22 février 2014

Matin de papier (petitmoulin)

Vêtus de la blancheur fragile

D'un matin de papier

Les arbres feuilletaient l'hiver

Comme on tourne les pages

De la mémoire réinventée

Le silence se laissait enfermer

Dans le secret

De l'infinie métamorphose

La porte restait close

Sur la parole muette

Du tourment

Jusqu'au premier éclat

De la saison nouvelle.

 

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LA PORTE DE LA FORET (Lorraine)

Elle habitait à la porte de la forêt et ne rencontrait jamais personne. Qui aurait l’idée, à part elle, de s’enfoncer sous les arbres seulement pour le plaisir des sens ? Elle écoutait les paroles du vent et le chant des oiseaux ; elle sentait l’odeur frissonnante du printemps quand une pluie douce pénétrait l’humus et libérait d’impondérables parfums ; elle connaissait le goût de l’averse d’été, parfumée comme une fruit d’Orient ; elle effleurait de ses paumes ouvertes les jeunes rameaux comme les branches centenaires ; et elle voyait défiler les saisons en leurs différents habits pour le plus grand bonheur de ses yeux.

Nul ne passait. Elle allait parfois à la ville en sa carriole à capote, qu’elle relevait ou abaissait selon le temps. Elle était heureuse.

Du moins, elle le croyait. Jusqu’au jour où, sur la place du marché, elle le vit. Lui, un inconnu, choisissant d’un œil connaisseur sur l’étal d’été les cerises et les framboises, qu’il déposait avec précaution dans les mains de la commerçante . Ses cheveux blonds encadraient un visage à la fois viril et doux. Il ne la vit pas ; elle s’était arrêtée, saisie, près de la fontaine, étonnée d’être soudain si faible. Il partait dans l’autre sens ses achats dans un panier et prit place dans une carriole assez semblable à la sienne. Puis disparut.

Dès lors, elle se languit. La forêt chantait moins, hurlait davantage. Les nuits d’orage craquaient derrière les volets, et soufflaient un vent pernicieux.  Les branches drues écorchaient ses doigts fins.. Elle sortit moins, elle rêva plus. L’automne était doré et par la porte ouverte un matin d’octobre s’engouffrèrent les premières feuilles rousses.  Elle quittait sa chaise pour la refermer quand un bruit decarriole l’arrêta : qui se hasardait jusqu’en ce lieu perdu ?

-         Je me suis égaré, Mademoiselle, sans doute devrais-je faire demi-tour…
-          

Ils se regardèrent ; elle le reconnut ,il la découvrit. Ils sourirent en même temps.

 Peut-être ne me croirez-vous pas. . Peut-être direz-vous que j’invente. Il ne fallait pas m’emmener à la porte de la forêt ! C’est un endroit où tout peut arriver : le murmure du printemps, la berceuse des nuits fraîches, l’envol d’un oiseau bleu, le chantonnement d’une abeille, une source, un petit pont, une maison isolée. Et l’amour, bien entendu…

 

LORRAINE

*

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J'ai tout vu ! (Walrus)

De ce terreau nourricier qu'était l'œuvre de l'immense auteur français surgissait  à présent une profonde forêt, image de ce qu'avait coûté à la nature l'édition toujours renouvelée, en d'innombrables formats et collections diverses, de ses élucubrations aristoguignolesques, fléau qui n'avait eu de comparable à ce jour que la déforestation massive de la planète par les planteurs d'Elaeis guineensis Jacq attirés par les bénéfices tout à la fois honteux et plantureux des pirates de l'industrie agroalimentaire, ceux-là même dont on raconte qu'ils ne sont guère à cheval sur le respect du bœuf, fût-il sur le toit.

Mais je m'égare ! Un peu à l'image d'Albertine (prénom obtenu en associant intimement Alice et libertine) perdue dans la forêt dont question ci-dessus et la parcourant en tous sens autant que pédestrement depuis que son cheval s'était emplafonné sur un arbre en bois dur, transformant la fière et fringante amazone que fut sa cavalière en sauvageonne coureuse de bois.

