qui était cet Adam qui plombait la scission ?!... C’est Miss Emilie, qui n’apprécia guère de n’être plus sous les feux de l’Amour du troisième mirliton ; la harpiste éconduite devint jalouse à son tour…

Arriva Adèle, une altiste venue des Alpes, qui avait profité d’une halte sur son répertoire pour intégrer l’orchestre de monsieur Dupupitre. Son jeu ? C’était une symphonie d’accordances sublimes ! Elle jonglait avec les dièses, les bémols, les majeures et les diminuées ! Les soupirs ? Ils étaient tous du fait de notre Adam ! Il haletait, notre mirliton ! Ses coups d’archet étaient autant de flèches plantées dans son cœur ! Chaque geste de l’instrumentiste, ses bouclettes lancées dans le vent moqueur de la partition, sa gestuelle en un manège éthéré, ses œillades manigancées, c’était son hypnotisation générale !
Allez souffler dans un galoubet après de telles chaleurs !... Mais qui était cet agaçant mirliton, avec ses notes d’oisillon, pour venir l’importuner ?! Il y avait tant d’écart entre ces deux instruments que ce serait comme accorder une biche avec un moustique !... 
C’est Nathalie, la piano-girl, qui encaissa mal l’évincement spirituel ; n’étant plus l’indispensable d’Adam, elle devint jalouse à son tour…

Il y eut Martine et son hautbois, Josiane et ses tambours, Françoise et sa guitare et notre insatiable Adam tomba sous le charme des (h)anches des instruments de toutes ces dames. Chacune à leur tour, elles devinrent jalouses des musiciennes les précédant sur l’autel de l’Amour de notre pauvre cœur d’artichaut…  

Un jour de répétition, alors que la reprise battait son plein, on entendit une petite musiquette s’élever dans la salle de concert. Un grand frisson parcourut l’assistance ; il était le fil tendu de la grande Vibration… C’était si léger, si aérien, si séraphique ! Ecoutez cette musicalité extraordinaire, appréciez cette tessiture digne d’entrevoir le paradis et sa cohorte d’anges ! Tout le monde regardait le ciel comme si Dieu avait entrouvert le plafond de l’auditorium. Une « mirlitonne !... »
Facétieux, monsieur Dupupitre avait recruté Eve dans la plus grande discrétion. A la rime, Adam reprit le couplet ! Ils soufflaient à l’unisson ! Ecoutez ! C’est si rare, deux gazouillis de mirliton au même diapason !... Fa, mi, sol ! On dirait deux papillons posés sur la gamme !... Do, ré, la ! Adam et Eve au nirvana ! Ils croquent la pomme !...

En quelques notes, Eve se posa sur la branche fleurie d’Adam Delay en pleine pâmoison. Leur façon d’interpréter leur petit extrait de partition laissa bouche bée tout l’auditoire ! Surtout les disgraciées ! Pour montrer tout leur courroux et leur délaissement, les Lucie, Huguette, Emilie, Adèle, Nathalie, Martine, Josiane, Françoise et consort, jouèrent monstrueusement faux ! Il n’en fallut pas plus à monsieur Dupupitre, qui fait tourner son orchestre à la baguette, pour virer tout ce personnel tellement disgracieux !...

C’est ainsi qu’au grand orchestre des Eaux et Forêts, nous n’entendons plus que trois musiciens : Eve, la fabuleuse mirlitonne, notre Adam, mirliton heureux  et, naturellement, Maurice, le détenteur des cymbales à coulisse…

 

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05 mai 2018

Dans le Vercors (Pascal)


Te souviens-tu de cette mémorable journée de pêche, dans le Vercors ? La veille, nous avions tout préparé ! Cannes à pêche, gibecières, cuissardes, épuisettes, hameçons, lignes, plombs, ciseaux, on avait tout prévu, répertorié, organisé dans les poches de nos blousons ! On savait les coins qu’on allait explorer, les cascades qu’on allait sonder, les rapides qu’on allait fouiller ! Nous sommes partis, il était quoi, cinq heures du matin ?...  

Il hochait la tête, mon pote, tout heureux de cette sortie à la pêche que je lui apportais dans le courant d’air de ma visite. Ses AVC l’ont laissé exsangue, en dehors des choses de la réalité. Je ne sais pas s’il s’est réfugié dans son monde pour ne plus avoir à subir le nôtre ou si son état ne lui permet plus réellement d’être dans la factualité des choses.
La frontière est ténue ; parfois, je voudrais le secouer, le bousculer, l’engueuler, essayer de remettre de l’organisation au désordre de son cerveau. Il n’est plus l’heureux possesseur de sa vie, le chevalier courageux de toutes les causes qu’il a défendues, l’intrigant poète au cœur trop encombré ; il n’est plus que l’hôte de sa carcasse s’étiolant lentement.
Aujourd’hui, s’il a pris conscience de son état, moi, je n’arrive pas à me résoudre à le laisser à l’abandon de son âme. Chaque fois que je vais le voir, je repars malade ; il me semble me voir dans quelques années, occupé par la seule résignation du temps qui passe, sans que je puisse le ralentir…

Oui, cinq heures du mat ! Il avait plu toute la nuit ! On fonçait sur la route comme si les truites ne nous attendraient pas ! Dans la bagnole, on écoutait de la musique à fond ; les refrains endiablés, c’était notre allure ! Quand on doublait une bagnole, on avait toujours l’impression de dépasser un pêcheur qui aurait pris notre place !
Souviens-toi, l’aube nous avait surpris quand elle s’était immiscée dans le pare-brise ; le noir se bleutait, la grisaille blanchissait ; les reflets de nos phares dans les flaques de la route n’avaient plus la flamboyance du départ. On se taisait comme si on répétait nos gammes ; on se repassait le film de notre future pêche et on pressentait déjà les touches au bout de notre ligne. Plus d’une heure de route pour nous retrouver au milieu de nos rêves halieutiques, c’était dans le contrat de notre dépaysement…

Il devait penser la même chose, mon pote. Tout comme avant, il semblait tenir son volant d’une main et il rêvait de fumer sa clope avec l’autre ; dans ses oreilles, c’était forcément « Gimme ! Gimme ! Gimme ! » qui occupait le tempo de son pied contre sa chaise…

