30 août 2008

File d'attente (Jaqlin)

Sait-on jamais aventure pareille

A celle qui m’advint chez le crémier ?

J’étais là, devant l’étal, coutumier

De la file d’attente, prêtant l’oreille

Aux charmes vantés d’un chèvre fermier.

A petits pas, un vieillard anémié

S’approche. On dirait qu’il me surveille.

L’ai-je déjà quelque part, contrarié ?

Sait-on jamais ?

Sans prévenir, il avance, il s’éveille

Et maniant sa canne comme un levier

Il m’assène un coup, non pas sur l’oreille

Mais droit dans le tibia. La pauvre vieille

 Chose a filé sans que je lui conseille !

Sait –on jamais ?

Aventure authentique : le pauvre pépé( un peu sénile quand même) avait été précédemment heurté par un chariot, heurt qui lui avait coûté une fracture du fémur. Depuis, dans les files d’attente, quand il estimait être trop proche de quelqu’un, il se « défendait » à coup de canne ; j’étais le 3ème agressée de la matinée !

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Galanterie (Walrus)

 

C'est vraiment la foule dans le supermarché   !

 

Mon unique article sous le bras, je me   colle en bout d'une file.

 

La charmante vieille dame qui me précède   pousse à grand peine un chariot surchargé.

 

Se tournant vers moi, elle déclare : "Passez   donc devant moi, vous n'avez qu'un ..."

 

À quoi je rétorque "Chère Madame, si j'avais   voulu me trouver devant vous, je me serais levé plus tôt !"

 

Sa tête ! J'en ai encore des   remords...

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Une vocation (Papistache)

Bruno Martin sort de la banque. 18 h 01. La quarantaine bedonnante, costume gris bien coupé, cheveux  courts, joues lisses, le pas assuré. Bruno Martin vit seul dans un petit appartement au rez-de-chaussée d’un vieil immeuble parisien du VIIe arrondissement. Il est entré à la banque après son BEP et y a fait carrière. Il est sous-chef de l’agence de la Rue des Polonais Sobres.

Ce soir, comme chaque soir, au retour du travail, il descend le petit escalier qui mène à la cave. Les cages sont posées à même le sol. Il y en a trois.  Ce sont des pièges. Un sourire illumine le visage poupin du banquier. L’une des cages est occupée.  Bruno s’en empare en la tenant éloignée ; il ne tient pas à souiller son costume.

Bruno se déshabille et prend une douche pendant que, sur sa gazinière, chauffe  une bassine d’eau. L’eau bout quand il sort de la salle de bains en peignoir éponge. Il se saisit de la cage et la plonge dans l’eau bouillante. Le rat ne se débat pas longtemps.  Bruno est content, c’est le second rongeur qu’il capture ce mois-ci et nous sommes le 12. Un vendredi ! Le meilleur jour.

Bruno quitte son peignoir. Nu, il se dirige vers le placard mural de l’entrée et en tire une grosse valise aux motifs écossais. Il en sort une tenue élimée et d’une saleté familière aux désœuvrés des quais de Seine, ceux qui dorment dans des cartons. Un bonnet de laine mité complète l’ensemble ainsi que des godillots éventrés.

D’un geste sûr, Bruno triture, au fond d’un bol, une mixture faite d’eau, de farine et d’argile verte du docteur Hausmann. Il s’en badigeonne le visage, le cou et s’en frotte les mains. Tout à l’heure, quand la pâte aura séché, elle se desquamera en plaques du meilleur effet.

Le rat mort dans sa poche, Bruno quitte son appartement sans allumer la lampe du couloir.

La file d’attente pour “Barry Lyndon” est impressionnante.  Carl est en permission ; sa petite amie, étudiante à Jussieu, lui a proposé un ciné. Carl a acquiescé même si la chambre de bonne de la demoiselle lui aurait mieux convenu après ces trois semaines  de promiscuité masculine en Alsace.

Sur le large trottoir, un clochard déambule. Il tient sa main droite enfoncée dans sa poche. Un couple, bras-dessous, bras-dessus, déambule. Le clochard, d’une saleté repoussante et visiblement atteint d’une vilaine maladie de peau, psoriasis ou pire, brandit brutalement un immonde rat crevé sous le nez de la jeune femme qui pousse un cri d’horreur. Son compagnon, recule en croisant le regard illuminé du clochard. La file d’attente du cinéma tressaillit légèrement. Le couple s’éloigne.

Une femme seule portant un cabas qu’on devine lourd s’annonce. Le manège du clochard se reproduit. La femme saute littéralement en l’air et pousse un cri. La file d’attente esquisse un sourire. Le guichet n’ouvre pas encore. Le rat crevé est sorti vingt fois de la poche du manteau aux reflets verdâtres. Maintenant, la file d’attente anticipe les réactions des passants accrochés par le jeu du malheureux. Parfois un homme tente de porter un coup à l’ignoble mais renonce quand il aperçoit la peau de son visage.

Le guichet va bientôt ouvrir. Le rat regagne la poche fatiguée du caban malodorant. L’homme s’approche de la tête de la file d’attente et tend la main. Carl calcule que trois cents personnes sont rassemblées sur ce trottoir, si chacun ne donnait qu’un franc même, à ce pauvre hère, il gagnerait en une demi-heure autant que lui en quatre mois de solde. Au fond de sa poche, les pièces jaunes qu’il a économisées pour payer les deux places de cinéma ne pèsent guère. Il refuse l’aumône au piteux amuseur. Le rat jaillit de la poche. L’amie de Carl se blottit dans ses bras. Le clochard hurle en brandissant son hideux trophée :
Quand on n’a pas les moyens, on reste à baiser dans sa piaule !
La tête de la file d’attente s’ébranle. Le montreur de rat poursuit sa quête. Derrière Carl et son amie, personne n’ose refuser sa pièce au vilain.

Le vendredi, en général, Bruno parvient à se faire ainsi jusqu’à cinq files d’attente. Au départ, il voulait économiser pour s’installer à son compte comme conseiller financier dans une ville balnéaire. Il aurait largement de quoi maintenant, mais il n’imagine plus de vivre sans cette montée d’adrénaline que lui procure son petit jeu, et puis, quelle autre ville que Paris peut lui offrir rats, discrétion, et aussi nombreuses et longues files d’attente ?

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La vie dedans soi - Ondine

Je pousse la porte de la clinique, m’annonce à la réceptionniste et m’assois. Je suis contente qu’Anne-Marie ne travaille pas cet après-midi, j’aurais été incapable de lui faire face. Au fil des semaines, une belle complicité s’était installée entre nous mais là, non, je n’aurais pas pu, pas aujourd’hui, pas encore, il est trop tôt. Je jette un coup d’œil sur les revues feuilletées par des centaines de mains fébriles pour éviter de fixer ceux, celles, qui ont pris place dans la salle d’attente. Un quotidien, Femme d’aujourd’hui, Paris Match, Clin d’œil, Enfants Québec : mon cœur se serre un instant. Je fouille dans mon sac pour en extirper un livre. Je l’ouvre un peu trop rapidement et mon signet s’en échappe. Je passe un instant mon doigt sur le carton bleu pâle, les fleurs séchées, les lettres tracées de façon légèrement hésitante : « Maman, tu es plus belle qu’une rose. Je t’aime. » Je le retourne, jette un coup d’œil sur la date : deux ans déjà. À cette heure-ci, mon petit homme est en cours de gym, vraisemblablement rouge comme un coquelicot, la sueur perlant à ses tempes. Mon grand… Cours, ris, joue! Moi, je ne peux pas, j’ai oublié comment.

 

Une voix déformée crépite dans le micro. Une femme sursaute, secoue son amoureux, endormi sur son épaule. Travaille-t-il de nuit? A-t-il soigné un enfant malade? Il s’éveille d’un coup sec, vaguement désorienté, puis se lève en souriant, enfouissant la main de sa femme dans la sienne. Elle marche les jambes légèrement écartées, le dos cambré. Je ferme les yeux pour ne pas voir la rondeur insolente de ses formes, l’éclat radieux de ses traits, le tissu tendu sur ses chairs. J’attends quelques secondes avant de les ouvrir à nouveau. Mon regard s’accroche à ces lignes : « Les gens tiennent à la vie plus qu’à n'importe quoi, c'est même marrant quand on pense à toutes les belles choses qu’il y a dans le monde. » Je ne peux pas lire ça, je ne veux pas, je ne sais pas comment.

 

La sonnette de la porte d’entrée tinte. Une jeune femme, seule, le regard fuyant, se pose devant moi. Ses ongles rongés dépassent à peine des manches trop longues d’un chandail de laine noire élimé. Son corps clame tout haut ce que je hurle tout bas : le désespoir, la colère, l’incompréhension, la volonté d’arrêter le temps, de changer son cours. Je passe un instant ma main sur mon ventre plat, creux, vide, vidé de sa substance. Comme à chaque instant depuis deux semaines, l’absence déchire mes entrailles, mon souffle se rompt, mes yeux se gorgent de larmes. Je voudrais arrêter le sang qui, sournoisement, s’écoule de moi, ne pas percevoir son odeur âcre, le parfum de mort qui s’en dégage. Il ne pouvait pas vivre, il ne voulait pas vivre. Peut-être a-t-il retrouvé le chemin du paradis? Peut-être se tient-il sur son pourtour, dans l’attente d’une meilleure mère, de quelqu’un qui aurait pu mieux l’accueillir? Pourquoi cette histoire d’amour entre nous deux n’a-t-elle pu être consommée? Mon petit, mon tout-petit, mon si petit, je t’aurais tout donné, je me serais offerte à toi, j’aurais volé pour toi. Pourquoi en as-tu douté? Reviens-moi, redeviens moi, viens en moi. Gruge-moi de l’intérieur, fais du grabuge tant que tu voudras mais comble le vide, remplis-moi, déplie-moi.

 

Une voix métallique égrène les syllabes de mon nom. Lentement, je remets mon livre dans mon sac, je ravale mes larmes. Je chancelle, je chavire, je sombre. Sans toi, je ne peux plus avancer, je ne veux plus, je ne sais plus comment.

 

 

 

La citation est tirée de La vie devant soi de Romain Gary (Émile Ajar)

 

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Attente - Janeczka

Jeudi, 14 heures, salle d'attente d'un psychanalyste. Je me sens un peu neveuse, et je crois que les autres patients le sont egalement.
Il y a trois personnes en tout avec moi. Nous sommes dispersees aux quatre coins de la vaste salle d'attente (ce qui est plutot un exploit pour trois personnes). Les autres font semblant de compulser un article de Voici ou Monsieur Cigaro, relevent de temps en temps le nex pour examiner un detail du papier peint fleuri, croisent mon regard, et baissent la tete aussitot.
Le tic-tac lugubre d'une horloge suisse egrene les secondes telles des heures, des annees, des millenaires.

Il ne manquerait plus qu’un corbeau se faufile par la fenetre entrouverte et se mette a croasser: ‘Jamais plus...’

 

Mon medecin est en retard – comme depuis le premier jour. Pas de beaucoup, mais suffisament pour me faire languir.

 

Ce que je fais la? Vous vous souvenez de cette histoire de drakkar fantome? J’en suis devenue presque folle. J’etais obsedee par les bateaux nordiques. Je voyais des Vikings partout – dans les parkings, dans les romans de Stephen King... je n’en dormais plus!! J’entendais des bruits ou des bribes de conversations et je m’imaginais des choses insensees... on m’a suggere de consulter.

Depuis ca va mieux... grace a mon psychanalyste. Ses moustaches blondes et ses yeux azur lui donnent l’air d’un fier soldat des mers.  Je suis sure que sous sa chemise se cachent des muscles dignes de Thor. Je nous imaginerais bien larguant les amarres et partir pour Valhalla... un casque a cornes lui irait comme un gant... des cornes d’abondance, bien sur...

 

- Ahem! Mme D...? c’est a vous. 

 

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Sans avenir - Vanina

Nous en étions là, sous le panneau : « enlèvement de la marchandise ».

Enfin !

C’était après avoir longuement comparé les prix et les caractéristiques des divers ordinateurs portables et autres tours informatiques, après avoir commandé, puis négocié le prix et payé. Bref, nous étions devant la dernière ligne droite.

Il n’y avait pas grand monde devant nous, une, deux personnes ? Je ne m’en souviens plus.

Mais si près du but, de la sortie devrais-je dire, cela me paru interminable.

Comme toujours dans ce cas-là, je laissais vagabonder mon regard à l’affût d’une lumière particulière, d’un reflet significatif ; prête à dégainer mon appareil photo.

 

Quant tout à coup, mon regard fut fasciné par un ensemble de pancartes disposées sur une porte.

Mon imagination commença à délirer…

Le logo des toilettes accessibles aux personnes handicapées était associé à celui de la poubelle. Pire, le lieu était dit « sans issue ».

Une fois entré dans les lieux, pouvait-on en sortir ?

Qu’arrivait-il aux personnes osant franchir cette porte ?

Etait-ce un nouveau moyen de se débarrasser, sans avoir l’air, d’une minorité encombrante ?

Je commençais à imaginer un scénario de SF, voire d’anticipation, où des disparitions apparemment inexpliquées ne seraient pourtant pas dues au hasard, mais à une machination machiavélique d’hommes et de femmes « bien portants » désirant nettoyer le monde de « ses nuisibles »…

 

« Vanina, tu viens, on a tout ! »

Ces quelques mots prononcé à mon encontre me réveillèrent.

Bien qu’une vidange de vessie eût été opportune, j’ignorais cette porte à l’invitation peu engageante…

Mais avant de quitter les lieux, je fis un cliché, histoire de vérifier le soir même que j’avais bien fait un cauchemar, éveillée !

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Services rendus - Caro_Carito

La course du chariot s’arrêta à la caisse n°16.

72 minutes pour faire les courses. Les produits les moins chers. Ne rien oublier

Je regarde devant moi la longue file fatiguée. Un, deux, trois… Ils sont six à me précéder.

La caissière a l’air d’être une novice. Elle a le sourire emprunté de ceux qui ont peur de faire une erreur. Un vendredi à 18h47. Elle a dû déjà subir pas mal de remarques désobligeantes. Sur sa lenteur. Sur ses gestes peu dégourdis. Mais le pire c’est sans doute ces mots muets, méprisants, sur ses fines tresses et sa peau mate. Yvonne, ma copine a une grande sœur Hortense. Elle pleurait le jour où elle s’est fait renvoyait de l’hyper d’à côté. Pas assez rapide. Ou elle ne plaisait pas. Je ne m’en souviens plus. De toute façon, l’excuse pour la virer était bidon.

Je tire de ma poche le portable de ma mère et un vieux livre. Pas de message. Pas de j’ai oublié le ketchup, le shampoing, les saucisses

Sur un fond de musique pénible, un mec hurle dans les hauts parleurs que là, maintenant, pour un paquet de jambon acheté, un offert. Je m’en fous.

Je suis seule. Partie, barrée. N’importe où. Dans les affres distillées par Stephen King, coincée entre le rouge et le noir de Stendhal. En équilibre sur mon caddy poussif, je m’envole.

Ca passe vite, mine de rien, vingt minutes à la caisse.

Plus vite que si j’étais chez nous. Là-bas, les tout-petits chialent, les grands ne pensent qu’à me faire tourner en bourrique et ma mère. Elle attend que son dernier mec revienne pour une nuit ou pour un mois. Ou jamais. Mais ça je ne lui dis pas.

Heureusement elle déteste les courses. D’abord, elle ne sait pas acheter. L’argent s’évapore de ses mains grises.

Elle n’aime pas non plus le regard des autres qui s’attardent sur sa taille épaisse sous ses vêtements défraîchis.

Et surtout les files d’attente lui fichent le bourdon.

 

Moi, au contraire.

Je les adore.

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Une consultation intersidérante (Joe Krapov)


(Ce texte constitue la suite de : Une salle d’attente intersidérale)

- Qu’est-ce qui vous amène, Monsieur ? Monsieur… ?

- Joe35, docteur. Je viens de la planète Mars où je suis scénariste-décorateur.

- Je vois très peu de vos congénères mais j’ai reconnu votre peau verte, vos quatre mains… Pendant des siècles vous vous êtes rendus invisibles de nous et maintenant, en tant qu’immortels, vous désespérez ma profession !

- C’est vrai que nous ne sommes jamais malades. C’est donc encore plus inquiétant pour nous quand nous éprouvons un, disons…

- Pet de travers ?

- … des petits soucis, en fait.

- Et quels sont-ils, dites moi ?

- Ils sont de deux ordres mais constituent peut-être les symptômes d’un seul et même… désagrément. Tout d’abord, je n’entends plus les grillons.

- Il y a des grillons sur la planète Mars ?

- On en met. Ce sont ceux que nous fabriquons. Vous n’êtes pas sans savoir que la planète a reçu pour mission d’être le Hollywood de l’univers. Nous mettons à disposition de tous des parcs de loisirs thématiques reconstitués d’après nos connaissances infinies sur les civilisations à jamais disparues. Vous n’êtes jamais venu sur Mars, docteur D. ?

- Si, bien sûr. J’y suis allé en voyage de noces. Votre reconstituion de Renezia m’a beaucoup plu.

- Venezia !

- Oui, si vous voulez. Je crois qu’ils voulaient qu’on l’appelle Venise en ancien français. C’était très réussi mais vous n’aviez aucun mérite !

- Comment cela, aucun mérite ?

- Des canaux, sur la planète rouge, il y en a toujours eu ! C’est comme du cassoulet dans la ville rose !

Le docteur D. commençait à me plaire. D’habitude les Terriens sont nuls en géographie, ignorants en histoire et ne se passionnent que pour les combats symboliques les opposant les uns aux autres : marathon, jeux olympiques, matches de balle au pied, courses de vachettes, lancer de nains, concours de la plus longue andouille de Vire, etc. On sait aussi que ces joutes diverses et variées sont l’occasion de libations et de beuveries alcoolisées à la fin de banquets au cours desquels on sert, quelle horreur, du sanglier, du cheval ou toutes sortes d’animaux morts. Ce disciple d’Hippocrate ne roulait donc pas au picrate ?

- Soit ! répondis-je. Il arrive que les clients ne soient pas satisfaits de nous ou que nous ne soyons pas à la hauteur de la reconstitution. Eh bien voyez-vous, c’est justement mon cas. J’étais récemment chargé de redonner à Hollywond-on-Mars un opéra d’Eric Rohmer intitulé « La Collectionneuse »

- Attendez, qu’est-ce que c’est déjà, « collectionneuse » ? Ce sont ces dames qui allaient jadis dans les brocantes, les vide-greniers acheter des sièges pour bébé, des aspirateurs, des couffins, des tables basses ou des houpert-brone, c’est ça ?

Je tiquai à l’évocation de ce dernier article ! Comment donc savait-il ? Que savait-il ?

- Pas exactement, docteur. C’est une histoire qui se passe dans le Lubéron pendant les vacances. Il y a deux jeunes hommes qui cohabitent avec une jeune fille du pays dont je dirai qu’elle est… peu farouche mais ne s’intéresse pas à eux et se moque de leurs théories sur l’amour. J’étais responsable de ce décor : la villa, les petites routes de Provence, le port de Saint-Tropez, une potiche rarissime, des siestes au soleil, l’apéro, les grillons. Tout a très bien marché sauf qu’on n’entendait pas les grillons !

