16 septembre 2017

Ecrire à Rimbaud ? 7, Extase (Joe Krapov)

 Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

«Il y avait un jardin qu’on appelait la Terre
Il brillait au soleil comme un fruit défendu
Non ce n’était pas le paradis ni l’enfer
Ni rien de déjà vu ou déjà entendu»

Georges Moustaki

 


Cette semaine on me demande de parler d’extase. Et mon commanditaire de préciser : « Et ne levez pas les yeux au Ciel, hein ! ».
 

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Dans ce cas c’est tant pis pour les nuages de Barfleur, pour ceux du Cul-de-loup à Morsalines qu’Eugène Boudin chérissait, tant pis pour les vitraux de la basilique de Mézières, ceux de Dieppe ou Varengeville et basta pour le partage de la meilleure des journées, celle des 32 kilomètres de marche sous la pluie de Saint-Vaast-La-Hougue, exit la merveilleuse étape au restaurant « La Bisquine » qui entrecoupa cette randonnée. Je ne parlerai pas non plus de l’étrange grenier de ton musée à Charleville, de ses chaises grises et des enceintes suspendues d’où sort l’étrange musique de tes mots traduits et emmêlés en différentes langues.

L’extase, dont Madame Wikipe nous dit qu’elle désigne un état où l'individu se ressent comme « transporté hors de lui-même », caractérisé par un ravissement, une vision, une jouissance ou une joie extrême, n’a pas grand-chose à voir avec l’exorcisme qui consiste à faire sortir de soi le je qui est un autre. 

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Mon extase principale de cet été est et restera bien longtemps encore la découverte de cette boîte à lettres fantastique, posée dans le cimetière de Charleville-Mézières, sans mention des heures de levées – tu ne te lèveras plus pour lire mes bêtises – à destination unique : Arthur Rimbaud.

Arthur Rimbaud ! Arthur Rimbaud ! Vous êtes arrivés à Arthur Rimbaud, terminus de la ligne ! Assurez-vous que vous n’avez rien oublié avant de descendre du véhicule !

L’été de Rimbaud ! Extase de la marche autour du lac des Vieilles forges, au-dessus de la Meuse à Monthermé, sur le chemin d’Hautot-sur-Mer à Dieppe ou le long de la mer au phare de Gatteville !

S’il y a bien quelque chose qui nous unit, toi et moi, quelque part, c’est bien ce goût pour la musique des mots, pour ce qui sort de soi et fait qu’un auditeur cesse d’être lui-même pour écouter, entendre ce parler différent, découvrir un coin nouveau de ce jardin humain que chante Moustaki.

Celles et ceux qui pratiquent la musique et la poésie savent le temps que cela prend et le travail qu’il faut fournir avant de parvenir à ces quelques secondes du bonheur de chanter ou d’entendre chanter.

Nous aurons ajouté, cet été de Rimbaud, à notre phonothèque et à nos souvenirs les aventures de Marina B. et Gisèle C. qui s’étaient inscrites à un stage de chant en quatuor et qui, tous les soirs, me contaient les pérégrinations de leur bateau ivre au pays du diapason 415, du canon à 24 voix, des montées de pression entre les voyageurs de ce projet étrange. C’est tout juste si on ne se tira pas dessus au revolver, cette année-là, au conservatoire de Dieppe et à l’Académie Bach ! Normal, on était à Arques-la-Bataille !

Mais au moment du concert, le vendredi soir, silence, admiration, extase : finies, les discussions de spécialistes, les pinaillages sur la prononciation, les fous-rires en cherchant la voiture ou la sortie dans le parking souterrain. Autant en emporte le vent !

 
A l’écoute de ces dames j’eus presque des frissons. Comment ? La divine mélodie de la Renaissance sortait vraiment de cette même bouche qui me dit quelquefois « T’as mal fermé le frigo » ou « Ca manque de poivre à mon goût » ? – Oui, ne t’inquiète pas, Arthur, chez moi l’extase ne dure jamais très longtemps. Mais, heureusement, ses effets sont impérissables .

