09 mai 2009

Avec ça... (Pandora)

Deux heures déjà que je vous observe en attendant que vous sortiez enfin. Tu lui racontes ta vie ou quoi ? Pourtant, tu n’es plus tellement bavarde avec moi, ces derniers temps. A peine « Bonjour » et « Au revoir » et encore du bout des lèvres et quand tu es de bonne humeur… Ne me dis pas que tu préfères ce type, parce que là, tu vois, ça me décevrait beaucoup.

Non, je ne le crois pas, il recommande à boire façon grand seigneur. Tu n’as pas vu l’heure coco ? Je travaille moi demain ! Il est ouvert jusqu’à quelle heure ce zingue… ? « Les oiseaux de nuit » ! Avec un nom pareil, je sens que je peux faire une croix sur mon quota de sommeil. Mais tu ne t’en tireras pas aussi facilement, Samantha.

De quoi tu lui parles d’ailleurs ? De moi ? De nous ? Non, je ne pense pas que tu aurais le cran de le faire. Tu inventeras et tu feras ton intéressante. Tu es tellement douée à ce petit jeu.

 « Je sors prendre l’air, je n’en peux plus de toi ! ». Tu parles ! Heureusement que je t’ai suivie. Tu avais rendez-vous avec lui, c’est ça ? Il t’attendait et tu es venue le rejoindre. Ta sortie pour mon soi-disant manque d’enthousiasme était calculée. Ca m’apprendra à aimer une comédienne, peut-être que je l’ai mérité après tout. Mais tu n’as pas assez bien joué ce soir. Dommage, ça pourrait bien être le rôle de ta vie.

Vraiment, tu me déçois Samantha. Doublement. Me tromper, et en plus avec « ça » !

Je ne ferai pas de scène, ce n’est pas mon genre. C’est toi l’actrice. Mais je trouve que tu aurais pu m’en parler plutôt que me poignarder dans le dos comme tu le fais, là. Tu me donnes des idées, tu sais. Des envies de te rendre la pareille, de te faire très mal. Tu n’imagines pas de quoi est capable une femme trahie.

Moi si, j’ai même emmené mes ciseaux de costumière.

Posté par valecrit à 12:00 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags :


Une paille dans l'oeil de ce cher Edouard (tiniak)

Tôt ou tard un bout de trottoir
d'une rue ou d'un boulevard
arpenté les yeux hagards
le moral dans le brouillard
aura des airs de quai de gare
pour aucun au revoir

Quelque part au bout du comptoir
où finit la tournée des bars
à se jouer du hasard
la morale s'égare

Malabar au bout du couloir
répandu comme un calamar
décapité du cigare
pour un air de guitare
retour à la case départ
sans connaître l'histoire

(une paille dans l'oeil de ce cher Edouard)

Tôt ou tard un bout de trottoir
d'une rue ou d'un boulevard
arpenté les yeux hagards
le moral dans le brouillard
aura des airs de quai de gare
pour aucun au revoir (bis)

-tsi hi-

Posté par Walrus à 12:00 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
Tags :

Les Oiseaux de Nuit (rsylvie)

'Les Oiseaux de Nuit'.par rsylvie







Au loin, dans le soir bleu nuit

d’une ville endormie, une sirène retentit, couvrant les hurlements

d’une bande de chiens sauvages

Oui mais, s’ils venaient à comprendre que c’est moi» ?

T’inquiètes ma puce, j’en fait mon affaire » !

 

Quelque peu rassurée, elle demanda un autre verre, et le barman lui proposa un bleu Lagon... cette fameuse boisson qui avait attiré tant de monde en ce lieu et fait qu’un soir d’été, convaincue pas son ami Claude du délice des cocktails servis en ce bar, elle était venue l’y rejoindre.








Depuis elle était, (comme on dit dans la faune nocturne des soirées branchées), accro aux effets euphorisants et aphrodisiaques de cette boisson. Rien ne pouvait l’en détourner. Pas plus les supplications de sa pauvre mère, persuadée qu’elle était, de la sagesse et droiture de sa fille chérie… que son père, mort d'effroi s’il venait à imaginer, ne serait-ce que le 10ème de sa vie. Non vraiment rien ! De toute façon il était trop tard pour elle. Prisonnière qu’elle était… 

Du bleu de ses yeux, quand Johnny lui disait « je t’aime ».

