24 février 2018

Participation de Cavalier

 

 

 

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 Sean, je me sens si bien, je chante juste ton nom

Tig Coili, façade à peine éclairée, rue déserte. Pas un promeneur, des gens qui sortent et qui rentrent chez eux, sous la pluie. Une nuée d’oiseaux dans le désert.

Doit-on dire bar ? Ou pub Irlandais. Même Irlandais au pub. Le public discute et boit de la Guinness. Une personne lève les yeux, parfois deux. Les tablées indifférentes à l'orchestre parlent, rient.

Magie ? L’espace se déchire, l’air tremblote un peu, bruit sec. Dans un nuage de fumée l’orchestre se délite. Un homme en costume bleu prend le micro. Cravate jaune, chemise, baskets blanches, il chante. L’orchestre encore flou émerge du néant.

À  la table du fond, un vieil irlandais, moustache rousse, casquette à carreaux, levait le coude. Le geste suspendu, la chope reste bloquée en instantané.

Le synthé synthétise, la batterie bat son tempo contre des moulins, le guitariste encordé n’accroche pas sa barbe, les trompettes éclatent de quatre noirs, ils fendent le vent, dansent de conserve, crèvent l’écran de leurs grands ronds cuivrés.

Deux personnes frappent des mains, les regards se croisent, étourdis, les têtes se tournent, presque le silence, le monde est debout, la sueur perle, le rythme contamine. Tous se dirigent lentement vers la scène.

Ils ingurgitent en cadence la chanson de Phil Collins, Sussudio. C'est dans leurs tripes.

Deux personnes, seules dans un décor de brume, ventres cadencés, ventres rythmés, vivent, frappent dans leurs mains, vivent, ne regardent pas autour, ne voient pas les autres, costume bleu, moustache rousse, deux qui se regardent comme ça, guitare du diable et les cors assassinent l’espace, ça danse, ça rêve, deux comme ça... ça crève l'écran...

 

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Phil Collins - Sussudio (Official Music Video)

 

  

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Arrêt sur images... de bistrot (petitmoulin)


L'adolescence en paravent
Ces deux beautés-là
Affûtent leur regard
À leur désir tout neuf

Emmitouflée dans un manteau
Et un bonnet de laine
Le visage à demi caché derrière un livre
Elle est seule
Au bord de son attente
L'impatience qu'elle enfouit
Dans sa lecture supposée
Remonte à la surface
À chaque ouverture de la porte
Viendra ? Viendra pas ?

Soutenu par d'invisibles béquilles
Cet homme n'a plus d'âge
Ni passé ni futur
Il cherche au fond d'un verre
Assez de loques
Pour habiller son présent
Il écrase son âme sur le comptoir
Comme on écrase un cancrelat

Et eux, combien sont-ils ?
Tribuns d'un jour
Unis par leur désunion
Ils ont tous raison
Chacun d'eux paie son écot de vérité
Tournée générale

 

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Au bistrot du coin … (Annick SB)

 

De quoi parlions-nous déjà ?

Voyage …

Grand Nord

Forêt

Bâton rompu

Feu de bois

Feu de paille

 

De quoi  parlions-nous déjà ?

Actualité …

Nouvelles

Tragédie

Rumeur

Faits divers

Brèves de comptoir

Zinc

Jukebox

Musique

Pas trop fort, on ne s’entend plus !

 

De quoi parlions-nous déjà ?

Voyages

Sentiers

Trajets

Cartes

Belote 

On joue ?

Allez d’accord !

C’est parti !

 

De quoi parlions-nous déjà ?

Voyages

Bavardages

Tais-toi !

On ne parle pas quand on joue.

Sérieux ?

Sérieux.

 

C’était l’éloge des conversations interminables que l’on finit toujours par terminer !!!

