11 avril 2009

Triste fin (Walrus)

Sa jeunesse n'était que soif.
De découvrir et d'apprendre,
De connaître et de comprendre.
Mais l'âge est passé par là.
Il n'a plus de soifs.
Il boit !

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Cinderela a une petite soif... (Cinderela)

Le paysage s'étend à perte de vue. Désertique. Aride. Le sol est tellement brûlé que sa surface est dure et calcinée. On pourrait y faire cuire un oeuf au plat. A supposer qu'un oeuf arrive à survivre ici sans être instantanément transformé en paquet de Mouchelinde déshydratée.

Deux silhouettes titubent à l'horizon. La petite vampirounette est tellement obnubilée par la soif qu'elle en a des hallucinations. Elle imagine qu'elle est dans une oasis, qu'elle boit tout son soûl à une source fraîche à l'ombre d'un palmier. Sauf que l'eau de la source n'est pas cristalline et pure mais rouge et épaisse. Ce n'est pas de l'eau d'ailleurs. Les vampirounettes carburent plutôt aux globules rouges. Peu à peu l'épuisement l'engourdit. Elle n'est déjà plus capable de voler et doit marcher sur deux pattes. Et seule son affection pour son compagnon l'empêche de le mordre.
Le chat, justement, n'est pas en meilleur état. Il lui semble que le sang dans ses veines n'est plus qu'un magma informe. Sa gorge est parcheminée et le brûle comme s'il avait bu tous les feux de l'enfer. Pas tous en fait. Les autres feux se battent sous son crâne et obscurcissent sa vision qui devient toute rouge.
La soif. Cette brûlure. La soif...
La brûlure... ROUGE.

Un bruit de vaisselle retentit brutalement. Soudain, le chat et la vampirounette se rendent compte qu'ils se sont endormis dans le canapé en regardant
La Libellule du désert. Ils se précipitent tous les deux dans l'évier et ouvrent le robinet en grand en avalant de grosses goulées et en éclaboussant tout autour. La cigale va encore s'énerver...


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04 avril 2009

Ont bu jusqu'à plus soif

Soif001à 9 h 00 : Cinderela ; Walrus ; Teb ; Vegas sur sarthe ; Plume Dame ; Tilleul ; Zigmund ; MAP ; Joye ; Poupoune ;


à 12 h 00 : Virgibri ; tiniak ; Laura ; Joe Krapov ; Martine 27 ; Akel ; Papistache ; Caro_Carito ; Captaine Lili ;

à 15 h 00 : rsylvie ; Pandora ; Le Zeph' ; Tiphaine ; Alice ; Vanina ; Berthoise ; Val ; Cartoonita ; Shivaya-warduspor...

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La consigne #55

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soif2

soif3

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My name is Bond (Joe Krapov)

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Le sèche-cheveux de madame B.

Est réparé.

 

Il émettait des petits bruits

« Cling Cling Bab Ah Cool Nost Al GI »,

Des bouts de phrases

Plus en phase

Avec nos coiffures de l’époque :

On ne met plus les mêmes frocs

Ni les mêmes gibus

Aujourd’hui dans le bus.

 

Le sèche-cheveux de madame B.

Est réparé.

 

Que va-t-il souffler sur le monde ?

Une parodie de James Bond,

Un léger friselis de vent

Au parfum de Copainsdavant.

 

Quel petit bruit fait-il entendre ?

Un ronronnement doux et tendre,

Que l’on ait ou pas réussi

Sa vie : « Bons baisers de Russie » !

 

Avec mes amitiés à Daniel D. , ancien Yessophile,

guitariste du groupe « Soleil bleu ».

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Le dialogue telescopé (Cinderela)

- De toute façon, Cindy, on se voit là-bas ?

- C'est toujours mieux qu'aux répétitions de la déesse, quelle bêcheuse !

- C'est sûr, faut pas l'inviter celle-là... Mais ne t'inquiète pas, elle ne viendra pas. Zeus m'a appelée : il est parti au cinéma avec sa copine. Tu savais pas ?

- Didi... moi jouer...

- Vas-y bébé, vite ! Après on s'en va : mon sèche-cheveux m'a lâchée ce matin, je sais pas comment je vais faire.

- C'est sûr qu'avec ce temps, c'est pas facile : il fait sec, il fait froid.