Du bleu de ses rêves, quand elle écoutait les projets d’avenir

qu’ils faisaient le soir, dans les bras l’un de l’autre.

Du bleu lagon, quand l’amer breuvage glissait lentement dans sa gorge.

Jusqu’à coloriser, le peu de lucidité qui lui restait encore.

 

Du bleu du ciel, à travers le vasistas de l’humble meublé qui lui sert de chambre.

Du bleu des jours de pluie, quand il faut sourire, alors que le froid, la faim tenaillent à défaillir.

Du bleu de l’escalier à monter, encore et encore.

Du bleu des désirs machiavéliques, propres à chaque client.

Du bleu des années d’insouciance, quand elle ferme les yeux, simulant le plaisir.

Du bleu de la peur, qui paralyse l’envie de fuir loin de Johnny.

Du bleu des marques sur la peau, qui rongent et dévorent à petit feu.

Du bleu de la flamme d’organdi, qui brûle le corps et ne cicatrise jamais. 

Du bleu de la gangrène qui ronge le cœur à vif, d’avoir trop aimé et cru au bonheur. 

Du bleu des larmes, qui se marient au subtile poison. 

Du bleu des veines rouges, du sang qu’elle a sur les mains.

Posté par Walrus à 12:00 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
Tags :

EUX (Martine27)

                                                                 

« Ils m’attendent !
Je sais qu’un jour ils viendront me chercher.
Comment tout cela a-t-il commencé ?
Une nuit d’insomnie je me suis approchée de la fenêtre de mon salon, attirée par une vive lumière.
En face de chez moi, j’ai découvert ce bar brillamment éclairé et ses occupants, deux hommes, une femme et le barman.
Curieusement, ils ne bougeaient presque pas.
Je les ai observés un moment puis j’ai été me recoucher sans plus y penser.
Le lendemain matin, je suis passé devant le bar sans même m’en rendre compte.
La nuit suivante, comme un papillon j’ai à nouveau été fascinée par la lumière émanant de cet étrange endroit et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir la même scène que la veille.
Perturbée, je retournai me coucher bien décidée à en savoir plus le lendemain en m’arrêtant à ce bar pour prendre un café en revenant du travail.
Mais à nouveau, je passai dans la rue sans même me souvenir de ma décision.
Etonnamment personne dans mon immeuble ne semblait connaître cet endroit, pourtant d’autres fenêtres que les miennes donnaient sur ce lieu énigmatique !
Et ainsi, nuit après nuit, j’ai épié cet étrange endroit figé dans un instant toujours identique.
Etais-je angoissée ?
Franchement, j’étais plutôt curieuse et furieuse chaque nuit de constater que je n’avais pas profité de mon passage dans la rue pour étudier de plus près cet endroit.
Et une nuit tout bascula.
A nouveau, j’étais à ma fenêtre guettant la scène immuable qui s’offrait à mes yeux curieux.
Tout à coup, pour la première fois, quelqu’un entra dans le bar, un homme manifestement déjà saoul tituba jusqu’au comptoir.
Les autres se tournèrent vers lui et alors, je vous jure que je n’invente rien, les quatre étranges personnages se mirent à se métamorphoser, leurs silhouettes se brouillaient, ondulaient, changeaient de couleur. Leurs bras se transformèrent en ailes, leurs visages se parèrent d’un énorme bec et des plumes noires vinrent remplacer leurs vêtements. En revanche leur taille resta la même.
Le poivrot se trouva brusquement pris au milieu d’une tornade de plumes, il disparut quelques instants à ma vue. Je restai figée à ma fenêtre, tremblant de tous mes membres, me disant que je devais rêver.
Puis les immenses oiseaux se retirèrent et à la place de l’ivrogne virevoltait une plume rouge que l’un d’entre eux attrapa.
Ensuite, à nouveau j’eus devant moi la même scène que d’habitude, la femme avait simplement maintenant cette plume rouge glissée dans ses cheveux roux.
Haletante, je n’arrivais pas à me détacher de cette vue.
Alors, les quatre tournèrent leurs yeux jaunes vers moi.
Ce n’était pas possible, ils ne pouvaient pas me voir ! J’étais dans le noir, de l’autre côté de la rue, mais pourtant leur regard sembla me transpercer.
Je reculai en trébuchant et m’évanouis.
Le lendemain matin, je me réveillai dans le fauteuil dans lequel je m’étais écroulée, courbatue et morte de peur.
En sortant pour me rendre au travail, alors que jusqu’à maintenant j’avais été incapable de le faire, je réussis à m’approcher du bar et je tombai sur un mur de briques.
Avais-je passé toutes ces nuits à halluciner ?
Le soir même en rentrant, je trouvais sur mon paillasson une plume noire abandonnée, ne voulant pas la toucher je mis des gants et la jetai dans le vide-ordure.
Cette même nuit, une fois de plus, je me levai.
Mais rien, de l’autre côté de la rue, il n’y avait rien, rien qu’un mur de briques et des silhouettes noires figées devant que je ne pouvais que deviner.
Ils m’attendent !
Je sais qu’un jour les oiseaux de nuit viendront me chercher. »

