20 février 2016

On a marché sur la dune (Pascal)


Les fenêtres descendues, les narines frémissantes, l’air marin nous avait emporté jusqu’à notre petite location du bout de l’île ; guidés par je ne sais quel instinct, c’est comme si on savait à l’avance où nous allions. Enfin, nous sommes arrivés. C’était le premier jour des vacances ; nous n’avions pas sorti les bagages de la voiture que j’étais déjà en train d’investir la plage !

Jamais je n’avais vu l’océan ! Imaginez ! La mer à perte de vue ! Posées dessus, c’était plein de scintillations aurifères ! C’est comme si le soleil s’était saupoudré sur les vagues ; facétieux, il devait jouer sur leurs dos ou il baignait ses lumières ou bien, il tentait d’autres enluminures plus éblouissantes, plus abracadabrantes, plus sensationnelles ; j’étais son meilleur spectateur. J’aurais pu remplir mon seau en puisant tout cet or liquide ! Moi qui ne suis jamais allé plus loin que le fond du petit jardin de mon papy, j’avais l’horizon pour seul grillage…  

Armé de ma pelle et de mon seau, je partis à l’assaut du rivage. Cette immensité avait quelque chose d’extraordinaire ; je connaissais le ciel, ses nuages, ses avions et ses oiseaux mais… cette plage ?... Il me semblait courir dans l’azur, et toutes les pépites de sel, autour de moi, c’était des étoiles brillantes posées sur mon chemin ! Je chassais les mouettes mais, pour me narguer, elles se posaient toujours un peu plus loin ! Je pouvais foncer jusqu’à l’horizon de la plage ! Mes parents étaient devenus minuscules ! J’étais fatigué sans avoir encore exploré tous ces mirages lointains qui m’appelaient ! Je courais à perdre haleine ; le vent de ma course remplissait mes poumons avec un air aussi brûlant qu’enivrant. Je voulais tout prendre, tout m’accaparer, tout dévorer du paysage ; c’était plus grandiose que toute mon imagination d’enfant. Quand je m’arrêtais, les battements de mon cœur allaient beaucoup plus vite que les vagues…  
Ici, c’était une épave de vaisseau, avec ses quelques bouts de bois blancs enchevêtrés. Là, échouée sur le rocher, c’était une méduse toute gélatineuse avec des tentacules pendouillant. Ces quatre planches à moitié ensablées ? A coup sûr, c’était un coffre à bijoux de pirate ! Cette île, c’était  mon île au trésor !... Une concrétion de galets me fit penser à une sirène paresseusement allongée ; j’écoutais ses chansons troublantes avec tous les rus des flaques de mer qui ruisselaient autour de son corps. Les dunes étaient ondulées comme si le vent y avait laissé ses empreintes de frissons ; tel un petit conquérant, je marchais dessus pour mettre les miennes à sa place…
Puis ce fut l’heure de rentrer parce que le soleil commençait à se baigner avec l’horizon. Quand il a pénétré dans l’eau, il s’est mis à rougir et tous les détails de la plage, de la minuscule brindille au dernier galet, se sont enflammés, le temps brumeux d’un effarouchement de pudeur. Les derniers fantômes de bateaux s’étiolaient lentement dans le panorama troublé…

Loin de notre appartement propret de banlieue, mon père m’avait grondé parce que j’avais ramené « tout le sable de la plage » quand j’avais enlevé mes souliers. Avec ses dires de sermonnaire inquiétant, à cause de moi, on serait bientôt ensevelis… Jusqu’à mon lit, il avait suivi les traces de mes pas en balayant la pièce, pour justifier ses prédictions…  
Derrière les volets de notre petite location, on entendait les bousculades de la marée montante. Méthodiquement, les vagues s’abattaient sur la plage avec des lourds grondements de cataracte ; le ressac parachevait notre ambiance d’îliens en modulant les éclatements incessants avec des friselis de pétillements bouillonnants. Quelques secondes après, tout recommençait. J’avais le goût du sel sur les lèvres, du sable sous les ongles et des futurs plans de château-fort plein la tête. Ivre de la journée, de fatigue et d’air iodé, je m’endormais…

