13 janvier 2018

L'agression (maryline18)


Le ciel continue de déverser ses seaux d'eau à qui ose mettre le nez dehors en ce lugubre dimanche d'entre deux fêtes ! Il faut pourtant que j'aille prendre l'air(question de survie !) et ainsi me rendre compte de l'intensité des rafales qui font hurler le vent qui emporte tout sur son passage : poubelles oubliées sur les trottoirs, arrosoirs et divers objets négligemment laissés dans les jardins, vieilles chaises en plastiques, ballons de foot déjà délaissés au profit des consoles de jeux vidéo. C'est vraiment un drôle d'hiver ! Bien décidée à braver les éléments, je glisse mon gilet en pure laine vierge (acheté lors de mes vacances en Ardèches), sous mon tricot en fibres cent pour cent polyester. J'enfile mon pantalon imperméable ainsi que la veste à capuche. J'ajuste mon bonnet vert pistache et mes gants noirs. Je chausse mes chaussures de randonnées et je m'éjecte aussitôt dehors avant de tomber, victime de surchauffe prévisible. C'est vraiment pas du temps à mettre un chat dehors ni quiconque d'ailleurs, mais maintenant que j'y suis, j'y reste ! J'inspire un grand coup de cet air vivifiant qui fait le grand tour, semble t-il, dans tout mon être ! je me sens revivre, LIBRE ! (sous la pluie que je fais mine d'ignorer). Quand les automobilistes arrivent à ma hauteur, ils me dévisagent, allez savoir pourquoi... Je sais qu'à cet instant précis je n'ai pas l'air d'avoir toutes mes facultés intellectuelles, mais bon...se promener comme tous le monde, par beau temps, c'est trop banal non ? J'allonge le pas et vais...de ce pas...droit devant, comme un chien errant qui viendrait de s'échapper, habitée d'une méchante envie d'ailleurs ! Ma vieille entorse me fait souffrir mais qu'à cela ne tienne, c'est encore moi qui décide, ou pas, de marcher ! le corps, on lui cède une fois, deux fois, et bientôt c'est lui qui dicte sa loi et nos limites...J'arrive déjà à l'église ( l'horloge n'est toujours pas à l'heure ), je prends à droite et trouve les maisons très moches, les trottoirs sales...Je me concentre sur le souvenir récent du vingt cinq décembre.( Le saumon aurait été meilleur avec du citron, les coeurs de palmiers n'ont pas eu de succés, cette idée aussi de manger des trucs bizarres parce que c'est Noèl !, les pommes de terre n'étaient pas assez rissolées et la viande était trop cuite. Le vin avait un arrière goût de bouchon et la crême dont j'avais fourré la bûche dégoulinait, trop liquide. Enfin tout était délicieux si je me borne à croire mes convives tous faux c...!, ou très bien élevés !). Toutes mes recettes apparemment au point toute l'année, disfonctionnent le jour où tout doit être parfait...Allez comprendre...
