24 mai 2014

99 dragons : exercices de style. 26, Prédiction de chiromancienne (Joe Krapov)

DDS 299 - Le_Caravage_-_Diseuse_de_bonne_aventure

La jeune gitane a pris la main gauche du bonhomme entre les siennes. Elle lui a dit de bien écarter les pouces et de serrer les autres doigts. Elle a maintenu immobiles le majeur et l’annulaire de l’inconnu et a commencé à lire les lignes de la main.

- Ta ligne de coeur est très courte et très hachurée. Je vois des croix partout. Les femmes ne comptent pas pour toi. Tu places tes idéaux bien au-dessus de la rencontre de tes congénères. Tu dois être une espèce d’artiste du meurtre passionnel. Si tu tues, c’est pour asseoir la puissance de ton Seigneur, la droiture de tes conceptions. Tu veux élever ton prochain vers le beau, l’éduquer au bien dans lequel tu crois. Et pourtant, on va t’offrir une princesse, de la richesse, un terrain pour bâtir ce monde idéal… mais tu n’accepteras pas. Tu préfères t’éparpiller, papillonner, ramasser la vaisselle cassée, unifier toujours. Et pourtant, ça c’est très bizarre : la famille est sacrée pour toi !

DDS 299 Main de Gaudi

L’homme n’a pas répondu. Il a juste acquiescé d’un hochement de tête. Carmen a hésité avant de continuer. C’était la première fois qu’elle découvrait un tel lacis de lignes emmêlées dans la paume d’une main. La promesse d’un être d’exception, d’un héros, d’un génie à venir. Un grand homme assurément. Ou alors… un serial killer ! Mais pourquoi tant d’ébouriffantes perspectives alors, que, vu de près, le type était commun, avec plein de poils blancs dans sa barbe, des habits usagés qu’il n’avait pas dû quitter depuis un mois, une dégaine de clochard un peu aristocratique. Cependant, son regard semblait survoler tout le petit monde du parvis de l'église de Saint-Philippe Néri sans y prêter autrement attention. Un géant parmi les nains.

- Ta ligne de chance est toute droite elle aussi. Tu traces ton chemin en toute continuité. La place sur laquelle tu te meus est nette, ornée de lampadaires, de lumières qui t’accompagnent tout au long du chemin. C’est pourquoi ta voie est royale. Quelqu’un de très puissant va t’aider à faire preuve de tes talents. On va te dérouler un tapis rouge pour que tu deviennes célèbre jusqu’à la fin des temps mais tu ne devras pas craindre de surprendre, de désarçonner les autorités dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles sont à cheval sur les principes. Tu feras preuve d’anticonformisme, tu arrondiras les angles mais sur la fin, il y aura un accident. Es-tu prêt à entendre quelque chose à propos de ta propre mort ?

- Je suis prêt, dit l’homme. Mes grands amis sont morts. Je n'ai pas de famille, ni de client, ni de fortune, ni rien. Donc, je peux me livrer entièrement au Temple.

- Ta ligne de vie s’arrête brutalement. Tu mourras renversé par la méchanceté, victime d’une vengeance. Il y aura un temps où tu seras peu reconnu malgré tes exploits et ton beau parcours. Par contre ta gloire posthume sera mondiale. Tu seras le patron de cette ville, de cette région même et ton œuvre sera admirée par l’Eglise tout entière et cela sur toute la planète. Mais le dragon sera vengé de toi par une dernière plaisanterie du destin à ton égard.

La petite gitane a lâché la main du vieil homme. Elle a tendu sa paume et tandis que le vieillard sortait d’un porte-monnaie usé quelques pesetas qui avaient bien bourlingué et lui en faisait cadeau, elle se demanda s’il n’y avait pas maldonne. Etait-ce vraiment là Saint-Georges ? Que faisait-il en Espagne en 1926 sous les traits d’un vieux clodo ? Toutes ces lignes et tous ces points qu’elle avait interprétés comme il convenait, elle en était certaine, lui avaient donné le tournis. Elle rangea les pièces dans sa poche et regarda le vieil homme qui, plongé dans ses pensées, s’appuyant sur sa canne, s’éloignait vers le haut de la ville où il avait peut-être sa maison.

DDS 299 tram

Et puis un grand fracas se fit entendre au bout de la rue. Le monstre de ferraille, le dragon cracheur d’étincelles, négocia son virage et s’élança dans la dernière ligne droite, celle de sa revanche fatale. C’est à ce moment-là qu’elle comprit son erreur. Tout ce qu’elle avait dit était juste mais se trouvait déjà derrière cet homme. Tout s’était précipité, aggloméré, les temps s’étaient mélangés mais il y avait une espèce d’unicité, de présence continue de l’audace, du danger, du drame, de la folie qui s’était transmises du héros à l’homme de la rue, du soldat d’hier à l’architecte d’aujourd’hui. C’était la même ligne, les mêmes lignes.

- Hombre ! Hombre ! appela-telle

Le vieil homme sortit des pensées qu’elle avait fait naître en lui, il se tourna vers celle qui l’appelait et c’est à ce moment-là que le tramway rancunier le percuta de plein fouet.

***

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Parce qu’elle était le seul témoin de l’accident, on avait accordé à la petite Bohémienne le droit d’accompagner le mourant jusqu’à l’hôpital et pour l’heure, sagement assise sur une chaise à côté du lit, elle dessinait.

Le vieil Antoni agonisait. Il voyait un dragon immense, une sculpture tout aussi baroque et effrayante que certaines des ornementations qu’il avait lui-même inventées comme les guerriers sur le toit de la Pedrera ou le G du Palais Güell. Et le dragon lui parlait, méchamment mais sereinement.

- Tu n’as jamais voulu que je monte jusqu’à ton parc à la con, avec ses maisons pour aristocrates, ses colonnades penchées et ses décorations de trencadis. J’aurais pourtant été ravi de la voir, moi, la maison d’Hansel et Gretel ! J’adore les légendes. J’ai beau être une machine, j’ai une âme, je carbure à la poésie autant qu’à l’électricité. Moi aussi j’aurais désiré quitter les rails du quotidien, de la réalité et de la fonctionnalité. J’aurais voulu être ce chemin de fer qui emmène les enfants sur la colline du Carmel en sortant de l’école. Désolé, Gaudi, tout a une fin et je suis bien content de ne pas t’avoir raté. Je n’avais que le crime comme moyen de communication avec toi. Pour dialoguer avec un type comme toi qui a toujours la tête dans les étoiles, ce n’était pas facile. Par certains côtés, tu me rappelles Saint-Georges, le patron de la Catalogne qu’un de mes ancêtres a bien connu.

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On a mis du temps avant d’identifier Antoni Gaudi. Il se promenait sans papiers, ressemblait à un traîne-misère alors que dans sa jeunesse il avait été un dandy. Et c’est vrai que ça ressemblait à une plaisanterie du destin. Il avait refusé que les tramways puissent accéder au parc Güell et c’est justement une de ces machines infernales qui avait causé sa mort.


La Petite gitane a vécu fort vieille. Elle a toujours gardé chez elle le dessin qu’elle avait tracé, à la va-vite, pendant qu’elle le veillait, des lignes de la main de Gaudi, l’architecte fou des Catalans, le génial concepteur de la Sagrada familia, du parc Güell et de la casa Batlo. Elle a même fini par faire encadrer ce croquis d’un moment de confusion mentale qui a lancé sa carrière de diseuse de bonne aventure. A sa mort, elle en a fait don à la maison-musée de Gaudi où il est exposé.

Aujourd’hui où l’on parle de faire passer d’autres dragons sous la plus folle des cathédrales, à savoir une ligne de TGV souterraine en plein centre de Barcelone, celui qui regarde la paume de la main de Gaudi n’en revient toujours pas. Toutes ces lignes emmêlées représentent le réseau actuel du métro de Barcelone !

DDS 299 Main de GaudiDDS 299 plan du métro de Barcelone

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Avenir à deux mains… (Prudence Petitpas)

Maintes fois j’ai cherché à savoir l’avenir, jusqu’à ouvrir ma main et la scruter d’une loupe pour repérer par où était passé ton amour… Ma ligne de cœur est coupée en deux, serais-tu celui qui a fait main mise sur une des moitiés ? La deuxième est en cours, un autre t’a remplacé en passant par le mont de vénus il a tout emporté… M’a serré fort la main, j’ai arrêté de pleurer, mais dans un coin, tout en haut, près du Mont de Saturne, je sais que tu existes encore… La ligne de cœur continue de pousser les heures, les jours, les années pour rejoindre la ligne de vie qui sur ma main n’en finit plus. Et quand je plisse un peu cette paume qui me sourit, ça fait ressortir ce trait de caractère qu’on appelle ligne de tête. Du coup, je fronce les yeux, me persuade de ma force, je relève la tête, je ne veux plus jamais avoir peur de perdre l’essence même qui me tient, cet amour dont j’ai besoin. A force de regarder l’intérieur de ma main, je finis par y perdre mon latin… Alors, je saute les lignes, je cours sur les Monts, je rentre dans les interdits, je fonce dans les « allons-y », je veux me donner la chance de  tout vivre moi aussi… comme un triangle des Bermudes qui se cacherait là au creux de ces dessins qui dessinent ma vie… Et puis je ferme les yeux, je relâche la main, je baisse un peu la tête, je rêve que  toutes ces lignes passeront un jour par chez toi, je maintiens l’idée que nos mains se croiseront de nouveau, que nos lignes s’emmêleront de plus belle, que l’amour renaitra en un tournemain… Aurons-nous la chance de nous revoir demain ?

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Le cœur sur la main (Epamine)

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"Au fait! Je sais lire les lignes de la main... Tiens, donne-moi ta main, tu vas voir!... Wouaouh! Génial ton tatouage dans ta paume. C'est bizarre, je ne l'avais pas encore remarqué.

- Tu le vois?

- Evidemment! 

- Et celui-là? demande-t-il en lui tendant son autre paume.

- Magnifique, également! C'est Maori ?

- Aucune idée! Alors tu vois les dessins dans mes deux mains, vraiment ?

- Ben oui ! ...C'est vrai? Tu ne sais pas ce que tu t'es fait tatouer!

- Je n'ai rien fait tatouer...

- C'est donc toi qui dessines dans tes mains tous ces splendides tortillons, ces palmettes de cachemire, ces pointillés, ces courbes et ces arabesques? Au henné noir?

- Je ne dessine rien. Personne ne dessine rien. Pas plus au henné noir qu'à l'encre de Chine ou au feutre.

- Ben voyons! Tes paumes se remplissent toutes seules d'un fantastique méli-mélo de volutes, de spirales et de lignes et tu n'y es pour rien.

- Je sais, ça paraît bizarre mais c'est ça et je n'ai aucune explication. Et ce qui me bouleverse, c'est que tu les vois! Tu es la toute première à part moi à voir ces dessins.

- Tu te moques, là ?

- Non! "

Leurs regards se croisent et elle sait alors qu'il dit vrai. Simplement, elle demande:

"Tes parents?

 - Aucun souvenir! Disparus en mer au large de la Birmanie quand j'étais tout petit ! Mon grand-père s'est occupé de moi mais à sa mort, direction l'orphelinat.

- Ces dessins sont arrivés quand et comment ?

- C'est apparu à la mort de mon grand-père mais avant toi, personne ne m'en a jamais parlé car personne ne les a jamais vus!

- Tu as cherché à savoir ce que ça représente...

- Difficile, ça évolue en permanence!

- Quoi?  Les dessins changent tout le temps ?...

- Oui, rien ne disparaît jamais brusquement mais des lignes, des formes, des cercles, des vagues, des points apparaissent et ce qui existe déjà se tranforme, s'étend, s'allonge, rétrécit, se remplit, se vide...

- Ton grand-père avait des tatouages ?

- Un peu partout sur le corps, sur les épaules, sur les cuisses, sur le torse, dans le dos... Quand je lui en parlais, il disait systématiquement: "C'est ma vie et un jour, tu comprendras!"

Elle regarde de nouveau les deux larges paumes si joliment enluminées qu'elle tient dans ses deux petites mains, les observe avec attention et s'écrie: "Regarde, là! Dans ta main gauche!  Un joli petit coeur !"

Il regarde sa main puis lève les yeux vers elle et dit dans un large sourire:

"Ce matin, il n'y était pas! J'ai compris! C'est ma vie qui se dessine ici et ce petit coeur, c'est toi!"

 

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Dessin trouvé ici 

Histoire inspirée de ça

 

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Prédictions (KatyL)

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La petite était assise dans le café du centre ville de Saumur , elle attendait sa maman partie faire des courses, la gamine préférait être assise tranquille et dessiner plutôt que d’accompagner sa mère qui s’arrêtait partout et jacassait avec tant de gens inconnus, cela durait des heures, aussi pendant ce temps là elle avait du temps pour elle, rien que pour elle.
Complètement investie dans son dessin de gitane avec châle et couleurs chatoyantes, Sophie ne vit pas une dame qui la regardait intensément depuis un bon moment.
Elle finissait le bouquet de fleurs que son personnage tenait à la main complètement absorbée dans ce qu’elle faisait.
La dame se leva et dit à Sophie :
-«  bonjour gamine, peux-tu me montrer le dessin que tu es en train de faire, car tu es si attentive à ce que tu fais que tu ne regardes rien autour de toi »
-« bonjour Madame, je dessine une belle gitane , elle danse avec des fleurs à la main, je l’ai vue en passant, les gitans sont tout près du camp de vacances où nous sommes et elle dansait à côté d’un feu , que c’était beau à voir » !

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-« dis donc gamine donne moi un peu ta mimine que je regarde quelque chose »
La gosse un peu éberluée lui tendit la main.
-« hum ! hum ! je vois que tu vas dessiner et peindre toute ta vie, que ta vie sera très difficile mais que tu sortiras bien de toutes les embûches, ta peinture aura du succès mais tard à un âge avancé, tu seras reconnue sur un tableau en particulier qui va recevoir les honneurs et qui va tout déclencher pour toi, en attendant tu iras aux Beaux Arts apprendre, je vois que cela ne plaira pas à ton père, mais tu réussiras à le contrer, ensuite toute ta vie sera jalonnée par les couleurs, tu feras beaucoup d’expositions , et tu auras la reconnaissance des gens à qui tu vas apprendre à dessiner »
-« moi apprendre à dessiner aux autres, mais …. ?? »
Les mots de la jeune Sophie furent interrompus par l’arrivée de sa mère.
-«  encore en train de dessiner tu n’en a pas marre ? laisse un peu cette dame tes dessins ne l’intéressent pas voyons ! »
-«  mais si Madame au contraire je veux acheter ce dessin de votre fille , ce sera sa première œuvre achetée mais vous verrez il y en aura beaucoup beaucoup d’autres »
-« acheter mon  dessin de gitane ?? »
-« oui , dis moi combien en veux-tu ? »
-« mais rien Madame je vous le donne »
Elle reprit la main de la gamine et réfléchit encore un moment, et lui dit :
-« ma petite je vois que malgré ta générosité tu auras bien du malheur, cependant tu auras le pouvoir de transformer ces chagrins en couleurs, oui tu es faite pour la couleur »
La dame prit le dessin que lui tendait Sophie et lui donna tout de même 5 francs !
Sophie ouvrit des yeux tout ronds d’émotions.
-« merci merci Madame reviendrez vous ici ? »
-« non dit la dame je suis avec les gitans et nous repartons demain , mais ton dessin suivra tous mes voyages ».
                          

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Tempêtes (EVP)

Quand au cœur de ma nuit aux mâchoires écumantes,
Je cherche, pantelante, ta main sous le drap,
Dans la percale fraîche de ta tendresse aimante.
Je la saisis comme on s’accroche à un mât.

Là, dans le creux de nos paumes jointes,
Tête à tête,
Cœur à cœur,
Par la longue ligne de notre vie ensemble,
Tu me ramènes aux rivages du jour,
Vers la terre ferme et si consolante
De ton indéfectible amour.

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Un K particulier (EnlumériA)

Quelque part dans la maison, le balancier de la comtoise s’arrêta, suspendu entre deux battements. Un rayon de lune éclaboussa le plancher d’une myriade de particules adamantines. La photographie de Maora se posa sur le sol comme une feuille dans une brise d’automne.

Comme une balle transperce d’incertaines dimensions, ce qui avait été Damien un milliard d’éons auparavant, parcourait sa trajectoire dans le bleu infini du grand nulle part. Vélocité puissance infinie versus sérénité absolue.

Il y eu une sorte de choc sourd, un peu comme un poing gigantesque frappant un édredon, suivi d’un ralentissement démentiel. L’impression de sombrer dans un torrent de sang coagulé. Et puis les visions. Une fêlure déchirait le visage de Marjorie. L’éclat de rire d’improbables hyènes tissant d’étranges émanations de haine concentrée. Les chiens de Tindalos n’auraient pas fait mieux.

Une angoisse indescriptible heurta l’âme de Damien. Et toujours le visage de Marjorie ricanant comme une naïade obscène. Bien vite remplacé par le délicieux minois de Myriam. Damien se rasséréna jusqu’à ce que son petit visage d’enfant sage se délite en un atroce conglomérat de vers et de moisissures. Damien hurla, tenta de se débattre. Ses mains le démangeaient atrocement. Les yeux rieurs de Martine, enfin, semblèrent éclairer les ténèbres pourpres dans lesquelles il s’enfonçait maintenant comme dans des sables mouvants incandescents. Ce ne fut que de courte durée. Les territoires de l’inquiétude, à nouveau. Des larmes de sang ruisselèrent sur les joues nacrées de Martine. Terreur froide ! Ses mains le brûlaient comme si un chirurgien fou s’amusait à lui charcuter les paumes. Les lignes de votre main ne sont pas conformes, monsieur. Je me vois contraint de les reformater.

Damien s’arracha du magma purpurin. Accélération exponentielle. Les étoiles s’effilaient en lignes flamboyantes.

Efflorescence de lumière dorée sur fond d’iris irradié. Délivrance impromptue d’une indicible angoisse. Damien avait l’impression d’avoir été nettoyé de fond en comble. Jaillissement du corps de gloire sur fond de musique céleste. Il émergea doucement dans une cascade de lumière. Un ciel d’un rose intense voilait l’immensité cosmique.

Damien était allongé sur du sable fin. Sous ses paumes désormais apaisées, il sentait ce sable comme s’il se fut agi de poudre d’or. Tu es en train de mourir mon gars, pensa-t-il. Oui ! confirma une voix qui n’en était pas une. Une sensation plutôt. Une vibration délicate qui survenait du plus profond de son subconscient. C’était jubilatoire et atroce à la fois. Non-sens ! Pris de panique, il se redressa. Un océan marmoréen s’étendait à perte de vue.

Damien se leva. Il n’aurait plus à se demander quelle impression cela faisait de sortir d’un lave-linge géant. Il se sentait bizarre, comme si un joaillier céleste l’avait poli de l’intérieur, mais ça allait. Inquiet, il regarda ses mains.

Quoi ?

Il ne comprenait pas ce qu’il voyait. Il se frotta les yeux. Observa de nouveau, incrédule. Depuis toujours les lignes de sa main avaient la particularité de dessiner un M impeccable. C’est pourquoi, au rythme de ses aventures amoureuses, il s’était forgé une superstition personnelle. Martine, Myriam, Marjorie. C’était fou. Les coïncidences significatives de Deepak Chopra. Ses copains s’étaient bien foutus de sa gueule quand il avait tenté de leur expliquer cette étrange particularité. Tu délires mon vieux. C’est le hasard, c’est tout. Ah ! Vous me faites pitié. Allez vous faire foutre.

Damien regarda encore la paume de ses mains. Le M avait disparu. Il n’y avait plus rien. Ses paumes étaient lisses comme les fesses d’un bébé.

 

La plage s’étendait à l’infini sous un ciel rose persan parsemé de petits nuages argentés. L’océan scintillait comme une plaque de lapis-lazuli sous les rayons d’un soleil radieux qui n’aveuglait pas. Au loin, sur une presqu’ile, une étincelante cité de cristal brillait de tous ces feux. Sur le sable mouillé des traces de pieds nus. Un peu plus loin une casquette de marin dans laquelle jouait un crabe mordoré.

 

Il marcha quelques mètres sans trop savoir dans quelle direction se diriger. Il se sentait étrangement en paix ; avec une sensation de manque toutefois. Comme un vide là, à l’emplacement du plexus solaire.

Bon ! Qu’est-ce que je suis censé faire maintenant ?

Il aperçut au loin une cabane de pêcheur. Il avait trouvé où aller.

C’était une cahute bâtie de bric et de broc vaguement décorée de bois flotté. Avec une ouverture sur le devant en guise de porte. Un auvent protégeait la bicoque. Sous l’auvent un chat attendait.

Bonjour ! dit le chat. Tu y auras mis le temps.

Les chats ne parlent pas.

Qu’en sais-tu !

Damien pénétra dans la cabane. Il y faisait frais. Il n’y avait personne. L’ameublement était sommaire. Une table, un banc et une couchette recouverte d’une couverture indienne. Sur la table une corbeille de fruits et une cruche d’eau limpide.

Le chat l’observait toujours.

 

Sais-tu ce que tu es venu faire ici ?

Non.

Tu es venu la retrouver.

Qui ? Marjorie ?

Oublie-la !

Qui alors ?

Cherche !

 

Damien mangea quelques fruits, but un peu d’eau. Elle avait le goût d’un lac sous la lune. Le chat avait disparu. Désœuvré, il décida d’aller se tremper les pieds dans l’eau, histoire de faire le point. Il regarda de nouveau les paumes de ses mains. Elles n’étaient plus lisses. Quelque chose qui ressemblait à un K apparaissait sous la lumière rasante. Un K ? C’était stupide. Il repensa à cette Maora sur la photo. Encore un M. Tout cela n’avait aucun sens.

Il se demanda à quelle distance se trouvait la cité de cristal. Peut-être que là-bas il trouverait des réponses. Un K ! N’importe quoi. Il se mit en marche, ramassant çà et là de chatoyants coquillages. Il se redressait quand qu’il aperçut une silhouette au loin. Quelqu’un approchait.

 

C’était une femme à la démarche élégante et souple. Elle avançait d’un pas ferme et pourtant, elle semblait perdue. Comme absente d’elle-même.

Intrigué, Damien fourra les coquillages dans sa poche.

La femme était maintenant tout près. Quelques mètres à peine. Blondeur et yeux Véronèse.

Elle s’arrêta pour observer Damien avec une expression ennuyée.

Bonjour ?

La voix était hésitante mais claire.

Bonjour, répondit Damien. C’est pas la foule par ici.

C’est ce que je cherche.

Ah !

Damien triturait les coquillages dans sa poche. La femme gardait le silence.

Je m’appelle Damien… et vous ?

La femme eut une moue d’étonnement.

Vous voulez savoir qui je suis ?

Il semblerait.

Avant on m’appelait Eva.

« E ! » songea Damien. Bon ! Ça c’est fait.

Pourquoi avant. Quelqu’un a trafiqué votre état civil ?

La femme poussa un soupir de lassitude.

D’une certaine manière, oui.

Damien se gratta la joue en signe d’embarras. Il hésitait.

Avant ! fit-il en hochant la tête. Et… maintenant… On peut savoir ?

Est-ce vraiment important ?

Mon petit doigt me dit que oui.

Kaelia. Pourquoi vous grattez-vous la main comme ça ?

Pour la première fois un sourire indulgent illuminait son visage de princesse vénitienne.

Damien regarda encore une fois les lignes de sa main.

Pour rien.

Kaelia désigna la ville au loin.

Vous m’accompagnez ?

 

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La chiromancie pour les Nuls (Vegas sur sarthe)

Si on s'donne la peine d'ouvrir n'importe quel dico on s'rend vite compte que cette science est - dans les grandes lignes - très accessible au commun des mortels et aux autres aussi.
La chiromancie existe depuis que l'homme a des mains c'est à dire environ depuis que l'homme.
Pour comprendre il suffit d'ouvrir à la bonne page en commençant par celle du C, puis en cherchant le H, puis le I, puis le R, dépasser Chirurgien-dentiste etc... Faites comme moi et vous apprendrez ça:
 
ligne de Vie:
Utilisée en escalade dans les parcours acrobatiques qui jalonnent notre quotidien ou lors d'épreuves périlleuses - fiançailles, mariage, naissance, divorce - elle permet à son utilisateur de s'y cramponner afin d'arriver au bout de sa Vie sans pépins.
Attention! Trop serrer provoque des cloques. (Voir naissance)
 
ligne de Tête:
La ligne de tête aussi appelée potence est une barre horizontale utilisée pour relier les lettres dans certaines écritures tibétaines ou bengali, mais çà on s'en fout.
La potence sert aussi à pendre le gibier du même nom dont la ligne de Vie se trouve aussitôt raccourcie.
 
ligne de Coeur:
De 1997 à 2002, la ligne de Coeur fut une liaison TGV entre Paris, Lausanne et Berne. Moyen de transport moderne - on parle toujours de transports du Coeur - elle permit de fabuleux transferts de fond qui de nos jours font l'objet de mises en examen.
Le nom Resto du Coeur vient du wagon-restaurant.
 
ligne de Destin:
Aussi appelée ligne de Chance
ligne de Chance:
Aussi appelée ligne de Destin, la ligne de Chance lorsqu'elle part du poignet et revient au poignet s'appelle une Rolex ou une Cartier.
Dans les autres cas elle s'appelle au moyen d'un jeu à gratter dit Euromillion.
On peut gratter avec n'importe quel ongle de n'importe quel doigt de n'importe quelle main... ou pied.
 
ligne d'enfants:
Située à la base du petit doigt chaque “courte ligne” - comme le romancier et dramaturge français - correspond à un enfant.
Quand il n'y a plus de place pour les nenfants suivants, on change de main.
L'expression “Ne change pas de main” est galvaudée, on peut tout simplement changer de père ou de mère.
Quant à elle, l'expression “Vous me ferez cent lignes!” est exagérée.

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Participation de Venise

Elle prit ma main et énonça avec une voix suave au timbre haut

Mon avenir que je pensais brillant !!

Ta vie sera courte dit elle mais consoles toi elle sera la tienne !!

Un nuage sombre passa sur mon visage.

Ta main est frappée de quatre lettres

MISÈRE, MALARIA, SUEUR SANG.

Il ya aussi un télégramme qui brule dans ta main

Il est plus volumineux qu’un soleil

Il éclaire toute la vallée.

C’est ton grand père qui vient de mourir à VERDUN..

J’entends mon cœur qui bat la chamade.

Elle soulève soudain tous mes doigts en criant à qui veut l’entendre.

Voyez !! elle a encore tous ses doigts.

Laisses tes illusions au vestiaire ma belle

Elle m’a prise pour qui cette bougresse qui cherche à me conduire au bord de la fosse ?

Ce qu’elle n’a point vu venir c’est ma main dans sa figure !!!

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Etienne Lamin (Pascal)

C’était mon copain d’école. A *Gaillard, on a usé nos culottes courtes sur les bancs de la primaire, du CP jusqu’au CM2. On partageait tout : l’encrier, les billes, les goûters, les bandes dessinées, les petits soldats et… les punitions… A la récré, on était toujours les voleurs, poursuivis par quelques gendarmes, on était toujours dans la même équipe, on avait toujours mille jeux de préau quand la pluie dérangeait nos courses de chapardeurs ! En classe, on peignait la même feuille de platane : celle, parfaite, avec des reflets d’or, des nervures comme des fleuves et des captivants parfums d’automne. A tour de rôle, on la respirait longuement et on croyait un instant, en fermant les yeux, qu’on était encore pendant la récré.

A la dictée, on faisait les mêmes fautes ; aux exercices de calcul, ces bêtes baignoires percées avec des robinets fuyants ou ces trains en avance sur des horloges de gare en retard, on avait les mêmes résultats ! De toute façon, à la maison, on n’avait pas de baignoire et on n’avait jamais pris le train mais on avait… les mêmes punitions… Au coin, dans la tiède buée des vitres, on dessinait des têtes de Toto !
On en a écrit des lignes sur nos cahiers, des lignes et des lignes de : « Je dois me tenir correctement en classe », de : « Je ne dois pas me retourner pendant une dictée », « Je dois apprendre la récitation », etc, etc…

Lui, il était encore plus fort, il se faisait même punir individuellement, si je puis dire. Des lignes, il en a écrit des centaines et des centaines !... Il remplissait son cahier avec ces obsédantes punitions à répétition ; il vidait l’encrier à force d’écrire sa pénitence.
C’est vrai qu’il passait son temps, les yeux collés à la fenêtre. Il était comme un petit moineau emprisonné dans une cage, une plume ne trouvant jamais de repos dans le courant d’air de ses aspirations profondes. Si on partageait la plupart des bêtises terrestres, lui, il s’enfuyait seul, tout là-haut, dans son monde, celui d’une autre dimension. Béat, il flottait dans une liberté de soupirs insatiables. Les tables de multiplication, les récitations, les lectures, les dictées et autres leçons d’histoire, c’était bien en dehors de ses devoirs d’écolier. J’avais beau lui donner des coups de coude, pour le remettre sur l’aiguillage de la leçon du moment, il restait désespérément muet, hors d’écoute de toute chose factuelle. Il posait sa tête dans sa main et, calé sur un coude, en veille, il partait en balade buissonnière jusqu’à ce que ses yeux papillonnent dans un ailleurs mirobolant…

Je me suis toujours demandé ce qu’il regardait dehors ; les oiseaux insouciants, la brillance des avions rectilignes, les feuilles des platanes, ces tourbillonnantes en couleur, la réverbération irisée du soleil dans les vitres, les glissades fuyantes des gouttes de pluie, les nuages passagers, la course folle des ombres clandestines, les éclairs fous des orages, les frondaisons des arbres avec leurs pépites de soleil comme des étoiles éphémères, la rougeur des toitures, le brouillard furtif des fumées évanescentes, je n’ai jamais su…
Quand une fenêtre était entrouverte, au printemps, c’était les effluves des lilas et des glycines qui l’enivraient ; l’été, c’était le parfum des herbes jaunissantes, la sève des arbres alentour ou le goudron fondant de la cour qui attirait ses inspirations. L’automne, avec son cortège des senteurs neuves de la rentrée, du plastique flambant des protège-cahiers, en passant par les pages jaunies des vieux livres et jusqu’au faux cuir de la trousse, avait les faveurs de ses inspirations écolières mais l’hiver le replongeait dans d’intenses voyages aux blancheurs neigeuses, délivrés aux exhalaisons magiciennes des cheminées environnantes…
Et que dire des agitations de la rue ? Quand le réparateur de vélos du coin laissait tomber une clé sur son glacis, c’était comme le la du diapason urbain qui harmonisait tous les autres bruits du quartier ! Les frémissements des feuillages, les quelques mobylettes pétaradantes, les âpres conversations des ménagères, la chorale des moineaux effrontés, les martinets piaillant leurs évolutions, c’était naturellement son orchestre !...
C’est sûr, il était dissipé par ses sens, Etienne.

Furieux, l’instit lui balançait sa craie avec force et violence ! On entendait l’impact brutal sur notre bureau, ou dans les environs, et le projectile éclaté laissait sa trace blanchâtre collée sur le bois. Parfois, philosophe, il le regardait avec un brin de mansuétude comme s’il était jaloux de son voyage intérieur et que, malgré tous ses efforts d’instituteur, il ne pourrait jamais lui apporter les mêmes rêves planants avec ses leçons de tableau et ses figures géométriques. Fatalement, encore puni, c’est Lamin qui essuyait le tableau, qui tapait la brosse, qui restait dans la classe sans récré et qui copiait inlassablement ses punitions de lignes…

Récemment, j’étais en transit entre Amsterdam et Londres ; nous nous sommes reconnus à Roissy ; après des effusions sincères d’anciens de Gaillard, en riant fort, nous avons échangé quelques souvenirs de bancs, quelques courses d’agate et quelques malices de fond de cartable. Il était en fier uniforme d’aviateur ; à force de regarder le ciel, c’est peut-être pour cela qu’il était devenu pilote chez Air France. Ha, les lignes de Lamin auraient-elles pu lui présager un pareil avenir ?...


Pascal.

*Gaillard : Ecole primaire Gaillard.

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Y croire ? Ne pas y croire ? Telle est la question ! (bongopinot)

 

bo01

 

Pourquoi demander à une chiromancienne,
Quel sera mon futur mon avenir
Je préfère courir mon chemin en devenir,
Et vivre au jour le jour une existence sereine.

Pourquoi vouloir toutes les réponses
Sur comment seront mes lendemains
Si moi je veux les attendre dans mon coin
Et courir, m’arrêter, reprendre mon souffle en cadence

Hier, je ne savais rien !
Et aujourd'hui, je n'en sais guère plus,
Frivole, inconsciente, je saute comme une puce,
En avançant vers mon futur, ce mystère me convient.

Je pars vers l'après, minutes après minutes,
Secondes, après secondes, qui me sonnent
Qu'elles soient agréables, ou qu'elles tonnent
J'accepte sans aucun regret, je flotte

Je ne veux pas me prendre la tête,
Regarder mon horizon dans les lignes de ma main
Y voir les jours sombres et mes chagrins
Avant même qu'ils n'arrivent ! Je n'ai qu'une seule requête

Celle de pouvoir encore choisir mes envies
En regardant, la mer, le ciel, les étoiles
Qui eux ne m'annoncent et me dévoilent
Seulement, le temps qu'il fera demain !

Mais tous ceux qui veulent y croire
Qui ont besoin de connaitre leur avenir
Parce que surtout, ça les rassure
Je ne les juge pas, je vous le jure !

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