29 juin 2019

La fête au village (maryline18)

 

-" Tu danses ?"

Tu étais beau dans ton habit de fête, l'invitation était plaisante. L'orchestre attaquait par une valse lente, comme intimidé par nos pas hésitants. Tu voulais te distraire et moi je savais valser, l'occasion rêvée pour improviser... Tu m'as enlacée, bien décidé à mener la danse, mais te souvenais-tu des pas à compter ? " Un, deux, trois ; Un, deux, trois..." Je comptais tout bas. Je fermais les yeux sur tes mauvais pas.

Dans tes bras, la place du village semblait si belle, les lampadaires, tels des projecteurs, sublimaient notre aisance. J'étais en confiance et toi, tu souriais. " Un, deux, trois..." Ma jupe évasée tournait et je riais ; qui emportait l'autre dans ce tourbillon de bonheur partagé ? Il me semblait qu'on aurait pû tout danser : tango, lambada..., jusqu'à ce que tu regardes, hélas, ta montre !

D'un simple claquement de doigts, tu arrêtas la musique et s'éteignirent les lumières incandescentes de la " fête au village". Même les étoiles disparurent à cet instant précis. Les danseurs, tout autour de nous, se séparèrent, presque génés de s'être laissés emporter par cette musique entraînante. Il se faisait tard, bien trop tard...

L'heure n'était plus à la frivolité, il fallait rentrer. Retrouver ses habitudes rassurantes. Chacun rangeait ses éblouissements, ses pas de côté, ses rêves. Sans protestation, aucune, la nuit prit son poste et la lune, son tour de garde. Tout était en ordre.

Le jour se leva et m'offrit sa beauté triste. Les coquelicots étaient toujours aussi rouges, le ciel aussi bleu, les nuages aussi blancs. Privée de sommeil, je comptais encore : " Un, deux, trois ; Un, deux, trois..." Je saisis un abricot dans la coupe à fruits et le mangeai. Il n'avait aucun goût. Je m'entendis demander tout haut : " Mais quand les abricots retrouveront-ils leur goût ?"

 

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22 juin 2019

Une si belle journée ! (maryline18)

 

Calée sur le siège de ma voiture refuge, j'appuie un peu plus sur l'accélérateur.

La radio passe une chanson nostalgique de Maurane, j'augmente le son et ses regrets s'insinuent jusque dans mes entrailles, à me faire mal. Il faut souffrir pour tuer, peu à peu, la douleur cachée. La journée est si belle, est-il inconvenant d'être triste alors qu' il fait si beau ?

Je manque d'air, j'étouffe. J'ouvre ma vitre. Un courant d'air fou s'engouffre et me gifle la face sans ménagement. J'accuse le coup et monte le son encore un peu plus. La départementale se déroule devant moi comme un jeu de piste à travers la campagne vallonnée. J'accélère encore, la vitesse me grise. Mes mains serrent un peu plus le volant.

Il suffirait d'un écart, d'une seconde d'inattention, d'une maladresse pour en finir avec cette tristesse...On incriminerait une fois encore l'imprudence et tout rentrerait dans l'ordre, dans les statistiques. Je leur offrirais ma mort en kit. Il ne leur resterait qu'à rassembler les morceaux, qu'à reconstruire la chronologie d'un accident banal. Tous ces étrangers à mon chagrin, continueraient leur chemin, accusant au passage la fatalité ou bien mon inconscience.

La journée est si belle, serait-il inconvenant de mourir alors   qu'il fait si beau ? Je croise des femmes, des hommes, des familles, des couples...Leurs visages passent trop vite pour pouvoir y lire quelqu' humeur. Sont-ils heureux, malheureux, confiants, inquiets, résignés, amoureux ? La belle voix de Maurane, comme venue de là haut, berce mon coeur et je chante avec elle son amour perdu.

J'avale les kilomètres, je rejoins les nuages qui m'attendent au sommet de chaque côte. Je plane et les platanes accompagnent mes descentes, de plus en plus rapides, de plus en plus risquées. J'aimerais ne plus m'arrêter, rouler, rouler, jusqu'à expulser ma peine.

"TOI, a...ahhhh...,TU ES MON AUTRE, la force de ma foi, ma faiblesse et ma loi.." Je crie ma folie, mon amour, mon désespoir, investie de l'envie d'en finir...Seule Maurane me comprend et m'accompagne à cet instant. Je négocie de plus en plus mal les virages qui semblent me défier mais je suis lancée, déterminée...Je n'ai plus peur de rien, pourvu que ce soit ma destinée.

