06 février 2010

L'homme tronc‏ (Jaqlin)

jaqlintronc

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Contes et légendes de nos contrées (rsylvie)

 

Contes et légendes de nos contrées

             

syl1

               

Collection « premières lectures »

 

   

Il était une fois une petite fille appelée Joyeuse, qui aimait à se promener

dans la forêt lointaine, on entend le hibou.

Du haut de son grand chêne qui répond au coucou… »

syl2syl3Une petite fille si rayonnante, qu’elle faisait le bonheur de tout ceux qui l’approchait.

Une fois par semaine elle se rendait chez sa mère grand

dans la forêt lointaine, on entend le coucou.

Du haut de son grand chêne qui répond au hibou… »

Et cette petite fille qui n’avait peur de rien, ni du loup ni du vilain serpent…

 pst sylvie… tu t’égares encore ! »

Joyeuse est guillerette,

 

elle butine de fleurs en fleurs, de buissons en buissons

syl4quand soudain comme une plainte.

-« houlaLA, comme je m’ennuie »

Intriguée la petite cherche vainement dans la direction de la voix, mais ne voit rien.

-«  Et puis j’ai les membres tout engourdis. Que j’aimerais pourvoir m’agiter un peu….. Pas le moindre courant d’air. Rien qui me permette de secouer mon feuillage. Si ça continue mes branches vont devenir de pierre.

HoulaLA comme j’ai mal »

Joyeuse a enfin trouvé d’où venait la voix. Seulement elle n’ose s’approcher du vieil arbre. On a beau être la plus brave des petites filles. Un arbre qui parle, c’est quand même un peu effrayant. Alors elle reste à quelques mètres de lui, et le regarde curieusement.

tiens de la visite ! dit la voix qui essaie de se faire plus douce.

approches petite je ne vais pas te manger » !

 

-« me manger ? non, je ne pense pas,

s5répond la fillette qui n’en était pas à son premier conte magique.

mais, me retenir prisonnière tu pourrais le faire, avec tes branches tentaculaires. »

comprenant qu’il ne réussirait pas à attraper l’enfant de la sorte,

Arbre décide de changer de stratégie. Et se remet à geindre :

-« comme je souffre d’être parmi tous ces sapins. Pas un regard pour moi, surtout quand arrive l’hiver. Tout le monde rêve de trouver le plus beau des sapins. Et moi je reste là, seul abandonné, sans l’espoir qu’une guirlande illumine mes yeux si fatigués de pleurer ».

…. Arbre est bon comédien, des larmes

se mettent à couler le long de son tronc jauni pas les années.

Joyeuse est très émue par les perles cristallines qui coulent des yeux de son nouvel ami. elle n’a plus peur d’Arbre. Elle a bien compris que sous l’écorce bat le cœur d’un brave bonhomme qui s’ennuie et ne demande qu’à se faire des amis.

 

Heureuse de pouvoir lui faire plaisir, elle lui prend une branche et la serre fort contre elle pour le réconforter. Mais en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, la voilà prisonnière des toutes les branches d’Arbre qui hurle de joie du bon tour qu’il vient de jouer à sa nouvelle prisonnière.

-« Ha Ha que je suis diabolique …

 

ha ha que c’est bon… » hurle –t-il de joie.

A l’intérieur du tronc Joyeuse ne comprend pas ce qui vient de lui arriver, et appelle au secours. Mais personne ne l’entend.

 

s6 SI Si, Personne l’entend, lui !

 

(ben oui, c’est un conte magique, alors je fais comme je veux et hop !)

caché derrière un arbre, lutin Personne a tout vu.

Oui, a tout vu

 

pst,,,, y en a pas un parmi vous, qui voudrait bien dire

« ha bon, mais pourquoi l’a tout vu » ?

s7

PERSONNE  ne répond ?

….

ok, je le fais moi même (pst faut vraiment tout faire dans ce bas monde !

bon je vous la laisse dire (et oui, on ne peut compter sur PERSONNE !!)

lutin Personne a tout vu, puisqu’il est toujours là pour veiller sur Joyeuse.

C’est son protecteur. Mais sur ce coup là, il n’a pas été vraiment efficace.

