11 octobre 2014

La lettre retrouvée par bongopinot

Une enveloppe fanée,

Jaunie et datée,

Que j'ai retrouvée,

Marque le temps passé.

 

Et dedans une lettre

Que je lirai peut-être.

C'est ton père qui l'a signée

Et c'est à toi qu'elle est adressée

                

Cette lettre égarée

Ou peut-être oubliée

Écrite à la main

En un moment chagrin

 

Est-ce-que je peux la lire

Je ne sais pas quoi faire

Je ne veux pas avoir l'air indiscret

Et peut-être y découvrir un secret

 

Mais, tu n'es plus, alors je l'ai lue

Et  je suis troublé et ému

Par ces mots, écrits par ton père

Pendant la grande guerre

 

Dans une enveloppe fanée

Une lettre retrouvée

Je l'ai précieusement rangée

Pour ne  jamais plus l'oublier

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Participation de Lilou

Ma très chère Eulalie

 

Vous ferais-je offense si je prends la plus belle de mes plumes, une plume ordinaire ne pourrait souffrir de tracer pour vous ma très chère amie, ces quelques mots. Ce que j’ai à vous dire ne souffre pas l’attente.

Il m’a semblé que nous étions en osmose ces derniers temps et que nous pouvions envisager une vie commune. Je vous revoie, votre robe de soie orange dont les plis moirés, dansaient autour de vos chevilles si fines et délicates. Votre ombrelle de dentelle blanche protégeait votre visage des rayons brûlants du soleil dans cette allée du jardin de votre grand-père. Oh !  Comme cette image reste l’obsession de mes nuits sans sommeil. Aucun oubli n’est possible !

Vous souvenez vous lorsque je vous ai récité l’Ode à Cassandre comme votre main a glissé dans la mienne. Vous avez été si émue que n’avez pu que bégayer une petite comptine :

Un, deux, trois

Nous irons au bois

Quatre, cinq, six,

Cueillir des cerises

Sept, huit, neuf,

Dans mon panier neuf.

 

Nous nous sommes alors assis sous le grand cerisier. Vos yeux couleurs de l’océan se sont fermés pour m’écouter. Plus tard vous m’avez confié en dégustant une part de clafoutis avoir entendu les orgues jouer la plus grande des symphonies.

Votre parfum d’orchidée sauvage mêlé aux senteurs de lilas blanc m’a enivré, un orage d’été n’aurait pu m’offrir plus de sensations aussi douces que violentes.

Las, l’accès à votre corsage ouvert sur vos petits seins ronds et fermes me fut interdit ; l’obéissance aux obligations de la bienséance sans doute qui ne cacha pas cependant votre émotion.

Ma chère Eulalie, je dois vous avouer que tout empli de cette image, mon esprit bouillonne et tourbillonne ; si fort qu’hier j’ai eu un léger accident en me rendant à la cave alors qu’un entonnoir à la main afin de remplir un bouteille de sublime Bordeaux (que je compte offrir à Monsieur votre père), je n’ai pas vu la porte. je me suis cogné et celle-ci est sortie de ses gonds. J’ai trébuché et chu dans l’escalier. Dans ma chute, j’ai déchiré la cravate que vous avez tant admirée et qui ne me quitte jamais.

Heureusement dans cette aventure, ma moustache que vous avez si tendrement caressée, n’a pas défrisé.

Tout ceci est bien peu en regard de mes rêves les plus fous, les plus oniriques, je vous vois allongée, reposant au milieu de pétales de roses dans la clarté de l’aube, les rayons pâles du soleil levant, caressent votre corps nacré comme une opale, à votre doigt brille un anneau d’or !

Pardonnez, ma très chère Eulalie, mon emballement, mais, j’irai dès demain, puisque l’opportunité se présente, demander votre main délicate à votre père.

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La lettre d'Elise (KatyL)

La lettre d’Elise

 

J’ai hérité d’un meuble de rangement de ma grand-mère avec deux jolis tiroirs et deux petites portes dont la délicate moulure rétro donne à celui-ci un air désuet romantique que j’aime beaucoup.

Je n’avais guère eu le temps de m’en occuper avant cet été et il était remisé bien sagement depuis la mort de mon aïeule dans le grenier.

Décidée à le mettre en place dans mon entrée j’ai décidé de le faire descendre par mes fils afin de lui redonner patine et aspect rutilant.