- Ah ben c'est ça. Impossible de me peigner correctement le matin. En plus, je suis vénère parce que je croyais que c'était neuf et ce sale machin a l'air d'avoir trente ans.

- C'est des choses auxquelles il faut penser quand on a les cheveux longs..

- Ce matin, y'a un fournisseur, une raye-moquette (rires) et un client qui sont venus, et à cause du sèche-cheveux, je les ai oubliés : je suis arrivée une heure en retard.

- Ah oui, l'excuse.

- Le mot clef à la fourmilière c'est "faut valider valider valider". Je vais quand même pas valider mon sèche-cheveux, non ? Et puis la rayeuse de moquette, je sais pas si elle les a regardés, ses cheveux, mais c'est quoi ces trucs ?

- Ils t'ont fait des réflexions ?

- Ben nan genre "y'a ça tu vois Cindy, je comprends pas que tu sois pas là gna gna gna"... J'aimerais bien le voir, le fournisseur, s'il doit galérer 2 heures le matin pour se faire une mise en plis !

- Et tu as fait quoi ?

- Je lui ai dit. Il m'a répondu "le sèche-cheveux je maîtrise pas mais je maîtrise mieux que la finance". Il m'a tuée de rire au moins quatre heures... Et toi ton nouveau projet au boulot ?

- Ca a foiré parce que je suis moins dispo depuis que Nat va à l'école. J'étais choquée aussi quand j'ai appris qu'un morveux de 20 ans a pris ma place.

- Tu es partie 3 mois...

- Ah oui, effectivement mais je pensais que c'était plus clair que ça quand on t'annonce "vous allez diriger notre plus gros projet".

- C'est pas terrible...

- Putain, ça va pas, quoi... !!

- Didi, la dame dire gros mot ?

- Maman moi je veux rentrer !

- La petite a faim. Prépare toi ma chérie... Oh ça y est bon ben j'm'en vais.

- On se revoit samedi prochain ?

- Sûr, bisous Cindy. A bientôt Lila.

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Brushing (Caro Carito)

« Tu comprends, j’ai voulu me faire un brushing pour cet entretien mais ce foutu engin était cassé. Je suis arrivée avec une tête de folle. Ils ne risquent pas de me rappeler !» 

Un léger tremblement a parcouru son corps râblé. Il pense à elle, sa femme. Marie-Christine. Des bouffées de souvenirs l’envahissent. Il se souvient de cette colère alors qu’elle venait d’ouvrir sa valise. « Mon sèche-cheveux m'a lâchée ce matin, je ne sais pas comment je vais faire» Ils rentraient d’un séjour à Rome. Des années durant lesquelles ils avaient rêvé partir sans se décider jamais. Et finalement... Il se tenait juste derrière elle, l’écoutant s’irriter, l’observant passer une main nerveuse dans ses boucles rousses. Elle n’aimait pas le gaspillage, supportait difficilement que les objets se cassent, qu’il faille les jeter. Elle le ressentait comme un défi personnel, une attaque à l’ordre réglé des choses. Une manie ancienne dont elle n’avait jamais pu se défaire et que les enfants moquaient gentiment. « Maman est sentimentale... mais pas avec papa. Ou nous. Uniquement avec les fourchettes à dessert et les ampoules basse tension ! » Lui ne disait rien. Il maniait les outils, pas les mots. Ce jour-là, il avait pris le sèche-cheveux de ses mains et l’avait descendu à son atelier. Il l’avait dépecé, nettoyé, ausculté. Il lui avait redonné vie. Étrangement, c’est entre ses quatre murs que leur amour semblait le plus présent. Quand il se demandait pourquoi elle l’avait choisi, lui si modeste, il revoyait les objets que ses mains avaient remis d’aplomb. Pour elle. Parfois, il sentait qu’elle était là, que ses yeux gris se posaient sur son bleu de travail, sur ses mains calleuses. Elle aimait le surprendre. Il jetait un coup d’œil à l’épaisse alliance qu’il avait posé sur le rebord en se disant qu’un bref instant il savait.