Sans m'en rendre compte j'ai abandonné les ruelles tristes, J'ai tourné à gauche à la boulangerie et pris à droite en direction du chemin apprécié des sportifs, celui qui longe la rivière. La pluie a cessé mais le vent balaie avec fougue, les feuilles, le long du chemin. Ma cheville est bien réchauffée, j'accélère mon allure, tout en faisant glisser ma capuche dégoulinante. Le jour décline déjà, le ciel gris souris à viré au gris très sombre en moins d'une demie heure. Alors que je replace mon bonnet sur le haut du front, je perçois un bruissement derrière moi. Je me croyais seule mais qu'importe, je ralentis pour me laisser doubler. Le pas de l'inconnu semble s'adapter à ma propre vitesse. J'ouvre grandes mes oreilles et retiens ma respiration. Sa démarche, en décalage de deux secondes avec la mienne résonne en moi comme un écho inquiétant. Je n'ai informé personne du parcours que j'allais emprunter et en plus, je n'ai pas pris mon téléphone...Je suis soudain mal à l'aise...Je passe à la vitesse supérieure et tente de me calmer alors que mon coeur s'emballe. Je prends une bonne respiration. Une suée froide descend, de ma nuque jusqu'en bas du dos. Je presse le pas encore un peu, consciente de cette réalité de l'instant : je suis seule dans un lieu, certes agréable au printemps mais absolument lugubre à dix-sept heure trente, en décembre, avec en plus quelqu'un qui me suit. J'accélère encore ma marche qui prend des allures de fuite désespérée. Je n'ose pas me retourner pour lui faire face. À sa démarche je l'imagine grand, barraqué, le cheveux épais et très noir, l'oeil hagard. Il tente de me ratrapper, avide de...de...J'ai chaud, j'ai soif, j'ai peur...Mes jambes m'entrainent presque malgrès moi, tel un épouventail sur ressorts, je me vide de toute consistance. Je cours, horrifiée, mon coeur cogne sur mes tempes trempées. J'imagine sa grosse main tenant le couteau qui lui servira à me trancher la gorge..., ou peut-être a-t-il choisi un autre instrument, pour me perforer le cou ( un tire- bouchon, un tourne- vis, un vilebrequin)! Le sang rouge vif jaillira de ma carotide par secousse, propulsé au rytme de mes pulsations. Je regarde le cours d'eau défiler dans l'autre sens, à l'allure rapide où je cours moi même et crois y apercevoir ma tête ensanglantée, encore couverte de moitié par mon bonnet vert. Je ne pourrai pas tenir ce rythme bien longtemps et je me sais perdue. Je pense à ma famille, à cette idée folle de sortir à cette heure avançée sans en avertir personne... Ma cheville me fait de nouveau mal, je suffoque, je tousse, je tombe et me relève comme soulevée par une force divine. Soudain, tel un mirage, une silhouette, au loin, se dessine et vient vers nous ; c'est un joggeur ! je suis sauvée ! je cherche son regard bien avant qu'il soit à ma hauteur. Je lui fais des yeux de démente, qui viendrait de s'échapper de l'asile le plus proche, et, le pouce pointé discrètement vers mon bourreau, je lui mime ces mots, de ma bouche déformée, d'où rien ne sort, à part la peur : _" Il veut me tuer ! il veut me tuer !"
Le jeune homme me dévisage, les yeux exorbités et poursuit son parcours. Mon sang se glace, je blêmis. Il fait presque noir maintenant, je suis perdue cette fois, il incarnait mon seul espoir de rester en vie. Je fais un effort surhumain pour retrouver une respiration qui me permette de poursuivre ma course vers l'inéluctable. Il y a bien une solution pour vivre...encore...Je me souviens des cours de self-défense, quand javais seize ans : Je vais me retourner, et quand il m'assènera le premier coup, je saisirai son bras, ferai un demi tour et utiliserai sa force pour le faire valser par dessus mon épaule. En théorie cela à l'air parfait mais s'il est très grand je n'arriverai à rien... Ah oui, je me souviens... je saisis son bras, je fais un quart de tour sur la droite, je lui déboite l'épaule tout en lui labourant l'omoplate de mon pied gauche...ah non ça ne marchera pas, j'ai trop mal à la cheville... Tant pis, je me rends, j'en peux plus...que ça se termine...Je stoppe ma course, à bout de force, et me retourne, haletante. Personne ! il n'y a personne derrière moi. Dans un état second je tente de marcher, mes jambes trembles, j'ai la nausée. Je reste donc un moment immobile, interdite, puis, dans le silence de la nuit, je me remets en route. Plus un bruit aux alentours, même le vent se tait devant l'absurdité de la scène. Je n'entends plus que le frottement de mon pantalon, à l'intérieur des cuisses , après chacun de mes pas. Ce crissement que j'ai pris pour les pas de quelqu'un d'autre ! Bonjour l'imagination ! Il y a des histoires qu'il vaut mieux ne pas raconter...C'est d'ailleurs ce que j'ai fait, en rentrant, appréciant plus que jamais le doux réconfort de la sécurité retrouvée.