Collés sur les murs, il y avait des étoiles de mer baladeuses, des coquillages agrippés, des touffes d’algues aux chevelures bigarrées… C’était une nouvelle tapisserie posée dans ma chambre ? J’étais tombé dans les douves d’une de mes constructions médiévales, dans l’aquarium géant de chez Gamm Vert ?...
Comme s’il était invité, « tout le sable de la plage » s’installait implacablement dans la maison. Derrière la porte, mon père s’évertuait à balayer comme un forcené ; désespéré, il remplissait sa pelle et ses raclements sur le sol me faisaient terriblement mal aux dents. Sa figure était plus rouge que le soleil de l’horizon. Notre maison se remplissait comme un sablier renversé et j’étais prisonnier à l’intérieur. Le sable a commencé à dégouliner par la fenêtre ; il a violemment bousculé la porte et il a pénétré sans façon dans la pièce ! A force de réclamer le marchand de sable pour que je m’endorme, mon père ne pouvait plus refermer la porte ! Le niveau montait et les mouettes se moquaient de nous ! Les empreintes du vent étaient comme les côtes d’un affreux squelette qu’il aurait mis au jour ! C’était la marée montante le long des murs ; plus rien ne pouvait arrêter ce désastre ! Mon petit lit s’était mis à tanguer ! Au secours ! Je ne sais pas nager dans le sable des cauchemars ! J’écopais avec mon seau ! Je ramais avec mon râteau !...

Tout à coup, venue des profondeurs de la nuit, la méchante méduse a voulu m’attraper sur mon radeau ! Je sentais ses ventouses se coller sur mes épaules ; elle voulait m’enfermer entre les quatre planches, avec le trésor ! Elle me touchait le front et caressait ma joue pour savoir si j’étais appétissant ! Elle m’avait pris entre ses bras : j’étais perdu ! Comme la sirène alanguie des galets, elle s’était mise à chanter une chanson d’école et je la connaissais !... C’était maman, j’étais sauvé… Sur le pas de la porte, p’pa raclait sa pelle comme s’il avait fait le ménage toute la nuit… A travers la fenêtre, il faisait soleil, un grand soleil de petit vacancier…  

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Désert (petitmoulin)


Reste-t-il un rêve
Dépris de son diamant
Dans l'abîme béant
Du désert
Reste-t-il une ombre
Un souvenir
Les franges d'une histoire
Reste-t-il un mirage
Penché sur le silence
Des cendres dépeuplées
Reste-t-il une image
L'écho d'une présence
Un mot miraculé
Reste-t-il une porte à ouvrir
Au luisant du désir  
Quand la nuit parle bas
Reste-t-il une porte à fermer
Au dernier abandon
Qui voûte le néant

 

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Le dernier jour (Clémence)


Ciel et soleil incandescents. Sables à perte de vue.

La porte-fenêtre s'ouvrit. Elle s'avança sous la véranda.
Silhouette longiligne, vêtue d'un chemisier et d'un pantalon blancs.
Sous ses mèches blondes, les diamants scintillaient sauvagement.
Près de sa bouche écarlate, un porte cigarette nacré.
Une volute bleutée dansait dans le souffle du vent.
Son autre main, alourdie de bagues, était posée sur la balustrade.
Elle regardait au loin, déjà ailleurs.

Les couleurs ocres et turquoise s'éteignaient doucement.
Elle recula, presque à regrets et s'assit dans son rocking-chair.
Elle se balança aussi doucement que le temps.
Les encoignures s'arrondissaient de sable ocre.
Elle ferma les yeux.

1949. La nouvelle était tombée. Artésia et son mari s'apprêtaient à quitter Kolmanskop.
Elle ne vit pas le journaliste en face. Elle ne vit ni entendit  le flash.
Il nota dans son carnet : « Sculpturale - Cariatide »
Il tenait son papier.

Quand elle ouvrit les yeux, elle vit,  sur la table basse, sa tasse de thé et le journal.
Elle secoua les grains de sable qui s'étaient aventurés sur son visage et ses vêtements.

A l'intérieur, les malles étaient faites.
Les jours à venir ne seraient plus jamais pareils. Elle quittait la Namibie.

