20 janvier 2018

Ont joué sur le velours...

pas cons

4902

Laura ; Maryline18 ; Vegas sur sarthe ; Kate ;

Venise ; Nana Fafo ; Pascal ; Thérèse ; Joe

Krapov ; JAK ; bongopinot ; joye ; Walrus ;

Caro_Carito ;

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Les jours meilleurs (Caro_Carito)

 


Il est arrivé dans la nuit. Cependant, dans la folie qui avait suivi Félicie, dernière-née des tempêtes qui balayaient le Pays des Gaillerons depuis le 12 février, personne ne s’était rendu compte de sa disparition. Le village avait eu son compte de toits pulvérisés, de vieillards envolés, d’inondations, de vaches en goguette, de pillage et de pénurie. Alors la disparition d’un wagon d’une compagnie de chemin de fer économiquement à l’agonie, qui pouvait s’en soucier ?

Lorsque Bastien est venu nous avertir de sa présence incongrue une semaine après la catastrophe, nous avons fermé la porte de la maison à double-tour. Après avoir intimé au chien d’attaquer tout intrus et l’avoir laissé, nous avons parcouru la distance qui nous séparait du bois des Luets.

Le wagon nous attendait à l’ombre d’un érable, presque fringant ; sa porte entrouverte nous invitait à pénétrer dans un intérieur impeccable. Une première classe. Nous avons fait le tour en potentiels propriétaires. Deux couchettes dans le compartiment des contrôleurs. A peine quelques feuilles et quelques branches accrochés aux vitres et pas une éraflure. A croire qu’il avait poussé, d’un coup, là au fond du pré, comme les jonquilles surgissent au printemps.

La première fois que nous avons embarqué, nous nous étions décidés pour le pays des mille étangs. Le printemps était encore timide. Nous avions pris les parkas et le panier rempli de saucissons et de jambon-beurre-cornichons. Le café était resté au chaud dans le thermos et, à midi, nous avions étendu sur l’herbe une vieille couverture. Jeux de ballons et courses avaient ponctué la journée. Pendant le retour, sur les murs verts du wagon, les enfants avaient accroché des dessins de pièces d’eau colorées. J’avais tracé un itinéraire zigzagant sur la page arrachée d’un vieil atlas : terre de Picadou, étang d’Hardouine et de Bignotoi. Joachim avait raconté des histoires d’écrevisses américaines et de meurtres non résolus, il avait parlé d’une vieille guerre avec des américains et des allemands, des histoires de pêche et de chasse. Nous étions rentrés, fourbus, comme si nous avions effectivement franchi des dizaines de kilomètres ; le wagon n’avait pourtant pas bougé d’un iota.

C’est pendant l’été où nous voyagions le plus, l’Espagne et le Luxembourg, la Bosnie-Herzégovine, de plus en plus en loin, de plus en plus longtemps. En 2036, notre première traversée des Etats-Unis. A nous les vastes plaines, l’odeur de T-Bone grillé que même les courants d’air ne parvenaient pas à chasser. Du coca, des beans et du bacon au petit déjeuner. A Pâques, nous allions invariablement voir la mer, comme un pèlerinage. Joachim préférait les Landes, les enfants tour à tour, Marseille, Antibes, ou Perpignan. Je voulais la longue bande claire et humide du Sillon voire une des plages sauvages cachées entre Cancale et Saint-Malo. A la fin du jour, nous repliions nos rêves et rentrions.

La nuit s’approche derrière le vieux bosquet. Il me faut retourner au wagon ; un enfant a oublié un jeu ou un nounours. Il faisait si chaud aujourd’hui que nous avons pris des bassines et des bidons remplis d’eau. Nous avons traversé l’Atlantique jusqu’en Araucanie, visitant Temuco, la ville de Pablo Neruda, regardant les trains de son enfance, touchant le sable de Puerto Saavedra. Ensuite nous avons joué à faire naître des vagues et des embruns dans des cuvettes en vieux plastique. Les mers sont aujourd’hui si sales que l’on ne s’en approche pas.

Après avoir rapidement trouvé la peluche retardataire, je me suis assise sur une banquette. Près de la vitre, une feuille recouverte d’un poème s’agite doucement. Ce matin, après l’avoir accrochée, j’avais cru apercevoir une mouette brisant le ciel et, plus loin, l’océan, identique à ceux que j’avais croisés quand il était encore possible de pousser les frontières et de voyager.