- C’est un point de détail, vous ne trouvez pas ?

- C'est-à-dire que tout le monde autour de moi, Map53, Fabeli12, Tilu44, Brigou62 et Val28 entendaient les grillons, mais moi, je n’oyais rien !

- Et pourtant vous avez six paires d’oreilles comme tous vos congénères !

- Absolument ! C’est absurde, n’est-ce pas ?

- Non, ce n’est pas une absurdité, c’est peut-être simplement un début de surdité ?

- Ce n’est pas tout, docteur ! Après, il y a eu le ratage de l’Iowa State Fair.

- Racontez-moi ça ! Je suis tout ouïe même si je n’en ai que deux comme papa ! Vous savez, je suis comme tout le monde, je raffole des potins et popotins d’Hollywood-on-Mars !

- C’était un travail à priori facile. Une reconstitution de la plus grande fête foraine au monde avec manèges, grandes roues, trains-fantômes etc.

- La fête à Neuneu ! Luna Park ! La foire du trône avec des chaises percées qui donnent des Louis d’or !

Ce médecin était sidérant !

- Tout avait très bien commencé par un discours du gouverneur de l’Etat : « C’est ici la journée que l’Eternel a fayte, vivons la dans la joye, exultons d’allégresse ! ». Le public est arrivé nombreux, a admiré la vache en beurre, est monté dans les manèges, à participé à la staraque, mangé de la barbe à papa et puis soudain tout s’est mis à foirer. M. Rutie-Tutie-Fwink-Fwink qui faisait une conférence humoristique sur les tableaux d’Edward Hooper s’est transformé en chat, dans le cabaret des strip-teaseuses celles-ci ont eu quatre-vingt deux ans d’un seul coup, on a trouvé un anaconda géant derrière une boîte aux lettres et l’eau du lac Wapello s’est évaporée !

- C’est peut-être le chat qui a lapé l’eau du lac Wapello ? Ou maître Capello ?

- Il y a eu pire, docteur ! Une chanteuse de la staraque s’est pendue avec une corde de guitare et une Martienne anthropophage a dévoré le gros Rufus ! Alors tout le monde m’est tombé dessus ! On m’a dit « Las Vargas, c’est pas dans l’Iowa, Joe35 ! »

- Las Vargas ?

- C’est un auteur de romans policiers oubliés du passé. Vous ne pouvez pas la connaître, vos bibliothèques ont brûlé et votre réseau a fondu. Je termine, docteur, par l’apothéose avec l’aventure de Martine27.

- Oui ?

- Elle m’a demandé de lui trouver un Houpert-Brone !

- Et… Attendez, je crois deviner : vous ne savez pas ce que c’est !

- Exact ! Je ne sais pas ce qu’est un Houpert-Brone ! Ca me rend fou ! Je suis censé tout connaître sur tout et je bute sur ce truc depuis huit jours. Qu’est-ce que vous pouvez faire pour moi, docteur ? Pour la première fois de ma longue existence je me sens complètement paniqué, angoissé, j’ai du mal à dormir sur mes douze oreilles et j’ai comme des nœuds dans la poche ventrale !

- Ah ça, mon vieux, ce sont les Talleyrand !

- Les Talleyrand ?

- Oui, les Talleyrand. Ecoutez, Joe35, je ne vais même pas avoir besoin de vous ausculter tant votre problème est simple ! Prenons d’abord les grillons. Vous savez très bien qu’en cas de fin de l’Univers, ce sont les insectes qui survivront en dernier à toute autre espèce. Si vous n’entendez pas les grillons, c’est parce que ceux-ci représentent la fin du monde à laquelle vous ne voulez pas croire.

- Mais forcément, docteur, puisque nous les Martiens nous sommes immortels !

- Peut-être ! Mais l’éternité, c’est long, surtout vers la fin ! Le drakkar viking que vous avez vu tout à l’heure est venu me voir pour les mêmes raisons. Tout le monde a droit à des baisses de tension momentanées ou à des traversées du désert. Maintenant, l’Iowa. Où avez-vous pris vos sources pour votre parc d’attractions ?

- Vous savez bien que c’est top secret, doc ! Notre mission à nous Martiens c’est d’emmagasiner les connaissances grâce à notre mémoire prodigieuse et…

- Taratatouille ! Une centaine de Martiens et Martiennes ne peut pas tout savoir ni tout retenir ! Je n’ai jamais cru à cette fable ! Par contre j’ai entendu parler des aventuriers des 3W perdus. Toutes les connaissances mises en réseau à destination de tous sur des ordinateurs en pire to the pire de Shakespeare !

- Mais c’est purement et simplement du délire ! Une utopie jamais réalisée et dangereuse qui plus est ! Pourquoi pas le communisme au lieu de la géométrique dans l’espace pendant que vous y êtes ?

- Vous faites comme vous voulez mais personnellement je ne serais pas étonné si on me disait que l’article IOWA dans votre Wikipédalopithèque a été remplacé par plaisanterie par l’article IOWAGIRL qui vient tout de suite après !

- Remplacé ? Iowagirl ? Qu’est-ce que ce que ça que c’est ?

- Vous voyez que vous ne savez pas tout ! Cherchez, et vous trouverez. C’est comme le Houpert-Brone. Il était devant vous et vous ne l’avez pas vu ! Ouvrez donc un des sachets de votre poche ventrale !

- Ce sont des Louis d’or ?

- Pas du tout ! Regardez-y de plus près ! Ce sont des pièces en chocolat à l’effigie de Talleyrand emmaillotées dans une résille ! Vous avez eu un bon réflexe en les ramassant comme je l’ai fait moi-même tout à l’heure après le départ de la chaise percée. Voyez-vous, cela ne vaut rien du tout. Pardonnez-moi, mais ce Talleyrand, c’est de la merde dans un bas de soie ! En sortant d’ici, déposez donc un sachet sur le trottoir et marchez dedans du pied gauche, ça porte bonheur ! Vous avez compris l’anagramme, maintenant ? Houpert-Brone, Porte-bonheur ?

- Ca alors !

Je reconnus intérieurement que ce type était très fort. Je m’avouai vaincu :

- Et… Pour mes crises d’angoisse, docteur ?

- Elles devraient sérieusement se réduire quand vous aurez admis que j’ai raison sur les trois points. Sinon, je vous prescris du Fludex, comme à tout le monde. Un comprimé chaque matin avec votre bol de pois cassés et votre menthe à l’eau. La pharmacie Palaiseau est à 50 mètres sur votre gauche en sortant.

En guise de paiement, le docteur m’a demandé les trois sachets de Talleyrand qui me restaient. Je suis passé à la pharmacie et je me suis téléporté au siège de notre consortium. Le toubib avait raison pour Iowa et Iowagirl ! Nous avons rectifié nos fichiers. Pour les grillons j’ai prévenu Françoise76 qui éprouvait les mêmes symptômes que moi des possibilités de coup de mou en cas d’hypertension spatio-temporelle.

Depuis que j’ai raconté cette entrevue à mes congénères nous nous demandons si nous ne manquerions pas, quelque part, de ce que les Terriens appelaient autrefois « humour » ou « fantaisie ». Peut-être tout un pan de la littérature mondiale nous a-t-il échappé ? En raison de mon coup de fatigue, j’ai été affecté à la bibliothèque, dans nos sous-sols, là où sont cachés nos ordinateurs. Je suis chargé d’effectuer des recherches sur ce point dans nos collections. J’ai commencé par éplucher le Télégramme de Brest de 1869 mais je n’ai rien trouvé encore.

Il faut peut-être aussi se méfier des assertions du docteur Olive D. Nous avons entrepris aussi des recherches sur le suffixe INGO qui figure sur sa plaque. Peut-être cela signifie-t-il, tout simplement, que ce type est un peu piqué, non ?

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Une salle d’attente intersidérale (Joe Krapov)


Avec l’universalisation et toutes les délocalisations qu’elle entraîne, il faut aller maintenant jusqu’à Proxima du Centaure pour trouver un hôpital correct et sur Terra pour consulter un médecin. Depuis la planète Mars, ça fait quand même une sacrée trotte, vous ne trouvez pas ?

Mais je suis de très mauvaise foi. Nous autres, les Martiens, nous sommes immortels, invulnérables, « toujours verts ! » comme dit mon ami Papistache61. « Pareils aux Académiciens du beau pays de France ! ». De plus, nous nous téléportons sans problème en même pas une seconde vers n’importe quel point de la galaxie Gutenberg. Si vous ajoutez à cela que nous pouvons nous rendre invisibles et que nous sommes également télépathes, vous vous demanderez bien pourquoi je m’étais rendu ce jour-là dans la salle d’attente du docteur Olive D.

Son cabinet était situé sur Terra Incognita, à Pârhys pour être précis, près de la gare Montparnasse qui n’était plus qu’une carcasse. Les guerres tribales auxquelles se sont livrés les Terriens au XXIIe siècle de leur ère ont considérablement modifié et apauvri leurs paysages urbains. Heureusement que l’Etat-Major Cosmique les a interdits de délocalisation sur d’autres planètes ! Nous n’aurions pas supporté sur Mars leur inculture phénoménale, leurs casernes et leurs mœurs très particulières de pseudo-conquérants arrogants et toujours agressifs.

Lorsque j’entrai dans la salle d’attente du docteur D., il y avait quatre personnes assises là à attendre leur tour. Après avoir lancé un « Bonjour » un peu gêné à cette assemblée hétéroclite, j’allai m’asseoir sur le seul siège resté inoccupé, non sans m’étonner qu’il fût percé en son milieu d’un cercle parfait à l’endroit où l’on pose d’habitude son fondement.