 

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06 janvier 2018

Au fil de l'eau (maryline18)

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30 décembre 2017

La maison. (maryline18)


Du baraquement, j'en ai peu de souvenirs...Ah si, je me souviens qu'on dormait à trois : ma soeur, de quatre ans mon aînée, ainsi que mon grand frère et moi, dans la même chambre. Nous vivions, alors, dans trois pièces exigues.
... il y avait le bain du samedi, que je prenais dans la baignoire en zinc, devant la cuisinière à charbon. Il y avait aussi le porte bassine, sur pieds, ancêtre de l'évier. Je grimpais, haute comme trois pommes, sur un tetit tabouret pour y accéder car je voulais absolument faire la vaisselle ! ( Cette anecdote laissera, bien plus tard, mes filles incrédules...). C'étais le temps où je m'ouvrais à la vie, sans a priori : voir une souris bondir de mon baril de jouets m'amusait autant que de faire chaque jour le long chemin, à pieds, jusqu'à l'école. Après la traversée de la départementale, on longeait une route paisible de campagne. Les bas-côtés, bordés de vastes champs, traçaient notre chemin, lui donnant des allures de randonnée. Peu avant l'école, se trouvait une riche propriété arborée. De grands marronniers éparpillaient, de-ci, de-là, leurs fruits. Au retour, en prenant garde de ne pas nous piquer les doigts avec les bogues, nous nous en remplissions les poches. Nous les prenions à la sauvette, de crainte d'être surpris en flagrant délit. Braver l'interdit supposé de cette "cueillette" nous émoustillait. Mon frère me taquinait souvent, prenant sa revanche, sur les moments riches de frustrations, où il entendait maman lui répéter mainte fois, pour calmer mes caprices :
_"Laisses la faire, elle est petite ; prête lui...elle est petite..."
Il criait alors cette évidence qui ne lui avait pas échappé :
_"Mais elle sera TOUJOURS plus petite !" Tout en rageant, se raclant bruyamment la gorge, impuissant. Parfois il cueillait des orties pour me les coller sur les jambes. Il courait bien plus vite que moi donc je rentrais inévitablement pleine d'irritation, en pleurant.
Je donnais la main à ma soeur. Lui, devant, marquait le pas, nous donnant ainsi la cadence à adopter pour ne pas être en retard. En temps de brouillard, c'était amusant, voir impressionnant d'assister à l'absorption instantanée de tout son être par ce phénomène mystérieux, cotonneux. On l'appelait pour se rassurer. J'avais quand même un peu peur mais je renonçais à en avoir l'honneur ! Je serrais plus fort la main rassurante.
...Vous voyez le peu de souvenirs qu'il me reste de ces années!
...Ah oui, je dois vous parler aussi de la certitude, à cette époque, que ma mère était la seule personne sur terre à pouvoir entrer directement en communication avec le Père Noèl ! Les baraquements, construits, en grande hâte, en bois, pour accueillir les mineurs recrutés en nombres, offraient, eux seuls, sans doute cet avantage. La preuve en fut faite puisque le "charme" fut rompu une fois déménagée...
On venait d'arriver dans la cité de la Faisanderie...On les trouvait jolies, ces maisons de briques rouges, surplombées de cheminées, d'où sortaient en dansant, des volutes de fumée. Les belles bâtisses se scindaient en deux logements identiques. À la tenue du petit espace qui les entourait, on devinait qui avait "la main verte". Certains, tout ornés de troènes taillés avec le plus grand soin, attiraient l'attention par leur beauté, tant leurs massifs de fleurs avaient été disposés avec goût ou originalité. En se promenant, en courant, ou en pédalant, on parcourait les rues entre frères et soeurs. Parfois les plus petits s'affolaient car les plus grands les avaient distancés. C'était le coeur battant plus fort et les yeux humides, qu'ils tournaient alors dans un sens puis dans l'autre, jusqu'à retrouver en pleurnichant toute la troupe.