Immobile dans la pénombre fragile, je me rappelle la mer, je repense à l’odeur saline que nous ne reconnaitrions sans doute plus. Ici, nous pouvons croire en des jours meilleurs. Dans ce wagon qui semble être né, dans un champ, d’une tempête et d’un poème de Pablo Neruda.

 

Oh ! long Train de nuit,

souvent

du sud en direction du nord,

au milieu des ponchos mouillés,

des céréales,

des bottes que la boue raidit,

en troisième classe,

tu as déroulé la géographie.

C’est peut-être alors que j’ai commencé

la page terrestre,

que j’ai appris les kilomètres

de la fumée,

l’étendue du silence.

 

Pablo Neruda : Mémorial de l'île Noire (1964. extraits)

 

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Oufti ! (Walrus)

 

À une seconde près, je le ratais ce train !

J'ai juste eu le temps de sauter dans le dernier wagon avec l'aide du convoyeur qui m'a tendu la main après que j'ai eu jeté mon cartable sur le plancher alors que le train commençait déjà à prendre de la vitesse à grand renfort de nuages de vapeur.

Et le dernier wagon, en l'occurrence, c'était le fourgon.

C'était la première fois que je pénétrais dans ce type de voiture avec ses rayonnages et ses paquets entassés au sol (pour la suivante, il me faudrait attendre la visite du musée du train à la gare de Schaerbeek, l'an passé !).

Mon séjour n'y serait pas long : le temps de remercier l'employé pour son aide et à l'arrêt suivant de cet omnibus, j'irais rejoindre un wagon pour voyageurs.

Quand j'y pense aujourd'hui, à l'époque du sacro-saint principe de précaution, je doute que je puisse renouveler encore ce genre d'exploit. Mais de toute façon, ça n'a guère d'importance : il y a belle lurette que je ne cours plus après les moyens de transport.

 

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Elles s'appelaient toutes Adrienne (joye)

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Ah ! Ces coriaces qui osaient traverser

Un nouveau continent dans un wagon perfide,

Quittant chaque confort pour tout recommencer.

Abandonnant leur vie pour devenir sylphides

Des plaines inconnues et dures à transpercer,

Toute sacrifice qu’elles devaient affronter

Changeait leur quotidien en enfer éhonté,

Taciturne et cruel, des âmes à exercer.

Elles qui donnaient leur tout, qui aimaient sans compter,

Subies à l’injustice d’un sort peu réciproque,

Femmes et pionnières, simples, et sans braverie,

Vivant qui fait souffrir, sans cesser, sans dompter :

Ces jolies roses farouches qui ont vaincu le roc,

Belles fleurs sauvages dans les vastes prairies.

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Mon voyage par bongopinot

 


Wagons de voyageurs
C’est parti pour l’aventure
Car rien n’est jamais sûr
Ce train arrivera-t-il à l’heure

Je jette un coup d’œil au premier wagon
Il n’y a que quelques voyageurs
Mais tous avec leurs écouteurs
La musique me parvenait en miette de son

Je parcours le deuxième
Que des gens au visage scotché à leurs écrans
Ne jamais perdre de temps
Leur avenir est dans le travail et ils l’aiment

Dans le suivant je sus que j’y serais bien
Les personnes conversaient
Et dans ce wagon les gens souriaient
De belles heures à lire et échanger avec ses voisins

Dans ce wagon de voyageurs
J’ai vécu une charmante aventure
Et même si dans les trains rien n’est jamais sûr
Et bien là tout s'est bien passé je suis même arrivée à l’heure

 

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Un Train de rêve (JAK)

 

Je suis mécano chez  Mastodon et mes   sympathiques collègues m’ont  offert,    un voyage en train  prestigieux, à l’occasion de mon  départ à  la retraite. Je n’ai à m’occuper de rien, tout est prêt pour que j’appareille.

Ce n’est pas peu   ce parcours prestigieux à bord du  TRANSTRAINTRAIN  dont je  leur ai tant parlé.

M’y voici enfin sur ce quai de gare !  Le monstre m’impressionne.  m’émerveille, m’époustoufle,

Fier comme Artaban , je suis  sur mon 31 – ici les jeans ne sont pas admis- .