Marie-Christine. Il la revoit encore. Une valise éventrée sur le lit. Elle se tourne vers lui et lui tend le sèche-cheveux « Prends-le. Je n’en aurais plus besoin là-bas, à la clinique. » Il s’en saisit trop vite. Il ne peut s’empêcher de voir le bras mince sous la blouse. Il lève les yeux, rencontre son regard gris. « Tu ne le jetteras pas ; il peut encore servir à quelqu’un. » Elle répète. «  Tu le donneras, hein ?...» Cette voix suppliante, inconnue, le désarçonne. Il acquiesce en silence. Elle se penche à nouveau sur le linge éparpillé sur l’édredon. Il contemple sa nuque fragile. Elle a noué un foulard pour masquer son crâne à nu. Il sait désormais que cela sera son dernier voyage. Elle ne reviendra pas.

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Un idiot amoureux (Akel)

Il referma la porte blanche derrière lui, d'une brève pression sur sa poignée, en retenant son souffle. Elle grinça à peine, il se félicita d'avoir gardé en tête que c'était la seule porte de la maison qui ne grinçait pas. Sans réellement se l'expliquer, il songea à la manière avec laquelle il s'était introduit au cœur de la demeure. Tout d'abord, la clé de la porte principale. Dom n'avait pas eu à trop longtemps interroger sa jeune amie pour deviner où on cachait le seul double dont tout le monde se servirait, le jour où ses clés se volatiliseront dans la nature.

La propriété était grande, comptait un jardon d'une dizaines de kilomètres, ainsi qu'un large portail qui restait toujours ouvert, sauf occasion exceptionnelle. Au pas de la porte, un gros battant en bois vernis, s'étalait un discret tapis de couleur sombre. Le curieux contraste avec le sol sans nuances, ajouté au nombre important de films qu'il avait déjà vu par le passé, et où on montrait assez naïvement la cachette des fameuses clés doubles, tout cela avait suffit à Dominique pour deviner et déduire ; et effectivement, les fameuses clés se trouvaient sous le tapis. Dominique avait cependant songé à la réponse toute réfléchie qu'il aurait servie sur un plateau à quiconque oserait contredire sa fantastique théorie.

"Et si la clé ne s'y trouvait pas ? Et s'il n'y avait pas de tapis au pas de la porte ?"

Des questions fort stupides, auxquelles il répondrait en plagiant scrupuleusement le ton assuré du Détective Conan, ou, celui beaucoup plus modeste encore, de Sherlock Holmes :

"C'était ça ou le petit pot aux fleurs. Sinon, appuyer tout simplement sur la sonnette aurait mis fin au problème."

Cependant il ne songea pas au genre de digressions que cette réplique fructueuse entrainait, pas plus, du reste, qu'il ne comprit qu'en s'en tenant à ce qu'il aurait dit, sa visite surprise n'aurait plus eu d'une surprise. Sans doute s'était-il dit que s'en tenir à cette réponse serait plus que suffisant à plaider son intelligence hors du commun !

En y réfléchissant bien, Dom avait constaté qu'il avait eu de la chance de trouver la clé sous le tapis, glissé au pied de la porte. Tout comme il en avait eu, d'ailleurs, en ne trouvant personne d'autre que la très sympathique, très belle Mrs. Bowen, la mère de Patricia, affairée dans la cuisine.

Pendant le court moment de flottement qui suivit cette curieuse découverte, Dom avait éprouvé un étrange sentiment de malaise, cette sorte de gêne coupable qui vous tiraille l'estomac seulement à l'instant où vous vous rendez soudainement compte de la stupidité de votre geste. Comme il aurait aimé avoir trouvé suffisamment de temps pour faire demi-tour, à ce moment-là ! Et comme il s'était senti bête, lorsque, par mégarde, son corps avait butté contre un meuble, attirant par là l'attention de la maîtresse de maison, jusqu'alors inconsciente de ce qui se passait autour d'elle !

Le supplice dura longtemps, et, quand sous le regard curieux – mais nullement surpris – de Mrs. Bowen, il remit fébrilement les bibelots tombées à terre à leurs places initiales, il entendit une phrase nette, qu'il n'aurait jamais imaginé sortir de la bouche de cette femme :

"Si c'est Path que vous cherchez, jeune homme, elle se trouve en haut, dans sa chambre à coucher."

Une phrase simple, prononcée avec tant d'amusement, qui pourtant était loin de convenir à la situation, finit par la faire éclater de rire.

Reconnaissant, confus, Dominique n'avait rien trouvé d'autre à murmurer qu'un vague "Merci" qui fit sourire la bonne femme.