À chaque coin de rue, un bois miniature formait l'angle. Par temps sec on pouvait y jouer à cache-cache. Une fois je m'étais si bien cachée, menue, derrière un gros chêne, que personne ne m'avait trouvée ; jugeant alors le temps interminable, j'avais foncé jusqu'à la maison, toute contente, en les imaginant me chercher encore et encore...Ils me croyaient perdue. Leur colère fut à la hauteur de leur inquiétude, quand, en rentrant finalement prendre leur goûter, presque résignés, ils me trouvèrent confortablement installée devant un dessin animé. Le casse-croûte se composait presque tout le temps de tartines de beurre et de confiture et d'un verre de limonade (quand il en restait car nous adorions ça, si bien que la livraison du "camion brasseur", ne "faisait pas long feu". L'hiver un chocolat chaud remplaçait cette boisson.
Le froid ne nous empêchait pas de jouer dehors, encore et toujours ! Quand il neigeait, on enfilait nos bottes en caoutchouc, et notre gros manteau pour aller glisser et se lancer des boules de neige ramassées en douce. Les plus petits, moins rapides en prenaient plein la tête ! Ces jours là je rentrais toute mouillée en couinant, répétant que ce n'était pas juste. C'étais le bon plan pour me faire un peu caliner par maman, et je pensais : "tant pis pour eux".
Bientôt une petite soeur agrandit la famille, et quelques années plus tard, ce fut un petit frère qui pointa le bout de son nez.
Quand approchait Noël, papa nous emmenait, mon grand frère, ma grande soeur et moi, en voiture voir"mèmère". J'avais le mal des transports donc j'appréhendais les longues sorties. J'utilisais une technique imparable pour éviter d'avoir la nausée : je faisais tout le voyage les yeux fermés. Au début, toute occupée à imaginer ce que je ne voyais donc plus, je laissais mon corps pencher tantôt à droite,tantôt à gauche, mais très vite, je m'endormais, bercée par la conduite souple de mon père. Quand j'ouvrais les yeux, croyant le voyage terminé, il m' arrivait de voir débarquer, profitant de l'arrêt des voitures au feu rouge, le Père-Noèl, tout sourire, distribuant des sachets de friandises avec en plus une orange et une coquille fondante à souhait. Je ne tardais pas, ravie, à en croquer les extrémités. Mélés aux bonbons colorés, acidulés, se trouvaient des "carambar". Je ne savais pas encore lire mais j'étais curieuse des mots...Je déballais ces espèces de longs caramels et les donnais à ma soeur qui lisait à voix haute les charades qu'ils cachaient. Je me souviens de l'une d'entre elles qui nous avait laissé sans voix, c'était celle-ci :
_"Mon premier vient après le "je"dans les conjugaisons".
_"Mon deuxième est une céréale nourricière cultivée sous un climat chaud et humide".
_"Mon troisième permet de repasser le linge".
_"Mon quatrième est la mélodie d'une chanson".
"Mon tout est un encenseur".
Donnant notre langue au chat, à l'unisson, dans la voiture, ma soeur nous lu la solution : "un thuriféraire".
Même papa ne savait pas qui était celui là ! Pourtant il connaissait des tas de gens !
Le coron où "mémère" restait me semblait triste, il n'y avait pas d'enfants avec qui jouer, sauf quand ses voisines recevaient de la famille. Nous sortions de la voiture, un peu engourdis par le trajet, l'automne avait eu raison des dernières pensées qui égayaient, aux beaux jours, la petite allée de graviers blancs. On avançait, précédés par papa qui, après avoir salué sa mère, nous disait toujours la même chose :
"-Fais un' baiss' à mémère !"