Je ne vois que des couples énamourés, et moi, célibataire endurci, suis seul,  Mon compagnon l’ inestimable AZORA * a été refusé du fait de son manque de tenue en société

Je joue les habitués décontractés, et je monte   prestement  dans  le  train  où une place m’est réservée. Un chef de wagon m’accueille et m’octroie mon emplacement.

Installation, vérification des couchettes, j’en ai deux à ma disposition.

Un tour au restaurant, je pense que tout sera ad hoc.

Les paysages défilent, des vues imprenables, que je prends quand même,  en les pixélisant  avec mon petit téléphone portable.

Ma destination lointaine me porte à la rêverie. J’imagine la grande capitale où je ferais une escapade.

Un watchmann passe me demander si je n’ai besoin de rien. Le tacatac-tacatac-tacatac  du roulement  me berce agréablement.

Arrivé en gare de  Moskva,  Poutine en personne m’accueille, voulant me rendre honneur. - a-t-il connu par ses réseaux nombreux  mes activités d’ex syndicaliste,?-

Sourire figé aux lèvres, il me prend dans ses bras et m’embrasse sur la bouche, J'en suis tout retourné.  Me demande des nouvelles de notre président,  bizarre car hier aux infos je l’ai vu  avec lui.

M’annonce que pour la coupe du monde il va faire construire un super train,

et qu’il  cogite pour  bricoler  un nouveau truc afin de déloger un certain Tromp qui commence à l’emmerder.( tiens -tiens j’avais ouï-dire qu’il avait facilité sa venue  par des attaques informatiques) Encore une fake-new

 

Je ne comprends rien à tous cela. Je suis muet, les yeux écarquillés.

La foule est dense autour de nous, formant comme une houle ondulante.

Soudain un grand fracas, Poutine est  bousculé par le brusque mouvement de la multitude  qui vient de se rendre compte que ce n’était pas moi qui était attendu,…

Alors tous se dirigent vers Depardieu  en personne qui était dans le wagon suivant !

Oui je suis son sosie, mais quand même !

Dans la bousculade  je me suis cogné et le sang coule de mon nez.

Une belle moscovite, habillée en infirmière vient éponger avec un coton doucereux mon appendice nasal.

 

Et alors...

 

 Je sens qu'AZORA lèche avec ferveur le sang qui coule de mon nez. Il s’est rendu compte dans son attention perpétuelle  pour moi que je faisais une nouvelle crise d’épistaxis, et il m’a réveillé, me sortant de ce rêve burlesque.

Il était temps que je me réveille pour ne pas manquer mon train. , Aujourd’hui c’est mon dernier jour de travail chez Mastodon, . Je vais offrir  mon pot de départ.

 

 

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Les Belles histoires d'oncle Friedrich. 2, Wagon de train (Joe Krapov).

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Dans le train de 8 h 24, les banquettes étaient en bois, les voyageurs étaient face à face ou dos à dos et il y avait une étroite allée centrale. Dans celui de 7 h 14 on accédait et descendait par des portes très étroites qui ne laissaient le passage qu’à une seule personne à la fois.

Mais dans celui pour Paris il y avait un long couloir et des compartiments. A l’intérieur de ceux-ci il y avait quelquefois, au-dessus des sièges, des photos en noir et blanc – en sépia ? – qui représentaient des paysages de France. Un célèbre dessin de Jean-Jacques Sempé représente un de ces wagons-là et le paysage qu’on aperçoit par la fenêtre est exactement celui qu’on voit dans un des cadres.

***

Le jeune homme s’appelait Arthur R. Il était âgé de seize ans et n'avait pas un rond sur lui. Peu avant l’arrivée du convoi pour Paris il avait contourné la gare et sauté par–dessus la barrière en ciment ajouré. Il s’était retrouvé sur le quai. C’est qu’à l’époque encore un contrôleur vérifiait au départ et à l’arrivée des trains que chaque voyageur possédait bien un billet lui permettant d’effectuer ce voyage-là et pas un autre.

Pour Arthur R ce voyage-là était LE voyage. Il jouait sa vie à quitte ou double. C’était sa première fugue qu’il espérait bien définitive. Marre de la ville de C., suprêmement idiote parmi les bourgades provinciales. Marre de la Mother qui ne comprenait rien à son art, à son amour de la composition, à son ambition de devenir un artiste. Pour percer, pour être reconnu, il fallait qu’il monte à Paris. C’est là que tout avait lieu, dans toutes ces salles prestigieuses, sous les lumières électrisantes des cafés où la vie intellectuelle était trépidante. Même si elle n’avait été qu’un peu pidante ça aurait quand même arrangé Arthur R. Il pourrait montrer ici ce qu’il valait alors qu’à C. personne ne comprenait. Et voilà pourquoi votre fils Arthur « brûle le dur », Madame R.

