16 juillet 2016

Toros ! Toros ! (Pascal)


Ma voisine, c’est une espagnole pure andalouse. A l’heure de cette écriture, madame veuve Gonzalez Alejandra, Consuelo, Dolorès, a quatre-vingt treize ans ; c’est l’addition des bougies éclairées sur son récent gâteau d’anniversaire qui le certifient ; c’est son vieux jardinier de gamin qui me l’a dit. Pour faire son ménage, elle use ses filles, ses belles-filles et les femmes de ménage qui défilent chez elle. Elle les surveille de près pour que tout soit nickel…

Tous les vendredis, accrochée au bras d’une de ses brus, cahin-caha, elle descend jusqu’au marché. Avec son camée planté sur le revers de sa veste, sa mise en plis impeccable et ses petites chaussures vernies, elle est toujours pimpante. Son cabas est pendu dans son autre main ; elle ne déroge pas à ses habitudes d’antan. Si elle est vieille, elle n’est pas ancienne ; l’outrage du Temps, elle l’a dressé aussi, à coups de courage, de sacrifice, de travail, d’obstination. Ce n’est pas la Mort qui viendra la chercher, c’est elle qui, inexorablement, va à sa rencontre.
Pourtant, chaque vendredi, elle doit recompter tous les absents qui ne croisent plus sa route. Faut-il avoir la vie drôlement chevillée au corps pour traverser les épreuves de ce temps assassin. On sent la femme de labeur, celle qui a trimé, souffert, transpiré, pour tenir sa famille dans les meilleurs principes de l’éducation. On devine toute la déférence qu’elle a pour la France et toute la nostalgie qu’elle a pour son Espagne.

Le matin, quand elle part seule jusqu’à sa boîte aux lettres, on sent que cela devient une excursion dangereuse ; le moindre gravier pourrait la faire tomber, le moindre coup de vent, la bousculer, le moindre matou venant se frotter dans ses jambes, la renverser. Il y a quelques années, elle sortait encore sa voiturette ; quand elle mettait le frein à main, pour refermer son portail, souvent, elle n’arrivait plus à l’enlever ; alors, elle appelait les secours du voisinage pour la dépanner.
Récemment encore, à cinq heures du mat, elle préparait des paellas pour toute la famille ! Vingt ou trente à table, c’était dans ses habitudes de matriarche et rien n’aurait pu déroger à ce qu’elle se calme pendant ces furieuses agapes de grande lignée.
Sans doute, elle a perdu la plupart des prénoms et l’ordre de naissance de ses arrière-petits-enfants ; si elle retient encore ses souvenirs de quatre-vingts ans, ceux qui en ont un ou deux, elle n’a plus assez de place pour les rentrer dans sa tête blanche.

L’été, à la fraîche, madame Gonzalez fait le tour de son jardin avec son éventail à la main. Malgré ses jambes frêles, ses épaules rabougries et Parkinson qui gère la plupart de ses gestes, on sent encore toute sa fierté de femme andalouse. Elle renifle quelques fleurs à sa hauteur, ôte les plus fanées et vide son minuscule arrosoir dans des pots assoiffés.
C’est un de ses fils qui vient s’occuper du jardin ; à huit heures tapantes, il est sur le pont, maman le surveille de la fenêtre. Comme il n’est plus tout jeune, il se contente de balancer du désherbant avec un appareil contondant. Forcément, il ne peut pas se plaindre d’un mal de dos, d’une cheville ou d’une fatigue, puisque sa mère s’occupait de tout ça, il y a encore peu de temps. Je le vois transpirer, pester et saboter son travail. Il aimerait bien discuter avec moi pour se donner le temps d’une récréation entre tous ses travaux de jardinage mais je fais comme si je ne le voyais pas.

Chaque soir, Alejandra, Consuelo, Dolorès, vient pendre ses collants sur le fil de son étendage ; pour une pince à linge accrochée, trois tombent mais son sous-vêtement finit toujours par s’agiter doucement dans la brise du soir. Elle l’arrange pour lui donner une forme convenable, dans la bienséance de l’endroit mais, parfois, le vent facétieux gonfle les hanches, bombe les cuisses, arrondit les mollets, remplit les pieds, du fin tissu. Un instant, elle semble s’en amuser ; un instant, ses sourires ne tremblent plus ; un instant, un instant seulement, elle ferme les yeux dans la lumière du crépuscule…  

Gitane clandestine, les bras insolemment levés au ciel, la mine superbe, elle esquisse un pas de danse, un boléro, un fandango, un flamenco, peut-être, aux sons enjoués des guitares et des castagnettes, que nul ne peut entendre et que nul ne peut comprendre.
Alors, c’est le grand soleil de Barcelone qui éclaire son visage ; c’est le vent chaud de l’Andalousie qui caresse ses joues ; c’est le parfum capiteux de la Costa Del Sol qui aiguise ses narines frémissantes. Si une voiture « tintamarre » dans la rue, ce sont forcément les pétards de Bilbao et ses feux d’artifice multicolores qui s’incrustent dans ses pupilles embuées et si les nuages du couchant rougissent un peu trop, estoqués par les banderilles des branches fleuries du vieux seringat, elle entend les battements de son cœur qui répètent à l’unisson : « Toros !... Toros !... »

Quand elle me voit, elle se cache et quand elle me parle, je ne comprends pas un mot sur dix de sa conversation ; les pénibles tremblements ont aussi envahi sa voix et ses phrases. Alors, j’acquiesce, je compatis, je hoche la tête pour lui donner raison ; si je dis oui quand il faudrait dire non ou le contraire, elle n’a pas l’air de s’en offusquer. Je crois qu’elle a accumulé tellement de compassion au cours de sa vie qu’elle peut se passer de mes piètres objections de jeune soixantenaire. Chaque année, à l’automne du jardin, je lui cueille la plus belle de mes roses, celle dont les effluves font chavirer et reconsidérer notre monde avec d’autres critères que ceux des tristes faits divers…

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Participation de Venise

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10 juillet 2016

Information à nos participants

Depuis cette fin de semaine, il nous est impossible d'ajouter des images aux textes de notre blog. Canalblog les accepte mais à la publication, il n'affiche que le nom de l'image et pas cette dernière.

Nous avons fait part du problème au service technique de Canalblog qui nous a attribué un numéro de dossier.

Il n'est pas impossible qu'étant donné le nombre de nos billets nous ayons atteint une limite d'espace disponible pour un blog sur les serveurs. Nous devrions alors créer un second blog pour faire suite à celui-ci.

Nous vous tenons au courant de la réaction de Canalblog et de la suite des événements.

Amitiés à tous !

Edit du 11 juillet

Il s'agissait d'un problème technique qui a été résolu par les techniciens de Canalblog après le WE, donc pas de nouveau blog pour l'instant

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09 juillet 2016

Défi #411

Deuxième défi photo

de l'été :

Le tambourin

Vos participations sont à envoyer

comme d'habitude à

samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !

 

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Nous ont fait leur cirque

pas cons

410

Venise ; JAK ; Vegas sur sarthe ; Pascal ; Laura ;

joye ; bongopinot ; Walrus ; Joe Krapov ;

 

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Qu'est-ce que c'est que ce cirque ? (Joe Krapov)

La radio a toujours eu beaucoup d’importance chez nous. C’est par elle surtout qu’arrivait tout ce flot de chansons qui m’accompagnent encore, qui rythment ma prose sous forme de citations et ma vie sous forme de reprises.

Car je suis commissaire-repriseur !

Toutes les chansons qui vagabondent de par le monde, je les reprends par le colbac, je les mets derrière les barreaux des six cordes de ma guitare et je ne les libère qu’après, quand elles m’ont livré le secret de leur grille d’accords et que j’ai mis leur mélodie dans la cabane de ma caboche.

Vous imaginez du coup ma tristesse quand j’ai appris, l’autre samedi, qu’on avait contraint Monsieur Meyer à arrêter son cirque ?

Depuis des années, nous avions l’habitude d’écouter chaque samedi entre 12 et 13 heures, sur France Inter, « La prochaine fois je vous le chanterai » de Philippe Meyer.

Eh bien exit Monsieur Meyer ! Son émission est supprimée à la rentrée. On l’a remercié, comme on dit maintenant quand on met quelqu’un dehors. 


Ma contribution au Défi du samedi n° 409 m’a cependant donné une idée pour compenser cette perte sèche. Qu’est-ce qui m’interdit de te-me-vous concocter une émission personnelle de « La prochaine fois » ? Rien, excepté le manque de temps : je suis à la veille du départ en vacances.

C’est pourquoi je ne vous livrerai que le programme de celle-ci, consacrée bien entendu à la thématique du cirque dans tous ses états. Pour les textes de liaison, vous êtes libre d’aller les chercher dans les œuvres d’Achille Zavatta, Alex et Francini, Grock, Charlie Chaplin, les Marx brothers, Annie Fratellini, Federico Fellini ou Hector Malot (« Sans famille » !).

Toutefois, si la nostalgie de l’émission, de la chanson ou du cirque vous prend, vous pourrez toujours cliquer sur les liens pour les entendre.

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Voilà, je démonte mon chapiteau et m’en vais faire le clown ailleurs. Bonne écoute et surtout bonnes vacances à vous !

Programmation musicale 

L’hélicon / Boby Lapointe

La complainte du phoque en Alaska / Beaudommage

L’Auguste / Kaloutch (Bernard Dimey)

Bravo pour le clown / Edith Piaf

Le cirque / les Frères Jacques

Cirkus / King Crimson

Lapin ! / Juliette Noureddine

Trotte, trotte, ma jument ! / Guy Piérauld


A deux c'est mieux

Le clown / Gianni Esposito

Le clown / Douchka

 

La chanson hôn et La tocade de la semaine réunies !

L'acrobate / Joe Krapov - Bernard Dimey

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À quelque chose malheur est bon (Walrus)

Dans notre caravane, c'est l'Auguste qui ouvrait la marche au volant d'un bus aussi britannique qu'antique, repeint aux couleurs du cirque.

Il prétendait avoir le chic pour trouver des raccourcis.

Nous, on pensait surtout que c'était pour éviter les contrôles, vu ce qu'il se jetait volontiers derrière la cravate (enfin, le nœud pap', on n'est pas Auguste pour rien). Mais comme c'était lui le patron, on fermait nos gueules et on suivait le mouvement.

On s'est quand même bien marrés le jour où ce clown a foncé sous un pont sans se soucier de la hauteur indiquée par les panneaux de signalisation (faut dire qu'ils étaient passablement rouillés et lui passablement imbibé).

Le choc a été impérial, c'est le cas de le dire ! Pour le dégager, on a dû démonter tout l'étage et disquer les montants. Mais on a bien dû admettre que pour un raccourci, c'était un raccourci !

C'est pas plus mal ainsi qu'y dit l'auguste clown : maintenant on peut faire prendre l'air à l'éléphant et la girafe.

 

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Ça va être le cirque à Ar Santé et aux Fontaines par bongopinot

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Deux semaines circassiennes à Lannion
Un chapiteau en plein cœur d’un quartier
Pendant quinze jours joie et émotion
Et pour finir une déambulation et la grande traversée

Attention, attention, petits, grands et Ados
Le cirque à Léon sous son chapiteau
Proposera des ateliers de cirque aux habitants.
Jonglage, équilibre, fil, trapèze et cerceaux

Et la compagnie Basinga avec Yan et Tatiana-Mosio.
Vous pourrez essayer de marcher sur un fil tendu
Venez vous surpasser seul, à deux ou en trio
Et qui sait vous deviendrez peut-être mordu

Et la marche démarre à pied en échasses ou monocycle
Et un câble est tendu entre deux tours des Fontaines
La funambule va s’élancer pour la fin du spectacle
Les cavaletti sont en place, les chanteurs se déchaînent

De merveilleux moments pour tisser des liens magiques
Pour mettre en avant toute l’équipe qui agit dans l’ombre
Les techniciens, les musiciens et bien sûr le public
Sans qui rien ne serai possible et qui est venu en nombre

Elle glisse sur son fil pas à pas tranquillement
Devant ces habitants côtoyés pendant quinze jours
C’est pour eux et pour ces instants de partage si charmants
Qu’elle est là et, à son arrivée, elle les applaudit en retour


 

A VOIR SI VOUS AVEZ deux trois MINUTES

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Quel cirque ! (par joye)

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Le cirque (Laura)

Une représentation des bohémiens qui en rejoint  ou en précède d’autres :
Franz Hals et le sourire de sa « bohémienne,»
 Tony Gatlif vantant sa « liberté » dans la Loire.
Les Grüss  incarnant la noblesse du cirque.
Dans un camp de gitans, sur un air de jazz manouche.
La « tribu prophétique aux prunelles ardentes » chère à Baudelaire.
 Toulouse-Lautrec fait tourner dans son « manège »
Une « clownesse » au salut et une « écuyère à cru.»
C’étaient ses nuits fatalement syphilitiques.
Ils   peuplent l'imaginaire des arts et des lettres depuis des siècles.
L’Esméralda  du grand Hugo sur le parvis de Notre-Dame.
Des 1915, des camps de concentration pour Tziganes.
Picasso peignant des « saltimbanques » pathétiques.
Picasso-Carmen, Sol y Sombra, amour tragique.
Il se peignait avec un nez rouge, acrobate du risque.
André Dassary, chantant «Les yeux noirs » sur un air tzigane.
Georges Moustaki s’identifiant à sa guitare, « jolie fille d’Espagne . »
Cervantès et la gitanilla de ses « Nouvelles exemplaires. »
George Borrow et les Gypsies, « maître des mots » et des rêves.
Frantz Listz célébrant les bohémiens et leur musique,
Notamment les chanteuses tziganes à Moscou au XIX e siècle
Marc Chagall fait sa « Parade au cirque » en mots et en images.
« Les Bohémiens" d'Alexandre Pouchkine.
Georges de la Tour, Victor Schnetz, François-Joseph Navez  et leurs  diseuses de bonne  aventure :
"Les bohémiens" d'Albert Glatigny (1839-1873) dans "Les vignes folles"
"Salomé" de Guillaume Apollinaire
Arthur Rimbaud et sa « Fantaisie » de Bohême »
Le «Crépuscule" de Guillaume Apollinaire
« Le cirque » enfin de Georges Seurat, divisionniste.

 

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