10 mars 2012

Puisque je veux t'être chère.... (Anémone)

Puisque je veux t'être chère,
J'ai décidé de me faire rare.
Rare comme une ride de Cher.
Chère comme un oiseau rare.

 
Cessant de me voir passer,
Et ne croisant plus ma route,
Tu te prendras à rêvasser.
En toi s'insinuera le doute.
 
Tu ne comprendras pas tout de suite.
Quel manque te tourmente.
Toi si prompt à prendre la fuite,
Et coutumier de la tangente.
 
Tu te poseras des questions
Sur ce qui trouble ta quiétude.
Puis s'écroulera le bastion
Erigé par tes habitudes.


Tu regretteras le temps si doux
Où j'étais disponible
Quand tu refusais qu'entre nous
Quelque amour fût possible.

Tu hésiteras à me faire signe
Puis tu m'appelleras,
Te traitant de triple imbécile.
Tu m'imploreras.

J'entendrai ta voix qui se fêle
Me dire: N'y a-t-il plus d'espoir?
Alors précieuse, exceptionnellement belle
Commencera vraiment notre histoire.

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Ce qui est rare est cher (Vegas sur sarthe)

Quoi de plus rare que cette porte cochère de la bouchère kasher et gauchère de Vendôme (*) et rachetée aux enchères à une maraîchère vachère ?

(*) A Vendôme, ne dit-on pas "Ce qui est Loir est cher" ?

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L'oxygène (Venise)

L’an 2045

         L’oxygène est devenu rare et cher.

L’agression se produisit à 23 h 30 exactement. Je le sus parce que j’avais été poussé à consulter ma montre l’instant d’avant. Mon compteur à air me signalait une baisse d‘oxygène et sétait mis en marche. Mais avec la clarté des réverbères cela aurait pu être l’après-midi.

Au moins une dizaine de personnes auraient pu venir à mon secours, mais personne ne bougea.

Peut-être que l’effronterie de l’agresseur avait laissé perplexe les passants.

Peut- être crut-on qu’il s’agissait d’un jeu ou d’une querelle conjugale à la sortie d’un restaurant.

Il était possible – et c’était là le plus étrange –qu’on nous ait pris pour un couple.

Une main m’empoigna par le col me plaquant si violemment contre la vitrine tout en m’arrachant mon compteur à air.

venise184

Je conservais, ma montre, mon portefeuille, mon stylo-plume, et même mon portable

L’espace de quelques heures, tout ne fut qu’un cauchemar. J’aurais préféré mourir de syphilis. Quand j’ai pu me le permettre je pus respirer au tuyau municipal qui s’enclenche toutes les trois heures jusqu’à ce que les compteurs d’air de la nationale banque se portent à mon secours. C’est la seule raison pour laquelle je suis encore en vie .C’est au moment où on pense avoir surmonté le danger qu’on se rend compte qu’on reste vivant, mais toujours au mauvais endroit et au mauvais moment.

Avec cet oxygène si cher, j’attendais qu’une hache s’abatte sur mon crâne, qu’une bombe explose, qu’une femme pour son bébé enfonce ses doigts dans mon cœur. Et dans mes rêves j’avais toujours la sensation d’avoir égaré un objet précieux qui ne devait pas me quitter de la journée : MON COMPTEUR A AIR.

 

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03 mars 2012

Défi #184

Ce qui est RARE est CHER !

EXEMPLES ??????

... à votre choix !

Envoyez vos raretés

à samedidefi@hotmail.fr

Grand merci à vous !

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Attention ! Ça va déménager (SklabeZ)

Bien que largement ensoleillé, l’été s’éternisait et les derniers jours des grandes vacances n’en finissaient pas de passer.

Comme tous les ans, par tradition, toute la famille s’était donné rendez-vous dans la grande maison familiale, à deux pas du bord de mer. La demeure ancienne est suffisamment grande pour accueillir tout ce petit monde, enfants, conjoints, petits-enfants, et Papy et Mamy sont, comme à chaque fois, particulièrement heureux de ces retrouvailles. Leurs tranquilles habitudes sont néanmoins bouleversées et quoiqu’aidés par leurs grands enfants, l’intendance et la logistique restent un souci quotidien. Pas facile en effet de loger et alimenter toute cette bruyante marmaille.