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Hop ! Hop ! Ni vu ni connu… Caché derrière un voyageur à chapeau melon Arthur échappa à la surveillance du chef de gare et monta dans le wagon. Quand le coup de sifflet retentit et que la vapeur de la locomotive s’éleva dans le ciel, le train s’ébranla lentement. Arthur ressentit alors la joie d’avoir pour ainsi dire cocufié l’agent des chemins de fer.

Il s’installa dans un compartiment où il restait une place libre. Les bourgeois qui montaient à la capitale observèrent d’un sale œil son regard effronté et gaulois, sa tignasse abondante et mal peignée et ses croquenots de campagnard qui renardaient quelque peu. « Je n’ai pas pris le temps de changer de chaussettes » songea-t-il et il reconnut dans cette phrase un alexandrin parfait.

DDS 490 controleur-tierce-OrdnerSeule âme apparemment bienveillante dans le compartiment, une jeune femme à chapeau fleuri semblait être tombée en extase, le regard fixé sur les mains fines et les longs doigts d’Arthur, signes d’une hypothétique et toute musicienne délicatesse. Peut-être y aurait-il eu ici une idylle à nouer, peut-être que tout aurait tourné autrement s’il n’y avait pas eu à l’époque des employés qui se nommaient « contrôleurs » et qui faisaient la chasse aux fraudeurs, aux resquilleurs, aux migrants économiques sans titre de transport. Il paraît qu’ils existent encore aujourd’hui et qu’ils sont beaucoup mieux armés que jadis : la douchette à flashcode plutôt que la pince à tiercé ou la poinçonneuse de couleur lilas.

Si moi-même je suis terrifié lors de leur passage dans les TGV que j’emprunte – et que je rends (et pourtant je vous fiche mon billet que je le paye toujours) ! – on imagine la frayeur du jeune Arthur R. lorsqu’il entendit à l’autre bout du couloir le cri de guerre du chef indien à casquette : « Contrôle des billets Sioux plaît M’sieu Dames !».

Ni une ni deux, Arthur plongea sous la banquette. Son admiratrice au chapeau à cerises épandit ses jupes le plus largement possible pour qu’il échappât aux regards. Mais les messieurs sérieux renâclèrent. Il y a même fort à penser que l’un de ces citoyens fit preuve d’un respect particulièrement putassier de l’ordre républicain et des règlements établis par le voyagiste. Plus faux-cul que la crinoline « cache-cache » de Mademoiselle Lelongbec il indiqua au représentant de la police des trains, par force grimaces et mimiques, la présence au sol d’un contrevenant.

***

Je vous la fais brève, comme disait Manuel De Falla en parlant de la vie. "On ne va pas y passer la nuit, mon chauve !" comme disait Moussorgsky à Borodine dans les steppes de l’Asie centrale.

Comme ça ne rigolait pas plus que maintenant en ce temps-là du côté de la maison Poulaga, Arthur R. fut alpagué brutalement, menotté à l’arrivée à Paris, embarqué dans un panier à salade et conduit à la prison Mazas. Il y connut l’horreur de la promiscuité, des sales odeurs de la tinette, du délire des pochards avinés, du mépris des putes grossières, de l’inhumanité des flics pas commodes et des matons blasés.

Bref il passa une semaine au violon et en sortit dégoûté à jamais de cet instrument. Quand un ami de ses parents l’eut ramené dans sa famille il se fit une raison et reprit ses études de piano et de Chopin.

A force de travail et de persévérance Arthur Rubinstein devint un très grand artiste dont l’immense talent fut reconnu dans le monde entier.

***

Comme quoi, mes chers neveux et mes chères nièces, il importe toujours de suivre le droit chemin et de ne jamais dévier de la consigne quand on veut faire fructifier son bagage.

Extrait de « Par-delà le bien et le noch ein Mal » de Friedrich Nichts.

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Train-Parc (Thérèse)


Tu avais trouvé un travail dans une entreprise de bâtiment qui œuvrait pour la SNCF. Mais il fallait pour cela sacrifier ta vie (notre vie) de famille, te déplaçant à travers toute la France, puisqu'il s'agissait de restaurer les voies de chemin de fer ou d'en établir de nouvelles pour le passage du TGV.

Tu ne revenais chez nous qu'une fois par semaine et la solitude te pesait. Il t'est même arrivé de passer trois semaines entières sans pouvoir revenir, quand tu étais à Miramas, au fin fond de la France.

Tu logeais dans un wagon aménagé, avec l'un de tes collègues. Mais une fois le travail terminé, celui-ci partait se distraire au dehors jusqu'à des heures avancées, tandis que tu restais seul à broyer du noir. Quand tu me téléphonais pour prendre des nouvelles des enfants et de la famille, inévitablement tu finissais toujours par pleurer ton immense solitude qui te bouffait le moral.

Le ballast, tu connaissais par cœur, la pose des rails, tu savais faire, travail de jour ou travail de nuit, tu t'en moquais, mais tu ne supportais pas cet éloignement forcé. De plus, tu dormais mal à cause des trains qui continuaient de passer, la nuit comme le jour.

Nous avions pris l'habitude de nous retrouver pour les vacances scolaires. Alors tu revenais nous chercher, les enfants et moi, et on partait ensemble jusqu'à ton repaire, ce train-parc établi en logements de fortune.
Chaque wagon était dédié à deux ouvriers. Composé de deux chambres, d'une cuisine équipée, d'une cabine de douche et d'un w.c à la turque, l'aménagement était spartiate.
Dès que tu revenais du travail, nous partions ensemble à la découverte de la ville proche. C'est ainsi que nous avons rencontré Vercingétorix à Alise Sainte Reine et le cyclope de Dôle, visité l'Hôtel-Dieu de Beaune et gravi les marches de la Citadelle de Besançon, marché sur les bords de la Marne et de la Valserine.
De Loon-Plage à Salon de Provence, j'ai accumulé quelques mauvaises photos de rivières et de fortifications que je revisite parfois, nostalgique.

Aujourd'hui encore, j'ai le cœur qui se serre quand, aux abords des gares, je regarde les voies ferrées qui se perdent dans le lointain.

 

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Ma petite fleur de ballast (Pascal)



« Oui, bien sûr !… C’est le meilleur restaurant du bord de mer ! Celui huppé, avec sa terrasse aux mille petites loupiotes, sa vue imprenable sur le ressac et ses fauteuils en véritable cuir d’Espagne !... »
Je suis souvent passé devant ce restaurant étoilé ; c’est horriblement cher mais tant pis ; je mangerai des boîtes de conserve jusqu’à la fin du mois ; elle n’en saura jamais rien, j’ai encore ma fierté. Le contexte est enchanteur, la carte est alléchante et les noms de ses plats sont ronflants…

« Quand ?... Hé bien, disons mardi, oui, demain… demain soir, à vingt et une heures !... »
Il faut toujours battre le fer pendant qu’il est chaud et elle peut à tout moment décliner mon offre… si elle réfléchit trop…

« Tu peux te libérer ?... Super !... Je t’embr… Alors, à demain… »

A la conclusion de notre conversation téléphonique tendue, j’ai réussi à lui arracher un rendez-vous, en l’invitant au restaurant. Ça ne se refuse pas, un bon resto, c’est son point faible et je la sais assez gourmande pour ne pas refuser l’invitation. Au moins, si elle campe sur ses positions, elle ne sera pas venue pour rien ; elle se satisfera amplement de l’exceptionnel repas. Les plaisirs de la bonne chair ont aussi leurs attraits…
C’est ma dernière chance ; je dois lui faire oublier toutes nos rancoeurs, tenter de retrouver la première place dans son cœur, redevenir charmeur, avoir pour elle toutes les attentions d’un impénitent… dragueur…

En pleine semaine, ce n’est pas la peine que je réserve ; nous aurons toute la place nécessaire pour deviser sur nos destinées et, pourquoi pas, les remettre sur les rails de la même Aventure. J’avoue, j’ai toujours été meilleur amant que mari ; dans les bras de la même femme, je m’ennuie ; j’ai l’impression d’être un oiseau en cage regardant le dehors et ses falbalas, seulement à travers des barreaux. Pour cette mésange, je veux bien retourner dans la volière ; il suffit simplement de casser mes ailes…

