04 octobre 2008

Tibo

L'humeur de Tania était à l'image du temps ce matin, mélancolique. Une mélancolie douce. Une mélancolie qui vous réexpédie dans ces moments tristes que vous avez traversés.
Elle se remémorait, à cet instant, devant sa tasse translucide la dernière discussion qu'elle avait eue avec Barney et Julien.
- Non franchement, vous n'y pensez pas. Le faire disparaitre... Quelqu'un le découvrira, forcément !
- Eh bien sans doute, mais s'il doit être découvert, qu'il le soit loin d'ici, le plus loin possible et surtout pas par lui.
- Non, de toute façon, nous ne pouvons rien y faire maintenant, mais le déplacer, franchement, ça ne changera rien à sa réaction !
- Parce que le laisser là, dans cet état, c'est la solution selon toi ???!!! Franchement, Tania, arrête de dire n'importe quoi, va t'occuper de ton fils, il ne va surement pas tarder à se réveiller, on s'occupe du reste !

 

Le souvenir de cette discussion, ce n'était pas la première fois qu'il remontait en elle... Et chaque fois c'était la même chose, elle se débattait avec ces images. Une larme, puis deux se mettaient à couler le long de ses joues blanches. Ce matin, l'une d'elle tomba dans la tasse. Cette tasse qu'elle serrait fort de la paume de ses deux mains. Pour se réchauffer ? A cause de la contrariété ? Elle ne le savait pas elle même. Elle serrait.
A la pendule, il était quasiment 7h00. C'était à cette heure que tout était arrivé. Devant cette même tasse, avec ce même thé fumant, cette même odeur d'agrumes. Cette odeur qui, tous les jours d'octobre à mars, lorsque les petits matins sont frais, parfumait la cuisine de Tania.

 

Puis, soudain, sans savoir pourquoi, elle portait la tasse à ses lèvres, elle avalait une gorgé de ce liquide brulant. Elle se sentait vivante, cette sensation de chaleur, de brulure... elle se sentait vivre. C'est souvent ce moment que choisissait Damien, son fils, pour faire craquer les marches de l'escalier. Ce matin encore, il lui poserait des questions, ce matin encore, elle n'y répondrait pas, inventant une fois de plus une histoire. Combien de fois l'avait-elle fait depuis ce maudit matin ? Ça ne faisait pas encore 10 jours que tout était arrivé, il lui semblait qu'elle se débattait depuis des mois avec ce secret... Plusieurs fois, elle avait failli lui dire... Plusieurs fois, elle avait été sur le point de lui révéler la vérité. Mais son regard croisait le sien, et non, décidément non, elle ne trouvait pas la force de lui éteindre l'étincelle d'espoir qu'elle voyait au fond de ses yeux. Des yeux bleus, des yeux pétillants, des yeux d'espoir, des yeux d'enfant. Alors, ce matin encore, elle ferait comme si, comme s'il y avait une explication, comme si une fin heureuse était possible, comme s'il finirait par revenir.

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Les aventures d'Anthelme Poustabosse : Épisode 537 (Papistache)

Résumé du précédent épisode : Anthelme Poustabosse, après s’être rendu au repaire de l’ignoble Dugommoi, savant fou, est lâchement assommé alors qu’il s’apprêtait à mettre la main sur le maroquin du professeur.

 

Un feu d’enfer incendiait littéralement la cheminée. Dos au foyer, Anthelme Poustabosse, chroniqueur au Petit XXIe et présentement ligoté sur sa chaise, sentait arder les flammes qui menaçaient à tout moment de faire exploser la bouteille de gaz que son ennemi juré, le professeur  Dugommoi, avait trainée en face de l’âtre.

 

Nu sur son siège, exposé au feu des buches amoncelées et comprimé par les cordes qui le liaient au dossier et à l’assise, Anthelme frissonnait. Sur ses cuisses, reposait une vipère du Gabon encore engourdie, que le professeur avait sortie d’un bac réfrigéré dans lequel somnolait le venimeux animal. Cependant, Anthelme devinait, aux légères ondulations du reptile, que la chaleur commençait à tirer le serpent de sa torpeur. Quand la vipère aurait recouvré ses esprits, il savait qu’un simple tremblement de sa part provoquerait l’attaque mortelle. Il respirait à petites lampées. La vipère reposait sur son bas-ventre et l’ignoble Dugommoi n’avait pas omis de glisser un DVD pornographique dans la fente idoine du lecteur avant de s’éclipser. Anthleme, les yeux clos, luttait pour ne pas entendre les gémissements des protagonistes ni les bruits humides des corps affrontés. La plus petite érection de sa part exciterait le serpent et lui serait fatale.