Nous sommes au petit-déjeuner. Assis autour de la grande table et engloutissant leur petit-déjeuner, les enfants cherchent une occupation pour l’après-midi. Un tonton passionné de météorologie leur prédit que la journée sera encore plus chaude que la veille. Les plages bondées et leur enthousiasme pour les plaisirs de la mer commençant à s’émousser, ils veulent faire autre chose. L’aquarium ? Bof ! Ils l’ont tous déjà visité. Le zoo, bien trop loin à leur goût et la traditionnelle sortie vélo a déjà été faite deux fois cette année.

Un des petits suggère, le grenier de Papy ! Oui ! Génial !!! La proposition fait l’unanimité. Le problème c’est que Papy n’aime pas trop les visites dans cet endroit très mystérieux où sont entreposés tous les souvenirs de la famille.

Réclamée à cor et à cri, les adultes ne peuvent refuser aux enfants cette visite du grenier familial. Elle est donc programmée pour l’après-midi. Cris d’acclamation et hourras répétés, c’est le délire !

Les cris de joie des enfants résonnent encore dans ma tête quand une certaine peur panique m’envahit : et si le grenier de Papy n’était pas prêt à supporter cette troupe d’envahisseurs, cette horde turbulente, peu respectueuse des souvenirs !

Je grimpe immédiatement les marches encaustiquées et me retrouve au dernier étage devant l’escalier rancher, coiffé de la trappe d’accès au grenier.

À peine la trappe déverrouillée et poussée, je me retrouve dans une atmosphère calme, feutrée mais sans dessus dessous. Il y a là un capharnaüm indescriptible et tout ce bric-à-brac est couvert de poussière.

Beaucoup d’objets hétéroclites, certains brisés, tous recouverts de toiles d’araignée. Après m’être accoutumé à la pénombre, je parcours du regard ce vaste abri de souvenirs, toutes ces œuvres qui cohabitent, endormies...

Une statuette de Jeanne d’Arc en armure tenant son étendard déployé côtoie une enseigne militaire, l’aigle impériale des armées napoléoniennes. Dans leur vitrine, des soldats de plomb bigarrés montent la garde devant une porcelaine chinoise recouverte d’un émail craquelé. Quelques santons de plâtre essaient de se mirer dans une psyché au tain détérioré. Un vieux gramophone à manivelle repose tout le poids de son bras fatigué sur la pointe de l’aiguille, aiguille qu’il aurait pu emprunter à sa voisine, la fameuse machine à coudre Singer, compagne de plusieurs générations d’apprenties femmes au foyer. Étant petit, j’aimais m’accroupir et regarder le pédalage d’une de mes tantes pendant que les rideaux qu’elle cousait descendaient sur moi, me faisaient disparaître en me recouvrant progressivement.

Derrière le paravent, une écritoire bancale avec quelques vieilles photos sépia, un porte-plume ancien, planté et figé, dans un encrier de jade à la couleur blanc olivâtre. Sur une étagère, une vieille boîte à chaussures fermée d’un ruban. Je le dénoue et risque un œil. À l’intérieur une liasse de vieilles enveloppes, toutes les lettres d’amour de Papy à Mamy, avant leurs fiançailles, un trésor à la valeur sentimentale inestimable.

Je poursuis ma visite en essayant de ranger au mieux et de préserver de la ruée et de la bousculade à venir, tous ces objets et vieilleries, témoins du passé.

Après une rapide rétrospective, je suis content de moi et soulagé. Le grenier de Papy est prêt à affronter la ruée. Moi je redescends avec un picotement au nez. J’ai attrapé un coryza.


