26 mars 2016

Une longue, très longue histoire (Clémence)


Elle avait claqué la porte. Une fois de plus. Après quelques semaines, elle retrouva la sérénité et l'envie de vivre. Intensément. Elle s'acheta un carnet de voyage et nota en première page, tous les lieux où elle se rendrait en villégiature. L'Italie, le Portugal, la Grèce, l’Éthiopie, New York, Milan pour la Scala et Venise pour la Fenice.

Dix mois plus tard, elle partait en vacances pour une destination qu'elle n'avait pas notée.
Le Languedoc.  Elle avait fait deux réservations. Une chambre dans un hôtel de l'agglomération montpelliéraine. Une autre dans un hôtel au cœur de la cité grande cité occitane.

La première semaine, elle visita les villages et sites conseillés dans le guide touristique. Elle fut émerveillée de tant de beautés, dont les couchers de soleil sur la Camargue.

La deuxième semaine fut consacrée à Montpellier.
Elle commença par l’Écusson. Guide en main, elle découvrit la Place de la Comédie sous un soleil de plomb. Elle la quitta rapidement et s'engagea dans les ruelles avoisinantes, décidée à suivre l'itinéraire des  coquilles saint jacques de cuivre, encastrées entre les pavés polis. La foule était dense. Elle s'écarta un instant de sa route. Elle  tomba en arrêt devant une porte cochère, calée sous un arc roman. Elle eut l'impression d'être épiée. Mais elle avait beau regarder autour d'elle, elle ne remarqua aucun présence.
Elle reprit son itinéraire initial : lo camin Romieu. Au fil des heures, la sensation étrange ne faiblissait pas, que du contraire.

Vers treize heures, elle s'arrêta à une terrasse pour déguster une salade. Lorsqu'elle ouvrit son sac, elle découvrit une feuille pliée en quatre :
- Je vous ai vue.
Elle regarda autour d'elle, haussa les épaules, déchira la missive et déposa les morceaux sous le set de table.
Elle continua sa promenade. Parfois, elle  changeait brusquement de direction. Elle jetait alors un coup d’œil rapide vers les fenêtres ou les vitrines. Elle ne détecta rien de particulier mais abrégea sa première sortie. Dans sa chambre, elle déposa son sac, enleva ses chaussures et s'allongea sur le lit.
Elle frissonna, se leva, fouilla dans son sac et retrouva la missive dont les morceaux avaient été soigneusement recollés avec du ruban adhésif invisible. Ses mains tremblaient. Elle ne savait que faire. Ignorer ? Prendre en considération ? Informer… Qui ? Et, la croirait-on pour un événement si ténu ?
En soirée, elle se fit conseiller un restaurant à proximité de l'hôtel. Elle picora dans son plat, mais apprécia son dessert.

Elle regarda distraitement la télé puis zappa jusqu'à ce qu'elle tombât sur les informations locales. Aucun événement insolite n'était signalé. Elle prit quelques granules homéopathiques. Elle vérifia la fermeture des fenêtres et s'endormit, bercée par le ronronnement du climatiseur.  

A son réveil, elle inspecta la chambre et son sac. Rien d'anormal. Elle prit son petit déjeuner. Elle découvrit une feuille pliée en quatre sous sa tasse.
- J'espère vous revoir.
Rageusement, elle déchira la missive, déposa les confetti dans un ravier et versa une rasade de café par dessus.

Pour cette journée, elle avait décidé de partit à la découverte des trompe- l’œil. De rues en ruelles et d'impasses en placettes, elle marchait le nez en l'air ! Il n'en restait plus qu'une à trouver - selon la liste de l'Office du Tourisme. Mais elle avait les pieds en feu et la gorge comme du buvard.
Elle rechercha une terrasse ombragée, s'affala sur la chaise et ferma les yeux.
Une main frôla son épaule :
- Madame, vous sentez-vous bien ? Désirez-vous un verre d'eau ?
Elle rassura la serveuse, et lui demanda un jus de fruit. A son retour, elle engagea la conversation  tout en s'étonnant de sa hardiesse. Elle lui fit part de son dépit à ne pas avoir trouvé le dernier trompe-l’œil.
- Avez-vous vu celui-ci, dit la serveuse en pointant le doigt vers le mur d'en face.
Il était là. Illusion parfaite. Elle ouvrit son sac pour régler la note et vit une enveloppe beige.
- Vous ne me tromperez pas !
L'inquiétude succéda à l'agacement. Elle demanda à la serveuse si elle avait vu une personne rôder près de sa table. La réponse fut négative.