 

Sa chaise, dont les pieds de devant  reposaient sur deux gros dictionnaires, menaçait à tout moment de basculer en arrière. Tourner la tête lui aurait été funeste, il aurait entrainé dans sa chute la vipère à la morsure irrémédiablement mortelle et, la corde de piano, nouée d’un bout autour de ses parties génitales  et de l’autre à un vicieux mécanisme installé au plafond, se serait tendue, le soulevant du sol, précipitant sa gorge à la rencontre d’une lourde lame en acier de Tolède, tranchante comme un rasoir.

 

Il avait vraiment contrarié Dugommoi.  D’ailleurs celui-ci, n’avait pu s’empêcher d’injecter un poison à effet retard dans les veines du jeune reporter. Si l’antidote n’était pas administré dans la demi-heure, le cœur d’Anthelme se serrait définitivement et Dugommoi, jamais pris à dépourvu, avait pris soin, au moyen d’un fil de coton, avant de quitter son antre, de coincer l’ampoule salvatrice sous la porte. Ainsi, le premier qui la pousserait écraserait le précieux flacon.

 

Entrer par la fenêtre exposerait notre aventureux ami à une mort certaine. A peine le volet, soigneusement clos, serait-il ouvert, qu’une corde tendue et reliée à la détente d’un fusil au canon scié enverrait une décharge de chevrotines en pleine poitrine du malheureux journaliste trop entreprenant.

 

La vipère ondulait imperceptiblement. Anthelme s’attendait à tout moment à l’explosion de la bouteille de gaz. Les jeunes gens, sur l’écran à plasma dont le son avait été poussé au maximum, s’agitaient à l’unisson. La vipère ne devait pas être provoquée, sinon sa réaction fulgurante abrègerait et la vie de notre héros et ce récit. La chaise, en équilibre précaire, menaçait de précipiter la gorge du pantelant jeune homme à la rencontre de la lame acérée et un poison mortel roulait dans ses veines. À ce moment précis, la gueule noire du fusil lui paraissait un bien futile péril.

 

Dugommoi avait certainement alerté la commissaire Suzy Laguibolle. Connaissant la gaucherie de celle qu’il avait maintes fois  croisée au cours de sa tumultueuse — mais courte — vie à la recherche de la vérité quant aux agissements du monstrueux savant fou, Anthelme ne pouvait s’empêcher d’imaginer le craquement de l’ampoule contenant l’antidote sous la semelle des escarpins de l’officier de police. Son bâillon, fermement noué, l’empêcherait de proférer le moindre avertissement et le bruit du téléviseur allait couvrir ses gémissements.

 

Dehors, les crissements des pneus d’un véhicule équipé d’une sirène polytonale se firent entendre. Des talons hauts et effilés claquèrent sur le perron...

 

La semaine prochaine.
Comment le reporter du Petit XXIe réussira-t-il à se sortir du guêpier dans lequel il s'est fourvoyé ? Vous le saurez, en lisant le cinq-cent-trente-huitième épisode des Aventures d'Anthelme Poustabosse, un feuilleton rocambolesque co-écrit par le Papistache du Défi du Samedi et son prédécesseur  pour la consigne #29 du 4 octobre 2008.