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Styles (Célestine)

Célestine

Un homme s'assoit sur une chaise en s'épongeant le front. Derrière le paravent, il entend un couple qui fait l'amour. Il reconnaît la voix de sa propre femme. Il porte la main à sa  poitrine et s'écroule. Son mouvement de chute en arrière déclenche le phonographe qui se met à jouer la Cinquième de Beethoven. La femme crie : « Ciel ! C'est le morceau préféré de mon mari ! » - « C'était ! » dit son amant en constatant que le pauvre homme est mort…

***

Policier

A quinze heures dix-sept, ce jeudi 12 décembre, la victime était assise exactement là, sur ce siège. Pas d'empreintes digitales. La prévenue  se tenait derrière ce paravent. Au moment du crime, elle avait des relations sexuelles adultérines avec son amant. Celui-ci n'a pu que constater le décès. Après autopsie, le médecin légiste a conclu à une mort par absorption d'une dose létale de digitaline.  Le phonographe sera retenu comme  pièce à conviction.

***

SMS

-ptin  c   relou, chuis tro deg
-koi ?
-ma rem elle a 1 amant é elle é en tol
-mdr
-et mon  padre il écoutera  plus sa zik tro chelou, il é mor
-Lol 

***

Médical

Un individu de sexe masculin atteint de cardiopathie chronique doit s'asseoir, car la station debout lui donne des troubles de l'équilibre, provoqués par un dérèglement de l'oreille interne, ainsi qu'une sudation exagérée. Il perçoit derrière un paravent les signes d'un coïtus ininterruptus entre deux individus de sexe opposé procédant à la fusion de leurs ovules et de leurs spermatozoïdes, Cela  entraîne chez le sujet une réaction épidermique et un malaise cardiaque, avec essoufflement et nausées qui, combinées à sa pathologie sous-jacente engagent malheureusement le pronostic vital. La mort instantanée prive le sujet d'une dernière écoute de sa symphonie favorite.

***

Puéril

Il fait quoi le monsieur ?
Et pourquoi il est tout rouge ?
Pourquoi il s'assoit ? Et c'est qui l' aut' monsieur ?
Et pourquoi il est tout nu ? Et la dame, c'est qui ? C'est sa maman ?
Il dort le monsieur, hein ?
Comment elle fait pour jouer toute seule la musique ?
Hein ? Hein ? Dis !
Et pourquoi il se met pas dans son lit pour dormir le monsieur, hein ?

***

Méridional

Oh, Fougasse ! Tu sais pas la nouvelle ? Escartefigue est mort !
-Mort ! Ô Bonne mère ! Tu galèges ! Mais comment ?
-Il paraîtrait que ce serait sa dame qui l'aurait envoyé de l'autre côté...
-Oh la salope ! Une brave garce, celle-là ! Ca lui suffisait pas de le tromper avec tout le village, qu'avec ce qu'il avait sur la tête, il passait plus la porte du bistrot, pardi !
-Et voueï galinette! Sans compter qu'il avait le cœur fragile, peuchère ! Qué cagade ! Il écoutera plus sa musique de sauvage...
-Qué musique ?
-Mais voui, tu sais bien le compositeur célèbre, té...Comment c'est son nom déjà ?
- Attends voir...C'est pas « Bite au vent » ?
-Tout juste ! O pauvre ! Rien que d'y penser, ça me fend le cœur !

Hommage à Raymond Queneau (Exercices de style, un de mes livres préférés !)

 

 

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Quatre-vingt dix-neuf dragons : exercices de style (Joe Krapov)

ACTE 1 SCENE 1

La scène représente une auberge à Silène en Libye en 300 après Jésus-Christ. Pierre, Bertrand et Jehan sont assis et consomment à une table tandis que l’aubergiste essuie les verres au fond du café en sifflant un air d’Edith Piaf. Entre Boucicaut, en larmes, coiffé d’un képi de légionnaire et sentant bon le sable chaud.

 

Bertrand – Hola, tavernier ! Mettez donc une cervoise de plus pour notre ami Boucicaut !

Boucicaut – Eh bien ça y est mes amis ! Nous voilà débarrassés du dragon ! Mais quand même ! Quand j’y repense ! (Il s’assied et se met à sangloter)

Pierre – Eh quoi, Boucicaut… Tu sembles bien regretter quelque chose !

Jehan – Peut-être bien qu’il est déçu par la tête du vainqueur du monstre. Ou surtout par le fait qu’il s’agit d’un étranger !

Bertrand – C’est vrai, ça la fiche mal qu’on n’ait pas été foutus, à nous tous, de conjurer le sort qui nous avait été jeté.

Boucicaut – Quand même … Bou ouh ouh !

DDS 183 Saint-Georges 3Jehan – J’aurais bien voulu t’y voir, toi, face à cette bestiole infernale ! Tous ceux qui s’en sont approchés pour l’affronter sont tombés inanimés, intoxiqués à cause de son haleine pestilentielle. Des monstres qui crachent des flammes, qui ont des griffes pointues, douze têtes qui repoussent une fois qu’on les a coupées, ça, moi, Môssieu, je te les estourbis en cinq secs quand tu veux. Mais qu’est-ce que tu veux faire contre un dragon qui empeste le Munster avancé et le fromage corse des maquis reculés ?

Pierre – C’est vrai que terrasser le dragon et dragouiller en terrasse, ce n’est pas la même chose ! N’empêche, l’étranger, lui, il a réussi !

Bertrand – Moi je dis qu’il a triché pour pouvoir épouser la fille du roi !

Boucicaut – Quand même ! Quand je repense à elle ! Bouh ouh ouh !

Jehan – Triché ? Comment ça !

Bertrand – Oui, il a triché, le Georges de Lydda dirladada ! D’abord son épée n’était pas de taille réglementaire ! Et puis ce signe, là, qu’il a fait. Si ce n’est pas de la magie noire, qu’est-ce que c’est ?

Jehan – C’est un signe de croix, idiot ! Et tu as intérêt à t’y habituer maintenant parce que tu vas le voir faire. Plus souvent ! pas qu’un peu !

Pierre – Magie noire, magie blanche…En tout cas, l’étranger, il nous en a débarrassés, de l’oppresseur.  On allait se retrouver sur la paille à lui  refourguer toutes nos brebis, nos agneaux, nos bestiaux et voilà qu’il exigeait nos enfants. Heureusement le sort est tombé sur la fille du roi.

Bertrand – En même temps, nos mouflets, pour la vie qu’on leur fait ! Autant qu’ils finissent là, au chaud !

Boucicaut – Bouh ! Ouh ! Ouh !

Pierre – Holà, tavernier ! Donne-lui tout de même à boire ! Et amène-nous la piste de 421 et les dés. On joue quelques sols, messeigneurs ?

Jehan – Ah non, Pierre ! C’est interdit, ça désormais !

Pierre – Comment ça, c’est interdit ?

Bertrand – Oublierais-tu que nous avons tous été baptisés avant le combat ? Nous nous sommes convertis à la religion des Chrétiens. Et celle-ci interdit les jeux d’argent.

DDS183giogiodechirico-saint-georgesPierre – On va quand même pas miser des haricots ? Maman m’a toujours interdit de jouer avec la nourriture. Il nous emmerde, ce Georges ! Ah ben zut alors mais  tu me la copieras, celle-là ! Les étrangers, quand ils sont plus de trois, déjà, ça me donne des boutons mais alors celui-là, à lui tout seul, bonjour les dégâts ! Tout ça pour que Dgeorges épouse la princesse au petit pois dans la tête, c’est trop fort.

Jehan – Il ne l’épousera pas.

Pierre – Ah bon ? Il va juste lui faire son affaire et se tirer ? Et le roi a accepté ça ?


Bertrand – Il est déjà reparti, le Georges. Il veut mourir au combat, tout seul face à l’artillerie, j’ai pas trop compris. Il veut se faire « canoniser », qu’il disait !

Boucicaut, redoublant de larmes - Cette pauvre Blanchette !

