13 décembre 2008

Clin d'oeil (Val)

Vois comme à présent je les connais bien… De mon poste, je les observe depuis des semaines. Je peux te dépeindre leur vie très précisément. J’ai scruté leurs moindres gestes, leurs moindres pensées. Je connais leur emploi du temps à la minute près. Que dis-Je ? A le seconde !

.

Je les ai choisis tous les deux parce que je les ai trouvé attachants. Et puis, ils représentent plutôt bien tes semblables, non ? Une jeune femme seule, un peu paumée, un homme heureux en ménage, mais qui s’ennuie dans son travail… Un joli panel, en somme. Leur sort n’est ni triste à pleurer, ni très enviable, finalement. C’est le lot de beaucoup d’entre vous, ce n’est pas toi qui me contrediras.

.

Je les ai choisis aussi parce…Oh ! Et puis, de toutes manières, je n’ai pas à me justifier auprès de toi, Tiphaine ! Je les ai choisis arbitrairement. Ce fut un choix du cœur. C’est mon droit . Je choisis bien qui je veux ! Je suis Dieu, après tout !

.

Je vous aime toutes et tous depuis la nuit des temps. A dire vrai…depuis le big bang, pour être plus précis (Non, non, il n’est pas incompatible avec mon existence).

.

Il y a encore peu de temps, comme tu le sais, j’étais au bord du gouffre. Je pleurais depuis si longtemps qu’il m’était devenu impossible de sécher mes larmes. Mais tout va bien mieux maintenant, depuis que tu es venue à moi et que tu m’as pris la main. Dieu sait comme j’avais profondément besoin (comme vous tous) qu’on me prenne la main…

.

Grâce à toi, tout va mieux ! J’ai cessé de pleurer et me suis remis au travail. J’ai regardé au fond du gouffre et je les ai vus, tous les deux. Depuis, chaque jour, je me penche, et je les regarde vivre.

.

Oh ! Pour les guerres, les maladies, les famines, on verra plus tard. Je suis encore bien fragile, tu sais. Le moindre surmenage me renverrait au bord de mon gouffre, et je ne veux pas y retourner.

.

Je reprends confiance, peu à peu. Humblement, j'apprivoise le gouffre. Je m’efforce de ne pas surestimer mes capacités, et , en toute humilité, je me fixe des objectifs à ma portée. Voilà pourquoi j’ai choisi de les suivre eux, Tiphaine. Dieu est amour, mais Dieu est encore bien vulnérable, pour l’heure…

.

J’ai déjà fait un pas énorme, grâce à toi, en acceptant de baisser les yeux pour y admirer toute cette beauté dite à mon image…

Tu as raison, chère Tiphaine : seul le premier pas coute vraiment. Les autres ne sont qu’amour. Le gouffre m’a effrayé, certes. Il m’a fait mal, aussi. Mais comme je l’aime, maintenant… Comme je vous aime tous, à travers eux…

.

Tu m’as conduit jusqu’à la lumière, Tiphaine. Je ne te remercierai jamais assez…

.

 Je les ai suffisamment observés maintenant. J’ai appris à les connaître, et à les aimer pour ce qu’ils sont, c’est à dire beaux et resplendissants d’amour, à mon image. J’ai appris aussi à m’aimer à travers eux.

.

Je m’en vais de ce pas les prendre par la main comme tu as su le faire pour moi, Tiphaine. Je m’en vais les inciter à regarder droit dans les yeux le gouffre au bord duquel ils sont assis à pleurer. Je pars modifier, avec eux, le cours de leurs destinées respectives.

.

Je te laisse, j’ai du travail. Prends soin de toi, Chère Tiphaine.

Dieu qui t’aime

.

Posté par valecrit à 09:00 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags :


La force du destin - sur commande de Val&rie&Janeczka (Walrus)

Parvenus à ce point du récit, vous vous demandez : "Comment diable, va-t-il les faire se rencontrer ?"
Mais, chers lecteurs, ils ne se rencontreront pas, il continueront chacun leur existence si prévisible.
Il finira retraité d'un poste de chef de cabinet, à se morfondre devant Facebook, sous une fausse identité, bien entendu.
Elle, longtemps avant, aura emmené son chat voir la Manche, des falaises d'Etretat, et ne sera jamais revenue.