 

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Participation de Marco Québec

 

Texte inspiré par le tableau réalisé par Edward Hopper, intitulé Automat

 

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Le café

 

Je suis dans un café. Je pourrais quasiment dire mon café, tellement cet endroit est le mien. Il est pour moi un refuge, un cocon depuis je ne sais combien d’années maintenant. Je m’y sens bien. L’ambiance est feutrée et ce n’est jamais bondé de monde. La musique joue en sourdine des chansons françaises, les seules que j’apprécie vraiment. Malgré les grandes vitrines de la pièce, il n’y fait pas froid en ce soir de novembre. Les calorifères à eau chaude diffusent une chaleur confortable qui me fait du bien, autant qu’il m’est possible d’être bien ce soir. J’ai mis mon manteau vert avec la fausse fourrure au col et aux manches. Je le garde sur moi, comme pour me protéger. Un cocon dans un cocon, en quelque sorte. J’ai gardé mon chapeau, il masquera mes yeux si l’émotion devient trop intense. Je m’assois toujours à la même table, la table ronde près de la porte. Sa position par rapport à l’entrée du restaurant me protège de l’air frais extérieur qui s’engouffre lors de l’arrivée d’un client. 

La propriétaire et le personnel me reconnaissent toujours et me permettent de m’asseoir à cette grande table, même si je suis seule. Je crois d’ailleurs que je ne suis jamais allée à cet endroit avec une autre personne. C’est ma place à moi. Sans rien demander, la serveuse m’apporte un double espresso allongé, mais pas noyé, avec sucre, crème et lait. Elle me demande si je souhaite l’accompagner d’un dessert. Non pas ce soir, je n’ai vraiment pas d’appétit, lui dis-je. 

Je repense aux grandes décisions que j’ai prises dans ce lieu : ma rupture avec Louis, une relation qui n’allait nulle part; mon retour aux études qui allait me permettre de quitter un emploi que je détestais… Et la décision que je dois prendre maintenant : ablation ou non d’un sein.  Le médecin a parlé d’un cancer virulent, à un stade très avancé. À son avis, il vaut mieux procéder à l’ablation pour diminuer les risques d’une récidive. 

C’est tellement facile à dire. Il doit avoir plus de 60 ans. Sa vie est à un stade avancé, alors que moi, je n’ai que 25 ans et toute la vie devant moi. Les larmes me montent aux yeux et coulent sur mes joues. Est-ce que je peux encore dire que j’ai toute la vie devant moi? Je suis désemparée. Comment une telle chose est-elle possible? Je laisse les larmes trouver le chemin jusqu’à mon cou. Un frisson me traverse. 

Peu à peu la tristesse fait place à l’épuisement. Je me sens plus calme. Je fais signe à la serveuse de m’apporter l’addition. Je quitte le café, mon café, mon cocon.

 

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Suze cassis (Pascal)


Je l’avais remarquée ; c’était ses yeux bleus qui me suivaient à la dérobée, quand je faisais semblant de ne pas la regarder. Dans le jeu des glaces, je savais tout de sa curiosité d’azur et de ses doux desseins d’espionne intéressée. J’étais le lauréat de toutes ses pensées…

Elle était serveuse au « Bon Coin », sur la place Monsenergue. Les bières sans faux col, les perroquets, les limonades, les cafés, c’était dans son quotidien de comptoir. Dès qu’elle le pouvait, elle se rapprochait de mes conversations. Quand elle passait un coup d’éponge sur le zinc, c’était toujours au plus près de moi ; je devais soulever les coudes, ne pas mettre les doigts, attendre que cela sèche, au milieu de ses sourires de plaisanterie…

