09 mars 2019

99 dragons : exercices de style. 47, Comptine Ch'ti (Joe Krapov)

Le problème des langues vernaculaires, c'est qu'on ne les comprend pas si on n'est pas soi-même un autochtone ! 

Du coup ça oblige le bilingue de service à livrer une traduction pas toujours très fidèle ("Traduttore, traditore" comme disent les Guatémaltèques) !

Voici la mienne :

Bonjour, je me présente, je suis Louis le dragon. J’habite à Mazingarbe au sommet de la montagne de schistes. Comme je voulais voir du pays, je suis parti à la maraude aux poires, vous savez, celles qu’on trouve sur les pommiers à cerises ! Figurez-vous que dans le pré d’à côté il y avait trois jolies petites chèvres bien dodues. Ma nature étant ainsi faite, je me suis précipité sur elles, je les ai transformées en soupe au lard et je me suis régalé des légumes et de leur chair bien cuite retirés de la marmite avec une écumoire. Sachez le : je me fiche bien de ceux qui pensent qu’on doit seulement manger pour vivre et non l’inverse ! Moi je vis pour manger.

Bien qu’il eût les yeux fermés, le fermier m’a vu faire. Il est allé trouver le maire. Le curé lui a répondu qu’il envoyait Saint-Georges avec tout son attirail guerrier en vue de me réduire en bouillie.

Venez donc, les gars, vous ne me faites pas peur ! Et d’ailleurs, je croyais voir arriver un soldat et voilà que ce n’est qu’un garde champêtre qui revenait de Marquette et se trouvait donc sur la route de Sainghin. Le maraud m’alpague ainsi :

- Va-t’en laver tes jambes avec du savon noir, horrible bestiau. Tu pourras peut-être les ravoir ! Allez, gros sac ! Ramasse ton coq ! Tu vois bien qu’il a les pattes cassées !

- Comme tu prends la mouche, jeune présomptueux ! Qui donc t’a offusqué en moquant la taille de tes volumineux genoux, alors que tu as de si belles jambes ?

Après, nous nous livrâmes à une violente échauffourée, comme aux temps où le Bourreau de Béthune affrontait l’Ange blanc.

A un moment, il a lâché son chien et son chat m’a mordu. Il m’a mordu à la fesse et très bizarrement, je saignai à l’oreille. A vrai dire ce n’était pas du sang : je pissais du vinaigre !

Mais n’allez pas plus loin, gentils lecteurs, gentilles lectrices. Toutes ces affirmations ne sont que des fariboles et des calembredaines. Elles relèvent de ce type de blagues que les mineurs de fond se racontaient gaiement en revenant du puits de mine et qui avaient pour personnage un nommé Cafougnette créé par Jules Mousseron. Même les enfants du bassin minier les chantaient dans les cours de récréation de Noeux-les-Mines ou d’Avion en attendant Noyelles-Godault !

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Le vernaculaire c'est quand même mieux que le latin de cuisine (Walrus)

 

Arum maculatum

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 Gouet pied de veau

 

 

 

 

 

 

Coussin de belle-mère

   

   

 

   

  

 

Gueule de loup

Gueule de lion

  

  

  

   

  

Sabot de Vénus

Sabot de la Vierge

Soulier de Notre-Dame

   

   

  

   

   

Pissenlit

Dent de lion

Salade de taupe

   

   

   

   

   

Barbe de vieillard

Barbe de juif

 Comment ça, non ?

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Un petit tour en Sarthe par bongopinot

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Un petit tour en Sarthe
C’est toujours un plaisir
Un endroit à chérir
Et qui me réconforte

Des puits des fontaines
Une vallée un jardin un parc
Des communes atypiques
À la fois Rurales et urbaines

Le musée du marbre
Les monuments historiques
Un petit pont pittoresque
Une ferme un manoir

Petit bourg ou hameau
Avec un moulin à eau
Four à pain, four à chaux
Circuits à pied, à vélo

Des Lavoirs des calvaires
Des roches calcaires
Des cités de caractère
Patrimoine vernaculaire

Un petit tour en Sarthe
C’est toujours un plaisir
Un bel endroit à chérir
Et qui me réconforte

 

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Funnelcakes (joye)

Il y a 3915 mots qui commencent par VER.

Il y a 139 mots qui commencent par VERNA.

Il y a 2 mots qui commencent par VERNAC.

VERNACULAIRE. VERNACULAIRES.

Il y a 245 mots finissant par LAIRE.

Il y a 67 mots finissant par CULAIRE.

Il y a 6 mots finissant par ACULAIRE.

...

Il y a

un seul mot

finissant par NACULAIRE.

VERNACULAIRE.

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Pierre Machefer (Pascal)


L’École des Apprentis Mécaniciens de la Flotte, située à Saint-Mandrier, comme tous les endroits d’instruction sévères et d’éducation militaire, au fil des années, a vu passer, parmi ses milliers d’adolescents, des cas difficiles, pratiquement irrécupérables, de ces enfants cabossés, orphelins, adultes avant l’heure, et ne connaissant rien de la tendresse.
Et celui-là, déjà balafré, le crâne rasé, trop grand pour son âge, d’où venait-il ? De quelle région, de quel banc pouvait-il se prétendre sinon de celui des enfants abandonnés ?...
Pierre Machefer, dur comme son prénom, surnommé Gueule d’Acier, renvoyé de tous les pensionnats successifs qu’il avait fréquentés, ne ferait pas long feu, échoué ici, car cette École, c’était comme une galère ; il fallait prendre sa rame pour nager en cadence avec les autres…  

Élevé à l’eau froide et aux coups de ceinturon, rien ne pouvait lui faire baisser les yeux. Comment redresser pareil énergumène ? Comment le remettre dans le droit chemin si tant est qu’il existe ? Le briser ? Le foutre en prison ? L’expulser une fois de plus ?...
Pourtant, il n’était pas un élément perturbateur, un fouteur de merde, ce genre de personnage mal sevré qui a besoin de se montrer avec des fanfaronnades de paon et des excès de grande gueule tout azimut.
Il ne fallait pas l’emmerder, pas trop l’approcher ; ce n’est pas nous qui l’apprivoisions, c’est lui qui, petit à petit, s’habituait à nous. Au réfectoire, devant son plateau, il était comme un loup affamé dévorant sa proie. Naturellement, c’était le vide autour de lui ; personne ne se serait amusé à lui piquer son pain, même pour plaisanter, et Gueule d’Acier ne plaisantait jamais. Quand il soulevait son regard jusque dans vos yeux, vous étiez dans son collimateur, et gare à son déferlement de violence.
Dans sa bannette, il dormait les yeux ouverts, une vieille habitude de surveillance gardée de l’époque où, quand son gardien venait le tabasser, la nuit ; c’était plutôt des apnées de sommeil…  
Quand on lui a donné sa dotation, même si ce n’était que des modestes tenues de travail, façon bagnard, avec calot et gilet rayé, c’est la première fois de sa vie qu’il portait des vêtements neufs. Partout où il le pouvait, il marchait nu-pieds pour ne pas user ses belles chaussures.
Apprendre à marcher au pas, vivre avec d’autres gamins, les laisser rentrer et vaquer dans son espace vital, son incorporation fut difficile ; se croyant continuellement agressé, c’était à la limite de ses forces. Toujours sur la défensive, il montrait les dents, il grognait, il serrait les poings.
Pourtant, à son rythme, il apprit le maniement de la lime, l’organisation des traits croisés, la justesse des côtes, le pouvoir du pied à coulisse. Il y avait de la passion en lui ; ce qu’il entreprenait, il le faisait avec cœur et courage…

Yann, un pur breton bretonnant, avait perdu son père, un marin pêcheur ; abus de chouchen ou mauvaise vague, il était passé par-dessus bord de son chalutier, pendant une marée, et sa veuve, une mère supportant ses cinq gosses, avait envoyé son aîné à l’Ecole des Apprentis. Grand avant l’âge, il avait pourtant gardé son côté un peu enfantin et c’était le blagueur de la chambrée. Bien sûr, il avait tellement d’accent vernaculaire qu’on ne comprenait pas tout mais on rigolait quand même d’entendre ses clowneries.
Il bossait à l’étau d’à côté de celui de Pierre ; inoffensif petit oiseau, il se permettait de lui donner quelques conseils, quelques astuces ; l’instructeur d’atelier fermant les yeux, ils étaient devenus un binôme occulte. À deux pour tenir la même rame, c’était déjà moins difficile…

Dans la chambrée, à côté de son lit, il y avait Etienne Pizarneau, un gamin de la Mûre ; son père y était mineur de fond. Il n’avait pas souvent le sourire, Etienne ; épais comme un sandwich de chômeur, lui aussi, largué dans cette École, il apprenait l’ordre et la sévérité. Souvent puni, à cause de ses piètres notes, il restait enfermé dans l’Ecole quand les autres partaient en permission. Du cirage à l’aiguille pour recoudre un bouton, refermer un accroc, on pouvait tout lui demander ; c’était même un plaisir pour lui de partager avec sa nouvelle famille. Dans l’intimité de nos confessions, je sus plus tard qu’il n’avait pas vraiment de chez lui, que son père n’était pas vraiment son père, ou quelque chose comme ça…  

De l’autre côté, il y avait Paul Ostich, un ch’ti, gentil débonnaire, échoué ici par hasard ; nous, on l’appelait Pollux, à cause de sa grand-mère qui lui envoyait des colis remplis de bonne bouffe ; heureusement, il était partageur. Un jour, quand il a tendu une part de « tarte au libouli » à Pierre, je crois que c’était la première fois qu’on entendit « Merci » de la bouche de Gueule d’Acier…

Et puis, il y avait moi. Gamin turbulent au lycée, mes conneries allant grandissant, dare-dare, mes parents m’inscrivirent dans cette École, en espérant qu’elle me récupère avant la vraie délinquance. Les devoirs d’atelier, les épaisseurs des traits du Rotring, les contraintes des côtes, ce n’était pas pour moi. Comment dire ? J’étais fait pour l’ajustage comme un oiseau sauvage qu’on a enfermé dans une minuscule cage…  
Manuellement incapable, j’excellais dans toutes les autres matières. Aussi, problèmes de maths, rédactions, corrections des fautes d’orthographe, et même du courrier familial, je faisais profiter de mon savoir à toute la chambrée. Trois mains de plus pour tirer sur la même rame, c’était beaucoup moins pénible…

Dans cette Ecole, il y avait un pouvoir parallèle où les gros bras, les durs de la Cour d’Honneur, cherchaient toujours à prouver aux autres leur suprématie de meilleur guerrier, de meilleur boxeur, de meilleur tueur. Comme après chaque rentrée, les duels s’organisaient, les déclarations de guerre se décrétaient, les convocations nocturnes couraient sous les arcades. Les règlements de compte se faisaient derrière la chapelle, comme si Dieu en personne adoubait naturellement le vainqueur, après la castagne.
Très vite, il avait couru le bruit comme quoi le sieur Pierre Machefer, grande terreur de réputation, pouvait prétendre au titre honorifique de roi de la Cour d’Honneur. Forcément, pour entretenir leur supériorité, les querelleurs, les violents voulaient en découdre avec lui…

Lucien Lématom, surnommé Le Bleu, était le cogneur patenté de la 4A ou de la 4B, je ne sais plus ; il n’empêche, il était de ceux qui voulaient dézinguer Pierre, notre pote de la chambrée. Lui aussi, il avait un cursus élogieux de bagarreur à faire pâlir un vieux maton, à faire réfléchir un sacco avant de l’empoigner. Graine de méchanceté, mauvais garçon, gibier de potence, il cumulait les superlatifs et il était craint par toute l’Ecole. Prélat, il avait ses valets, ses indics, ses lieutenants, ses messagers.
Un soir, l’un d’eux réclama la présence de notre champion sur le pré de l’affrontement, derrière la Chapelle. Entre nous, ce Lématom, s’il avait su à qui il s’en prenait, il aurait caché ses biceps, rentré sa grande gueule et il serait sagement resté à taper sur les tôles de sa chaudronnerie, en confectionnant au mieux son arrosoir…

Notre Gueule d’Acier semblait contrarié, non pas que le futur pugilat le dérangeât mais pour une fois qu’il avait trouvé sa place dans cette Ecole ; il pouvait même prétendre à décrocher son CAP d’ajusteur, tant il se débrouillait bien. Si cela se trouve, il allait encore se faire virer manu militari et se retrouver dans une prison de vraie correction…