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Au revoir, Sophie (Val)

 

 

Tout a commencé le jour ou j’ai promis à Sophie d’arrêter de boire et de fumer. Je m’en souviens très bien. Ce n’était pas une résolution du nouvel an. Là, c’était plutôt une réponse à sa mise en demeure. « T’arrêtes, ou je me tire ! ». En fait, je n’ai même pas vraiment promis. Je lui ai répondu « Ne pars pas ». Elle a pris ça pour une promesse. Toujours est-il que je savais ce qui m’attendais si je ne m’exécutais pas. J’aurais tout fait pour ne pas qu’elle parte…

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Bien sûr, je n’ai pas réussi à arrêter de boire, et encore moins de fumer. Comme il n’y avait ni alcool ni cigarettes à la maison, j’ai dû ruser. Un mensonge de rien du tout, ça mange pas de pain. Chaque soir, après le travail, j’allais au bar du coin. J’achetais un paquet de clopes et je commandais une dizaine de demis. Et, chaque soir, je l’appelais, prétextant une réunion de dernière minute au travail. Et, pour les sous, j’avais ma combine. J’ai commencé à lui dire à quel point ma boite allait mal financièrement, et les difficultés que j’avais à me faire rembourser mes notes de frais. Au début, c’est passé comme une lettre à la poste, avec Sophie !

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Et puis j’ai pris peur, le jour ou Sophie, en colère, a eu l’idée saugrenue d’appeler mon patron. Elle voulait lui réclamer toutes ces heures sup’ non rémunérées et aussi le remboursement des notes de frais. Alors, j’ai avoué à Sophie que j’avais menti…

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Je lui ai expliqué que j’avais retrouvé un ancien copain devenu SDF, et que, chaque soir, je passais un moment avec lui sur son banc, que je lui achetais des vêtements, des cigarettes, de la bouffe, et que parfois je lui payais l’hôtel. Je lui ai dit que je n’avais pas osé le lui avouer, pensant qu’elle me gronderait.

Sophie ne m’a pas grondé. Et, pendant quelques jours, j’ai encore pu faire illusion et vivre ma double vie avec ma clope et mon verre de bière.

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Seulement voilà, tout s’est compliqué lorsque Sophie m’a carrément dit d’emmener mon ami ici, qu’on pourrait le nourrir et le loger le temps qu’il retrouve un travail. J’étais dans l’impasse !

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Alors, j’ai pleuré. Un soir, je me suis couché à ses pieds en sanglotant. J’ai imploré son pardon. Je lui ai tout raconté : que j’avais une maîtresse, que chaque soir je la retrouvais dans un hôtel miteux, que je lui offrais des bijoux, que je l’invitais au restaurant… J’étais prêt à tout pour éviter qu’elle découvre que je fumais et buvais encore en cachette et qu’à cause de cela elle ne me quitte.

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Ça n’a pas fonctionné. Ce soir là, Sophie m’a dit, d’un ton sec et les yeux plein de haine : «  Je serai partie demain matin ».

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J’étais dans l’impasse la plus totale. IL n’aurait servi à rien de rétablir la vérité. Elle me l’avait dit : « T’arrêtes ou j’me tire ! ». Tout lui avouer n’aurait rien changé.

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Faites des gosses (Pandora)

John a été très laconique au téléphone mais son ton était on ne peut plus clair : ça chauffe. Après plus de dix ans à bosser ensemble, John et moi formons presque un petit couple, nous comprenant à demi-mots. Attention hein, en tout bien tout honneur, j’ai une femme et trois gosses. Enfin j’étais marié, Gloria est partie depuis un paquet d’années, jalouse de mon boulot, et je l’ai remplacée progressivement par la bouteille. Bref, il semble que ça bouge dans l’enquête que nous menons suite au meurtre du professeur Atkinson. Une sale affaire : il a été retrouvé mort par sa femme de ménage, à moitié nu et l’autre moitié, celle du haut, emballée dans des vêtements de latex plutôt moulants qui ne ressemblent pas à la tenue que l’on attend d’un professeur de physique pressenti comme l’un des futurs prix Nobel. Aucune idée si ça se donne à titre posthume ce genre de chose, mais sinon c’est râpé pour lui. Et outre son habillage, le respectable professeur a été émasculé et personne n’a réussi à remettre la main sur ses bijoux de famille. Une affaire pour laquelle on nous attend au tournant, le téléphone n’arrêtant pas de sonner dans le bureau du commissaire. Nous marchons sur des œufs.