Son huit-reflets élégamment drapé d'un vaporeux voile de soie était irrémédiablement perdu, lui qui avait à l'instar des carrosseries déformables de nos modernes automobiles encaissé la majorité du choc protégeant ainsi la cervelle d'oiseau (voir défi précédent) de la charmante écuyère.

Elle avait donc abandonné la chose auprès de la dépouille de l'animal qui, contrairement au casoar, était dépourvu de casque autant que de haut-de-forme protecteur et n'avait donc pas survécu à cette rencontre inopinée avec le géant de la forêt qui s'était subitement dressé devant lui dans sa course effrénée.

Depuis le temps qu'elle errait à travers la futaie, elle commençait à se trouver peu futée elle-même de n'avoir cédé à cette pulsion libératoire qui l'avait fait se précipiter au triple galop dans la forêt pour échapper à son geôlier que pour s'y retrouver tout aussi irrémédiablement prisonnière que dans la sombre demeure de son bourreau.

C'est en ressassant ces funestes pensées qu'elle se trouva soudain nez à nez avec un mur lequel lui sembla de papier. Elle tendit la main, palpa la matière, aucun doute !

"Oh, une maison japonaise !" s'écria-t-elle tout en ajoutant immédiatement, car elle  était auvergnate, "Ch'est gai cha !" Et elle poussa la porte.

Mal lui en prit, car comme les portes des maisons japonaises traditionnelles se glissent mais ne se poussent pas, elle défonça le panneau de papier pour tomber à genoux devant un jacuzzi où macérait un vrai, un dur, un tatoué de chez tatoué, en un mot : un yakuza !

- Sabre de bois! s'écria ce dernier, fervent adepte du kendo, Vous être défoncée, parole ! Pas parce que vous vautrer vous sur tapis persans avec copain en marcel que vous devoir aussi fumer moquette, même si persane qualité supérieure est, vous contenter plutôt vous de cigare à moustaches d'ami à vous, Baronne !

- Je ne suis pas Baronne, même si j'ai noble allure, je m'appelle Simonet !

- Baronne Simone est, je savoir source sûre !  lui répondit le baigneur tatoué.

- Simone l'est peut-être, mais moi je suis Albertine, la libertine...

- Ahah ! Vous être sorte Geisha ? Vous jouer Shamisen ?

- C'est parce que vous marinez que vous me parlez de misaine ? Seriez-vous capitaine au long cours ?

- Longs, courts, falloir choisir, vous pas pouvoir avoir deux, mais peut-être moi pouvoir trancher en biais , shah ! Grand coup katana, lames japonaises parfaites pour tailler cheveux belles dames...

- Mais, cet animal veut saquer ma coiffure !

- Saké ? Femme pas boire saké, plutôt faire thé matcha...

- "Femme faire thé matcha..."  Non mais tu t'entends ? Je vais te faire infuser,moi, gros macho !

Et elle plongea dans le bain à bulles.

Ce qu'il advint par la suite nous restera à jamais inconnu, la diligente domesticité japonaise s'étant précipitée pour réparer le panneau à grand renfort de papier de riz (wagami).

 

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Participation de Flo

flo

Cela me rappelle l’œuvre qui me tient particulièrement à cœur où je vous dévoilais l’histoire du livre vivant. Vous rappelez-vous ?

« Ce n’était pas Olivier qui sortait prendre l’air. C’était moi, Flo, cette autre moi-même, de chair et d’os qui dessine à reflets son ombre et son ciré, d’or et d’argent la vie qui défile, égayée du regard de la toile miroitée, signée et torsadée par ces lignes qui se sait ». Vous souvenez-vous ?

Là, le fil n’est pas rouge, il est vert.

Pourtant Olivier qui trouvait le temps long se retrouvait bien loin éloigné de son ban parce que au-delà des douze piliers d’une certaine forêt car encore plus loin que celle où l’homme avait déjà planté des glands.

Cette œuvre me fait sortir du carrefour dans lequel j’étais emprisonné. Vous avez créé la porte. Je l’avais évoquée. Vous l’avez dessinée. Elle l’a façonnée ! La porte s’ouvre. Grâce à ce livre vert de couverture, la porte est dorénavant ouverte. Mister so blanco se colore. Que se passe-t-il ?