Je commencai par démonter les deux tiroirs afin de bien le dépoussiérer mais l’un d’eux résista, mon fils ainé entreprit de m’aider, quant au bout d’un moment le tiroir enfin céda, en tirant, nous vîmes une lettre coincée à l’arrière de celui-ci et entre le fond, celle-ci tomba au sol.

-« tiens une lettre de grand-mère » dis-je en reconnaissant de suite son écriture caractéristique !

J’entrepris de l’ouvrir car sur l’enveloppe aucune mention n’était apparente.

« Mon Très Cher Jean,

Si tu savais comme je t’ai cherché partout, depuis notre jeunesse où la guerre nous a séparés après ce petit bal du 14 juillet 1914, où tu m’as tant fait danser sous les flonflons musette du père Grégoire et son accordéon…que  de souvenirs en moi malgré les années passées, je ne t’ai jamais oublié.

Nos premiers baisers ont laissé en moi une empreinte que je n’ai pu retrouver.

Comme je les ai attendu tes lettres guettant chaque jour le facteur tout le temps que tu étais au combat dans ces maudites tranchées, je ne sais même pas si tu as reçu les miennes ?

En mai 1916 une de tes cousines que je suis allée voir à vélo pour prendre de tes nouvelles m’a dit que tu étais mort !!! Et là tout s’est écroulé pour moi, Jean cher Jean je t’ai tant pleuré si tu savais.

Je me suis mariée à Raoul et j’ai eu trois filles avec lui,nous  avons été heureux mais sans plus je n’avais guère le temps de m’apitoyer sur mon sort, trois filles à nourrir et les difficultés de la vie , les soucis de santé de Raoul qui avait été gazé dans les tranchées et qui souffrait beaucoup des poumons, et qui en est mort au bout de 10 ans de mariage et de nombreuses souffrances, ma fille ainé Geneviève qui elle est décédée de la tuberculose à 18 ans ! Je suis donc restée veuve avec deux filles et que mon courage pour avancer.

La vie est passée avec ses petites joies et ses grandes peines, je suis partie habiter à Paris plus proche de mon travail, mes filles et moi vivions dans tout petit appartement sous les toits…mais face au parc des Buttes Chaumont ! alors là mon Jean c’était le bonheur du dimanche , la promenade au parc avec les filles, ses cascades , ses rochers, ses petits chevaux de bois et le guignol qui les faisaient pleurer de rire, et bien sûr le dimanche pour elles la barbe à papa !

Pourquoi je te dis tout cela maintenant, parce que je te croyais mort et que du coup je ne t’ai pas cherché toutes ces années, mais un jour au parc j’ai rencontré Simone tu sais celle qui fumait et qui chantait la Madelon, figure toi qu’elle me reconnait aussi et que nous nous mettons à parler du bon vieux temps, j’en viens à lui dire que tu auras été mon seul amour avec ce pauvre Raoul, mais que toi je t’avais dans le cœur, dans les sens, dans les fibres de mon corps.

Elle m’a écoutée sans broncher et d’un coup s’est mise à pleurer, et me dit :

-« tu sais Elise ton Jean il n’est pas mort, il est revenu au village amoché comme y a pas, il boitait, il a eu une main presque arrachée, et il parait qu’il est resté en soin longtemps dans un hôpital militaire sans mémoire, il ne savait plus son  nom plus rien ! C’est un gars de son village soigné aussi qui lui a redonné son identité. Le médecin a fait venir sa famille qui l’a reconnu aussi. Alors un long très long travail sur sa mémoire a dû être entrepris par les docteurs et sa famille, cela a pris deux ans et un jour Jean est revenu tout doucement à lui en entendant jouer un air d’accordéon. Cet air de musique a réveillé sa tête Elise tu te rends compte » !

Alors là mon Jean je me suis écroulée sur le banc tant l’émotion était forte pour moi, tu étais en vie !! Mon amour. Oh je sais c’est osé de te dire cela mais après ces années je peux le dire sans rougir.

Les gosses et la Simone m’ont ramené chez moi, et crois-moi j’en ai été si bouleversée de te savoir en vie que je ne dormais plus ! Simone m’a dit que tu étais marié et que tu avais deux fils !

Alors j’ai pensé encore plus fort à toi d’années en années, Oh ! Mon Jean si tu savais !

Je suis âgée maintenant je sais où tu es, j’ai vu ta maison, j’y suis allée deux fois et je t’ai vu de loin, je t’ai reconnu de suite, mon sang n’a fait qu’un tour j’étais sur le point d'aller vers toi lorsque j’ai vu un bambin à vélo te rejoindre, je me suis assise pour pleurer mais je n’ai pas osé te déranger après tout ce temps, et puis je me suis dit, vais –je encore lui plaire, va-t-il me reconnaître ? Alors je t’ai regardé avec ton petit-fils sans bouger de mon banc.