 Nous nous sommes partagés le travail et pendant que j’épluche les factures de téléphone, les relevés bancaires et tous les documents qui pourraient nous mettre sur une piste éventuelle, John furète du côté des bars à putes où il se pourrait que le professeur bien sous tous rapports, mais amateur de latex, aille défouler ses instincts particuliers de mâle insatisfait par sa bourgeoise et amateur de plaisirs très particuliers. Et pour avoir interrogé sa bourgeoise toute la matinée d’hier, je le comprends un peu d’aller voir ailleurs (par contre je suis allergique au latex, ça me donne des boutons). Et il semble donc que John soit tombé sur quelque chose d’intéressant.

Me voilà parti à toute blinde vers la gare heureusement proche où se croisent dans une ambiance interlope les voyageurs, les toxicos et les pervers  de notre chouette ville. Notre fond de commerce. Nous y trainons régulièrement et je connais donc le coin comme ma poche. John m’a dit de le rejoindre au « pink flamand », un bar plutôt mal famé situé à la frontière entre le quartier de la gare et celui du port. Je me gare au plus près comme je pouvais, sans me soucier des panneaux d’interdiction. Y a pas trop de satisfaction dans ce boulot à fréquenter les macchabées et les criminels, alors autant profiter des rares avantages. Je vérifie que mon pétard est fonctionnel, j’enfile par-dessus ma veste de complet râpé et j’entre dans le bar, roulant des mécaniques comme le cow boy que je ne suis pas mais auquel je veux donner l’impression de ressembler. Dans ce job, c’est 90% d’intox contre 10% de réels problèmes, la première permettant d’éviter les seconds. Je montre ma plaque au videur et m’avance dans le bar où des filles en petite tenue servent des boissons à des hommes qui pourraient pour la plupart être leur père. Des types qui n’ont absolument pas soif mais qui doivent exhiber leurs dollars avant de pouvoir sortir leur engin. L’une d’elle s’approche mais n’insiste pas quand elle me reconnait. Ces nanas sont un vrai radar à flics. La barmaid, que j’ai fait coffrer la semaine dernière, me fait un clin d’œil ironique et le directeur assis au bar m’apostrophe (La venue de la police n’est jamais bonne pour les affaires).

« J’espère que vous n’en avez plus pour longtemps avec Cindy, ça fait une plombe que votre collègue discute avec elle. Je vous signale qu’elle est sensée bosser et ramener un peu de fric pour justifier son salaire exorbitant ».

Je passe en faisant semblant de ne rien avoir entendu, ayant repéré John assis dans un des boxes privés du fond. Il parle à une pute d’un âge certain que l’épaisse couche de maquillage qui la recouvre rend incertain, Cindy probablement.

- Michael, te voilà enfin. Je te présente Cindy. Sais-tu que Cindy connaissait bien le professeur ?

- Ah bon ?

- Ouaip, c’était même un sacré numéro paraît-il, pas vrai Cindy ?

Je m’assois en face d’eux et regarde Cindy qui me fixe à son tour d’un regard bovin en mâchant son chewing gum.

- Un sacré cinglé plutôt, dans le genre bon à enfermer. J’vous dis pas c’qui m’demandait de lui faire. D’ailleurs souvent on faisait ça à deux, avec Jessica. Et vendredi soir, comme je n’étais pas dispo, c’est elle qui y est allée toute seule.

John me fait un clin d’œil de connivence, vendredi soir est le soir du meurtre. C’est effectivement du chaud brûlant qu’on tient là avec une première piste très sérieuse et peut-être même notre suspect. Suspecte en l’occurrence.

- D’ailleurs elle est là-bas. Jessica ramène toi voir par là…

Nous nous retournons de concert vers Jessica une jolie blonde au sourire qui se fige en me voyant, en même temps que je sens ce qui me reste de cheveux, c’est à dire vraiment pas grand-chose, se hérisser sur ma tête. John, qui a reconnu lui aussi ma fille se lève pour rattraper Emily qui essaie de s’enfuir en se précipitant vers la sortie tandis que je reste les fesses scotchées au fauteuil.

Ma fille Emily se prostitue dans un bar à pute et est le suspect numéro un dans cette sale affaire de meurtre. Je ne pense pas m’être jamais senti aussi seul qu’à cet instant. Faites des gosses qu’ils disaient.

Moi en tout cas je boirais bien un scotch. Double au moins.