Je pris appui, à l’aide d’un de mes quatre bras sur celui du fauteuil pour poser céans mon séant mais à peine avais-je touché cette « commodité de la conversation » d’un genre un peu particulier qu’une voix sépulcrale en sortit et me dit :

- Je vous signale, Messire, que cet emplacement est déjà occupé par moi-même. Au cas où ne vous l’auriez pas remarqué, je ne suis pas un siège ordinaire pour les postérieurs de manants de votre espèce. Je suis d’ailleurs là en tant que client fidèle du docteur D. Je viens m’allonger régulièrement sur son divan pour qu’il prenne en compte et soigne mes problèmes. Attendez debout ou comme disait Corneille « Prends un siège, Cinna, et assieds-toi par terre et prends aussi patience au milieu des mystères ». Vous voudrez bien considérer que nous sommes six à passer avant vous à la consultation. »

Je m’exécutai platement et allai me positionner dans un coin de la pièce. J’observai l’assemblée et tendis mes antennes. Six ! Il avait dit « six » ! Si cette chaise percée était le cinquième client, quel était donc le sixième ? Je me fis le plus discret possible et me mis en état de capter les pensées de chacun des patients.

Il y avait à ma droite une superbe Vénusienne à coquilles. Vraiment très jolie, ma foi, malgré ces oreilles en forme de coquillage dans lesquelles on entend, dit-on, le bruit que font ou ont fait toutes les mers de l’Univers. Cette citoyenne-ci avait perdu toutefois de sa tranquillité depuis qu’un ermite parasite était venu loger dans son oreille gauche. D’habitude, tout ce qui entre dans une oreille de Vénusienne ressort par l’autre. C’est le fameux théorème de Botticelli qui dit cela : « l’amour est aveugle et la beauté rend sourd ». Cela est vérifié sur la planète Vénus où l’on ne trouve que des femmes mannequins acoquinées avec des gladiateurs de balle au pied, ce sport universel que nous Martiens, trop intellectuels que nous sommes, ne pratiquons jamais.

J’aurais bien entrepris la belle car je venais moi aussi questionner le toubib pour des questions d’oreille mais je me souvins juste à temps que les Vénusiennes ont en général du vent solaire dans le cerveau et du cuir en pagaille dans la conversation.

A sa droite, bien reconnaissable à son carénage rutilant et à son air faussement détaché, un robot K2R2 de Bételgeuse venait consulter pour des problèmes d’huile de coude et de tache au poumon gauche.

A ma gauche, le dos à la fenêtre, un livreur de pianos de Saturne s’était démis l’épaule. Bien que nous soyons, nous, Martiens, très sensibles à la musique et aux arts, le faciès assez répugnant de ce déménageur me coupa toute envie de nouer conversation avec lui.

Ne restait plus dès lors que l’androïde guerrier du Manganyka mais ces monstres de plastique en costume de samouraï ne savent dire que « Banzaï » et se font des entailles dans le poitrail sans même dire « Aïe ». Celui-là s’était entamé le doigt en ouvrant une boîte de conserve. Il sortait encore de son index ce fameux sang bleu des androïdes qui se transforme au contact de l’air en laine de mouton électrique.

C’était bizarre ! Je ne percevais pas une seule des pensées émanant du sixième malade. Sans doute s’agissait-il d’un mutant de Terra, comme cette chaise percée parlante avec qui je décidai de converser, faute de mieux.

- Excusez-moi pour tout à l’heure ! Je ne vous avais pas reconnue !

- C’est que je ne suis pas un modèle courant. J’ai appartenu à Louis XIV, savez-vous ?

- Vous fûtes à Versailles au Grand siècle ? Vous servîtes sous le roi Soleil ?

- Oui et j’y suis restée à Versailles mais dans de bien piètres conditions. C’est pour cela que je viens consulter. On m’a confinée dans un cabinet, celui des affaires étrangères. Un endroit que personne ne visite plus. C’est une injustice qu’il faut à tout prix réparer. Dans les lieux d’aisance, la vie n’est pas facile !

- Vous croyez que le docteur D. peut quelque chose pour vous ?

- On dit qu’il fait des miracles, vous savez !

- Il ne pourra pas faire cependant que Terra redevienne un lieu de tourisme ! Tout votre patrimoine historique a disparu lors de la troisième guerre mondiale et à part des mutants, des chanteuses sans voix et des mercenaires sportifs, il n’y a plus rien de bien faramineux sur votre planète.

- Je ne m’inquiète pas. J’ai la foi. Un jour je redeviendrai célèbre grâce au cinéma-life. Hollywood-on-Mars m’engagera à nouveau !

