09 août 2008

Fais-moi peur (Joye)

Le soleil dardait ses rayons. La plage était noire de monde. Delphine oignit tendrement de crème solaire le corps de son tendre partenaire, Rufus.

-- Dis, Rufus, tu pèses combien ?

-- Ah non, tu ne vas pas recommencer !

-- S’il te plaît, mon nounours, dis-le-moi, combien de kilos ?

-- 110, je pense.

-- Kilos ?

-- Bah oui !

-- Et tu fais combien de mètres ?

-- 1,70.

Rufus fit un petit gémissement d’ennui. Depuis qu’il connut cette fille, elle ne faisait que lui poser ces deux questions, encore et encore et encore. Mais bon, les mains que lui massaient les deltoïdes lui firent oublier sa petite colère. Cette femme était une trouvaille ! Elle cuisinait comme un rêve, elle ne se plaignait jamais de son ventre qui, chaque jour, débordait de en plus le haut de son jean. Qui plus est, elle ne demandait jamais qu’il bouge trop, elle lui apportait ses repas, elle cherchait la télécommande, elle aimait bien qu’il s’endorme devant la télé après deux ou trois bières…ah oui, se dit-il, juste avant de rendormir, cette Delphine était une perle !

Delphine sentit que Rufus se rendormait, mais elle sourit. Elle reprit de la crème solaire, afin de pouvoir continuer son massage voluptueux.

-- Ouais, lui murmura-t-elle. Tu es parfait, tu as juste la proportion parfaite, mon amour !

Car en massant, elle le voyait déjà, sa chair marbrée et tendre, le jus qui ferait une sauce impeccable, les rôtis, les steaks et les escalopes, les deux jambons énormes, et tout le bacon qu’on ferait de sa grosse bedaine – la partie la plus demandée au marché noir – une fois de retour sur sa planète natale.

Posté par valecrit à 09:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :


C'est extra (Martine27)

Le soleil dardait ses rayons.
La plage était noire de monde.
J’étais en train d’oindre de crème solaire mon ami étalé là telle une amibe géante.
Quand soudain, une ombre immense recouvrit la plage.
Une voix synthétique s’éleva :

« Terriens ? si vous ne bougez pas aucun mal ne vous sera fait »

Bien sûr, ce qu’il ne fallait pas dire. Vous avez remarqué n’est-ce pas ? Les extra-terrestres ne savent jamais dire ce qu’il faut pour que les indigènes bornés de la planète envahie se tiennent tranquilles.

Bref, ce fut la débandade sur la plage.
Hurlant, la plupart des touristes en train de se faire frire la couenne se levèrent et filèrent ventre à terre, mon ami y compris me laissant seule les mains dégoulinantes de cette saleté de crème solaire, moi qui reste toujours prudemment à l’ombre du parasol.

Bon d’accord, je ne faisais pas vraiment preuve de courage, j’étais juste tétanisée.

Evidemment, ils (les étrangers) n’attendaient que ça, et zip, un rayon de la mort par ici, un rayon de la mort par là et la plage était nettement moins noire de monde je vous le dis. En plus, drôlement propre le rayon de la mort, écologique et tout, un coup de zip et plus rien qu’un peu de vapeur, non vraiment très propre.

Après, qu’ont-ils fait des survivants dont j’étais une des bien involontaires représentants (encore que je préférais nettement faire partie des survivants que des zappés, comme on dit mieux vaut un lâche vivant qu’un héros mort). Eh bien, mollement étalée sur la serviette laissée par mon défunt ami (il a d’ailleurs fait un très beau zap) je me laisse oindre avec délectation de crème solaire par quelques unes des 8 tentacules de mon nouvel ami.

Voulez-vous que je vous dise, rien ne vaut les tentacules pour étaler la crème, ça vous enveloppe, ça vous caresse, ça vous masse, hmmmm, un vrai plaisir, j’en redemande.

Pardon ? Pourquoi je pactise avec les envahisseurs plutôt que de lutter jusqu’à la mort pour les renvoyer dans leur galaxie ? Je ne vois vraiment pas pourquoi je renverrais chez eux ces charmants touristes (bien qu’un peu bizarres physiquement, je veux bien le reconnaître) ils demandaient simplement qu’on leur laisse un peu de place sur la plage (bien sûr la formulation de leur demande laissait un peu à désirer, nous sommes d’accord).