Berlin.
La porte-fenêtre s'ouvrit. Elle s'avança sous la véranda.
Silhouette longiligne, vêtue d'un chemisier et d'un pantalon grège.
Sous ses mèches argentées, les diamants scintillaient sauvagement.
Près de sa bouche écarlate, un porte cigarette nacré.
Une volute bleutée dansait dans le souffle du vent.
Son autre main, alourdie de bagues, était posée sur la balustrade.
Son regard était ailleurs.
Elle s'assit dans son rocking-chair.
Elle se balança aussi doucement que le temps.
Elle soupira. La fatigue devenait insoutenable.
Chaque nuit, elle retournait à Kolmanskop.
Chaque nuit, elle errait dans la ville.
Elle retrouvait sa maison.
Les parquets  étaient devenus dunes, les portes étaient devenues fenêtres.
Les turquoises s'ocraient, les ocres blanchissaient.
Chaque nuit, le sable phagocytait un espace de plus.

A Berlin, jusqu'au dernier jour,  le sable enlisera sa mémoire.
A Kolmanskop, jusqu'au dernier souffle, une dame en blanc glissera dans les rues.

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Le sable émouvant (Laura)

 
Toi sur le sable
Moi dans l'eau
 
Tu me regardais nager
L'eau  était si douce
Et le sable si tiède
Sous tes pieds
 
Toi sur le sable
Moi dans l'eau
 
J'aurais voulu garder
Cette poignée de sable
Dans ma main,  fixer
Cet instant insaisissable
 
Toi sur le sable
Moi dans l'eau
 
Il suffisait d'ouvrir la porte
Et de bâtir des châteaux de sable
Bloquer le temps d'une nage
Ce paysage impensable
 
Toi sur le sable
Moi dans l'eau
 
D'une lagune à l'autre, inclassables
Atteindre l'harmonie
En s'allongeant sur le sable
Au bout  d'une baignade de folie
 
Nous deux sur le sable
L'océan devant nous
 

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Le temps (Marco Québec)


Il rêvait de maîtriser le temps
Plus rien à faire
Des retardataires
Des gens toujours pressés
De ceux qui ont tout leur temps
Ou n’en ont jamais assez
Sans compter ceux qui tuent le temps

Il n’y aurait plus
D’avant et d’après
D’hier et de lendemain
De jours qui allongent
Ou qui raccourcissent
De temps mort
Ou de temps de vivre
De conflit d’horaire
De fuseaux horaires

Il rassembla donc les sabliers
Qui se trouvaient dans toute la contrée
Il en remplit sa maison
Du plancher au plafond
Il était certain
D’être le plus malin
Maintenant
Qu’il possédait le temps

Le temps s’est bien moqué
De cette entreprise insensée
Au petit matin
Plus de sabliers
Que du sable, un mètre pas moins
Sur tout le plancher

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Le Cidre (Vegas sur sarthe)

 

Sous moi donc cette plage progresse,
et s'insinue partout de nos cous jusqu'aux fesses.
Nous partîmes à trois; mais grâce au trompe-l'oeil
nous nous vîmes trois mille en franchissant le seuil...”

(J'aime bien les paroles de ce chanteur rwandais... Corneille)


“Tant à nous voir ramper ainsi la bouche pleine,
les moins asphyxiés criaient “Sauvons Chimène!
J'en renvoie les deux tiers (mais on n'était que trois)
dans le coin du préau, compter nonante-trois”

(Pouvez pas comprendre si vous avez pas vu les châsses à Chimène)


“Le reste, ben c'est moi qui scrute le couloir,
La pionne est féroce, mi-panthère mi-couguar,
Je me couche par terre et j'attends cinq minutes
la fin de la récré... tout ce sable au calbut!”

(C'est qui qu'a dit le plaisir est dans la tente ?)

Par bonheur elle s'en va, Chimène en fait de même,
Me voilà comme un gland avec mon stratagème;
Ce n'est pas aujourd'hui que je l'embrasserai
Le roi du bac à sable est bien désemparé.”

(et le combat cessa faute de combattants... ça c'est de Lui)

 

Rodrigo! Sors de ton lit, mon garçon! Tu vas encore être à la bourre à l'école... Et t'as révisé ton Cidre?”

 

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E finita la comedia, on a marché sur la terre… (Emma)


Il est là, collé sur le mur comme un vieux chewing gum, à grésiller doucement dans le grand silence de sable.
 
Solitude.
 
C’est sa première mission, à 11001001111 (Bip bip pour les intimes).
 
