27 janvier 2018

Germaine (maryline18)


Dans ce parc à l'Est de la ville, elle y vient souvent. Elle y lit l'été, sous un tilleul, dans de jolies robes de mousseline aux teintes pastelles. Elle y rêve l'automne, se protégeant du vent qui secoue les arbres, de ses chapeaux qu'elle collectionne. Elle en possède treize, de différentes formes et couleurs, dont un d'homme, en feutre noir, bordé d'un galon de velour sur l'arrière... Au grand étonnement du vendeur, elle en fit l'acquisition un jour sans fin, alors qu'elle flânait dans les rues commerçantes, un peu triste...
Gemaine est couturière, elle confectionne des complets pour des messieurs "très bien", comme elle dit souvent à ses amies toutes bien mariées. Réservée, par nature, elle n'attire pas les regards et s'en est accommodé depuis toujours, bien occupée à couper, assembler, surfiler, ourler, vestes et pantalons, avec minutie, dans sa petite chambre de "Bonne", au quatrième étage de cette immeuble cossu des beaux quartiers de Paris.
Les mots doux dans le cou, les tendres éffleurements à la fin des bals, les confidences sucrées échangées à la nuit tombée, à tout cela, Germaine rêve en secret, de plus en plus souvent. Elle adorerait qu'un amoureux empressé défasse maladroitement son chignon tressé, et lui dépose de doux baisers sur sa peau parfumée à la violette.
Ce dimanche matin, le parc est désert. La rosée de ce premier jour de Mai, sublime le parfum des roses et elle ne peut réfréner l'envie d'en cueillir une, au risque de se piquer. Elle ferme un instant les yeux pour mieux humer son odeur suave et reconnaissable parmi toutes les autres. Elle a emmené le chapeau d'homme. Elle le sort de son cabas et y dépose la rose, rose à l'intérieure ainsi que le billet rempli d'espoir qu'elle a écrit d'une main tremblante. Elle le relit une dernière fois : -" Vous qui trouverez ce chapeau, sachez que je l'ai choisi pour vous, tout simplement. Si comme moi, vous rêvez de connaître enfin votre moitié et de la chérir pour toujours, alors je vous attendrai dans ce bar à l'angle de la rue Des Bleuets et de celle des Hortensias. Coiffée de ce chapeau et un brin de muguet à la main, je vous reconnaîtrai. Assise à la troisième table sur la gauche, en entrant. Je vous attendrez en lisant le journal, à 12 heures, toute de bleu vêtue. A bientôt, G..."
Elle dépose le chapeau sur le banc où, à plusieurs reprises, elle y a apperçu un homme lire, mais sa timidité, l' avait empêché, alors de croiser son regard.
L'église sonne les douzes coups quand Germaine, paralysée, dans sa robe rose, et assise à la dernière table au fond à droite, voit s'avancer l'homme au chapeau, un brin de muguet à la main. Elle blémit et puis rougit prête à tomber dans les pommes. Le regard, encadré d'épais sourcils, balaie rapidement les tables et vient se poser sur sa chevelure. La malheureuse fait mine de chercher quelque chose dans son sac-à-main.
_"Bonjour Mademoiselle Germaine, nous avons rendez-vous, il me semble ! Le ROSE vous va à ravir !"
_"Heu...c'est une erreur, je ne voulais pas..."
_"Voila donc le pourquoi de cet achat si intrigant ! Si vous désirez que je garde ce chapeau, je vous en rembourserai la somme exact, je me souviens encore du jour où je vous l'ai vendu !"
_"Oh Monsieur Jean, qu'allez vous penser de moi ? je suis confuse !
Le vendeur de chapeau prend place en face de Germaine et lui prend doucement la main.
-"Germaine, si vous m'autorisez à vous appeler ainsi...sachez que je me languis de vous depuis que je vous ai apperçu au magasin et j'aurais reconnu ce chapeau parmi une centaine, tant j'étais désemparé le jour où j'en ai déduit que vous n'étiez plus seule...Je vous ai suivi de nombreuses fois dans nôtre parc préféré où je lisais parfois en vous attendant..."
Sa voix se veut apaisante, rassurante, caressante...Sa déclaration comble toutes les espérances de Germaine, aux anges...
_"OH Jean... moi aussi je vous aime... mais je n'osais pas croire que mon attirance puisse être réciproque... ...
Le silence c'était fait dans le café depuis l'entrée de Jean. Les habitués du quartier ne le croisaient que très rarement dans ce lieu...Son élégance naturelle imposait le respect et leur curiosité planait sur la table du couple fraîchement formé. Les clients, suspendus aux murmurent des amoureux, changeaient le nuage de fumée et l'odeur de bière omniprésente, en un brouillard s'ouvrant sur une clairière couverte de brins de muguet d'où s'élevaient des chants d'oiseaux multicolores...
_"Wouah ! wouah ! wouah !"
Boby, le caniche recueillit par le patron, dans le quartier de la gare le mois dernier, vient aux nouvelles. Il remue la queue et leur adresse un regard tout de tendresse et de questionnements mélés, qui fait rire tout le monde.
Louis, le chartutier de la rue adjacente, l'oeil rieur, se lève alors et bousculant la table de son ventre proéminent, annonce : " Patron, un verre de xérès pour les amoureux, c'est moi qui régale !"
Des applaudissements spontannés éclatent, les murmures reprennent, un rayon de soleil illumine le visage de Germaine, qui boit par petites gorgés le vin liquoreux, se donnant ainsi une raison avouable d'avoir les joues en feu et les mains tremblantes...Prémices des effets de l'amour que son audace lui offre ce premier Mai 1935.

 

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Le xérès qui a failli nous coûter cher... (Tilleul)


L'histoire que je vous raconte se passe en 1978. L’Europe sans frontière n'existe pas encore. Cette année-là nous sommes allés quinze jours en vacances en Espagne dans un petit village où les rues sans tarmac sont tout simplement empierrées. Il n'y a pratiquement pas de voitures. Les enfants découvrent le patelin aux volets clos, sans crainte de se faire renverser par l'un ou l'autre conducteur distrait. Chaque matin, le berger traverse la « Grand-Place » accompagné de son troupeau bêlant et sonnant – certaines brebis portent, en effet, une cloche autour du cou. Même si nous habitons la campagne, c'est un réel dépaysement. Nous logeons au château. Nos chambres aux murs blancs dont les lits sont uniquement garnis d'un drap – couettes et édredons sont inutiles en été- hébergent parfois un petit lézard qui a fui la chaleur de midi.
Les propriétaires cultivent des tomates, des pêches et des nectarines et nous en offrent par caissettes entières, juteuses à souhait. (Aujourd'hui, on les appelle « les mal-aimés » parce qu'ils sont trop gros ou trop petits ou trop mûrs pour la vente)
Outre ces fruits délicieux, dans les caves du château, il y a également des fûts de xérès et de muscat à la belle couleur ambrée que nous goûtons et re-goûtons avant chaque repas. Une publicité pour une bière belge dit « au plus que tu la goûtes, au plus qu'elle te goûte » ; c'est ce qui s'est passé avec le xérès. Nous décidons d'en acheter un petit tonneau et le casons entre les sièges de la voiture. Dissimulé sous un oreiller, il sert de couchette à nos enfants. (Les ceintures de sécurité n'existent pas encore).
Peu avant de passer la douane française, nous avons conseillé à nos fils de faire semblant de dormir, ainsi, pensons-nous, si le douanier éclaire l'intérieur de l'auto avec sa lampe de poche et qu'il voit les enfants endormis, il ne voudra pas les éveiller...

Le douanier : « Bonsoir Monsieur, bonsoir Madame, vous n'avez rien à déclarer » ?
Notre fils (4 ans) en se redressant : « C'est maintenant qu'il faut faire semblant de dormir » ?

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Participation de Nana fafo

Episode 03 : Pô ou pas de pot

p__ou_pas_de_pot

Pingouinnot et Loco descendirent du train à Adria en Italie, Stazionedei Treni.
La première impression de Pingouinnot : une gare toute rouge,
dans un endroit aux allures de bout du monde. Comment était-ce possible ?

Stephan, un xérus mi-rat, mi-écureuil, attendait ses nouveaux clients, un rictus aux lèvres,
on pouvait lire sur sa pancarte “Mont Bréquin”.
Il avait l’habitude de voir ces super-héros en mal de devenir, rejoindre la Bodegas.
Il connaissait déjà Loco, il l’avait récolté à Jerez de la Frontera en Andalousie,au pied de l’Espagne
(et oui dans leur Jargon aux super-héros ils parlent de récolte, une sorte de code entre eux).
Loco était un ancien, le correspondant shippers de la Bodegas Hidalgo,
il faut être locace pour vendre ce concept de super-héros !
On ne laisse jamais un nouveau, seul, arriver à destination.
Stephan avait pour mission de cueillir les nouveaux, les faire mûrir un peu,
voir même les oppresser selon les cas et fortifier cette idée de futurs héros,
pour qu’ensuite ils prennent de la bouteille et voyagent à travers le monde.
C’était la procédure autour d’un verre, au soleil et au bord de l’eau. 

Ah cette eau ! celle qui est à l’origine, pour chaque super-héros.
Ce sera donc le Pô, pour Pingouinnot, pas de pot, c’était sa destinée,
il a même fallu détourner un train pour l’y amener.
Ce fût tout un imbroglio afin qu’il ne se rende compte de rien. 

Loco tapa sur l’épaule de Stephan : “où va-t-on mon vieil ami ?”
Stephan “j’ai réservé à l’angle de Riviera Roma et Corso Vittorio, tu sais près du Pont”
Loco “ah oui, je vois, c’est là où on trouve mes petits sherry”
Pingouinnot “vous vous connaissez ? mais que faisons-nous ici ?”
Loco “patience, tu vas comprendre”
Il traversèrent à pieds, quelques rues pavés et typiques et s’installèrent à la terrasse de ce café du Pont. 

Loco commanda un vin doux, un Pedro Ximenez dont il aime le petit goût de miel.
Stephan lui préfèra un Palo Cartados et quelques fruits secs.
Quand à Pingouinnot il choisit de l’eau et une omelette légèrement arrosée de vinaigre,
ces 2 connaisseurs de Xérès l’intriguait, il préférait être sobre. 

Loco et Stephan expliquèrent à Pingouinnot que son destin était d’être un super-héros,
qu’on allait lui confier des missions et que cette révélation ne pouvait pas lui être faite ailleurs
que devant le Pô (et un pot) pour que ça fonctionne.
Heureusement qu’ils ne lui ont pas demandé de se jeter à l’eau pour son baptème ! 

Pingouinnot réfléchit tout haut : “mais pourquoi le Mont Bréquin ? Et le vilebrequin ?”
"il faudra que je me déguise comme superman ?"
Stephan répondit : “une voiture nous attend, dans 534 kilomètres vous connaîtrez la suite. “ 

Tous ces mystères commençaient à lui piquer sa fine langue de courtois,
comme un mauvais vin qui aurait, en plus, mal vieilli. 

Arrivés enfin à Saint Michel de Maurienne,
il y avait beaucoup de monde attroupé autour de quelque chose qu’on ne distinguait pas.

 

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Xérès (Minuitdixhuit)

 

— Tchérès, qu’ils disent, je te dis !
— Pas du tout : Rrrrrérès... J’ai interrogé ma bonne, Rrrrosa Dolorrrres, alors je sais de quoi je parle !
— Et moi, c’est le maçon qui refait ma salle de bain qui me l’a dit : Tchhhhhhhérès… Comme « El ingenioso hidalgo don QuiXote de la Mancha », Don Quichhhhote, pas Don qui rote !
Il est fier de sa culture, il savoure le point qu’il vient de marquer. Mais la femme est retors.
— Oui, mais au noir, tu fais travailler ton portos au noir !
— Ah, oui… Toi ton espingouine, bien sûr, tu la déclares…
— Non, mais la question n’est pas là, je n’ai pas supplié la chiquita de venir laver mes culottes…
— Ni moi, demandé à mon émigré la grâce de réparer mes chiottes. Bien content encore qu’on les paye, non ?
Il reprend une lampée du breuvage ambré. Elle hausse les sourcils imperceptiblement, car son verre est vide et son lifting récent. Au bord de la piscine, ils exposent au soleil leurs excédents pondéraux badigeonnés d’huile indice 20, engouffrés par des chaises longues prêtes à craquer d’indigestion bourelesque. Elle s’empare de la bouteille, remplit sa coupe à ras bord puis examine avec attention l’étiquette dorée :
— Xérès… Tchérès… Rérès… Bon Dieu, la vie n’est pas simple avec toutes ces choses qui viennent sournoisement d’ailleurs et pas d’ici… De toute façon c’est pas ces étrangers qui vont nous apprendre à parler la langue : Gzéresse. Un point c’est tout.
— T’as raison, on est chez nous, alors y z’ont qu’à boire du Xiesling comme tout le monde !
— Ou du Xampagne !
En hoquetant de fou-rire, elle réajuste ses énormes mamelles dans son bustier à baleine puis ouvre sa revue à la page horoscope. Avec précaution, elle chausse ses doubles foyers sur son nez tout juste refait.
En souriant, il se gratte les boules dans son boxer en nylon d’où déborde le projet d’une nouvelle liposuccion puis reprend son journal à la grille des mots croisés. Avec lenteur, il remonte ses lunettes loupes sur son nez bouffi de couperose.
— Maladie de la ménopause, dont les symptômes sont les yeux et la bouche secs. En 15 lettres.
Elle avale une gorgée rapide qui l’engoue d’une brûlure sans larmes.
— Xérodermostéose.
Il ingurgite un trait de vin qui lui noue fébrilement la gorge.
— Collectionneur de potences et d’instruments de torture en bois. 16 lettres.
— Xylopentaxophile.
— Réaction ou sentiment de rejet des étrangers ou de ce qui provient de l’étranger. En 10 lettres.
— Gzénophobie ?
— Ça rentre pas…

 

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Participation de Venise

LES Rois, la Noblesse, et les évêques anglais ne juraient que par le vin de XERES.

Le caractère Français du dit breuvage renforcé par un parfum de figue avait à lui seul bouleversé la dynastie des Plantagenets .

Un soir ivre mort le Roi avait déclaré la guerre au royaume  de France.

Seul Richard Cœur de Lion en faisait un usage raisonné en versant chaque soir quelques gouttes de l’élixir suprême au creux du saint GRAAL .

 

On sait par de savants médiévistes que les grands prélats normands , véritables contrebandiers dont  l’âme prêtée  à Dieu  faisaient commerce du Vin de XERES . On a retrouvé dans l’ABBAYE

De Saint augustin de Canterburry de vielles gourdes aussi vieilles que la tapisserie de Bayeux.

A la bataille d’HASTING on a fait l’instrument de la victoire ce vin afin d’imposer la fiscalité du royaume.

Un étudiant se léve enfin au fond de la salle .

C’est un tissu de mensonge votre thèse Madame une fake news.

Le sherry arrive tout droit d’Andalousie et n’a aucune racine anglosaxonne .

Le professeur se lève en titubant , n’entendez vous point le cri déchirant du xérès au fond des cuves ?

La salle rit aux éclats et applaudit le professeur ivre .

Comment voulez vous qu’on prenne au sérieux votre thèse dit l’étudiant irrité par ce tissu de mensonge .

Vous mélangez tout dit il en redoublant d’effort ,la force du vent et l’âge du capitaine .

Vous avez pas le pouvoir de délocaliser l’histoire du xérès.

Qu’est ce que vous en avez à foutre de la vérité ou pas dit le professeur droit dans ses bottes ?

Certes j’ai pris un peu de liberté avec l’histoire , mais des emmerdeurs dans votre genre ne me font pas peur dit le professeur le menton tressautant au bord d’un  sanglot.

Puis soudain  le professeur a coulé comme une masse de béton au fond de la mer 

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Participation de Laura

l01

l02

[1] Carte du terroir producteur de xérès in https://fr.wikipedia.org/wiki/X%C3%A9r%C3%A8s_(DO)
[1] Falstaff dans ses œuvres
[1] http://journals.openedition.org/aof/269?lang=fr#article-269
[1] http://journals.openedition.org/aof/269?lang=fr#article-269 et http://www.jerezsiempre.com/index.php/El_vino_de_Jerez_en_la_pintura_cubista

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Xips ! Xips ! Xourrah ! (joye)

xasseur

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20 janvier 2018

Défi #491

 

Manzanilla
Fino
Amontillado
Oloroso

Ce ne sont pas les 

Xérès

qui manquent.

Parlez-nous en sans modération !

4911

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Ont joué sur le velours...

pas cons

4902

Laura ; Maryline18 ; Vegas sur sarthe ; Kate ;

Venise ; Nana Fafo ; Pascal ; Thérèse ; Joe

Krapov ; JAK ; bongopinot ; joye ; Walrus ;

Caro_Carito ;

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Les jours meilleurs (Caro_Carito)

 


Il est arrivé dans la nuit. Cependant, dans la folie qui avait suivi Félicie, dernière-née des tempêtes qui balayaient le Pays des Gaillerons depuis le 12 février, personne ne s’était rendu compte de sa disparition. Le village avait eu son compte de toits pulvérisés, de vieillards envolés, d’inondations, de vaches en goguette, de pillage et de pénurie. Alors la disparition d’un wagon d’une compagnie de chemin de fer économiquement à l’agonie, qui pouvait s’en soucier ?

Lorsque Bastien est venu nous avertir de sa présence incongrue une semaine après la catastrophe, nous avons fermé la porte de la maison à double-tour. Après avoir intimé au chien d’attaquer tout intrus et l’avoir laissé, nous avons parcouru la distance qui nous séparait du bois des Luets.

Le wagon nous attendait à l’ombre d’un érable, presque fringant ; sa porte entrouverte nous invitait à pénétrer dans un intérieur impeccable. Une première classe. Nous avons fait le tour en potentiels propriétaires. Deux couchettes dans le compartiment des contrôleurs. A peine quelques feuilles et quelques branches accrochés aux vitres et pas une éraflure. A croire qu’il avait poussé, d’un coup, là au fond du pré, comme les jonquilles surgissent au printemps.

La première fois que nous avons embarqué, nous nous étions décidés pour le pays des mille étangs. Le printemps était encore timide. Nous avions pris les parkas et le panier rempli de saucissons et de jambon-beurre-cornichons. Le café était resté au chaud dans le thermos et, à midi, nous avions étendu sur l’herbe une vieille couverture. Jeux de ballons et courses avaient ponctué la journée. Pendant le retour, sur les murs verts du wagon, les enfants avaient accroché des dessins de pièces d’eau colorées. J’avais tracé un itinéraire zigzagant sur la page arrachée d’un vieil atlas : terre de Picadou, étang d’Hardouine et de Bignotoi. Joachim avait raconté des histoires d’écrevisses américaines et de meurtres non résolus, il avait parlé d’une vieille guerre avec des américains et des allemands, des histoires de pêche et de chasse. Nous étions rentrés, fourbus, comme si nous avions effectivement franchi des dizaines de kilomètres ; le wagon n’avait pourtant pas bougé d’un iota.

C’est pendant l’été où nous voyagions le plus, l’Espagne et le Luxembourg, la Bosnie-Herzégovine, de plus en plus en loin, de plus en plus longtemps. En 2036, notre première traversée des Etats-Unis. A nous les vastes plaines, l’odeur de T-Bone grillé que même les courants d’air ne parvenaient pas à chasser. Du coca, des beans et du bacon au petit déjeuner. A Pâques, nous allions invariablement voir la mer, comme un pèlerinage. Joachim préférait les Landes, les enfants tour à tour, Marseille, Antibes, ou Perpignan. Je voulais la longue bande claire et humide du Sillon voire une des plages sauvages cachées entre Cancale et Saint-Malo. A la fin du jour, nous repliions nos rêves et rentrions.

La nuit s’approche derrière le vieux bosquet. Il me faut retourner au wagon ; un enfant a oublié un jeu ou un nounours. Il faisait si chaud aujourd’hui que nous avons pris des bassines et des bidons remplis d’eau. Nous avons traversé l’Atlantique jusqu’en Araucanie, visitant Temuco, la ville de Pablo Neruda, regardant les trains de son enfance, touchant le sable de Puerto Saavedra. Ensuite nous avons joué à faire naître des vagues et des embruns dans des cuvettes en vieux plastique. Les mers sont aujourd’hui si sales que l’on ne s’en approche pas.

Après avoir rapidement trouvé la peluche retardataire, je me suis assise sur une banquette. Près de la vitre, une feuille recouverte d’un poème s’agite doucement. Ce matin, après l’avoir accrochée, j’avais cru apercevoir une mouette brisant le ciel et, plus loin, l’océan, identique à ceux que j’avais croisés quand il était encore possible de pousser les frontières et de voyager.

Immobile dans la pénombre fragile, je me rappelle la mer, je repense à l’odeur saline que nous ne reconnaitrions sans doute plus. Ici, nous pouvons croire en des jours meilleurs. Dans ce wagon qui semble être né, dans un champ, d’une tempête et d’un poème de Pablo Neruda.

 

Oh ! long Train de nuit,

souvent

du sud en direction du nord,

au milieu des ponchos mouillés,

des céréales,

des bottes que la boue raidit,

en troisième classe,

tu as déroulé la géographie.

C’est peut-être alors que j’ai commencé

la page terrestre,

que j’ai appris les kilomètres

de la fumée,

l’étendue du silence.

 

Pablo Neruda : Mémorial de l'île Noire (1964. extraits)

 

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