Je change de sexe. Je suis aveuglé par tant de luminosité. Je n’ai plus besoin de mes lunettes de soleil parce que je vois double. Je vois en tant qu’homme. Je vois en tant que femme. Finalement je vois avec et sans sexe. Je me plonge dans ce récit sans fin, dans cette inspiration si fertile, dans cet amour de m’imaginer à paginer et pianote les hymnes à la vie pour ne pas dire l’ode à la joie.

Oh, merci les amis de me permettre de me retrouver dans l’explosion des sens et l’exposition du sens sans sexe ! Vous avez brisé le sortilège dans lequel j’étais emprisonné. Je ne pouvais que contempler comme organiser vos vies par divers sortilèges derrière ce lorgnon. D’ailleurs, j’ai donné à l’un/e d’entre vous pendant son rêve une boule de Cristal avec de la neige éternelle. Je vous remercie car c’était un vrai calvaire à seulement vous scruter comme divinement vous enfumer par de multiples évaporations de l’essence.

Maintenant mortel, je vis ! OUF !!!

 

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Participation de Venise

On atteint ici le dépouillement absolu là où le langage bascule dans le blanc ;

Proche du haïku japonais ces arbres de papier attestent que la vie quelque part pulse encore et que la poésie est l’ultime recours contre la mort.

Où alors on est passé dans le degré zéro de la détresse

 Elle s’est réveillée sous une fine bruine, le temps lui faisait la barbe

Elle trottinait sans hâte vers la vielle ABBAYE, personne pour lui prêter un vélo ou lui permettre de téléphoner.

Pourtant nous n’étions pas aux siècles derniers et un Smartphone aurait pu être à sa portée.

Mais le pivot de la sensibilité enfantine de l’auteur ne pouvait offrir à la malheureuse qu’un plat de champignons.

Si boiteuse que soit cette histoire je ne pouvais empêcher qu’elle soit cuite et recuite

J’eu le désir de voir la jeune fille mettre trois ans pour sortir de ce conte.

Et de transformer le foret en véritable ménagerie. Je me suis installée là au bord de la feuille et je l’ai  attendue !!!!!

L’émerveillement que j’ai éprouvé dans cette attente était doublé par les plantes hallucinogènes que le conteur m’avait procurées.

Et la neige s’est mise à tomber sur les arbres.

 

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Les Arbres à Lire (Vegas sur sarthe)

Quand furent racornies telles peaux de chagrin
marges et couvertures et feuillets à gros-grain,
ils se sont réveillés, tordus ou estropiés
ceux qu'on anéantit pour faire du papier.
Le sorbier des oiseaux, le séquoia géant
couverts de mots ardents aux senteurs végétales,
le chêne chevelu au verbe croustillant
ont battu le rappel des essences vitales.
Leurs branches effilées portaient des mots aimables
qui de Chateaubriand qui de Victor Hugo,
des bouquets enivrants balancés à la diable
et qui vous asphyxient à tire-larigot.
Quittant les pauvres pages où ils étaient couchés
les écrits insurgés sortaient de leur silence
et j'entendis soudain des pages arrachées
l'appel des écrivains dans toute sa violence.
Ne soyez pas surpris si un jour, d'aventure
entr'ouvrant d'un bouquin la mince couverture
vous êtes assaillis par quelques Arbres à Lire
Laissez de la magie la grâce s'accomplir.

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Participation de Fairywen

Défi 286 du 15 février 2014

 

J’aime lire. Depuis que j’ai appris à déchiffrer ces mystérieux signes écrits sur le papier et compris qu’ils racontent des histoires, j’aime lire. Beaucoup, souvent, dès que je peux, des tas et des tas de livres. Mais j’aime aussi les arbres. Beaucoup. Or pour faire un livre, il faut des arbres (non, je n’aime pas les e-books ! Je veux un livre que je peux toucher, manipuler, avec des mots écrits sur du papier). Alors j’ai décidé que pour chaque livre lu, je planterais une graine. D’arbre, d’arbuste, de fleur, d’herbe (aromatique… Ah, une bonne omelette à la ciboulette !!). Du coup, j’ai un très beau jardin.

