05 novembre 2016

Chrysalide (Thérèse)


Femme contemple son enfant
Qu’elle a chéri sa vie durant.
La mère regarde cet enfant
Qui n’en est plus un tout à fait
Et semble à présent la défier
Du haut de ses presque douze ans.
Et dans son cœur s’ouvre une plaie
Et des larmes lui viennent aux yeux.
Enfant douceur, enfant caresse
Se transforme soudain méchamment
Et ses reproches sont
Comme un coup de poignard dans le cœur.
Petit homme souffre de n’être que transition,
Pas encore sorti de l’enfance
Et presque rentré chez les « grands ».
Petit homme a si mal et si peur dans sa tête.
Que c’est donc difficile de grandir
Et que ça fait mal cet arrachement de soi !
Petit homme un jour s’en ira,
Solitude le remplacera.

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Mutation (Marco Québec)

 

Mu
Mua
Muai
Muait
Mutait
Minutat
Mutation

 

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Je ne suis pas ce que vous croyez (Laura)

 
Vous croyez que je suis un lapin, un frère de Jojo lapin sous sa couverture rose
Vous pensez que je suis Bugs Bunny , héros  souriant à la carotte de Warner Bros
Mais je suis un tigre,  dans un tableau de Rubens ou  du Douanier Rousseau
Je suis un personnage de Delacroix ,Marc, Dali, Kipling, Disney  ou Géricault
 
Vous croyez que je suis une femme  aux cheveux courts certes un peu masculine
Mais je suis un homme aux attributs virils, vêtu d'une robe , aux courbes féminines
Je ne suis pas ce que vous croyez, je ne suis  que  ce vous voyez ou croyez voir
Je peut être l'Autre, l'Ennemi ou  bien  vous comme un reflet inversé dans le miroir
 
Vous me voyez souriante et affable comme un gentil animal de basse-cour
Vous croyez que je suis un plat à manger ou un symbole d'un certain amour
Mais je suis un fauve, mangeur d'hommes, sauvage, fantasme de dresseur
Mais vous ne me dompterez jamais comme une part obscure de votre coeur
 
Je ne suis pas ce que vous croyez mais ce que vous voyez ou croyez voir
Ce que vous lisez dans vos nuits d'insomnie ou vos fantasmes d'espoirs
Je ne suis pas un être réel mais une création d'auteur, une œuvre d'artiste
Total, Créateur presque divin de la projection de ses peurs et rêves.
 

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Jungle urbaine (Vegas sur sarthe)


Quand j'ai enfin osé demander ma mutation à Monsieur Clébard le chef du service Comptabilité là où j'exerce depuis quinze ans le beau métier de vérificateur premier échelon, je ne m'attendais pas à cette question :”Vous voudriez être muté en quoi mon ami?”
J'avoue que pendant toutes ces années je n'avais jamais envisagé la question sous cet angle.
Selon moi la mutation d'un vérificateur premier échelon consiste à gravir un échelon de plus pour se retrouver au même niveau que Mademoiselle Pipot c'est à dire au troisième étage, là où l'antique parquet de chêne massif posé à l'anglaise a cette bonne odeur de cire qui rassure et vous donne quelque importance...
J'en étais là de ma rêverie quand Monsieur Clébard a repris :”Nous avons déjà des rats de bibliothèque et même un chaud lapin si j'en crois les ragots!”
Je compris qu'il parlait de Massimo – le tombeur de ces dames – mais je fis comme si j'ignorais la chose.

“Nous avons bien quelques souris au pool dactylo mais je ne crois pas que ce soit votre destin, Léo” ajouta-t-il.
Cette fois il ne m'avait pas appelé 'mon ami' mais Léo et cet excès d'intimité ne me disait rien de bon.
“Si j'exclus les jeunes requins de la finance, quelques sangsues et le troupeau de gnous dont vous faites partie, je ne vois guère que...” dit-il en extirpant un cure-dent de la poche de son gilet pour entreprendre l'exploration chirurgicale de ce que je pris pour une prémolaire.
Il me faut préciser que le paleron de boeuf en daube est au menu chaque jeudi mais uniquement à la table des cadres.
Ainsi j'étais gnou... depuis quinze ans je travaillais en tant que bovidé sans en avoir été informé.
Je pouvais donc logiquement prétendre au statut de léopard mais je restais suspendu à son  “je ne vois guère que...”
Le cure-dent cassa net, déclenchant un rictus d'agacement: “J'ai beau creuser, je ne trouve rien (parlait-il de sa prémolaire ou de mon avenir?) aidez-moi mon vieux! Vous avez bien une idée”
J'étais passé d'ami à Léo puis à vieux alors pourquoi pas de gnou à léopard?
Je balbutiai :”Je voudrais être... léo... pard si c'est possible”

A cet instant je réalisai ma folie: et si la position de Monsieur Clébard dans la hiérarchie de notre jungle laborieuse était inférieure à celle d'un félin?
Il eut un rire de hyène. Je soufflai un coup, comme un gnou. C'était déjà ça, il n'était que hyène.
Mais je n'eus pas l'occasion de bondir, la hyène avait ouvert sa gueule :”Léo... pars!”
Et il ajouta :”Vous passerez aux Ressources Humaines chez les perroquets chercher votre solde de tout compte, Léo... pars”

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29 octobre 2016

Défi #427

MUTATION !

A vous d'imaginer les amis

à samedidefi@gmail.com !

A tout bientôt !

 

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Questions insolubles (Joe Krapov)

Même si je me sens souvent « artiste sur les bords », je ne comprends rien à l’art !

Je ne sais pas, par exemple s’il faut préférer les portraitistes aux paysagistes. Je ne comprends rien à l’art conceptuel, au réalisme socialiste, à la FIAC et à la manie qu’a M. Pinault d’entreposer des horreurs dans la douane de Venise. Ce sont des saisies de trafiquants en tous genres ? Comment ? C’est de l’art ?

 

DDS 426mammouth-grotte-rouffignac

J’en viens parfois à me demander : faire de l’art, est-ce imiter la nature ou imiter son voisin ? Dans les débuts, je pense, on imitait la nature. En soufflant dans un flûtiau, on pouvait se prendre pour le rossignol de mes amours. Même avec des talents de caricaturiste minimaliste on pouvait représenter les premiers faits divers. Ainsi l’un des tout premiers dessinateurs, M. Victor Pierrafeu, avait entrepris le portrait de son futur beau-frère, Roméo Cromagnon, et n’était pas loin d’achever le portrait de celui-ci quand l’amoureux de Juliette, sa sœur unique et préférée, se trouva la victime d’un malencontreux accident de chasse au cours duquel il perdit la vie. Terminé, le Roméo de Lascaux.

Le petit Victor rentre dans sa grotte, il gratte, il gratte pour effacer le croquis du bellâtre et à la place il représente la scène de chasse en buvant sa bière.
- Comment tu vas l’appeler, ton tableau, demande Juliette en pleurs, à peine remise de son récent veuvage, en admirant la paroi de la galerie.
- « Mammouth écrasant l’épris », répond l’autre.

Pendant longtemps le salaire des peintres a été lié à leur talent d’imitation et au niveau de ressemblance de leur portrait avec la marquise qui sortit à cinq heures et dont on voulait garder une trace florissante, même si, quelques années plus tard, le mari n’hésitait pas à la traiter de « vieux tableau » et les héritiers à ne plus pouvoir voir leur mère en peinture.

Et puis est apparue la photographie. Pour reproduire une image de la réalité, il n’y avait rien de mieux. Même si, pendant très longtemps, on n’avait que des clichés en noir et blanc, l’illusion était presque parfaite.

Malgré cela, la peinture a fait de la résistance et les peintres ont fait les malins. Et donc il y a eu les impressionnistes, les cubistes, les futuristes, Pablo Picasso, Marcel Duchamp et son urinoir, la peinture abstraite, Malevitch et tout le reste qui ressemble parfois à un gros foutage de gueule pour bonobos friqués – le bonobo friqué étant le stade ultime de l’évolution des espèces, vous l’aurez compris de vous-même. Je ne connais rien à l’art mais je m’y connais en Darwinisme.

 

DDS 426 instagram-filtres

Aujourd’hui, grâce aux filtres Instagram et aux smartphones qui font des photos et des frites, tout le monde est un artiste moderne. « Ah non, dit Monsieur Instagram, vous n’allez pas encore essayer d’imiter, avec votre smartphone qui fait des photos et des frites, cette saloperie de réalité triviale et imposer à vos semblables vos horribles paysages convenus, couchers de soleil, plats de restaurant et vos selfies plus troublées que troublantes. On vous colle un barrage filtrant. Le réel ne passera pas ! Pas sur ma plate-forme !".

Et maintenant, voilà le résultat des courses. Sur mes appareils photos récents, je n’ai même pas besoin de filtres Instagram : ils sont intégrés à la bête ! J’ai juste à sélectionner « dessin » ou « illustration photographique » et je me retrouve avec un appareil photo qui, au lieu d’imiter et reproduire la nature, imite les gens des années 60 et 70 qui représentaient le monde avec des couleurs à bousiller les pupilles et enrichir les ophtalmos de France et de Navarre. Andy Warhol, Vasarely, etc.

Et vous savez quoi ? Je suis devenu accro au truc, non sans m’interroger un maximum. Si je colle par-dessus ces images des musiques jouées à la guitare électrique par M. Jibhaine et que j’en fais un diaporama musical, qui imité-je ? Des millions de Youtubers ?

Est-ce que c’est de l’art ? Qu’est-ce que l’art ? Est-ce que c’est un objet réel virtuel composé d’images surréelles et de musiques-collages inclassables ? Où sont passées la Vilaine et le ciel breton ? Où est partie la brume qui rend le monde si beau dans le silence du matin ?

Par pitié, ne répondez pas à toutes ces questions ! C’était un exercice gratuit : j’imitais le vieux singe à qui on n’apprend pas à faire des grimaces. Et je me fiche de savoir si mon numéro est bon ou pas !

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Participation de Venise


Je ne veux ressembler à personne .
Ni modèle
Ni dieux.
Puis je l’ai vue avec ses fortes pommettes.
Ses yeux obsidiennes
De renarde réincarnée.
Et là j’ai voulue être elle .

Etre cette aquarelle que la lumière change à chaque instant .
Alors après  m’être soigneusement savonnée  et rincée

Je me suis collée contre le mur de la piscine  municipale entièrement nue
Les passants observaient  le tableau confondus , par la parfaite imitation.
Un aveugle me recouvrit d’un drap en chuchotant

Prononce le mot charme à promesse et je te fais sortir du cadre .
Impossible lui dis je .

Je joue à imiter un tableau .
Mais quel tableau .

Demande aux défiants !!!

 

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À cloche-pied sur l'hiver (petitmoulin)

 

Hier
Un goût d'enfance
Sur tes lèvres bleuies
Tu sautais à cloche-pied
Sur l'hiver
Aujourd'hui
Calé contre le givre
Tu imites le chant
Du coucou
Pour réchauffer les enfants
À la lumière d'un printemps
Dérobé à l'horloge

Et tu les regardes
Qui sautent à cloche-pied
Sur l'hiver

 

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Sachs (Thérèse)


Nous avions perdu depuis peu notre belle "Gypsie", une croisée Labrador-Groenendael et j'avais trop de chagrin pour penser adopter un nouveau chien. Cependant le destin en décida autrement.

Ma belle-sœur, atteinte d'une leucémie, venait de nous quitter à l'âge de 28 ans en laissant son fils et son ami, complètement désemparés. Celui-ci appela un jour mon mari pour lui dire en ces termes : « Tu veux un chien ? Je me débarrasse du mien. Je n'ai pas le temps de m'en occuper. Si tu n'en veux pas, je lui fous un coup de fusil. »
La question était réglée : nous ne pouvions pas laisser commettre un pareil acte. Enfermé dans un étroit chenil, le chien vivait dans ses déjections, à tourner en rond continuellement. Nous avons d'ailleurs dû le laver à plusieurs reprises pour le rendre plus présentable.
C'était un grand Labrador noir qui avait pour nom Sachs. Je me suis dit « Quelle drôle de nom ! », mais nous n'allions pas le changer, il avait déjà un an passé.

A l'époque nous entretenions notre jardin dans des plates-bandes de légumes bien ordonnées et quand je me mettais à en désherber les routes il me suivait, tout heureux. Je lui avais appris à rester dans l'allée pour qu'il ne vienne pas piétiner dans les semis. Pourtant, quand il me voyait, le dos courbé, arracher les mauvaises herbes, il ne pouvait s'empêcher de venir à mes côtés pour gratter la terre. J'avais l'impression qu'il me disait « Tu vois, je t'aide ! »

L'été, c'était vraiment trop drôle. Quand je cueillais les cerises, il fallait que je fasse attention car il me rejoignait pour attraper les grappes sur les branches basses. Ensuite, consciencieusement, il se délectait avec, allant même jusqu'à croquer les noyaux.
Pour les groseilles, les prunes et ensuite les pommes, il recommençait son manège à chaque fois. Tant que je ne me préoccupais pas de leur cueillette, il ne s'y intéressait pas outre mesure. Il suffisait que j'en commence la récolte pour qu'il vienne… m'aider. Oui les groseilles et aussi les framboises, je m'en souviens encore aujourd'hui. Il fallait le voir grappiller ces minuscules fruits en les prenant délicatement du bout des dents… Je me dis maintenant que j'aurais dû prendre des photos à l'époque tellement c'était drôle.

Ce chien était extraordinaire. Il mangeait tout et n'importe quoi. Quand l'heure venait d'arracher les légumes, il fallait que je le surveille du coin de l’œil pour qu'il ne disperse pas notre récolte à travers tout le potager. Quand il me voyait faire, la bêche à la main, il venait près de moi, attendait patiemment et hop, se dépêchait de commettre son larcin.  Combien de fois l'ai-je surpris à me voler une carotte ou un poireau fraîchement sortis de terre ! Combien de fois l'ai-je réprimandé pour une touffe d’échalotes dérobée ! Mais aussi combien de fois j'ai pu rire de le contempler en train de déchiqueter un oignon ou le dit poireau et finalement de le manger ! Quand il s'agissait des pommes de terre, il lui arrivait de venir tirer sur la tige alors que je soulevais le pied avec la fourche-bêche. Ou bien il dégrattait comme un fou à la recherche de pommes de terre oubliées dans le sol.

Ce n'est que quelques années plus tard que j'ai appris un fait bien étrange sur la vie de ce chien. Sa première maîtresse s'étant suicidée, il avait été donné à ma belle-sœur. Elle-même, à son tour, étant décédée, ce fut donc mon mari qui le récupéra. Trois ans plus tard, il mourait lui aussi des suites d'une longue maladie. Trois maîtres, trois décès…

Ce chien, je l'ai aimé jusqu'à ce jour funeste où j'ai dû faire en sorte d'abréger ses souffrances. Il allait avoir quatorze ans.

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