 (On entend au dehors les cloches qui sonnent.)

 Pierre – Qu’est-ce que c’est que ce boucan-là ?

Jehan – Ce sont les cloches. Il faut qu’on arrête tout et qu’on aille à la messe.

Pierre – A la quoi ?

Bertrand – A la messe. Viens, tu verras ! C’est un truc en latin, y’a un gazier qui cause, on y comprend rien, on chante, on se lève, on se rassied, c’est très reposant au total !

Pierre – Et… on est obligés d’y aller ?

Jehan – Eh ben ouais ! On a promis ! Maintenant qu’on est baptisés, faut tout faire comme eux !

(Ils se lèvent tous sauf Boucicaut toujours noyé dans son chagrin.)

Bertrand – Tu viens, Boucicaut ?

Boucicaut – Cette pauvre Blanchette ! Si seulement ce con était venu deux jours plus tôt, elle serait encore en vie !

(Et il reste effondré sur le guéridon de la taverne à pleurnicher de plus belle.)

Pierre : Qu’est-ce qu’il a avec sa Blanchette ? C’est sa fille ? Le dragon la lui a bouffée ? Ou alors sa femme ? Mais je ne savais pas qu’il était marié !

Jehan – C’est sa chèvre !

(Ils sortent.)

 

SCENE 2

 

Roger (c’est le comédien qui interpréte Boucicaut. Il relève la tête et s’adresse à Thierry, le metteur en scène qui est assis dans la salle) – Je ne comprends vraiment rien de rien à ton concept de mise en scène ! Pourquoi est-ce que je porte un képi, d’abord ? Ca se déroule en 300 après Jésus-Christ !

Thierry – Roger, tu es un légionnaire romain qui a déserté !

Roger – En emportant le képi ?

Thierry – Le personnage est un grand sentimental, au cas où tu n’aurais pas remarqué !

Roger – Mais c’est complètement anachronique ! Les Romains portaient des casques à l’époque ! Et ce décor de machines à coudre et de phonographes, typiquement années 1950, qu’est-ce que ça vient faire là ?

Thierry – Roger ? Tu te rappelles le titre de la pièce ?

Roger – « 99 dragons, exercices de style ». Ca a à voir ?

Thierry – Ca a à voir ! Les exercices de style, c’est un livre de Raymond Queneau, un auteur qui a eu son heure de gloire au siècle dernier. Comme toi . Sauf que lui il est mort et que toi tu joues les prolongations ! L’auteur de cette pièce-ci a entrepris d’écrire 99 versions de la légende de Saint-Georges tuant le dragon en reprenant la formule de Queneau, une même histoire racontée de 99 manières différentes.

Roger – Mais alors… Pourquoi les personnages portent-ils les prénoms des compagnons de Thierry la Fronde ?

Thierry – Bon, tu nous fais perdre du temps. Va rejoindre les autres et appelle Judas pour la scène 2

 Roger sort

 Thierry, à part – Lui, quand il a commencé à jouer au théâtre, les décors étaient de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell ! Et je commence à comprendre pourquoi il n’a jamais été ne serait-ce que nominé au Molière des lumières !

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Le décor (EVP)

Mais ce n’est pas un décor.
C’est mon coin à moi, Martha.
J’ai mis mon père Théodore,
Et ma maman Mathilda.

J’ai piqué le fauteuil du cabinet,
Ainsi que la lampe de Gallé.
Il y a ma machine Singer
Et le bureau plein de poussière.

Un paravent pour m’isoler,
Et garder mon intimité.
De l’autre côté j’entends
Les misères des patients.

Oh jamais, on ne me voit,
Mais j’en perds pas une miette,
Zigmund n’en fait pas tout un plat,
Toujours, c’est mon avis qu’il quête.

Il met des mots bien trop savants,
Sur ce que je dis bien simplement,
A lui la gloire, l’admiration,
A moi les mômes et le miroton !!

Des fois, tiens, ça me rends hystérique.