(juste entre nous, je le crois un petit peu amoureux, ce qui pourrait expliquer cela mais surtout pas un mot, c’est un secret)

 

Grand père Merlin va sur’ment le réprimander une fois de plus. Mais l’urgence pour le moment est de délivrer l’enfant. Alors n’écoutant que son courage, il court le plus vite qu’il peut, pour prévenir les habitants du village.

 

Très attentifs aux explications de Personne, les villageois font bloc autour de lui. Pas un ne met en doute la parole de Personne. Depuis la nuit des temps, il y a toujours eu des disparitions plus qu’étranges dans la forêt. Alors maintenant qu’ils en connaissent le coupable, ce dernier allait payer s8pour tous les autres !

 

 

Les uns armés de scies ou brandissant une haches, les autres prêts à mesurer l’envergure d’Arbre afin de répartir équitablement les rondelles qui seraient découpées et rapportées comme trophée de guerre, tous marchent d’un pas alerte vers la forêt.

Arbre est abattu puis taillé en de multiples bûchettes équitablement réparties dans chaque foyers du village.

s9Joyeuse qui s’était perchée sur la plus haute branche retombe comme par magie dans les bras de Personne, qui pour une fois, n’avait pas failli à sa tâche.

c’est pourquoi

depuis cette sombre histoire,

les petites filles sages ne s’aventurent jamais seule dans les bois.

 

Publication aux éditions "feuilles d'automne"

du même auteur, à venir :

s10-"j'ai pas d'chat mais j'ai un chien"

-"je chante faux, mais j'suis gentille "

-"papa, je voudrais pas d'p'tite soeur"

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Paul Le Mariol (Poupoune)

Paul Le Mariol était de l’école l’enfant le plus énervant.

Il faisait le malin du soir au matin et voulait impressionner ses copains par tous les moyens.

Un jour qu’il faisait beau, les enfants faisaient du vélo et des jeux rigolos. Arriva Paul Le Mariol, qui fit sa crâne sur sa bécane et dit « moi la forêt épaisse, à fond la caisse, je peux la traverser, les doigts dans le nez ! »

Il pédala à fond, zigzagua entre les troncs et se vautra comme un étron.

Il fut retrouvé blanc comme marbre encastré dans un arbre. On le retira avec force et son visage resta gravé dans l’écorce. A partir de ce jour Paul Le Mariol devint Paulo L’Idiot et son sourire mauvais devint sourire benêt. Dans les bois il ne fait plus de vélo, mais souvent on l’y voit parler aux oiseaux.

On dit qu’encore aujourd’hui, quand ses promenades l’emmènent jusqu’à l’arbre qui lui fit la cervelle en panade, son visage de bois verse une larme en le voyant.

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Petit Loup Fantasque (Flamm Du)

 

Quatre jours.

Il ne lui reste que quatre jour avant que cette lune-là ne meure. Sinon, tout ce qu’il a entrepris depuis la mort de la dernière lune ne servira à rien. Il ne sera pas digne de devenir un Manicouagan et devra encore rester, pour une année, un enfant. Et ça il ne le veut à aucun prix ! Ce serait la honte pour lui et ses parents.

Petit Loup Fantasque vient d’avoir douze ans et, comme tous les autres enfants de son âge dans la tribu Manicouagan, il a du partir, s’éloigner des siens, prouver qu’il était capable de survivre seul, sans dévoiler sa présence, en harmonie avec la Nature, et accomplir un exploit pendant la durée de vie d’une lune, celle des mûrissements.

 

D’abord, suivant les conseils de son grand-père Ours Sage, il s’est appliqué à s’éloigner le plus possible du territoire de la tribu sans laisser aucune trace. Il a marché deux jours, pour franchir la montagne, puis il a cherché comment franchir la rivière, un barrage de castors, plus loin en amont, lui a grandement facilité la tâche. Il a encore marché toute une journée pour atteindre l’orée de la forêt qui se dessinait au loin. Le soir du quatrième jour, assis près d’un ruisseau, il a contemplé le ciel étoilé et longuement écouté la Nature.

Et il a compris.

Bien gravées au fond de sa mémoire, les paroles de son grand-père, lui sont revenues, comme murmurées par le souffle du vent et le chant de l’eau : « C’est au jour où mourra la lune du temps des mûrissements qu’un jeune loup fou conduira la tribu à l’Homme-Arbre. »

Trouver l’Homme-Arbre, pour y conduire Ours Sage et Faucon Nerveux, voilà son exploit !

Il a si souvent entendu Ours Sage lui conter cette légende, comme le faisait déjà son grand-père. Personne, dans la tribu des Manicouagan, ne sait vraiment qui est cet Homme-Arbre. Mais depuis des années, chaque garçon, espère secrètement, être celui qui réussira à le découvrir. Hélas, pour l’instant personne n’y est arrivé, et cela reste simplement une légende qui fait rêver les plus jeunes.

C’est décidé, demain il partira à sa recherche. Il passe une bonne partie de la nuit à se demander comment y arriver. Au matin, il se mit en route, attentif au moindre signe.

Ce fut d’abord une plume de geai bleu qui le fit changer de direction, plus tard, trois aigles dans le ciel et il suivit leur direction. La rencontre avec un ours brun, puis des cygnes s’éloignant sur la rivière le firent encore bifurquer. Tant et si bien qu’il se retrouva bientôt, à son point de départ, devant la même plume de geai bleu.

Il avait tourné en rond pendant tout ce temps. Comment était-ce possible ?

Il ne peut pas s’être trompé.

Il y a une raison, à lui de réfléchir, de comprendre.

Un peu découragé, il se laisse glisser au pied d’un arbre. Adossé au tronc, il regarde devant lui, cette plume et brusquement, pfft, une seconde et voilà un écureuil qui vient de filer avec, vers un bosquet.

Un autre signe ?

Il reste quelques secondes interloqué avant de se bondir sur ses pieds.

Il vient de comprendre. Il n’a pas tourné en rond.

Il a délimité une petite partie de cette immense forêt. La zone qui contient sûrement l’Homme-Arbre. Il le sait, il est sûr qu’il est là, pas très loin, il le sent. Il ne lui reste plus qu’à parcourir toute cette zone pour le découvrir.

Et il le parcourut, de fond en comble. Il y eut de nombreux moments de fatigue, de lassitude, comme les soirs où il n’a rien mangé, ayant épuisé ses réserves et oublié de les reconstituer, ou celui où il n’a pas trouvé de source pour se désaltérer, trop fatigué pour en chercher une autre plus loin. Un grand moment de découragement aussi, hier soir, quand il a réalisé que les jours qui restaient avant la mort de la lune, se comptaient maintenant, sur les doigts d’une seule main.

Mais surtout, il y a eu ce moment extraordinaire, tout à l’heure, quand, fatigué et désespéré par des jours et des jours de vaines recherches, il l’a aperçu, dans les rayons du soleil couchant, à quelques mètres de lui.

L’Homme-Arbre, étrangeté de la nature qui a dessiné sur le tronc de cet arbre une tête d’homme. L’Homme-Arbre, qui, selon la légende, apportera la prospérité aux Manicouagan.

 

Il est heureux et épuisé, mais rien n’est fini. Encore une dernière chose à faire, pour être digne de devenir un Manicouagan, il lui faut retourner dans la tribu. Il regarde la lune, elle va bientôt mourir, son croissant est de plus en plus mince. Il ne reste que quatre jours. Aura-t-il le temps nécessaire ? Il avait mis quatre journées de marche pour atteindre cette forêt. Et là, il est au cœur de la forêt, il devra sans doute courir presque tout le long du chemin pour rentrer. En aura-t-il le courage ? Dire que ces quatre jours furent pénibles, serait très en-dessous de la vérité, mais qui a dit qu’un exploit était facile ? Il fut le dernier à regagner la tribu, juste avant que le dernier rayon du soleil ne s’éteigne pour laisser place à la nuit sans lune.

Depuis Petit Loup Fantasque, devenu un Manicouagan respecté par tous, a reçu son nom d’adulte, Loup Avisé.

