27 mai 2009

Job d’été (Val)

Été 1999. Je suis assise, en maillot, sur une serviette étendue sur une plage bretonne. Il fait chaud. J’ai des coups de soleil. Au loin je vois les enfants jouer dans l’eau avec leurs planches. J’en vois un, puis son double, puis une chevelure blonde. J’en vois trois, le compte est bon. Toutes les trois minutes, je vérifie qu’ils sont bien là, qu’ils ne se noient pas, qu’ils ne s’éloignent pas. Cela n’arrive jamais. Ces enfants sont sages au possible.
J’ai bien essayé de lire, mais ma lecture est trop souvent interrompue par ma trouille d’en perdre un. C’est si grand, une plage, et il y a tant de monde…J’ai vu des écouteurs dépasser du sac à dos de Claire. Machinalement, je les ai insérés dans mes oreilles. Qu’écoute-t-on, à onze ans ? Je suis surprise de ce que j’entends. Je me dis que les cassettes appartiennent certainement à sa mère.

Tout à l’heure –ce matin- nous sommes arrivés en bus pour passer la journée à la plage. Je n’ai pas le permis de conduire, mais on s’arrange toujours pour sortir l’après-midi. Hier, nous sommes allés à Dinan en vélo. Aujourd’hui, nous sommes venus à la plage en autocar. Que ferons-nous demain ? Les enfants aimeraient louer un cours pour jouer au tennis. S’il fait beau demain je leur dirai oui.

C’est un super job d’été que j’ai trouvé là. Et dire que je pensais devoir passer l’été enfermée dans une usine… Fin juin, le téléphone a sonné chez ma grand-mère. C’était son fils au bout du fil. On pourrait dire mon oncle, sauf que cet oncle m’était quasi inconnu. Pour d’obscures raisons, il n’appelait ni ne venait jamais. C’était un oncle dont je ne connaissais que l’existence. Pourtant, lorsque j’étais petite, ma maman m’en parlait souvent, de son grand frère…

« C’est pour toi ! » m’a dit ma grand-mère en me tendant le combiné.

«  Valérie, ta grand-mère m’a dit que tu aimerais travailler cet été. Si tu n’as pas de projet précis, j’ai une proposition à te faire. Viens passer l’été chez nous, les enfants ont besoin d’une jeune fille pour veiller sur eux à temps plein. Ils nous ont fait cette demande, ils ne veulent plus aller au centre de loisirs. On te paiera la somme qu’on aurait dû verser au centre pour eux trois. Et puis, ça pourrait te dépayser, c’est sympa par chez nous, et nous ne sommes pas des gens  méchants, tu sais.  »


J’ai dit oui. Mon oncle est venu nous chercher en voiture, ma valise et moi, le lendemain de l’oral du bac de français. J’ai dit oui, et depuis je suis là. Je passe mes journées avec les enfants. Leurs parents travaillent beaucoup. Leur maman est pharmacienne, et le frère de ma mère je ne sais pas trop ce qu’il fait. Il me semble qu’il a un magasin le télévisions, hi fi, informatique… j’suis pas bien sûre. Je ne suis pas très curieuse, ou du moins je n’ai pas osé demander.

Le matin, je leur prépare leur petit déjeuner, et puis je fais un peu de ménage et de rangement –la maison est immense- tandis qu’ils s’habillent et jouent. L’après-midi je dois les occuper. On fait du sport, on va à la pêche et à la plage, les jours de pluie je les emmène au cinéma. Ces enfants-là ont toujours besoin d’être occupés. Je ne savais même pas que ça existait –et encore moins dans ma famille- des parents qui avaient un tel budget pour les loisirs de leurs enfants.

Le soir venu, une fois les enfants couchés, le frère de ma mère m’emmène avec lui au sous sol. Il fait de la radio amateur. Il a tout un attirail…Déjà les prémices de ma future passion pour les contacts virtuels se font sentir : je suis fascinée par son passe-temps.
Le dimanche, les parents sont là, et on sort encore. On part en bateau sur la Rance, on visite des monuments ou des musées.

