05 août 2017

Le rouge et le rose (JAK)

 

Mon cher et tendre (surnommé Incarnat, couleur de son nez) ,  avait décidé de visiter le monde avec un  camping-car flambant neuf loué chez kiloutou. .

Bien sûr, comme toujours, sans me demander mon avis.

Sais-tu Amarante que tu auras, au cours de notre long périple, à ta disposition une véritable palette de couleurs. Tu pourras sortir ton carnet de voyage et étaler à l’aquarelle, des rouges à l’infini., toi qui aime cette couleur (il faisait crûment allusion à mes colères où enfourchant mes grands chevaux alizarine, je voyais alors rouge-écarlate tirant sur le rouge sang -de- bœuf, surtout lorsque j’avais levé le coude exagérément  avec un rouge -bourgogne)

En fait de paysage, il me fit surtout visiter de vieux monuments, des statuts, des reliques ; j’avoue que c’était assez vermeil à voir

Mais telle n’était point mon rêve.

J’aurais préféré peindre à mon aise en campant sur des collines, aux reflets terracotta, ou au bas des prairies semées d’Adonis microcarpa d’un beau rouge carmin et d’avantage encore, m’égarer dans des dunes sableuses bucoliques, et dans un détour,  découvrir un  soleil couchant. Et ainsi contempler la mer étale irisée d’une palette   inimitable. Et j’aurais pu éterniser ce moment de bonheur avec mes pinceaux, le fixer anonymement pour l’éternité – (enfin presque car avec l’aquarelle…)

Non, il a fallu qu’il me fît visiter des idolâtries ; Et dans cette vieille chapelle de MARVAO, en mai 2003, où il n’y avait même pas de siège pour m’assoir, le seul étant occupé par un lugubre personnage. Je me suis énervée, en découvrant un cardinal, d’un rouge cinabre,    guindé et mannequiné, avec des rotules de remplacement, coiffé d’ une  mitre d’âne, -nuance rouge cardinal -préciserai-je 

Oui dans cette ce lieu saint, ne freinant plus ma colère, les joues rouge écrevisse, j’ai traité mon ex—petit-ami de tous les nom d’oiseaux, même de rouge zinzolin, ce qui était pour lui une insulte (zinzolin voir ci-dessous *)

Je n’ai pas eu pitié de son visage devenu rouge-turc.

J‘ai pris mes cliques et mes claques, mes pinceaux, et suis allez siffler sur la colline  

Et depuis je m’éclate en peignant des cerises des fraises et des fuchsias, puis des grenats, des coquelicot également des passe-velours, ainsi que des capucines,  des groseilles, itou  des tomates et poivrons …..

La preuve voici mon dernier chef-d’œuvre

j01

 

 

des poivrons rouge-Incarnadin ponctués de Rouge-anglais,  légumes venus tout droit de la belle terre rouge du Languedoc Roussillon.

Je forme un couple uni avec mes pinceaux en poil de martre, et maintenant  je vois la vie en rose.

 

Mise au point

Le mot zinzolin viendrait de l'italien zuzzulino et de l'arabe djoudjolân : « semence de sésame », de zizolin (15991617), ou bien de l'espagnol cinzolino et de l’italien giuggiolena, d’où le terme de gingeolin également utilisé, parce qu'on peut obtenir à partir de cette graine une teinture

 

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Ecrire à Rimbaud. 2, Marionnettes (Joe Krapov)

DDS 466 cardinal

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

« Moi je construis des marionnettes
Avec de la ficelle et du papier »

Je te fais grâce de cette chansonnette d’un chanteur pré-nommé Christophe. Celles et ceux qui l’aiment prendront le train de M. Youtube pour aller l’écouter si ça leur chante.

Cette semaine, l’image de départ me ferait dire plutôt ceci : Après «Fanfan la Tulipe», «Les Trois mousquetaires» ?

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Il faudrait que je le revoie ce film de Bertrand Tavernier, «La Fille de D’Artagnan». C’est Sophie Marceau qui tenait le rôle. Est-ce-là que Claude Rich jouait Mazarin ? Y était-il un « cardinal bien tapé » comme le dit la légende de la photo ci-dessus ? Un coup d’œil à Wikipédia me répond que non, que c’est au théâtre dans « Le Diable rouge » qu’il a tenu ce rôle et y a excellé.

Mais revenons à la « superbement idiote entre les petites villes de province », Charleville-Mézières ou Charlestown comme tu la nommais toi-même sans prévoir que tu reviendrais y danser de douleur un autre charleston beaucoup moins drôle pour ton chant du départ.

Il y avait de très beaux mousquetaires au Musée de l’Ardenne dans l’exposition temporaire consacrée aux marionnettes du Nord de la France et de la Belgique proche. Il y avait aussi de magnifiques trésors théâtraux dans les deux salles dédiées de la collection permanente.

Je sais, personnellement, de longue date, les liens de Charleville avec ces figurines dont on tire les ficelles – ou dans lesquelles on met les doigts, ce qui est, avouons-le un peu dégoûtant (ou pas) -. J’ai connu au début des années 1980 une dame qui occupait son temps libre à dresser la liste de tout ce qui avait été écrit de par le monde concernant Pinocchio, Guignol, le Gendarme et consorts pour les montrer dans le petit castelet. C’est elle qui m’a appris l’existence du Festival mondial des théâtres de marionnettes. Peut-être viendrons-nous y assister un jour de folie !

170710 Nikon 039

Le temps me manque ce jour pour explorer plus avant les liens potentiels entre tes œuvres et cette spécificité festivalière locale. A part le fait que pour une marionnette aussi « je est un autre », que, pour la faire parler et bouger il faut être résolument ventriloque plutôt que absolument moderne, habile manipulateur plutôt que fleuve impassible, à part ta phrase disant que «la vie est la farce à mener par tous» je ne vois rien qui te lie plus que ça, mon cher Arthur, au théâtre et aux figurines à bouche immobile, même si tu as dû, comme tout le monde, croiser des pantins à Pantruche et des guignols à Charlestown !

Mais revenons au cardinal tapé qui m’interrompt. « Et Dieu dans tout ça ? » me demande-t-il en s’étonnant que je n’ai pas encore écrit les deux mots « pourpre cardinalice » qui brûlent le bout de mon stylo depuis que j’ai entamé l’écriture de cette deuxième lettre. J’adore connaître des mots qu’on n’utilise jamais !

Eh bien, Dieu… Mon Dieu, comme c’est drôle ! C’est Isabelle la catholique… (Si, si, Dieu est une femme !)… Excusez-moi, cardinal, je vous réponds mais en m’adressant à Arthur !

C’est Isabelle Rimbaud, ta très catholique sœur, qui t’a, paraît-il ramené à lui ou L’a ramené vers toi dans tes derniers moments. Tout cela est décrit en long et en large dans l’exposition au 2e étage de ton musée dans le vieux moulin sur la Meuse. On voit même des photos d’elle et des portraits réalisés par son mari, le peintre Paterne Berrichon. Paterne Berrichon ! Tu parles d’un blaze ! Pourquoi pas Baderne Perrichon comme tu aurais pu le rebaptiser avec insolence.

- Qui vous êtes, vous ?
- Baderne Perrichon, je suis le beauf d’Arthur.
- Avec un nom pareil, vous devez beaucoup voyager, non ?
- Non, c’est lui, surtout, qui marche ! Enfin, qui marchait !

170712 265 012

Mais ne soyons pas méchants. Ce couple n’est pas pour rien dans ta célébrité et ta gloire posthumes.

J’ai quand même des doutes, Monsieur le cardinal dont j’ai toujours garde, sur le sens de tout cela. Un musée consacré à un ado fugueur, à un poète génial, à un marchand d’armes et à un moribond unijambiste ? Et un autre où l’on trouve deux pièces pleines de vitrines emplies de marionnettes ? Quel rapport entre les deux sinon que pour un prix modique, 5 euros en 2017, on peut entrer dans les deux ainsi que dans la maison des Ailleurs où Arthur a vécu de 1869 à 1875 et passer quelques heures à être émerveillé par le passage des hommes dans le travers du temps, par ce qu’il en reste après coup, un plan de Vienne déchiré, un portrait du roi Ménélik, une lance mérovingienne, une légende du temps de Charlemagne, celle des quatre Fils Aymon, racontée par un grand automate, place Winston Churchill à chaque heure que Dieu fait sonner en posant la grande aiguille sur le douze.

Aucun rapport, entre tout ça. Ou si, un seul : Charleville-Mézières, c’est comme le Harrar, il faut le voir pour le croire

***

Et puis ce matin au réveil, illumination ! Illumination !

Je l’ai retrouvé dans mon hypermnésie galopante le lien entre la famille Rimbaud et le théâtre ! Je viens de scanner l’image pour la partager. Riez, amies lectrices ! Préparez-vous à rire, amis lecteurs. A Riez, charmant village de Provence où nous avons passé nos vacances à l’été de 1987, j’avais photographié, dans le paisible et joli cimetière cette tombe-ci, celle de Hamlet Rimbaud !
Etonnant, non ?

Amitiés et bon vent à toi, Arthur qui as cessé de battre la semelle !

DDS 466 Hamlet Rimbaud

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29 juillet 2017

Défi #466

 

Marvao, mai 2003

L'est pas tapé le cardinal ?

 

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Participation de Thérèse


Brouillard s’étale dessus la terre tel un suaire
Obscurité s’éternise dans un demi-sommeil
Nuit engloutit mon esprit à l’infini.
Je me vautre dans la fange nauséabonde
de mes pensées doucereuses, douloureuses.
Lignes sirupeuses écrites au fil du temps
que je relis dans les coups de cafard.

J’ai acheté un bouquet de tulipes :
tu les avais toujours aimées.
Je les ai posées sur ta tombe :
elles sont là aujourd’hui encore si belles.
Imperturbables, elles résistent au vent et à la pluie,
comme un gage éternel de mon amour pour toi.
Flammes figées dans le gel de l'hiver,
elles dansent dans une explosion de lumière.

Ombres chinoises sur un ciel doré
Comme une encre de chine sur papier doré
Les arbres pétrifiés dans le froid
Tendent leurs bras décharnés.
Des alignements de nuages
Comme un raz de marée déferlant.
La lune est tombée sur l’horizon
Boule dorée sur le noir de la nuit.

Tu me manques…

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La tulipe par bongopinot

 

 Grand-Bigard, avril 2011


Pour tous les gens
Amis du printemps
Poussés par le vent
Assis sur les bancs

Un parterre de fleur
Aux vives couleurs
Aux douces senteurs
N’est que du bonheur

Tulipes multicolores
La terre se colore
Et forme un décor
Tout le monde adore

Le vert le rouge
Le jaune l'orange
Un coloriage
Pour tous les âges

Filles et garçons
À toutes saisons
Comme une passion
Attendent sa floraison  

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Autant en emporte le plat : Épisode Troisième (joye)

L’histoire jusqu’ici : http://samedidefi.canalblog.com/archives/2017/07/22/35496137.html 

- Mais ! cria Garceline, qui retenait son souffle depuis le dernier épisode du samedi dernier, comment se fait-il que ton frangin Pierre soit fait de marbre ?

- C’est une longue histoire, murmura Hammour. C’est un sortilège jeté par…

- Par une vieille sorcière ! interrompit la jeune femme, encore maîtresse de ses excellents poumons.

Hammour et Pierre se mirent à rire tous deux. Garceline examina furtivement son futur beau-frère non sans un brin de rancune.

- Beuh non, une sorcière ! Hihihi ! Non mais, tu te crois où, dans un conte de fées ou quoi ? ricanèrent les deux frères.

- Bah, comment croyez-vous que j’ai perdu ma jambe ? cria Garceline.  Hein ? Dans un accident de moto ?  Ses deux yeux la couleur des arcs-en-ciel scintillaient comme font les arcs-en-ciel en colère.

- Non, non, allez, du calme ! chuchota Hammour qui la prit dans ses deux bras musclés.  Nous savons bien que…

Garceline se laissa bercer contre la superbe poitrine musclée de son héros gitan.

-…que c’était un crocodile qui te l’a bouffée ! riposta Pierre, et c’était reparti.  Les deux frères hurlèrent de rire. Hammour riait si fort qu’il laissa tomber par terre la pauvre Garceline.

- Arrête ! Arrête ! gémit le pauvre Pierre. Je vais craquer !!  Son frère Hammour roulait par terre, pleurant.  Pierre, ne pouvant pas rouler par terre, sauf lors des tremblements de terre, notons, se contenta de regarder son frère, et d'émettre des ho ho ho de sa bouche arrondie.

- Hammour ! C’est pas…gravier ! hoqueta-t-il, entre bouffées de rire.

La jeune femme qui se releva difficilement, alla chercher sa jambe sous le lit.  Il était bien temps qu’elle s’en aille, pas la peine de gaspiller le dernier bout de sa jeunesse sur un prétendu roi des gitans, sans parler de son beauf de frangin de granit, noméo ! Elle rédigeait déjà dans sa tête une lettre de réclamation au syndicat de la forêt magique. Mais ! Quelle idée de laisser entrer des bouffons minables qui se moquaient des pauvres unijambistes…

D’un coup, elle entendit la sonnerie de la porte du cottage. Soit une sonnerie, soit le cri d'un ogre. Non, non, c'était une sonnerie...

- Garce’ ! Hihihi ! cria Hammour, sa poire de gitan encore fendue.  C’est pour toi !

Garceline regarda par la fenêtre, où elle vit ce vilain nain Vonceralet.  Pour elle ? Mais qu’est-ce qu’il veut, lui ? se demanda-t-elle, avant d’aller répondre à la porte. Elle l’ouvrit et vit non pas le vilain nain-serviteur d’Hammour, mais un énorme bouquet de tulipes, jaunes et rouges comme les couleurs de son équipe préférée, les Cyclones d’Iowa State !

Fanfan

- Oh ! Fanfan ! s’exclama-t-elle, avant de s’évanouir.

~ À suivre ~

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Ecrire à Rimbaud. 1 (Joe Krapov)

170715 Nikon B 012

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

«En avant Fanfan la Tulipe
En avant, La Tulipe, en avant !»

Comment puis-je nommer autrement que «Poésie» ce dérèglement de tous mes sens qui va me faire écrire, partant d’une photo de tulipes, sur Gérard Philipe, les Choeurs de l’Armée rouge et le cimetière marin de Sète ?

«Alchimie du verbe » ? Le Défi du samedi, depuis de nombreuses années déjà, nous incite à mélanger les nôtres avec des adjectifs et des noms propres (ou pas), ce sous la houlette d’un chimiste en chef promu depuis peu expert en «éprouvettes» (ou alors c’est moi qui fatigue !).

DDS 465 affiche Fanfan la tulipe

«Yoyotage de la touffe» ou «Alzheimer précoce» ? Peut-être ! Ces résurgences de  «pop culture» qui me taraudent et qui m’occupent te feront, sans doute aucun, une belle jambe à toi qui dors sans l’une et même sans étoiles sous la terre de Charleville.

C’est donc bien l’interprète du «Fanfan la Tulipe» de Christian-Jacque, le sieur Gérard Philipe, que cette photo de tulipes m’évoque en passant par le biais de la chansonnette introductive d’Emile Debraux, pondue en 1819.

J’ai dû voir ce film quand j’étais enfant et cela ne rajeunit personne. La télé était en noir et blanc, le film aussi et la vie en sépia ou, au mieux, en couleurs de Polaroïd. Pour les gens de ma famille ce Gérard Philipe était déjà une icône de la même manière que toi, mon Arthur sans saisons ni châteaux, tu en es une pour moi.

Il y avait à la maison le disque 33 tours du «Petit prince» sur lequel le plus admirable des acteurs prénommés Gérard prêtait sa voix à l’avia-narra-teur tombé en panne dans le désert et à qui Georges Poujouly demandait : «S’il vous plaît, dessine-moi un mouton ?».

DDS 465 Le Cid

Quelques années plus tard nous l’avons retrouvé en Cid campeador dans le Petit classique Larousse de la classe de 6e ou 5e et son portrait dans ce costume positionnait beaucoup plus haut dans nos esprits, par-dessus la guerre froide et les «Ôte-moi d’un doute », la grandeur de la littérature et du théâtre classiques.

On aurait sans doute pu nous donner encore à voir «Le Rouge et le noir» et «Le Diable au corps» mais entre-temps la musique yéyé, les duels Anquetil-Poulidor, la rivalité Stones-Beatles, Astérix et les héros de«Pilote mâtin quel journal» étaient arrivés et ça nous intéressait aussi. C’est ça, la pop culture : c’est ce qui te détourne de la littérature et de la réflexiture.

Chez nous Gérard Philipe était surtout «un camarade». Un des «copains» de mon grand-père à l’instar d’Aragon, Picasso et Jean Ferrat et de ceux qui ont suivi, comme tu le fis toi-même pendant la Commune de Paris, le rêve d’un Homme résolument moderne voire nouveau. Pour ma part je ne mets pas de majuscule à «homme» et j’ai toujours préféré l’antique !

J’ai bien repensé à cette époque-là l’autre jour en cherchant sur Internet les paroles forcément bretonnes et les accords heureusement simples du premier tube d’Alan Stivell, «Tri Martolod yaouank». C’est que je suis tombé alors sur cette vidéo-ci et je me suis trouvé très heureux de ce partage inattendu de langues, de musiques et de culture populaire entre ces Russes et ces Bretons-là, réunis pour le plus grand plaisir de mon seul et unique neurone. 

 

DDS 465 fanfan

De la même manière ce sont des camarades roumains qui m’ont permis de remettre la main sur cette bande dessinée-là, qui paraissait dans un journal de la même famille d’utopistes, où Gaty et Nortier avaient redonné à Fanfan la Tulipe les traits de Gérard Philipe.

Comme je pense tout à coup à Claude Rich qui vient de disparaître et que j’aimais bien aussi depuis «Je t’aime, je t’aime» d’Alain Resnais, et en me rappelant également une autre icône de ce temps-là, le cosmonaute Youri Gagarine, j’en viens à me demander comment il se fait que certaines personnes ont cette aura si particulière, cette humanité sans fanfaronnade, ce sourire charmant et ce pétillement dans le regard qui nous les rendent si proches de nous et, à jamais, aimables ?

Je suis retourné récemment dans le village où tous ces souvenirs d’enfance avaient, autrefois, statut de réalité ambiante. Comme je m’y adonnais à des travaux de peinture de porte et que dans la pièce à côté un reportage télévisé sur la ville de Sète était diffusé, je me suis interrompu pour aller admirer des images paisibles du cimetière marin de cette cité. Je me suis dit que j’irai un jour saluer l’oncle Georges qui chantait à l’époque de «Fanfan» et de «Lorenzaccio» ses gaudrioles uniques, poétiques et essentielles.

Si je passe un jour à Ramatuelle, j’irai saluer Gérard Philipe. Je déposerai peut-être une tulipe sur sa tombe ? Pas sûr. C’est que je ne suis pas très doué en matière de recueillement mélancolique. A ce propos d’ailleurs, mon cher Arthur, je suis désolé de n’avoir pas fleuri ta demeure dernière. Je ne suis pas du genre à jeter des fleurs aux gens qui sont toujours vivants en moi.

Mais le cœur y est !

DDS 465 gerard-philipe-le-cid-1305Bon vent à toi !

 

P.S. 1 : Réponse supposée d’Arthur :

- Et la tombe de Gina Lollobrigida, Joe Krapov, elle sent la mozzarella ?
- Désolé, Arthur, cette dame est toujours vivante !

P.S. 2 :

Dérèglement de tous les sens ? Dérèglement de tous les sens ? En consultant Wikipédia je découvre un autre lien surprenant entre Arthur Rimbaud et Gérard Philipe : tous les deux sont décédés à l’âge de 37 ans !

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Participation de JAK

fanfan defi 465

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Brin de muguet (Pascal)


C’est le premier mai, aujourd’hui. Partout, sur les trottoirs, on voit des vendeurs à la sauvette avec leur muguet en devanture. Ils sollicitent, ils haranguent, ils attirent, ils pressent le chaland, ils les poursuivent avec leurs boniments. Si j’ai pu les éviter pour aller jusqu’à mon bistrot habituel, quand je retournerai à ma bagnole et certain d’y passer, j’ai préparé un billet de cinq euros dans ma poche pour leur acheter quelques brins, me sacrifiant ainsi à la tradition du Premier Mai…

Tout à coup, elle est entrée dans le bar. C’est sans doute un courant d’air qui l’a propulsée à l’intérieur, le matin frisquet, plutôt. Elle est fagotée comme ces pauvres gens qui portent tous leurs habits sur eux ; la froidure, ses morsures, ses engelures, elle connaît. Elle s’en est accommodée comme une maladie engourdissante qu’elle combat péniblement au quotidien. Son nez est rouge, ses pommettes sont roses, ses lèvres sont violettes ; quelques larmes de froid perlent à ses paupières ; la nuit est longue au pays des sans-abris. Sur son front plissé ses rides sont trompeuses, on pourrait y calculer ses années de galère. Elle est encore jeune, peut-être la quarantaine, peut-être moins. Mais, ici-bas, qui peut donner un âge à un être qui survit dehors, sans cesse exposé aux intransigeantes vicissitudes de l’adversité ?...

Elle est chargée avec des gros pochons en plastique Casino qu’elle porte dans chaque main ; comme une lourde clarine sourde, autour du cou, une musette épaisse se balance mollement ; un sac à dos trop rempli complète son harnachement de baudet. Aussi, elle a du mal à passer entre les tables. Pas tout à fait consciente de son encombrement dans un endroit aussi restreint, elle emporte des chaises sur son passage ; leurs crissements dérangeants sur le carrelage détonent dans l’ambiance feutrée de l’établissement.
Enfin, elle trouve sa place contre une fenêtre ; de ce point de vue, elle envisage toute la place. Petit à petit, elle se dévêt de ses fardeaux ; elle les range tout autour d’elle et ne les perd pas de vue comme si c’était ses petits. Presque aux frontières de la Misère, son blouson est déchiré, son jean est rapiécé, ses godasses sont crottées ; il en faudrait peu pour qu’elle bascule dans la clochardise…

Personne ne la regarde vraiment ; comme si la déchéance était contagieuse, les riches l’ignorent, les besogneux soignent leur propre impécuniosité et les autres ne s’en soucient guère. Le nez dans leurs tasses, ils cherchent leur avenir dans les pépites de café collées au fond ; alors, celui des autres, ils s’en foutent royalement.
Pourtant, au royaume de la fortune, de voir les autres plus attigés que soi, ça réconforte quelque part ; on se dit qu’on n’est pas si mal, que tout pourrait être pire. On s’étalonne sur leur dénuement ; condescendants, on jetterait presque une pièce dans leur caniveau pour qu’ils se courbent devant nous avec des sourires de remerciement.
Moi, voyeur impénitent, je profite de son reflet dans la glace ; pourquoi est-elle venue s’incruster dans mon champ de vision ? Pourquoi ses simagrées de pauvresse me touchent autant ? Pourquoi, en ce jour de premier mai, je ne vois qu’elle ? La vie est sans hasard ; elle sait qu’elle sera le sujet de mon écriture d’aujourd’hui…

Soudainement inquiète, elle se lève ; elle va constater les prix des consommations sur une pancarte. Elle s’approche, lit plusieurs fois, cherche des lunettes qu’elle n’a pas, hoche la tête ; ses cheveux blonds filasse suivent péniblement ses mouvements de contrariété. Elle retourne s’asseoir, fouille dans son porte-monnaie, additionne les petites pièces, s’affole, recompte et recompte encore. Si elle rougit, ce n’est plus le froid du dehors, ni le chaud du dedans, c’est cette facture qui va la ruiner. Bien vite, la serveuse lui réclame une boisson ; ce sera un tout petit noir…

Elle a rangé ses pieds sous la chaise, porté ses coudes sur la table et posé la tête entre ses mains ; dubitative, elle regarde dehors pour ne pas penser ce qu’elle a en dedans.
Ses vêtements paraissent trop grands ; on dirait un épouvantail fatigué de surveiller un champ et qui prend un peu de repos dans ce bistrot. Sous son blouson, un vieux gilet de laine se détricote doucement ; les mailles se débinent et j’imagine que le début de cet effilochage date de la naissance de son calvaire. Comme les minuscules cailloux blancs du Petit Poucet, j’aimerais qu’elle remonte son fil de laine jusqu’à le suturer pour qu’il ne se défile plus jamais…

Alors, arrive son café. Elle place ses mains engourdies de chaque côté de la tasse et se réchauffe en humant longuement la fumée du breuvage. Elle déchire le papier du sucre en poudre et en verse une petite quantité dans la tasse ; le reste, elle le replie soigneusement et le glisse dans sa poche. Le petit gâteau, le Spéculos, elle le croque à petits coups de dent pour le faire durer dans sa bouche. Souvent, elle remonte les boucles de ses cheveux gras qui perturbent son petit déjeuner. Enfin, elle porte la tasse à ses lèvres et c’est l’élévation, la communion sacrée, intense, voluptueuse, entre l’Infortune et la Félicité…

Comme s’il n’avait jamais été à moi, le billet de cinq euros me brûle la poche. Ce laissez-passer de trottoir est devenu mon impérieuse autorisation de sortie du bar ; plus que de m’acquitter d’un anonyme brin de muguet, il va offrir à ma conscience une forme de porte-bonheur inaltérable. Discrètement, je me suis approché de sa table ; elle ne peut pas me voir parce que je suis transparent comme un courant d’air. Je lui touche l’épaule et d’une façon tout à fait convaincante, je lui confie : « Vous avez fait tomber ce billet, madame… » Sans comprendre ce qui lui arrive, elle tient le billet dans sa main. Parce qu’elle est honnête, j’entends sa voix qui dit des : « Mais non, mais non… » Avant qu’elle ne réalise mon geste, je suis déjà dans la rue. Je sais qu’elle me regarde par la vitre de sa fenêtre ; cette sensation extraordinaire de chaleur que je ressens dans le dos vaut tous les brins de muguet du monde…

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