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Mais où est passée la sculpture de Gerry Henrard? (Aude)

Gerry Henrard, l’inspecteur le plus sexy de l’ouest et bien au-delà encore était bien ennuyé. Il lui avait été dérobé la sculpture qui trônait sur son bureau depuis de nombreuses années. Il aurait d’autant plus de mal à la retrouver que pour se concentrer il avait la réconfortante habitude de la contempler, voire la caresser distraitement. Et à chaque fois, ça ne manquait jamais, la solution de l’énigme s’imposait à lui, évidente. Il bouclait alors son enquête en quelques heures.

C’était une sculpture assez particulière que lui avait offert un ami sculpteur : Philippe Mordevol. Elle représentait un sexe de femme. Tous ne s’en apercevaient pas au premier coup d’œil, mais parfois un regard un peu plus attentif se transformait en regard pour le moins surpris quand les personnes présentes dans le bureau de Gerry Henrard s’apercevaient de la forme originale voire originelle de la sculpture. Il était toutefois fort heureux que Gerry ne travaille pas à la brigade des mœurs. Le supérieur de Gerry, le commissaire Clandus ne s’était jamais aperçu de rien. Il croyait encore qu’il s’agissait d’un moulage raté réalisé pour la fête des pères par le fils de Gerry.

Gerry aurait pu demander à Moredevol de lui en vendre une autre mais il attribuait à sa sculpture des pouvoirs magiques.

Il n’avait aucun indice. Les personnes habituelles avaient eu accès à son bureau : ses collègues, son chef et la femme de ménage en qui il avait toute confiance

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Lendemain qui déchante (Poupoune)


C’est forcément la pire gueule de bois de toute ma vie. Je ne me souviens pas avoir bu, mais je ne vois pas bien ce que ça pourrait être d’autre...

Déjà, je ne sais pas du tout où je suis. C’est pas chez moi, ça au moins, c’est sûr : c’est grand, très grand, c’est luxueux, c’est tellement propre que c’en est presque flippant… Bref : pas chez moi.

Et puis je ne connais pas cette femme. Tout à fait mon genre, superbe : rousse, sculpturale, poitrine généreuse… splendide. Exactement le genre de femme que j’aurais pu draguer dans un bar et essayer de ramener chez moi… Sauf que je ne suis pas chez moi. Et qu’une femme comme ça ne m’aurait jamais suivi. Et qu’elle est morte.

Enfin : je ne suis pas médecin, mais pour ce que j’en vois, elle n’a pas l’air bien vaillante. Tellement pas que j’ai vomi copieusement à l’instant ou mon regard s’est posé sur elle… ce qui m’a donné une idée de ce que j’ai mangé hier - chinois apparemment - mais pour ce que ça m’avance…

Je suis… quelque part, menotté – oui, menotté à une splendeur rousse et apparemment morte, couvert de ce qui ne peut être que son sang et je n’ose pas bouger. Si je bouge, je la déplace et, dans les films, ils disent toujours de ne pas déplacer le corps avant… avant quoi ? L’arrivée de la police ? Faudrait déjà que je l’appelle… or, donc, je ne suis pas chez moi, je ne sais pas où est le téléphone et, franchement, je ne me vois pas traîner ma… la… enfin : je ne me vois pas fouiller l’endroit en quête d’un téléphone avec un cadavre attaché au poignet…

Mais dans quelle merde est-ce que je me suis encore fourré ? Si seulement j’arrivais à me rappeler… quelque chose. N’importe quoi.

La dernière chose dont je me souviens, c’est que je me suis retrouvé en galère après une arnaque foireuse... alors j’ai tiré un portefeuille à un touriste et puis je suis allé chez Gégé : il prolonge un peu l’happy hour pour moi quand il sait que je suis pas en fonds… Après… ben je voulais juste une soirée classique : boire des coups et finir comme un con bourré en boite, à me faire éconduire par des nanas même pas jolies qui, elles, par contre, auraient dû boire un peu plus… Sauf que je ne me souviens plus de rien après mon dernier verre chez Gégé… Je me revois sortir de son rade, tout seul, ça, j’en suis presque sûr, et… plus rien. Ce salon immense, cette femme, tout ce sang…

Oh la la, mais quelle merde !

Bon. Rester calme. Respirer. Réfléchir.

Si ça se trouve je la connais cette fille. C’est peut-être pas une vraie rousse, peut-être une copine qui s’est teint les cheveux, peut-être… Faut que je la regarde mieux.

Respirer… Allez !

Non. Définitivement, je ne connais pas cette créature. Dommage. J’espère au moins que je me la suis tapée avant… avant quoi ? Oh merde ! J’espère que je ne l’ai pas tuée ! Non... Non non non. C’est pas mon genre, ça. Moi je vole, j’arnaque, je mens, mais je ne tue pas… Tiens : elle a un tatouage, c’est joli… c’est quoi ? C’est… oh merde : je connais ce dessin ! Où est-ce que j’ai déjà vu ça ? Une marque de bière ? L’enseigne d’un troquet ? Un soleil, un couteau… ah merde, ça va pas me revenir…

Bon. De toute façon je peux pas rester là comme ça sans rien faire… Je vérifierais bien si c’est une vraie rousse… Non : vu le sang sur le bout de drap qui la recouvre, ça doit pas être joli dessous… Appeler. Merde, ça va ressembler à quoi si quelqu’un me trouve comme ça ? Plein de sang, menotté à un cadavre et… et ça c’est bizarre : qu’est-ce que je fous en guêpière léopard et porte-jarretelles ?

Mais quel merdier… Faudrait au moins que j’arrive à me détacher, pour pouvoir téléphoner, m’habiller ou… ou me casser d’ici, en fait ! Tout simplement. J’ai assez d’emmerdes comme ça… J’ai rien à voir avec tout ça moi ! Et puis… oh merde ! On vient… oh non… la police, bien sûr… oh quelle merde…

Ne rien dire, ne rien dire, ne rien dire, tout ce que je dirai sera retenu… ah, tiens, ben au moins je vais voir si c’était une vraie rousse… oh merde, c’est pas vrai : c’est un roux !

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Meurtre en salle pleine (Martine 27)

Ce samedi avait mal commencée. Il s'était disputé avec sa femme, au début pour un motif futile dont il ne se souvenait même plus. Puis cela avait dégénéré. Elle souhaitait aller faire des courses, lui assister à une rétrospective qu'il attendait depuis longtemps au cinéma. Bien sûr, elle l'avait accusé de vouloir en fait rejoindre "sa poule", non mais franchement ce terme ringard. Il avait beau lui dire qu'il n'avait pas de "poule" rien à faire, elle s'y accrochait. Il avait donc pris son manteau et avait filé direct au cinéma. Cela faisait déjà un bon moment qu'il s'étalait voluptueusement dans son fauteuil, la salle est quasiment pleine. Il restait encore une place près de lui. Après s'être délecté de Dumbo, voilà Bambi qui commençait. Une rétrospective Disney, c'était trop bon, ben oui même et surtout à 50 balais. Bref, il s'apprêtait à fixer toute son attention sur l'écran, quand il y eut un peu de remue-ménage à côté de lui, il entendit le doux froissement du nylon quand la femme vint s'asseoir près de lui. Et puis, et puis … Au moment où la maman de Bambi se fait tuer, comme d'habitude il ne put retenir une petite larme et il sentit dans le même temps la femme près de lui basculer doucement contre son épaule et un liquide chaud imprégner sa chemise. La pauvre, pensa-t-il, comme elle est sensible. A la fois gêné et flatté il la laissa s'alanguir contre lui. Puis le film se termina, la suite de la rétrospective était prévue pour l'après-midi. La femme était toujours appuyée contre son épaule, là il commença à se sentir un peu mal à l'aise quand même. Et quand, la lumière se ralluma, les gens autour de lui se mirent à hurler. Il jeta un coup d'œil à sa compagne, ce qu'il avait pris pour des larmes était en fait du sang. Du sang qui maculait le visage de l'inconnue qui fixait l'écran d'un œil maintenant vide. Plus tard, assis dans la salle d'interrogatoire du commissariat, il cherchait à reprendre pied. Bien sûr, personne n'avait voulu croire qu'il n'y était pour rien. Personne ne s'était levé, ni n'était parti précipitamment pendant la projection de Bambi. Les voisins avaient dit à la police qu'il n'arrêtait pas de se disputer avec sa femme et que celle-ci était sûre qu'il la trompait, peut-être avec cette inconnue allez savoir. Et le pire, on avait retrouvé l'épingle à chapeau acérée qui avait servi à percer le cerveau de la femme (en passant par l'oreille) coincée sur son fauteuil à lui, près de sa cuisse. Avec tout ça, comment voulez-vous que le flic de base le croit innocent, c'est humain ! Par qui et comment le meurtre avait-il été perpétré, et surtout pourquoi l'avoir désigné comme bouc émissaire ? C'était le noir le plus complet pour lui.

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Intrigue (Jaqlin)

On était fin juin, la fête battait son plein au centre culturel. Dans l’ancienne ferme qui servait maintenant de cadre aux activités de la MJC, aux différents clubs de sport, aux ateliers musicaux et artistiques, chacun s’était vu attribuer un emplacement pour présenter au visiteur un échantillon de son travail de l’année.

Sous le chapiteau dressé dans l’ancien parc à moutons, évoluaient les adeptes de la danse, des quatre- cinq ans aux danseurs de salon d’un âge certain, en passant par les amoureux  du modern jazz. En vis à vis, sur un podium temporaire, les fans du hip-hop rivalisaient de figures toutes plus élaborées les unes que les autres, au son d’accords propres à mettre à mal les tympans les plus endurcis.

Un peu plus loin, les différentes disciplines musicales étalaient leurs savoir- faire : les plus jeunes saxophonistes offraient une panthère rose se déplaçant sur des coussinets moelleux pendant que les flûtes faisaient une balade avec Vivaldi, en automne. Juste à côté, les clarinettes accompagnaient le chat de Pierre…

Pendant ce temps, les plus jeunes suivaient avec attention les péripéties du "chat qui s’en va tout seul", relatées par une vieille conteuse.

Au cours de la promenade, il était possible de découvrir mosaïques, dentelles, différentes techniques picturales. L’assistance était nombreuse, insouciante, déambulant sous les premiers rayons du soleil. Même l’hôte habituel du domaine, Jacob, le paon, était de la fête.  Perché dans l’énorme cèdre qui ombrage pratiquement toute la cour, il suivait d’un air désabusé ce remue- ménage inhabituel. Discret jusqu’à ce que les choristes aient entonné leur premier chant, à partir de cet instant, dès que le registre montait d’un ton, il  y allait de son refrain : "Lé..on ! Lé..on ! », ce qui ne manqua pas de perturber la chef de chœur qui eut bien du mal à terminer sa prestation.

Vers dix-huit heures, alors que la fête touchait à son terme et que les organisateurs satisfaits du franc succès de leur journée s’apprêtaient à fêter ça comme il se doit autour du verre de l’amitié, il fallut bien se rendre à l’évidence : l’une des animatrices, la jeune et jolie Kathy avait disparu… Avant d’en arriver à cette inquiétante conclusion, on avait procédé à toutes les investigations possibles, elle n’avait pas quitté les lieux de son plein gré puisqu’elle avait encore confirmé à ses collègues moins d’une heure plus tôt qu’elle serait là. Son portable sur lequel plusieurs avaient essayé de la joindre affichait toujours le même message d’absence. La conteuse était apparemment la dernière à l’avoir vue, vers dix-sept heures cinquante ; elles avaient bavardé quelques minutes puis s’étaient donné rendez-vous pour le fameux pot de clôture. Juste avant de se séparer, Kathy avait pris la direction du chapiteau. Etant donné les quelques mètres qui séparaient celui-ci du lieu de rencontre et du fait de l’assistance nombreuse, on imaginait mal ce qui avait bien pu se passer.

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AVERTISSEMENT (MAP)



- René, René, regarde cette photo ! Mais qu’est-ce qu’ils veulent enfin ! Pourquoi nous ont-ils pris notre Célestin ?

- Calme-toi Nina, ils finiront bien par nous le rendre !

- Que veulent-ils en échange ? 

- Des sous …. beaucoup de sous !

- Oh René, paie-les … je ne veux pas qu’on me le tue !!!!!