 

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Souvenirs, souvenirs… (Mamido)

Mamido

Chimène et Rodrigue (acte III, scène 4)
« Va, je ne te hais point… »


Aux vacances de printemps, l’année de mes quatorze ans, je suis partie avec mes parents dans un châlet-hôtel à St Jean d’Arves, en Savoie.
C’était une maison chaleureuse où l’on accueillait des groupes de jeunes et des familles qui désiraient passer des séjours peu onéreux. Comme dans les gîtes d’étapes, on y dormait en dortoir, les sanitaires étaient communs et on mangeait, assis sur des bancs autour de grandes tablées qui se remplissaient au fur et à mesure de l’arrivée des convives.
Il régnait dans ce lieu une atmosphère joyeuse et bon enfant cultivée par des hôtes conviviaux,  à la bonne humeur communicative.
Le soir, on veillait autour de jeux de société. Il y avait toujours quelqu’un pour sortir un instrument de musique et entonner quelques chants repris par l’assemblée. Des moments inoubliables pour l’adolescente que j’étais à l’époque.

Nous avions pour voisins de chambrée deux garçons d’une quarantaine d’années. L’un était libraire, l’autre comédien.
Le premier ayant remarqué ma passion pour la lecture, alimenta celle-ci en m’incitant à découvrir des auteurs « au-dessus de mon âge ». C’est lui qui le premier me poussa dans le monde des lecteurs adultes. Il m’apprit l’exigence  et l’éclectisme en littérature. Grâce à nos discussions, je parvins à puiser les idées dans les livres et à me forger mes propres opinions.
Le second me fit travailler le rôle de Chimène dans la scène quatre de l’acte III du Cid de Corneille que je devais apprendre par cœur pour le réciter en classe à la rentrée (et oui, à la fin des années soixante, on pratiquait encore ce genre d’exercices en troisième, au collège !). Il avait aménagé, dans un recoin d’un petit salon de l’hôtel un endroit pour répéter : un fauteuil, un guéridon, un lampadaire, devant un fond de rideau cramoisi tiré sur une fenêtre donnant sur la montagne, à l’arrière du bâtiment.

Dans ce décor feutré, il m’apprit à me tenir correctement, à placer ma voix, la faire porter loin, avec assurance, et sans la fatiguer. Inlassablement, tenant lui-même le rôle de Rodrigue, il me faisait répéter, m’enseignant comment scander les vers pour les faire sonner. Il me donna des trucs pour comprendre et mémoriser ce texte, obscur  et difficile pour l’ado que j’étais. Ce travailleur acharné, professeur exigeant me fit appréhender toute la pénibilité laborieuse qui se dissimule derrière la flamboyance du métier de comédien. Très vite j’ai compris que je n’étais pas douée ni très motivée pour ce jeu-là. Non, je ne deviendrais pas une Isabelle Adjani, et même si j’étais née la même année et le même mois qu’elle, c’est tout ce que nous aurions jamais en commun !

Ces deux hommes intelligents, charmants et cultivés, que je n’ai plus jamais revu, après ces quelques jours passés au même endroit, ne se doutent pas de l’importance qu’ils ont eu dans ma jeune vie. Leur disponibilité, leur charisme, leur humanité et leur savoir ont contribué à structurer ma personnalité. Le hasard a fait que je les rencontre juste au  bon moment afin qu’ils puissent me donner ce qui m’était alors nécessaire pour grandir.
L’un m’a appris la curiosité. Il m’a surtout donné des clés d’accès à la culture et aux idées et le moyen –inépuisable- d’enrichir ma réflexion et mon esprit.
L’autre m’a permis de surmonter ma timidité, de prendre confiance en moi afin de pouvoir laisser s’exprimer tout mon potentiel.

Je pense souvent à eux deux, au détour d’une lecture, d’un spectacle… Et la photo de ce décor de théâtre a immanquablement déclanché en moi le souvenir de cette période de ma vie.
Merci à vous donc de me permettre de rendre aujourd’hui à ces deux belles personnes cet hommage tardif mais sincère.  

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