02 septembre 2017

Merci Walrus par bongopinot

Jette, décembre 2004


Elle a un sourire qui éclaire
Un sourire des grands jours
Elle pose a côté de son grand-père
Un homme plein d'humour

Ce grand-père et cette petite fille
S'entendent et s'amusent gaiement
La petite à les yeux qui brillent
Devant son papy si touchant

Cette photo me rappelle la connivence
Que j'avais avec mon grand-père
Et tous les moments heureux de l'enfance
Lui qui pour les autres semblait austère

C’est l’histoire d'un gentil grand-père
Un peu distrait un peu artiste
Qui passait des journées entières
À peindre à sculpter avec l'œil un peu triste

Mais, pendant toutes les vacances
On se retrouvait enfin tous les deux
Je lui racontais l'école et mon ignorance
Il comprenait mes jours malheureux

Il me disait l'importance de la différence
Me parlait de poésie, me contait des histoires
Et m'assurait qu'un jour j'aurais ma place
Et tous ces mots me reviennent en mémoire

C’est drôle cette photo qui ne m’appartient pas
M’a fait revivre quelques jolis moments
D'un passé que j’ai remonté pas à pas
Pour un instant tout à fait charmant

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Mais où avais-je la tête ? (Walrus)

 

Proposer une histoire de grand-père, c'est bien moi, ça !

Qu'est-ce que je vais bien pouvoir raconter ?

Mon grand-père paternel a été tué au cours de la première guerre mondiale et je suis né pendant la deuxième, c'est dire si je l'ai connu ! Il était Anversois et je pense qu'il s'appelait Louis. Il faisait partie d'un régiment de ligne, ce que j'ai déduit d'une photo de lui à cheval sur un tonneau que j'ai retrouvée chez mes parents. Ça fait pas bezef !

Celui du côté de ma mère est décédé quand j'étais encore tout jeune, à peine a-t-il eu le temps de me fabriquer des oiseaux faits de pommes-de-terre et d'allumettes qu'il enfermait dans une cage suspendue au mur extérieur de la maison. Il se cachait derrière le coin et sifflait pour essayer de me faire croire qu'ils chantaient. Il s'appelait Félix, comme un de ses fils, mais tout le monde l'appelait par son surnom : Lu Gawe, la guimbarde en patois liégeois, mais je ne l'ai jamais vu jouer de cet instrument.

Ça fait une paie aujourd'hui que je suis grand-père moi-même et que j'improvise vu mon manque de références...

 

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Arcturus (Pascal)


 
Avec cette ère moderne, ce n’est pas évident de rentrer en communication avec mon petit-fils. Ses activités ne sont pas franchement les miennes et l’armoire de ses souvenirs ne possède pas encore une véritable image en couleur.

Si je lui dis : « Regarde au bout de mon doigt : c’est Arcturus, dans la constellation du Bouvier, là, c’est Mars, Antarès et, là c’est Saturne !... » Il me croit puisqu’il les voit, mais… mon bateau ?!... Si je lui dis : « Quand j’étais jeune, j’étais sur un escorteur ; il faisait partie de l’Escadre de la Méditerranée… » aussitôt, il me répondra : « T’as des preuves, papy ?... » Tiens ! Il aurait été plus facile de naviguer sur une étoile ! Au moins, elles, elles sont visibles ! Toutes les nuits, elles sont fidèles, à leur poste, on admire leur brillance et on constate aisément leurs scintillements !...

Nos fiers bateaux ? Ils n’existent plus que dans notre mémoire dentelle et dans les albums photos ! Le p’tit merdeux de cinquante kilos tout mouillé, qui rigole d’un rien avec sa clope au coin du bec ? C’est moi !... Celui, tout fier, entre ses parents, pendant une perm, presque au garde-à-vous devant la maison familiale : c’est moi !... Là, le jeune mataf enserrant la taille de cette belle naïade à Bahia : c’est moi !... Là, en short de sortie, c’est pendant l’escale à Hamilton, en plein dans le triangle des Bermudes !...

Si sa mère lui donnait à manger ce que je bouffais à bord, la simple brioche du dimanche matin, automatiquement, il serait gréviste de la faim, le moutard… Aussi sec, il téléphone à Enfance en Détresse ! Pas de télé, pas de radio, pas de tel portable, à six dans six mètres carrés, au quart, en pleine fournaise humide, dans une cathédrale de collecteurs de vapeur, c’était l’ordinaire ; quand je lui raconte cela, il croit que j’étais en prison dans le siècle dernier, parce que celles d’aujourd’hui, elles ont tout le confort.

Nos bateaux ? On dirait qu’ils n’ont jamais existé que dans notre imagination ! Ils flottent par là-bas, entre Tananarive et Frisco, entre Diégo Suarez et Valparaiso, Aberdeen et Oslo. La mer, c’est les nuages et les embruns, nos larmes trop lourdes. On peut bien les chasser d’un revers de manche, c’est toujours marée haute, toutes ces vagues à l’âme, quand il s’agit de nos remembrances émues. Elles étaient réelles dans des temps qui sont aujourd’hui révolus. Ceux qui étaient vivants et à qui je racontais mes exploits ne sont plus là pour les confirmer.

Ces bateaux, ils naviguent encore et toujours en nous ; ils n’en finissent jamais de leurs tours du monde. Un jour de grande marée, communion, mariage ou jour de l’an, un peu bourré, on retrouve le pied marin ! La cuisine ? C’est le Chat Noir !... La salle à manger ? C’est le Fémina pour tout le cinéma qui s’y déroule !... Les chiottes ? La rue du Canon avec tous les effluves qui reviennent à la surface !... On a dans les yeux la même brillance que les étoiles de tout à l’heure et le sel de nos larmes vient buriner nos visages avec des rides de figures de proue légendaires !

Les jours de marée basse, pour nous occuper l’âme, on monte méticuleusement des maquettes, on va sur des sites d’anciens matafs, on lit et relit des bouquins de mer, on fait partie d’associations, on va à toutes les commémorations, pour être sûrs qu’on n’a pas rêvé ! On court après les souvenirs ! Porte-clés, tapes de bouche, tee-shirts, cendriers, tout ce qui se rapporte peu ou prou à nos bateaux !
On a encore notre tenue de taf bien repassée dans une armoire, notre bâche avec la légende du meilleur embarquement, notre gourmette plaquée au matricule des belles années.
J’en connais qui montent des petits autels chez eux et ils vont prier la Mer et ses Bateaux  au Ricard quand ils sont submergés par leurs souvenirs brodés de tempêtes homériques. Le verre au frontibus, ils communient avec le passé glorieux et s’ils tremblent un peu, c’est à cause de tous ces frissons « d’en avant toute ».
D’autres collectionnent les médailles sur leur uniforme ; à l’occasion d’une nouvelle remise, d’un anniversaire, d’une cérémonie, au tableau d’avancement, ils relèvent la tête et ils rentrent le ventre pendant l’inspection complaisante d’un vieil amiral en casquette à feuilles de chêne.

A table, quand je raconte des histoires de Marine, on me regarde avec des yeux ronds comme si je revenais d’une autre planète ! On me dit que j’affabule ; aussi, j’ai arrêté de me répandre avec mes souvenirs car ils seraient bien capables de m’envoyer à l’asile des Vieux Marins ! Comme ils sont facétieux, ces petits merdeux, ils disent que j’ai perdu la boussole ! Si je raconte une tempête, ils disent que j’ai un grain ! Si je raconte une sirène, Miquette ou la belle Sylviane, avec l’accent de Pagnol et sur un air de castapiane, ils me coupent la parole ! Si je parle du La Bourdonnais, ils pensent que je fais une nouvelle crise d’acné ! Alors, je ferme ma gueule ou je parle au vent. Mes souvenirs, je me les garde pour moi tout seul ; quand tout va mal, je les arrache des profondeurs abyssales et je me les passe en technicolor sur un mur de ma chambre d’hôpital.

Sans mon bateau, il me semble être amputé d’une partie de moi, celle-là même qui m’empêche de vivre normalement. Je ne suis pas sevré de ces trop courtes années de jeunesse ! Il me manque comme quelqu’un de ma famille ; je suis un vieux gosse à qui on a ôté son jouet trop tôt. Mais on le bichonnait, notre bateau ! De couches de minium en couches de gris pont, on le peignait comme on caresse son animal préféré ! Je me suis usé les yeux à surveiller la pression dans ses chaudières ! Honneur, Patrie, Valeur, Discipline, n’étaient pas des vains mots à cette époque ! Bleu blanc rouge, c’était nos couleurs de chaque jour, notre bannière étoilée à nous, marins du bout du monde…

Quand j’y repense, je désespère de le savoir au fond de l’eau ; du jour au lendemain, parce qu’il est devenu obsolète, sans tralala, sans tambour ni trompette, on a attribué un numéro à sa coque, et on l’a envoyé par le fond sans nulle sommation. C’est comme si on avait tué mon meilleur ami. Je n’ai pas la conscience tranquille comme si je l’avais trahi. Quand je remue ces pensées, je ne suis pas fier ; lui qui nous a toujours ramenés à bon port, qui a fièrement découpé les lames les plus virulentes, qui a paradé dans les ports les plus lointains ; hypocrites, on l’a laissé s’abîmer entre les mains hostiles des bourreaux bureaucrates. Repeint du gris souris, au noir des abysses, tu parles d’une décoration… Je n’ai même pas un bout de tôle, un boulon, un morceau d’étoupe, pour me consoler de sa disparition au quotidien. Chaque matin, je me verrais bien caresser un bout d’aussière, un tender de bastingage, une clé à volant, juste pour le plaisir de croire appareiller quand je prends la bagnole pour aller chercher le pain…  

Il me manque ; je suis orphelin de cette jeunesse qu’il portait fièrement sur son dos. Jamais je ne retrouverai le parfum du sel collé le long de ses flancs, le bruit des vagues écumeuses cisaillées par son étrave, la couleur des couchers de soleil dans son sillage, la douceur spartiate de ma bannette. On a jeté le passeport avec la photo du gamin qui riait dessus.

Entre mers et océans, entre roulis et tangages, entre le jour et la nuit, sur le pont glissant, notre vie était tangible. Dans notre monde autarcique, il n’y avait pas d’assassins, pas de terroristes, pas d’illuminés, comme il en court tellement sur la terre.
Parfois, il me semble que tout cela est irréel comme si je ne l’avais jamais vécu ou, alors, dans une autre vie, une parallèle, une qui n’a rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Même les tafs avec qui j’ai navigué sont des vieux bonhommes grisonnants ! Pourtant, à force de bières et de souvenirs mis en commun, on arrive à refaire le film d’une escale d’anthologie ! On s’invente même des faits de gloire qui ne sont pas les nôtres mais qui arrangent tellement notre entendement chamboulé.

Quand je soupire, il me semble voir s’agiter tous les fanions de la timonerie, quand je m’endors, je retrouve ma chaufferie, ses enfilades de manomètres et ses chansons de vapeur et quand je rêve, je revisite mes plus belles escales. Je revois des jeunes frimousses exotiques comme des paysages extraordinaires ; elles me sourient, réclament mon pompon rouge, ma main cavalière pour une balade sentimentale dans ce dédale multicolore, un baiser de rapprochement intercontinental… Où est la supercherie ?!... Qui a volé mes plus belles années ?!... Vous n’auriez pas vu mon bateau ?... Comment ?... S’il est au fond de la mer, comment vais-je les récupérer ?...

Tu vois ? Là, au bout de mon doigt ; dans le prolongement de l’arc de la Grande Ourse, c’est Arcturus…

La Bourdonnais Tarente 1974

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Cosaque-choc (Vegas sur sarthe)

 

Nos grand-pères croyaient avoir échappé au pire en revenant de la grande guerre sur leurs deux jambes, mais Pépé ignorait que cent ans plus tôt en 1814 les cosaques de la garde impériale russe - non contents d'avoir fait valser Napoléon - nous avaient laissé un cadeau empoisonné, le "cosaque-choc", un truc aussi compliqué à prononcer qu'à faire mais qui semblait amuser nos charmants envahisseurs et gratteurs de mandoline.
Si nos grand-pères avaient cru épouser leur mémé pour le meilleur, en ce qui concerne Pépé c'était sans compter sur cette folie qu'elle eut de vouloir lui apprendre à danser ce qu'on appelait selon Pépé le "
cosaque-choc" et selon d'autres kozachok, kazatchok ou encore Vertpeny Kozackok pour les plus érudits.
Le principe en était sournois pour ne pas dire peu orthodoxe pour l'époque puisque Mémé menait la danse tout en tapant des mains pour indiquer les changements de figure à l'homme qui tentait de l'imiter, en l'occurrence mon Pépé.

Si le mouvement paraissait aussi élémentaire et linéaire que marcher au pas, il n'en était pas moins rapide dès le départ et sur un tempo en constante accélération qui imitait - juste avant l'inévitable chute - le franchissement des tranchées et déclenchait chez le pauvre homme ce fameux cri: "
Tous aux abris". 
Après quelques atterrissages musclés Pépé courut bien vite chercher ses bandes molletières dont la mise en place lui garantissait une bonne demi-heure de répit avant ce qu'il nommait les grandes manoeuvres.
Il aurait bien ajouté le casque lourd si Mémé ne l'avait pas avantageusement recyclé en pot à géraniums.

Au fil des assauts quotidiens et à mesure que montait sa haine envers les ukrainiens, Pépé en venait à regretter que Napoléon n'ait pas fait la guerre aux argentins ou aux tahitiens, enfin à quelque peuple aux moeurs moins tordues.
Il disait que quand on possède une mer noire et qu'on pêche au harpon on ne peut pas être tout à fait normal...
Perfectionniste, Mémé multipliait les variantes, alternant le kuban-kazachok connu de quelques initiés russes du Sud et le ter-kazachok du Nord Caucase dont les différences selon l'expression de Pépé étaient 'frappantes'!

Mais la ténacité légendaire de Mémé allait donner un tournant particulier à l'apprentissage du "
cosaque-choc" lorsqu'elle décida de remiser le phonographe pour faire venir des musiciens plus couleur locale, des joueuses de cithare et de bandura.
Les "
Poupées cosaques du Vertep" ainsi nommées - traduction fidèle de kazatchok - étaient trois vraies blondes à la fois plantureuses et callipyges dont les attraits surdimensionnés eurent tôt fait de faire perdre la tête et les molletières à Pépé.
Après quelques vocalises, roucoulades, échanges d'oeillades complices et frémissements de moustache, Pépé fut sommé de retourner sur le champ "aux abris" c'est à dire au fond de son potager, les poupées retournèrent à leur Dniepr natal (si tant est qu'il le fut), Mémé à ses confitures de mirabelle et on n'entendit plus jamais parler du
cosaque-choc.

On était en 50 et depuis cet épisode le sempiternel entremets franco-russe qui ponctuait nos repas du dimanche n'eut plus jamais le même goût.

 

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Paysages avec hérons et couleuvres (Laura)


Ce n'est pas de la roupie de sansonnet,
Ce sonnet de Nerval, cet épitaphe
Où il se compare  tantôt au sombre Clitandre
Quand il n'est pas "gai comme un sansonnet"

Je ne prétendrais jamais faire aussi bien
En parlant des corbeaux que mon grand-père imitait
Ou des serins à nos fenêtres, qu'on enfermait
Que dire de l'ombre du héron près du grand bassin?

Comment ne pas évoquer Le chardonneret
De Carel Fabritius, rendu célèbre par Donna Tartt
Dans un poème qui se désire comme un sonnet?

Pour revenir aux corbeaux de Van Gogh
Et à l'ombre des héron des fables de la Fontaine
Comme  la mort  de mon grand-père et de l'artiste

Comment reconnaître une couleuvre
D'une vipère: cette question me fait déborder du sonnet
Pour parler de "L'homme et de la couleuvre", fable
Qui n'évoque ma grand-mère tueuse de vipères

Ni ma mère qui attrapait les orvets, inoffensifs
Reptiles comme les belles couleuvres
Qui sifflent sur nos têtes de Gorgone du Caravage?

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26 août 2017

Défi #470

Jette, décembre 2004

Une petite histoire de grand-père,
peut-être ?

La semaine prochaine, nous repartirons sur les mots.
Nous en étions restés au C de Clepsydre.

 

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ECRIRE A RIMBAUD ? 5, Fantôme (Joe Krapov)

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

« And is this that you want,
to live in a house that is haunted 
by the ghost of you and me ?”»

Leonard Cohen encore !

 

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 Cette semaine on me demande si je crois aux fantômes. Sans doute que la réponse est oui. Sinon que serais-je allé faire dans la «Maison des ailleurs», cette demeure où tu habitas, en plein Charleville, sur le bord de la Meuse, face au moulin et le dos tourné à la place ducale cent mètres derrière.

Il y régnait une atmosphère fantomatique, liée aux éclairages choisis, aux plans des villes que tu as visitées dessinés à même le parquet et surtout aux étranges vidéos conçues par des plasticiens contemporains.

 

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Je suis actuellement coincé par la pluie dans un camping tout près de Dieppe. J'y termine la lecture du «Temps des assassins», un livre consacré à toi par Henry Miller, un écrivain priapique de l’admirant-idole. Je déduis de ses phrases que chacun de nous à son Arthur Rimbaud ou son fantôme d’Arthur qui le hante à jamais. Mon projet n’étant pas de dévoiler le mien – ça ferait bien suaire mes lecteurs et lectrices, je pense – je vais plutôt te parler ce jour d’Arthur le fantôme. Ca me permettra d’évoquer mes propres limbes et de vagabonder en icelles.

Arthur le fantôme ! Il s’agit d’une bande dessinée, d’un récit en images si tu préfères, dont la publication a commencé en 1953 dans un hebdomadaire destiné à la jeunesse et intitulé « Vaillant, le journal le plus captivant ». Le créateur de la série «Arthur le fantôme justicier» s’appelait Jean Cézard.

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Arthur est un ectoplasme aux formes arrondies, enfin pas trop au début, qui n’a que deux boulets de charbon à la place des yeux dans le visage, qui a une houppette en guise de cheveux et, à la place des jambes, une espèce de queue. Oui, un peu comme Henry Miller. Ou comme toi, Arthur, à la fin de ta vie : un fantôme sans jambes.

Arthur, à ses débuts, est doté d’un papa et d’une maman ! Il habite avec eux un château moyenâgeux à l’abandon dans une sombre forêt - les Ardennes ? -. Histoire de coller encore plus la frousse – «les miquettes» comme dit Alexandre Astier qui joue le rôle du roi Arthur dans «Kaamelott» – aux gamins, Cézard leur apprend le mot «oubliettes» en en dessinant à l'occasion. Il leur faudra attendre la leçon d’histoire sur les cages de Louis XI pour découvrir  que le pouvoir rend cruel et con celui qui le possède. Mais ne nous égarons pas dans le labyrinthe, nous risquerions d’y rencontrer le Minotaure, çui-là qui tord les minots et leur dit «Thésée vous ou sinon vous allez perdre le fil de la fusée Ariane et du récit d'oncle Krapov».

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A part le premier gag en une planche, les aventures d’Arthur dans le journal Vaillant constituent un long récit de 366 pages qui paraît à raison d’une page par semaine. Chaque planche contient une douzaine d’images, en noir et blanc au départ, en couleurs ensuite.

Chaque semaine Cézard a livré son épisode à la rédaction et dans le même temps il dessinait d’autres histoires pour d’autres journaux (Billy Bonbon, Kiwi). Tu imagines le boulot ! Inventer des aventures à Arthur le fantôme chaque semaine que Dieu fait ! Avec mission d’être drôle à chaque fois. Comme dit l’autre «impaussible n’est pas français» ! 

Je ne sais plus si Jean Cézard me faisait vraiment rire. Sur ce plan-là, René Goscinny, Charles M. Schulz et Marcel Gotlib sont les premiers sur mon podium. Mais j’étais scotché par son dessin, ses châteaux branlants, ses vieux tacots, ses bateaux de corsaires, son Far-West avec des trognes de cow-boys pas possibles. La série s’est enrichie de personnages secondaires attachants (ou attachés, comme Verlaine le fut pour toi ?) : le professeur Mathanstock a amené sa machine sphérique avec laquelle Arthur a voyagé dans le temps.

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Lorsque Vaillant est devenu « Vaillant le journal de Pif » les aventures d'Arthur, toujours à suivre, ont adopté le format album classique, autour de 48 pages par récit, et ont été publiées à raison de quatre planches par semaine. En 1969 le journal devient « Pif gadget » et publie des aventures complètes de sept pages du fantôme justicier.  Le faire-valoir du héros est alors un magicien diplômé qui s’appelle le père Passe-Passe. Au cours d’un de ses voyages Arthur rencontre les Rigolus et les Tristus qui vivront ensuite leur vie dans une série indépendante. Les rouges contre les verts, les gais contre les tristes. Inutile de te dire quel camp j’avais choisi !

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Oui, celui des Rigolus. Et pourtant ça me désole de n’avoir pu localiser sur les cartes de Monsieur Google la maison de Bonneuil-sur-Marne où mes grands-parents nous emmenaient, mon frère et moi, à l’époque où nous avions ces lectures-là. La voisine s’appelait Madame Bidart, elle avait un superbe jardin et un chat – comme toutes les voisines de cette époque-là -. Nostalgie ! Nostalgie !

Je me souviens aussi d’un appartement prêté au grand-père par un de ses collègues, un nommé Achille, dont le fils, prénommé Serge, avait conservé une bonne collection de recueils de «Vaillant». J’avais lu là-dedans «La Grande descente», une aventure de Richard et Charlie par Tabary et j’y avais découvert Vlugubu, un personnage miniature avec une flamme sur la tête. L’histoire était un décalque du « Voyage au centre de la terre » de Jules Verne, une sorte de « Saison en Enfer » mais en beaucoup plus drôle.

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Accessoirement, nous avions été quelque peu choqués de découvrir, chez ce jeune lecteur de publications "communardes" comme nous, des véhicules militaires Dinky toys en pagaille (et en métal). Ce fut une bonne leçon. Le prosaïsme de la réalité a toujours vite fait de détruire la poésie de Norev. Normal, c’est du plastique ! Du plastoc, disions-nous.

Mais je ne t’ennuie pas plus. A relire Miller, je retrouve un autre fantôme : ce jeune homme que j’ai été, qui fréquentait les bibliothèques municipale et universitaires de Lille, qui dévorait Rimbaud, Kérouac, Miller, Scott Fitzgerald et des tas d’autres disparus plus ou moins notoires. De ce lecteur-là, je n’ai plus rien à dire, sinon que lui ne s’est pas arrêté d’écrire.

Je reparlerais bien par contre du même bonhomme un poil plus âgé qui a redécouvert hier à Dieppe, en spectateur, l’ambiance des tournois d’échecs. Une autre tranche de vie, ailleurs. 

Comment ne pas croire aux fantômes pour peu qu’on ait une mémoire affective, voire affectueuse ? Nous en promenons tous avec nous, à commencer par celui de nous-mêmes !

Salut à toi et à bientôt, camarade Arthur, ami poète, mon très cher roi de cœur « sans cœur » !

DDS 469 tacot

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Autant en emporte le plat : Épisode Sept [embre arrivera la semaine prochaine] (joye)

L’histoire jusqu’ici :  http://samedidefi.canalblog.com/archives/joye/index.html

Après le poum-alakazoum de la superbe princesse-fée, Émilie, Hammour, Garceline, et Fanfan se frottèrent les yeux.

Devant eux, ce n’était plus Vonceralet, le pauvre nain grincheux et généralement méprisé, mais plutôt la silhouette bien agréable d’un homme charmant et spirituel, accompagnée d’un petit chien blanc.

- Mais ! qui êtes-vous ? s’écria Garceline, pas pour la première fois dans cette saga. Vous n’aurez pas loupé, cet été, si vous avez tout lu, que cette prétendue héroïne manque sévèrement d’originalité, ce qui est souvent le propre des héroïnes dans les romances, mais passons, parce que sinon, on n’arrivera jamais à la fin de cet épisode, et puisqu’il n’y en aura plus qu’un seul pour tout terminer avant le deux septembre, alors, bon, en voiture, Simone !

- Oui, qui êtes-vous ? s’écria Hammour, qui lui aussi, souffrait du même manque d’originalité que Garceline, mais lui, au moins, et à son crédit, était musclé et masculin.

Fanfan, la marionnette – au cas où vous l’avez oublié  ne dit rien. Lui aussi se fatiguait de cette histoire, et il ne croyait pas que l’auteure allait le restaurer à sa forme humaine, avant la fin, elle n’est pas quand même Oualte Diznée, alors, il se tut.

- Eh bien, rit l’homme, avant que je ne vous dise qui je suis, il faut répondre à cette question : Croyez-vous aux fantômes ?

- Non ! répondirent Hammour et Garceline d’une seule voix. Fanfan hocha sa tête avec raideur. Que voulez-vous, c’était une marionnette faite de bois, il hocha sa tête alors avec raideur. Noméo, il y a comme des pinailleurs dans le monde littéraire, franchement.

L'exquise fée-princesse rit gaiement. Il ne faut pas oublier qu’elle figura elle aussi dans ce chapitre, même si elle n’eut pas de répliques.

- Très bien, dit l’ex-Vonceralet devant eux. Je suis…

Mais avant qu’il ne pouvait terminer sa phrase, le petit chien blanc s’échappa de sa laisse et partit au courant.

- Yipyipyipyipyiiiiiiiiiiiiiiiiiip !  aboya le chien.  Fanfan se fâcha. Même le chien eut plus de répliques que lui cette semaine.

- Oh mince ! cria l’homme dont vous ne connaissez pas encore l’identité. Le chien ! Suivez-le !

~ À suivre pour la fine fin de la saga à samedi prochain ~

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Mes fantômes par bongopinot


Chez moi il y a des spectres
Ils me guident à leur manière
Avec de jolis petits morceaux de lumière
Doucement ils ont appris à me connaître

C’est pour ça que depuis que je suis petite
J'abrite tous ces fantômes
Bienvenus dans mon royaume
Ou les revenants s'agitent

Cela peut vous paraître étrange
Toute ces apparitions ces visions
Réalité ou illusion
D’esprits qui se dérangent

Y croire ou ne pas y croire
C'est une bonne question
À chacun ses déductions
À vous de mieux y voir

Mais ici du dimanche au samedi
Ils accompagnent mes jours et mes nuits
Et les moments importants de ma vie
Mais surtout ne prenez pas peur les amis

Ils ne sont pas méchants voyez vous
Seulement malins et joueurs
De gentils fantômes avec du cœur
Et aussi réconfortant qu’un doudou

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