Puis l’année dernière je suis revenue une fois dans l’espoir de te parler, c’était l’été il faisait chaud j’avais mis une robe bleue, je m’étais fait couper les cheveux à la dernière mode, mes filles me poussaient à te rencontrer en me disant que si je ne le faisais pas elles le feraient elles iraient te parler, donc j’étais décidée cette fois ! En sonnant à ta porte personne ne répondait ! Une voisine est venue me dire :

«Que tu étais à l’hôpital depuis deux mois malade d’un cancer. Que tu étais veuf depuis longtemps et que tu cherchais à joindre une femme que tu avais connu tout jeune et que tu ignorais où elle était ? Tout le monde le savait ici ! Mais au fait me dit-elle vous ne seriez pas cette Elise que Jean cherche partout ? »

-« oui c’est moi dis-je en pleurant à chaudes larmes, à quel hôpital est-il ? »

Elle m’a donné l’adresse, j’y suis allée et je t’ai vu dans ton lit blanc, tu dormais à cause des médicaments et du traitement, je t’ai pris la main je t’ai embrassé

Je me suis couchée sur ton lit sans que tu t’en aperçoives, mais une infirmière est venue me dire de partir que je ne pouvais pas rester ici, que les visites étaient limitées.

Pour te voir il fallait demander à ta famille et au docteur que l’hôpital n’était pas un lieu ouvert à qui veut entrer !!

Je suis rentrée chez moi heureuse de t’avoir touché heureuse d’avoir embrassé ton visage, d’avoir pu me mettre à tes côtés presque deux heures, et je me suis empressée de t’écrire cette lettre à l’hôpital afin que tu puisses la lire lorsque tu seras réveillé, bien décidée cette fois à ne plus te quitter, mon Jean.

Je ne pense qu’à toi nuit et jour, je suis habitée par toi depuis notre premier baiser, je t’attends je te soignerai si Dieu nous accorde du temps, nous ne nous quitterons plus.

Ton Elise

 

Je m’assis sur une chaise à la suite de cette lecture si bouleversante, et à mon tour je pleurais sur ce passé qui était mien puisque de ma chère grand-mère.

Je me suis renseignée auprès de ma tante de la suite, et pourquoi cette lettre était là dans ce tiroir ?

Elle m’apprit que Jean était décédé le lendemain de la visite de sa maman. Que du coup il est parti sans savoir qu’Elise l’attendait aussi quelque part.

Moi je crois que Jean dans son sommeil et sa dernière journée de vie a senti qu’elle était là au bord du lit, et il est parti serein de se savoir aimé et retrouvé par celle qu’il cherchait tant.

Ma grand-mère est morte un an jour pour jour après son Jean.

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Misairable (Vegas sur sarthe)

Mon Totor bien-aimer,
Je suis une misairable.
Je dois t'avouer une chose que je t'ai cacher pendant nos cinquantans de bonne heure.
Je ne suis pas lauteure de toutes ces laitres que tu as ressu jour après jour et qui ne sont rien dôtre que leuvre de masseur.
Ô je ne prétends pas te faire sourire haliday qu'un porteplume dans la main de masseur ait pu te trompé ainsi, toit l'extra-ordinaire poète, le romanssier, le drame à turge.
Si mon cor, mon cent, mon cœur, ma vit, mon âme se sont employer à t'aimer - comme l'écrit si bien ma frangine - il n'en est pas de maime de ma pôvre plume tout juste bonne à balailler devant ma porte.
Bien sûr, c'est normale tu vas croire que ce n'est pas moi non plu qui écris cette laitre mais une dernière fois encore cette seure dont tu ignores l'existance.
Oui je l'appelle ma Cosette, oui je l'ai forcer à écrire jour après jour sous la contrainte mais sa plume est si talent tueuse... et puis à bien y réfléchir tout ça est un peu de ta fôte, non?
J'aurais aimé t'écrire “Ton amour est un élixir divin qui enivre tout mon être”, mais j'en suis bien incapable - c'est quoi un élixir - et ma “boniche” le faisait si bien à ma plasse.
Si ses pâtes de mouche ont pu fatiguer tes pôvres zieux, j'en suis fâcher mais n'est-ce pas le fond qui conte plus que la forme?
Vingt mille laitres, vingt mille forfétures mais c'était si bon de relire dans tes bras ces jolis maux que je n'ai jamais écrits et qui te plaisaient temps.
J'espère que cette dernière laitre comptera autan que toutes les zautres et maime qu'elle aura plus de valeure que toutes les zautres puisque c'est vraiment la mienne et qu'il m'en aura bien coûter de l'écrire.
C'est à paine si j'ai la force de tenir la plume, il est vrai que j'en ai si peu la bitude et je sais que tu sauras me pardauner toutes mes fôtes jusqu'à la dernière.
Ta Juju

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Le corbeau (Fairywen)

Le corbeau.

 

Il enrageait. Des jours maintenant qu’il avait envoyé sa lettre, des jours qu’il attendait, épiait, des jours qu’il guettait derrière les rideaux telle une vilaine araignée tapie dans un coin sombre. Mais rien, toujours rien… Le couple en face était toujours là, toujours heureux… Pas une dispute, pas un nuage dans leur histoire d’amour. Ils continuaient à rire de tout et de rien, à s’embrasser à perdre haleine, à rester dehors la nuit pour regarder les étoiles, serrés l’un contre l’autre. En bref, ils continuaient à être heureux.

Pourtant il l’avait bien préparée, sa lettre… Les insinuations mensongères qu’elle contenait étaient suffisamment vagues pour ne pas être vérifiables, et suffisamment précises pour faire naître le poison du doute dans leur couple si parfait, et finir par tuer leur amour, dans les cris et les larmes. Il les détestait tellement, eux qui osaient s’afficher comme ça devant lui…

Et rien, rien, toujours rien… C’était pourtant impossible qu’il ne fasse pas mouche… ! Des décennies maintenant qu’il rédigeait ce genre de courrier, des décennies qu’il empoisonnait la vie des gens, par pure méchanceté, pour le plaisir de faire le mal. Son premier échec se profilait-il… ? Il n’en mangeait plus, n’en dormait plus, et la nuit où, à l’aide de son télescope, il les surprit en train de faire l’amour dans leur chambre, c’en fut trop. Il ne put supporter leurs gestes de tendresse, leurs baisers, leurs caresses, leurs soupirs de plaisir et leurs mots d’amour qu’il devinait… Son cœur noir s’arrêta d’un coup, et il s’effondra sur le sol, une grimace de douleur figeant son visage.

 

Lorsque le corps fut évacué, le couple d’en face le regarda s’en aller sans émotion apparente. On ne pouvait pas dire que l’homme les avait bien accueillis lorsqu’ils étaient venus s’installer dans cette petite maison à la campagne, et à vrai dire, ils étaient soulagés d’être débarrassés de sa présence malfaisante. Brendan passa un bras autour de la taille d’Anthony et posa un baiser sur le coin des lèvres de son compagnon :

« Ça te dit, une petite promenade dans les bois ?

-Avec toi, toujours. »

Ils fermèrent leur porte et s’engagèrent sans hâte sur le chemin. Inconsciemment, ils sentaient qu’ils avaient échappé à une catastrophe, et éprouvaient le besoin de se rapprocher l’un de l’autre.

 

Trop occupés l’un par l’autre, ils ne prirent pas garde au nid de pie sous lequel ils passèrent en entrant dans la forêt, et ne virent pas l’oiseau noir et blanc à l’œil vif et malicieux qui déchiquetait soigneusement une lettre pour en tapisser le fond de son logis.

 

La lettre du corbeau avait fini par être retrouvée…

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Une lettre retrouvée (Prudence Petitpas)

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Mon Amour (Pascal)

 

Ma Femme, mon Amour, je ne peux même plus te décrire le ciel. Il fait noir sans faire la nuit et l’horizon flamboyant s’est embrasé du tonnerre des canons qui s’approchent. Je vois leurs gueules immondes qui crachent le feu maintenant mais je n’entends plus rien.
J’ai tellement serré ton petit médaillon dans le creux de la main que la sueur a terni la photo sépia. Mais c’est ton souvenir qui me regarde chaque seconde dans cet enfer.

Tu me manques mon Amour.

J’ai l’impression de sentir tes cheveux d’or quand je ferme les yeux ; je sais bien depuis tous les morts qui traînent ici et là que mon cimetière sera cette boue rougissante.

 Tu me manques mon Amour.