Te souviens-tu quand nous sommes arrivés sur nos lieux de pêche ? On avait garé la bagnole à l’entrée d’un chemin et, comme à chaque fois, c’était à celui qui serait le premier prêt ! L’air embaumait le parfum du buis, l’herbe mouillée et la mousse des rochers ! On ne faisait pas de bruit comme pour ne pas déranger la Nature !...
On avait oublié les vers de terre ! On avait oublié les vers de terre ! Dans la précipitation du matin, on les avait laissés sur la table du garage ! Chacun de nous essayait de reporter la faute sur l’autre ! On se voyait déjà revenir au bercail et nous faisant gentiment chahuter par nos femmes !
Nous fiant à notre bonne étoile, nous avions emprunté le chemin qui descend jusqu’à la rivière. La pluie s’était remise à tomber, de cette façon soutenue qui disait que cela va durer toute la journée et que ce n’était pas la peine d’attendre une accalmie ; le Vercors porte si bien son nom…  
Nous avions bifurqué à droite en direction d’une grange désaffectée où le paysan du coin entreposait son antique matériel de labour. Le jour poignait maintenant et ce n’était que brume, brouillasse et frissons de froid. Sous l’avancée de la toiture, nous avons découvert une bêche en parfait état de marche ; il n’en fallait pas plus pour partir à la chasse aux vers de terre…

Te souviens-tu ? Dans la glaise si meuble et si trempée, nous avons exhumé une ribambelle de lombrics ! Des bien longs, des bien rouges, des bien vivaces ! Ils se tortillaient dans nos mains comme s’ils savaient tout de leur dénouement ! Des esches autochtones, c’est le nec plus ultra du pêcheur ! Nous en avons rempli nos poches et nous sommes descendus jusqu’à notre rivière. L’eau était boueuse et pratiquement « impêchable » tant elle s’était transformée en torrent tumultueux. Nous avions quand même tenté notre chance derrière les gros rochers, le long des berges, partout où les remous se reposaient. Il ne fallut pas longtemps pour sentir les premières touches ! Les truites semblaient reconnaître les beaux vers de terre car elles étaient au rendez-vous !...  

Et la grosse truite que tu avais sortie ? Tu croyais que tu avais accroché une racine tant la belle restait collée dans le lit de sa rivière ! Tu sautais en l’air, tu trépignais de joie, tu n’arrêtais plus de la sortir de ton carnier pour l’admirer encore ! Tu ne voulais pas la tuer pour qu’elle frémisse encore entre tes mains ! Oui, tu tenais Dame Nature dans sa belle robe de bal mouchetée d’émeraude et de rubis ; tu la sentais palpiter et tu l’approchais de ton visage pour la regarder dans les yeux ; tu avais même posé un baiser sur sa belle gueule de poisson sauvage !...  

Il observait le vide sous son lit, mon pote, comme si la rivière passait entre ses pieds ; le chariot du couloir, c’était le brouhaha de sa cascade, la lumière de la fenêtre, ses pétillements éblouissants, la plante verte, un buisson odorant et les silences de ma narration, ses îlets de tranquillité où il aimait tant fumer sa clope…  

Quand nous avons retrouvé la voiture, elle avait une roue crevée ; le paysan du coin n’avait pas dû apprécier notre stationnement sur le rebord de son champ. Tu voulais aller le trouver pour lui faire bouffer quelques vers de terre ! Il n’empêche, pendant qu’on avait donné la roue à réparer au garage du village, nous étions allés au restaurant !...  
Te souviens-tu de ce Gigondas de 1975 qu’on nous avait servi ? A lui tout seul, il avait embelli nos souvenirs de la matinée avec des myriades de superlatifs multicolores ! Il pleuvait dehors mais c’était le soleil dans notre corps !...  

Mais oui, tu avais eu raison de remettre ta truite à l’eau ! Mais oui, on n’avait que faire des compliments des flatteurs ! Mais oui, on la retrouverait une prochaine fois ! Tu voulais laisser un pourboire avec les vers de terre qu’il te restait dans la poche ! Te souviens-tu de la vieille rombière horrifiée quand tu en avais laissé tomber un sur le sol du restaurant ? Si je ne t’avais pas empêché, tu l’aurais lancé dans son assiette !...
On avait récupéré la roue et on était rentrés doucement ; au bord de la route, un par un, nous avions semé nos lombrics en les remerciant de nous avoir offert cette journée extraordinaire…

Il regardait obstinément le plafond, mon pote, comme si la pluie allait tomber du ciel.
L’orage avait gonflé ses paupières ; quand il ferma les yeux, deux larmes s’échappèrent et je suis sûr qu’elles ont rejoint sa truite et notre rivière, là-bas, dans le Vercors…

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28 avril 2018

Le petit César (Pascal)


Depuis des semaines, tantôt à sa mère, tantôt à moi, ma fille nous serinait avec la future kermesse de son école ; qu’il neige, qu’il pleuve ou qu’il vente, en aucun cas elle ne pouvait louper cette extraordinaire attraction. Au jeu du « un week-end sur deux », j’eus beau recalculer méticuleusement sur le calendrier la date fatidique, à chaque fois, cela retombait sur moi. Comme un fait exprès, depuis que j’étais divorcé, je me retrouvais plus souvent sous le joug des responsabilités chaperonnes, que quand j’étais marié…

En général, ce sont les mamans qui gèrent le mieux ce genre de mission ; elles en profitent pour papoter, pour échanger avec la maîtresse, pour parler du prix des fringues qui vêtent leur petite tête blonde. Les femmes ont toujours mille choses à se raconter !

Naturellement, elles sont en accordance avec l’ambiance ; les neuf mois d’avance qu’elles ont sur nous, c’est neuf mois d’amour en plus. Calculez comme vous voulez, on ne remontera jamais le handicap. Pendant leur grossesse, elles lui ont chanté des berceuses, murmuré des secrets ; elles ont caressé leur ventre, elles l’ont senti bouger. Chambre, couffin, layette, elles ont tout prévu. Fières, le ventre en avant, elles ont défilé devant le monde comme si elles portaient l’avenir ! Nous, les hommes, les géniteurs devrais-je dire, on a beau nous faire participer à l’accouchement, nous faire couper le cordon, le balader contre nous, torse nu, on n’arrivera jamais à rattraper ce retard. On veut nous responsabiliser, nous faire rendre compte de l’importance sidérale de ces trois petits kilos de chair et de pleurs. Oui, le premier sourire est pour nous ; oui, s’il ouvre un œil, c’est pour nous ; et s’il accroche notre doigt, c’est forcément le signe d’appartenance, et c’est un moindre mal. Elles l’ont fait dans un moment de douleur et, nous, dans un moment de plaisir ; c’est tout le paradoxe du couple…  
Accident pour les unes, désir pour les autres, elles amènent le petit dernier dans la poussette dernier cri, vantent déjà ses qualités, sa prise de poids, sa taille, son avance sur son âge ! En confiance, avec d’autres mères, elles racontent leur pénible grossesse, leur accouchement, leur montée de lait et, sans doute, beaucoup plus !...