Etretat

Posté par Walrus à 09:00 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
Tags :

Changements « deux » vies (MAP)

Lila se prit de nouveau à rêver …

_Dict_e

et l’on sait que les rêves peuvent devenir réalité …

………………………………………………………………………

Antoine, sans savoir pourquoi changea de chemin pour rentrer.

 Il traversa un Parc et c’est là qu’il comprit :

DSCF4281

Une vraie révélation …

MAP

Posté par Walrus à 09:00 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
Tags :

Le rêve d’Antoine est le cauchemar de Lila. Ou l’inverse. - Poupoune

Lila n’a pas toujours été comme ça. Elle se souvient avoir été une enfant gaie et malicieuse. Là-bas. Avant. Depuis qu’elle est ici elle est rêveuse. Rêveuse et solitaire, comme ils disent. Toujours entre deux convocations ici ou là, aujourd’hui encore une fois chez le Directeur. Pourtant elle a le sentiment de faire toujours au mieux, mais ça ne semble jamais suffire. Alors elle s’excuse, baisse la tête, essaie de se faire oublier et s’imagine ailleurs.

 

Antoine n’est pas rigide, il est pragmatique. Et il sait ce que représente sa fonction : il se doit d’être irréprochable. Tout le monde ne peut pas se permettre le luxe de la négligence ou de l’improvisation. Et il a une famille qui compte sur lui. Alors Antoine fait ce qu’il a à faire. Il ne sait que trop bien le prix à payer en cas d’erreur. Plus jeune bien sûr il se rêvait plus audacieux, mais l’expérience lui a appris qu’il est plus sûr de s’en tenir aux directives.

 

Elle rentre chez elle et retrouve Chagall, son chat. Lila n’a plus que lui maintenant que sa Tante est morte. Elle était devenue un peu comme une deuxième mère, avec le temps. C’est un peu grâce à elle qu’à l’époque elle avait pu rester ici.

 

C’est toujours après les journées difficiles comme celle-ci que Lila repense à sa famille. Là-bas. Aujourd’hui encore elle ne comprend pas vraiment ce qui s’est passé. C’est tellement absurde. D’un seul coup des voisins, des cousins, presque des frères les avaient désignés comme ennemis. Ils étaient venus en nombre, avaient mis son village à feu et à sang et étaient même venus jusque dans l’école s’en prendre aux enfants. Lila était au tableau quand ils étaient arrivés. La maîtresse l’avait poussée sous son bureau et l’avait cachée. Elle n’avait rien vu, tout entendu. Quand le calme était revenu elle avait hurlé tellement longtemps qu’elle ne se souvenait plus s’être arrêtée.

 

Et puis après plus rien. Elle se souvenait seulement du visage bienveillant de l’homme et de ce qu’il avait dit : « Tu es si petite que tu tiendras dans la valise diplomatique ». Elle n’avait pas compris. Elle n’avait pas non plus eu à se mettre dans une valise. Il l’avait ramenée ici. Il lui avait découvert cette Tante qu’elle ne connaissait pas vraiment.

 

Lila s’endort en essayant de chasser ces souvenirs. Elle pense à la mer. Au bruit des vagues.

 

Il s’endort comme on dit du sommeil du juste. Une journée de travail accompli avec soin. Tous les dossiers de la pile de droite ont rejoint la pile de gauche. Il a bien hésité un peu, sur un ou deux cas, mais globalement il connaît son travail et ses responsabilités et n’a nul besoin de tergiverser pour faire ce qu’il a à faire. Les critères sont simples et assez peu discutables : des attaches ou des motifs sérieux conformes à ceux répertoriés dans la liste, tampon bleu. Dans le cas contraire tampon rouge. Au suivant.

