24 mai 2008

Oubli du samedi (J.)

Si un jour je me levais en oubliant qui je suis, j’inventerais ma vie.

J’aurais parcouru les terres armé d’un bâton et mes sens, parlerais vingts dialectes assit en croix sur les sofas des rois, en Chine, en Souabe, aux lèvres d’un diamant conquit sur les sommets d’Afrique.

Mon équipage et moi sur nos bateaux en Caraïbes serions devenus riches d’un trésors enterré, adulés, aimés des femmes et des joies.

J’aurais conquit la lune il y a peu, et salué le monde suspendu à ma voix.

On auraient crains mes chars et les bombes que j’aurais inventées - parti d’une pomme tombée j’aurais expliqué les planètes et les forces.

Et les foules en masse à chacune de mes scènes et devant l’Olympia.

Et on criera mon nom.

J’aurais écrit des livres comme des fleuves, décrit les arts et l’histoire, aimé des papes et des rois.

Ce matin là je serais vibrant, brillant, fou, géant, intraitable, aimant, immense et infernal.

Puis verrais ton visage

Emmitouflé de draps

La douceur de ton corps

Et puis un cheveux d’or

Et le souffle à tes lèvres

Rappellerait ta voix

Et tout me reviendra

Et je serai heureux

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Un moment de doute (Tilu)

Quelle est cette fille qui me regarde ?

Un air étonné dans les yeux,

Interdite en face de moi ?


Son allure me dit quelque chose…

Une ancienne connaissance ?

Inconnue, qui es tu donc ?

Silencieuse et immobile…


Je te le demanderais bien, pour savoir…

Et je rangerais mon miroir

?

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Hyppolite (Kloelle)

Bleu. Bleu c’est étrange. C’est une couleur que je n’ai jamais aimée. Le jour est doux. Je le sens à travers la fenêtre entre-ouverte. Je suis chez moi, mon odeur et plus encore inonde chaque réalité de cette pièce et pourtant ce bleu, ce bleu que je ne m’approprie pas.

Il y a cette douleur imprécise derrière ma tête et cette sensation d’étourdissement quand j’avance. J’aimerai atteindre la fenêtre pour voir mais je n’y parviens pas.

Les murs sont jaunes. Des murs jaunes, un sol bleu et pas un souvenir qui viendrait me parler de cette association de couleur hasardeuse.

J’entends les bruits de la rue, avec netteté. Fracas de freins et vrombissements de moteurs, voix claires et aiguë, entrelacement de conversations, nous sommes en ville. C’est ça, la ville et ses odeurs qui m’encombrent.

Je regarde autour de moi, je cherche des repères, des objets qui me parleraient de moi. Il y a bien ces grosses chaussures beiges devant la porte mais je suis persuadé n’avoir jamais eu à les porter. C’est comme cette veste qui pend sur la chaise, je la connais bien et pourtant je ne me vois pas épouser ses formes.

La table basse est encombrée de mille choses, un reste d’apéritif, deux rondelles de saucisson, quelques biscuits soufflés : ça tombe bien, je ne sais pas qui je suis mais je sais que j’ai faim.

Il y a des bandages aussi, et des onguents aux odeurs fortes. Voilà qui explique sans doute ce mal de crâne.

J’entends une clé qui tourne dans la serrure, et une voix veloutée qui vient vers moi.

-          Hyppolite ?

Si c’est mon nom, je n’aime pas. Il faut espérer qu’elle ne s’adresse pas à moi. ..Raté… C’est vers moi qu’elle a tourné ses grands yeux bleus, bleus comme ce plastique mou au sol. Elle a du le choisir pour s’harmoniser avec son intérieur. Elle a une tête à avoir ce genre d’idées.

-          Hyppolite…Tu es réveillé. Ne bouge pas. Mon pauvre tu es dans un sale état. Elle ne t’a pas raté cette voiture. Allez, couché mon chien., le vétérinaire viendra ce soir refaire tes bandages.