Elle chante encore avec moi : "ça casse comme un verre en cristal contre le métal, issue fatale, éclat d'étoiles "! Pourquoi es-tu partie Maurane, toi si belle, si vivante dans ton besoin d'aimer et d'être aimée, pourquoi ? ta voix chaude comme une larme qui ne ment pas, se répand et comble le vide, l'espace inutile de ma vie.

Fait-il trop beau pour pleurer, c'est une si belle journée ? Mes larmes dévalent la pente abrupte de mes joues...je laisse couler l'amertume de mes espoirs déçus, de mes joies étouffées de mes projets avortés.

-"J'arrive Maurane...!"

C'est le virage de trop, le plus beau, le dernier peut-être...la voiture qui me fait face ne peut se rabattre. Un tracteur l'en empêche, bien malgré lui. Pourquoi entreprendre ce dépassement sur cette route sinueuse avec une bagnole qui n'a rien sous le capot ? C'est donc la fin ? Il faisait si beau ! Je lui balance une salve d'injures et appuie de toute mes force sur le frein. Me voilà dans le fossé, coincée entre l'airbag et le volant.

Est-ce Maurane qui a braqué ou moi, je ne m'en souviens pas...J'aurai du retard, mais elle m'attendra.

 

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15 juin 2019

L'artichaut (maryline18)

 

Je lui ai dit :

- je vends ! Vous croyez pouvoir en tirer un bon prix ?

Il m'a regardé d'un air dubitatif et m'a lancé :

- j'chais pas, moi, faut voir...!

- Faites pas la fine bouche, elle a encore sa place sur le marché !

- Vous me faite visiter ? ( Il avait l'air pressé. )

- Allons-y !

- Le coeur n'est plus tout neuf, à ce que j' vois, il s'effrite, regadez, il part en feuilles, ( il le touche), et...il est chaud, bien qu'encore vert ! Bon, continuons !

- Les jambes, non mais regardez moi ces jambes ! Elle sont bien trop près du cou, un mauvais coup sur la jugulaire et hop...plus personne !

- Les bras...bien trop courts ces bras, mais bon, il n'enserrent plus que du vide, c'est un moindre mal, n'est-ce pas ?

- Les mains...oh, elles sont douces...mais tâchées hélas, dommage !

Je n'ai pas pu tenir ma langue :

- Mais elles rendent encore bien des services et elles ont de l'expérience !

( Là, il a pouffé de rire ) :

- De l'EXPERIENCE, dites-vous ! Mais les futurs acheteurs ne recherchent pas le savoir faire, mais la beauté, Madame, oui, la beauté ! Poursuivons, voulez-vous ?

Quand j'ai entrouvert la porte du haut, il a fait un pas en arrière.

- Vous déménagez ! C'est quoi tout ce désordre, et ces cartons éventrés là !?

J'ai eu honte, d'un seul coup..."Pardonnez moi, je n'ai pas fait le ménage. Là, gisent des vieux souvenirs que je n'ai pas eu la force de jeter et ici, des cartons d'illusions complètement périmées.

- Et ça ? Cette valise à moitié pleine...ou à moitié vide !

- Oh, c'est celle de la chance, il n'en reste plus qu'une moitiè, l'autre s'est faite la malle.

Un peu agacé de ne rien trouver de grande valeur, il poussa la porte du fond et alors, un rayon de lumière arriva jusqu'à nous, en faisant danser des milliers d'étoiles emprisonnées dans son faisceau éblouissant. Mon cri sortit simultanément :

"NONNNNN!"

Le vent produit par celui-ci fit se refermer la porte aussitôt.

Il me regarda abasourdi :

- Mais qu'elle est cette pièce mystérieuse et tellement lumineuse, laissez moi y entrer voyons !"

( Je lui barrais le passage, prête à en découdre ).

-Non ! il faudrait pour cela que vous me passiez sur le corps ! C'est mon jardin secret, le cadeau bonus réservé à l'acheteur du lot.

- Et bien, vous auriez dû me faire entrevoir cette pièce au début de la visite, nous aurions gagné du temps !

- Mais, j'ai tout mon temps...et il me reste un peu de sel pour relever le goût de la vinaigrette... celle, pour accommoder le reste de mon coeur d'artichaut !

 

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08 juin 2019

Incandescente, je ne le suis pas. (maryline18)

m18

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01 juin 2019

Histologie, une histoire sans coeur... (maryline 18)


Entre deux sommeils, les bruits lui parvenaient sans qu'elle puisse les identifier, comme filtrés par une épaisse couche de coton hydrophile.

En effet, à l'étage du dessus, des verres se cognaient, des pas résonnaient, des voix se répondaient. Des "toc toc toc" précipités et des bonjours, prononcés avec un tel automatisme qu'ils ne semblaient pas attendre de retour, la sortaient peu à peu de sa torpeur.

Ses paupières étaient encore closes, son corps inerte. Une odeur connue de sa mémoire olfactive flottait dans la pièce. Déjà, le dégoût transformait son visage en une moue qui lui rapprochait les yeux et qui lui remontait le nez. Elle aurait voulu la chasser en plaquant promptement l'une de ses mains sur ce dernier, mais n'en avait pas le courage.

Les bruits, semblaient se rapprocher. Ses doigts frolèrent, dans un geste involontaire, le drap qui lui parut rugeux et lourd. Alors qu'elle ouvrait les yeux, un réflexe de rejet, la fit se redresser. Sa couleur grise était répugnante et de nombreuses tâches y étaient vilainement incrustées.

Bêtement, il lui vint à l'idée que ces salissures ne partiraient pas au premier lavage et qu'il faudrait le faire tremper dans un bain additionné de javel. C'est en le repoussant qu'elle constata que son corps n'avait plus de peau, plus de frontière bactérienne, plus d'enveloppe ! A moitié endormie ( elle n'avait pas encore bu de café !), ce détail la contrariait . Il devait y avoir une explication rationnelle à toute cette nouveauté. Elle faisait toute fois preuve d'un calme surprenant.

(Un corps sans enveloppe...de quoi devenir timbrée non ?)

Elle fut distraite un instant par le cri d'une souris qui traversa la pièce, en diagonale. Dans un coin, trainaient des bidons, des cartons avachis, du linge sale. Dans l'autre, des vieux balais remplis de toiles d'araignées, une casserole sans manche et un charriot de cantine rouillé.

Elle était donc dans une cave... Elle reconnaissait maintenant cette odeur désagréable d'humidité. Assise sur le lit de fer, elle regardait ses organes, lesquels, semblaient fonctionner à priori normalement, mais ils ne tenaient en place que grâce à une sorte de gélatine transparente. Elle ne ressentait bizarrement aucune douleur mis-à-part une migraine lancinante.

- Ses lunettes, où étaient ses lunettes ?

Ah oui, elle se souvint, elles les avait oublié dans le hall de gare, posés sur son dernier roman  : "Les six reines savaient-elles nager ?", une reconstitution historique de ce curieux massacre de l'Epiphanie 1793 attribué aux "sans culottes". Un partage de galette qui avait mal tourné, sans doute...La fête s'était terminée dans la Seine. 

"Bonjour, combien de tartines ? Du lait? Du café ?" La voix du dessus lui arrivait plus distinctement..."

C'était donc le matin. Elle avait faim. Elle devait se trouver au sous- sol d'un hôpital. Oui, elle revit les brancardiers qui l'avaient ramassé sur le trottoir, leur précipitation, leurs chuchotements, le grand ascenseur de l'entrée et l'inscription sur la porte battante du long couloir sombre : HISTOLOGIE, EXTRACTIONS, interdit au public. 

Une femme en blouse blanche entra, accompagnée d'un jeune chirurgien, Docteur Boucher,( bel homme ), c'était écrit sur la poche de sa blouse, son nom bien sûr !

-" Cette femme est sous anesthésie de synthèse, poursuivez le travail commencé !"
...

(Dans un réflexe enfantin, elle faisait semblant de dormir)...
...

La supposée Chef de service poursuivit d'une voix adoucie et avec un sourire qu'elle détesta aussitôt :

- "Tous ses organes sont en exellent état, ils  partiront pour l'Asie en fin de journée, par avion. On nous en offre un bon prix ! Suivez la procédure habituelle de prélèvement, la famille ne s'est pas manifestée !"

Etant sûre maintenant qu'elle rêvait, elle fit un clin d'oeil au Médecin et lui dit :

- Vous pouvez emballer mon coeur ? c'est pour offrir !

( Boucher, c'est pas un nom de chirurgien, sauf dans les mauvais rêve ! )

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25 mai 2019

Goualante, la genèse. (maryline18)


La goualante se voudrait gouleyante à souhait comme un bon vin ou réconfortante,  comme un chocolat chaud, avalé face à la mer, au mois d'avril... Elle aurait dans ses couplets le récit de voyages imaginaires, ce sont les plus beaux...Oh, elle parlerait d'amour, à n'en pas douter, de celui qui fait frissonner rien que d'y penser, de celui qui vous cueille et vous emporte si loin que vous perdez tous vos repères .

La goualante se voudrait romantique, presque démodée. Elle promènerait sur de grandes phrases, des déclarations de rêve, des baisers magiques, troublant, des mots caressant la musique pendant des heures, sans se lasser. Elle prendrait son temps pour ne rien gâcher, pour faire durer le plaisir.

La goualante se voudrait sensuelle, comme un regard intercepté sur la courbe du désir, comme un doigt posé sur les lèvres d'un aveu timide, comme un slow langoureux dansé par deux amoureux enlacés, sur une piste désertée.

La goualante se voudrait inédite pour avoir tout à inventer : la musique, les paroles, les cadences...Elle serait libre. Elle serait inventive et belle, naturelle et authentique, surprenante et magnifique.

La goualante nous accompagne parfois sur mon chemin préféré, est-ce que tu l'entends ? Elle s'amuse de ton absence et t'explique mes émois. Je sais que tu l'entends parce que tu es là...tout près de moi. Elle te raconte les fleurs écloses, depuis la dernière fois, les cannetons, le bruissement des feuilles, le silence, la pluie sur mes joues. Elle te parle de moi, au rythme de mes pas.

- Est-ce que tu l'entends, dis, est-ce que tu l'entends, aussi ?

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18 mai 2019

La mare aux papillons (maryline18)

 

Il est apparu, sans cheval blanc ni flamberge,

Avec juste quelques mots à distribuer,

Par belles poignées, pour qui les attraperait.

Ils parlaient du temps passé, d'amour et d'asperges...

 

En voyage, elle était descendue à l'auberge ;

Quand elle les vit tournoyer comme des papillons,

Elle eut envie d'en saisir plusieurs, sans raison,

Peut-être pour les emmener à Blankenberge...

 

Elle conserverait les plus beaux pour les tristes jours ;

Ces jours gris où quoi qu'elle fasse, ses idées convergent

Vers des souterrains où d'inaccessibles tours.

Elle les lirait devant un jus de canneberge,

 

Ou à l'ombre du tilleul, auprès de la berge,

Se remplissant du ciel accroché aux branchages

Fleuris, quand les canards s'envolent ou bien s'immergent

Quand la nature la soigne, redevenue sauvage...

 

 

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11 mai 2019

Eugénie (maryline18)

m18

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04 mai 2019

Déjantée, pourquoi pas ! (maryline18)

 

Haute comme trois pommes, toujours effacée, qualifiée très vite, par tous, de petite fille timide et sage, c'est comme si mes mots mettaient trop de temps à trouver la sortie ; comme s'ils prenaient à chaque fois le plus long chemin parmis tous ceux qui se présentaient à eux, dans le labyrinthe complexe de mes pensées. 

Il se dressait déjà, dès mon plus jeune âge, juste derrière mes lèvres, des gardes bien veillants, dont le rôle était de contrôler un tas de choses. Ces vérifications demandaient beaucoup de temps. Ils voulaient s'assurer qu'il était absolument nécessaire de traduire en phrases mes impressions, des plus agréables aux plus hideuses, mais aussi mes envies, des plus saugrenues aux plus raisonnables, et enfin mes remarques, des plus intéressantes aux plus déconcertantes.

Ces personnages ne voulaient que mon bien être, enfin, il me semblait qu'ils me protégeaient.