Elle n'allait tout de même pas écourter ses journées ou ses vacances pour un « cinglé », ni se rendre dans un commissariat pour déposer une plainte. Elle entendait déjà une voix rigolarde lui dire :
«  Comment ? Quelques mots anodins, une plaisanterie d'un touriste taquin... »
Elle termina sa journée dans un salle de cinéma, peu lui importait le film. Elle avait la tête ailleurs.

Sa nuit fut mauvaise malgré toutes les précautions. Les questions et les hypothèses dansaient une folle sarabande.

Le lendemain, elle étudia soigneusement son parcours. Elle repasserait devant la porte cochère à l'arc roman, histoire de conjurer le mauvais sort. Grand mal lui en prit. A peine arrivée devant cette maudite porte, elle se tordit la cheville. Elle partit en claudiquant à la recherche d'une pharmacie. Elle montra sa cheville tuméfiée. Le pharmacien la pria de s'asseoir et lui fit un bandage. Il lui recommanda de ne pas forcer. Elle obéirait, tant pis pour cette journée perdue. Elle ouvrit son sac d'une main tremblante. Elle s'empara de son porte-feuille et blêmit quand elle vit le feuillet glissé à l'intérieur.
- Vous ne m'échapperez pas.
Elle perdit connaissance. Elle se réveilla, non pas dans sa chambre d'hôtel, mais dans une chambre d'hôpital. Elle passa les examens réglementaires.
- Rassurants. Un peu de fatigue et la chaleur, déclara le médecin.
Elle hésita un instant.
- Oui ?
- Non, rien…

De retour à l'hôtel, elle s'excusa et expliqua les raisons de son absence. Elle parla des lettres.
- Quelqu'un semble vous en vouloir, ce n'est pas seulement une plaisanterie…
Elle ne voulait pas se laisser abattre. Elle reprit ses balades. Le Jardin des Plantes, les plus beaux vestiges médiévaux  dont la plus ancienne maison à colombages mais aussi, la coquille de l'Hôtel de Sarret, la Tour des Pins, la Tour de la Babotte, l'Hôtel de Cambacérès. Elle avait l'audace de pousser des portes et de s'aventurer dans les cours intérieures. Elle respirait.

Dans son sac, son téléphone portable bipa. Un texto.
- Ce n'est qu'un début.
De la poche intérieure, un carton dépassait :
- Je vous suivrai partout.

Prise de panique, elle se mit à courir. Les gens se retournaient sur son passage. Elle arriva essoufflée à l'hôtel. Elle appela au secours, demanda sa note, expliqua dans un discours décousu le harcèlement dont elle était victime. Elle jeta les lettres en vrac et chercha le texto. Elle demanda qu'on l'accompagnât au commissariat le plus proche.
Dans le taxi, son portable se mit à couiner sur un rythme endiablé. La violence des messages s'accentuait.

Une enquête fut ouverte. Elle serait informée.

Elle quitta le Languedoc pour son pays. Sa vie devint un cauchemar. Missives sans empreintes. Téléphone non traçable. Le harcèlement continuait sans relâche. Aucune piste. Aucun résultat. Peine perdue. Peur au ventre. Pour combien de temps ?

La nouvelle tomba un soir d'hiver.
On avait retrouvé le corps de son ex-mari au bord de la rivière.
Suicide ou meurtre ? On ne le savait pas encore avec certitude, mais des éléments troublants...
Chez lui, on trouva un carnet au contenu édifiant. L'organisation de sa surveillance dès son départ du domicile conjugal, les compte-rendus journaliers, des photos, la liste des sorties et des rencontres, Montpellier, les coordonnées des  complices….