J’aime tant caresser ton visage si attendrissant et redessiner tes sourires du bout des doigts comme pour m’imprégner de ton image sublime. J’aime la blancheur de ta peau laiteuse quand mes mains explorent tes jupons et quand mes caresses se perdent dans tes rires pour m’enhardir vers tes frontières cachées.

Tu me manques mon Amour.

Il pleut des bombes rugissantes et les gaz suffocants nous font tomber plus facilement encore que des pantins de foire assommés par des boules en tissus. J’ai égaré mon masque et les vitres étaient cassées. Je tousse bien un peu depuis, mais je suis robuste.

Ici, tout est fait pour mourir. Je n’ose pas parler à mon voisin dans la tranchée, ni même savoir son nom ou sa région, car il peut partir à chaque seconde. Nos uniformes sont tellement boueux que s’il était un ennemi, je ne m’en rendrais même pas compte. On ne voit aussi même plus les quelques galons jaunissants des officiers pour savoir qui nous commande. Les tireurs d’élite, d’en face, les choisissent en premier et s’en font des cibles honorables à raconter à leurs collègues et à graver sur leur crosse.

Tu me manques mon Amour.

Je ne sais pas quoi manger, on n’a plus de ration et la cantine a explosé dans un déluge de mitrailles tout à l’heure. J’ai l’estomac tellement noué que plus rien ne passe. Il coule des bouts de corps, des boyaux et des cervelles un peu partout. Alors mon Amour, je pense au tien, quand tu t’allonges si près de moi, en fermant les yeux, dans notre grand lit blanc. Tu vois, j’ai les yeux qui brillent quand je pense à nous, dans nos moments intimes.

Tout à l’heure, il faudra monter à l’assaut de tout ce qui est devant nous. Ils nous attendent aussi et il me faudra de la chance, pour rester debout. Je n’arrive même pas à fermer les yeux de celui qui gît à mes pieds. Une balle a traversé son casque et sa tête, en même temps. Il me regarde fixement, avec incompréhension. Il n’avait plus de fusil pour être utile. Il était présent et attendait son jugement dernier. Il s’enfonce doucement dans ce cimetière, les bras en croix, pour seule et dernière prière. Je n’ose pas le toucher, il pourrait être contagieux de cette maladie fulgurante qui court ici. Pourtant, il a l’air de se reposer maintenant.

J’ai pris son casque pour t’écrire cette lettre du bout de mon crayon qui pleure sa mine. Alors les taches sur ce papier, c’est la pluie, le sang et les larmes qui accompagnent ces quelques mots.

Mon Amour, je t’aime.

J’aurais dû te le dire plus souvent, quand tu fleurissais tes cheveux au printemps, quand tu accrochais les cerises à tes oreilles dans l’été pour que je les croque avec ton cou frémissant, quand, dans l’automne, on mordait dans la même grappe de raisin dans une rangée coquine à l’abri des regards indiscrets et quand, au grand hiver, nous partagions le même fauteuil, si près du bon feu crépitant de notre cheminée.

Une patrouille vient de passer dans ma tranchée en écrasant le pauvre gars qui sombre dans la boue. Ils ne l’ont même pas vu. Tout se confond ici. Il est mort et pourtant je le trouve vivant, plus que nous. Il n’a plus peur lui, il n’est plus aux aguets, il n’est plus malade des heures qu’il lui restait à vivre.

Mon Amour, j’ai peur.

Je crains devoir te laisser vivre sans moi. Je ne pourrai plus te chérir et te protéger, je ne pourrai plus t’enlacer et te raconter mes baisers aux envies de nos caresses enfiévrées, je ne pourrai plus apporter le bon pain sur notre table avec ma sueur, comme seul salaire honorable. Je crains devoir te quitter à présent. Je ressemble déjà à celui qui se baigne dans la boue devant mes guêtres.

Mon Amour, tu vas me manquer.

Ta petite médaille me découpe la main et je saigne ton absence. On vient de passer le mot qu’on pouvait griller une petite cigarette. La dernière. Dans cette mauvaise blague, je tire un reste de tabac et je tremble du bout des doigts pour enrouler le papier mouillé.

Tu te souviens quand, après une nuit tumultueuse, tu aimais tant me préparer ma cigarette ? J’aimais bien ton bout de langue amusée qui courait avec précaution sur cette préparation de femme, en fumée future. Et puis, tu ramassais tes effets froissés et tu partais en courant à la cuisine, pour me faire un grand café. Quand j’y pense fort, j’ai le goût chaud de ce doux breuvage et ton sourire en échange pour tous ces plaisirs tellement simples.