Est-ce ma faute à moi si sur notre planète leur rayon transporteur se transforme en rayon de la mort ? Non, n’est-ce pas ? Alors laissez-moi déguster tranquillement ce divin moment d’entente intergalactique !

Posté par Old_Papistache à 09:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags :

L'amour à la plage (Papistache)



“Jessica rejeta ses longs cheveux blonds en arrière d’un élégant mouvement de la main. Elle aimait le soleil et il le lui rendait bien. Cette petite plage à l’écart de la cohue des grandes cités balnéaires de la côte atlantique les avait séduits. Une journée à lézarder, sans se prendre le chou, comme aimait à répéter le bel éphèbe qui paressait à ses côtés, allongé sur une serviette d’un rose fuchsia assorti au vernis à ongles de la superbe femme dont la cinquantaine radieuse aimantait tous les regards masculins  en cette matinée resplendissante.

Une voix chaude et caverneuse émergea des bras croisés sur lesquels reposait la tête brune et bouclée de David.
— Darling ! Tu me passes de la crème ; tu fais ça si bien !
Jessica sourit. Elle aimait qu’il l’appelle Darling. Elle dévissa le capuchon du tube, acheté la veille au drugstore, et déposa de petites meringues de pâte odorante sur le dos bronzé de son amant.
Le jeune homme gémit :
— Hummmm !
Jessica s’appliqua à faire pénétrer le produit dans l’épiderme souple. Ses ongles traçaient de nombreuses volutes compliquées qu’elle imaginait comme autant d’arabesques de plaisir. David jouissait du moment en forçant un peu ses feulements. Sa compagne irradiait. Elle ferma les yeux et poursuivit son lent massage. Sa main droite descendit vers les reins du garçon quand, soudain, la colonne vertébrale  fléchit sous la caresse. Déséquilibrée, la pulpeuse quinquagénaire tenta de se redresser en appuyant son coude droit sur les fesses musclées qu’enserrait un maillot de bain de couturier. Son bras s’enfonça sans rencontrer plus de résistance que s’il avait plongé dans un  flan aux œufs. Elle ouvrit les yeux et lança sa main gauche vers les omoplates du garçon pour enrayer sa chute. Sa main disparut dans le corps couleur miel de châtaignier. Elle tomba le buste en avant. Affolée, elle battit des bras, cherchant vainement une prise ferme à laquelle se retenir. Elle pataugeait dans une mélasse chaude. Ses épaules, sa tête s’enfouirent dans le magma. Elle retint sa respiration. Il lui semblait qu’un marécage putride l’engloutissait sans qu’elle ne puisse rien faire pour arrêter l’aspiration. Deux mains rugueuses se posèrent brutalement sur ses fesses, contractant ses abdominaux elle essaya de se redresser. L’inconnu qui l’avait saisie aux hanches la maintenait dans son humiliante prosternation. Elle imagina sa croupe rebondie offerte à tous les regards. Ses bras continuaient à brasser dans le corps de son amant. D’un coup sec, les mains étrangères lui arrachèrent son maillot. Jessica hurla. Sa bouche, sa gorge et sa trachée s’emplirent d‘une bouillie infecte et grouillante, une vive douleur lui ...”

— Mais qu’est-ce que c’est que ce bouquin que tu m’as pris ? C’est répugnant !

Sébastien se redressa sur les coudes. Bien qu’il ne soit encore que dix heures du matin, il transpirait abondamment sous le parasol prêté par Belle-Maman. La petite boutique au bord de la plage n’offrait pas un grand choix littéraire, il avait pensé que Monique aimerait ce livre à la couverture noire et rose. Un titre prometteur “ L'amour à la plage” dans la collection Frissons et Gargouillis.

Monique, d’un geste exaspéré, jeta le livre de poche qui acheva sa course entre un os de seiche et une pelote de posidonies. Sa mère avait acheté un petit appartement sur la Côte d’Azur et le partageait avec eux chaque été. Sébastien et elle venaient s’allonger sur la plage étroite, tous les jours, du 14 juillet au 15 août. Au moins, au retour des vacances, le bronzage de la standardiste lui permettait-il de soutenir la comparaison avec celui de Déborah, la secrétaire de direction : “Ah ! les Seychelles, Monique, c’est divin !”

La jeune femme se retourna sur le ventre. Sébastien, lui, détestait le soleil qui le lui rendait bien. “Mais, Chéri, tu peux faire un effort, un mois l’été, pour Maman !” Chéri consentait à tout, aux allergies au soleil, aux brûlures, aux mycoses, aux moqueries des collègues sur son nez rutilant, ses oreilles pelées, tout ...