Comme un lieu d’intimité caché, j’espère qu’on nous installera dans une alcôve secrète du restaurant. Ce rendez-vous galant devra remettre de l’allant à notre couple en pleine dérive ; du bon pied, on va tout recommencer mais rien comme avant. Demain, je me raserai, je me ferai beau, je serai hussard, je serai Roméo, je serai princier…

Confortablement assis, pour l’impressionner, je commanderai une bonne bouteille de vin, une avec de la poussière qui justifie les ans et des armoiries de Château pour confirmer son prestige ! Quand le sommelier amènera son millésime, je me redresserai sur ma chaise, feignant d’oublier notre début de conversation ! Je le goûterai, je ferai comme les connaisseurs en mâchouillant le breuvage ! Pour une fois, ce ne sera pas une bouteille de mauvais pinard de chez Leclerc ! Je le trouverai bon et, d’un geste faussement désabusé, je dirai au caviste de servir le verre de mon invitée ! Toujours pour réparer nos dégâts, colmater nos fissures et enterrer nos dommages, je lui parlerai des étoiles filantes, du métronome des vagues bousculant une plage de sable blanc, des couchers de soleil s’embrasant, des amants de Brel, ceux qui ont vu deux fois, etc.
Pendant nos silences, on appréciera les décors luxueux pour chercher nos meilleures réponses ! Sur l’horizon, on regardera passer les ferries éclairés comme des arbres de Noël ! On sentira le parfum tiède des pins parasols ! On écoutera les vaguelettes murmurer leurs ritournelles amoureuses au sable de la plage !...
Devant nous, on aura plusieurs verres et plusieurs couverts comme si on allait boire et manger toute la nuit ! On bavardera les yeux dans les yeux ! On se chuchotera des nouveaux secrets ! En cherchant du pain dans la corbeille, nous nous effleurerons les mains !...
C’est sûr, elle aura quelques œillades débordant du cœur, j’aurai quelques sourires, en échange, pour les réceptionner près du mien ! On raccrochera nos wagons, on prendra les mêmes aiguillages ! Je serai son chef de gare ! Elle sera ma petite fleur de ballast ! Ma chimère ondoyante du bout du rail ! Et même s’il est « pericoloso sporgersi », je materai naturellement la profondeur de son décolleté !...
Tel un Cupidon émérite, dans mon carquois je n’aurai que des flèches de compliments, des louanges exaltant ses qualités, des félicitations sur sa toilette, son parfum, ses bijoux, sa coiffure, ses chaussures, son maquillage et toute sa panoplie de séductrice !…

Je ne lui parlerai encore que du beau temps, des arcs-en-ciel multicolores, du printemps et des choses qui plaisent aux femmes ! Ils mettront des bogies, non… des bougies sur notre table et des serviettes en éventail épanoui dans nos verres ! Sur son visage, les ombres dansantes se mélangeront d’élégance avec son mascara d’apparat ! Je réclamerai une douce musique, une thérapeutique, une avec des chuchotis de cascades et des trémolos d’oiseaux de paradis ! Entre deux plats, comme un nouveau baptême, on ira tremper les pieds dans l’eau ! Je l’entends rire d’ici !...

D’abord… d’abord, je lui dirai « Bon appétit », en regardant ses lèvres charnues mastiquer les belles trouvailles que sa fourchette aura piquées dans l’assiette des hors-d’œuvre ! Rien que pour elle, et d’ici demain, j’apprendrai des vers de Sully Prudhomme ! Je les lui réciterai entre « Grenouilles blondes et girolles poudrées de terre végétale de Cazette et Homard des Iles Chausey nourri de vanille, courges et châtaignes en cocotte lutée !... »
Poussant mes avantages, je déclamerai un poème de Victor Hugo au dessert ! Le fameux : « Sans toi, tout s’effeuille et tombe ; L’ombre emplit mon noir sourcil ; Une fête est une tombe, La patrie est un exil… »* Je suis sûr que son « Miel de maquis corse givré, gaufrettes croustillantes au parfum de citron et d'eucalyptus » aura un tout autre goût dans sa bouche !... Et pour l’achever, j’irai d’une stance bien sentie de Rimbaud !...

Presque vingt et une heures, je marche vite le long des trottoirs ; dans les vitrines me réfléchissant, je suis beau comme un astre en armure de jeune premier. Ma seule arme ? Un gros bouquet de roses en couleur d’Amour. Je sais tous mes poèmes sur le bout du cœur et j’ai même appris des vers de Gérard de Nerval : « Quand le soleil brille en tes yeux Plein de douceur et d’espérance, Quand le charme de l’existence embellit tes traits gracieux, Bien souvent alors je soupire… »** Ça peut toujours servir à l’emballage final…

Elle m’attend devant le porche de l’établissement. Son regard est plus noir que ce ciel de crépuscule, sa colère plus brillante que toutes ces étoiles réunies et mes espoirs tout à coup plus vains qu’un pauvre condamné devant son peloton d’exécution. Le restaurant est fermé…

 

* Je respire où tu palpites. Les Contemplations. Victor Hugo
** Mélodie. Poèmes divers. Gérard de Nerval

 

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Participation de Nana Fafo

Episode 2 :

Vous prendrez bien un pti Grum (nana fafo)

 

grum

Muni d’un vilebrequin, Pingouinnot se rendit à la gare de Rennes,
bien décidé à retrouver ce gars aux brodequins rouges et sales.
Il demanda le premier train en partance pour Saint Michel de Maurienne.
Le Guichetier lui annonça qu’il ne restait plus que des places en wagon-lit.
Va pour le wagon-lit, ce sera toujours mieux qu’un wagon classique
où il aurait été entassé avec ses congénères. 

En se dirigeant vers sa cabine,
il croisa un Kangourou qui n’arrêtait pas de parler, avec un fort accent espagnol,
ce locace un peu fou s’appelait “Loco”,
il regardait une belle grue cendrée remonter vers l’avant du train.
Il proposa à Pingouinnot d’aller boire un verre dans le Wagon restaurant.
N’ayant pas sommeil, Pingouinnot accepta. Après tout, on ne sait jamais, ça pourrait être sympa. 

Mais…
Il se passe parfois d’étranges histoires dans les trains. 

Loco : “ Il faut que vous gouttiez ça ! 2 Grums, s’il vous plait ?”
Pingouinnot : “ Un Grum ? Quelle est cette boisson ? “
Loco : “ c’est un mélange d’agrumes, de raisin et de rhum,
une spécialité de la compagnie WILC de Bourgogne”
Pingouinnot : “ah, intéressant… Mais où allez-vous ?”
Loco : “A Saint Michel de Maurienne, pour un rendez-vous, et vous ?”
Pingouinnot : “Étrange coïncidence… moi aussi”
Loco : “Ne me dites-pas que…”
Ils sortirent tous les deux le même mot :
Rendez-vous au Mont Bréquin : 3.1  3.0
Apportez un vilebrequin 

Le serveur posa les consommations sur la table, ils commencèrent à siroter leur grum,
quand un mille-pattes, affolé et grincheux, muni d’une torpille entra dans le wagon restaurant en criant :
“ Cendrine a disparu “
Tout le monde le regarda interloqué, se demandant … mais qui est Cendrine ?
et pourquoi porte-t’il une torpille ?
Il cria à nouveau :
“ Cendrine, la grue, c’est elle qui est dans le wagon pilote “
L’inquiétude commençait à se lire dans les yeux… le pilote aurait disparu ? 

Pingouinnot habitué aux analyses rapides demanda :
“Il me semble que vous venez de l’arrière du train, Cendrine est-elle le pilote ?”
Le mille-pattes
“Mais non, bande d’ignares, Cendrine c’est l’agent des manoeuvres arrière
et moi je suis censé la protéger en dégommant ceux qui la colleraient de trop près.”
Pingouinnot affirma :
“Elle est partie en reconnaissance, on a vu passer une grue cendrée tout à l’heure”
Le mille-pattes se précipita vers l'avant du train et ne revînt pas. 

Tel Hercule relevant ses défis, Pingouinnot résolut ce petit mystère,
sans faire poireauter qui que ce soit, ni même le temps de commander une petite quiche aux poireaux. 

Après toutes ces émotions, Pingouinnot et Loco allèrent se coucher.
Qu’allaient-ils découvrir le lendemain au Mont Bréquin ? 

Quelle surprise à leur réveil de constater qu’ils étaient à la gare d’Adria en Italie,
à 100 bornes au Sud de Bologne, où Stephan les attendait.

 

 

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