 

Antoine a toujours été un travailleur efficace. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu cette affectation. Temporaire, heureusement. Il sait qu’il peut faire bien plus et bien mieux, mais quand on travaille au service de l’état on fait ce qui doit être fait.

 

Lila finit sa semaine sans trop de difficultés. Les enfants se sont un peu calmés. C’est souvent le cas. Son nom les fait rire la première fois, ils se déchaînent, et puis ils se calment. Si elle avait su… Ce n’est pas son vrai nom. Pas celui que lui a donné sa mère. Juste une déformation malencontreuse de son prénom lors de son arrivée ici. Elle n’a jamais osé leur dire qu’ils se trompaient. Et elle trouvait ça normal de mourir un peu elle aussi en perdant son nom. C’était idiot, mais elle n’avait pas dix ans à l’époque… Depuis elle était donc Lila Miel et essuyait régulièrement les moqueries de ses élèves. Et puis ça passait. Quand c’était trop pénible, elle se souvenait de la maîtresse qui l’avait cachée sous son bureau. C’est pour elle qu’elle avait décidé de devenir enseignante.

 

Elle se demandait parfois si elle aussi serait prête à mourir en sauvant la vie d’un de ces sales gosses qui la faisaient tourner en bourrique… Cette pensée la faisait toujours sourire. Elle n’avait pas la réponse. Mais ici ce genre de questions ne se posait pas. Là-bas si. Encore aujourd’hui.

 

Il a été perturbé par un dossier cette semaine. Ça l’irrite toujours de se laisser gagner ainsi par un mélange de doute et de mélancolie. L’individu venait de là où il avait eu sa première affectation de diplomate. Là où il avait outrepassé ses prérogatives. Là où il avait bien failli gâcher sa carrière avant même d’avoir eu conscience qu’il en avait une. Depuis, rigueur et droiture. Pas d’initiatives inconsidérées.

 

Antoine se souvient de la fierté qu’il avait ressentie en accomplissant ce qu’il considérait alors presque comme un acte héroïque, mais il a passé les quinze années écoulées depuis à chasser ce souvenir et à se racheter une conduite. Une telle folie aujourd’hui ne lui coûterait pas seulement sa carrière, elle l’enverrait aussi directement derrière les barreaux. Mais il était jeune alors.

 

Il ne l’est plus. Il se rend bien compte de l’ironie de la situation, mais il doit oublier tout ça et faire ce qui doit être fait. Ce dossier de malheur l’a perturbé. Un dossier pourtant simple : pas d’attache, pas de motif, tampon rouge.

 

Lila compte profiter du week-end pour faire le tri dans les affaires de sa Tante. Il y a déjà un mois qu’elle l’a enterrée. Il est temps. Elle va acheter le pain et chercher le courrier. Une lettre de la préfecture. Son renouvellement de carte de séjour, sans doute.

 

Antoine décide d’emmener Valérie et les enfants pique-niquer en forêt, ce week-end. Ça lui changera les idées. Il en a besoin. Oublier ce maudit dossier.

 

Dans l’avion qui l’emmène là-bas Lila se demande combien de temps cela lui prendra pour mourir. Elle se demande qui va nourrir son chat. C’est absurde, que va-t-elle faire là-bas ? Elle n’a personne. Elle n’a même plus de nom. Elle n’est personne. Elle n’a pas eu le temps de prendre ses affaires. Elle n’a que son sac. Un peu de monnaie. La lettre. Celle avec le tampon rouge.

 

Posté par Janeczka à 09:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags :

Porte-bonheur - Tilleul

Elle ramasse son gros cartable, elle y glisse le petit classeur. En passant devant le directeur, elle marmonne quelques mots d’excuse puis quitte cette bande d’extraterrestres… Elle va sans doute perdre cet emploi, mais elle s’en fiche. Elle n’en peut plus. Une seule idée trotte dans sa tête, aller vite retrouver son chat Chagall, se cacher sous la couette pour pleurer sa déception. Ce métier, elle l’a voulu, elle l’a choisi… Elle n’imaginait pas " tomber " sur de tels élèves…