Elle soupira. Une porte se fermait enfin. Elle se sentit libre.  La vie reprenait son cours.
Elle ouvrit son carnet de voyage et, les yeux fermés, pointa une destination…

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Jeudi Noir (Cavalier)

C’est devant cette porte que tout a commencé, devant oui, mais devant...  à l’intérieur !

Une grande porte close au centre des murailles de la jolie ville de Guérande, chère à mon cœur, sise alors dans les années 1920.

 


00guerande

                       

La ville fortifiée attend près du marais,
Entourée de brumes bleues et de vents conquérants.
Où sont partis les bois et les grands champs de blé ?
Les passereaux se taisent, les mouettes se chamaillent,


Les canaux font le siège, des hérons y guerroient,
Sous le crissement du sel, le pleur des salicornes,
Le sifflement des barques, le souffle des écluses,
Mais aux sables des murs mon âme reste fidèle...

 


Et puis, on ne sait pas bien... Une perturbation électromagnétique au Triangle des Bermudes, un micro trou noir traversant la Terre  soudainement, une lubie extra-terrestre ? Toujours est-il qu’un quarteron de personnages d’une dimension parallèle à la nôtre fit son irruption dans la cour pavée intérieure.

Un peu comme dans Stargate en fait.

C’est devant cette sombre porte que tout a commencé. Ils étaient littéralement cousus d’or, ils en avaient de pleins sacs avec eux. Ils n’étaient même pas dépaysés. Tout était identique, ici. Chez nous. 

Il y avait pourtant une différence notoire, et ils la connaissaient bien. Les Lois du marché, ici, dans notre monde, n’étaient pas encore maîtrisées et la tendance aux bulles spéculatives toxiques était latente.

Il y aurait de l’or à prendre !

C’était certain pour ces quatre personnages hauts en couleur, de l’Ordre du Trader, et en y étant Grands Chevaliers en plus... Ils ouvrirent la lourde porte, et telle une boîte de Pandore la ville de Guérande cracha son venin.

Le 25 juin 1920, nos preux Chevaliers embarquèrent à bord du RMS Olympic, "the Old Reliable", pour le Saint Graal de la Bourse à New York.

Vous me direz : pourquoi donc une arrivée à Guérande ? Mystère. Peut-être que seuls les lieux chargés d’histoire, comme les villes fortifiées du vieux continent, permettent une concentration d’énergie telle que des portes dimensionnelles peuvent s’ouvrir.

La suite de l’histoire fut facile et bien connue. Bien intégrés à leur époque, passant inaperçus, ils injectèrent et blanchirent leur or. Ils créèrent les Call Loan, un nouveau système d’achat d’actions à crédit, ce qui mina, corrompit, salit insidieusement le système financier. Alors, ils coincèrent la bulle et attendirent.

Puis un jour ce fut le Jeudi Noir à Wall Steet. Tout bascula.

Nos Chevaliers Trader firent le voyage dans l’autre sens, et de pleins chariots remplis d’or s’engouffrèrent par la grande porte de bois.

Si un jour vous passez par Guérande, vous constaterez combien les deux grosses pierres qui encadrent la porte portent encore les traces des roues ferrées de leurs chariots fous.

Oui, c’est derrière*  cette porte que tout a commencé.

 


La Bourse ou la Vie

Que conte tout ceci : le malheur mis en scène ;
Un raccourci rapide à l’ombre du savoir,
Quand l’esprit par le rêve est pris en quarantaine,
Et, comme il sied de l’être, habille le miroir.

C’est cette Ourse qui vend sa peau sans émouvoir
La Chèvre à patte blanche, et aussi cette vaine
Colombe au clair ruisseau qui divorce au perchoir
Que conte tout ceci : le malheur mis en scène.

C’est la fable du Roi, la bête herculéenne,
Qui, ayant trop longtemps patienté pour avoir
Du Lapin au palais, sous la rosée, amène
Un raccourci rapide à l’ombre du savoir.