— Moune, je cuis, tu me passerais de l’écran total ?
— ...
— S’il te plaît, Monique !

Monique détestait qu’il l’appelle Moune, elle se redressa et entreprit de tartiner le dos luisant et flasque de son mari. Il avait beaucoup grossi à l’approche de la quarantaine. Par malignité, elle évita soigneusement de protéger le bas des reins du  malheureux. “La brûlure calmera ses ardeurs. Avec cette chaleur, je ne supporte plus le contact de sa peau !”  Fugitive, l’image d’un morse albinos échoué sur une plage de sable fin lui provoqua un rictus de dégoût quand, soudain, au bout de la plage se profila une silhouette de rêve. Déborah ? Déborah, ici, à la Potinière ? Elle se dirigeait vers eux. Vite, il fallait trouver une solution. A l’agence, Monique s’était toujours présentée comme célibataire. Déborah ne devait pas rencontrer Sébastien. Trop tard pour l’enterrer ou l’envoyer se baigner. D’ailleurs, il ne savait même pas nager ! Une idée ! Une idée !
— Sébastien, viens sur moi !
— ... ?
— Si tu ne fais pas ce que je te dis, tu ne me toucheras plus jamais. Jamais !

Sébastien avait reconnu les intonations de son épouse, celles qui indiquaient qu’il devait se plier immédiatement et sans réfléchir au moindre désir. La dernière fois, elle avait dit : “Six mois sans me toucher !” et elle avait tenu six mois ! Alors, aujourd’hui ...

En soufflant, le garçon s’allongea sur le corps de son épouse.
— C’est Déborah ! Elle ne doit pas me reconnaître. Enlace-moi ! Ne bouge pas tant qu’elle est sur la plage.


Déborah, au bras d’un homme d’âge mûr à la peau cuivrée et aux cheveux argentés lança :
— Darling ! Regarde ces deux-là ! C’est d’un drôle ! Attends je vais les photographier.

Sous la masse de son époux, Monique frissonna. Ses cheveux ! Pourvu qu’elle ne reconnaisse pas sa couleur. Elle pensa qu’elle aurait dû en faire une nouvelle pour les vacances. Sébastien pesait une tonne.
— Appuie-toi sur tes coudes ! lui souffla-t-elle, tu m’écrases !
— Chutt ! chuinta-t-il.

Déborah déroula sa natte de plage à dix mètres du couple enlacé. La cata !
— Cache-moi, expira la standardiste avec difficulté.
Sébastien était ravi. Il avait toujours rêvé de faire l’amour sur la plage. Bon, là, c’était un simulacre mais...
— Arrête ... Obsédé ... Pense à autre chose ... haleta la prisonnière des cent-deux kilogrammes.
Penser à autre chose, elle avait de bonnes, elle. Sébastien essaya de visualiser ses collègues de travail l’accueillant avec les habituelles moqueries de rentrée mais, difficile d’oublier qu’il tenait sous lui le corps souple et chaud de son épouse. Son bassin esquissa une lente rotation. Monique lui tordit le gras du ventre. Il hurla. Déborah et son ami pouffèrent.
— Séb ... tu me...  le... paie... ras !
Penser à autre chose. Penser à autre chose. Penser au travail. Au travail, il parvenait sans peine à s’endormir. Son corps se fit plus lourd. Monique respirait mal. Elle tenta :
— Séb... soulèv... Séb... je ...

Sébastien dormait depuis deux heures quand Belle-Maman vint les rejoindre avec Moumoune, son caniche blanc et arthritique.  Le dos du garçon était écarlate. La vieille dame lui toucha l’épaule du bout d’un  livre de poche qu’elle venait de ramasser entre un os de seiche et une pelote de posidonies :
— Sébastien ? Où est ma fille ? Elle se baigne ?

Posté par Old_Papistache à 09:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :

Horreur sur la plage (MAP)

Projet_Plage

Posté par Old_Papistache à 09:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags :

03 août 2008

Défi #22

Le défi #22
celui qui glace les sangs
des plus blasés
d’entre tous les blasés !

"Le soleil darde ses rayons.
La plage est noire de monde.
Il (ou elle) oint tendrement
de crème solaire le corps de sa (son) tendre partenaire. Soudain, HORREUR ..."

moins_de_18_noir Pour ce défi estival, vous devrez aller puiser au fond du fond de vos fantasmes les plus effrayants et vous devrez nouer les tripes de vos lecteurs.  Humour toléré, mais noir de noir.