Avec mon air de rasé de trop près, que voulez-vous que je raconte à un autre papa, tout comme moi, embrigadé de force dans cette bacchanale à bambins ? « Ça fait ch… on va rater Toulon-Clermont !... Vous avez quoi, comme bagnole ?... » Pour meubler, on parlera de notre job, de la température de la mer, des prochaines vacances, du prix de l’essence !... Je ne sais pas pourquoi, je ne me voyais pas parler de la température du bain, du prix des couches deuxième âge et des trois vitesses sur la tétine du biberon…  
Et si je discute avec une maman, je passerai pour un séducteur ! Si je dis qu’un gamin est mignon, je passerai pour un pédophile ! Si je ne parle pas, je passerai pour un vieux bourru descendu de sa montagne !...  

Ce n’était même pas la peine que je demande à sa mère de me remplacer pour l’événement, elle était bien trop contente de me laisser me dépatouiller avec la petite. De toute façon, c’était son week-end. Naturellement, elle serait injoignable pendant ces quarante-huit heures ; closed, do not disturb, fermé pour cause de doigts de pieds en éventail ! Les sonneries de son téléphone dans le vide seraient immanquablement des : « Démerde-toi avec le bébé »… Tant pis, par cet acte de présence, sourires à gauche et sourires à droite, ronds de jambe et saluts courtois, je ferais bon cœur contre mauvaise fortune, j’entretiendrais l’illusion du papa émerveillé, du parent concerné, de l’adulte moderne et consentant…

Les préparatifs étaient restés secrets pour les parents et quelle ne fut pas ma stupeur quand je découvris son école déguisée, pareille à un véritable champ de foire ! Il ne manquait plus qu’un mat de cocagne, un cracheur de feu, des ours muselés et quelques acrobates !
Toute fière de trimbaler son papa, elle m’entraîna dans le dédale des couloirs ; elle me tenait par la main pour que je ne me perde pas ! Elle me fit visiter sa classe, elle me montra ses plus beaux dessins collés aux murs, ses mobiles pendus au plafond, le poisson rouge dans son bocal ; elle me tendit ses livres d’images, elle me fit découvrir son prénom au-dessus de son portemanteau, son casier, les WC en grandeur miniature !
Sous les guirlandes et les flonflons, j’eus droit au défilé des chars fleuris, à la représentation des marionnettes, aux scénettes de théâtre, aux déguisements de printemps, au concours de marelle, au chapeau de clown que je devais absolument  garder sur la tête ! La musique tonitruante torturait mes oreilles ! A croire que j’étais dans une école de sourds ! Manifestement, j’avais passé l’âge pour jouer à ces jeux de cour de récréation…  
Elle me présenta ses copines, sa charmante institutrice, sa voisine de banc, le petit César, le chenapan de sa classe, la maman du petit César, son grand-père et sa petite sœur, le concierge, le jardinier, la cuisinière !...  
Entre bousculades et précipitation, elle tenta la piscine des poissons à pêcher, les quilles à renverser, le concours de coloriage, les anneaux à lancer ! Ça criait, ça piaillait, ça rechignait, ça protestait, ça transpirait ! Comme dans une ruche en effervescence, les gamins couraient dans tous les sens et mes oreilles bourdonnaient ! Stoïque, je gardais le sourire ! De temps en temps, un ballon de baudruche explosait dans les mains d’un gamin turbulent ; c’était comme un pétard qui paralysait pendant un instant l’ambiance…  

Dans la cour, chacune des maîtresses s’affairait à son stand comme s’il en allait de l’avenir de l’Education Nationale ; la directrice de l’établissement devait veiller à entretenir leur compétence… Sur l’estrade, un prestidigitateur vint sortir quelques bonbons cachés derrière les oreilles des jeunes spectateurs ; un clown se risqua  avec ses grimaces de circonstance ; une fée fit jaillir des myriades de confettis sur l’assistance ; un chien savant aboya des résultats d’addition que tous les enfants lui soufflaient en hurlant. On applaudit, on dansa, on chanta…  
Puis, au paroxysme de l’excitation, ce fut le moment des premiers caprices, des jérémiades, des jalousies qu’on ne peut plus cacher, des colères et des chagrins ! Dans un concert de braillements, les bébés réclamèrent leur biberon, les papas leur clope, les mamans un coin d’ombre !
Pourtant, il fallut attendre jusqu’à la fin du tirage de la loterie ; ma fille m’avait fait prendre une vingtaine de billets. On gagna une sucette géante qu’elle fit tomber, en mille morceaux sur le carreau du préau, au moment où elle allait lui donner son premier coup de langue. On s’enfuit avant que les maîtresses ne réclament des âmes charitables pour remettre de l’ordre à leur école…  

Manque de bol, dans quinze jours, je suis bon pour me retrouver à la kermesse de fin d’année de son activité de petite danseuse ; mon implacable calendrier est sans concession. Oui, pour les pères divorcés, ce n’est pas de tout repos…

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21 avril 2018

L’échafaudage (Pascal)


J’ai acheté un spa ! J’ai acheté un spa ! J’étais parti chez Casto avec l’idée d’un petit échafaudage, je suis revenu avec un magnifique spa ! L’échafaudage ne rentrait pas dans la bagnole, le spa : si…

Dans les travées de l’immense magasin, j’errais comme une âme en peine à cause de ce foutu échafaudage que je ne pouvais pas embarquer ; à tout prix, il fallait que je me venge sur quelque chose d’autre… Les peintures, les perceuses, les luminaires, les lavabos et autres motoculteurs à mémoire de jardin, les étagères en bois d’arbre, en bois de formica, en bois des bennes, en pin d’épice, les vis pour tous les vices, les placards en carton pâte, les lunettes de chiottes pour aveugles n’avaient pas l’heur de soulever un quelconque émoi pour éteindre ma frustration. J’ai bien vu quelques marteaux à cintrer le verre dépoli, des double six de dominos dans le rayon électrique, des néons à noyer la nuit de nitescences solennelles, un broute-feuilles-mortes de marque « Miam » à inclinaison modulaire et à sac de congélation incorporé, une ventouse au caoutchouc bleu et un vendeur de tondeuse à la tonsure religieuse mais je n’en avais aucune utilité dans ma baraque. Au cul, les poêles à granule, à charbon, à pétrole, à gaz, à électricité, à frire !...