Quelquefois, on parle vaguement de notre famille. Juste un peu. Je ne sais pas bien pourquoi le frère de ma mère ne voit pas ses parents ni sa sœur. Il parle de rupture obligée pour se protéger. Il évoque une enfance sans amour. Il me raconte leur enfance à deux, à lui et à ma mère. Deux contre un. Alliance fraternelle contre la troisième. C’est un homme qui parle peu, je ne demande pas plus que ce qu’il veut bien me dire de lui-même.

Je suis bien, ici. Les enfants sont sympas. Ils savent tout un tas de choses pour leur âge. Ils m’apprennent beaucoup. Les jumeaux jouent à m’induire en erreur parfois –je ne sais pas les reconnaître- mais leur sœur m’aide.

Je suis bien ici. J’aime voir le frère de ma mère prendre son épouse dans ses bras le soir. Ce sont de gens si sereins…

Je suis bien, ici. J’étais arrivée depuis une petite semaine lorsque, un soir, la femme de mon oncle est venue me border au lit. Vrai !
Depuis, elle vient chaque soir frapper doucement à la porte de ma chambre après que je sois couchée. Elle entre, s’assoit sur le bord de mon lit, me caresse les cheveux et me chuchote :

« Tu es bien, ici ? Je lui avais dit que tu serais bien, chez nous…Tu ne t’ennuies pas ? Les enfants sont sympa avec toi ? Vous ferez quoi, s’il fait beau, demain ? ».

Elle m’embrasse, réajuste ma couette et puis sort en me souhaitant une bonne nuit.

J’ai dix-sept ans, et je me laisse faire.

C’est un bon job !

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Au² børd³ † du ¤¤ la¢ ƒƒƒƒ (Pªpißtæche³)

pap1

Le chØvalier va m¤urir
Il va m
¤urir / le chØvalier
Le {chØvalier} qui s’est trainé
Au bord du la¢ : beåu le la¢
La dæme n’y est pas
Au bord du la¢ : beåuº
Il va m
¤urir  † le chØvalier
La dæme n’y est pas ¡
Il perd son sang † le
chØvalier
Il perd... sa \vie/ : [se vide]
Son sang coule ::::::: sa plaie² suinte... ... ...
Il va m
¤urir ‡le chØvalier
Le
chØvalier couché ¦ au bord
Du la¢ : beau
chØvalier³ qui mŒurt

pap2

Couché  >>> en le champ ƒ chØvalier
ChØvalier qui meurt ƒƒ au bord du la¢
Il est mort † le
chØvalier : beau chØvalier
ChØvalier ƒƒƒ qui joutait dessus — le pré˜
Il : est : mort : sa : vie : coule
Ses \blessures/  bouillonnent
Le
chØvalier : il est mort†
Ne voyagera plus + + + + + jamais
Mort* mort* mort †† le
chØvalier
Le sang² perle : à son front³
Il est mort†: le
chØvalier
Son armure© tinte et son corps : m†o†r†t
Luit au sŒleil \/\/\/ luit l’armure© du
chØvalier
Son sang³ goutte² à goutte² : & s’échappe
Coule hors son [torse], son foie : morts
Son @me Ÿ voyage : ¿ froide ¿
La dæme n’y est pas²
Au bord# du la¢ : l i s s e
Blanc le
chØvalier mo†††rt
Son épée épée épée
¥ brisée : à terre
Se couvre*** de cro^û^tes³ dures

pap3

La dæme n’y est pas ¦¦¦¦ à temps ¦¦¦¦
Le vent sèche± les plaies : froides
Son
chØvalier est mort† : cro^û^tes
Son cœur est m†ort : sa dæme n’y est pas
Elle n’a pas su° sa dæme
Qu’il s’est trainé  au bord du la¢
pour l’y #attendre# sa viiiie s'écoule
Sa dæme reposait au ¨fond¨ du¨ la¢
Un filet de ˜s†a†n†g˜ trouble l’eau
                         [La dæme qui ne vient pas]
Dæme du la¢ º dans l’eau trouble
Du sang du
chØvalier : MORT