Avertissement

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L'autre Augustin (Tiphaine)


Augustin Lehorla se tournait et se retournait dans son lit. Impossible de fermer les yeux. Il avait bien trop peur. Comme chaque nuit depuis huit nuits, à chaque fois qu’il plongeait enfin dans le sommeil, il se réveillait une minute plus tard en sueur et en panique. Un homme le regardait, juste derrière les rideaux de sa fenêtre. Augustin se levait, il allumait la lumière et il vérifiait avec minutie que personne ne se trouvait dans la pièce. Chaque recoin était inspecté méticuleusement. Ça lui rappelait son enfance, quand les cris de ses cauchemars incessants faisaient accourir sa mère et qu’elle prenait le temps de vérifier avec lui qu’aucun monstre ne s’était caché dans la petite chambre. Il la revoyait ouvrir la porte du placard en s’écriant joyeusement « tu vois Augustin, il n’y a personne dans ce placard ! ».

Comme il aurait été heureux de la voir débarquer à présent, mais de mère, il n’en avait plus, pas plus que de femme et encore moins d’amante…

Augustin Lehorla était un célibataire endurci, un homme sans cœur auraient sans doute dit ses collègues féminines. Il travaillait comme comptable dans un cabinet d’expert, sa vie était encore mieux réglée que du papier à musique, elle ne souffrait aucune improvisation.

Chaque matin, Augustin se levait à six heures trente précises, il n’avais pas besoin de réveil, son corps était programmé pour bondir hors du lit à cet instant précis. Il se douchait, se rasait, avalait un café accompagné d’une biscotte beurrée puis il prenait le temps de lire le journal qu’un livreur déposait derrière la porte de son appartement. A sept heures vingt-huit, il ouvrait cette dernière et se rendait à son travail à pieds. Invariablement, il s’enfermait dans son bureau, sortait de sa sacoche de cuir une calculatrice que Pascal lui-même aurait trouvée démodée et il alignait consciencieusement des chiffres jusqu’à ce que l’église voisine sonne les douze coups de midi. Il se levait alors et allait à la boulangerie la plus proche pour y acheter un sandwich jambon fromage, une tarte au citron et un Perrier. Il n’oubliait jamais la petite note qu’il rangeait méticuleusement dans la partie dépense du carnet qu’il avait toujours sur lui. La pause méridienne durait une heure, le temps de manger et de terminer la lecture de son journal sur un petit banc, toujours le même, du parc voisin. L’après-midi se déroulait de la même façon que la matinée. A dix-huit heures, Augustin nettoyait son bureau, rangeait ses affaires dans son petit cartable, déposait son journal en haut de la pile des journaux du mois, et saluait les éventuels retardataires. Dans les faits, cela ne se produisait jamais car Augustin était toujours le dernier à partir du cabinet de comptables, mais il y pensait, à chaque fois, juste avant de se rendre compte qu’une fois de plus il n’y avait plus personne à saluer.

La soirée d’Augustin obéissait elle aussi à des rituels immuables : les courses, la préparation du repas du soir qu’il prenait invariablement en regardant « questions pour un Champion » puis le classement et l’archivage des dépenses journalières ou en cours.

A vingt heures précises, Augustin éteignait la lumière de sa chambre.

A vingt heures une, il dormait.

Et, depuis maintenant sept jours, à vingt heures deux, il se réveillait en sursaut.

Augustin Lehorla se tournait et se retournait dans son lit. Impossible de fermer les yeux. L’autre était tapi dans l’ombre, il le savait… Il avait vu sa silhouette il y a quelques instants, ses mains blanches qui se détachaient dans la pénombre, ce costume rayé qui lui rappelait vaguement celui que portait son père sur sa photo de mariage… Augustin repensa au vieil album, il parcourut en souvenir la vie de ses parents et son enfance étalée en une dizaine de clichés jaunis. Il ferma les yeux, le sommeil était plus fort que sa raison… Une minute plus tard il les rouvrit en ayant la cruelle conviction que l’autre était à nouveau dans la pièce. D’un bond, il tira les rideaux et il poussa un cri d’effroi.

L’étrange personnage qui se tenait debout devant ses yeux médusés n’était autre que lui-même…

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