Pourtant, il en défilait des marins, ici. On y voyait des grands, des beaux, des riches de leur solde, des conquérants, des gradés, des appelés, des en bordée, des esseulés, des étrangers d’autres bateaux, mais c’était moi qui avais la faveur flagrante de ses meilleurs sourires délicats. J’étais fier d’être l’élu de sa personne ; notre connivence devait être visible à cent lieues…
Encore posé sur mon épaule, je sentais la brillance de son regard saphir. J’en avais chaud dans le dos de me savoir observé par sa singulière inquisition. Alors, je me tenais droit, je faisais le beau, j’avais des sourires de jeune premier, je gonflais le torse et je soupirais des cœurs éphémères avec la fumée bleu-grand ciel de ma clope.
Les collègues du compartiment de la chaufferie me parlaient mais je n’étais pas franchement impliqué par leurs conversations d’enfermement de postes. Ils semblaient lointains, bien en dehors de mes observations du moment. Depuis elle, les perms, la Drôme et ses collines n’étaient plus le premier sujet de mes conversations. Je riais en retard d’une blague, je répondais à côté d’une question, j’oubliais de boire ma conso, de payer ma tournée…

Je la trouvais belle et je ne me lassais pas de cette certitude évidente. J’aimais bien les petites tresses blondes qui tournaient autour de son front comme une couronne d’or. Cela conférait à sa coiffure un effet de mode moyenâgeux qui correspondait bien à mes idées de contes et de princesses. Parfois, elle ajustait un bandana noir avec des motifs indiens, dans ses cheveux, et j’étais son premier pirate capturé dans ses yeux caraïbes. Sa peau était blanche et bronzée, en même temps ; un fin duvet de garrigue blonde courait sur ses avant-bras. j’y pressentais des douceurs de plage tiède, de sable fin, des parfums délicats de sel, des cris énamourés de mouettes rieuses et mille autres sensations ensorceleuses…

Tout en essuyant ses verres, elle m’étudiait au microscope de ses déductions féminines et je devais être dans ses petits papiers, tenir dans toutes ses éprouvettes, pour qu’elle m’apprenne ainsi. Avait-elle les mêmes rêves complices ? Etions-nous ensemble sur cette plage d’infini, à chavirer, à nous enlacer, à nous étreindre, en laissant rouler nos corps enflammés jusqu’à défier le complaisant ressac ?...

Du fond du zinc, elle m’observait encore. A l’improviste prévu, quand je la regardais, je souriais aussi niaisement et notre collusion était comme un fil tendu, incassable, évident, entre nos sourires de sentimentaux ravis. J’aimais notre romantisme de grands timides, cette façon équivoque et grandiose de nous plaire au milieu de l’uniformité stagnante des autres…

Dehors, les nuits étaient prometteuses. Les Lumières de loin étaient tout près. Notre Jeunesse en folie tambourinait dans nos cœurs en feu ; à nous deux, nous n’avions même pas quarante ans. L’Univers nous appartenait et on pouvait même capturer un instant une étoile filante pour nous partager, en secret, son intense clarté… J’étais peintre de feux d’artifices, décorateur d’arcs-en-ciel, semeur d’étoiles dans ses yeux conquis… Je savais déjà qu’on avait plein de je t’aime à nous partager, à tous les temps, à tous les silences, à tous les échos, à tous les firmaments. Dans un futur de volupté, j’allais lui prendre la main, j’allais lui goûter les lèvres, caresser ce duvet ardent ; les nuits seraient bien trop courtes pour consumer toute l’insouciance passionnée de nos vingt ans incandescents…

Les autres, les envieux, les riches, les galons dorés, les toujours deuxièmes, les pros des films pornos, les tourmenteurs des sirènes de la basse ville, ils nous regardaient comme des exceptions dérangeantes, comme si nous étions des cailloux pointus dans leurs chaussures trop bien cirées, des cancers à leurs certitudes de tueurs de baleines, des affiches réelles de films de science-fiction…
Et moi, moi, je les emmerdais, tous ces cons jaloux. Je voulais leur dire, leur crier : « Regardez, admirez !... C’est moi l’élu de son cœur ! Je n’ai rien que ma petite gueule de novice, mes gestes d’orpailleur, mes poches vides, mes silences de troubadour, ma chemise ouverte et ma dent de requin à côté de la médaille de la Vierge, pour lui plaire !... » Moi, je bronzais, je bronzais, aux soleils timides de ses sourires les plus courageux…

Un instant, quand le bourdonnement bruyant du bistrot se taisait, Cohen chantait dans le juke box ses : « Lover, lover, lover », Jimmy Hendrix revisitait l’hymne américain et Bécaud, amer, cherchait encore son orange volée. Dans un prolongement du bar, du côté des WC, s’entassaient des sacs et des valises de marins. Certains de nous s’y changeaient pour retrouver leurs habits civils plus séants, d’autres reprenaient l’obligatoire tenue militaire avant de passer sous la Porte Principale…
Avec son accent de l’Est, elle disait des « houit » charmeurs, quand c’était huit ; j’adorais la taquiner avec mes remontrances enjouées. J’essayais de lui apprendre la bonne prononciation du mot mais elle s’obstinait avec ses « houit » en me les murmurant comme une oiselle amusée qui gazouille ses gammes provocantes sur une branche printanière…

Au hasard des consommations, elle traversait la salle du bar avec son grand plateau rempli de verres. Un peu hésitante, au milieu de tout ce brouhaha de tempête, elle chaloupait entre les groupes de matafs amarrés autour des tables. Courageuse inconsciente, elle avait sa façon prévisible de me frôler qui disait : « Je te plais ?... As-tu cette solidarité d’attention ?... Comment me trouves-tu ?... Suis-je à ton goût ?... » Moi, je fermais les yeux, je respirais les effluves de son sillage avec empressement pour les distiller dans mes rêves les plus effrontés…

Parfois, au cassage d’un début de partie, une boule de billard s’échappait du tapis vert et ses rebonds étaient comme un diapason de marteau piqueur cherchant l’unisson sur le carrelage. Pendant ce temps de métronome exalté, tous les bruits se taisaient comme s’ils se fixaient dans l’éternité heureuse des souvenirs inaltérables…

Un soir, le long du zinc, pour la chiner, je lui avais réclamé un « pantalon ». Elle qui cherchait toujours à me faire plaisir, elle se trouva fort dépourvue quant à cette commande tellement saugrenue… Je voyais un millier de points d’interrogation se tisser sur son doux visage, soudain contrarié. Désespérée, elle chercha sur les étiquettes des bouteilles des étagères, elle demanda à l’autre serveuse, elle se renseigna auprès de sa patronne. Invétéré espiègle, j’aimais bien son accablement de faiblesse. Sa fragilité ne la rendait que plus belle, plus limpide, plus délicate, plus irrésistible…
Après son service, une nuit d’audace, une nuit vorace, une nuit brise-glace, une de ces nuits de champs de pâquerettes, avec ses un peu, beaucoup, passionnément, nous sommes montés jusqu’à sa chambrette…

 

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La déclaration (maryline18)

 

Toute entière investie dans ses gestes chaques jours répétés, Isabelle, nouvelle embauchée, termine la toilette  d'Antoinnette, la première réveillée. Elle a prit sa robe bleue dans la penderie, celle que lui a offerte son mari, quand... elle pouvait encore marcher..explique t-elle.

Ses yeux s'illuminent quand elle parle de lui, fidèle et venant très souvent lui rendre visite, avec un petit présent. Autant d'attention pour lui signifier son amour, assure t-elle... Antoinnette  range tous ces trésors, chocolats, madeleines, petites fiole d'eau de cologne, petits mouchoirs brodés, dans son chevet.

 Certains soirs, Isabelle vient la retrouver. Elle aime son regard malicieux et son sens de la répartie, elle la fait rire...Pendant qu'elle coiffe ses cheveux gaufrés par la natte du matin, une complicité sans nom les relie, volant toutes deux quelques instant au temps...Pour prolonger ces moments, Toinnette (c'est ainsi qu'elle se fait appeler par les aides-soignante) lui raconte la scène de la déclaration que lui avait fait Robert soixante-dix ans plus tôt.

"-C'était dans un petit bistrot, à l'occasion du bal de la ducasse, la seule sortie autorisée en soirée, de l'année. J'y était venue accompagnée de mes deux soeurs, Ginette et Louisette, et de mes trois cousines, bien décidées à faire la fête et à danser.

On s'était bien vite apprêtées, baclant les corvées de lessive et le nettoyage des clapiers et des poulaillers. Les parents nous observaient du coin de l'oeil, amusés, mais un peu inquiets, nous donnant les dernières recommandations de bonne conduite."

"-Comment était votre robe Toinnette, vous vous souvenez ?"

Elle fixe alors, comme à chaque fois, rêveuse, un point imaginaire sur la tapisserie fleurie et raconte...

"-J'avais mis la robe bleue qui me venait de ma soeur Joséphine. J'y avais cousu un galon rouge et volanté dans le bas. J'avais troqué mes galoches pour des escarpins vernis qui me serraient les orteils et que je supportais en grimaçant. Je l'ai repéré tout de suite, Mon Robert, à peine arrivée au bal !"

"-Il était beau ?"

"_Oh oui, il l'était ! Et il avait des mains...de pianiste !

 Après m'avoir invitée à danser, il m'a offert une limonade. Mes cousines et mes soeurs, je les avais semées au beau milieu de la salle ! Assise en face de lui, ses yeux ont rencontré les miens et à cet instant, j'ai su..."

"-Quoi, vous avez su quoi ?

Toinnette fait durer le plaisir et l'émotion reste suspendue à ses lèvres...

"-J'ai su que je l'aimerais...Il avait les mains si douce et les yeux si bleus...Il m'a pris la main et m'a déclamé mon beau poème d'amour !"

"-Allez-y toinnette, dites le moi !"

Savourant mon impatience, elle fait semblant de faire un effort pour se souvenir des mots déjà au bout de sa langue, et alors les joues rosies et les yeux humides elle se lance, sa main frêle dans la mienne :

-"Dans vos yeux délavés,

Je me suis égaré...

Mais où est donc la sortie,

Pour qu'au plus vite, je vous fuie ?"

Toinnette éclate alors d'un rire communicatif et ma collège intriguée rapplique :

"-Ben vous avez bien du plaisir toutes les deux !"

Toinnette lui adresse un clein d'oeil complice et poursuit :

"-Je raconte à la belle Isabelle le coup du poème !"

"-Lequel, le rigolo ou le vrai ,"

"-Les deux !"

Toinnette soupire d'aise de m'avoir bien eue et me tapote la main :

"Toi je t'aime bien, tiens, je vais te l'dire le vrai poème, si beau de ma rencontre avec Robert ! Voila ce qu'il m'a dit, ses yeux dans les miens :

Je vous aime, ô jeune fille !
Aussi lorsque je vous vois
Mon regard de bonheur brille,
Aussi tout mon sang pétille
Lorsque j'entends votre voix "     (Théophile Gautier)

 

Quelques mois  s'écoulèrent avant que Toinnette ferme les yeux pour toujours, un curieux sourire aux lèvres...

Isabelle apprit qu' Antoinnette ne s'était jamais mariée et que Robert, qui était sa seule famille, était son frère...Les friandises cachées dans son chevet provenaient des autres chambres et des charriots préparés pour les goûters.

Avait-elle inventé délibérément cette histoire ou sa mémoire lui offrait-elle un dernier réconfort ?

Personne ne peut affirmer la vérité, mais Isabelle gardera longtemps en mémoire les éclats de rire de la malicieuse Toinette qui aimait la vie et la poésie...

 

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Participation de Venise

 

Même si vous ne l’avez jamais vue, vous connaissez tous la GARE Saint-Charles.