J’ai failli ajouter que la voix me susurrait aussi « Chéri fais-moi l’amour, fous ce réveil en l’air et fais-moi du café brûlant comme tes lèvres » mais de fait, je confonds :  c’est la copine de Pierre Perret qui lui dit ça quand le soleil entre dans sa maison et en plus j’ai toujours des doutes sur l’orthographe de « susurrer » qui me fait d’ailleurs plus penser à Ferdinand le linguiste qu’à une fièvre érotique.

Celle de ce dimanche 10 septembre, d’extase, me marquera aussi. Nous nous produisions en concert privé avec mes ami(e)s du groupe Am’nez zique et les Biches aux jardins Rocambole à Bourgbarré (Tu parles d’un blaze ! Tout est annoncé dès que tu tombes dans le panneau !). Un jardin extraordinaire qui aurait plu à Moustaki comme à Trénet.

Vers la fin de ce concert de rengaines « métézorrologiques » nous avons interprété cette chanson plombante, « Nantes » de Barbara, dont je n’aurais jamais cru que j’aurais à la chanter un jour mais, vois-tu, tout arrive, qu'est-ce que je ne ferais pas pour faire plaisir aux copines ! Je crois que nous ne l’avions jamais aussi bien interprétée que ce jour-là. Je la dédie, a posteriori, à toutes les filles qui ont perdu leur père et plus particulièrement à cette semeuse d’étoiles de ma famille à qui c’est arrivé récemment.

 
Dommage que tu ne puisses pas entendre ces documents sonores, cher semeur d’étoiles des Ardennes !

A ce jour, même mal, le monde continue de tourner et nous, en avançant, de chasser sa folie, les ennuis et l’ennui, tant que faire se peut. De façon extatique et sans besoin du Ciel mais, comme dit la chanson, « Chacun fait, fait, fait, c’qui lui plaît, plaît, plaît ».

A un de ces samedis, cher Arthur !

P.S. Histoire de rigoler un peu après cette lettre tout compte fait assez sérieuse je te livre une des krapoveries que j’avais pondues comme premier jet d’une participation possible à ce Défi « extase » :

« L’extase du navigateur, c’est quand son sextant. ».

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Un jour, j’ai entendu une voix… (Laura)


Un jour, j’ai entendu une voix qui me disait : « Viens et suis-moi. »
Ma première réponse fut de dire à Dieu : « Oui, je veux être ton épouse. »
Des propositions comme celle-ci, on n’en a pas tous les jours, des demandes en mariage
J’en ai eu quelques unes mais celle-ci me posa un cas de conscience
Cela dura des mois, dans un cycle de quelques années où je voulais être sainte.
Je voulais être  Sainte Thérèse ou rien : je voulais connaître l’extase
Telle qu’elle fut sculptée par Le Bernin, architecte de la chapelle qui est son écrin.
Je suivais les traces de Jeanne d’Arc, je lisais des récits de martyres.

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Extase molle à tartiner (Vegas sur sarthe)


"Dis M'man, c'est quoi l'extase?"
"Et ben c'est un peu c'que tu ressens quand tu t'goinfres de Nutella"
"Moi, quand je mange du Nutella je ressens surtout l'angoisse d'arriver au fond du pot"
"Euh... envisager l'fond du pot c'est plutôt d'la frustration"
"Et dis M'man, c'est quoi l'orgasme?"
"C'est plutôt comme quand à défaut d'Nutella tu bouffes ton oreiller"
"Ah bon? Et un fantasme?"
"Pour les fantasmes, va plutôt d'mander à ton père"
...
"Dis P'pa, c'est quoi un fantasme?"
"Euh... c'est quand ta mère pense que les pots de Nutella n'ont pas de fond!"
"Alors M'man est tout le temps en extase?"
"Oui,enfin... tant que c'est moi qui achète le Nutella par cartons de dix"
"Et un cauchemar, c'est quoi un cauchemar?"
"Euh... c'est quand la fin du carton arrive avant la fin du mois"
"Mais P'pa, la différence entre la fin du mois et le début du mois suivant c'est juste un jour!"
"Oui mais ce jour-là... comment dire... c'est l'extase"
"C'est bien c'que M'man disait... après on n'a plus qu'à bouffer nos oreillers"
"Hein? Pourquoi tu manges ton oreiller?"
"Laisse tomber P'pa, c'est seulement quand j'ai un orgasme"
"Qui t'a parlé de ça?"
"C'est M'man... et une extravagance, c'est quoi une extravagance?"
"Justement, va demander à ta mère"