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Double scotch (Caro Carito)

Je portai machinalement la main à ma tête, p….., certains matins sont vraiment pâteux. N’empêche, je n’avais pas dû trop boire car aucun mal de crâne ne s’accrochait à mes tempes. Je m’assis sur le lit en désordre, essayant d’accoutumer mes yeux à la pénombre. Un coup d’œil à ma montre. 6h32 indiquaient les aiguilles dorées. Tôt, même si la lumière filtrait à travers les stores. Tiens, je n’avais pas dormi seul, un corps doré sommeillait à mes côtés. Je ne pouvais voir son visage caché sous des mèches folles. Un instant, j’eus envie de la réveiller mais non. Qui était-elle ? Je ne me souvenais même pas de son nom.

En fait, je ne me souvenais même pas de qui j’étais. D’un saut, j’atteignis la salle de bain. Un homme dans la trentaine me fixait soupçonneusement, une barbe drue envahissant ses joues, des cernes de mauvaises nuits accrochés à son regard sombre. Il passa une main sur son visage avant de s’asperger d’eau. Après ce bref dialogue muet avec ce double inconnu, je récupérai quelques vêtements qui jonchaient ça et là le plancher de la chambre. Je souris, la scène semblait sortie d’un film blockbuster alignant les souvenirs suggestifs d’une nuit qui fut, à n’en pas douter, torride. Les fringues m’allaient bien mais ne recelaient aucun indice quant à mon identité. J’avisai une bouteille de Cardhu à moitié vide. Je reniflai le verre vide, du 16 ans d’âge. Instantanément, je me retrouvai dans un bar, et j’entendis ma voix, une voix rauque, prononcer ce sésame magique qui m’ouvrait les portes de la nuit : « double scotch ! ».
Je parcourus la maison aux pièces en enfilades labyrinthiques. Des corps reposaient ça et là comme une version trash de la Belle au bois dormant. Il leur faudra bien plus d’un baiser pour se réveiller. Un salon où traînaient des dessous d’assez mauvais goût et des lignes de poudre blanche. Des coupes et des bouteilles à moitié renversées. Et partout, cette odeur de sueur froide et de cigarettes qui colle à la peau. J’entrai dans une vaste pièce lambrissée. Une bibliothèque vidée de ses livres. J’appuyai sur l’interrupteur faisant jaillir une lumière glauque. Un tripot. Je raflai une épaisse liasse de dollars qui traînait au milieu des jetons.

Je descendis le grand escalier de verre. J’avisai une pile de manteaux et pardessus accrochés en enfilade. Le silence régnait partout, je n’avais rencontré personne, enfin juste des inconnus semblables à des statues de chair. J’allais attraper un imper beige quand mon regard accrocha une photographie par terre. Elle avait glissé d’une sorte de press-book. Je m’assis un instant pour le feuilleter. Le visage de l’inconnu dans la glace se trouvait là parmi d’autres belles gueules. Il avait interprété Garcin. Sur la photo, découpée dans un magazine, mon regard s’arrêta sur le menton veule. Oui, ce mec avait le visage de l’emploi, empreint de lâcheté. Je caressai mon visage, étrange, l’acteur sur la photo dissemblait de l’homme aperçu dans le miroir. J’avisai une invitation. Ainsi le grand raout avait été organisé suite à une représentation de pièces courtes de grands dramaturges. Il semblait que mon sosie y tenait une place d’honneur, interprétant  « Parle-moi comme la pluie » de Tennessee Williams.

Les mots lui revinrent immédiatement, il revoyait le théâtre, la scène, cet homme qui avait passé la nuit dans une baignoire remplie de whisky et de glaçons et cette femme pathétique qui attendait de l’autre côté de la ville. Cette intensité physique, ce désir brut, animal entre eux deux, qui devait rejaillir sur le public. Il se souvint que, ce soir-là, il aurait presque pu le palper. Il ne souvenait pas même du visage de sa partenaire, sa maîtresse sans doute. Mais il sentait aussi que une autre femme l’attendait de l’autre côté de la ville, qu’il fuyait sans oser l’abandonner, cette ombre dont les yeux éteints lui faisaient horreur et dont il ne pouvait s’écarter. Cet homme était un lâche, un Garcin.

Il franchit la porte et avisa un homme à tout faire qui lui tendit un trousseau de clefs et lui désigna une voiture. Il n’entendit même pas le nom que l’homme murmura en lui tendant les clefs. Il ne jeta même pas un coup d’œil dans la boîte à gants. Il y trouverait sans doute quelques papiers d’identité. Il enclencha le moteur et se mit à filer vers l’autoroute, sans même regarder derrière lui.