pap4

Il est mort mon chØvalier : froid
Mort† depuis dix siècles : là
Je plœure mon chØvalier : mo†rt, froid
Ses ©routes sèches tombent
Au ¬fond¬ du la¢ : mon chØvalier
Les \cloches/ tintent ªu fond du la¢
Comme l’eªu de son sang se teinte
Mortmort mort † son foie noir
Noirs± son cœur±, ses os ± : ses plaies±
Il est mort † (comme) je dormais²
Cent² années² — 100que² son² sang² coulait²
M°n chØvalier : mon chØvalier
Aux × mille × plaies × jamais ÷ pansées
Jamais <soignées> mor mon chØvalier
L’herbe n¯o¯i¯r¯e  colle à son corps : mor
Il est mor† mon chØvªlier : il est moR

...M .... .....R .....T ......º

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26 mai 2009

On prend un p'tit café ?

cafes__13_

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Ceci n'est pas un texte (Virgibri)

Ceci n'est pas un texte. 

J’avais quinze ans environ. J’avais choisi une colonie de vacances de trois semaines avec des activités artistiques : photographie, calligraphie, danse.

Danse… Rien qu’à l’idée, j’avais peur. Mal dans mon corps, timide à l’excès, pas encore assez vieille pour comprendre ce que j’aimais dans le corps de l’Autre, complexée. Une adolescente, quoi. Et puis je détestais danser.

Pourtant l’approche de la prof fut aussi déroutante pour moi que géniale. Il s’agissait de danse contemporaine, un peu dans le style de Carolyn Carlson, que je ne connaissais évidemment pas. La première année de cette colo, je me suis tout pris en pleine tête. Tous mes sens étaient en alerte, bouleversés de tant d’émotions. Je le vivais même mal, cet excès.

J’ai décidé l’été suivant de réitérer. J’avais seize ans. J’étais prête, enfin. J’ai pu utiliser mon corps à des fins artistiques, sans être morte de honte. J’ai même fait alors mes premiers autoportraits, genre photographique que je n’ai jamais lâché depuis… Et puis il y avait la danse. J’acceptais enfin les conseils, les directions que mes pas allaient suivre : je recevais, et donc je donnais.

autoportrait

Je comprenais que mon corps pouvait être beau, en lui-même. Qu’il avait son propre langage, et que je pouvais créer sa grammaire, ma grammaire. Depuis, j’ai beaucoup occulté tout cela…

Pour les cours de danse, C. avait un gros poste à cassettes (oui, c’est d’un autre âge, je sais) qu’elle transportait partout. J’y ai entendu mille choses. Mais cet été-là, j’ai pris deux baffes musicales : La Callas, et René Aubry.

C., pour le spectacle de fin de séjour, faisait un solo sur « Casta diva », évidemment interprété par Maria Callas. Je n’avais jamais rien entendu d’aussi beau. J’en ai pleuré, lors de la première répétition. Je m’y revois encore…

Et puis il y a eu René Aubry. Musique instrumentale qui m’a accompagné les années suivantes, dans mon quotidien. On avait du mal à trouver ses albums dans le commerce, et ceux-ci valaient chers, à l’époque. Je les ai toujours.

L’écoute unique des morceaux de la consigne m’a ramenée à lui et à ces souvenirs d’adolescence. Mais si je suis honnête avec moi-même, je n’ai pas pu les réécouter parce qu’à la fin du film que j’ai déroulé de mon passé, j’ai accroché un wagon supplémentaire : vers la fin du deuxième séjour, j’ai poussé ma mère à me dire au téléphone ce qui n’allait pas. Je sentais à sa voix, à chaque fois que nous parlions, elle à la maison, moi dans une cabine, qu’une faille se faufilait. Et je n’avais pas mon père en ligne, lui, le silencieux gourmand de téléphone.