Sur les rayons de téléportation, des myriades d’entités pionnières se sont élancées à l’assaut de la terre, toutes frétillantes, comme les vaillants spermatozoïdes s’élançaient à l’assaut  de l’ovocyte.
Le grand programme a défini clairement l’objet de la mission : trouver pourquoi, depuis des années-lumière, la terre n’émet plus le moindre signal, le moindre rayonnement, hormis refléter le soleil dans un halo laiteux.
Ils ont atterri  un peu brutalement, ce qui explique que Bip bip est aplati sur le mur au-dessus du sable. C’est assez joli ces croupes de sable, cela lui rappelle le pays, à ceci près qu’il n’y a pas de vibrations, et pas de voies lumineuses.
Les autres entités n’arrêtent pas de télépather des infos. Partout sur la planète règne un merveilleux  silence, rompu seulement par le bruit de maisons qui s’écroulent du haut des falaises, ou sur elles-mêmes ; dans la pénombre, des fleuves roulent des boues jaunes entre des troncs d’arbres blancs qui s’effritent parfois en poussière argentée.
 
D’ où il est, Bip bip ne voit que des murs et du sable, une fenêtre ouverte sur du sable encore. Sous le plafond pourtant, une haute étagère porte des objets étranges : des disques plats, un peu brillants, de couleur blanche avec un liseré bleu, et d’autres légèrement plus petits et un peu creux, sont posés debout derrière une petite rampe torsadée ; il y a aussi des cylindres  transparents couverts de poussière.
Bip bip ne s’attarde pas, lui et ses collègues ne sont pas programmés pour appréhender le sens des objets matériels. Par contre ils peuvent parfaitement s’imprégner et restituer au grand programme tout ce qui touche à l’esprit et ses manifestations, reconnaître et traduire chiffres et symboles… Ailleurs sur la terre les entités s’affairent à absorber la mémoire des anciens terriens, ces êtres en forme de cubes et parallélépipèdes de plastique gris qui gisent sur des tables dans tous les bâtiments encore debout.
Rien de tel ici, mais l’attention de Bip bip est attirée par un objet plat et rectangulaire posé à côté des disques, un cahier sur lequel court une fine écriture :
 
        Toi qui lis ces lignes, sois béni, car cela veut dire que des humains auront survécu. Le dernier message de la radio disait que les Saoudiens ont des abris antiatomiques où les réserves d’oxygène permettraient à quelques familles dirigeantes de survivre des années. Peut-être es-tu un prince saoudien ?
 
Qui que tu sois,  je te salue et te bénis.
 
Les pauvres ont disparu en premier, c’est normal, il en a toujours été ainsi. Et les gens des vallées et des plaines.
 
Pour moi, et ceux qui ont pu se procurer des  bouteilles d’air comprimé, c’est une question de jours…
 
De temps en temps je vois sortir des rats obèses. Les rats nous survivront, ont toujours prédit les scientifiques. Ceux-là sortent parce qu’ils ont épuisé les poches d’oxygène qui doivent rester çà et là dans le sous-sol. J’aime mieux ne pas savoir pourquoi ils sont obèses.
 
L’air est jaune, l’eau est jaune, le manomètre de ma bouteille est en dessous de 1/10e.
 
Dans ces agréables conversations spirituelles que les nantis ont parfois, un verre à la main, nous posions ce genre de question gratuite : " qu’aurions- nous le plus de mal à quitter ? ". J’ai souvent dit " Proust" ou " Mozart ", pour frimer, ou " toi ", pour séduire.
 
Et voilà que je me rends compte  que ce qui me manque le plus, c’est Baboum, mon nounours tout pelé.
 
Je ne sais plus qui a écrit le résumé limpide de cette histoire de bruit et de fureur : Nostradamus ? Paulo Coelho ? …
 
            Le ressac laissa la vie sur le rivage.
            L’homme vint, petites histoires et grands massacres.
            Puis le silence, minéral.
            Le diable en rit encore…

Le diable ? grésille Bipbip aux copains, qui diable a la traduction pour ça ?

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Retour de manivelle (Walrus)

Début du vingt-et-unième siècle, empiétant de plus en plus largement sur la mer et le désert, ils avaient étendu leur ville à coups de pétrodollars.

3901

Centre du monde touristique, elle avait bientôt largement dépassé Bruxelles au classement des villes les plus cosmopolites du monde.