La publication des textes  sera soumise à accord parental.moins_de_18


samedi

Ont obtenu le blanc-seing de leurs parents (ce qui évite la censure) : MAP, Papistache, Martine27, Joye, Joe Krapov, Janeczka, Val...

Posté par Old_Papistache à 06:00 - - Commentaires [21] - Permalien [#]
Tags :


02 août 2008

Le gardien de phare (Tiphaine)

Il n’avait encore jamais osé monter tout là-haut, il croyait qu’il n’en serait pas capable.

Peut-être bien qu’il aurait le vertige

Peut-être bien qu’il n’aurait pas la force

Peut-être bien que le voyage était trop long

Peut-être bien que tout est automatisé et que…

Entre le ciel et l’océan,

Le phare apparaît soudain.

Il descend du bateau et pose le pied sur le rocher.

Surtout, ne pas tomber.

Il s’agrippe au parapet.

Il se retourne, le bateau s’éloigne.

Tout petit point à l’horizon.

Puis plus rien.

Il ouvre la porte en fer.

C’est sombre.

C’est humide.

Peut-être bien que les vagues peuvent l’atteindre

Peut-être bien que le vent se lève

Peut-être bien que la tempête arrive…

Il monte l’escalier de pierres

Marche après marche

Le jour là haut l’attire

Il ne pense plus qu’à ça

Arriver tout en haut

Voir le ciel

Il monte l’escalier d’os

Os après Os

Il remonte la colonne vertébrale

Là haut, enfin, le sommet…

Il sort à l’air libre

Serait-ce déjà la nuit ?

L’obscurité partout…

Il allume le faisceau dans la lanterne

Et la lumière est

Et la lumière se fait dans son crâne

Il voit.

Devant lui, loin devant, une terre peuplée de chiffres et d’habitudes

Des hommes en costume, des immeubles géants et des arbres sans feuilles.

Qu’est ce que c’est que…

Soudain, le mouvement de rotation s’enclenche

La petite fée jaillit

Et le flux lumineux danse autour de lui

La nuit s’éclaire, elle prend vie

Un monde inconnu apparaît soudain

Les enfants qui rient, le bruit d’une cascade, le bleu du ciel, les nuages, la brise de l'aube, les mouettes, une femme rêveuse, le chant des grillons et des cigales, des moustiques insolents, l'eau des torrents, le calme des lacs, le silence des églises, les ours, les baleines et les ptérodactyles…

Il pleure…

Il est là-haut, là où il n’avait jamais osé monter, là où il pensait que tout était automatisé…

Il pleure enfin.

Dans le ciel, les étoiles chantent

Il les écoute avec bonheur

Il sait que sa place est désormais là

Dans son monde plein d’essence

Dans son monde sans essence.

Le gardien de phare embrasse la petite fée

En un baiser lucide.

Posté par Old_Papistache à 10:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :

Essentiel - Janeczka

2 aout 20**.
9 heures.
La radio m'annonce que 'en France, on a pas de petrole... mais ailleurs non plus'.
Encore une promo pour les velos. Depuis la crise du petrole de 2008, les velos ont la cote... certains sont meme hors de prix sur les marches noirs. C'est ridicule. Qui aurait cru possible un monde sans essence?...

Je soupire, finis ma cigarette, avale mon fond de the. Je n'ai pas envie d'aller bosser aujourd'hui. Pourtant j'aime mon travail. Mais aujourd'hui, l'inspiration, l'etincelle est eteinte. D'ailleurs, je n'ai envie de rien. Meme pas de dormir, meme pas de creer, meme pas de lire... meme pas de continuer.
Qui aurait cru possible qu'un jour je perde mon essence?

Posté par Janeczka à 09:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags :

Loreille et Lardu pénuriegologogues - Joe Krapov

Les deux célèbres farfelus malgré eux, Stanislas Loreille et Olivier Lardu, tiennent une conférence publique sur le thème « un futur sans essence » .

 

- Un monde sans essence, bien sûr qu’on survivra !

- Tout le monde sait bien qu’en France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. On s’adaptera !

- Un monde sans essence, ce sera un monde sans effervescence, un monde où cessera l’absence de sens qui nous fait courir en tous sens. On arrêtera tout, on réfléchira.

- Car en fait, ça induit quoi, l’absence d’essence ?

- Ce sera la fin des pompistes dans les stations-service.

- Mais il n’y en a déjà plus !

- La fin de la guerre en Irak

- Mais euh… C’était pas à cause des armes de destruction massive, ça ?

- T’as pas tout compris, là encore, toi, hein ?

- La fin de la Françafrique !

- Mais il n’y en a déjà plus… J’ai rien dit, je sors.

- Plus d’essence pour les voitures, ça veut dire : marcher, courir, pédaler.

- Le retour des diligences, des carrioles, des pousse-pousse, des omnibus, du train de 8 h 47, de la longue marche, du facteur Cheval !

- Nous referons l’éloge de la bicyclette bleue, du grand bi, du fardier de Cugnot.

- Et du théâtre boulefardier de Gérard Cugnot !

- On raccourcira les distances entre le domicile et le lieu de travail.

- Vivre et travailler au pays ! Gardarem lou Larzac !

- Plus d’essence ce sera un grand malheur pour les poupées Barbie !

- Ah bon ? Pourquoi ?

- Plus de kérosène = zéro Ken !

- Ce sera la fin du briquet qui tangue dans les concerts de Francis Cabrel et des autres néo-babas !

- Ou alors le retour de la pierre à briquet en silex !

- De Lapierre et Collins ! Des Pierrafeu !

- Terminées les agences de voyage ! Visitez votre ville plutôt que d’aller à l’étranger embêter les autochtones !

- Sans compter qu’on embête aussi les gens qui habitent là !

- Je ne sais pas pourquoi on y va, d’ailleurs, à l’étranger. Je ne sais pas si tu as remarqué mais les gens ne parlent jamais la même langue que nous, là-bas !

- Ils sont bien plus pauvres aussi ! A Santorin, en Grèce, on chemine à dos d’âne plutôt qu’en quatre-quatre dans les escaliers.

- A Venise, pas une seule voiture ! Rien que des barcasses toutes noires ! Et pourtant le barcassier chante et rit tout le temps !

- Pourquoi eusses-tu voulu qu’il ne se gondolât point ? Vu le prix qu’il fait payer pour la course !

- On mettra des bateaux pop pop géants partout !

- Des pédalos ! Des bateaux mouches !

- Des hommes grenouilles !

- A force de se dépenser, les femmes auront des tailles de guêpes.

- Et nous des poignées d’amour et le bourdon en prime !

- Mais non, on courra aussi ! Surtout ce sera la fin des gros culs sur les autoroutes !

- Ah oui, ça c’est bien ! Les routiers sont sympas mais j’aime pas leurs camions !

- Quel bonheur pour les hérissons ! Traverser les routes la nuit sans risque de se faire écraser !

- On reviendra aux romans fleuves : on fera transporter les marchandises sur des canaux par des péniches, comme autrefois.

- Les chemins de halage serviront à autre chose qu’à la bronzette !

- Je comprends pas là ?

- Halage ! Creuse, un peu ! Et l’éclusier éclusera autant que Maigret dans les romans de Simenon !

- Ce sera Paris-Plage sur toute la longueur de la Seine !

- La voie expresse rive droite réservée aux lézards et aux escargots !

- L’Eloge de la lenteur sera une lecture obligatoire au programme de toutes les écoles.

- Ah oui, ce sera bien, un monde sans essence !

 – Dis, Stan , tu veux bien continuer sans moi et m’excuser, j’ai une course urgente à faire !

 – Oh, c’était pas prévu ! Où tu vas comme ça ?

- Le prix du baril vient encore de chuter et ça a été répercuté à la pompe. Je vais faire le plein de ma bagnole et de ma baignoire avant qu’il ne se mette à remonter.

 

Il sort. Stanislas reste seul face au public, le gratifie d’un large sourire un peu niais puis conclut, fort désappointé :

 

- Ce qui ne risque jamais d’arriver, malgré tout, c’est bien ceci : un monde sans indécence !

 

Posté par Janeczka à 09:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :

Trop de la chance - Pandora

-      - Salut maman.

       - Bonjour Philaster, tu rentres déjà ?

        - Ouaip.

        - Tu ne vois pas Ambrelune ce soir ?

   - Non.       

        Je le regarde qui se sert un verre de lait de soja (le lait de vache est hors de prix depuis que la majeure partie des récoltes sert à fabriquer le bioéthanol plutôt que de la nourriture) comme quand il avait 10 ans…

        - Vous vous êtes disputés ?

  - Non maman, on n’est plus ensemble, c’est tout.

      - Plus ensemble ! Ces deux là étaient collés l’un à l’autre plus étroitement que saturne et ses anneaux, ce n’était tout simplement pas possible.

       - Mais hier encore, vous étiez là à rire ensemble…

  - Hier, c’était hier !

       Dans le genre réponse laconique, Philaster tient incontestablement de son père…

        - Mais que s’est-il donc passé de si grave ?   

       - On a vu qu’on n’était pas faits l’un pour l’autre, c’est tout.

       - Mais vous êtes tellement complices… enfin bon je sais que je me mêle peut-être de ce qui ne me regarde pas.

        Philaster se ressert un verre en me regardant d’un air goguenard :

       - Tu t’occupes TOUJOURS de ce qui ne te regarde pas maman…   

  - Ce n’est absolument pas vrai. Mais là vraiment, je ne comprends pas…

        Il me regarde en hésitant, peut-être va-t-il enfin me la cracher, sa valda. Allez fiston, dis-tout à ta mère …   

       - … C’est parce qu’elle va déménager à l’autre bout de la ville….

       - Et ?

     - Alors, elle sera beaucoup trop loin de chez nous. Maman, si vous aviez les moyens de me payer un éthylo-scooter, nous pourrions rester ensemble, mais là, ça n’est pas possible.

      - Un éthylo-scooter ? Pourquoi pas un jerrican d’essence tant que tu y es ?  Tu sais bien que nous n’en avons pas les moyens même si nous aimerions te l’offrir. Ce genre de chose est devenu hors de prix depuis la grande crise pétrolière de 2018. Et de toute façon, tu sais combien coûte le litre de bioéthanol ? Comment te le paieras-tu ?

      - Je sais bien maman… Mais c’est à plus de deux heures en électro tramway et je ne pourrai pas faire tout ce trajet à roto-mollette pour aller la voir. Elle encore moins. Notre histoire n’a pas d’avenir. Il vaut mieux que nous nous séparions avant de trop nous attacher l’un à l’autre. Quand je pense que quand tu as rencontré papa, il venait te chercher en voiture. Une vraie voiture à essence. Vous aviez vraiment trop de la chance…

    Il me lance un dernier regard et sort de la pièce d’un air désolé.

    Trop de la chance ? Oui. Peut-être…

    Nous n’en avions simplement pas conscience.

 

Posté par Janeczka à 09:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :

2058. Gaby et sa fille. (Val)

- Tes grands-parents sont d'accord, ma fille! Toi et ton mari pourrez vous marier dans la peugeot 206 qu'ils avaient quand ton vieux père était petit.
- Oh! Chouette! Une voiture qui roule à l'essence!
-  Presque! Un diesel, ma fille.
-  Elle va faire sensation...
-  Oui! Tes grands-parents ont bien fait de la garder. Elles ont toutes été détruites ou presque quand le pétrole a été interdit. Ton grand-père garde tout...
-  Mais...ou va-ton trouver du carburant? Le pétrole n'existe plus. Si?
-  T'en fais pas! Ton arrière grand-père en avait mis quatre bidons de coté, à l'époque. Pour marier ses petits enfants. Ta tante Elisa ne s'est jamais mariée. Il en reste un, et il est pour toi.
- Pourquoi ne s'est-elle jamais mariée? Elles auraient pu, elle et Pimprenelle?
- C'est que... quand nous nous sommes mariés, ta mère et moi, seuls les mariages entre un homme et une femme étaient autorisés.
- Incroyable! Tu plaisantes? Comment les gens ont-ils pu vivre aussi longtemps sans pouvoir épouser qui ils voulaient? Et... quand la loi est passée, elles auraient pu, non?
-  Tu sais, tes arrières grands-parents n'etaient pas très chauds. Faut les comprendre, à lepoque c'etait tout nouveau... Alors tes tatas ont laissé tomber. ça ne les a pas empeché d'avoir tes deux cousins.
-  Hum! Dis? Papa? Tu te souviens, de quand tu montais dans des autos à essence?
-  Comme si c'était hier! Tu sais, il y a 50 ans, il n'y avait que ça, quasiment...
-  Ah bon? ça devait pas rouler bien vite!
- Tu l'as dit! Il nous fallait quatre heures pour gagner le Perche!
- Quatre heures? Tu rigoles? Et pas de mariages homos? Et puis quoi, encore? Me dis pas qu'on mourait encore du cancer! Si? Quand t'etais petit, c'etait vraiment la pré-histoire!


Posté par valecrit à 09:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :