26 février 2011

Nature vive (Captaine Lili)

Portillon de campagne
Entre pré et prairie...
Porte ouverte au paradis ?

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Franchir le portail (Sol-eille)

61995756_p_1_Je me décide à passer de l’autre côté de ce portail.

Jusque-là je n’avais pas réussi à le franchir à nouveau. Un jour mon père m’a dit : « Si tu passes cette porte, si tu franchis ce portail, ce n’est pas la peine de revenir ! » Quel con ! Il n’avait rien compris, quel besoin avait-il de défier un jeune de 17 ans ! C’est tout à ces pensées que je franchissais le portail… phrase milles fois répétée… C’est sûr qu’à l’époque j’étais un petit con, je croyais tout savoir sur la vie, j’avais des idées à moi bien définies… mais je n’avais que 17 ans et qu’est-ce que je t’aimais Papa… déjà quelque mois plus tôt tu m’avais demandé de choisir entre toi et maman. Ma petite maman chérie… ça lui a retourné le cœur que je te choisisse malgré notre amour fusionnel, mais elle a compris que c’était pour maintenir un lien entre lui et moi. Tu as toujours si bien su nous faire culpabiliser.

Mais ce jour là Papa tu n’as pas été à la hauteur. Tu vois Papa, là, 25 ans après, je revois la scène, tu étais assis dans ton fauteuil du salon avec tes mots croisés devant la télé, près de la véranda et moi je suis arrivé en retard, c’est vrai. C’était une broutille Papa. Je te vois encore te lever excédé, l’atmosphère est soudain est devenue orageuse. J’ai vu les yeux de ta compagne s’emplir de larmes et les tiens rester de marbre, fier comme un coq, sûr de toi. Tes mots ont fusé comme sorti de ta carabine de chasse, des mots intolérables… j’entends encore : «… comme ta mère ! » puis « Si tu passes cette porte, si tu franchis ce portail, ce n’est pas la peine de revenir ! ». A ce moment-là tu n’avais qu’une seule envie : m’humilier. Qu’un seul désir : me rabaisser Papa. Et puis maintenant, je crois aussi que tu enviais ma jeunesse et mes 17 ans que tu n’avais plus et ta vie devenue monotone. Quel gâchis Papa.

Alors je suis parti Papa, tu n’as pas cherché à me rattraper. La porte d’entrée a claqué dans le silence de la soirée qui s’avançait. Je me disais, s’il ouvre la porte avant que je ne franchisse le portail, alors j’accepte de rentrer, sinon Adieu Papa. Je rêvais naïvement parce que tu ne l’a pas fait. Alors je suis parti avec mon vélo. Heureusement c’était l’été. J’ai dormi à la belle étoile chez Papy, près de l’étang, en catimini, que personne ne m’entende, que personne ne me voit… une des plus belles nuits de ma vie, mais aussi une des plus tristes… je venais de devenir un homme grâce à toi mais aussi de perdre mes frocs d’innocence.

J’ai l’impression que rien n’a changé dans le jardin et que tout a changé en même temps. Tout est devenu plus petit, et puis il n’y a plus mon panier de basket non plus. Qu’est ce qui va se passer maintenant Papa ? Est-ce qu’on peut renouer le fil après 25 ans ? Quel homme es-tu devenu ? Quel grand-père vas-tu être ? Seras-tu fier de l’homme que je suis devenu ?

J’en suis là quand j’appuie sur la sonnette de la porte d’entrée, tout en me disant que tu ne le sais pas Papa mais face à toi je n’ai toujours que 17 ans.

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La porte au milieu de rien (Faman)

Une bonne affaire, voilà ce que c’était. Une putain de bonne affaire. Marc venait de signer l’acte de vente. C’était officiel, il était maintenant un honorable propriétaire immobilier.

Une affaire, une vraie, une vieille ferme fin XVIIIème, paumée en pleine cambrousse, au milieu d’un joli domaine champêtre et qui, moyennant quelques travaux, ferait une superbe résidence secondaire. De quoi en mettre plein la vue à quelques collègues du boulot. Et le bonus quand ils sauront le prix de la merveille, voir leur visage afficher la bonne couleur verdâtre de la jalousie polie mais profonde, tout ça pour une bouchée de pain, du pain de le veille même.

Les notaires, sinistres escrocs officiels, évidemment que l’idée de voir leur commission réduite à cause d’un accord commercial avantageux ne les faisaient jamais sourire. Mais savaient-ils seulement sourire ces corbeaux ? Celui de Marc avait fait des yeux ronds avant de les lever au ciel devant le montant annoncé. A l’inverse, les yeux du triste vieillard qui vendait son bien n’avaient fait que se noyer dans la moquette de l’étude durant  toute la lecture de l’acte. Ils n’avaient semblés soudain s’illuminer que lorsque le dernier paraphe fut apposé sur le dernier document. A la vérité, le vendeur paraissait aussi heureux que Marc à ce moment là.

Le vieux type s’était montré soudain affable, alors qu’il avait été taciturne, méfiant, presque effarouchée à chacune de leurs entrevues précédentes. Il s’était nettement détendu, et avait même posé sa main sur l’épaule de Marc, esquissant un grand sourire avant de lui dire « Vous avez fait une bonne affaire ! » et puis il était parti en chantonnant. Marc, ça l’avait presque contrarié. Il aurait du être le seul à se satisfaire d'un tel deal, savamment déséquilibré. Il avait commencé à se poser des questions.

Alors il avait voulu aller vérifier une dernière fois que rien ne lui avait échappé. Quatre-vingts kilomètres parcourus d'une traite.

En posant le pied hors de la voiture, sur le gravier de la cour, il ressentit une légère appréhension. Il était maintenant officiellement chez lui. La bâtisse était grande et le terrain alentour vraiment immense. Plusieurs hectares. Il eut un grand sourire et s'imagina soudain comme un de ces fat bourgeois d’époque, tout en canne, redingote et haut de forme. Il se sentit presque pousser les favoris.

En faisant le tour de ce qu’il appelait maintenant pompeusement « le domaine », il s’enfonça un peu dans le jardin qui entourait la propriété, n’ayant fait que le survoler du regard depuis le balcon de la bâtisse jusqu’alors.

Le clos était à l’abandon depuis vraisemblablement quelques années déjà. On y avait laissé vivre leur vie aux arbres, arbustes, buissons et herbes folles. Toute la nature s’en était donnée à cœur joie, et dans une débauche de vie et de cette sexualité vigoureuse et infatigable propre aux végétaux, elle avait comblé le moindre espace de terre vierge, gagnant aussi sur les murs, les cours et les chemins, en foisonnant et en donnant graines, semences, radicelles, tiges, bourgeons, germes et autres rhizomes suintants et gouttants de divers fluides vitaux.

Marc eu presque un haut le cœur à l’évocation de cette bouillie végétale, de cet humus visqueux qui se répandait et s’étendait sans aucune limite.

Il frissonna inconsciemment l’espace d’un instant en pensant que toute cette végétation sans but, sans âme, faisait pourtant partie comme lui du domaine du « vivant » et qu’il viendrait un temps ou son propre corps, mort, servirait d’engrais à l’une ou l’autre de ces espèces.

Des vivants dénués de conscience, des zombies, voilà ce qu’étaient les plantes, des organismes multiples et innombrables mais ne faisant pourtant qu’un. Une entité à l'échelle de la planète qui se répandait, essaimait au gré des pluies et des vents. Un être vert, amorphe, rampant et croissant, repoussant toujours plus dru, épais et rapidement qu'il ne fallait de temps pour le couper. Un chaos végétal ne cherchant qu’à étendre son pouvoir, son emprise sur toute chose, avançant lentement mais inexorablement à l’échelle des décennies, des siècles, gonflant et bouillonnant à un rythme bien trop lent pour que l'homme puisse prendre conscience du danger. Un azatoth botanique, voilà ce que c'était. Les végétaux furent les premiers êtres vivants à coloniser notre planète et ils seraient probablement les derniers à en disparaître.

Il chassa de son esprit ces étranges pensées en comptant mentalement le nombre d’heures de tonte, coupe, brulis et jardinage intensif qu’il lui faudrait pour venir à bout de cette obscénité biologique, immonde partouze parfum chlorophylle.

Il en était là quand il vit le portail. Perdu au milieu de cet océan de mauvaises herbes et de branches tordues, il y avait une grille, flanquée de deux piliers de ciment défraichi. Un portail auquel aucun chemin ne parvenait et qui ne donnait sur aucune cours, aucune allée, aucun terrain. C’était une porte au milieu de rien.

Intrigué Marc s’approcha. Le portail était entrouvert. Il tendit la main et voulu instinctivement le refermer. Il s’attendit à ce que la vieille grille grince mais à sa grande surprise, elle pivota sans faire le moindre bruit. Il regarda de plus près les gonds. Ceux-ci étaient huilés.

Pour quelle raison pouvait-on tenir à s’assurer qu’un portail perdu en pleine nature ne grince pas et s’ouvre ou se ferme convenablement, alors que l’on pouvait de surcroît tout simplement le contourner de part et d’autre ? Aucune clôture, aucun mur n’y était rattaché.

Et pourtant le portail était là. Et quelqu’un avait passé du temps à l’entretenir. Ses charnières étaient graissées copieusement et il avait même été repeint récemment.

Marc fut réellement intrigué de cette découverte. Il eut soudain l’impression qu’un secret lourd était lié à cet huis et ressenti en même temps une crainte irraisonnée autant qu’une envie farouche de le franchir, ce qu’il fit presque instantanément.

Un violent coup de vent, un soudain orage, un éclair zébrant le ciel, le retentissement d'un rire démoniaque ou d'un hurlement lupin, l’ouverture d’une faille béante sous ses pieds donnant sur un abyme insondable…rien de tout ceci ne se produisit.

Tout au plus Marc sentit-il un bref courant d’air, mais de l’autre coté du portail, tout semblait à l’identique de celui qu’il venait de quitter. Tout était calme, serein et beau, tout simplement. La nature ne lui apparaissait plus aussi dégoutante ici, mais fraîche, libre et belle et il se demanda si finalement laisser une partie du terrain à l’état sauvage ne donnerait pas un peu de cachet et de charme à l’ensemble.

Il sourit, contempla l’étendue de son nouveau domaine qui se prolongeait aussi de ce coté-là du portail, puis se retourna. Il franchit encore une fois le portail dans l’autre sens, le ferma consciencieusement, sans qu'aucun grincement sinistre ne se fasse entendre, et il rejoignit d'un pas enjoué son véhicule.

Sur le chemin du retour, il s’arrêta dans une grande surface de bricolage. Remettant à une date ultérieure ses plans de génocide végétal, il acheta simplement un petit flacon d’huile domestique.

 

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Portail pourri (Droufn)

Cette image me rappelle la maison d'un grand oncle. C'était à Mescher-sur-Gironde à l'embouchure du fleuve du même nom, tout proche de Royan. Cet oncle avait un beau métier, il était ostréiculteur à la retraite. Il faisait pousser des huitres dans l'eau de mer quoi ! J'étais tout petit à cette époque et les huitres j'aimais pas ça, comme beaucoup d'enfants.  Alors je m'en foutais un peu de ce qu'il me racontait.  La maison de cet oncle dont je ne me souviens plus le nom si ce n'est qu'il n'était pas commode, était très petite et le terrain était très long et très peu large, comme la plupart des maisons dans ce coin. Tout au fond du jardin il y avait un petit portail en bois, un peu pourri que l'on ouvrait plus. L'oncle était vieux et il y avait bien longtemps qu'il n'était pas allé au fond du jardin. Il m'avait interdit d'ailleurs de passer la limite du portail pourri, me disant que c'était dangereux, sans me donner plus d'explication. Comme ce qui est dangereux attire les enfants, j'ai un jour passé la limite. J'en menais pas large. Il y avait une grande dune de sable très haute à franchir, recouverte d'herbe piquante. J'ai eu beaucoup de peine pour grimper, et une fois la haut.. ben y'en avait une autre, et encore une autre. Mon cœur battait très fort, j'avais très peur de me perdre. Enfin, la dernière dune escaladée, le souffle court, je me suis trouvé face à l'océan.

C'était fascinant, j'étais seul face aux vagues, j'ai crié, un bien être immense m'enveloppa à m'en faire tourner la tête.  A moins que ce ne soit la faim. Sur quoi je repris le chemin inverse pour aller quémander mon goûter.

Je ne suis jamais retourné dans la maison des dunes. L'oncle est mort. Joli portail pourri, tu me manques.

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Un rêve‏ (Berthoise)

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C'est un peu flou dans ma mémoire. Pourtant, j'ai encore rêvé de lui cette nuit. Nous marchions main dans la main dans la campagne.