Tout à coup, au détour d’une travée, j’ai aperçu une enfilade de spas gonflables à des prix défiant toute concurrence. C’est sûr, en novembre, avec la pluie, le brouillard, le froid, les gens ne se jettent pas sur du matériel de jardin, qui plus est, un spa. Le magasin soldait ses fins de séries et il affichait, à son article, une somme franchement dérisoire…
Un spa si bas, me suis-je dit en russe… Merci Casto ! Merci fidèle Casto ! Y’avait forcément erreur sur l’étiquetage… Quelle marque ?... Guetti ?... Un spa Guetti : sans doute une marque italienne… Comment ça, musique incorporée ?... A coup sûr : un spa Dassin… Comme si j’avais peur qu’on m’attrape avec ce larcin, je l’ai chargé sur mon caddy et j’ai foncé jusqu’aux caisses avant qu’ils ne s’aperçoivent de leur méprise…
Huit cents litres, température jusqu’à quarante-deux degrés, un mètre quatre-vingt de diamètre, couverture thermique, bulles à gogo balancées par une foultitude de buses cachées dans ses recoins ! Qui dit mieux ?!... C’est ma Spassion depuis toujours ! A moi, l’ivresse des profondeurs, la joie du grand bain, le farniente aqueux (coucou), les glissades rêveuses et les sirènes posées tout autour !…

La caissière, même pas impressionnée par le prix ridicule, me laissa tapoter mon code dans sa machine à fric. Elle avait l’air si blasée qu’elle bâillait immodérément sans plus s’en rendre compte. Attendant l’accusé de réception de mon ticket, je pouvais dénombrer ses dents blanches, ses dents noires, ses dents plombées, celles manquantes et celles trop présentes. Ce n’est pas elle que j’aurais invité dans mon spa. ‘Tain, les microbes, ils n’avaient qu’à bien se tenir dans cette caverne des horreurs… De toute façon, comme je n’étais ni son amant, ni son dentiste, je m’en foutais royalement…
Je me suis cassé en courant, avec mon chariot, jusqu’à la bagnole. Pile, le carton rentrait dans le coffre ! Comme quoi, c’était un signe : il était fait pour moi ! J’ai abandonné le caddy sur le parking et je me suis enfui à toute berzingue… Les cons du magasin et leur sorcière, maintenant, ils n’avaient plus qu’à venir me courir après…

Je suis arrivé chez moi, je ne sais pas comment, tellement j’avais les idées baignant dans mon spa. Vite fait, j’ai débarrassé ma cave, j’ai étendu un bout d’épaisse moquette et j’ai déplié ma baignoire à bulles. Fi des cartons, des explications, des notices et des conseils ! Un spa, c’est quoi ?... Une simple casserole avec de l’eau chaude et des bouillons d’air pour macérer dedans, sans plus !... J’ai tout jeté pour faire plus de place à mon spa…  

C’était facile, j’ai tout trouvé. Au moment du gonflage, j’ai eu un petit doute mais j’avais la pompe de mon vélo pour subvenir aux besoins d’air de mon achat…  
Une heure, j’ai pompé, et je n’ai même pas écarté le tissu, ne serait-ce que d’un millimètre ! Sur mon front, je faisais des gouttes de forçat ! Je ne me rappelais plus avoir autant transpirer depuis ma retraite ! En désespoir de cause, je me résolvais à retourner à Casto, le lendemain, pour acheter un put… de compresseur ! C’est pour cela qu’il était si peu cher, leur matos ! Et les compresseurs, en ce moment, ils ne sont pas soldés ! Ha, ils ne manquent pas d’air, ces enfoirés ! Et pour le chauffer, ce merdier, il faut foutre le feu dessous, aussi ?...

Tout à coup, j’ai eu envie de le reporter et de pleurer aussi… J’aurais dû m’en douter : c’est du matériel Italien !... SPA* : Saloperie Pour Attardé ! Suivi Pourri Assuré ! Seul Perdu Abusé ! J’aurais dû acheter un clébard !... Je suis retourné à la poubelle pour récupérer les pochettes, tout foutre dans le carton d’emballage et faire un retour à l’expéditeur en lui prétextant mille allégations bien senties ! Avec ou sans dent, la petite Delacaisse, j’en faisais mon affaire…  

Je suis tombé sur la notice ; en page deux, il était écrit noir sur blanc : « Pour gonfler votre spa, enfoncer le schroumpfeur dans la gazoumette, brancher la prise de courant, appuyer sur le bouton « on » et attendre cinq minutes. »  Ne le dites à personne, mais j’ai fait tout comme ils disaient et, le pire, ça a marché… Mon spa était magnifiquement bien gonflé ! C’est bête mais pour continuer l’installation du matériel, j’ai lu toute la notice !...

Comme susmentionné, je l’ai rempli d’eau froide jusqu’au trait limite. Aux pressions successives sur les différents boutons, j’ai réglé le chauffage, la stéréo, le diamètre des bulles, le débit de la pompe, tout était écrit ! Après cet effort surhumain, j’ai laissé reposer mon cerveau toute la nuit pendant que mon spa se mettait doucement en température…  

Ce matin, je me suis baigné dedans pour la première fois : un vrai baptême ! Quel pied !... Le problème, c’est que j’y suis resté trop longtemps… C’est l’eau à quarante degrés : je n’ai pas supporté ; je fus pris de malaises, dis donc !... J’étais dans la marmite du diable ! Je voyais la caissière de chez Casto, avec ses dents de requin, déguisée en sirène ! Elle voulait me bouffer ! Cachés dans un coin ombreux, le schroumpfeur séduisant et la gazoumette conquise jouaient en rougissant avec les boutons du compresseur ! Le chauve à la tonsure ecclésiastique passait la tondeuse sur la moquette de ma cave !... Par le soupirail, la lumière du dehors était un arc-en-ciel de marches montant vers le Ciel !...
J’ai réussi à m’extirper de cette machine infernale à temps… Tant pis pour les bulles, la quiétude enveloppante, la marinade corporelle, le délassement liquide… J’ai tout foutu en vrac au fond de la cave. Je ne m’en suis servi qu’une fois, tu parles d’un amortissement.  En fin de compte, il était vachement cher, ce spa… Tout ça, c’est la faute de ma bagnole, si elle avait été plus grande, j’aurais pu ramener… l’échafaudage…



Spa : Sanitas per aquam : santé par les eaux.


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31 mars 2018

Le galoubet sans braguette (Pascal)

 

Pas plus tard qu’hier, je demandais à mon amie musicienne quelques renseignements quant à la guimbarde, sujet du moment chez nos amis du « Défi ». « Ça casse les dents !... » me dit-elle, tout de go, en serrant ma main un peu plus fortement…  

Les vibrations, peut-être, ou alors la façon de la tenir dans le bec, ou bien encore les frappements répétés sur le coin de l’instrument, me dis-je, sans approfondir plus avant ses conclusions. Aussi, je ne vais pas vous bassiner avec une histoire abracadabrante, tout droit sortie de mon imagination en ut…

« Je connais des instruments qu’il est beaucoup plus agréable d’avoir dans la bouche… », rajouta t-elle en rougissant un peu et en accélérant le pas vers mon petit chez moi. Nous y passâmes l’après-midi ; sur le sol et sans bémol, accordés au même diapason, on révisa nos gammes. Experte en turlute traversière, avec tambours et trompettes, j’eus droit à son extraordinaire concert privé de galoubet sans braguette…

 

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24 mars 2018

Feu rouge (Pascal)


Toulon. Je m’étais retrouvé, avec cette bande de furieux motards, arrêté au feu rouge, à  la montée de l’avenue François Fabié. A cette époque, en arrivant par la N97, (Nice) et avant de rejoindre le Boulevard de Strasbourg, on pouvait tourner sur la droite, par cette large voie. Après avoir traversé le pont quatre voies du chemin de fer, encore sur la droite, on prenait le boulevard de la Démocratie et la direction du quartier de la Loubière où un de notre équipée avait sa piaule et son garage attenant…
A l’esbroufe et côte à côte, chacun de nous cherchait à impressionner l’autre en mettant son ambition sur sa maestria imprudente et sur le vague potentiel de sa moto ; aux coups nerveux et répétitifs sur les poignées de gaz, nos machines rugissaient…

Entre mes heures de quart à la chaufferie, ponctuellement, je m’acoquinais avec cette fine équipe de sept ou huit « madus* », tous vingtenaires, roulant toujours sur les chapeaux de roue. Comme des morts de faim, ils se « tiraient la bourre » entre les feux sur les boulevards ; c’était à celui qui prendrait le plus d’angle dans les virages, qui doublerait sans visibilité, qui freinerait le plus tard, qui ne s’arrêterait pas aux stop, et toutes ces conneries de trompe-la-mort qui brûlent la jeunesse sur le bûcher de l’inconséquence.
Sans cesse, ils prenaient leurs bécanes pour aller chercher un paquet de clopes à tel tabac, pour boire un café à tel endroit, mettre dix francs d’essence à la station ou pour aller bricoler leurs machines dans d’obscurs garages. Sitôt arrivés, pris par le démon de la vitesse et des frissons qu’elle engendre, ils avaient des fourmis dans les jambes et un besoin impérieux de remonter sur leurs engins pour aller encore affronter la chance et sa sueur d’adrénaline. Ils étaient tous des funambules en équilibre sur le mince fil déroulé de la route. Je crois qu’ils ne passaient que rarement le quatrième et le cinquième rapport ; c’est comme cela que je sus que je pouvais « tirer sur la troisième » jusqu’à plus de cent soixante, malgré des vibrations intenses et des soubresauts violents cherchant toujours à me désarçonner…

Ceci explique cela, nous étions tous possesseurs de « 900 » et de « 1000 » Kawasaki, plus ou moins trafiquées, avec des peintures personnalisées, des pots quatre en un, des guidons bracelets et autres cadres renforcés. Dans cette enragée bande d’arsouilles, je crois que j’étais le seul à avoir une machine d’origine et un boulot régulier ; je devais être, aussi, le seul à être assuré…
 
Je ne voulais pas jouer les clampins et rester en rade, au passage du feu vert ; avec ma béquille centrale, mon quatre en deux chromé et mon grand guidon « corne de vache », je ne m’en laisserais pas compter. Je savais que cela « allait envoyer » ; certains se tenaient sur leurs machines comme s’ils allaient se lancer dans une course de moto-cross ; d’autres, la tête fixant ostensiblement le feu tricolore, se penchaient en avant comme pour éviter que leur bécane parte sur la roue arrière. Les visières étaient descendues, la première vitesse était engagée, les mains étaient crispées sur les poignées d’embrayage ; il en allait de notre honneur…

Tous les yeux des clients de la terrasse du bar proche étaient rivés sur nous ; nous étions l’attraction du moment ; interloqués, des passants se bouchaient les oreilles en hochant nerveusement la tête ; d’autres se reculaient des trottoirs comme si l’imminence du départ allait forcément engendrer un inéluctable accident grave…


Moi aussi, j’avais enquillé le premier rapport ; d’un rapide coup d’œil à gauche, je mesurais mon adversaire. C’était Bunny, à cause de ses dents de devant et des grandes oreilles qu’il avait peintes sur son casque ; il jouait avec son embrayage et sa machine faisait des petits bonds en avant, quand il relâchait la potence de frein. Sa moto était montée de bric et de broc, avec des pièces toutes plus louches les unes que les autres ; ce n’était pas la peine de lui demander les factures de ses jantes à bâtons ou de ses étriers Brembo chevauchant ses fins disques percés. Véritable « farci* », rien ne le prédisposerait à ralentir dans la petite courbe à droite, sur le pont, cent cinquante mètres après le feu ; celui-ci, je le garderais coincé à l’extérieur, lui laissant la porte fermée. C’est sûr, ça allait frotter blouson contre blouson, jambe contre jambe, guidon contre guidon…
A droite, c’était un jeune loubard, avec sa copine collée à lui, sur la selle speed. C’était le plus « calu* » de la bande et le chef aussi, par toute sa folie contagieuse ; il semblait discuter avec sa nana comme si le passage du feu au vert n’était qu’une formalité pour lui. Pourtant, je voyais bien qu’il se tenait sur ses gardes. Sa puissante machine, à la peinture personnalisée, représentant une tombe ouverte dans un cimetière lugubre et une lune laiteuse pour éclairer tout ça, était un amoncellement de pièces pour moto de course. Bras oscillant Martin, amortisseurs Marzocchi à gaz, pot d’échappement libre « Devil Piste », fourche empruntée à une Ducati, durites « Avia », pneus « Pirelli Phantom », etc., c’était la référence du moment. Avec son moteur noir Z900 ou Z1R modifié, avec sa rampe de carbus à cornets courts, son pignon « trente-six dents » et le poids, même léger, de sa copine, il aurait du mal à conserver sa machine sur ses deux roues. Derrière sa visière fumée, lui aussi m’observait crânement…
A côté de lui, il y avait Game’s, un type sympa, qui s’était trouvé cette famille accueillante pour passer le temps et oublier la sienne ; Game’s, c’était le diminutif de « gamelles », parce qu’il s’en prenait au moins une par semaine. Soleil ou pluie, vent ou froidure, il était toujours en position instable sur la roue arrière et gare aux dommages collatéraux…

Un peu plus haut, de chaque côté de l’avenue, les gens qui attendaient devant l’entrée des cinémas s’étaient retournés ; cette équipée furibarde, cette horde sauvage, désormais, c’était nous sur l’affiche grandeur nature de leur prochain film à suspense…  
Devant nos bécanes menaçantes, sur le large passage protégé, les piétons se hâtaient ; en pressant le pas, les mères tiraient sur la menotte de leurs gosses, les vieux oubliaient leurs cannes en augmentant leur démarche boiteuse ; inconscients, les jeunes s’attardaient entre les bandes blanches en essayant de reconnaître les marques de nos motos…  

A mesure de l’instance suprême du départ, les régimes moteurs augmentaient ; l’enfer de nos machines pétaradantes n’était plus que d’effroyables enchevêtrements de grondements rauques où s’emmêlaient nos accélérations nerveuses et nos panaches blancs et bleutés ; des flammes surgissaient des échappements recuits tels des souffles incandescents de dragons furieux… Tout à coup, le feu passa au vert…



*Madu, farci, calu : méridional, fou inconscient.


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10 mars 2018

La mousse qui descend des cyprès (Pascal)

 

La table sur laquelle j’écris est celle-là même qui servait à nos grands repas de famille, il y a longtemps, à Saint-Bardoux. C’est peut-être pour cela que mes meilleurs souvenirs se bousculent, cherchant la faveur de mon clavier, quand je m’y attable.  
Lorsque le silence du quartier me le permet, j’entends les conversations du passé, les rires des uns, les blagues des autres, les paroles enchantées de ma mère et les tentatives de solennité de mon père, pour servir tout le monde (pendant que c’est chaud).
En fermant les yeux, je nous vois tous présents au banquet de la Vie, nous n’avons pas une ride, nous sommes jeunes à jamais. Le dimanche, c’est encore plus flagrant ; dans la bonne humeur générale, les chaises s’approchent de la table en raclant le sol, les assiettes se tendent, les verres tintent, les exclamations fusent, les fourchettes piquent de bon cœur, le vin coule à flot, le pain croustille et les miettes multicolores sont les confettis de la table… 

L’été, à l’heure chaude de midi, le soleil éblouissant traversait allègrement les fenêtres et il dardait ses rayons aux quatre coins de la salle à manger ; nous étions obligés d’entrecroiser les volets pour apporter un peu d’ombre au repas. L’hiver, c’est la cheminée qui crépitait dans la grande pièce ; quelquefois, une escarbille incandescente claquait dans l’âtre et tout le monde se taisait comme si le feu allait parler…  
On avait des discussions animées mais elles ne s’engageaient jamais vraiment ; la politique, le sport, les faits divers, le cours de la bourse, tout ce qui peut promouvoir l’ambition, la jalousie et la cupidité, c’était proscrit à cette table. Si l’on débordait, mon père remettait vite les choses en place…  
Naturellement, on racontait nos exploits, les bonnes notes de nos enfants, la future augmentation, etc. Je crois qu’on ne parlait pas de nos emmerdes parce qu’ici, elles n’auraient pas trouvé l’écho de nos lamentations ; ce n’était ni le moment, ni l’endroit, c’était seulement le temps heureux des retrouvailles.
Selon les saisons, on parlait encore des futurs légumes du jardin, de la fraîcheur du vent du Nord, des premières fleurs sur le cerisier, du manteau blanc qui avait accaparé le pré de Cinq Sous ou de la sécheresse préoccupante, des orages annoncés et du voisin, un peu laxiste, qui n’avait pas encore rentré ses ballots de paille…   

Toi, tu étais au centre de la famille, dans le cocon aimant de nous tous, entre cousins et cousines, entre oncles, tantes et grands-parents. Papy surveillait personnellement ton assiette pour que tu manges toutes les bonnes choses qui se posaient sur les dessous de plat. Il te servait la première comme l’invitée de marque à sa table.
Petite princesse, on mettait ta serviette autour du cou, on coupait ta viande, on te servait à boire, on s’inquiétait quand tu rechignais devant telle ou telle victuaille. Mamy avait toujours de quoi à pallier un petit caprice ; quand on amenait le plateau de fromages, avec ses fortes odeurs, elle t’apportait un yaourt parfumé. Avant la fin du repas, on te permettait même de descendre de table, pour te dégourdir les jambes.
Parfois, au milieu de tout ce grand dépaysement, tu avais un petit coup de chagrin et tu réclamais ta maman. Vite, mamy te mettait sur son genou ; pendant qu’elle essuyait tes quelques larmes, elle te racontait des secrets que seules les petites filles peuvent comprendre ; elle t’emmenait dans sa cuisine et, en cachette de tous, vous prépariez ensemble la salade de fruits du dessert. 

Le brouhaha autour de la table n’en finissait pas ; il était comme le passage d’un train rapide dans lequel on pouvait entendre tous les voyageurs. On se trouvait encore des ressemblances, on parlait chiffons et dentelles, on parlait chasse et pêche, on parlait de l’avenir en se gorgeant de ce présent extraordinaire.
Pour faire durer ce plaisir, on se resservait à boire d’une soif qu’on n’avait plus, on mangeait encore d’une faim qu’on n’avait plus…   

Puis, c’était l’heure du champagne ; le bouchon, quand il était sur le départ, envoyait vite toutes les cousines se cacher en criant sous la table ! Les femmes rentraient la tête, fermaient les yeux, bouchaient les oreilles et les hommes, curieux, calculaient la trajectoire du projectile entre les ampoules du lustre, les hauteurs du buffet et les bibelots sur le manteau de la cheminée…
Tout à coup, dans un panache de mousse débordante, le champagne coulait à flot, les flûtes tintinnabulaient au diapason de la joie collective et on trinquait à la nouvelle année, à Pâques ou l’anniversaire du moment. 

Fier sans le paraître, mon père contemplait sa lignée ; du nourrisson de l’année, bien à l’abri dans son couffin, à l’aînée de ses petits-enfants, préparant une énième bêtise, jusqu’à toi, occupée à rhabiller une poupée, il allait de l’un à l’autre et je suis sûr qu’il y décelait toute la joie d’être qui coulait dans vos veines ; c’était aussi la sienne…   

A la fin d’un de ces repas gargantuesques, à chacun et chacune, il avait réclamé trois vers d’une récitation, un bout de lecture, une petite chanson, une ligne d’écriture, pour les avoir un instant dans la ligne de sa mire la plus admirative.
Après les espiègleries de tes cousins et les minauderies de tes cousines, quand vint ton tour, toute menue devant sa haute stature et devant l’attroupement de tes oncles et tantes attentifs, sans te faire prier, tu entonnas la chanson « Les Grenouilles » de Steve Waring, que j’avais en cassette dans la voiture et que tu me réclamais tout le temps.
Avec tes bras le long du corps, ta petite voix fluette et tes yeux cherchant dans le ciel les paroles, tu ne te trompas pas une seule fois !  Confiante, tu rajoutas même les gestes à ta chanson, les onomatopées aux bons moments et l’œil maussade à « la mousse qui descend des cyprès !... » Nous, on les voyait toutes, ces petites grenouilles, coassant et discutant au bord de la mare ! A la fin de ta chanson, il y eut plein d’applaudissements ! J’étais si fier de te tenir dans mes bras et de te soulever jusqu’au plafond ! Hé bien, ma fille, je peux te dire que les larmichettes, elles avaient changé de camp…

 

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03 mars 2018

Carrousel (Pascal)


Doucement, la machinerie s’est ébranlée… Petit à petit, la figure inquiète de ma mère s’est éloignée de mes interrogations curieuses. Je me suis retourné mais elle avait disparu, cachée par d’autres mamans soucieuses, perchées elles aussi sur la pointe des pieds. Un panorama impressionnant s’offrait à mes découvertes craintives mais intéressées. D’autres gamins en culottes courtes se tenaient sur leurs destriers et ils caracolaient d’allégresse en agitant frénétiquement les rênes. Mi rassuré, mi crispé, je m’agrippais à mon cheval de bois ; lentement, je glissais en avant et je le tenais par l’encolure comme si j’étais le crack d’un tiercé du dimanche.
Il avait un regard qui riait, ce blanc cheval. J’étais plaqué contre son œil et il semblait me cligner qu’on allait bien s’amuser. Sa joue ronde était tiède, ses naseaux palpitaient de peinture pourpre mais je le caressais pour qu’il ne s’écarte pas de son chemin. Un monsieur est venu récupérer mon ticket et il m’a repositionné correctement sur ma selle. Puis maman est revenue dans le paysage, c’était réconfortant. Au début, j’ai cru que c’est elle qui se déplaçait autour du manège parce qu’elle n’était plus au même endroit dans mes repères. Chaque tour passant, je la cherchais pour ne plus jamais la perdre pendant une nouvelle absence de circonvolution. C’était comme si je lui disais implicitement : « Je vais revenir, je vais revenir !... » Je crois que c’était cela le plus amusant : se cacher un instant de l’autorité maternelle mais revenir naturellement et repartir en avant, à l’assaut de l’imaginaire et des réalités multicolores…

Après savoir marcher, je crois qu’on apprend à tenir sur un manège ; c’est pendant l’apprentissage de l’enfance qu’on devient un acteur dans la toupie, une marionnette dans le tourbillon grisant du Temps. La Vie, c’est un tour de manège, c’est dans l’ordre des choses de l’existence ; c’est un sport d’endurance. L’Elan athlétique, c’est de la première respiration à la mort en passant par l’Amour.

C’est sûr, c’était le mien le plus rapide ! Il avait une crinière figée dans un vent de grand galop ! Ses pattes bondissantes avaient l’air de franchir les plus hauts obstacles ! Ses sabots étaient vernis de noir, comme des chaussures bien cirées, ils brillaient intensément, aux détours revenants du manège, quand ils retrouvaient le soleil de l’après-midi ! Sa queue ondoyante était dans le prolongement de notre course. C’était forcément un cheval sauvage et celui qui arrivait à tenir sur son dos était un grand cavalier !... Je m’accrochais…

Avec mon Pégase emballé, je tournais autour des étoiles ou c’était les étoiles qui m’encerclaient. J’étais devenu une planète libre, un astre filant, courant sur la tenture du manège, m’échappant dans l’ombre de la face cachée du carrousel ou surgissant, téméraire, dans l’espace de la vision de ma mère !... J’avais dompté mon cheval !... Moi aussi, les pieds calés dans les étriers, agitant frénétiquement les brides, j’étais dans la course, j’étais dans le vent ! Tout au long de cette ronde effrénée, les couleurs alentour explosaient en feux d’artifice. C’était des déclinaisons de lumières scintillantes, des guirlandes luminescentes, des éclats flamboyants, des enluminures éblouissantes !... Tout se mélangeait au milieu d’une frénésie enchanteresse !... Décidément, mon coursier avait des grands pouvoirs de voyage sidéral, je caracolais dans l’Univers ! Enivré de joie, je chevauchais sous une pluie d’étincelles mirobolantes !...

A chaque tour, elle applaudissait, maman, comme si j’étais en tête de la course du manège ; elle m’encourageait, elle était fière de moi. Pourtant, comme si j’avais grandi très vite, je ne la cherchais plus vraiment dans le paysage.
Tout aussi excités, des gamins criaient leur liesse en gesticulant des exercices périlleux sur leur monture. Jamais je n’aurais osé les imiter tant mon cheval semblait fougueux, déjà que j’avais du mal à tenir en équilibre…
Dans un haut-parleur, une chanson de fête foraine délivrait ses couplets enthousiastes ; elle était au tempo de notre cavalerie, elle s’écrivait indélébile sur la gamme de mes frissons passionnés !...

Tout à coup, venu d’on ne sait où, une sorte de pompon rouge grenat s’est mis à danser devant mes yeux ! C’était comme un grand oiseau cherchant à se poser sur mon épaule mais il était tellement sauvage, tellement extraordinaire, qu’il s’enfuyait tout le temps devant mes timides tentatives de préhension ! Il voletait de l’un à l’autre des enfants avec des saccades insensées, des tournoiements de meeting ; il était bien plus rapide que le cerf-volant de mon grand frère, plus intéressant que des vraies marionnettes, plus passionnant que mes petites voitures !... C’était un tour gratuit au pays des étoiles filantes !... A chaque passage, maman tentait de m’expliquer comment l’attraper en faisant les yeux doux au préposé du manège…

C’était toutes mes pensées pendant l’enterrement de ma mère. Ce jour-là, un soleil de circonstance, perché dans les vitraux miroitants, s’amusait à éclairer les décors de la cérémonie, en bleu, en rouge, en vert, en jaune, et tous les spectateurs encore accrochés sur le Carrousel se retrouvaient un instant décorés de ses lumières folâtres.
Ivre de tristesse, trempé sous l’orage des larmes, je m’étais retrouvé devant un rideau sombre en forme d’austère tenture. Au bout d’un cordon tressé, un gros pompon, un pompon rouge grenat pendait à sa taille pour lui donner une envergure de papillon posé dans l’église…

 

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24 février 2018

Suze cassis (Pascal)


Je l’avais remarquée ; c’était ses yeux bleus qui me suivaient à la dérobée, quand je faisais semblant de ne pas la regarder. Dans le jeu des glaces, je savais tout de sa curiosité d’azur et de ses doux desseins d’espionne intéressée. J’étais le lauréat de toutes ses pensées…

Elle était serveuse au « Bon Coin », sur la place Monsenergue. Les bières sans faux col, les perroquets, les limonades, les cafés, c’était dans son quotidien de comptoir. Dès qu’elle le pouvait, elle se rapprochait de mes conversations. Quand elle passait un coup d’éponge sur le zinc, c’était toujours au plus près de moi ; je devais soulever les coudes, ne pas mettre les doigts, attendre que cela sèche, au milieu de ses sourires de plaisanterie…