Cette grande bouche béante qui crache des voyageurs hagards au petit matin.

Étaient-ils prêts à l’aborder, ma ville natale ?

Assise au pied des marches de la gare dans ce bistrot dès sept heures du mat je savourais mon café serré. Le bistrot est là où il faut , rempli de crapules , d’histoires de cul redoutables.

Ici on n’est pas dans un vernissage où personne ne vous pique votre montre.

Vous imaginez la monotonie ?

L’ennui mortel du bivouac. Ici pas de square Mandela, cette chienne de ville regarde l’Afrique en riant montrant son cul à l’Europe .

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Je remercie tous les jours les crapules de ce bistrot qui me donnent la bonne humeur quotidienne pour affronter le monde.

Hé t’en es où de tes études fillette ?

Ils rentraient avec leurs doigts crochus dans ma besace d’illusions et me donnaient  ce bon coup de pied au cul pour que je ne m’endorme pas .

 

C’étaient des salauds marrants t accoudées au comptoir, et je me disais que c’était plus intéressant qu’un crétin sympa.

Il faut être allé au fond de cette ville pour comprendre la globalisation.

Ça, mes pots du bistrot l’ont très vite saisie .Ils sont MAOUS GLOBAUX !!

Ici rien n’était déterminé à l’avance, y avait que des plans B.

Certains sortaient de taule d’autres étaient sur le point d’y entrer. Ils savaient tous ce qu’était un guidon de vélo quand il fallait tracer sa route.

Souvent entre deux cafés  j’étais suspendue  à leurs lèvres .

J’ai été démarché.

Par qui ?

Un marchand.

Un marchand de quoi ?

Le bizness ici semblait prendre tout leur temps.

Un autre rentrait dans le bistrot

Je viens causer à Gérard.

Ici ils s’appellent tous Gerard répondait le barman en me faisant un clignement de l’œil.

Une œuvre d’art ça sourit pas ma ville elle rit aux éclats. On pourrait tout lui saisir la mettre sous scellés elle regorgerait encore de trésors cachés.

Quelquefois je me lève en sursaut et me dit un jour il faudra rembourser ce trop de bonheur d’avoir vécu ici ?

Puis je me rendors mon chapeau de borsalino sur le nez !!

 

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Les Marie-salopes (Vegas sur sarthe)


Si le troquet s'appelait Le Café des Sports on y rencontrait plus de pochetrons que de sportifs, des poivrots la dalle en pente et qui marchaient au communard – un rouge-cassis pas piqué des hannetons – dès neuf heures du matin en rabâchant les mêmes histoires de quartier.
Le taulier – pour ne pas dire taulard, un ancien repris de justesse pris en flagrant débit de boisson – vivait là, planté tel un meuble de sept heures du mat à minuit sans sourciller entre son zinc et la machine à caoua.
Nul doute que si son rade venait à couler il resterait le dernier à la barre, cramponné à son tiroir-caisse comme un digne commandant de bord.

J'avais commandé une roteuse qui se trouva fort entamée quand Germaine fut venue, poussant enfin la porte du boui-boui sous le regard lubrique des pochetrons.
Je la gratifiai d'un "Salut ma poulette" ponctué d'une main au panier digne de la réputation de l'établissement, un troquet qui logeait temporairement quelques "sportives" professionnelles honteusement expropriées du bois de Vincennes...