                   

« Mon Dieu » s’exclama la jeune femme qui lisait ce texte.
Elle le tendit à son compagnon, un officier de police qui l’avait accompagnée au domicile de sa tante après qu’elle eut signalé sa disparition.
« Lisez ceci, est-ce possible ? »
L’homme prit le carnet, survola le texte et le lui rendit.
« Mais non voyons, votre tante devait écrire des contes voilà tout ».
Ils fouillèrent l’appartement, ne trouvant rien.
Le policier entraîna la jeune femme paniquée à l’extérieur, lui assurant que tout allait être fait pour retrouver sa parente.
Il la regarda s’éloigner, une lueur amusée dans ses yeux jaunes, ses doigts jouant avec une plume noire.
Ils attendent.
Les oiseaux de nuit vous attendent !

 

Posté par Walrus à 12:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags :

Oiseux de nuit (Poupoune)

Je viderais bien mon verre, mais j'ai peur de m'effondrer si je lève le coude. Je suis bien calée, là, mais j'ai l'impression qu'il vaut mieux que j'évite de bouger. Et que j'arrête de boire, sans doute, aussi. Je ne suis pas trop sûre de savoir pourquoi je suis là. En général quand je bois seule dans un bar c'est que je cherche à oublier quelque chose. Mais là je m'souviens plus de c'que j'voulais oublier. Ah, tiens. Ben c'est que ça a dû marcher alors.

Je sais pas si elle est complètement ivre ou si elle se donne un genre. Une belle femme comme ça, se mettre minable seule, la nuit, dans un bar presque vide... ça manque d'élégance. Pas que j'vaille mieux, hein, je sais bien, mais on n'attend jamais d'un homme qu'il sache se tenir en société. Je sais pas si le type qu'est venu s'asseoir à coté d'elle veut lui faire des problèmes ou seulement causer... pour ce qu'elle répond... servi le gars! Il a pas l'air méchant. Je garde un oeil sur son manège quand même, on sait jamais. Pas que j'tienne à jouer les héros, mais une belle femme comme ça, ça donne des envies de bravoure.

Ça fait longtemps qu'il me colle ce type? J'comprends rien à c'qu'il me dit. Je suis même pas sûre qu'il me parle, en fait. Je sais pas pourquoi j'ai mis cette robe. C'est pas une tenue pour aller s'enivrer seule dans un bar la nuit. J'avais vraiment quelque chose à oublier? Oh la la, je sais plus. Mais c'est à moi qu'il parle ou non? Ouais, à qui d'autre de toute façon? Le barman est un taiseux et l'autre ivrogne de l'autre coté est trop loin pour entendre. J'comprends rien. Et puis j'vois pas clair. Il a l'air pas mal... mais il veut m'sauter ou non? Je devrais demander une paille pour finir mon verre. Pas très classe mais pratique.

Elle me remet pas du tout. C'est sûr. Moi je l'ai reconnue tout de suite, cette même chevelure flamboyante qu'à l'époque et ce regard tellement distant qu'il semble vous voir à travers... mais elle, elle me remet pas. Bon, elle a l'air de pas avoir sucé que de la glace alors je me vexe pas plus que ça, mais quand même. Si, en fait, je suis très vexé. On a été à la colle longtemps, l'air de rien... Bon, c'était pas du régulier régulier, et on était souvent embrumé par l'alcool ou une quelconque substance illicite ou les deux, mais de là à m'oublier! Ah les bonnes femmes... ça te fait la leçon sur l'insensibilité des hommes et ça t'oublie un amant comme d'un rien dans un peu d'alcool...

Tiens... il a l'air de s'agacer un peu l'importun... enfin... elle a pas l'air très importunée, la dame. Plutôt royalement indifférente. Et il pas trop l'air d'apprécier. J'espère qu'il va pas s'énerver vraiment parce qu'en fait je suis pas sûr d'être en état d'intervenir. Et puis faudrait que je rentre, en plus. C'est bien joli, d'attendre pour pouvoir secourir la veuve et l'orphelin, mais pour tuer le temps j'ai bu, je suis plus du tout en état de rentrer tout seul, je vais encore me réveiller dans un quelconque caniveau demain avec la tête en vrac, je serai encore en retard et pas présentable au boulot, je vais encore prendre un averto, et puis ils vont encore menacer de me virer et... bon, allez, un dernier. Tout ce merdier... je préfère pas y penser, tiens.

Et si je lui parlais de Frédo? Elle a pas pu oublier nos frasques avec Frédo! Pas ce qu'on a fait de plus classe, c'est vrai. Mais si elle en est à picoler toute seule la nuit dans les bars, attifée comme une poule, c'est que la classe est une notion avec laquelle elle s'autorise des libertés... D'un autre coté, si elle se souvient de Frédo alors qu'elle remet même pas ma tronche, c'est des coups à m'énerver...

Oh la la, ils vont pas finir par se casser, que je puisse fermer?! M'en font des beaux, des oiseaux de nuit, tiens! Deux alcoolos et un mauvais dragueur, c'est des coups à ce qu'ils restent là encore des heures... les ivrognes parce qu'ils peuvent pas faire autrement et l'autre parce qu'il est sûrement persuadé qu'il réussira à la ramener chez lui. Et moi pendant ce temps-là j'ai même plus un verre à laver. Bien ma veine, tiens!

C'est marrant, ce type, il me fait penser à Frédo. Je sais pas pourquoi. Ah merde! C'est ça. C'est exactement ça que je voulais oublier. Mon putain de passé.

Posté par Walrus à 12:00 - - Commentaires [19] - Permalien [#]
Tags :


Les oiseaux de nuit‏ (Berthoise)

- Vous buvez un café ?

Pourquoi faut-il toujours qu'on me propose un café, je peux boire un
verre. Un café à cette heure-ci, faut être barge. Et puis en plus,
j'aime pas le café.

- Oui. Je boirais bien quelque chose. Il y a un bar ouvert, un peu plus
loin au coin de la rue.

J'ai eu raison de mettre ma robe rouge. Elle les attire comme un pot de
miel. C'est bon de se sentir désirée. J'ai bien fait d'aller danser ce
soir. Mes cavaliers m'ont fait tourner et moi, je leur ai fait tourner
la tête. J'ai eu raison de sortir, ce soir. Et l'autre coco qui me couve
du regard, les yeux rivés à mon balcon. Rêve pas, Pépère, c'est pas ce
soir que je la retire pour toi, ma robe rouge.

/Vous avez vu comment je l'ai emballée, la rouquine. Pourtant, il y
avait du monde à lui tourner autour. Mais, c'est moi qui l'ai eue. J'ai
bien fait de m'accrocher. Elle est mignonne, un peu aguicheuse,
peut-être, mais de toute façon, moi, les saintes Nitouches, ça me fait
pas bander. Maintenant, il va falloir jouer finement pour l'emmener au
plume. Parce qu'avec celle-là, au plume, on ne doit pas s'ennuyer./

C'est la nuit.

Dehors, personne ne passe.

C'est la nuit et pourtant dans ce bar, on y voit comme en plein jour.
Ils ont installé des néons, ça vous arrache les yeux, mais il paraît que
c'est moderne. Il y a un tube qui grésille et clignote. Ça m'agace. Si
c'est ça la modernité, vous filer la migraine, moi je préférais les
vieux lustres ; quand j'avais mal au crâne, au moins je savais pourquoi,
c'est que j'avais trop bu et qu'il fallait que j'arrête le gin.
Maintenant avec ce fichu néon, je ne sais plus où j'en suis, si ce qui
me vrille la tempe, c'est un verre de trop ou un signal en morse que je
n'arrive pas à décrypter.

Je crois quand même qu'il faut que j'y aille. Passer ses nuits dans un
bar, c'est bon quand tu as vingt ans. Quand tu en as quarante, tout le
monde se demande ce que tu fais là. Il faut que j'y aille.



/Allez, encore une heure et je tire le rideau. J'en ai plein les bottes.
Encore une heure et je te fous tout ce beau monde dehors. Des oiseaux de
nuit, qu'ils appellent ça. Une bande de paumés, oui. D'abord, qu'est-ce
qu'ils ont à être encore debout, qu'est-ce qu'ils attendent pour se
pager ? C'est vrai quoi, moi, c'est mon boulot, d'être encore là mais
eux, _qu'est-ce qu'ils attendent._ L'autre qui se cuite
consciencieusement. C'est plus de ton âge, mon petit gars, demain, tu
auras le casque, et une haleine de chacal. Allez, va te coucher./

- Je vous remets la même chose ?

/Me dis pas oui, me dis pas oui./

-  Non, ça ira, je crois que je vais rentrer. Dites, faudrait le changer
votre néon.

/Ben, t'es plus raisonnable que je croyais. C'est ça, file au pieu,
c'est ce que t'as de mieux à faire./

/Bon, maintenant les tourtereaux. Elle l'a bien accroché, le lascar. Il
la regarde comme du pain bénit. Te fais pas d'illusion, Coco, c'est pas
ce soir que tu tireras ta crampe. Je les connais les filles comme ça, ça
vous promet monts et merveilles et ça vous laisse la queue sous le bras,
au pied du lit. Allez, tu lui claques un bécot, on se dit au revoir et
on s'en va. J'en ai plein les bottes, moi./

Posté par Walrus à 12:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags :

Playt it again Sam (Sebarjo)

Sam travaillait dur dans ce bar, le Phillies, qui se trouvait à l'angle de la 55ème et de la 6ème avenue. Tous les soirs c'était des hard day's nights à n'en plus finir...

 

Ce soir encore, un mardi oublié dans la semaine, il était toujours là, à astiquer des verres qui n'avaient rien de poétique, alors qu'il était déjà plus de trois heures du mat'. Tout ça n'avait rien de brillant... Tant qu'à faire il aimerait mieux essuyer tendrement, installé tranquillement dans son rocking-chair planté au milieu de son living-room, des vers de Verlaine, ou écouter des flûtes traversière de Rameau accompagnées de violes de gambe gambadant, d'alti enivrés, de luths en colère et autres cordes...sur la corde. Au lieu de ça, il buvait la tasse derrière un zinc faussement flamboyant. Il était là, dans ce coin pourri de New York, dans ce vieux bistrot... comme dans un cauchemar allenien, mauvais erstatz brassensien.

 

Il restait trois personnes. Et il fallait attendre qu'elles partent avant que lui ne puisse rentrer. Qu'ils daignent finir leur café arrrosé d'Armagnac, leur whisky-coke servi sur glass and... glace ! Qu'ils se cassent !

 

Ca bouillait dur sous son crâne dégarni.

 

Les oiseaux de nuit ne se cachaient donc jamais pour mourir ! Phillies, filez ! Pas étonnant que ces pauvres types avaient des gueules pas vraiment chouettes ! Usés jusqu'à los, avec toujours un coup dans l'aile, ces vieux hiboux ressemblaient plus à des incunables qu'à des e-books. Ca remuait pas d'une plume mais ça se rinçait le bec, sec. Comme il aimerait donner la bougeotte à ces faces de hulottes ! Ils ne pouvaient donc pas faire leurs tournées de grand ducs ailleurs ! Aller chasser au-dehors, dans des bouges nyctalopes ! Sam n'avait rien d'une souris, loin d'être gris comme eux perdus au coeur de leur nuit... Que ces faces de rats aillent donc chercher des proies ailleurs...

 

Et puis enfin, quand ils se décideraient à vider les lieux, il allait se taper tout le ménage. La salle était grande - pour pas grand chose, vu le nombre de clients par jour - mais devait être nickel. De l'éclat pour effacer la misère, du mica imitant le diam', de l'étain allumant les cuivres.

Malheureusement, il y avait toujours des zonards qui veillaient, jamais plus de cinq - c'est ça qui était rageant ! - attendant on ne sait quoi... Belle-mère, chien, pute, colis illicite... pléonasme...

 

Au mieux vers 5 heures, il serait chez lui comme tou(jours)nuits. Et à une heure pareille, il n'aurait plus envie de dormir... Il resterait debout à veiller le néant sous des néons éblouissants. Et il allait falloir remettre ça dès huit heures... Les jours n'ont plus de lendemains dans la vie de Sam, les semaines s'enchaînent dans le tourbillon de sa vie. Dans sa déperdition temporelle, son crâne n'était plus recouvert que de quelques cheveux survivants, aussi blancs que ses nuits...

 

Ta vie est celle d'un barman new-yorkais, Sam, qui remet ça, à chaque lever du soleil qui se couche sans toi, mais qui n'oublie jamais de t'entraîner dans chacun de ses levers...

 

Tu ne broies pas de noir pour autant. Pour effrayer les dernières ventouses scotchées au bar, tu finis par te mettre au piano et tu caresses dangereusement et follement les touches ébène et ivoire du clavier. Une cacophonie surréaliste jaillit soudain. Les plus téméraires ne restent pas plus de quinze minutes, et encore, ce sont des balèzes... Ton moment de gloire, ton quart d'heure américain ! Ta vie est là...

 

Play it again Sam, tu es le prince de ta maison blanche... Le roi de la Casablanca !

 

Un jour tu verras,

Au comptoir, c'est toi

Qui paieras l'addition...

 

Posté par Walrus à 12:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags :

Hopper, deuxième ! (MAP)

Copie_de_Dites_donc__

Posté par Walrus à 09:00 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
Tags :

L'au-delà de la toile (Virgibri)

 

Phil s’affairait alors que nous n’étions que trois oiseaux de nuit, en plein cœur de cette nuit estivale, à humecter nos lèvres sur les tasses ou à faire semblant. Les cafés refroidissaient souvent trop, mais Phil en resservait toujours du chaud de bon cœur.

Je finissais ma cigarette alors que John et lui parlaient base-ball. Imaginant la tête que j’avais à cette heure tardive, j’ai envisagé de me repoudrer le nez. Tout était lent. Je manquais d’énergie pour aller jusqu’à la porte des toilettes, sur ma gauche. Je savais aussi qu’elle menait aux cuisines, et à l’idée de nager dans des relents de friture, mon cœur se soulevait déjà.

John avait maintenant les yeux dans le vide. Je savais que l’on ne rentrerait pas de sitôt pour autant. Mollement, je me dirigeai vers la porte de toilettes. J’entendis John parler au troisième client, un type que l’on connaissait de vue et qui lisait son journal en mangeant une part de cheesecake.

Etonnamment, je ne plongeai pas dans des odeurs de graillon ou de cuisine : cela sentait presque le propre. Un parfum citronné émergea puis disparut aussi vite qu’il était apparu subrepticement. La porte des toilettes était à gauche. Au fond, celle des cuisines. A droite, une autre porte sur laquelle était inscrit « Staff only » et à laquelle je n’avais jamais porté vraiment attention. Mais là, elle était légèrement entrouverte. J’entendis quelques bruits lointains. Sans savoir pourquoi, prise d’une certaine curiosité, je m’approchai de la porte et penchai la tête.

Il s’agissait des vestiaires pour les employés. La pièce était sombre, à peine éclairée. Mes yeux se sont habitués pourtant assez rapidement. Une employée, celle à qui je devais sans doute la délicate odeur citronnée, me faisait dos. J’aurais dû m’éloigner discrètement, car je devinai qu’elle allait se changer. Mais non. Je restai là, immobile, incapable de bouger.

Elle portait une robe légère surmontée d’une grande blouse blanche aux rayures roses. Au mouvement de ses bras, je devinai qu’elle déboutonnait celle-ci. Sans comprendre, je me mis à frissonner dans ce couloir étouffant. Je suspendis mon souffle. J’aurais presque pu entendre le bruit des boutons pression se décapsulant tour à tour, lentement. On sentait la fatigue de cette femme. Elle soupira en ôtant sa blouse. La robe qu’elle portait était de couleur crème, aussi discrète que la mienne était voyante. Pourtant, je crus deviner ses dessous…

Il fallait que je quitte cet endroit, il était encore temps. Mais non. Aucun mouvement n’était possible. Si je bougeais maintenant, la jeune femme serait surprise et je ne saurais me justifier. Je sentis mon pouls s’accélérer d’un battement d’aile imperceptible. Sa main droite alla masser sa nuque, doucement. J’étais suspendue à cette longue main fine…

Elle s’assit sur le petit banc derrière elle, toujours sans tourner la tête. Elle se pencha. Retira ses chaussures. Et elle massa alors ses pieds délicatement. Je la vis relever ses jambes l’une après l’autre, les appuyer contre les casiers des vestiaires, et ôter ses bas. J’étais suspendue à ces jambes tendues comme un fil…

Les bas pendaient sur le banc, pauvres voiles de tissu morts de n’être plus accrochés à ses cuisses. Elle était toujours assise et ne bougeait maintenant plus. Sa tête était penchée en avant. Elle refit les mêmes gestes que pour ôter sa blouse, mais cette fois-ci avec la robe crème. Le bruit que fit la robe en tombant était splendide. A peine un froissement d’ailes. J’étais suspendue au papillon…

Pourquoi ne bougeai-je toujours pas ? Que m’arrivait-il ? J’étais hypnotisée par les gestes simples de cette femme sans visage. Elle était en dessous et j’eus soudain très chaud. Elle se leva, ouvrit un plus la porte de son casier, et en sortit une robe… rouge. Elle l’enfila presque trop rapidement. J’étais suspendue aux courbes du dos, à la cambrure délicieuse, aux fesses insolentes…

Elle tordit ses bras pour faire remonter la fermeture éclair dans le dos, et noua la ceinture qui fit ressortir sa taille. Je la vis ranger ses affaires, replier les bas, glisser la robe crème et la blouse dans un sac. J’aurais eu largement le temps de m’éclipser. Mais non. J’étais suspendue à la paire de chaussures rouges qu’elle allait enfiler…

Elle glissa ses pieds fins dans les escarpins carmin, ferma la porte de son casier, et fit ce geste renversant d’enfin libérer ses cheveux qui étaient jusque-là attachés. Elle passa ses doigts dans sa chevelure en agitant la tête sur les côtés, comme pour les gonfler. J’étais suspendue à la toison épaisse…

Elle se retourna. Et me vit. Elle ouvrit simplement la bouche en signe de surprise. Se reprit aussitôt. Dignement, elle prit son sac, marcha jusqu’à moi avec ce que je pris dans la pénombre pour un sourire. Je ne savais plus quoi faire. J’étais suspendue à ses lèvres, à ses hanches, au bruit léger de ses talons…

Elle ouvrit la porte en grand. Nous étions face à face. Mon cœur battait la chamade, mon corps battait le rappel.

 

A mon retour dans la salle, John me dit assez satisfait que j’avais repris des couleurs. J’allumai une cigarette en tremblant. Et en souriant.

Mes mains sentaient le citron.

Posté par Walrus à 09:00 - - Commentaires [22] - Permalien [#]
Tags :

Les noctambules (Teb)

Teb_D_fi59

Posté par Walrus à 09:00 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags :