26 mai 2018

Au patronage par bongopinot


L’hiver, les jeudis après-midi
Avec les enfants du voisinage
On allait faire des jeux entre amis
On se retrouvait donc au patronage

Qui se trouvait dans un ancien garage
Il y avait une multitude d’activités
Peinture lecture écriture dessin pliage
Jeu de fléchettes et jeu de société

Et c’était souvent après le goûter
Que l’on se retrouvait pour faire des origamis
On n’était pas toujours très doués
Pour faire des chats et des petites souris

Certains perdaient patience
D'autres essayaient de s’appliquer
Il régnait un drôle de silence
Et parfois quelques enfants s’endormaient

Voilà comment se passaient nos Jeudis
Mais quand arrivaient les beaux jours
Fini le patronage et les origamis
Place aux jeux en plein air et aux balades dans le bourg

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Participation de JAK

 

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Omar  se grimait et affectionnait de  créer  des origamis où miroitait toute sa poésie


 
Rival de cet engouement, son ami    Mario, aigri, en avait maigri car  il n’aimait pas les origamis


 
Inimitié vint    entre  deux complices qui s’étaient jurés     unis  pour  la vie


 
Guéguerre décuplée lorsque qu’une  Geisha   vint trouer  leur bulle, leur belle  tour d’ivoire.


 
Avec son  savoir,  elle s’immisça,   munie  de papiers soie en   chiyogami qu’elle choyait à fond.


 
Maniérée dans l’art de la conversation, elle avait aussi  la poésie du pliage,  l’art de  soumettre  des  feuilles où luisent  les  katazome-shi,  et vous l’aurez compris toutes sortes d’origami


 
Imbattable, pour   plisser   une grue, jamais nul  ne l’égalât, Omar exultait.


 
Notre Mario  larmoyant était écarté, car Omar aimait la belle geisha.



Il raffolait  s'ébattre avec  ses kusudamas, il s’y amusa  longtemps,  en  devint   maboule.

 

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Il faut toujours s'méfier des petits papiers

 

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Walrus botte en touche

 

Origami ?

Mais, j'ai déjà donné !

Faut pas abuser non plus, je finirais par prendre le pli...

 

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"En route" vers la salva... (maryline18)


L'avion venait de nous déposer en forêt amazonienne. Willy nous avait fait grâce de son plus beau sourire, en nous souhaitant un bon séjour. En pilote aguerri, il avait l'habitude de ces trajets, mais restait sur ses gardes. De retour vers Satipo, il lui faudrait, comme toujours, beaucoup de discrétion pour ne pas avoir à en découdre avec les narco-trafiquants, qui eux, en manquaient cruellement. Débarquées en pleine saison des pluies, après avoir survolé la Cordillère de Vilcabamba, il nous restait encore au moins six heures de marche,  en terrain souvent  escarpé. En proie à tous les dangers de la faune, si riche, de cette salva (forêt) préservée et impénétrable, ou presque...Je suivais Jéromine Pasteur, à la trace. Je posais mes pieds juste après les siens, sensiblement aux mêmes endroits. Dans les sous- bois, mieux valait rester concentrées pour éviter les morsures de serpents. Avec habileé et rapidité, elle fauchait de son outil la végétation dense et m'ouvrait un chemin.

Bientôt, les difficultés se décuplaient, je l'observais. Avec application et par mimétisme, mes mains agrippaient la roche aux mêmes endroits qu'elle. Nous faisions corps avec la montagne qui nous élevait jusqu'à eux...Entrainée depuis plusieurs mois pour préparer ce voyage sportif, à visée humanitaire, j'allais réaliser mon rêve de petite fille : partager le quotidien des Ashanincas. Ma fascination pour ces peuples vivant en parfaite opposition avec le monde des "blancs", c'est-à-dire en privilégiant le groupe à l'individu et respectant la nature nourricière en ne lui prélevant que l'indispensable, m'habitait depuis l'enfance. Nous nous rendions sur le plateau du Tonkare, à 1200 mêtres d'altitude, sur les rives du Cutivireni. La tribu de Shirampari (le chef), nous attendait en compagnie du clan, venu de Parijaro, la deuxième famille de Jéromine, qu'ils nommaient : Chaveta (papillon). Elle les avait préparés à nôtre visite qui était l'occasion de répertorier le nombre d'enfants et d'en vérifier la bonne santé. Dans mon sac à dos, en plus de ma trousse d'urgence contenant l'anti venin, (indispensable, face à une éventuelle morsure de serpent), des feuilles de papier attendaient d'être pliées. Est-ce que je parviendrais à organiser cette pause créative, sans doute saugrenue à leurs yeux et qui porte le non : d'origami ? J'étais prête à relever le défi !

Un radeau confectionné par Birriti, qui viendrait bientôt à nôtre rencontre, nous attendait à l'endroit prévu. Mon guide n'en était pas à sa première immersion en forêt amazonienne. J'en étais l'admiratrice, chanceuse et confiante. Après avoir traversé le torrent, nous avions fait une courte pause. Chaveta avait sorti de son sac une tunique de couleur brune et me l'avait tendue :

"Cushma, mets-la, tu seras mieux acceptée par nos hôtes !

J'enfilai le vêtement et elle, le sien. Depuis la descente de l'avion, nous parlions peu. Jéromine prenait un tout autre visage, empreint de sérénité. D'autres attitudes semblaient s'imposer très naturellement à elle. Les sens en alerte, son regard scrutait l'alentour et elle humait la bise chargée des odeurs qu'elle retrouvait... presque animale. Je ne l'avais jamais trouvée aussi belle que dans sa cushma. Les quelques mots que j'avais appris en ashaninka allaient me servir maintenant qu'elle reprenait son identité choisie, fille adoptive des Ashanincas. Ses pieds nus, enfoncés dans la glaise, les jambes légèrement écartées, elle avait levé la tête, sa main  droite en visière, vers le ciel. Soudain, son visage s'était illuminé d'un large sourire à la vue d'un couple d'aras, sortis bruyamment du faîte d'un arbre, juste devant nous. Ils nous avaient offert leur envol en cadeau de bienvenue !
Jéromine s'imprégnait de toute la force vive de cette nature flamboyante, encore triomphante ici, des hommes et de leur folie. En contrebas, des centaines d'acajous et de cèdres, prisés pour leur bois résistant étaient abattus, sans compter le massacre des hévéas depuis des années, pour produire toujours plus de caoutchouc. L'homme ne s'arrêtera donc jamais... Les indiens qui ont refusé de devenir les esclaves d'exploitants sans vergogne, ont été obligés de s'enfoncer toujours plus loin dans la jungle pour survivre. Leurs premiers ennemis ont pris l'apparence humaines, contrairement à toute logique. Combien de temps résisteront-ils encore face aux pressions qu'ils subissent de la part  de notre société si "moderne"! ?

Tout à coup, je m'étais sentie observée et avais dirigé mon regard vers les fougères géantes qui couvraient la totalité de l'humus qui s'étalait sur le sol, aux alentours. Il était là, nous observant peut-être depuis longtemps, et veillant sur nous, l'oeil noir, le sourire rieur ; Enfin, je faisais sa connaîssance : Barriti.

Jéromine avait joué l'indifférence et avait avancé soudainement à grands pas pour prendre de l'avance. Leur jeu m'avait amusé. J'avais alors deviné la tendresse qui les liait. L'homme avait sifflé entre ses mains et s'était rapproché, rapide comme le jaguar. Il s'était adressé à mon amie :

"Aviro !" (Toi) !

"Narobe," (Je suis là), lui avait-elle répondu, sans arrêter sa marche. Il lui avait barré le chemin pour la forcer à le regarder. Les yeux dans les yeux, les paroles étaient devenues superflues, le bonheur était palpable. Elle s'était détournée vers moi et lui avait dit : "Origami !"

Les villageois qui m'attendaient m'avaient déjà donné ce nom et c'était bien ainsi. J'avais hâte de faire la connaissance des femmes de la tribu : Origa, Ira, Matha, Ivitoria, Tilloray et Shama, la guérisseuse qui utilisait les plantes comme lui avaient appris sa mère et sa grand-mère. Nous avions bourré nos sacs de boites de thon, qu'ils appréciaient beaucoup.

L'arrivée au Tonkare s'était faite sans aucune démonstration d'affection. Ce peuple introverti vit le moment présent et n'accorde pas d'importance au passé ni au futur. Jéromine m'avait présenté et nous avions été conviées très naturellement à partager autour du feu, le repas que les femmes avaient préparé. Installées en tailleur, nous avions dégusté une soupe de poisson dans des écuelles de terre cuite, des grenouilles grillées et du manioc. C'est au troisième passage de la calebasse : récipient, remplie de pearentsi, sorte de bière préparée avec les "masato", des pommes-de-terre croquantes et juteuses, machées et recrachées par les femmes dans le chaudron, (la salive aidant à la fermantation), que je me suis réveillée !  

Vous imaginez ma déception, moi qui rêvais de m'étendre auprès de Chaveta et de partager sa couverture en attendant le levé du soleil, ou de découvrir la lumière rosée du crépuscule en sortant d'une case au toit de palme et à la litière d'écorces douces ou de feuilles...de m'émerveiller devant les sarato tissés, des heures durant, par ces femmes si courageuses au teint cuivré...mais hélas, "hariokara !" (c'est fini !)

Adieu les toucans, les aras, l'odeur des bûches qui brûlent et qui rassemblent ceux qui luttent, mangent, dorment, devant des flammes dansantes au vent léger, tourbillonnantes et montant en nuées jusqu'aux étoiles par milliers.

Adieu les parties de pêche dans le torrent, les baignades, nue, au pied des cascades...Adieu à tous ces plaisirs simples auxquels tu as pris part, auxquels tu as goûté, Jéromine, et que je n'aurais jamais eu le courage d'approcher, d'aller chercher, aussi loin de nôtre civilisation occidentale ! Bravo à toi que rien de prédestinait a cette vie d'aventurière, toi enfant du Jura et surtout merci pour ton livre qui m'a fait rêver et que je viens de découvrir !  

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ORIGAMI DE Ghilaine53

 

Je le regardais, il était de dos, concentré, des tas de feuilles colorées sur son bureau..Il en prenait de chaque couleur mauve, violet, blanc, il les composait ensemble, les pliait, les dépliait, les unes dans une position, les autres autrement, il faisait cela à une vitesse folle et je n'y comprenais rien du tout.....
Je m'avançais vers lui, l'observant de plus près  !
Sous mes yeux, de ses mains expertes, je voyais s'ébaucher une réalisation qui me coupa le souffle quand il me la tendit en souriant..
""Mais comment tu as fait ça ?? ""
Comme c'est beau et tout ça en papier, c'est fou !!!!!!!!!
"Ma chère ça , c'est de l' Origami !! ""
Et il partit avec passion dans ses explications bien complexe pour moi qui ne voyait que le résultat final !
Un merveilleux bouquet de violettes.......

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Origami honey (tiniak)

 

J-13, guéridon 8

Deux ans que je fréquente ce bar de quartier, dont l’ambiance familiale anime un public éclectique. Aux temps froids, je m’installe à ce guéridon dans un coin de la salle du fond, devant un verre de Chablis, de Cheverny ou de Mâcon, mon carnet de poèmes ouvert sous la main, avec vue sur le zinc et l’oreille aux aguets.

 

Ce jour-là, une nouvelle tête prit place au comptoir, au bout à droite. Plutôt jeune – disons, la trentaine, une silhouette féminine agréablement proportionnée habillée avec soin, une coiffure complexe encadrant un visage où persistait une rondeur enfantine; elle s’exprima avec discrétion pour passer commande et demander le quotidien local mis à la disposition de la clientèle. Dans son recoin, elle s’attela à composer le sudoku du jour. Une oie blanche dans l’agitation bruyante et familière des habitués qui l’observaient du coin de l’œil.

 

J-6, comptoir

Le printemps tarde, bien que l’on soit déjà passé à l’heure d’été depuis dix jours.

La « nouvelle » se révèle plus ouverte, pimpante et rigolote qu’il ne m’avait semblé. C’est la quatrième fois qu’elle vient. Nous nous sommes rapprochés autour du canard quotidien. A elle, le sudoku, à nous (Abel, un joyeux drille de retraité et moi-même) les mots fléchés, les mots croisés étant plutôt mon pré carré.

 

Nous sympathisons. Elle se prénomme Rébecca.

 

J-4, guéridon 16

Malgré un petit vent d’est un brin mordant, je m’installe en terrasse. Je suis fumeur, c’est pus commode. Rébecca m’y rejoins avec son tango-fraise, occupe l’autre chaise. Nous devisons. Cariste de son état, elle n’est pas dénuée d’un humour assez hommasse, goûte la blague salasse et lâche des éclats de rire spontanés, tonitruants, aux accents graves, l’œil coquin, la canine acérée. Rock’n’Roll, la poulette !

 

Ce soir, c’est vendredi. C’est « ma soirée ». J’anime le bar autour d’une sélection thématique de clips vidéos musicaux ou comiques. A cette occasion, le bar ferme plus tard. A dix heures, nous décidons, elle et moi, de prolonger la fête en ville.

 

Nous finissons la nuit chez elle, en toute amitié, échangeant des titres de pop music, de punk, de rap, même de musette – Rébecca ne buvait pas que du tango, elle le dansait aussi. Je la quitte en milieu de matinée après lui avoir rendu un petit service tandis que nous prenions un copieux petit déjeuner. Somme toute, elle n’était guère plus âgée que ma fille aînée. Sur sa table, dans un papier qu’elle a plié façon origami (un gallinacé !), j’ai laissé mon numéro de téléphone.

 

Jour-J, commissariat, salle d’audition 4

Dégoûté, fatigué, étourdi, tout à la fois, je signe ma déposition.

Le capitaine me dit, en manière de consolation, je suppose : « vous savez, M. Filoqueur, grâce à vous, nous aurons au moins la satisfaction d’avoir mis fin à ces arnaques en série ». La belle affaire ! En attendant, me voilà déplumé comme un canard à l’orange, moi ! Moi qui ai eu l’imprudence de payer un billet de train à Rébecca, pour « rejoindre (sa) mère malade, ce week-end », avec ma carte… sur son ordi…

 

Le lendemain, soit hier, dimanche à midi, je constatais avec stupeur que mon compte avait été proprement nettoyé ! « Filée » et « logée », mon Oie Blanche avait été prise en flag par la Brigade des Fraudes.

 

Dans la rue, je charge une play-list aléatoire pour regagner mon logis en me changeant les idées. Je t’en fiche ! Le premier titre qui déboule entre mes oreilles martèle : « Gimme all your money, and I’ll make some origami honey »… Le couac !!

 

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Participation de Sarah

 

"J'aurais voulu être un oiseau aux grandes ailes de plumes noires de jais. J'aurais aimé voler de branches en branches, profiter d'une liberté jamais limitée. J'aurais voulu sentir le vent, la pluie, le soleil et tous les éléments. J'aurais aimé chanter dès le soleil levé. J'aurais rêvé de construire un nid douillet et d'y déposer ma famille tant aimée. J'aurais aimé aller par monts et par vaux, survoler rivières et ruisseaux, virevolter au gré du vent, me laisser porter vers les océans. J'aurais vécu d'amour et d'eau fraiche, de paysages ensoleillées et de migrations groupées. J'aurais parcouru le monde, et un beau jour, enfin rassasié, je me serais éteint au soleil couchant. Redevenir poussière de la terre.


Mais moi, plus malheureux qu'un oiseau en cage, je ne verrai jamais aucun paysage. Mes milles couleurs ne sont qu'artifices et cachent un coeur froid et factice. En moi, je suis tout replié, jamais je ne me déploie pour m'envoler. Ma gorge est serrée et aucune note ne sort de mon bec cloué. Et j'ai mal de mes ailes pliées et pincées, dépliées et repliées. Je ne suis pas né de mon nid douillet et je n'y couvrirai jamais mes petits. Je suis né de mains expertes, agiles, fières de me faire, moi, oiseau de misère. Jamais je ne volerai, attaché à mon fil doré. Je suis une belle chose, qu'on admire... et entre leurs mains, ils me défont, je disparais. Ils m'ouvrent les entrailles pour observer mes moindres traits. Un mauvais pli et me voilà défiguré. Je reste amer quand je les vois faire un double de moi, un autre malheureux, un être inexistant. De plus en plus vite, ils me font et me défont, montrent leur talent au plus offrant. Et moi, moi je souffre de mes pliures. Mes ailes sont toutes endommagées... mes ailes de papier... Je ne m'éteins pas, je me déchire dans un cri de papier. Je finis en miettes, un déchet. Je n'étais qu'un origami, un oiseau de plis."

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L’Origami (Kate)

 

 Avec votre (aimable) collaboration puisque ce texte ci-dessous s’entend sur la musique de la chanson de Christophe « Les marionnettes ».

Excuse-moi Christophe d’avoir mis d’autres paroles mais cela relève de la tyrannie de l’ « inspiration » (un bien grand mot) et ses lois prennent des chemins qu’il faut parfois expliciter (un tant soit peu)…

Christophe "Les marionnettes" (live officiel) | Archive INA

Moi à Paris

J’ai un restaurant

Sa carte se dépliant

L’Origami 

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Kakemono 

Soupe miso sushi

Tofu bento

Saveurs umami

 

Algues nori

Thon sashimi

Riz au curry

Akinori

Asayoshi

Thé genmaicha

Ou thé matcha…

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Moi à Tokyo

J’ai un restaurant

Sa carte se dépliant

La Tour Eiffel…

 

Moi fabriquer

Poupées kokeshi

Avec du bois de cerisier…

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(collection personnelle)

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Participation de Venise

 

Du papier, trois fois rien , de petites mains habiles voilà toute la richesse de l’enfant moine TIHOUBE.

Cet enfant s’ennuie comme tous les enfants de son âge dans ce monastère.

Il n’est devant aucune question existentielle, même la présence de la lune dans le ciel le laisse indifférent.

Il est lui-même toutes les questions du Monde puisqu’il sera le prochain Dalaï-lama.

Nous sommes aux X siècles après Jésus-Christ .

Comment échouer quand on a l’émerveillement au fond de soi ?

TIHOUBE prend les papiers, il est magnifiquement armé d’un sourire , et sa robe pivoine luit dans le soir .

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Il n’a jamais été aussi beau dans la poussière du monde, il commence à jouer des pliures des papiers.

Les vieux moines passent devant lui sans le déranger. Qui pourrait déranger celui qui triomphe dans ses rêves éveillés ?

Quelque chose est en train de se passer dans ce monastère, quelqu’un chuchote à l’oreille de l’enfant moine.

Quelqu’un que l’œil humain ne peut percevoir.

Des formes pleines d’ombre surgissent entre ses doigts et une gaité sans objet assaille tout le monastère.

Il va où le monde n’est plus qu’une note de papier il donne vie froisse, défait refait . Les formes s’enchainent, donnent vie, voyagent entre ses petits doigts, toute la bassecour y passe .

TIHOUBE ne rêve pas le monde il le voit dans les pliures du temps, il marche dans le pas des paysans, donne vie à l’oie blanche, la poule , le canard .

D’où viennent tous ces gestes de l’enfant et ce regard sur des animaux communs, qu’il saisit et fait disparaitre.

Nous sommes ces ombres de papiers devant le mystère de la vie. Nous aussi nous perdrons nos vêtements de langue et restons comme TIHOUBE dans un éternel présent.

Dix mille ans et des poussières nous séparent de TIHOUBE et ses ORIGAMIS nous sont parvenus.

Nous avons reçu la joie qui va avec, sans quoi la gravité n’est que lourdeur.

Les enfants remettent le monde d’aplomb à chaque fois qu’un être de papier surgit entre leurs doigts.

C’est dans ce monde de papier que les colères font faillite et qu’on apprend que dans ce monde il y a une place pour chacun.

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Les avions de papier (Pascal)


Quand mon frère a continué ses études universitaires du côté de Grenoble, je me suis retrouvé tout seul dans la chambre des garçons. Ma chambre ! Mais c’était un véritable terrain de jeux ! Quand je fermais la porte, j’étais chez moi, j’étais dans mon monde…
(C’était défendu de fermer la porte parce que maman n’entendait pas les bêtises…)

Sur le bureau-porte-avions de mon frère, j’avais confectionné des escadrilles entières d’avions de papier ! Les exercices de pliage, c’était en catimini, dans mon hangar de montage ; fusées, planeurs, biplans s’alignaient sur le pont d’envol.
Tous mes cahiers d’école se réduisaient comme peau de chagrin quand je m’employais à leur construction méticuleuse ; d’après mes calculs, ceux qui volaient le mieux avaient leurs feuilles immaculées de toute encre, de toute marge et de tous carreaux, grands ou petits. Avec les doubles-pages, j’en confectionnais des plus grands ; ils étaient mes bombardiers !
Je les avais coloriés dans l’ordre de mes batailles aériennes ; naturellement, cocardes et croix gammées se battaient dans le ciel de ma maison. Parfois, j’en brûlais un pour faire comme s’il avait été touché en plein vol ! J’en froissais d’autres, j’en déchirais aussi ! Je concassais les ailes et les carlingues et c’était des accidents de guerre !...

C’est fou tout ce que l’on peut faire avec un avion en papier. Quand j’en lançais un dans le couloir de l’étage, il planait un instant autour de la grosse ampoule ; après un demi-tour, il s’engouffrait dans les escaliers en rasant les marches, il partait heurter les coins des murs ou il se posait en catastrophe sur les habits des portemanteaux ! Parfois, il disparaissait dans le hall avec des circonvolutions de planeur curieux. Un jour de beau temps ou de courant ascendant, j’en ai même retrouvé un qui avait atterri sur la table de la cuisine ! Autant dire, à dix mille kilomètres du porte-avions de ma chambre !
J’étudiais ses comportements en vol, sa façon de s’incliner ou de piquer du nez, son aisance à planer ou à tourner, ses exécutions acrobatiques ou ses dégringolades de kamikaze. Pour parfaire son vol, je soufflais mon haleine prometteuse sur la pointe de mon avion !
Après l’atterrissage, je le récupérais et je peaufinais mes réglages de traînée et de portance. Ceux qui volaient le plus longtemps avaient la faveur de mes plus beaux coloriages. Je passais des heures à fignoler les plis, les becs, les empennages, les gouvernes. Tout l’après-midi du jeudi ne suffisait pas à mes jeux d’aviateur !

Et la check-list sur la piste d’envol ?!... De la mobylette de mon frère à la voiture de mon père, en passant par le camion des poubelles, j’imitais tous les bruits de moteur que je connaissais ! Au ralenti ou vrombissant, j’exécutais les manœuvres de décollage avec une application millimétrée. Souvent, je le gardais dans la main et nous allions visiter les panoramas de la maison. Aux livres de mon frère, ceux de Saint-Exupéry, sur les étagères, les Courrier sud, Vol de nuit, Pilote de guerre ou Le grand cirque de Clostermann, j’étais le pilote émérite de tous les avions !

Les couvertures tire-bouchonnées du lit, c’étaient des montagnes élevées, des forêts et des campagnes sauvages ; les draps défaits, c’étaient des tempêtes d’écume sur des vagues océanes. Moi, je ronronnais avec mon avion dans la main ; je promenais dans tout l’étage comme si je visitais des paysages. Quand une de mes sœurs me parlait, je devais me poser avant de lui répondre.

On descendait les escaliers ; avec mon avion préféré, je surfais sur les arrondis de la rampe ou je slalomais entre les balustres. Il m’emportait dans des cascades vertigineuses où seuls les bruits de ma voix-moteur répondaient aux échos du couloir. Lampe allumée, c’était le jour, lampe éteinte, c’était la nuit…  

Sur les dernières marches, on rasait les manteaux accrochés à la patère. Les bruits des wc, c’était les chutes du Niagara, le carrelage du hall, c’était le désert du Sahara ; pour refaire le plein, je me posais sur la table de la salle à manger. Bien sûr, elle ne devait pas être encombrée par des livres et des journaux ! Sur la pointe des pieds, je me voyais dans le grand miroir. Au-dessus de ma tête, je contemplais mon avion dans une autre perspective de lévitation. Je montais sur une chaise pour l’envoler encore plus haut !
Après quelques passages en rase-mottes, le long du parquet ciré, on allait jusqu’à la fenêtre entrouverte pour regarder le temps du dehors. Entre les doigts, je serrais un peu plus mon petit avion car j’avais toujours peur qu’il lui prenne l’envie de s’envoler pour de bon. Le soleil illuminait son fuselage ; derrière la vitre, il avait plein de reflets tellement difficiles à colorier quand je le rapportais au hangar d’entretien du porte-avions. La tapette dans une main, mon avion dans l’autre, on partait à la chasse aux mouches !...Il fallait voir les poursuites, les piqués, les acrobaties, les tirs en rafales !...

On planait un moment dans la cuisine jusqu’à ce que l’ouragan de maman, en plein repas, me somme de déguerpir de son tablier. Du côté du placard, c’était des senteurs capiteuses de vanille, de réglisse et de cannelle des pays lointains ; au-dessus des casseroles bouillonnantes, c’était des volcans de vapeur chaude ; près de l’évier, on sentait la fraîcheur de la cascade du robinet. On s’échappait en fonçant au garage et je bombardais le chien avec quelques sifflements, quelques gentils coups de pied dans sa niche, quelques caresses appuyées avec ma main libre.
Dans le grand vide de la voiture absente, on survolait la banquise du glacis, on frôlait le portail, comme pour donner l’envie à mon père de rentrer plus tôt, et on repartait à l’aventure du sens inverse. Enfin, après d’autres péripéties de vol, on se posait sur le bureau-porte-avions de ma chambre ; j’avais la bouche fatiguée d’avoir tant ronronné, tant postillonné, tant crié son moteur exalté. Je le garais à côté des autres ou sur les livres de Saint-Exupéry, comme si, moi aussi, j’étais un héros des airs…

Quand mon père rentrait du boulot, j’oubliais mes jeux d’aviateur et je fonçais à sa rencontre. Pourtant, je dévalais les escaliers en écartant les bras ; je volais dans la descente et, j’en suis sûr, je ne touchais plus les marches…

Comment pourrais-je raconter tout cela à mes petits-enfants ? Autant qu’ils le lisent ici, avec ces souvenirs allongés d’encre brodée, quand je ne serai plus là, quand je serai planant dans le Ciel et les étoiles, avec… mon petit avion en papier…

Avions de papier

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