Elle marche très vite. Perdue dans ses rêves envolés, le visage noyé par les larmes, juste avant de passer devant la vitrine du boulanger, Lila pose le pied sur " la carte de visite " du chien de Madame Beltran… Elle se retrouve un genoux à terre…

Plus que deux dossiers à réviser. Si Antoine se dépêche, il pourra prendre une pause, s’aérer et déjeuner seul en ville en évitant ainsi le tête à tête avec ses collègues…

11h55. La dernière farde de la pile de droite est passée à gauche. Il enfile une veste, heureux de pouvoir quitter ce bureau. Il n’a pas très faim. Plutôt que d’entrer dans un resto, il préfère marcher un peu et respirer à pleins poumons… Ses pas l’amènent dans la rue du boulanger…

Les sanglots de Lila redoublent. Non seulement son soulier est maculé de … mais son genoux lui fait mal. Tout à coup, deux bras énergiques l’aident à se relever.

" Bonjour ! Je m’appelle Antoine… "

Posté par Janeczka à 09:00 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags :


Ailleurs (Joye)

AILLEURS

Ailleurs, au milieu d’un autre continent, une femme pense à Lila et à Antoine. Elle a leurs comptes rendus devant ses yeux. On lui demande de terminer leur histoire. Elle réfléchit, ses doigts dansent sur le clavier. Elle aussi, elle a connu la salle de classe, c’est même en France dans un lycée où elle a appris le sens du mot « fauve », véridique. Elle a aussi connu un boulot comme celui d’Antoine. Bureau, bureaucratique. À vrai dire, elle préférait le sentir d’une poubelle en feu à celui du journaux-cafés-businesse, et le feu aux joues lorsque quelqu’un de plus autoritaire voulait rentrer dans son domaine. Elle connaît aussi ce grand désir de revoir la mer, de s’y promener, applaudie par les vagues, de sentir le parfum de son sel dans l’air qui piquait ses joues. Mais au milieu de son continent et une grande crise financière, elle sait que ce jour-là est encore loin. Alors, que peut-elle faire pour Lila et Antoine ? Faire qu’ils se croisent sur une plage quelque part dans son imagination, Alain Souchon qui chante au fond à Bray-les-Dunes ? Mouais. Mais c’est plus délicieux de les laisser errer dans son imagination pendant une semaine dans l’anticipation des moments de leur rencontre éventuelle sous d’autres plumes, hexagonales et douées.

Posté par Old_Papistache à 09:00 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
Tags :

07 décembre 2008

Suites déjà postées

Joye ; Tilleul ; Poupoune ; MAP ; Walrus ; Val ; Caro Carito ; rsylvie ; Joe Krapov ; Pandora ;

Posté par Old_Papistache à 06:01 - - Commentaires [34] - Permalien [#]
Tags :

Défi # 39

Pour le défi #39, à paraître le 13 décembre, c'est Tiphaine qui s'y colle.

A la suite d'une de ses suggestions,
et de quelques échanges courriels
elle nous a fourni le texte qui suit.

Notre défi :


1/ Lui donner une suite. (quartier libre pour cela)
2/ Lui donner un titre.

3/ Toujours : samedidefi@hotmail.fr

........................*..*..*.........................



Elle ferme la porte de son appartement à double tour. Derrière la porte, le chat manifeste sa joie. Elle sourit en descendant l’escalier, elle imagine son Chagall en train de sauter sur le lit qu’il a enfin pour lui tout seul.

 Elle porte son gros cartable en bandoulière, à l’intérieur, des cours qu’elle ne fera pas. Elle avance doucement, elle ne marche pas sur les traits, jamais. Le boulanger monte le rideau de sa vitrine et lui adresse un sourire qu’elle ne voit pas. Lila rêve, comme tous les matins …

 Il referme le portail avec précaution, il ne s’agit pas de réveiller Valérie et les enfants, le sommeil c’est sacré ! Il est heureux, la semaine s’annonce bien, pas de grèves prévues, pas de réunions de crise, une petite cérémonie officielle, quelques dossiers à faire, la routine. Il aime bien la routine, ça rassure la routine. Il tourne deux fois à gauche puis une fois à droite, deux feux rouges, cinq passages piétons, le boulanger qui le salue et le chien de Madame Beltran qui fait toujours ses besoins au même endroit et à la même heure. Antoine constate et anticipe, comme tous les matins.

 Elle est dans sa classe, elle regarde ses élèves. Elle ne sait pas bien si elle doit rester là ou prendre ses jambes à son cou et s’en aller très loin. Très loin, le plus vite possible… Un surveillant vient relever l’appel, elle ne le voit pas, elle ne l’entend pas. Devant elle, une classe de 23 extraterrestres, des enfants paraît-il… Elle a inscrit son nom sur le tableau, à la craie blanche : Madame Miel. Les élèves ont éclaté de rire, très vite, des bruits d’abeilles ont sifflé un peu partout. Lila a haussé la voix, les élèves ont éclaté de rire à nouveau. En désespoir de cause, elle a ouvert son petit classeur et a écrit « dictée » juste en dessous de son nom. Les élèves ne s’occupent déjà plus d’elle, ils s’amusent à se lancer divers projectiles, ils parlent à tue tête.

 Lila n’est pas là. Elle est dehors, elle est au bord de la mer. Elle entend le bruit des vagues…

 Une odeur de brûlé soudain, ils ont mis le feu à la poubelle.

 Lila menace, elle fait de grands gestes avec ses bras, les élèves rient de plus belle. Le directeur arrive et les élèves deviennent soudain muets.

 Lila a honte. Elle voudrait ne pas exister.

 Il est assis sur son siège ergonomique. Sur son bureau, deux piles de dossiers. L’objectif de sa journée consiste à faire passer ceux de sa droite vers la gauche. Antoine se demande parfois s’il mérite vraiment ce travail, ou plutôt, si ce travail le mérite vraiment. Il aurait pu faire autre chose de sa vie, quand il était gosse, il voulait être aviateur ou explorateur. Il ne s’imaginait pas dans un bureau, vraiment pas… Antoine chasse cette idée, encore une idée parasite. Antoine est un homme très occupé, il n’a pas le temps de s’auto psychanalyser. Il laisse ça pour les faibles.  Mademoiselle Corentin lui apporte les journaux et le café. C’est une vieille fille, pour le fantasme de la jolie secrétaire, Antoine attendra sa prochaine affectation. Seize déménagements en onze ans, pas moyen de se fixer… Antoine rêve de pouvoir s’arrêter juste un peu, de rencontrer des gens qui seraient des amis et non des relations, de dîners simples et pas de repas de travail ou de pinces fesses mondains. Encore une idée parasite ! Antoine n’a pas le temps de refaire le monde, il a des fonctions importantes, il représente l’état. L’état peut-il se permettre de douter ? Non.

 

Posté par Old_Papistache à 06:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags :

06 décembre 2008

Sans compter PLUS - violette7

Son arrière grand mère en avait eu quatre, ses deux grand mères quatre et sa mère quatre aussi mais c'était dans les trois premiers quarts du vingtième siècle où on ne pouvait pas compter sur une méthode efficace, ni même sur la complicité de sa moitié pour n'avoir pas à en ajouter un de plus......sans compter qu'on ne savait pas d'avance et pendant neuf mois si on en attendait un ou deux et même trois parfois....toujours au moins une bouche à nourrir en plus...

A l'aube du vingt et unième siècle, elle avait eu le choix elle et avait choisi de faire mieux et plus que ces quatre dames avant elle : cinq, elle en avait ...Elle disait que ça faisait exactement quarante neuf culottes par semaine ( sept fois sept), quatre vingt dix huit chaussettes et des kilos de pomme de terres et pour l'amour elle ne pouvait ni peser, ni mesurer bien que c'est ce qui comptait le plus....cinq en huit ans et demi, certains jours c'était un défi.....elle s'y était soustraite car ce qui se multipliait le mieux, c'était l'amour qu'elle portait à ses cinq enfants......C'était son histoire.....

Posté par Janeczka à 21:13 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
Tags :

Decompte - Kloelle

12- Elle me l’a dit un soir, comme ça, dans la conversation.
« Quand tu es né, je n’ai pas voulu te voir. Tu comprends, j’avais tellement, tellement souffert, tellement plus que pour tes sœurs. Je t’en voulais, du fond de mon ventre je t’en voulais »
Elle a rajouté en riant, qu’heureusement, ça n’avait pas duré. J’ai eu envie de lui dire que si, ça durait toujours mais les mots ne sont pas sortis de ma bouche. C’est étrange comme je regrette maintenant de ne pas avoir eu ce courage.


11- Ma grand-mère faisait des tartes tatins formidables. Je me noyais dans ses odeurs de caramel. Je la regardais réveiller le sucre depuis ma petite chaise en paille du coin de la cuisine, près du fourneau . C’est moi qui plaçais les pommes. J’avais l’impression d’être un grand. C’était quelque chose, à trois ans, que de placer les pommes. Ensuite à table, de ma petite voix aiguë, je disais « c’est moi qui l’ai faite »


10- Paul triche aux billes. Les autres ne disent rien parce qu’il a deux têtes de plus que nous et des bras plus gros que nos cuisses. Mais je n’ai pas du tout l’intention de le laisser partir avec mon Agathe, pas du tout.
Maman a hurlé quand elle m’a vu revenir le nez en sang. Pas tant pour le nez : mon paletot était rouge de sang lui aussi. Elle a crié : quand on a une âme de redresseur de torts il faut avoir les bras qui vont avec !


9- J’ai envie de mettre mes mains dans ses cheveux blonds mais je n’ose pas. Le matin, en cours d’histoire, le soleil les enflamme et ils sont encore plus beaux.


8- La robe d’Odile était affreuse. Tout ce que je n’aime pas. « Frou-Frouteuse »,orgueilleuse, bouffie. Cette tradition qui consiste à cacher la robe au futur marié est d’une idiotie sans nom. Et ma belle-mère qui a passé la journée à me répéter « Elle est magnifique n’est ce pas ? ». Magnifique belle-maman, absolument magnifique…..


7- Je n’aime pas l’ordre. Je n’aime pas ranger mes vêtements, bien pliés au pied de mon lit le soir. Je n’aime pas remettre les pots gigognes de la cuisine en bon ordre croissant. Je n’aime pas poser ma brosse à dent dans le verre bleu.

6- La voisine du dessous a les plus magnifiques cheveux bruns que soient. Ils distillent des arômes de vanille, ou de tiaré, ou les deux à la fois.

5- Manon pleure des nuits entières. J’aime les moments où je suis seule avec elle. Elle sent la crème d’amande douce. Avec moi elle ne pleure jamais. Nous nous installons dans le fauteuil du salon, je lui donne son biberon et nous goûtons, béats, au bonheur simple. Nous deux, c’est comme une évidence.

4- Le café est chaud et je me suis brûlé les lèvres. Je la regarde et elle me regarde. Dans ce silence de mots j’écris le désir en lettres brûlantes. Je ne suis que soubresauts gênés et palpitations étouffées. Je la regarde, elle me regarde et je suis à nouveau vivant.

3- J’ai choisi sa robe de mariée avec Laura. Longue, sobre et voiles d’organdi. Manon sera notre demoiselle d’honneur. Elle a déjà choisi sa couronne de fleurs.

2- Les macarons, j’ai toujours aimé les macarons. J’aime les manger en cachette, lentement, en fermant les yeux.

1- L’ultimatum était de 12 heures. C’est ce qu’ils m’ont fait dire dans le message que j’ai enregistré. Je n’ai pas vraiment compris qu’elles étaient leurs revendications, je crois qu’il s’agit essentiellement d’une question d’argent. Ils ont sortis John de la pièce d’à côté et j’ai entendu les mitraillettes faire leur office. C’est mon tour.J’entends leurs pas.

Posté par Janeczka à 12:00 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags :