21 janvier 2017

Le bleu et le noir (Vegas sur sarthe)

 

Le sous-sol de la maison de son aïeul tenait plus de la caverne d'Ali Baba que d'un atelier de peintre.
Il était temps pour Pablo de faire le grand ménage dans ce bric à brac.
Il s'était débarrassé de l'éternelle vareuse bleu turquoise qui le quittait rarement; c'est alors qu'entre deux esquisses sans grande valeur il avait aperçu l'étonnante composition: une miniature exécutée à la tempera sur un panneau de pin.
Pablo l'approcha d'un soupirail où la lumière d'un franc soleil pénétra à travers les couches de couleurs, faisant briller les glacis d'un éclat extraordinaire.
Ce vieux maniaque aurait appliqué à la lettre tous les secrets de l'émulsion retranscris d'une fine écriture dans ce petit carnet que Pablo venait de découvrir?
Les couleurs pures faites de pigments mélangés au liant à l'oeuf et passées les unes par dessus les autres au lieu de s'entretuer apportaient un effet lumineux haut en couleurs.

Pourtant l'oeuvre semblait enfantine comme si un apprenti-Caravage en culottes courtes avait été rompu à cette technique malgré son jeune âge.
Comme il y cherchait une signature il retourna le tableautin et il le vit !
C'était un fond abyssal d'un noir ultra-noir, un rectangle si sombre que Pablo en perdit toute notion de lieu et de temps.
Jamais il n'aurait dû le fixer si longtemps à l'oeil nu, mais longtemps ne signifiait déjà plus rien.
Jamais il n'aurait dû y poser le doigt, offrir ses mains, ses bras à ce noir qui l'aspirait.

Le sous-sol de la vieille maison ressemblait à une caverne d'Ali Baba.
On y retrouva parmi de vieux cadres défraîchis une étrange vareuse bleue turquoise et un petit carnet vierge...

 

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Paysages d’une Venise du Nord (Laura)


Après nous être installés et rafraîchis à l’Hôtel avec vue sur un canal,
Mon mari et moi, étions partis à pied à la redécouverte de  Bruges.
C’était notre manière de vivre les paysages de cette Venise du Nord
Après ceux de la Venise-Mère, d’Istanbul, de Casablanca, de Paris
Que nous avions écumé au moins sept jours sans nous reposer le dimanche.
Nous humions l’air humide qui sourdait du ciel et des pierres.
Je me nourrissais de  ce paysage aquatique comme à ma toute première visite.
Je me sentais  primitive comme un des personnages des  flamands de cette époque.
Mon mari s’était arrêté devant une vitrine d’une galerie d’art que j’avais raté
« Il avait aperçu l'étonnante composition : une miniature exécutée à la tempera
Sur un panneau de pin. »  Plus que la tempera ou la matière du support
C’est la représentation de l’espace en perspective qui avait arrêté son regard.
Pour ma part, j’étais surprise de voir tant d’éléments de paysage méridional
Sur ce trottoir  septentrional : l’artiste  avait du voyager en Espagne, voire en Italie.
La peinture avait encore la symbolique médiévale et le sujet religieux ;
Le fond doré représente la lumière divine mais on discernait la recherche
De la représentation de la nature du XIV e siècle née  avec Giotto et Martini.
Mon mari que je traînais depuis vingt ans dans les musées de France et de Navarre
Avait senti que cette composition pourrait me plaire : la scène de la visitation
Etait construit avec une perspective atmosphérique  et un dégradé de ciel
Au niveau de l’horizon qui nimbait la perspective architecturale de qui ressemblait
Au Sfumato de Léonard de Vinci. Malgré tout, l’église est hyperréaliste.
La lumière semble celle du Nord de l’Europe et illumine la Vierge à droite.
Même si la perspective n’est peut-être pas encore mathématiquement juste,
La symbolique voilée de cette tempera peut-être liée à l’huile la magnifie.
Nous restâmes un moment à admirer ce panneau de pin  recouvert
Par une scène naturaliste à la Van Eyck avant la perspective linéaire à point de fuite unique
De Brunelleschi, utilisée par Masaccio puis théorisé par Alberti et Della Francesca.
Durer n’était pas encore allé en Italie et il n’avait ramené en Europe du Nord
Cette représentation de l’espace caractéristique de la Renaissance : j’aimais ce paysage
J’aimais le paysage de cette Venise du Nord dont tu es le personnage principal :
Si tu étais cette miniature, ma théologie personnelle te donnerait donc une grande taille.
Nous reprîmes notre chemin vers  le Musée Groeningen pour voir d’autres primitifs flamands
Mais notre voyage était déjà riche de mille paysages vus et lus en livres et images
Qui ne demandaient qu’apparaître dans les vitrines des musées et des villes-monde.

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Dans la série "On n'arrête pas le progrès" : la peinture (Walrus)

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Jan van Eyck eut un petit sourire en coin... il avait aperçu l'étonnante composition : une miniature exécutée à la tempera sur un panneau de pin. Il pensa : "Ces Italiens en sont toujours à leurs méthodes primitives à base d'eau et d'œuf et ils appellent ça la Renaissance !"

Sur ce, il s'éloigna en fredonnant...

"La peinture à l'huile,
c'est plus difficile
mais c'est bien plus beau
que la peinture à l'eau..."

 

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14 janvier 2017

Défi #438

"... il avait aperçu l'étonnante composition :

une miniature exécutée à la tempera

sur un panneau de pin"

 

L'enfant de Bruges

 

A vous de placer cet extrait du livre "l'Enfant de Bruges"

de Gilbert Sinoué dans votre participation.

A tout bientôt à

samedidefi@gmail.com

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Ma traduction de "Mending Wall", un poème de Robert Frost (joye)

 

Il y a quelque chose qui n’aime pas un mur,

Une chose qui envoie gonfler la terre gelée au-dessous,

Qui fait jaillir les grosses pierres en haut sous le soleil ;

Et qui fait des écarts si grands que deux peuvent y passer côte à côte.

Le travail des chasseurs est une autre chose :

Je les ai suivis et j’ai fait des réparations

Lorsqu'ils n’ont pas laissé une seule pierre sur une seule pierre,

Parce qu’ils voulaient découvrir le lapin qui s'y cachait

Afin de combler les chiens glapissants. Je veux dire que, les écarts,

Personne ne les a vus ni les a entendus apparaître,

Mais le printemps, au temps des réparations, nous les y retrouvons.

J’ai avisé mon voisin de l’autre côté de la colline ;

Et un jour, nous nous sommes retrouvés pour parcourir la longueur

Et rétablir le mur entre nous en y allant.

Nous gardons le mur entre nous pendant que nous marchons.

À chacun les rochers qui sont tombés de son côté.

Certains sont des pains et certains sont tellement des boules

Qu’il nous faut un sortilège pour les faire balancer :

« Restez là jusqu’à ce que nous ayons le dos tourné ! »

Nos doigts deviennent rudes en les maniant.

Oh, c’est tout simplement un autre sport de plein air,

Un joueur à chaque côté. Ce n’est pas plus :

Lui est tout pin, et moi, je suis verger de pommiers.

Mes pommiers ne franchiront jamais le mur

Pour aller manger ses pommes de pin, lui dis-je.

Il ne dit que « Les bonnes barrières font de bons voisins. »

Le printemps, c’est le diable en moi, et je me demande

Si je peux le convaincre d’une chose :

« Mais pourquoi font-elles de bon voisins ? N’est-ce pas plutôt

Où il n’y a pas de vaches ?  Ici, il n’y a pas de vaches.

Avant de construire un mur, je voudrais savoir

Ce que j'excluais et ce que j’entourais,

Et qui en serait peut-être fâché.

Il y a quelque chose qui n’aime pas un mur,

Et qui veut qu’il tombe ! » Je pourrais lui dire « Des lutins »,

Mais ce ne sont pas exactement des lutins, et je préférerais

Qu’il le dise lui-même.  Je le vois là,

En train de relever une pierre empoignée fermement par le haut

Dans chaque main, comme un vieux sauvage armé de pierres.

Il se déplace dans un noir, me semble-t-il,

Qui n’est pas fait exclusivement de bois et de l’ombre des arbres.

Il n’ira pas plus loin que la maxime de son père,

Et il aime tellement le fait de l’avoir rappelée

Qu’il le dise encore : « Les bonnes barrières font de bons voisins. »

 

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Derrière le mur par bongopinot

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Derrière ce drôle de mur
Entendez les murmures
Les cris et les rires d’enfants
Qui résonnent dans le vent

Mon cœur s’emplit de joie
En passant devant chaque fois
Jadis j’y passais mes vacances
Au fond il y avait une grande bâtisse

Qui accueillait tout plein de marmots
On l’appelait la maison des mots
On y venait chaque été
Pour jouer, apprendre, travailler

L’école étant pour nous un vrai calvaire
Les leçons plus qu’une galère
Ici l’été on retrouvait le réconfort
Que l’on n’avait pas au dehors

Et nos échecs de tous les jours
Etaient balayés d’un geste d’amour
On apprenait que dans la vie
Les différences sont infinies

Et au bout de nombreux étés
De persévérances millimétrées
Nous avons pu apprendre les mots
Lire et écrire sans aucun maux

A notre rythme et sans larme
Nous avons forgé nos armes
Pour nous insérer dans la vie
Doucement et sans bruit

Grâce à des personnes de cœur
Nos moments de douleur
S’évanouissaient d’année en année
Et nous trouvions la force de continuer

J’ai grandi et j’ai appris
La différence sans mépris
La tolérance qui construit
Je sais d’où je viens, qui je suis

Entendez donc les murmures
Derrière ce drôle de mur
Ecoutez les rires d’enfants
Qui résonnent encore dans le vent

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Derrière le mur (Joe Krapov)

DDS 437 le mur (MAP)114154488

Derrière le mur il y a
Des tas
Des tas
Des tas
Des tas de briques
De briques,
De briques et de sacs de ciment
Pour construire d’autres murs

Des murs pour enfermer les gens
Dans l’idée répandue
Que l’Enfer c’est les autres

Derrière le mur il y a
Des murs
Des murs
Des tas de murs
Encore des murs
Toujours des murs

Derrière le mur il y a
Un arbre
Un arbre
Un arbre qui n’apprécie rien tant
Que de perdre ses feuilles à l’automne
Pour devenir sourd à nos chants de guerre
A nos cris et à nos délires

Nous
Nous marchons entre les murs.

Sur ce qui reste de chemin,
C’est-à-dire très peu, au fond,
Nous posons des pas vagabonds
A la recherche de l’humain.

Si nous abattons ces murailles,
Nous le rencontrerons, demain ?

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Derrière le mur (petitmoulin)

 

Derrière le mur
Qui ouvrait des brèches
Triomphales
Il tenait son violoncelle
Serré tout près de son vertige
De toute la force de son espérance
Il tentait de recoudre ses plaies
Portée par le silence
La suite de Bach
Vibrait sur la foule
Et rinçait les blessures
Ce jour-là de novembre
Nous prenions rêve
Et réalité

 

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LE MUR (EnlumériA)

 

     Il y avait ce mur. Les anciens l’avaient baptisé le mur d’Adrien, sans le H, juste parce que le maçon qui l’avait bâti se prénommait Adrien. C’était un mur de granit rose, avec de petites pierres disposées en quinconce qui surgissaient du mur comme des excroissances osseuses. Un jour que je posai la question de l’utilité de ces épines de pierre, un vieux bonhomme à la moustache de morse me répondit qu’elles servaient à y poser un litron. Chaque mètre bâti valait un litre de vin en prime. Un litron. Ça encourageait le maçon et ça l’empêchait de renâcler les jours de chaleur. Il était comme ça, Adrien, qu’on appelé aussi Gueulesèche ou tout aussi bien Dalenpente. Le bonhomme ne brillait pas par sa tempérance, mais son savoir-faire et sa jovialité en faisait un aimable compagnon.

     Le grand mystère, c’était de savoir ce qui se tramait derrière ce mur. La grande énigme du pourquoi et du comment. Pourquoi diable avait-on décidé de construire ce mur ? Qui en avait pris la décision ? Personne ne savait plus ; comme si l’information s’était égarée dans la nuit des temps. Le seul qui aurait pu fournir ne serait-ce que les prémisses d’une explication reposait six pieds sous terre… des suites d’une collision avec le litron de trop. 

     Toutes sortes de rumeurs couraient çà et là, se faufilant et virevoltant d’une bouche entendue à une oreille avide. Des érudits de comptoir rivalisaient d’importance avec des sommités de comices agricoles. On lançait sans trop y réfléchir des hypothèses de fond de bouteilles, on échafaudait des postulats de campagnes électorales.

     Les commères se perdaient en conjectures. Parfois, les soirs d’hiver, on chuchotait des histoires à grelotter dans une fournaise. Par un estival crépuscule, on se laissé aller à raconter – à voix feutrée – qu’un monde étrange et funeste déroulait ses sombres manigances au-delà du mur. Certains avaient cru entendre, par nuit de pleine lune, de sinistres conciliabules, de curieux va-et-vient de tapinois en catimini, voire des lamentations insensées proférées par des voix d’outre-tombe.

     Celui-là affirmait qu’une fleur fantastique poussait comme un lierre fou, juste derrière le mur, exhalant des vapeurs entêtantes promptes à susciter de fatales rêveries. Celle-ci, haussant les épaules, certifiait à qui voulait l’entendre que des sectes impies y célébraient d’indicibles cérémonies. Certains soirs, des grattements sarclaient le cœur de la pierre comme les griffes d’une abomination rampante.

     Les anciens se lançaient des regards entendus, les femmes serraient contre elles leurs rejetons tremblants. Même l’instituteur et le curé avait renoncé à leurs incessantes diatribes pour se lancer dans de stupéfiantes supputations.

     Il aurait suffi d’un audacieux équipé d’un escabeau pour jeter un coup d’œil par-dessus. L’on aurait été fixé et l’affaire en serait restée là, vouée aux oubliettes puis au néant.

     Mais la légende, par là même, aurait disparue, éradiquée par la raison. Et aussi loin qu’on s’en souvienne, la raison n’a jamais fait rêver personne.

     Alors, on se dit qu’on regardera demain, ou peut-être après demain.

     Mais que diable avons-nous fait de l’escabeau ? 

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