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heyoka‏ (Tiniak)

soyeuse comme un sexe
la prairie indienne en sous-main
propre et pure

le trop plein de sang bleu
d'où viendra l'aigle sioux
lui prête sa verdure

un homme se tient là
comme l'arbre
aussi vieux et sans pieds

il chante, il dit :

wasichu, pauvre fou
mes pieds sont dans le ciel
c'est ma tête que tu vois
c'est ma tête plantée là

écoute wasichu
elle chante pour toi

elle chante, elle dit :

nu sur le Rocher Mère
j'ai vu l'Oiseau-Tonnerre
et je n'ai fait qu'un pas
et j'ai quitté la terre
et je suis heyoka

j'ai pleuré pour ce rêve
quatre nuits
quatre jours
dans l'âge de Tunka

la vérité m'achève
quatre nuits
quatre jours
pour n'en revenir pas

sans la vision trop brêve
de Wakinyan-Tanka

je suis son heyoka
je chatouille la peur
ainsi la peur s'en va
qu'elle aille faire ailleurs
ce qui ne m'atteint pas

écoute, wasichu
si je suis le chaud-froid
c'est toi le fou du roi :

tu ne vois pas mes jambes
tu as peur et tu trembles
quand je t'ouvre les bras

ouvre-les, wasichu
ouvre tes bras en croix
tu auras les mains pleines

tu auras les mains pleines
de la prairie indienne
soyeuse comme un sexe

propre et pur

le sang bleu du rocher
où se tient l'aigle sioux
lui prête sa verdure

lave-t-en, wasichu

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Surveillance (Zigmund)

zigmund


Monsieur Prince Sans Rire surveille la forêt et ce n’est pas un rigolo… si tu jettes un papier gras, tu risques une amende.

Teste tes dons d’observation( et la vision de près de ton papi ou de ta mamie )et trouve le seul qui rit…

Si tu as trouvé c’est bien, mais ce n’est pas une raison pour salir la nature !

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Conjugaison forestière (Joe Krapov)

La faim fait sortir le loup hors du bois.

dds92_loup

La foi fera sortir Monseigneur Dupanloup hors du bain.

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L’odeur du cigare de George Sand faisait sortir Aurore Dupin des landes du Berry.


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Le vent de l’aventure fit tomber Alexandre du mât.


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Le péril à bord du navire fait sortir la famille du raton.


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La tarte à la crème sur son habit vert avait fait sortir de ses gonds Jean Dutourd.


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Il est possible que l’absorption du cassoulet de Chevallier ait fait sortir le vent du boulet Laspalès.


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S’il n’avait pas été malvoyant, le rugueux Homère n’aurait peut-être pas fait  sortir de son imagination les aventure d’Ulysse.


dds92_homere


Se peut-il que la vue du gendarme fasse sortir la main de ma sœur de la culotte du zouave ?


dds92_zouave

A cause de son caractère hitchcokien, la battue des chasseurs aura fait sortir l’oiseau Daphné du mûrier.


dds92_Oiseaux_

Après que le poinçonneur des Lilas eut fait sortir un confetti du ticket de métro de Serge Gainsbourg, celui-ci eut une inspiration soudaine. Le soir même il composa « la Javanaise ».


dds_gainsbourg

Lire les aventures du "Club des cinq" a rendu Françoise hardie.


dds92_club_des_cinq

Mais qui fera sortir Jacques du tronc ?


dds92_dutronc

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Tête-en-bois (MAP)

Coucou, bien le bonjour à toi
On me surnomme  Tête-en-bois !
Si tu me suis
par monts, par bois
tu apprendras
à chaque page
de ce très grand livre d’images
des mots nouveaux
des mots tout beaux !
Il te suffit de me chercher
dans les coins
où je suis caché !
Allez en route,
en avant toute !

T_te_cach_e_1

Je suis caché
dans un tronc d’arbre !

T_te_de_bois_2

Je supporte

ce tas de bois !

T_te_en_bois_3

au coeur d'un ancien heurtoir ...

T_te_en_arbre_4

... en décor d'un mur de cabane ...

T_te_en_arbre_6

glissé sous une palissade ...

********

A suivre dans le deuxième album de la série :

"J'apprends le vocabulaire avec Tête-en-bois !"

Aux éditions DUCHÊNE

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Portrait (Brigou)

Au milieu d’une clairière
Sur un vieux tronc
Un visage apparaît.

Sculpté, dessiné
Le sourire effacé
Des larmes coulent.

L’arbre lui a donné vie.
Sa sève coule dans ses veines.
Son souffle rythme son cœur.

Pleure-t-il
Sur l’absence ?
Sur le manque ?

Personne autour de lui
Mais tant de monde en lui.
Il est seul
Il est unique.

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Jarod et les bestioles (Moon)

Jarod était un ogre terrible qui sévissait dans notre région depuis au moins soixante ans. Il dévorait, dévorait comme tout ogre qui se respecte.  Mais croyez-vous que c'était un enfant rôti son plat préféré ? Non !  Un papa à la broche alors ?  Pas plus ! Une maman en vinaigrette ? Toujours pas !

Jarod adorait les bestioles !

Mille-pattes, cafards, fourmis, coccinelles, punaises, mouches, abeilles, gendarmes,  libellules, au petit déjeuner, craquants sur une énorme tartine.
Grillons, termites, papillons, moustiques, pince-oreilles, chrysomèles, sauterelles, araignées au déjeuner, en de bons gratins fumants qu'il se faisait cuire dans un creux de sa grotte.
Blattes, fourmilions, cétoines, guêpes, taons, phasmes, cigales, puces, taupins, leptures au diner, en soupe épaisse ou en simple sandwich.

Au début, on avait été plutôt ravi de le voir engouffrer des quantités phénoménales de ces bêtes que chacun craignait ou au mieux ignorait. Mais maintenant, c'était un véritable fléau.
Plus un bruit dans la nature, pas la plus petite vibration, pas la moindre stridulation.
Les oiseaux, ne trouvant plus rien à manger, avaient déserté la région.
Les fleurs et les fruits eux-mêmes étaient tentés de disparaitre car seul le vent acceptait encore de transporter le pollen.
Inutile de dire que les hommes avaient oublié le goût suave du miel, que seuls les grands-parents pouvaient encore décrire.

Pourtant personne n'agissait dans ce silence étouffant. Les humains calculaient combien de temps restait à vivre à Jarod, priant secrètement que quelques espèces lui survivraient.
Les mammifères ne voyaient pas encore ce qui les menaçait, les oiseaux n'étaient plus là pour prendre la parole.
Un grand conciliabule des ultimes bestioles eut lieu un soir de pleine lune dans la forêt de Fléchère où de grands arbres offraient encore quelques cachettes. Il fut décidé d'agir et l'on fomenta un complot contre le monstre dévoreur.
La dernière fourmilière eut pour mission de l'attirer dans la forêt en formant une longue chaine. Les termites creusèrent un arbre très soigneusement sans abimer ni l'écorce, ni les branches. Les abeilles, au prix d'efforts prodigieux, battirent un essaim au sommet de l'arbre, les épeires tissèrent à qui mieux mieux de belles toiles au bout des branches, enroulées et solidement fixées. Tous les autres bourdonnant, zinzinant, craquetant, se massèrent aux abords de l'arbre ou sur son tronc.
On savait que si le plan échouait, il en serait fini des derniers représentants.
Mais tout fonctionna à merveille : Jarod  ne croyant pas ses yeux à la vue de la colonne de fourmis, avança à quatre pattes vers la forêt, léchant le sol comme s'il se fut agi d'une trainée de caramel. Il arriva donc au pied du grand arbre où un concert se fit entendre dans les hauteurs. Jarod était comme fou, il y avait si longtemps qu'un tel menu, varié et abondant ne s'était offert à lui ! Ne résistant pas à la tentation, il grimpa dans l'arbre pour saisir tout ce qui volait. Arrivé à la dernière portion du fût, là où les branches se séparaient, il subit une attaque en règle de tout ce qui piquait. Sa peau tannée lui permit de tenir un instant mais bientôt les démangeaisons et brulures devinrent trop étalées et trop fortes : Jarod se mit à gigoter frénétiquement.
Les araignées tirèrent leurs toiles et couvrirent l'ogre qui, étouffé, tomba dans le tronc évidé de l'arbre. Une petite blessure du tronc retint son visage et, par cette fenêtre étroite, Jarod vit disparaitre son festin.
A jamais prisonnier, Jarod pleure à chaque printemps.

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