A vingt trois heures – heure où le loufiat filait son coup de cachemire sur le zinc en lorgnant sur sa tocante – il est mal vu de recommander une roteuse alors on s'est contentés de deux marie-salopes, des vodka-jus de tomate plus vodka que tomate, histoire de se mettre en jambes.
Je ne fréquentais Germaine que depuis une semaine et on avait envie de passer aux choses sérieuses après avoir épuisés les explorations préliminaires.
A la table voisine, un couple entre deux âges – plus près du deuxième que du premier – noyait sa routine dans le pastaga en remplissant un cendar de clopes à moitié grillées.
"On va quand même pas finir comme ceux-là" me souffla Germaine en glissant sa jambe entre les miennes.
Les pochetrons lorgnaient grave sur les roberts de Germaine et je me serais levé pour aller leur soigner leur strabisme si Germaine ne m'avait entrepris l'entrejambe.
Elle avait parait-il appris le langage des signes et parlait couramment des deux mains depuis sa puberté.
J'avais un besoin urgent de recharger les accus.
"On remet ça" lançai-je au taulier trop heureux de dégourdir sa patte folle.

Comme Germaine filait aux gogues se refaire une beauté, le taulier revint clopin clopant – surtout clopant – avec trois verres vu qu'il ne perdait pas une occasion de s'en jeter un derrière la cravate en compagnie du client.
"Aux Marie et aux salopes" dit-il en s'envoyant la sienne d'un trait.
Il prit pour lui les sifflets d'admiration qui ne faisaient que ponctuer le retour de Germaine munie de ses appâts.
Il était temps qu'on file avant que les soiffards n'aient des attaques cardiaques en chaîne. Si le SAMU connaissait le chemin, je ne voulais pas qu'on soient tenus responsables d'une hécatombe.
Je gratifiai Germaine d'un "Viens ma poule, on change de crèmerie"
J'envoyai la soudure; "T'as du pourliche ?" minauda t-elle.
"Du pourliche, bébé ?" dis-je à la cantonnade "tu crois pas qu'tu leur en as largement refilé en nature ?"
Le loufiat nous avait ouvert la porte, la main tendue en chistera mais rien ne tomba, ni dix balles ni même une seule... les temps sont durs pour tout le monde.
Dehors, ça caillait un max et la pointe des tétons de Germaine pouvait en témoigner; on s'engouffra à la hâte à l'Hôtel des Sports où l'on n'y croisait guère que des "sportives" professionnelles honteusement expropriées du bois de Vincennes...
Il était grand temps d'aller se réchauffer sous la couette.

 

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Cannelle et les bars (Laura)

 

En déambulant dans sa ville de naissance, Cannelle ne songeait à rien d’autre qu’à fuir la maison de ses parents ; en fait, les fuir, eux et leur hypocrisie.
Elle allait de bars en bars (ceux qui étaient encore ouverts à cette heure avancée de la nuit).De plus en plus soûle, elle se prit une branche d’arbuste dans le visage. « Une ombellifère » se dit-elle. 
C’était son père –féru de botanique- qui lui avait appris à reconnaître une ombellifère. Comme quoi, les connaissances acquises dans la cellule familiale ne se diluent pas forcément dans l’alcool. Pourtant, ce n’était pas faute d’essayer…Oui, vraiment, elle essayait d’oublier tout ce qu’elle avait fait pour leur faire plaisir, pour être conforme à l’image qu’il se faisait d’elle. Elle aurait voulu s’oublier elle-même telle qu’il l’avait façonnée, pleine de peurs et d’inhibitions.
Elle arrivait à cet oubli en buvant mais ça ne durait pas ; car après l’exaltation venait la dépression et encore après, le lendemain au réveil (avant de reboire), le dégoût d’elle-même.
Elle avançait en tanguant d’un bout du trottoir à l’autre. Elle essayait de corriger sa trajectoire mais c’était difficile car le feu de l’alcool la brûlait, lui envahissait le cerveau. Elle savait qu’elle n’aurait pas du continuer à boire. Elle avait déjà son compte mais elle passa tout de même la porte de chez Roberto où elle avait commencé sa tournée tôt le matin :un petit blanc pour remettre la machine en route, pour oublier la nausée, pour se nettoyer. Elle avait vu de la lumière, elle était rentrée.

 

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17 février 2018

Défi #495

 

Vous les fréquentez, vous, les

bistrots

Oui : racontez !

Non ? Imaginez !

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