Et l’écrit du Corbeau au Renard est si noir,
Que Raminagrobis*, en puissant capitaine,
Ronronne et puis sourit aux défenses d’y voir
Quand l’esprit par le rêve est pris en quarantaine.

La raison du plus fort, des Loups aux Agneaux, gêne
Ce doux protagoniste et ce grand Léopard,
Leur talent en costume en bigarre l’arène,
Et, comme il sied de l’être, habille le miroir.

La Basse-cour d’argent fait faillite ce soir,
La Poule, au jeu de l’Oie, aux œufs d’or pond sa peine,
Le Canard a perdu l’Amérique et l’espoir ;
C’est ce que n’a pas dit Monsieur de La Fontaine
Que conte tout ceci…

 

00 bourse1 

00 bourse2 


* D’aucuns diront : Oui... heu... Cavalier, il prend le contre-pied du défi !

Je répondrais : Oui, et à l’or ?

* Raminagrobis : le chat chez Jean de La Fontaine

 

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Don Mézigue et la voie lactée (Vegas sur sarthe)


[...]
Nous partîmes à vingt; la troupe était balourde,
Nous n'étions plus que dix en franchissant la lourde,
A nous voir hésiter, nos grands seaux à la main
Les plus terrorisés m'ont crié “A demain!”
J'en pousse les deux tiers, c'est fastoche on est dix,
parmi eux Marcellin, Joseph et puis Candice;
Le reste, dont le nombre fondait à toute heure,
Brûlant de se tirer, montre son postérieur,
Se couche dans la bouse, ou sous quelque ballot
Me laissant seul debout comme un con, les salauds!
Par mon commandement plus aucun d'eux ne bouge,
on ne respire plus... c'est un truc de peau-rouge.
Cette obscure clarté qui tombe des borgnottes*
me cache l'ennemi et ça fout les chocottes.
Ça piétine devant, c'est l'ennui du bétail
Les vaches et leurs veaux avancent au portail.
On les laisse passer ; qu'aurait-on fait de mieux:
Leurs cornes sont pointues et je suis chatouilleux.
Notre profond silence est juste perturbé,
par un pet de Matthieu, une odeur à gerber ;
Les ruminants surpris agitaient leurs clarines,
on a posé nos seaux pour boucher nos narines.
Nous nous levons alors, au bord de l'asphyxie
A part le gros Matthieu honteux qui reste assis.
Les nôtres, empuantis, cherchent un air meilleur
traitant de tous les noms l'impudent mitrailleur.
L'épouvante les prend à demi suffoqués
Avant que de combattre ils ont déjà craqué.
Ils couraient à la traite, et battent en retraite ;
Les gaz suffocants, toxiques nous arrêtent,
Et nos yeux larmoyants voient s'enfuir nos bestioles,
Quand notre pétomane en rajoute et rigole.
La honte de mourir sans avoir trait nos vaches
Nous pousse dans la rue, furieux mais bravaches.
Contre nous de pied ferme alors elles font face
Les nerveuses devant, derrière les feignasses.
Qui de son botte-cul et qui du tabouret
Matraque les cornues à la tête, aux jarrets.
Ô combien d'actions, combien d'exploits célèbres
Sont restés superflus de ce combat funèbre
Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il portait,
Comprenait maintenant que la traite avortait.
Les pis étaient ventrus, les mamelles gonflées
On allait en rentrant se prendre une muflée
Mais voilà il faudrait bien qu'un jour on les traie
que Matthieu et ses vents se fassent plus discrets.
Cette histoire a vécu, l'Europe nous épie
et notre voie lactée roule de mal en pis.


* borgnotte: lucarne, petite fenêtre

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Apparition (Walrus)

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Un jour, je l'avais entrevue derrière les carreaux de la fenêtre surplombant la porte cochère.

Je n'étais pas loin de croire que c'était sa présence qui avait fait de ce côté de la rue "The Sunny Side of the Street".