Voilà donc comment il s'était retrouvé à parcourir le couloir et, au bout du compte, chercher à repérer d'où provenaient exactement les dérivations de notes qui parvenaient par faibles ondes à ses oreilles. Voilà encore comment il avait pu trouver la fameuse chambre, en se fiant à ses oreilles qui ne le trompaient pas et, comment, presque sans scrupules encore, il y avait jeté un petit coup d'œil discret à l'intérieur, pour s'assurer qu'il n'était pas venu à un mauvais moment.

Néanmoins son sentiment de gêne fut bien moindre lorsque, posant ses mains glacées sur les paupières de Patricia, qui avait alors le dos tourné à la porte, il entendit un petit cris de surprise surgir de ses lèvres.

"Qui est là ?"

Il souriait, mais elle ne pouvait pas le voir, pas plus qu'elle ne pouvait deviner qui c'était. Elle n'était pas paniquée (passé l'effet de surprise), mais elle cherchait. La petite Patricia cherchait, en tâtonnant de ses petites mains blanches celles, beaucoup plus vigoureuses de son ami. Elle les étendit même, à sa surprise, derrière son dos, pour toucher ses épaules, ses cheveux, son visage.

Son sourire s'élargit soudainement lorsqu'elle palpa ses lèvres.

"Dominique... c'est bon, enlève tes mains, je sais que c'est toi."

Dans sa voix il n'y avait aucune trace d'un sourire. Déçu, il s'exécuta.

Elle se retourna vers lui, en soupirant d'un air las :

"C'était vraiment pas drôle, Dom...

- Vraiment ? – il sourit – J'avais envie de te voir."

Deuxième soupir.

"Ah oui, l'excuse..."

Elle lâcha sa main, se dirigea vers son bureau, où était posé un PC portable dernier cri, flambant neuf. Elle tapa quelques touches au clavier, puis retourna s'asseoir à son lit, sans rien dire. Quelques secondes plus tard, quelques notes au piano, à la basse, suivies de paroles significatives commencèrent à envahir petit à petit la pièce, en même temps que Dom se dirigeait à son tour vers le lit, pour s'y asseoir.

...

He broke your heart
He took your soul
You're hurt inside
Because there's a hole
You need some time
To be alone
Then you will find
What you've always know
(1)

...

L'atmosphère aidant, Dom s'arma de courage et lui demanda :

"Ça va ? T'as pas l'air d'aller bien, en ce moment...

- Ça peut aller, ça peut aller... C'est juste que... – elle posa sa tête contre son épaule, en soupirant – je ne sais pas, en fait... je ne me sens pas bien, je crois."

Il y eut un silence, avec seulement la musique qui tournait, qui tournait... en sourdine.

...

I'm the one who really loves you baby
I've been knocking at your door

As long as I'm living, I'll be waiting
As long as I'm breathing, I'll be there
Whenever you call me, I'll be waiting
Whenever you need me, I'll be there

...

Mais ce fut de gêne, cette fois, qu'il redemanda encore :

"Tu es sûre que ut ne veux pas en parler ?

- Non, c'est bon... Merci quand même."

Elle se lève.

Un sourire, une larme. Elle l'essuie vite fait ; il la remarque à peine.

...

I've seen you cry
Into the night
I feel your pain
Can I make it right
I've realized there's

"Au fait, où est Eze ? Il n'est pas venu avec toi ?"

Elle avait brusquement fermé sa session. Dominique la regarda d'un drôle d'air – lui en voulait-il ?

"... Oh, Eze... Il est parti au cinéma avec sa copine."

Il avait répondu en souriant, les yeux dans le vague. Comme si... comme si quoi ?

"Ah bon, il a une copine ?"

Un sourire. Amusé, cette fois.

... Bien réel, pensa-t-elle.

"Tu savais pas ?

- Non, – elle haussa les épaules – de toute façon il ne nous dit jamais rien, lui, alors..."

Dominique ne répondit pas, mais ce fut à son tour de la trouver bizarre.




"Bon, tu m'écoutes, oui ? Hé, j'te parle !!

- Hum ? Qu'est-ce que tu veux, Dom ? ... Tu pourrais pas me laisser un peu tranquille, là ? Tu vois pas que je suis occupé, par hasard ?"