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Participation de Venise


Les murs étaient infranchissables.
Très hauts , trop gris.
Alors je suis parti du bleu du ciel .
Qui enveloppe tout le reste .
Une étoffe de voile de mariée
Vers qui ma joie sans objet s’envolait comme un moineau
Un ciel prophétique qui me donnait des ailes
Moi le bagnard sur qui
Les portes s’étaient refermées.
Un mystère enveloppait le silence de ma cellule .
Un silence si épais  qu’un couteau n’aurait pu le fendre.
Un silence paradisiaque qui fracassait tous les bruits du ciel .
Et moi dedans , qui ne pouvait arrêter  cette hémorragie

De ce bleu qui pénétrait mes veines.

Sans le vent , sans la brise, sans l’odeur
Plus aucun intermédiaire et moi comme un enfant aux pieds lacérés par les chaînes
Pareil à un perce neige
Au cœur de ce vide sidéral je le voyais .

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Lui dans sa transparence sidérante .

Dans cette inquiétude tangible il étouffait l’horizon de mon ciel .
L’émerveillement qui était le mien , faisait de moi un oiseau mort
Un destin minuscule devant sa délicate présence  .
J’appartenais alors à la confrérie des témoins tels des rayons qui partaient du centre
Pour en faire le récit extasié de sa rencontre .
Un chant profond remontait des cellules de la prison
Cette langue des hommes oubliés  à la mâchoire cassée.
 La relique respirait maintenant si bruyamment qu’on pouvait voir sa poitrine se soulever et le front des hommes se plisser sous le vent .
Les murs s’apprêtaient à s’effondrer  sur eux comme une erreur judiciaire .

J’ai ramassé des brides de sa présence ,
Je sais je ne devrais pas voler l’insupportable comme un bègue vole la langue des autres.
Une vague géante marche sur l’extase sucrée de ce moment .
Depuis j’ai tout oublié avec  le voisinage des tendres hommes libres .

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09 septembre 2017

Défi #472

Extase

 

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... et ne levez pas les yeux au ciel, hein !

 

 

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Famille, je vous hais ? (Joe Krapov)

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« Le doryphore déferle sans beaucoup d’efforts
Mais avec grand effet
Sur les pommes de terre du Mont-Dore
Comme Anquetil sur Poulidor :
On est bluffé !

Le doryphore est homicide
Dans le jardin des Hespérides
Où la tomate est pomme d’or
Et le Jupiter impavide :
Le jeune Hercule tète encore.

Le chrysomélidé, l’abominable insecte,
Désespère tout jardinier qui se respecte,
L’esprit placide,
Et n’emploie pas d’insecticide
Contre les soldats allemands ;
Question d’affect,
Evidemment.

Le doryphore est très doué pour l’oxymore
En timide sans-gêne
Qui bouffe ton oxygène,
En aimable gredin
Qui bousille ton jardin,
En Dalton de banlieue,
Rayé de jaune et noir
Toxique dans vesprée,
Déchirant robe des champs
Au pourpre du soleil ».

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Ce sont là ses derniers mots, ceux que l’oncle Jean-Henri Piquechoux a inscrits dans son cahier d’observations scientifiques et poétiques. Après avoir écrit « soleil », il s’est éteint, victime d’une foudroyante crise cardiaque.

L’oncle Piquechoux avait fait fortune en fabriquant et en commercialisant des chaussures à talons aiguilles de luxe. A part l’appât du gain et l’entomologie, il n’avait aucune passion dans la vie et surtout pas celle de la famille.