Depuis, je trouvais toujours une occasion de passer lentement sur le trottoir d'en face, discrètement pensais-je, puisque j'étais plongé dans l'ombre protectrice du presbytère.

J'espérais que le miracle finirait par se reproduire et entre-temps, j'imaginais mille scénarios où la pauvre enfant, promise aux pires vicissitudes, n'y échappait que grâce à mon héroïque intervention. La glycine sans doute me poussait à l'escalade.

Quand j'étais un peu moins exalté, je versais plutôt dans le romantisme, rêvant de sérénade, le pied sur le chasse-roue, la guitare à la main, tantôt Roméo (Ah lève-toi soleil, fait pâlir les étoiles...), tantôt Nougaro (Je suis sous ton balcon...).

Bref, dans ces moments, je crois que Fairywen elle-même n'aurait pas été plus inspirée.

Mais pour tout dire, la grimpette aux arbres n'est pas mon fort et, côté guitare, si je suis plutôt Padre Soler que Jimmy Hendrix, mon jeu sur l'instrument ferait passer Béart pour un virtuose, c'est vous dire ! J'ai bien une trompette, mais côté romantisme, même avec une sourdine...

Donc, je passais et repassais, mais rien ne se passait de ce que j'espérais.

À force de lorgner, sans trop en avoir l'air, la fenêtre miraculeuse, j'avais négligé celles du presbytère. Pas de problème pour le curé, vous connaissez la chanson :

Les curés dans leur presbytère
Boivent du vin et de la bière
Et pourquoi n'en boiraient-ils pas
Puisque leur évêque ne leur défend pas
Pourvu qu'ils chantent alleluia alleluia!

Mais dans les presbytères, y a pas que les curés, y a aussi leurs bonnes ! Et dans celui qui nous concerne, y en avait bien sûr une, une qui avait remarqué mon manège et avait fini par penser que c'est autour d'elle que je tournais.

Un beau jour, elle m'est tombée sur le paletot et m'a entraîné derrière l'église.

Depuis, peuchère, j'ai oublié la porte cochère !

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Superstition (Marco Québec)

C’est sur ce banc de parc que cette histoire a commencé.

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Deux hommes y sont assis.


-          Êtes-vous superstitieux?, demande l’homme aux yeux rougis.
-          Je ne vous connais pas, répond l’autre.
-          Je m’appelle Claude. Êtes-vous superstitieux?, redemande-t-il.
-          Pourquoi me parlez-vous?
-          Parce que vous êtes là et que je suis là.
-          Ce n’est pas une raison.
-          Pourquoi faudrait-il une raison?
-          Je ne sais pas.
-          Alors êtes-vous superstitieux?
-          Pourquoi me demandez-vous cela?
-          Pour engager la conversation, pour briser la solitude.
-          Qui vous dit que je vis dans la solitude?
-          Ce n’est pas ce que j’ai dit. Vivez-vous dans la solitude?
-          Je ne suis pas superstitieux.
-          Et vivez-vous dans la solitude?
-          C’est possible. Et vous, êtes-vous superstitieux?, demande l’autre.
-          Je ne sais pas.
-          Pourquoi poser la question si vous ne savez même pas?
-          Parce que
-          Ce n’est pas une réponse.
-          Vous savez ce qui s’est passé hier?
-          Non, je ne sais pas.
-          Si vous ne savez pas, c’est que vous vivez vraiment dans la solitude.
-          Vous commencez à m’énerver avec ma solitude.
-          Désolé, je ne veux pas vous énerver.
-          Qu’est-ce qui s’est passé hier?
-          Les attaques au Bataclan, dans les restaurants, comme chez Charlie Hebdo.
-          Comme chez Charlie Hebdo?
-          Oui, comme chez Charlie Hebdo, mais en plus gros, avec plus de morts et plus de sang.
-          Non vraiment, je ne savais pas.
-          Le Président a dit que c’était une déclaration de guerre.
-          Ah! Les présidents et leurs grands mots.
-          Et leurs grands chevaux.
-          Oui, leurs grands chevaux… Mais pourquoi me demandez-vous si je suis superstitieux?
-          Parce que c’est arrivé un vendredi 13.
-          Ah bon!
-          Ma petite-fille y était, dit Claude.
-          Où ça?
-          Au Bataclan.
-          Est-elle blessée?
-          Définitivement morte.
-          Ah bon! Mais pourquoi vous me dites tout cela?
-          À qui voulez-vous que je le dise?
-          À vos amis, à votre famille.
-          Je n’ai pas d’amis, je n’ai plus de famille.
-          Ah bon!
-          Cessez de dire « Ah bon! ».
-          Vous aussi, vous vivez dans la solitude?
-          C’est possible.
-          Quel âge elle avait votre petite-fille?
-          21 ans.
-          C’est tout jeune.
-          C’est tout bête surtout de mourir à 21 ans.
-          Peut-être.
-          Comment ça « Peut-être » ?, réplique Claude.
-          La mort est toujours bête. La violence aussi.
-          La solitude aussi, ça peut être bête.
-          Ah bon.
-          Encore vos « Ah bon! ». Avez-vous soif?
-          Pourquoi vous me demandez ça?
-          Pour vous inviter à boire.
-          Pourquoi?
-          Pour que je sois un peu moins seul. Pour que vous soyez un peu moins seul. Pour que le monde soit un peu moins bête.