Avions-nous déjà marché dans la ville  ? Non, c'était un amour de  grand air, de verdure, de longues promenades, un amour d'été, brûlant  dans le soleil.  On était sérieux, comme quand on est amoureux à vingt  ans, tout éblouis de tant de lumière. Je passais ma main dans ses  cheveux, comme pour vérifier la réalité de sa présence, je le mangeais  des yeux, je buvais ses paroles. Il avait une voix grave, très grave,  qui faisait frissonner mon âme. Il murmurait des choses très  importantes, des choses dont on se nourrit longtemps encore, après les  avoir entendues. Nous avancions sur le chemin. S'il savait où nous  allions, moi, je n'en savais rien. Les rayons du soleil chauffaient mes  épaules. Les grillons faisaient bruire le gazon rasé par la saison. Nous  avons passé la porte pour arriver dans les vignes. Le soleil à la  verticale écrasait nos ombres. C'est là, dans la lumière crue de midi  que nous avons fait un serment. C'est un peu ridicule un serment d'amour  à vingt ans quand on ignore tout de l'amour. Mais nous n'avions pas le  sens du ridicule, pour voir le dérisoire de nos promesses.

Après tout ce temps, avons-nous failli à nos paroles ? Lui, peut-être mais pas moi, je rêve encore de lui.

 

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Le lit de verdure… (Mamido)

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C’était un lit de verdure,
Nous y allions dormir.
C’était un champ de verdure,
Nous y allions courir.
C’était un nid de verdure,
Idéal pour nous y blottir…

C’était un écrin de verdure,
Avec, en guise d’entrée,
Un vieux portail rouillé.
Tour à tour, au fil des ans,
Nous y avions déposé
Nos joies et nos chagrins d’enfants,
Nos jeux de gendarmes et de brigands,
Et nos premiers émois, une fois adolescents.

Mais un jour, il a fallu se réveiller,
Nos pas ont ralenti et nous avons marché,
Ce merveilleux refuge, il a fallu quitter.
Nous avions grandi, l’innocence envolée.
Pourtant dans nos vies d’adultes,
Nous n’avons fait que revisiter
Tout ce que dans notre jeune âge,
Nous avions déjà joué.
Le travail, le mariage et aussi les bébés…
Les chagrins, les bonheurs,
L’amour et l’amitié…

Parfois cependant, dans nos songes,
Il nous arrive de retourner…
Dans notre lit de verdure,
Pour y dormir.
Dans notre champ de verdure,
Pour y courir.
Dans notre nid de verdure
Pour nous y blottir.

Mais en réalité, pas de retour possible,
Car notre coin d’enfance a disparu …
Dans un bruit de tonnerre,
Des bulldozers sont venus,
Casser le lit, détruire le nid,
Et mettre la terre à nu…
Et à la place de ce paradis perdu,
Une zone artisanale, ils ont construit dessus !

C’était un lit de verdure,
On pouvait y dormir.
C’était un champ de verdure,
On pouvait y courir.
C’était un nid de verdure,
On pouvait s’y blottir…

… Désormais il n’existe plus,
Que dans nos souvenirs !...

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LE PORTAIL (Lorraine)

Je n’avais pas dix ans et j’étais en guenilles
Je m’en allais nu-pieds sur les chemins des bois
Parfois dans la cité je tendais ma sébile
Puis revenais dormir sous l’arbre en tapinois

Un matin de printemps ébloui de verdure
J’entendis un appel, frêle et doux comme un vœu
Dans l’herbe je courus. Le long de la clôture
D’une mare asséchée il était là, gracieux

Tout nu et tout petit, l’Ange de l’écriture !
Il me sourit soudain comme fait un enfant
Je le pris sur mon cœur, et dans ma démesure
L’entourai de mes bras, le berçai doucement

L’emportai à jamais, en fis ma délivrance
Mon rêve, ma douceur, franchissant le portail
Qui bloquait l’horizon englué de silence
… Et depuis mon destin est beau comme un vitrail.


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Mon jardinet (Tendreman Spice)

Derrière le petit portillon, mon rêve secret, un jardinet
Un jardinet, avec un puits, avec lequel, avec parcimonie
J’arrose les légumes que je mange, les légumes qui me font vivre

 

Salades de toutes les saisons et de tous les régions du monde
Persil et autres herbes épices, navets d’Auvergne, carottes, poireaux

Et puis des arbres et arbustes, pour les fruits et noix, pour les noisettes

 

Mûres, framboises, abricots, cerises, noix noisettes
Que je cueille, que je recueille, que je goûte
Avec elle, qui est venue me voir, vêtue de sa petite robe

 

Elle que mes tendres mains caressent, sous la robe
Elle que je déguste, douce et juteuse
A la dérobée des regards, derrière mes arbres


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La porte (32Octobre)

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