02 mars 2019

Wolfgang (Lecrilibriste)


Comme chaque soir, depuis que nous sommes revenus dans le village de son père, Bernard est allé fermer l'église, sise juste en face de chez nous et qu'il ouvre tous les  matins. Nous habitons maintenant pile sur le chemin de Compostelle qui va de Genève au Puy en Velay et  les Pèlerins et Pèlerines qui passent de mars à  octobre longent la maison et font souvent une halte dans l'église pour se reposer un peu, se recueillir ou laisser un mot sur le livre d'or.  

Or, Bernard est allé deux fois à Compostelle à pieds, une fois par Le Puy en Velay, une fois par le chemin d' Arles et lorsqu'il est revenu, il s'est investi corps et âme dans l'association des Amis de St  Jacques pour baliser et nettoyer les chemins en Isère, trouver des familles d'accueil dans les  villages d'étape  et renseigner les pèlerins de passage, à tel point que les gens l'ont surnommé "La coquille" (puisque la balise est une coquille St Jacques ) et nous  envoient tous les pèlerins paumés.

Ce soir là,  un pèlerin est couché sur les marches du porche de l'église sur une espèce de bache. Il est là pour passer la nuit.  Bernard lui dit qu'il ne peut pas rester là, lui demande s'il n'a pas trouvé de lieu d'accueil et le Pèlerin se lève, vacille un peu sur son baton de pèlerin en se relevant et, Bernard,  à sa grande stupéfaction voit que cet homme n'a qu'une jambe. Il le questionne un peu et l'amène à la maison pour passer la nuit.  Je fais cuire une platée de pâtes, avec quelques tranches de saucisson, ça fait toujours l'affaire et la dose de sucres lents, en cas d'urgence !

Il se nomme Wolfgang , il est grand et mince, les cheveux grisonnnants, il fait très aristocrate ...  ou prédicateur ascète et jésuite  (si tant est qu'il y ait un look spécial pour ce genre de personnage).. . Avec une grande pudeur, il nous explique un tout petit peu de sa vie. Sa femme est décédée, emportée par un cancer. Lui-même en est atteint et on a dû l'amputer d'une jambe. N'ayant plus rien à perdre,  il a décidé d'aller à Compostelle avec ses béquilles.
Il est parti de chez lui à Nuremberg le 25 Juillet 2007, sac au dos avec un grand courage et la volonté inébranlable d'aller jusqu'au bout.  Il fait une dizaine de kilomètres par jour  avec ses béquilles, et ce n'est pas des pieds dont il souffre mais de ses bras qui fatiguent et de ses aisselles sur lesquelles forcent les béquilles qui portent son poids et celui de son sac. Mais il n'aime pas que l'on s'appitoie et que l'on parle de son handicap, ça le gêne.  Il est,  et veut être,  comme les autres. Il nous demande simplement d'envoyer un message à sa soeur pour lui dire qu'il va bien.

Après la pause d'une nuit, Wolfgang est reparti avec son courage et sa volonté inébranlables. Le "téléphone arabe" de l'Isère l'a accompagné et a bien fonctionné tout le long pour l'accueillir, et sans doute plus loin car son passage et son personnage marquaient intensément tous ceux qu'il rencontrait.

Il pensait arriver aux alentours de Noël 2007 à Santiago mais il a dû s'arrêter à Burgos le 24 novembre, ses bras n'en pouvaient plus. Il a été hospitalisé.  Son état s'est rapidement dégradé.
Il a rejoint les étoiles le 12 janvier 2008, laissant à tous ceux qui l'ont rencontré un souvenrir impérissable de force, de foi en la vie, de libre arbitre, de courage et de détermination.

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Brève de comptoir (Walrus)

 

Bon, d'accord, unijambiste, c'est dramatique...

Mais il y a quand même des familles entières où c'est la norme !

 

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Ne coupez pas ! (Vegas sur sarthe)


Employé dans une ferme-modèle de dressage de mille-pattes, Hubert travaillait d'arrache-pied et même si son patron l'avait à l'oeil, l'accident tant redouté arriva.
Depuis qu'il avait été mis à pied et qu'il était rentré chez lui la queue entre la jambe, Hubert se désespérait jusqu'au jour où, alors qu'il faisait la queue au guichet de Pôle Emploi, il rencontra Germaine.
Il remplaça donc Paulette au pied levé – prenant sa jambe à son cou – et découvrit qu'il n'y perdait pas au change avec Germaine.
Unijambiste borgne, Hubert se levait maintenant bon pied bon œil malgré les nuits torrides qu'il enchaînait avec elle.
Germaine avait une solide expérience et si elle avait les jambes de l'Arc de Triomphe, son poilu était loin d'être inconnu !
Elle avait su lui faire de l 'œil avec les siennes alors qu'il n'en avait qu'un et plus qu'une seule.