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Participation de Venise

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Assis misérablement depuis des heures devant la porte de l’atelier   à se geler le cul sur le marbre froid, GILDRIC  est impatient de connaître son maître.

Jean Honoré son père a sympathisé l’année dernière avec Monsieur GUTEMBERG  qui ouvre aujourd’hui une imprimerie .

Mais ce matin rien n’encourage ce jeune garçon devant la porte close .

Jusqu’ici paysan dans la BOSSE  GILDRIC , craint  de faire défaut aux attentes du futur maître .

C’est le résultat d’une éducation tronquée inachevée , incomplète et il prie pour ne pas avoir à payer

Son manque de bases.

Ça  fait maintenant trois heures qu’il a posé ses pieds  sur le port d’Amsterdam.

Il a rêvé là les pieds dans l’eau  au creux de ce petit matin et sa curiosité de jeune macque

 Le rendait sensible à ce nouvel environnement .

Au milieu des beignets à la viande , et dans la fraîcheur du matin qui lui mordait les tempes GILDRIC se demandait combien de temps il resterait dans cette ville .

Puis il sympathisa avec un petit groupe de marins à peine plus âgés que lui , ruisselants de cordialité , avec d’étranges bonnets sur la tète.  GILDRIC les suivit jusqu’à cette porte toujours fermée .

Vêtu d’une tunique blanche et qui portait d’énormes paquets, un  jeune homme déposa devant l’atelier la marchandise .

Veille à ce que Monsieur Gutenberg ait tout le papier qui lui faut, puis il disparut dans une ruelle adjacente ..

Les colis étaient mal emballés et GILDRIC  put se faire une idée sur la texture du papier .

C’était un petit quartier chaud  avec des jardinets et des toits pentus.. En fin de matinée une silhouette massive et grise traversa en face le grand canal.

C’est lui se dit immédiatement GILDRIC , c’est le Maître Gutenberg..

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19 mars 2016

Défi #395

Vieille porte - Copie

A vous de nous éclairer sur cet événement

en nous envoyant vos trouvailles à

samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !

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à la fortune du pot (par joye)

à la fortune du pot

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Arc-en-ciel (petitmoulin)


Si on te questionne
Réponds qu'après la pluie
Les couleurs se frôlent
Qu'elles cherchent une place
À égal rapprochement
De leur diversité
Qu'à mots buissonniers
Elles abreuvent la parole
Lavée de tout préjugé
Qu'au cœur même de l'obscur
Où se dressent des murs
Où s'ouvrent des abîmes
Elles ne renoncent pas

Si on te questionne
Réponds si tu le peux
Qu'au cœur même de l'obscur
Tu ne renonces pas

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