Le prénommé Dom retomba lourdement sur le lit, abattu. À peine deux jours après être allé voir Path, le jeune homme était venu voir Eze – et ça devient une mauvaise habitude, pensait-il amèrement. Nous étions un samedi matin – un samedi matin tout ensoleillé, songea Dom en regardant évasivement par la fenêtre. A dix heures moins le quart Dominique avait débarqué en trombe dans la maison, réveillant par la même occasion tous ceux qui ne c'étaient pas encore réveillé, c'est-à-dire tout le monde – même les gosses. À l'exception de Eze qui, d'après la mauvaise mine qu'il arborait, devait très certainement avoir passé une longue nuit blanche devant son écran – comme d'habitude, pensa Dom, dépité.

Arriver à destination s'était avéré plus difficile que prévu, ainsi pour cela avait-il fallu à Dom aller d'abord s'excuser en personne devant la mère de Eze. Et l'aider, aussi, à calmer un peu le raffut dont il était le principal responsable. Il cru ne jamais y arriver, mais au moins madame ne lui en voulait-elle plus, c'était déjà ça de gagné.

Les enfants furent les plus difficiles à calmer, mais son charme aidant, Dom parvint à les faire taire, à grand renfort de bisous et de mots doux.

"Oui, promis, la prochaine fois je vous amènerai des bonbons et un gâteau au chocolat. Mais soyez sages en attendant, d'accord ?"

Le tout ponctué d'un clin d'œil significatif. Une dernière embrassade, un dernier sourire, et il s'était aussitôt rué vers l'escalier aussi vite qu'il était venu, sous le regard ébloui de la mère – qu'une terrible envie de tous les prendre en photos avait instantanément démangé.

Dominique songea aux enfants. Comme ils étaient adorables ! Surtout la petite Dini, qui le surnommait "mon mari futur", et qui n'arrêtait pas de répéter à longueur de journée : "Tu seras mon mari, plus tard !". Eze avait de la chance d'avoir une famille aussi nombreuse et attachante. Les réactions des enfants dues à sa présence étaient certes loin d'égaler celles que suscitait Eze, mais Dom se plaisait à croire qu'il l'aimaient tout autant que leur grand frère. Et quel grand frère ! Si au moins ils savaient ce qu'il faisait dans sa chambre, une fois la porte fermée à clé ! Il le croiraient à peine, un vrai casanier des temps modernes !

Dominique sourit à sa propre bêtise. Il n'était pas venu ici pour amuser les enfants, mais pour parler à Eze, lui proposer son idée, et le convaincre de l'aider, si celui-ci s'arrêtait un peu de trop se coller à son écran – à croire que c'était un aimant !

Comme Eze ne répondait toujours pas, Dominique songea à une autre tactique.

"Path va mal, je crois."

Comme il s'y attendait, la réaction fut immédiate. Une tête de chat apeuré se tourna tout d'un bloc vers lui. Des yeux verts, inquiets, le regardèrent sans ciller – comme s'ils attendaient, le cœur battant, songea-t-il avec humour, quelque chose, un signe, peut-être. La barbe qui lui mangeait la mâchoire, une barbe de plusieurs jours, suffisait à détruire le sacrilège, mettant fin à l'illusion factice d'une décadence précoce.

L'heure est grave, mes chers spectateurs ! Même le plus insensible des hommes, oui, même celui-là, – je vois d'ici votre air peu intéressé, messieurs dames, eh oui ! – peut céder à l'évocation fortuite du nom de sa bien aimée !

"Qu'est-ce que tu dis ?!"

En serrant les points sur le matelas, Dom reprit :

"Tu as très bien entendu. Je suis allé la voir, l'autre jour, pour voir comment elle allait. Et je peux te dire qu'elle avait aussi mauvaise mine que toi aujourd'hui. Enfin, ajouta-t-il avec un sourire caustique, avec les cernes et la barbe en moins, bien sûr..."

Eze ne releva pas.

Mais Dom continuait à sourire, d'un sourire ironique, sans joie.

Ce n'était pas tant la réaction de Eze qui l'avait énervé – bien qu'elle y soit pour quelque chose, quand même – mais le fait qu'il se soit montré aussi... inquiet, aussi concerné que lui l'exaspérait. Eze avait toujours su veiller sur ses amis, son petit air de mec apathique et désintéressé ne le trompait pas. Il le connaissait, il savait que le sujet "Path" pouvait être aussi sensible que celui de ses frères et sœurs ou même celui de sa mère. Cependant Dom se demanda vaguement s'il se montrerait aussi intéressé s'il c'était s'agit de son cas à lui, et non pas de celui Path ou de sa famille.