Ah il fallait voir notre saint Hubert – trompe de chasse érigée – prendre son pied lors de ses parties de jambe en l'air !
Si comme le dit Truffaut « Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe» Hubert y voyait des ciseaux, se laissant tronçonner sans crainte au risque de finir homme-tronc.
Là où d'autres se seraient consumés, Hubert s'offrait à la découpe d'une Germaine experte en collier de Vénus, entremêlé, charrette ou papillon ... enfin toutes ces positions qui seyaient à son infirmité.
Loin d'être manchote Germaine mettait la main à la patte sans rechigner malgré une surdité congénitale qui la privait de s'entendre crier de plaisir.
Aussi fut-elle surprise de constater – lors d'un ciseau trop violent – qu'un matin Hubert avait perdu son unique jambe.
Il garda sa patte comme porte-bonheur non sans avoir remarqué très justement que celle du lapin n'a jamais porté bonheur aux lapins !
« Au moins ne partirai-je pas les pieds devant » fit remarquer l'optimiste borgne sans que Germaine ne l'entende, trop empressée à réactualiser son kama sutra ...

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Unijambiste(et autres): (Laura)

 

Comme tout le monde, j'avais déjà vu des images ou des photos  d'unijambistes ou de personnes avec un seul bras suite à la guerre, un accident  ou une maladie.

Mais je n'en avais jamais vu en vrai  , autant et de si près qu'à Casablanca où nous avons travaillé et vécu trois ans.

Il faut vous rappeler qu'il n'y pas de Sécurité sociale au Maroc(elle se construit)  comme chez nous. La santé est donc là-bas affaire d'argent et/ou de mendicité, l'aumône étant un des piliers de l'Islam.

Quand je me rendais dans une des plus grandes librairies de mon quartier, je voyais toujours à la sortie un mendiant avec un seule jambe et/ou un seul bras et/ou une plaie très vilaine.

 

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Unijambiste (Venise)


Mon accordéon était plein de sable, et mon vieux chat moutarde exténué par la forte chaleur , commençait à montrer des signes de lassitude .

v1
 
Je me sentais réduite à l’épi de maïs quand surgit sur ma route un unijambiste.

Hé petite me dit il en sautillant tu vas attraper une insolation si tu restes ici sur le bord de la route.

Dans un sens cette rencontre me convenait. Je suivais ce jouet détraqué qui tout en s’épongeant le front avait pris mon chat moutarde sur ses épaules.

J’appris qu’il était peintre et qu’il crevait de faim comme tous les artistes dans ce pays.

v2
 
Dans son atelier il me fit découvrir ses croquis et je me disais au fond de moi que cette rencontre me faisait passer le temps.

Mes histoires le faisaient rire et mes chansons lui faisaient plaisir. IL tapait de son uniquement jambe le rythme sur le sol et nous partagions le gâteau au miel confectionné la veille .



J’avais toujours pensé être une noix dure à casser, mais devant son air bonhomme l’unijambiste avait réussi en un tour de main à m’apprivoiser moi et mon chat moutarde. Le lendemain Il avait semé des cailloux de couleur sur la route qui menait à la gare afin que je ne me perde pas.



Tout me remuait le cœur, il m’a fallu voir le train rentrer en gare pour comprendre que je ne le prendrai pas.
A mon retour les cailloux avaient disparu.

Je frappai à la porte de l’atelier Il était là perché sur sa canne. Pourquoi as-tu fait disparaitre les cailloux lui ai-je demandé inquiète.



Parce que tu connaissais le chemin du retour.

v3



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23 février 2019

Défi #548

 

Dans ma région d'origine,
pour vous convaincre de prendre un deuxième verre,
on vous dira : "On ne va pas sur une jambe !"

Et pourtant...

Unijambiste

 

5481

 

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Si Wikipedia m'était conté (joye)

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Un trapèze entre deux arbres par bongopinot

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Une barre horizontale ronde
Suspendue par deux cordes verticales
Accrochées à des branches vagabondes
Sur un colosse jamais bancal

C’est un trapèze dans le soir
Fixé entre ces deux arbres
À ses cotés une balançoire
Qui siffle au vent de décembre

Ils se balancent d’avant en arrière
Attendant gentiment le printemps
Espérant que passe vite l’hiver
Pour entendre le chant des enfants

Qui grimperont en se hissant
Avec leur doux rire moqueur
S’accrochant au bois blanc
Affrontant même leur peur


En allant de plus en plus haut
Pour côtoyer les nuages
Et danser avec les oiseaux
Pour de bien beaux voyages

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Parfois la poésie ne vous aide pas à vivre (Joe Krapov)

C’était un mec balèze
Qui faisait du trapèze
Dans un cirque ambulant.

Un jour qu’il s’entraînait
Il fut désarçonné
Par ce qu’il vit sous lui
Et tomba comme un steak
Dans le filet
De protection.

Et l’écuyère aztèque
Sur un cheval d’uhlan
Vint avec attention
Ramasser l’évanoui.

Lorsqu’il ouvrit les yeux
Ce fut le coup de foudre.
Elle fondit aussi,
Se remit de la poudre
Pour cacher son émoi.

Ils partirent ailleurs
Sur les bords du Zambèze,
A Rodez, à Rospez
Ou l’on fait le Tro Breizh
Et même à Saint-Tropez
Où B.B. vit à l’aise.

Moi je suis resté seul
Avec mes animaux,
Mon cirque miniature :
Je suis dompteur de puces
Et la belle acrobate
Ne m’accorde jamais
Un regard en passant
Et la contorsionniste
M’ignore tout autant
Et du coup je suis triste

Une de mes puces m’a dit
Que si le trapéziste
Et l’écuyère aztèque
Ont un jour un enfant
Ils l’appelleront Pégase.

Sa soeur a dit « Ecrase !"
Et je l’ai écrasée. 

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