Il lui fallait partir loin, jusqu’au prochain bar, jusqu’au prochain double scotch.

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Comme la semaine dernière...

La seconde moitié des participations sera en ligne à 12h!

Bonne lecture à tous...

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(Re) Connaissance - Janeczka

Mais qu'est-ce-qu'elle me veut, celle-la?
A me fixer comme ca... C'est franchement genant. Elle veut ma photo ou quoi?
A chaque fois que je leve la tete, elle est la. L'oeil morne, le teint fane, les cheveux en petard... on dirait qu'elle vient de se lever!
Et puis elle a une de ces allures! Elle aurait pu se mettre un sac a patates sur le dos que ca aurait ete pareil!

Mais... elle me dit quelque chose, maintenant... on ne se serait pas deja croise? alle a l'ecole ensemble? elle insiste en plus... elle soutient mon regard... on dirait que je lui rappelle quelqu'un moi aussi... la situation devient de plus en plus embarrassante... est-ce que je lui parle, ou pas? bon, je vais lui faire un sourire et un petit geste de la main...

Elle me repond! a vrai dire, on dirait qu'elle m'imite!
Attends, j'ai comme un doute...

Coucou de la main gauche... Coucou de la main droite... je lui tire la langue, lui fais des grimaces...
Tout pareil!!

C'est pas possible... a moins que...

NOOON!! c'est moi, ca?
Aille, ca fait mal...

Remarque, ca aurait pu etre pire: j'aurais pu etre Carla Bruni!!

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La Môm' Confitur' (Papistache)

Han ! I’ fait déjà jour ? J’ai l’impression d’avoir dormi sur un’ planche. Où c'que j'’ai passé la nuit ?  J’étais si fatiguée, si fatiguée, hier. J’me souviens plus comment j’suis arrivée là. J’ai faim ! J’AI FAIM !
J’entends du bruit... des voix...

“Bon, ma petite Ginette, tu sers Madame Brouet, tu t’occupes de Madame Verdon et après tu fais la chambre numéro 6.
Oui, Madame Serge !”

Hum ! Ça sent bon  ! La Ginette aussi è’ sent bon... un' odeur d' lavande ! J’aim’ bien la lavande. Ell' dépose un plateau  devant  un' vioque qui roupille encore. La mère Brouet, sûr ! pis un autre à côté du grand corps maigre, ça qui doit être la Verdon.  Et moi ? J’ai pas d' plateau r’pas ? Hey ! Vous m’oubliez Ginette ! GINETTE ! Ell' est sourde. Eh ben, GINETTE, vous oubliez Madame... Nom d’un' marguerite ! j’me rappelle plus mon nom. V’là bien ! Oh ! Ginette ! J’ai la dalle ! GINETTE ! Tiens ! Parl' à mon Jules ! Ça f’rait l’mêm' effet !

Quelle nuit !  J’étais p’êt’ soûle hier ! Mais... c’est pas une raison pour m’priver de bectance ! La vioque Verdon, a pas cor’ remué un cil. J’y piqu’rai bien sa confiot’ ! Purée qu’è sent bon, sa confiote ! Quand j’aurai bouffé un' tartin’ ou deux, ça ira mieux ! J’m’ tir’rai d’ici et basta, mais enfin, j’aim’rais bien savoir pourquoi qu’on m’sert pas d’plateau r’pas, à moi. Faut-y que j’déclin’ mon identité ? Ma faut’ à moi, si j’ai oublié mon blase ? J’étais si fatiguée, hier ! J’sais pas c’que j’ai fait. J’ai les paluches dégueulasses, j’ai dû m’traîner jusqu’ici et finir au pieu à côté des vieilles grabataires de l’hospice. Purée, y z’auraient pu m’passer à la douche !