3903

 

Aujord'hui, le lent ressac des vagues de sable et le tarissement des réserves pétrolières les avaient ramenés à leurs origines...

3902

 En fait, tout était retourné quelque peu en arrière, Bruxelles également...

3904

 

 

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Participation de Fairywen

Le vent de l’oubli

 

Le loup entra en trottinant par la porte à moitié arrachée de ses gonds. C’était un jeune animal, fureteur et joueur, qui aimait partir en exploration seul sur le territoire de la meute. Cela lui valait régulièrement des remontrances de la part de l’Alpha, il promettait toujours de ne plus recommencer, mais sa curiosité finissait toujours par reprendre le dessus, et il reprenait ses investigations. Au fil du temps, les réprimandes du couple dominant s’étaient adoucies pour devenir des gronderies de pure forme. Personne ne pouvait en vouloir au jeune loup, si gentil et si plein de joie de vivre. La meute avait appris à composer avec l’éternel louveteau qu’il promettait de devenir.

La langue pendant hors de sa gueule, le loup parcourait les pièces que les vents avaient emplies de sable. Ce n’était pas la première fois qu’il venait dans cet étrange endroit depuis lequel on ne voyait pas le ciel. Il ne savait pas pourquoi il le fascinait tellement, mais il ne pouvait s’empêcher de s’y intéresser. Quelle espèce animale pouvait être heureuse d’être ainsi enfermée dans cette drôle de tanière qui, il le voyait bien, constituait un piège mortel en cas d’attaque, car elle était dépourvue de tout moyen de fuite ? Il avait une fois essayé d’entrer par une autre ouverture située un peu plus haut que le sol, mais il s’était cruellement blessé lorsque celle-ci l’avait mordue de ses dents coupantes. Le jeune loup n’avait pas compris comment cela était possible, surtout que la trouée à travers laquelle il avait voulu sauter, en plus de ne lui avoir envoyé aucun message de menace, était restée parfaitement immobile après qu’il fut retombé sur le sol en glapissant de douleur.

Depuis, il n’entrait plus que par le plus grand des orifices pour vagabonder dans ce drôle de terrier. Les légendes de la meute disaient qu’autrefois, cet endroit avait été habité par une espèce aujourd’hui disparue, une espèce qui portait le nom d’« hommes ». Le loup eut un frisson de frayeur à l’évocation de ce nom diabolique. Les légendes disaient que ces « hommes » étaient les membres d’une espèce cruelle, qui détruisaient tout, la terre, l’air, le sol, les autres espèces animales… Une espèce qui ne respectait rien, pas même ses propres membres, puisqu’entre eux ils se tuaient et se torturaient pour des raisons que le loup ne parvenait pas à comprendre tant elles étaient éloignées de ses conceptions de la vie.

 

Jusqu’au jour où la Terre s’était mise en colère. Les légendes disaient qu’elle avait déclenché des catastrophes naturelles en série, qu’elle avait pris possession de l’esprit des animaux les plus dangereux comme de celui des plus inoffensifs, et que l’enfer s’était déchaîné autour des « hommes ». En quelques mois à peine, leur espèce avait complètement disparu de la surface de la planète.

Et la Terre avait commencé à guérir, lentement, effaçant inexorablement la trace de ceux qui l’avaient tant violée et blessée. Les « hommes » étaient peu à peu devenus une légende horrifique dans le règne animal, et même cette légende avait tendance à s’évanouir dans le néant de l’oubli au fur et à mesure que les dernières traces de leur bref, mais dévastateur passage sur Terre disparaissaient.

 

Le jeune loup quitta la maison en ruines en bondissant gaiement. Il était certes un explorateur impénitent, mais lorsque retentissait le chant appelant à la chasse, plus rien d’autre ne comptait que la joie de courir avec la meute.

 

Il ne se retourna pas lorsque le vent se mit à tourbillonner et qu’une nouvelle couche de sable enfouit encore un peu plus l’un des derniers vestiges des « hommes ».

Défi 390 du samedi 13 février 2016

 

 

 

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13 février 2016

Défi #390

Que vous inspire cette photo

trouvée sur Internet ?

Abandon

-Village de Kolmanskop dans le désert de Namib-

Bonne inspiration à toutes et à tous !

A tout bientôt à

samedidefi@gmail.com

 

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