"Au moins cela montre qu'elle n'est pas sujette à des insomnies, hum."

Dom releva la tête. Eze ne lui tournait plus le dos, il n'avait plus sa mine des mauvais jours – comment faisait-il ? – il était sérieux. Le menton appuyé sur ses bras, eux-même posés sur le dossier de sa chaise, il le fixait de ses yeux trop verts, l'air d'attendre quelque chose. Dominique fronça les sourcils. Où en étaient-il, déjà ? Ah! Oui, Patricia. Patricia qui n'allait pas bien, Patricia qui n'était pas sujette à des insomnies. Dom sourit.

"Oui, si on veut. Il n'empêche que ça a l'air d'être plutôt grave, d'après ce que j'ai vu. Attends – il farfouilla dans la poche de son jean, en sortit son portable qu'il alluma, anxieux – Merde, j'ai plus de batterie. Bon. Nous sommes quel jour, aujourd'hui ? Samedi ? Le samedi 15 Mars ? ... Ok, c'est un peu tard pour le dire, mais ça tombe bien ; son anniversaire est dans deux jours."

Hochement entendu de la part de Eze.

Dom remit le téléphone portable dans sa poche, puis regarda Eze en souriant :

"Je compte sur toi pour m'aider, bien sûr.

- T'aider ? Mais en quoi ? demanda-t-il, pas sûr de comprendre."

Dominique haussa un sourcil moqueur, ne sachant s'il devait croire à l'évidente naïveté du jeune homme, où pencher plus pour une ruse de sa part. Qui sait, pensa-t-il, s'il ne cherche pas dès maintenant à fuir ses responsabilités.

Non mais quelle mauvaise foi, cria une voix en fond, qu'il fit taire. Ce n'était pas le moment d'avoir des remords.

"Mais pour m'aider à préparer une fête d'anniversaire, pardi ! Pourquoi crois-tu que je me donnais tant de mal pour savoir quel jour nous sommes, hein ? Ça me ressemble, ça ? Tu crois ?

- Ha... ha... ha... Très drôle, Dom, vraiment très drôle. Je suis mort de rire. Seulement, désolé de couper court à ton formidable élan du meilleur ami fidèle, mais c'est non.

- Qu-quoi ? fit-il légèrement déconcerté par son ton catégorique – il ne s'attendait pas à ça ! – M-m-m-m-m-mais, Eze, voyons ! Tu adores Path – regard noir de ce dernier – T'as pas le droit de lui faire ça, mec. Ça serait vraiment trop dégueulasse !!

- Merci de ton attention, mais je n'ai pas besoin de toi pour soulager une soi-disant conscience qui me démangerait. T'as qu'à lui offrir un cadeau, si ça te tient tellement à cœur – d'ailleurs c'est ce que je ferai aussi, maintenant que je sais que son anniversaire approche – mais ne compte pas sur moi pour préparer une fête en son honneur.

- Mais pourquoi ? Putain ça va pas, quoi ! T'as pas le droit de lui faire ça !!

- Excuse-moi mais, je suis libre de faire ce que je veux. J'ai encore bien du mal à gérer trois anniversaires par ans, alors de là à en rajouter d'autres... non, merci, je préfère de loin rester dans ma monotonie. De même, c'est des choses auxquelles il faut penser bien avant. Et moi je déteste les plans de dernière minute, alors..."

Dom roula des yeux, pas le moins du monde impressionné.

"T'exagère vraiment beaucoup, là. Si Path savait qu'elle comptait un égoïste parmi ses am–

- Ferme-la, Kerl, sinon tu le payeras cher, ça je peux te l'assurer."

Dom s'arrêta net, frissonnant imperceptiblement, complètement refroidi. "Kerl"... Jamais Eze ne l'avait appelé par son nom de famille, il l'avait toujours appelé "Dom", comme un bon vieil ami le ferait. Dom était allé trop loin, il le savait. Il aspira une longue goulée d'air ; Eze était sûrement en colère, maintenant. Mince mince mince, calmer le jeu, calmer le jeu, vite vite vite. Opter pour le deuxième plan : "faire le martyr".

"Oh! Eze, pardonne-moi, je ne sais pas ce qui m'a pris ! Je ne devrais pas... Non, je n'aurais pas dû, sincèrement, excuse-moi. Je ne suis qu'un idiot am–

- Un idiot quoi ? demanda Eze en délaissant son écran, soudain très intéressé par ce qu'il disait. Il souriait discrètement – connard, pensa Dom qui regrettait d'avoir laissé sa langue fourcher (il avait lui-même baissé sa garde, il le savait) –

- Non, rien, marmonna-t-il dans sa barbe. Meeerde, pourvu qu'il ne dise rien ; Oh mon Dieu. Pas ça, surtout pas ça.

- Je n'ai rien dit, merde ! dit-il plus bas encore.

- Oh! Ne me refais pas ton numéro de sainte-nitouche, s'il te plaît – il fit claquer sa langue, agacé – je suis prêt à t'écouter, cette fois. Vas-y, vas-y, le pressa-t-il, ne sois pas si timide...

- Va crever, oui. Pas avant que tu n'acceptes ma demande...

- Quelle demande ? demanda naïvement ce dernier. Et surtout, qu'est-ce qu'il a, cet idiot ? Hein ?"

Dominique se fit tout petit dans son coin. Il serra les dents ; ce qu'il pouvait être énervant, Eze ! À toujours chercher à l'humilier, comme d'habitude. Il éprouva un vague remords d'être venu lui demander son aide. Comme s'il n'avait que ça à faire, tiens ! lui demander de l'aide. Et pourquoi pas chercher un traiteur, tant qu'il y était ?

"Alors, ça vient ? demanda la voix doucereuse de Eze, qui s'était faite soudain très proche."

Dom le regarda. Il avait les genoux sur le sol, les talons aux fesses, les mains posées sur ses propres cuisses, comme pour l'inciter à avouer son crime – quel crime, merde ? hurla une voix en son fort intérieur, qu'est-ce qu'il y a de mal à être amoureux, hein ?!

Dominique dut le penser un peu trop fort, car il vit une étincelle de victoire s'illuminer dans les yeux verts de Eze, ainsi qu'un sourire béat orner ses lèvres. Eze qui souriait, Eze qui lui tapotait la cuisse, Eze qui n'était plus en colère. Ah! Dom était soulagé, dans un sens, d'avoir pu faire rire son ami – bien que cela fût plus humiliant pour lui qu'autre chose – mais c'était bien fait pour lui, bien fait pour lui... !

Le jeune homme en était là à ses pensées, lorsqu'il remarqua que Eze était déjà retourné à sa place, sans rien ajouter. Un nœud lui serra l'estomac. Qu'est-ce qu'il allait dire, maintenant ?

Un silence passa. Le léger ronronnement de l'ordinateur l'agaça, l'effraya, même.

"... Sinon, tu comptes toujours la faire, cette fête d'anniversaire ? Parce que bon, j'ai finalement promis de t'aider, hein... Hum, – il tapote son menton d'un air songeur – tu n'auras qu'à m'attendre tout à l'heure – puis il regarda sa montre – disons... vers onze heures, au café du coin. On aura tout le temps d'en discuter.

- Je euh... d'accord. Alors je... je vais y aller. De toute façon on se voit là-bas, hein ?"

Une voix désespérée, qui le rendit – et il en était parfaitement conscient – complètement idiot. Un idiot amoureux, hein ? Dominique baissa la tête. Ce qu'il était, c'était bien plus pire qu'un idiot amoureux, c'était un sale égoïste qui reprochait aux autres de l'être tout autant que lui, sans réfléchir. Il sentit des larmes de rage lui piquer les paupières, mais il releva la tête, décidé. Pas question de paraître plus misérable devant Eze, pas plus qu'il ne l'était déjà !

Eze se retourna vers lui au même moment, en souriant gentiment.

"Bien sûr, Dom. Bien sûr."

Un blanc passa.

...

Dominique se l'était désormais juré, c'était là la dernière fois qu'il se laissait aller à pleurer devant Eze.

Oui, la dernière fois.

Fin ?

NB:

(1) Vous l'aurez sans doute deviné, il s'agit là des très belles paroles de la chanson I'll Be Waiting, de Lenny Kravitz. J'avoue, c'était ma principale source d'inspiration pour la première scène. ;-)

Nombre de fragments introduits : 6

- "Ah oui, l'excuse."