On lui avait découvert des ganglions et il devait se faire opérer. On mettrait en culture pour voir s’il n’y avait rien de malin ; mais lui, le sportif, non fumeur, buveur d’eau, ne craignait rien, n’est-ce pas ?

Nous étions en août 1992.

Il est mort en octobre 1993.



René Aubry. Après La Pluie 2
envoyé par RENEAUBRY. - Clip, interview et concert.

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Plaisir d’été… (Tilleul)

Allongée dans l’herbe frémissant sous une brise légère,

Je vois le ciel bleu parsemé de moutons blancs…

Les beaux jours sont éphémères,

Profitons de l’instant !

 

Un ru minuscule, tel un ruban d’argent

Frôle mes pieds nus en les rafraichissant

Son eau limpide avance doucement

Parmi les joncs et les roseaux tremblants

 

Chênes et hêtres se taisent un instant,

Pour écouter ce clapotis charmant.

Un peu plus loin, perché sur le vieux pin,

Un pic martèle l’écorce du sapin

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Petite musique de nuit (Poupoune)

Je sais que c'est pour moi qu'elle met la petite musique. Pour que j'aie pas peur dans le noir.

C'est papa qui lui avait rapportée de voyage. Une jolie boite rose avec une danseuse rose qui tourne et la musique qui fait tin nin nin nin nin quand on ouvre la boite. C'était un truc de fille mais c'était joli. Moi il me rapportait pas de cadeau. Il disait que je comprends même pas que c'est pour me faire plaisir et que ça sert à rien de gaspiller et que de toute façon j'abîme tout. Mais j'aurais aimé ça, moi, une boite comme ça. Même rose. Alors elle me l'a prêtée parce qu'elle est toujours gentille avec moi même que papa et maman ils disent que c'est un ange.

Elle le sait bien que j'ai pas fait exprès de la casser, la petite danseuse qui tourne... Et je sais bien qu'elle a pas fait exprès de crier comme ça. Elle était juste triste pour sa jolie danseuse, mais moi j'ai eu peur que papa et maman entendent et me fâchent alors j'ai voulu qu'elle arrête et elle a eu peur quand j'ai mis ma main sur sa bouche et elle est tombée. Elle s'est pas fait trop mal je crois mais elle a crié encore plus fort alors papa et maman ils sont venus et ils ont dit que cette fois trop c'est trop ça suffit c'est plus possible.

Maintenant tous les jours elle met la petite musique juste pour moi devant le conduit de l'aération. J'entends tout bizarre comme si c'était loin et que ça résonne mais j'aime bien quand même et je fais tourner la danseuse dans mes doigts. Parce que quand ils m'ont enfermé sous l'escalier, papa et maman, ils ont pas pensé à me la prendre.

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25 mai 2009

On prend un p'tit café ?

cafes__13_

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Une onde (Captaine Lili)

Une onde.
Une onde de choc.
Une pulsation.
Un nerf. Un muscle. Je ne sais quoi. Qui vibre.
Et qui ne vibrait pas. Depuis si longtemps qu’elle a oublié que ça bougeait, avant. Quand elle était petite. Quand elle avait l’âge des boites à musique et des rêves qui tournent.
Un sillon. Une ombre creusée. Une ligne marquée.
Et son cœur qui saute.
Et son cœur qui explose.
D’émotion indicible.
Même pas une joie.
Une onde. Une onde de choc.
Qu’elle n’attendait pas.
Qu’elle croyait perdue. Enfouie dans ses espoirs tués.
Le reflet d’elle qui se dessine. Autre.
L’impossible qui gagne.
Les frémissements qu’elle sentait. Qu’elle savait. Qu’elle a laissés au creux de leurs certitudes.
Son visage enfermé dans la boîte à musique.
Et la danseuse qui se remet à danser. La vie qui calligraphie.
Sur sa joue droite, la commissure des lèvres comme une fossette.
Sur son front, trois plis esquissés, pour une suite à la partie gauche.
Une ombre fugitive. Et pleine.
Des larmes en battements.
Parce qu’elle se souvient. De sa moitié de visage, figée.  Du courant électrique dans ce nerf facial. Qui faisait mal et la condamnait. La musique chuchotait trop bas. On ne voyait que le silence.
Une onde.
Un espoir fou. Comme un galet dans un lac.
La peur aussi.
Le presque trop.
La boîte à musique qui l’affole. Les rêves qui tournent.
Peut-être qu’elle enfermera les douleurs. Une partie.
Peut-être que…
Un nerf, un muscle. Qui se dé-paralysent. Jusqu’où ?
Une onde en question.
Une pulsation.

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Initiation à l’art contemporain (PHIL)

J’ai appuyé sur le lien, un lien parmi d’autres, et l’ordinateur a gémi une espèce de lamentation qui m’a furieusement rappelé l’atelier du menuisier. Bien que sachant pertinemment que c’était là l’effet de quelque instrument à cordes, j’ai néanmoins eu la vision d’une scie circulaire attaquant vaillamment un morceau de chêne. Mon odorat frémissait déjà et j’imaginais les copeaux jonchant le sol de notre malheureux bureau.
J’ai levé les yeux vers Elle. J’ai croisé son regard qui, d’une fugitive perplexité est vite passé à une affliction navrée suffisamment expressive pour qu’elle s’exonère de tout recours à l’oralité. Je suis passé outre et j’ai récidivé. Je veux dire, j’ai cliqué sur un autre lien permettant soi-disant d’écouter le morceau de musique en entier. Rien ne s’est passé et c’est sans doute tant mieux, je ne sais pas. Je ne suis peut-être pas doué avec les liens, allez savoir. Bref il me semble que j’en avais assez entendu. De point de vue de mes oreilles, si je puis dire, la chose était parfaitement insignifiante, mais l’imagination fait feu de tout bois, alors avec une scie musicale en action, les images n’ont pas tardé à affluer.
En fait la scie du menuisier n’a fait que m’effleurer et j’ai aussitôt après pensé spontanément à une promenade que nous avions faite il y a de ça une bonne vingtaine d’années. Je me souviens que les filles étaient encore petites. Nous avions passé la frontière pour aller visiter une mine d’asphalte quelque part dans le val de Travers, au-delà de Fleurier. Je ne me souviens plus du nom du lieu et j’ai la flemme de chercher sur la carte. Par contre je me rappelle de Môtiers, un village pimpant où nous nous étions arrêtés dans l’après-midi. Et si je m’en rappelle, c’est parce que nous y avions découvert tout à fait fortuitement une exposition d’art contemporain en plein air qui prenait la forme d’une promenade découverte dans le village et la campagne environnante, avec un questionnaire pour les enfants, bref une sorte de rallye pédestre, gratuit de surcroît, et qu’est-ce qu’on allait rigoler.
A cette époque je n’étais absolument pas ouvert à l’art contemporain. Je ne fréquentais pas encore les musées de façon très assidue et je m’en tenais prudemment aux expositions sur l’impressionnisme. En toute honnêteté, je ne me souviens pas exactement de ce que nous avons vu. Quelles œuvres de quels artistes ? Mystère. Je pense aujourd’hui que le niveau devait être particulièrement relevé. Peut-être y avait-il une installation de Tinguely ? Ce ne serait pas impossible. Des nanas de Niki de Saint Phalle, alors ? Mmmm, ce serait possible aussi, mais ça ne m’a pas marqué. Par contre je revois très bien, accrochés ça et là, des aphorismes de Ben, blanc sur noir, et je me souviens que ça nous faisait marrer qu’on appelle ça de l’art. Comme nous faisaient marrer les tables non débarrassées après le petit déjeuner et figées pour toujours par Daniel Spoerri. Comme nous faisait marrer le bulldozer jaune gisant au milieu d’une carrière, légèrement transformé, mais de façon suffisamment évidente pour que le visiteur puisse l’identifier aisément en tant qu’œuvre d’art. Nous regardions tout ceci d’un œil incrédule, pas tout à fait convaincus qu’il ne s’agissait pas là d’une vaste supercherie. Dans une clairière, vers la fin du parcours, nous avons découvert des troncs toujours enracinés et grossièrement sculptés à la tronçonneuse, je n’invente rien, c’était écrit sur le papier, et j’ai pensé que nous avions touché le fond.
Du mugissement d’une scie circulaire à celui d’une tronçonneuse, il n’y a qu’un pas (une stridence, plus exactement). C’est pourquoi, ayant déclenché un gémissement lamentable dans les haut-parleurs de mon ordinateur après avoir cliqué sur un lien, et ayant de ce fait accessoirement déclenché l’agacement de mon épouse, je suis passé en songe de l’atelier du menuisier à une clairière ornée d’arbres maladroitement transformés en totems.