Passé les sommations d’accueil, en noms d’oiseaux et en phrases assassines, du genre : « Gueule d’acier, je vais te faire bouffer toutes les bites de l’Arsenal !... », « Lématom, dans peu, tu vas compter les tiens !... », il ne fut pas longtemps avant que les deux protagonistes ne se jettent l’un sur l’autre…  
À la lumière des éclairages faiblards, la bagarre fit rage dans la poussière, la sueur, la bave et le sang. Empoignades, étranglements, coups de pied, coups de tête, coups de poing, de force égale, il n’était que la roublardise, le vice, la résistance au mal, pour donner l’avantage à l’un ou à l’autre…
Dans le cercle des spectateurs, nous, on était les supporters attentifs ! Parfois, on ne savait plus qui était l’un et qui était l’autre ! Parfois, on encourageait le mauvais ! Nous, on était sûrs qu’on allait gagner ! Et… on a gagné !...
Je crois que Lématom avait reçu plus de coups que tous ceux qu’il avait donnés sur ses pièces d’atelier, depuis le début de l’année scolaire. Au drapeau blanc, il cria grâce mais reçut quand même le quarante-quatre des belles chaussures cirées de Pierre dans la gueule ; il cracha quelques dents et s’éteignit pour le compte. Le Bleu avait viré au rouge… sang…

Les lumières de la chambrée étaient à peine éteintes qu’un rapide galop de saccos furieux déferla dans les escaliers ; c’était pour nous… « Tout le monde debout devant son lit !... », hurla le plus gradé !... « Ce soir, qui s’est battu derrière la Chapelle ?!... ».  Lentement, il inspecta chacun d’entre nous comme s’il y cherchait les stigmates de l’échauffourée nocturne ; il resta un peu plus longtemps devant Pierre et ses coupures sur le visage…
« Je répète et c’est la dernière fois : ce soir, qui s’est battu derrière la Chapelle ?!... ». Il continua son inquisition auprès de chacun d’entre nous. Ça allait morfler pour nos matricules ; un des sbires à Lématom avait dû cafarder la débâcle auprès des instances supérieures…

« C’est moi… », soupira Pierre, en s’avançant et en boitant bas…
« Non, c’est moi… », dit Yann, sans se démonter. « Dame, oui !... », renchérit-il. Il arriva même à boitiller…
« Non, c’est moi… », dit Etienne ; toujours épais comme un passe-lacet, qu’un simple éternuement aurait pu renverser, il avança d’un pas ; il traînait mieux la jambe que quiconque…
« Non, c’est mi… c’est moi… », dit Paul en regardant le sacco droit dans les yeux ; il claudiqua son pas et vint, tout fiérot, se figer devant son nez…  
« Non, c’est moi… », dis-je sans sourciller. C’est fou mais je me sentais fort à cette seconde ; rempli de frissons dans l’échine, comme si je m’étais vraiment battu, c’était mon grand moment de gloire. Avec mon pas en avant, je restais de guingois, allégeant une jambe…
« Non, c’est moi… », récitèrent, les uns après les autres, tous les p’tits gars de la chambrée, en s’avançant d’un pas devant leur lit…  

Dubitatif mais pas dupe, le sacco inquisiteur, ne sachant plus s’il fallait sourire ou s’emporter, à cause qu’on se foutait tous de sa gueule, opta pour un jugement en forme de porte de sortie honorable pour les deux parties. En punition générale, il nous envoya faire des tours de stade, autant dire une partie de rigolade. La galère avait jeté ses rames et naviguait maintenant aux grands vents de l’Amitié…

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Pour Sarah (maryline 18)

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VERNACULAIRE (Venise)


Je suis entrée en coup de vent dans la masure
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Des milliers de bruits y murmuraient encore, une langue ancienne mâchonnée dans l’enfance
Est-ce que cette nuit recèlera un matin si j’y dépose mes valises
Sous ce soleil du sud enfin retrouvé la langue de ma mère si longtemps méprisée. Je suis née du désir de m’extraire et du remord de l’avoir fait.
Quel bonheur de m’endormir dans la longue chevelure de la mousse de ses robes et de la langue de son sein.
Je sais maintenant que tu as fait le mieux que tu pouvais avec le peu que tu possédais.
Je me demande maintenant ce que j’ai appris ou plutôt désappris à me battre loin de toi comme un animal
J’ai traversé son jardin sans le voir maintes et maintes fois.
Ma langue chaloupe à l’approche de la tienne, et je mesure mon égarement dans les débris de cette enfance que tu n’as su retenir.
Je reviens au lavoir l’ecchymose d’une langue qui a souffert d’être abandonnée et qui garde en son centre le palpitement d’un cœur attendri par tes mains dans ce lavoir.
Je laisse monter un soleil timide entre nous où ma langue prend enfin refuge .

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Mes paysages de langue(s) vernaculaire(s)[1] (Laura)

 

Quand je vivais dans ma ville (et région d’origine), je ne me rendais pas compte que je parlais différemment de mes voisins bourguignons ou parisiens car je ne sortais pas assez de ma langue vernaculaire pour avoir du recul. Aller à Paris puis Reims faire mes études n’a pas été suffisant pour m’éclairer à ce propos.                                                                                            

Quand j’ai repris mes études de lettres à la Sorbonne par correspondance, j’ai étudié en linguistique ce concept de langue vernaculaire/véhiculaire et j’ai vraiment déménagé/changé de région. J’ai quitté la Champagne où je vivais depuis vingt-cinq ans pour le Nord où j’ai vécu cinq ans. Loin d’entendre les gens parler de façon aussi outrancière que dans « Bienvenue chez les ch’tis » ou comme Jean-Philippe Janssens, j’ai tout de même constaté que ces gens qui m’accueillaient super bien, ne parlaient comme les personnes que je côtoyais jusqu’à présent ou les parisiens. Au début, je ne comprenais pas les expressions picardes de mes beaux-parents qui n’ont pas l’accent du film (déjà évoqué).

Après le Nord, je suis descendu dans le sud-ouest où j’ai découvert l’accent de l’Ariège et de Toulouse où j’ai passé mon mémoire de maîtrise. Moi, j’ai été cataloguée « accent du nord. »

Je suis remontée vers l’Auvergne et Rhône-Alpes où le parler le plus caractéristique que j’ai remarqué est le gaga de St Etienne.

Je suis aussi descendu de  deux mille kilomètres environ pour Casablanca où le casaoui s’est noyé pour moi dans l’arabe que j’ai essayé …. en vain d’apprendre.

Pour finir, j’évoquerais les langues apprises pendant dix ans et plus comme l’anglais que je maîtrise assez pour comprendre et me faire comprendre en Angleterre et Turquie

L’allemand mais que je n’ai pas assez pratiqué pour la parler bien qu’étudiée pendant dix ans

Le latin m’a nourri  mais j’ai beaucoup perdu de ces longues années d’apprentissage

A chaque fois que j’ai visité un pays, je me suis mis à la langue avec plus ou moins de bonheur : italien pour Venise, espagnol pour Barcelone, turc pour Istanbul, néerlandais pour Amsterdam.



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Les vernes à Culaire (Vegas sur sarthe)


En pays de Chambertin on parle comme on déguste, en clappant de la langue et en roulant les «'r' pour s'oxygéner le palais, un peu comme si on voulait aérer un jeune millésime un peu trop carré …

Le matin on met le nez à la borgnotte pour voir le temps qu'y fera : un grand et chaud sulot ou bien une rabasse à vous gauger jusqu'aux os.
Quand on aura migé la potée et les treuffes jusqu'à en être gueudé, on ira nadouiller dans la gouyasse et les flaques d'eau avec les p'tiotes avant que nononque ne vienne nous flanquer une tisane.
Alors on jartera à la cave pour s'enfiler des galopins d'aligoté jusqu'à en avoir le virot, cheurtés sur une barrique au risque de déniaper nos culottes.

À la rivière on grimpera dans les aulnes – les vernes à Culaire – et comme Culaire aura cafté et qu'on va viauner le crottin et la bouse de vache en rentrant à la maison, on ira se coucher sans souper en chouinant
comme des beusenots.
On est comme ça en pays de Chambertin ! C'est quand même pas difficile à comprendre.

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Au pays de Vernassal... (Lecrilibriste)


Dans le petit pays de Vernassal -  non pas que le pays Verna, fut sale, mais il s'appelait ainsi... Allez donc savoir pourquoi !
Donc, au pays de Vernassal il y avait deux familles qui se haïssaient, les Vernas (de verna vernae = esclave né dans la maison du maître) et les Vernis qui posssèdaient le château de Vernassal.

Les Vernis  avaient un blason tout vernissé de vert,  ils se prélassaient à longueur de journée-  et embauchaient tous les Vernas du coin pour faire leur travail – ce qui est dans l'ordre des choses lorsque l'on connait l'étymologie du mot et que l'on sait qu'au temps jadis, les Vernas naissaient, pauvres hères, dans le château des Vernis qui les utilisaient sans vergogne à toutes les tâches qu'ils ne voulaient pas faire et surtout débiter les vernes,  arbres de la famille des Bétulacées qui poussent sur des terrains humides où ils s'enfonçaient dans la vase avec leurs bottres,  sans pouvoir se dégager.

Balivernes me direz-vous  Mais non !  Pas tant que ça !

Toute grandeur a sa part d'ombre et les Vernis - qui se la coulaient douce - étaient loin d'avoir la force et la beauté des Vernas qui avaient développé une silhouette fine et magnifiquement musclée à force de s'atteler à toutes les tâches commandées par les Vernis, hantant plutôt les tavernes et vautrés dans leur fainéantise.

En outre,  il existait une légende chez les Vernas qui contait qu'un certain Spartacus, venu se perdre, on ne sait à quelle occassion dans le pays de Vernassal avait laissé sa Thrace dans la tribu des Vernas et engendré une belle descendance de rebelles esclaves - filles et garçons. Ce qui devait un jour changer la donne, disait la légende... Et tous les Vernas y croyaient dur comme fer !

Or, il était né chez les Vernas, sous les influences vernales, une petite fille, que l'on nomma  Julie Vernas, qui de jour en jour, plus fine et intelligente, devenait une beauté.
Elle n'avait guère la langue dans sa poche et, toujours très créative, elle avait inventé, ce qu'elle appellerait plus tard, le vernier, sorte de  pied à coulisse, pour mesurer les dimensions de la caverne des anciens qu'elle avait découverte inopinément

. Et toujours sous les influences vernales, était né, le même jour, à la même heure, à la même seconde,  du même mois un jeune gars chez les Vernis, nommé fort à propos, Jules Vernis, qui, loin de ressembler à ses ancêtres, écrivait dès le plus jeune âge  des vers magnifiques et des histoires incroyables avec une envergure poétique et imaginative hors de portée.

Ces deux là, bien sûr,  étaient faits pour se rencontrer …

Ce fut par un mois hivernal où les routes étaient verglacées que les jeunes gens se retrouvèrent à la cavernes vernissée, l'une pour mesurer les vertigineuses stalactites,  l'autre pour écrire  loin de tout vertige de ce monde, son roman inédit., ce qui faisait tordre de rire et moquer  ses ascendants, lorsqu'il écrivait chez lui.

En voyant Julie, le vertige le prit et son roman prit un tour sentimental immédiat, totalement fou et  inattendu qui eut par la suite un vif succès. Ce qui était normal pour un Vernis...

De son côté, en voyant Jules, le vertige la prit et elle confondit stalactites et stalagmites pour la thèse qu'elle devait présenter à la rentrée. Elle faillit échouer, mais, rebelle, et ne s'en laissant pas compter, son bagout et sa beauté firent merveille et elle réussit d'emblée.

Mais comme les stalactites et les stalamites arrivent à se rejoindre un jour, à force, les uns de descendre et les autres de monter, Jules et Julie tombèrent follement amoureux l'un de l'autre et se retrouvèrent tous deux au point de fusion.

C'est ainsi que les Vernas et les Vernis mirent fin au conflit éternel, en supprimant les « as » et les « is » de leur nom de famille,  en allant à l'état civil  pour le remplacer par un « e » muet et devinrent ainsi, cités dans le JO,  Julie et Jules Verne.  

Ils s'épousèrent, furent heureux et eurent beaucoup d'enfants, les uns mathématiciens et les autres poètes.  

Et le petit pays de Vernassal existe toujours,  avec son château comme vestige vernaculaire.

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