- "Il est parti au cinéma avec sa copine."

- "Tu savais pas ?"

- "Putain ça va pas, quoi !"

- "C'est des choses auxquelles il faut penser."

- "De toute façon on se voit là-bas."

Claimer : tous les personnages sont à moi, merci de ne pas les réutiliser son mon autorisation (surtout que je ne les cerne pas encore très bien).

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Que d'émotions ! (Papistache)

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L’asperge tatouée (Tiphaine)

Elle est allongée sur le lit, elle téléphone.
Le narrateur ne précise pas à qui.
Le lecteur est obligé d’imaginer.

Tu savais pas ?…. Ouais, c’est vrai… tu es partie trois mois !… Bon,  j’te résume ! Y'a un fournisseur et un (rires) et un client (re rires)  qui sont arrivés chez moi en même temps !… Y’a deux semaines… J’te jure !… Le fournisseur, il me passe un coup de fil pour me dire qu’il sera en retard parce qu’il doit galérer 2 heures avec un foutu programme  informatique, « faut valider valider valider » qu’il me dit, il arrêtait pas de répéter ça, il m'a tuée de rire au moins 4 heures, alors moi j’me suis dit que la voie était libre, que j’avais le temps de recevoir mon client, enfin, ma cliente, il veut que je fasse comme si (rires)…, bref, du coup j’l’appelle la cliente et c’est là qu’il me dit qu’il est parti au cinéma avec sa copine… Ah oui, l'excuse… « Ah ben c'est ça ! » que j’lui réponds au client, prends-moi pas pour une conne, c'est des choses auxquelles il faut penser quand même quand on a rendez-vous avec une dame, nan ? … Ben nan genre ya ça tu vois… J’te l’dis moi, j'étais choquée aussi…

Ouais, alors j’te raconte la suite, ça a foiré parce que le fournisseur il a fini plus tard que prévu, alors il arrive, comme d’hab, il fait sa livraison de capotes et de lubrifiants et moi j’ lui fais un ptit extra, rapide quoi… Putain ? ça va pas quoi ? … Ah oui effectivement je pensais que c'était plus clair que ça… Y’a d’autres  mots quand même… Va à l'école ! ... Nan, moi j’dis «dame de compagnie», faut pas confondre…

Bon, tu me laisses parler ou quoi ? J’lui dis que j’suis pressée, « vas-y bébé, vite ! », le truc habituel, quand soudain je remarque qu’il s’est fait tatouer son lutin chauve… (rires) Devine !… Tu trouveras jamais !… « c'est mieux qu'aux répétitions la déesse? », (re rires) j’te jure, c’est ça qu’était marqué !… Attends c’est pas fini ! Là-dessus arrive mon client qu’est soit disant une cliente, avec une heure d’avance, elle tombe sur le fournisseur avec l’asperge tatouée et elle crie : « C'est quoi ces trucs ? ! » Excédée !… Comme si j’étais sa seule copine genre ! Ah ouais t’as raison, faut pas l'inviter celle-là…(rires)…

Et puis v’là que la cliente elle se précipite sur la bête au long cou de mon fournisseur, elle zyeute ses roubignolles, enfin, je sais pas si elle les a regardées ou si elle les a juste broyées dans sa main, mais en tous cas le gars il hurlait comme un goret… « Oh ça y est bon ben j'm'en vais » qu’il disait le pauvre, alors il s’est barré mais il a repris ses lubrifiants et il m’a laissé que trois capotes… Nan !… Même pas ! Elles avaient déjà servi ! Je suis vénère parce que je croyais que c'était neuf moi, j’vais pas pouvoir les réutiliser… T’abuses là… on peut pas faire ça… Je maîtrise pas mais je maîtrise mieux que la finance… Ouais… Tu m’appelais pour quoi au fait ?… Ce soir ?… Ben ça tombe mal… Mon sèche cheveux m'a lâchée ce matin, je sais pas comment je vais faire… Et puis il fait sec là, il fait froid, j’vais me geler… Ouais… On fait comme ça… De toute façon on se voit là-bas !… Ah nan ! Recommence pas ! maman moi... enfin tu sais bien… J’ai pas le temps…

Posté par Walrus à 09:00 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
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