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Quelques notes de bonheur... (Citronnelle)

Dimanche, 19h30, une  journée ensoleillée se termine.

Je suis allongée sur le transat, je lis. Dans le lecteur CD, un disque que j’ai retrouvé par hasard. Offert par Jane, c’est sûr, mais à quelle occasion ? La pendaison de crémaillère peut-être...

J’adore cette heure de la journée. Le soleil s’est enfin délesté de ses feux trop violents pour ne conserver que sa douce et pale tiédeur.

Je pose mon livre, renverse la tête contre le dossier et ferme les yeux.

Mes trois hommes jouent de l’autre côté de la maison. Au foot, sans doute,  je les entends taper dans le ballon. J’entends aussi les cascades de rire perlé et clair des enfants. Ils adorent jouer avec leur père, les occasions sont rares. Et moi,  j’adore les sentir joyeux, tous les trois.

Quelques oiseaux sifflotent encore et semblent apprécier, eux aussi, le charme de cette fin d’après-midi. Le bourdonnement de quelques insectes se mêle aux notes du CD qui se faufilent depuis le salon jusqu’à mes oreilles. Un léger vent bienveillant passe sur ma peau.

Je me laisse aller en douceur à des pensées vagabondes. 

Le bonheur, c’est si simple parfois...

Je m’étonne de cette capacité que nous avons (un instinct de survie sans doute ?) à oublier si souvent le monde qui nous entoure. Le marasme financier, la crise écologique... Les enfants qu’il faudra aider à devenir des hommes dans un monde rempli de chausse-trapes...

La musique devient plus dense et plus douce la lumière sur mon visage.

Je  m’absente...

Et pendant quelques instants les grains de sable cessent de glisser dans le sablier.

Puis soudain, une brûlure fraîche dans le creux de mon cou me ramène dans le temps.

Je souris. J’ouvre un œil.

« Faudrait peut-être faire à manger ! Les enfants ont faim. »

Je m’entends répondre : « Vas-y, je t’en prie. Fais comme chez toi ! »

Mon homme s’éloigne en traînant les pieds. Ostensiblement, il me semble.

Mon sourire ne me quitte pas.

La musique s’arrête.

Je tends l’oreille et bientôt m’arrivent les premières notes de « Bloody Sunday ». Je souris encore. Réponse du berger à la bergère ?

Je  me refuse à quitter cet état d’apaisement. Je tente de retenir encore quelques instants la douce mélopée de cette fin de journée...

BOUHHH !

Je sursaute en lâchant un cri ! Mes deux serins (envoyés en mission par leur papa ?) viennent de grimper sur la chaise longue et entreprennent une partie de chatouilles en piaillant : « On a faim ! » Je leur laisse le plaisir de glisser leurs mains dans mon cou et sous mes aisselles en riant de bon cœur. Puis je me tortille et  m’extirpe pour aller me réfugier en courant derrière le vieux poirier.  La course poursuite commence. Je contourne le premier, fais tourner le deuxième dans les airs. Olé !

Le ciel s’est teinté de mauve.

La mélodie de Jane s’est tue pour aujourd’hui...

Je m’engouffre dans la maison en criant « Moi, aussiiiiiiiiiiiii j’ai faim !  Qu’est-ce qu’on mannnnnnge ? ? ? »

Retour express dans le tourbillon de ma vie !

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