Il est vrai qu'une impression trop vite exprimée en serait devenue tellement banale alors que celles qui restaient ainsi coincées, je les enjolivais de petites choses que je piochais ici et là, dans les films qu'il m'arrivait de regarder ou dans mes rêves. Je vous l'ai dit, tout ça prenait du temps. Quand je m'allongeais sur l'herbe, par exemple, et que le vent agitait les branches des arbres alentours, je fermais les yeux et le bruissement des feuilles me rappelait le bruit de la mer, celui des vagues léchant la plage. Je serrais plus fort les paupières et un kaléidoscope scintillant m'offrait les mille reflets argentés des rayons du soleil sur les flots. Je restais de longues minutes ainsi, j'étais bien.

Etrangement, pas une seule fois je ne me souviens avoir formulé l'envie d'aller voir la mer dans toute mon enfance. Mes envies, je ne cherchais pas à les matérialiser, à les réaliser, ni même à les formuler. Je vivais dans l'instant et les journées s'écoulaient.

Il y avait le monde et puis nôtre maison. Il y avait nôtre famille, mon père brutal, et puis tous les autres gens. J'avais la sensation que nous étions différents, de plus en plus d'ailleurs, en grandissant. Je n'aimais pas cette différence. Elle me pesait, me mettait mal à l'aise. J'aurais voulu être comme les autres, comme tout le monde. Je ne savais pas que cette image de "normalité supposée" que me renvoyait "les autres" était juste les éclaboussures de leur bonheur. Je me sentais  triste. Au fûr et à mesure que je grandissais, les remarques qui n'avaient toujours pas franchi mes lèvres n'en étaient pas moins devenues, plus structurées, plus légitimes mais aussi plus rebelles, plus dangeureuses. Les gardiens de mes pensées avaient vieilli en même temps que moi. Parler aurait été plus facile alors, mais n'était-il pas déjà trop tard, à quoi bon?  Il aurait fallu commencer par le début et ça faisait si longtemps que j'accumulais tellement de ressentiments, de peurs, d'humiliations, de déceptions et de colère.

Chaque étape à franchir avait été difficile : Le passage à l'école primaire (où je n'étais plus autorisé à faire la sieste dans un petit lit), le collège (où je m'égarais dans les couloirs), le lycée (où je ne parvenais à m'intégrer à aucun groupe de filles, lesquelles paraissaient tellement épanouies).

Toute cette souffrance, toute cette incompréhension  restait coincée, avec son vocabulaire approximatif, dans les méandres de ma pensée. Elle en tartinait les parois telle une mauvaise confiture de fruits pourris. Que pouvait-elle m'inspirer d'autre que la nausée. Je ne suivais plus en Mathématiques, en Anglais, en Sciences, et alors ! Je sèchais les interrogations, je prétextais des maux imaginaires pour ne plus aller en classe, et alors !

C'est drôle comme on n'interresse personne quand on ne perturbe pas la classe. Il aurait mieux vallu que j'adopte un comportement de déjantée, que j'insulte, que je crie...Au comble de ma malchance, j'étais bien élevée.

Il m'a fallu bien des années pour comprendre que la différence peut être aussi une chance.

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27 avril 2019

Duel (maryline18)

 

...À la pagaille d'une castagne, je préfère les duels. Un autre style, me direz-vous, mais quelle classe ! Le rendez-vous est donné ou alors improvisé, pour les yeux d'une belle, dont la beauté ensorcelle...

...Au désordre d'une castagne, je préfère les duels. Pas de mobilier cassé, mais un jeu de cape et d'épée où seule l'adresse et l'agilité permettent de gagner, de garder la vie et l'amour de la bien aimée.

 ...Aux cris confus d'une castagne, je préfère le souffle qu'Eleanor retient, car bien sûr, son coeur appartient déjà au beau Stewart Granger. Gagnera -t-il son amour ou perdra-t-il la vie? Ce défi me donne l'envie de revoir Scaramouche !

...Aux coups désordonnés que distribuent une castagne, je préfère imaginer le bras, fièrement prolongé par l'épée, qui ira peut-être se loger, dans la poitrine du rival...Atteindre le coeur, celà peut faire très mal, mais n'oublions pas l'élégance, qui pardonne, à mon sens, bien des impostures. 

...Aux lendemains calamiteux d'une castagne, je préfère la personnalité révélée, des protagonistes d'un duel. L'un est éteint (mort), l'autre est brillant (vivant). Le plus gracile, le plus subtile, le plus intelligent, a  pris l'avantage. Il y a, vous vous en doutez, plus d'une façon de mener un duel et d'autres armes que l'épée bien sûr...   

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