Pourtant, il en défilait des marins, ici. On y voyait des grands, des beaux, des riches de leur solde, des conquérants, des gradés, des appelés, des en bordée, des esseulés, des étrangers d’autres bateaux, mais c’était moi qui avais la faveur flagrante de ses meilleurs sourires délicats. J’étais fier d’être l’élu de sa personne ; notre connivence devait être visible à cent lieues…
Encore posé sur mon épaule, je sentais la brillance de son regard saphir. J’en avais chaud dans le dos de me savoir observé par sa singulière inquisition. Alors, je me tenais droit, je faisais le beau, j’avais des sourires de jeune premier, je gonflais le torse et je soupirais des cœurs éphémères avec la fumée bleu-grand ciel de ma clope.
Les collègues du compartiment de la chaufferie me parlaient mais je n’étais pas franchement impliqué par leurs conversations d’enfermement de postes. Ils semblaient lointains, bien en dehors de mes observations du moment. Depuis elle, les perms, la Drôme et ses collines n’étaient plus le premier sujet de mes conversations. Je riais en retard d’une blague, je répondais à côté d’une question, j’oubliais de boire ma conso, de payer ma tournée…

Je la trouvais belle et je ne me lassais pas de cette certitude évidente. J’aimais bien les petites tresses blondes qui tournaient autour de son front comme une couronne d’or. Cela conférait à sa coiffure un effet de mode moyenâgeux qui correspondait bien à mes idées de contes et de princesses. Parfois, elle ajustait un bandana noir avec des motifs indiens, dans ses cheveux, et j’étais son premier pirate capturé dans ses yeux caraïbes. Sa peau était blanche et bronzée, en même temps ; un fin duvet de garrigue blonde courait sur ses avant-bras. j’y pressentais des douceurs de plage tiède, de sable fin, des parfums délicats de sel, des cris énamourés de mouettes rieuses et mille autres sensations ensorceleuses…

Tout en essuyant ses verres, elle m’étudiait au microscope de ses déductions féminines et je devais être dans ses petits papiers, tenir dans toutes ses éprouvettes, pour qu’elle m’apprenne ainsi. Avait-elle les mêmes rêves complices ? Etions-nous ensemble sur cette plage d’infini, à chavirer, à nous enlacer, à nous étreindre, en laissant rouler nos corps enflammés jusqu’à défier le complaisant ressac ?...

Du fond du zinc, elle m’observait encore. A l’improviste prévu, quand je la regardais, je souriais aussi niaisement et notre collusion était comme un fil tendu, incassable, évident, entre nos sourires de sentimentaux ravis. J’aimais notre romantisme de grands timides, cette façon équivoque et grandiose de nous plaire au milieu de l’uniformité stagnante des autres…

Dehors, les nuits étaient prometteuses. Les Lumières de loin étaient tout près. Notre Jeunesse en folie tambourinait dans nos cœurs en feu ; à nous deux, nous n’avions même pas quarante ans. L’Univers nous appartenait et on pouvait même capturer un instant une étoile filante pour nous partager, en secret, son intense clarté… J’étais peintre de feux d’artifices, décorateur d’arcs-en-ciel, semeur d’étoiles dans ses yeux conquis… Je savais déjà qu’on avait plein de je t’aime à nous partager, à tous les temps, à tous les silences, à tous les échos, à tous les firmaments. Dans un futur de volupté, j’allais lui prendre la main, j’allais lui goûter les lèvres, caresser ce duvet ardent ; les nuits seraient bien trop courtes pour consumer toute l’insouciance passionnée de nos vingt ans incandescents…

Les autres, les envieux, les riches, les galons dorés, les toujours deuxièmes, les pros des films pornos, les tourmenteurs des sirènes de la basse ville, ils nous regardaient comme des exceptions dérangeantes, comme si nous étions des cailloux pointus dans leurs chaussures trop bien cirées, des cancers à leurs certitudes de tueurs de baleines, des affiches réelles de films de science-fiction…
Et moi, moi, je les emmerdais, tous ces cons jaloux. Je voulais leur dire, leur crier : « Regardez, admirez !... C’est moi l’élu de son cœur ! Je n’ai rien que ma petite gueule de novice, mes gestes d’orpailleur, mes poches vides, mes silences de troubadour, ma chemise ouverte et ma dent de requin à côté de la médaille de la Vierge, pour lui plaire !... » Moi, je bronzais, je bronzais, aux soleils timides de ses sourires les plus courageux…

Un instant, quand le bourdonnement bruyant du bistrot se taisait, Cohen chantait dans le juke box ses : « Lover, lover, lover », Jimmy Hendrix revisitait l’hymne américain et Bécaud, amer, cherchait encore son orange volée. Dans un prolongement du bar, du côté des WC, s’entassaient des sacs et des valises de marins. Certains de nous s’y changeaient pour retrouver leurs habits civils plus séants, d’autres reprenaient l’obligatoire tenue militaire avant de passer sous la Porte Principale…
Avec son accent de l’Est, elle disait des « houit » charmeurs, quand c’était huit ; j’adorais la taquiner avec mes remontrances enjouées. J’essayais de lui apprendre la bonne prononciation du mot mais elle s’obstinait avec ses « houit » en me les murmurant comme une oiselle amusée qui gazouille ses gammes provocantes sur une branche printanière…

Au hasard des consommations, elle traversait la salle du bar avec son grand plateau rempli de verres. Un peu hésitante, au milieu de tout ce brouhaha de tempête, elle chaloupait entre les groupes de matafs amarrés autour des tables. Courageuse inconsciente, elle avait sa façon prévisible de me frôler qui disait : « Je te plais ?... As-tu cette solidarité d’attention ?... Comment me trouves-tu ?... Suis-je à ton goût ?... » Moi, je fermais les yeux, je respirais les effluves de son sillage avec empressement pour les distiller dans mes rêves les plus effrontés…

Parfois, au cassage d’un début de partie, une boule de billard s’échappait du tapis vert et ses rebonds étaient comme un diapason de marteau piqueur cherchant l’unisson sur le carrelage. Pendant ce temps de métronome exalté, tous les bruits se taisaient comme s’ils se fixaient dans l’éternité heureuse des souvenirs inaltérables…

Un soir, le long du zinc, pour la chiner, je lui avais réclamé un « pantalon ». Elle qui cherchait toujours à me faire plaisir, elle se trouva fort dépourvue quant à cette commande tellement saugrenue… Je voyais un millier de points d’interrogation se tisser sur son doux visage, soudain contrarié. Désespérée, elle chercha sur les étiquettes des bouteilles des étagères, elle demanda à l’autre serveuse, elle se renseigna auprès de sa patronne. Invétéré espiègle, j’aimais bien son accablement de faiblesse. Sa fragilité ne la rendait que plus belle, plus limpide, plus délicate, plus irrésistible…
Après son service, une nuit d’audace, une nuit vorace, une nuit brise-glace, une de ces nuits de champs de pâquerettes, avec ses un peu, beaucoup, passionnément, nous sommes montés jusqu’à sa chambrette…

 

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17 février 2018

Atrabilaire (Pascal)

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