La gueule balafrée du sergent de service encore vivant me tend un godet de ratafia infect sans me regarder, comme un dernier verre. Dans un peu, cet ignoble va me demander ses dernières volontés : Celles de me faire décoller de la boue pour aller m’empaler contre quelque baïonnette hostile, une balle de passage, une grenade trop mûre ou une mine perverse. Je vais tenter de te rester vivant jusqu’à ma prochaine lettre pour te dire, encore et encore, combien je t’aime.

Adieu mon Amour. Adieu. Tu vas me manquer.

 

Emile.

 

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Il a vu les canons de trop près (JAK)

Il a vu les canons de trop près

 

Je suis fan de généalogie. Chacun son  violon d'Ingres

Pour arriver à un confortable recueil d’ancêtres, j’ai consulté pas mal de registres.

J’ai également cherché dans les courriers  anciens de la famille, lettres, témoignages, photos…

Et la carte dont je vous mets ci-dessous la reproduction,  retrouvée enfouie dans des cartons  m’a profondément émue.

ja01

Henry Pitiot mort pour la Franceja02

repose comme soldat INCONNU
DANS LE CIMETIERE NATIONAL
DE FLOING Ardennes
Il avait 22 ans

                 

Et je suis fière de lui poster cet hommage.

Il a vu de  trop près les gros canons  dont Victor  faisait un dessin à sa femme !

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La lettre retrouvée (Walrus)

Merci, MAP !

Je l'ai retrouvée, mais ce n'a pas été sans mal, sauf qu'au dessin j'ai immédiatement reconnu Victor.

Il s'agit d'une page extraite d'une lettre de Victor hugo à son épouse Adèle Foucher, épouse qu'il n'avait pas, contrairement à sa maîtresse Juliette Drouet, emmenée dans ce voyage en Belgique.

Cette lettre a été écrite à Audenarde le 24 août 1837 et vous pouvez en retrouver le texte intégral à la page 36 de ce document lequel ne reprend hélas pas les dessins.

Quant à la page elle-même, je ne puis m'empêcher de vous en livrer immédiatement le contenu, romantique à souhait :

"   J'ai vu le gros canon de Gand dont je te fais ici un petit croquis.
   C'est un énorme tube fait en lames de fer forgé, un vrai engin du quinzième siècle. Ceux de Gand en ont fort peu de soin Ils l'ont juché sur trois façons d'assises rococo sculptées en guirlandes, et toute la gueule de la bombarde n'est qu'un réceptacle d'ordures. Ce canon a dix-huit pieds de long et pèse trente-six mille livres. On distingue très bien, dans l'intérieur, les cannelures que font les lames de fer. La bouche a deux pieds et demi de diamètre. Cela jetait de gros boulets de granit ou des tonneaux de mitraille. C'est énorme.
   Ce n'est rien cependant à côté de ces bombardes de Mahomet II que traînaient quatre mille hommes et deux mille jougs de bœufs, et qui vomissaient d'immenses blocs de rochers. C'étaient des espèces de volcans que ce turc penchait sur Constantinople.
   Il y a de beaux tableaux à Saint-Bavon, deux surtout, l'un de Rubens, l'autre de Jean Van Eyck, l'inventeur de la peinture à l'huile. Celui de Rubens, qui représente l'admission de saint-Amand au monastère de Saint Bavon, est admirable. Le groupe d'en bas est de la plus splendide tournure. L'autre, "

Voilà, vous savez presque tout sur cette lettre retrouvée à grand renfort de Google et de Tinyeye.

Comment ? C'était pas ça le but du jeu ?

 

wa01

 

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Participation de Venise

Lorsque je vis le caducée dessiné tout en bas de la lettre, une poussée d’adrénaline me prit à la gorge.

Ça faisait des semaines que je n’avais plus mis le nez dehors à déchiffrer  ce texte écrit en araméen.

J’avais une mine de déterré.

Cette lettre retrouvée prêt du cadavre du docteur LEONARD me hantait jour et nuit quand ce matin les mots prirent un sens imprévisible.

Tout soudain s’éclaircit et les mots du texte prirent une autre dimension. 

J’avais passé ma vie à la modérer modérément, tantôt une éponge qui ne réagissait jamais

Tantôt un astre mort qui attendait un train qui ne passerait jamais. 

Je m’effondrai pour la première fois comme un ballon d’eau percé sur le canapé la lettre à la main.

Dans mon sommeil une voix me traduisit l’intégralité de la lettre

 

ve03

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