Bon, la Ginette a s’est tirée passer la wassingu' à côté ! Moi, la vioqu' Verdon, j’y bouff’ son casse-dall'. On verra bien si la mémoire m’revient. Hummm ! Hummm ! J’ador' trop la confiote aux z’abricots, si ça c’est pas du bonheur ! Ça m'frétill' dans l'abdomen ! Tant pis, j’y vais avec les paluches, c’est trop bon.  Si Bezzito m’voyait, y’s’rait chocolat. Bezzito ? C’est’y qu’ la mémoir’ è’ m’reviendrait. C’est l’sucre à la confiote à la mère Verdon. J’lai toujours dit, l’sucr’, c’est bon pour la souvenance. Cor’ un peu avant de m’tirer. J’vais bien finir par m’rapp’ler qui j’suis ! J’me fais vieille ! Ça m’s’rait pas arrivé cor’ la s’maine dernière, c’tt’ affaire !

“Eh bien Ginette ! Tu as encore laissé  Madame Verdon toute seule. Tu sais bien qu’il faut la faire manger à la cuillère ! Et regarde, il y a une guêpe dans sa coupelle de confiture. Ma fille, je vais en parler à Monsieur le directeur !”

Une guêp’ ? Une guêp’ ? Non mais, est-ce que j’ai un’ taill’ de guêp’ ? Ah ! Ça m’revient ! J’suis un’ abeill’,  eh, gourdasse ! Purée, j’ai les ailes qui poissent, j’peux p’u m’envoler, tu vas voir qu’la Gin...

Schriiiccchhht !  Oh ! Tout ce cirque pour une mouche à miel ! Voilà, c’est réglé ! De toutes façons, la mère Verdon, elle aime PAS la confiture aux abricots !

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Je crie (Val)

Je me suis réveillé. J’ai ouvert les yeux lentement.

Pouah ! Elle est forte ! La lumière ! Ça me pique !

J’aimerais bien me frotter les yeux. J’arrive pas à les atteindre avec mes poings fermés. Dommage !

J’ai faim. J’ai froid. J’ai soif. Je suis tout seul. J’aime pas être tout seul. Je ne reconnais rien alentour. C’est quoi, ces couleurs ? Ça flash !

Y’a personne ! Je le sens bien, que je suis tout seul ! C’est pas parce que j’ai du mal à voir que mes autres sens ne sont pas en éveil.

Je suis tout seul . Je m’ennuie. Je suis mouillé. Et pis surtout j’ai faim. Mais alors… j’ai très faim !

Si personne ne vient je vais être obligé de crier.

Personne ne vient ?

Je crie !

Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !

Ah ! Ben voilà ! J’entend un bruit ! On vient me chercher. C’est pas trop tôt, dis donc !

Mais ? C’est quoi ce Bazard ? On se moque de moi ? C’est qui, celui-là, qui penche sa tête ? Non, mais moi, j’en veux pas ! Moi, je la veux elle, ou alors je crie encore !

Pourquoi il me prends, lui ? Mais ça va pas, la tête !

Ahhhh ! Ahhh ! Ahhhhh !

Pourquoi il me déshabille ? J’ai froid, moi ! ahhhh ! ahhh ! ahhhh ! Je crie ! 

Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !

Non je ne vais pas me calmer ! Je la veux ou alors je crie ! C’est comme ça ! Je ne sais pas qui je suis ni ce que je fais là, mais je sais déjà ce que je veux !

Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !

Ah ! Enfin ! Je la sens… elle est pas loin.  Bon, en attendant qu’elle me prenne, faut quand même que je continue à crier, au cas ou…

Ahhh ! Ahhh ! Ahhh ! Ahhh !

Y’en a mare, d’attendre !  Moi, j’ai faim ! Et pis j’ai froid. Et je veux un câlin.

Ah ! Ouf ! Elle se rapproche enfin. Je reconnais son ombre et son parfum. Oui ! C’est elle ! J’en suis sûr !

Bon, ben alors là, je me tais ! Là, d’accord !

Je vais déjà mieux maintenant qu’elle me tient…

Enfin, faudrait quand même se dépêcher, hein ! Parce que c’est pas le tout, mais j’ai sacrément faim, moi !

Allez ! Vite, vite ! Enlève-moi tout ça ! J’ai la dalle !

Regarde ! Ma bouche est grande ouverte ! C’est signe que j’ai vraiment très faim !

Ah, ben ça va mieux, là ! J’me sens mieux, moi, maintenant. Je commençais à avoir très soif et très peur. Elle me rassure… ça fait du bien !

Je ne sais pas qui je suis ni ce que je fais là, mais toujours est-il que ma vie prend tout son sens, quand  ma bouche se colle à son sein. Le reste n’a pas d’importance. Ça me fait oublier les insupportables minutes d’attente qui précèdent le casse-croute. D’ailleurs, je les ai déjà oubliées…

Je suis bien. J’ai chauds. Elle sent bon. J’ai à boire et à manger. Je suis collé contre elle. On est tout chauds, tous les deux… Qu’est ce qu’on est bien, là…

Je… je commence à… à être rass… rassasié, moi.  J’ai comme…un… léger…coup … coup de barre. Mes paupières sont lourde. J’ai de plus en plus de mal à résister…

Je ne vois plus rien. Je n’entend plus rien…

Je dors …

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J’oublie tout... (MAP)

map

J’oublie tout ce matin

et ça m’est bien égal !

……………….

Je suis une herbe fraîche

balancée par le vent,

un attrape soleil,

un « encercleur » de ciel

et quand le vent s’engouffre

dedans mes vêtements

je deviens cerf-volant,

aucun lien ne m’attache

je pars au gré du vent.

…………….

Au lever de la lune

je redescends sur terre

tout doux, tout doucement.

Ma mémoire endormie

peu à peu se réveille :

………………….

je redeviens enfant !

* * *

 MAP

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Le 23 mai (Aude)

Le réveil sonne qui me tire d’une nuit lourde et sombre, une nuit dont  on ne  retient que l’atmosphère pesante des songes qui l’ont bordée. Je ne me pose pas de questions : si le réveil sonne, c’est qu’il est l’heure. J’observe sans émotion aucune le corps endormi près du mien. Je me lève, avance en somnambule jusqu’à la cuisine. Je suis prévoyante puisque j’ai préparé le café en avance. Je n’ai plus qu’à appuyer sur le bouton. Je jette un regard indifférent sur le grand calendrier accroché sur le frigo où les rendez-vous de chacun sont annotés au fur et à mesure. Nous sommes le 23 mai. Je n’y prête guère attention. Dans la salle de bains, je trouve mes vêtements soigneusement préparés pour aujourd’hui. Je n’ai pas de temps à perdre le matin on dirait. Douche rapide, maquillage express. Je claque la porte de l’appartement sans avoir croisé âme qui vive, pas même un vieux fantôme. Sur la route, je contemple la farandole des voitures, danse impitoyable pour celle qui ne respecte pas le pas.

23 mai. Pourquoi me dis-je qu’aujourd’hui est le 23 mai. C’est comme si cette date me rappelait un rêve ancien. J’aperçois au loin la sortie que je dois prendre. 23 mai, 23 mai 2008… Je me souviens de tout soudain. J’ignore ma sortie à la dernière seconde, je sais où je vais maintenant. Je vois ses yeux dans les miens et il me semble entendre sa voix, mélodieuse, douce. Toutes ces années, j’avais oublié ce chemin et je m’étais oubliée.

La quatre voies semble si droite, s’oubliant à l’infini, comme si elle n’avait pas de fin. Je fais le tour de ma vie, facile. Elle est si vide malgré l’emploi du temps surchargé qui est le mien : travail, deux enfants, un mari, des amis, les vacances deux fois l’an. Je n’en puis plus. Je laisse une vague de souvenirs déferler dans ma tête. Ses embruns mouillent bientôt mes yeux. Mais où est-elle celle qui voulait peindre, aimer, rencontrer du monde et voyager ? je mire dans le rétro cette inconnue qui conduit la voiture. Je suis devenue une femme froide et triste, prévisible et conventionnelle.

J’arrive bientôt face à la mer. Je range ma voiture et je cours avec le tailleur et les talons de cette inconnue que je suis devenue. On s’était quitté pour vivre nos rêves sans barrière. Nous avions choisi cette date : une voiture dont l’immatriculation était 2008 et qui venait de la Creuse, ça c’était pour le jour et l’année. C’était une R5, voilà pour le mois de mai. A cette date nous devions nous retrouver et nous raconter nos expériences et nos rêves accomplis. Je ne sais pas s’il se rappelle cette promesse mais moi, je me rappelle celle que j’étais et que veux redevenir.

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