Un jour, en ouvrant un livre, j’ai trouvé une drôle de petite graine. Une graine dorée et argentée. Je l’ai plantée, arrosée, soignée, et un matin de printemps, j’ai vu un arbre là où j’avais enterré la graine. Un arbre magnifique, un arbre comme je n’en avais jamais vu, avec un tronc argenté, des feuilles vertes et dorées et des fleurs roses qui sentaient merveilleusement bon. Mes chats étaient déjà installés sur les branches pour y faire la sieste.

Je n’ai rien dit à personne. Je ne voulais pas qu’on me prenne mon bel arbre pour l’étudier dans un laboratoire froid et aseptisé. J’ai vite remarqué qu’en plus des chats, il attirait les oiseaux, les papillons, les écureuils et autres petites bêtes. Des moins petites, aussi, comme des renards, des cerfs, des biches, des chevreuils… Peu importait que je sois là ou pas, d’ailleurs. Tous les jours, j’allais lire sous mon arbre, même quand il pleuvait, car le sol sous ses frondaisons n’était jamais mouillé.

Puis l’automne est venu. Les fleurs ont disparu, et les feuilles ont commencé à jaunir. Un matin où le premier givre faisait son apparition, je les ai vues s’envoler au moment où j’ouvrais la fenêtre du salon. Elles étaient devenues des papillons, qui ont passé l’hiver au chaud, chez moi. Au printemps, ils sont retournés sur leur arbre et sont redevenus des feuilles vertes et dorées.

Depuis, en hiver, j’ai des papillons dans ma maison, et au printemps et en été, un arbre enchanté avec des fleurs roses dans mon jardin. Je continue à lire, beaucoup, et à planter une graine par livre lu. Et à chaque nouveau livre que j’ouvre, j’espère trouver une autre graine du pays des fées…

 

Défi 286 du samedi 15 février 2014 : le vol des feuilles en automne

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15 février 2014

Défi #286

Juste une image pour guider

vos plumes :

 

livre-foret

 

 Libre interprétation !

A tout bientôt à

samedidefi@gmail.com

 -Une oeuvre de Su Blackwell -

 

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Le porte-plume (Célestine)

cél

Le petit garçon mâchouille son porte-plume. Un beau porte-plume bleu tout mâchouillé au bout.  Le petit garçon regarde le plafond. Les traits du plafond descendent doucement vers lui comme un filet à papillon. Il se sent comme pris au piège. La voix du maître raconte une histoire d’oiseau qui s’envole de sa cage, une histoire de cage qui s’efface, de peinture et d’arc en ciel. Le petit garçon mélange les histoires comme les couleurs de ses crayons. Il dessine un oiseau dans la marge de son cahier de brouillon, à côté des multiplications, et l’oiseau, le bel oiseau bleu porte-plumes quitte les lignes Séyès et s’envole sur le rebord de la fenêtre, il a un petit œil doré de pigeon, et un grand sac de voyage sur le dos. Et de belles plumes bleues un peu mâchouillées au bout. Et le petit garçon arrondit sa bouche et le pigeon sourit. Quelle différence y-a-t-il entre un pigeon ? Viens avec moi, viens ! dit le pigeon. Viens loin du sol, parsemer de vent les nuages, vient faire éclater tes poumons de l’air du vent. Mais le petit garçon doit encore revoir sa conjugaison. Je vais venir,  je voudrais venir,  je viendrai,  je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu. Vingt culs ? dit le pigeon, peut-être pas, mais tu as la bouche en cul-de-poule, tu vas gober les moucherons !

Et le pigeon s’envole. Pourquoi faut-il toujours que tout s’envole ? se dit le petit garçon.

-As-tu fini ta rédaction ? dit le maître.

Et le petit garçon se souvient que le sujet de la rédaction était le rêve.

 

 

En hommage à Robert Doisneau, Jean Rivet, Coluche, Jacques Prévert, Maurice Druon, Selma Lagerlöf, Richard Bach, Jean Richepin, Cocteau et quelques autres grands poètes que j’aime.

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