Je me gardai bien de la détromper. Il n’était pas question que je lui dévoile la manière dont fonctionne notre industrie du spectacle sur Mars. Nous n’avons besoin, pour reconstituer en 3D Versailles, les jardins suspendus de Babylone ou le palais de Cléopâtre, ni d’accessoires, ni d’acteurs ni même de stuc ou de pierre taillée. Notre imagination, nos connaissances encyclopédiques et nos pouvoirs télékinésiques suffisent à projeter des décors grandioses et des scénarios de tout premier ordre qui permettent à l’Univers entier de venir en masse se dépayser chez nous.

A ce moment-là, la porte s’ouvrit de manière énergique. Le docteur Olive D., un grand type énergique portant moustache et cheveux ondulés tirés en arrière lança : « Au suivant !»

On vit alors s’élever de la table basse un petit objet décoratif auquel je n’avais jusque là pas prêté attention. Il s’agissait d’un drakkar miniature, très joli, manœuvré par une petite armée de Vikings intemporels. Je compris alors qu’il me fallait changer ma longueur d’ondes de manière à capter Radio Science Fiction au lieu de RTréel et j’entendis les fiers guerriers deviser ainsi entre eux :

- Hissez la grand voile ! Mettez le paquet ! Far-Farrer, regarde, nous arrivons enfin dans la forteresse d’Anksar !

- C’est la nuit des cadeaux, Ragnar ! Nous allons pouvoir réparer les avaries que nous ont fait subir les géants de Nordrey et surtout remplir notre chaudron magique avec… Avec quoi, les gars ?

Et j’entendis l’ensemble des rameurs clamer en chœur :

- Du Fludex !

La porte une fois refermée, je songeai que je raconterais à mon retour cette anecdote à Janeczka89. Ca lui donnerait peut-être une idée de parc de loisirs scandinave à base de dragons antiques et de fjords en kit.

Ensuite, ce fut au tour de la chaise percée. Il se passa encore une chose bizarre. A l’endroit où elle était posée restèrent, une fois qu’elle eut quittée le cabinet médical, quatre petits sachets ressemblant à des bas de nylon roulés dans lesquels scintillaient des pièces d’or, sans doute des Louis.

J’hésitai un instant puis, constatant l’apathie de la Vénus potelée, le silence du robot à retaper, l’hébétude du déménageur au nez épaté et l’indifférence de l’androïde coagulé, je ramassai les quatre sachets et les glissai dans ma poche ventrale.

Trois quarts d’heure après ceci, ce fut mon tour de consulter. J’allais peut-être enfin savoir ce qu’était un Houpert-Brone et pourquoi je n’entendais plus les grillons.

(Ce texte a pour suite : Une consultation intersidérante)

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ATTENDRE (Joye)

Y a des choses que je n’aime pas :

La maladie, la peine

L’horreur, la guerre, les portes d’enfer,

Ouais, tout ça me malmène,

Mais y a une chose

Que je déteste

Qui va peut-être surprendre :

J’AIME PAS ATTENDRE !

Au super, chez la toubib,

Parfois même à la Poste

J’attends, j’attends,

Ma tête se fend

Malgré toutes mes ripostes.

Je geins, je pleure,

Ça brise les cœurs.

Je languis dans les cendres

Car

J’AIME PAS ATTENDRE !

Attendre, c’est mal pour la santé.

Ça peut te ficher des boutons.

Attendre, c’est se faire hanter

C’est mal, c’est moche, ça pue

Et c’est pas bon !

Y a des choses qui me rendent folle :

La haine et l’avarice,

Les nuls, les jules, et les formules

Chuis bien accusatrice

Mais y a une chose que je déteste

J’espère me faire entendre :

J’AIME PAS ATTENDRE !

Attendre, c’est une punition.

Je ne sais pas poireauter.

Attendre ma rétribution

Car je sais bien qu’un jour j’ferai sauter

Toute la baraque parce que

J’AIME PAS ATTENDRE !

J’AIME PAS ATTENDRE !

Je vis ma vie à cent à l’heure.

C’est beau, cette allégresse !

Et hop ! C’est fait

Car je me plais

À faire à toute vitesse !

Mais à la fin

À mon chagrin

Ça finira bien mal !

Le grand diable

Impitoyable

Viendra au festival !

J’serai pas prête

Et je regrette

De devoir lui apprendre

Que pour une fois je voudrai bien attendre !

Pour la mort, je peux encore attendre !

Regarde, j’ai mes mots-croisés !

Ça peut bien vous surprendre,

Mais diable ! c’est pas maintenant que je veux m’en aller…

JE VEUX ATTENDRE !

POUR UNE FOIS, JE PEUX

ATTENDRE !

Y a des choses que je n’aime pas :

La maladie, la peine

L’horreur, la guerre, les portes d’enfer,

Ouais, tout ça me malmène,

Mais y a une chose

Que je déteste

Qui va peut-être surprendre…

C’est patienter quand il faut bien

Attendre

 

Et un petit lien audio pour accompagner:

http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/1/92/11/96/Attendre-290808.mp3

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