Tout l’argent qu’il avait gagné était entreposé dans un coffre gigantesque, un espace fermé de la taille d’une salle de cinéma. La légende raconte qu’il venait parfois y plonger, y nager, dans son argent liquide. Il croulait sous le blé, crawlait dans son oseille, faisait de la natation dans ses millions. Il trempait sa barbaque dans ses plaques, faisait le fortiche dans son artiche, noyait son blues dans le flouze.

Parce que le vieux était un grincheux. Le fabriquant de pompes était avaricieux, n’en déplaise à tous ses envieux de neveux. Il y avait Donald le costumier de théâtre qui tirait le diable par la queue. Il y avait Henri, Philippe et Louis qui en étaient réduits à traquer le castor en tant que biographes de Simone de Beauvoir. Tous les quatre furent fort étonnés d’apprendre qu’avant de décéder l’oncle Piquechoux les avait couchés sur son testament. Du coup ils se levèrent, quittèrent le huis-clos de leur salle de bain où ils avaient lavé leurs mains sales et vinrent s’abattre comme des mouches sur les fauteuils de maître Jean-Paul Lanozé, le notaire, pour écouter les dernières volontés du vieil oncle.

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Tous craignaient le pire. Le vieux grigou avait sûrement posé des conditions draconiennes à remplir avant que chacun d’eux ne puisse toucher à une part minime du pactole. Sans doute ordonnait-il qu’on prenne soin de ses ruches, de ses serres à mygales, de ses vitrines de papillons ? Donald trouvait patibulaires ces bêtes à mandibules qui s’envoyaient en l’air et les castors juniors avaient pris pour devise « Les insectes nous débectent ».

Et pourtant non, pas de clause tordue. Quand le notaire se fut tu Cardwell se demanda où était l’entourloupe, pourquoi il n’y avait pas coup de théâtre ce soir. Donald, Phi-Phi, Riri et Loulou touchaient bien la totalité du pactole à parts égales. Sans conditions aucunes.

Maître Lanozé leur remit la paperasse l’attestant, les clés et la combinaison du coffre. C’est peu de dire qu’ils s’y précipitèrent.

Las ! Ils n’y trouvèrent que billets en poussières, pièces plus percées que des galettes de Polydor, lambeaux de rêves et miettes d’espoirs.

C’était là la dernière farce du tonton flingueur. Sachant sa mort prochaine il avait introduit, en guise de dernière calembredaine, sa collection d’insectes dans sa tirelire géante. Il était advenu ce qu’avait entrevu cet oncle psychopathe : les doryphores avaient bouffé toutes ses patates !

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Mouche-toi, le ciel te mouchera (joye)

Théodore le doryphore pratiquait le sémaphore, et dans son grand inconfort jurait comme un stevedore.

- Oh merde ! Putain ! Oh phallophore ! gémit le pauvre doryphore.

- Qui vive ? » cria un frappe-à-bord.

- C’est moi ! » répondit Théodore.

- Et toi, c’est qui ? Conquistador ? 

- Meuh non, c’est moi, le doryphore !

- Un doryphore ? C’est quoi encore ? 

- Eh bien, je ne sais pas, j’ignore ! 

Le frappe-à-bord fit des raccords pour s’envoler vers le Bosphore.

Alors...

Pauvre Théo, tout seul encore, reprit son jeu de sémaphore.

MORALITÉ :

Une bonne métaphore nécessite un grand éphore.

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L'indésirable par bongopinot

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Avec mes rayures noires et jaunes
Je suis vite repéré, je suis l'indésirable
Régulièrement je change de zone
Dépose mes valises, me mets à table

Mais je dois faire très vite
Ma famille n’est plus si nombreuse
Il faut sans cesse que l’on s’abrite
Au dehors la vie pour nous est dangereuse

Je me nomme le doryphore
Et j’adore surtout les patates
On me chasse on me déshonore
Car à chaque fois les gens constatent

Que mon passage est un carnage
Toutes les cultures sont anéanties
Mais cet été je tourne la page
Je suis le mal aimé me voila donc reparti

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Participation de JAK

Doriphores

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