Nous obéissions, déposant, un peu timides, sur la pointe des pieds, un baiser furtif qui ne claquait pas et laissions la place au suivant, sans état d'âme...Elle ne nous enlaçait pas comme nombres de mamies d'aujourd'hui. Ses cheveux gris, tirés en arrière, s'enroulaient dans un chignon bas. Une blouse sans teinte vraiment définie, sombre et lustrée par places, uniformisait sa silhouette longiligne. Je me souviens qu'elle piquait un peu comme papa...Le son de sa voix, je l'ai oublié...Elle s'exprimait avec parcimonie.
La pièce où nous passions la journée lui servait également de chambre. Le papier peint d'un autre temps, l'assombrissait. Dans la demeure, flottait une odeur de renfermé qui imprégnait les vêtements de "mémère", et bientôt nos manteaux, que nous déposions sur l'épaisse courte-pointe qui recouvrait son lit. Les quelques rayons de lumière qui traversaient l'unique fenêtre, se fatiguaient vite mais "mémère" attendait qu'il fasse presque sombre pour allumer la lampe, ce qui donnait un côté lugubre à la salle-à-manger/chambre. Le tic-tac de l'horloge au dessus du lit, qui faisait face au fauteuil en similicuir dans lequel je m'installais toujours, surprenant par ma rapidité mon frère et ma soeur, rythmait les longues heures de ces dimanches.( Les enfants ne participaient pas aux conversations des adultes, dans mon enfance...)Parfois nous sortions quelques minutes nous aérer. J'avais très peur de me perdre et de ne plus retrouver la bonne maison car elles se ressemblaient toutes.
Nous redoutions l'inévitable envie qui nous obligerait à nous rendre au bout de la cour. Les "cabinets" qui ne ressemblaient en rien aux "wc"actuels nous rebutaient. il fallait soulever la planche en arrêtant de respirer un instant, et se résigner à s'assoir au dessus du trou, noir et nauséabond. L'aissant alors couler les eaux usées que nous avions courageusement essayé de retenir, nous levions des yeux plein d'effroi sur les toiles d'arraignées accrochées un peu partout. Toute frissonnante, de peur d'y apercevoir l'arachnide, je me revois encore tortiller mon corps, les pieds dans le vide, afin de toucher le sol, pour fuir ce décor digne d'un film d'horreur ! Le papier journal remplaçait le papier hygiénique !
Pour attendre l'heure du départ, je jouais avec les trous du plaid crocheté qui ornait le fauteuil. Mes doigs grimpaient des montagnes, dévalaient des pentes...L'après midi, la télévision fonctionnait sans réussir à égayer l'atmosphère. Mon père la regardait ainsi que sa mère et curieusement, ni l'un, ni l'autre, ne semblait souffrir de ce manque de dialogue. Souvent je m'endormais, enroulée sur moi même comme un chaton.
. Enfin arrivait l'heure de se séparer, alors mémère prenait dans la grande armoire à gauche du fauteuil, une boite de bouchées et nous l'offrait :
_"Tiens, té partage'ras avec euz zo't !" Disait-elle à l'un d'entre nous.
On remerciait et le rituel de l'arrivée se répétait mais nous faisions, cette fois, claquer les baisers, trop contents que ça se termine...Ce n'est qu'une fois rentrés que nous nous apercevions, éberlués, qu'il ne restaient que la moitié des précieux chocolats dans la boite. Toujours est-il que leur nombre réduit les rendait délicieux.
Au printemps, je jouais aux raquettes avec mon grand frère ou on essayait de fabriquer des cerfs-volants avec tout ce qu'on trouvait. On n' arrivait jamais à les faire s'envoler mais on s'occupait, et on était contents. À la belle saison, j'édifiais des tentes avec des vieux bouts de tissus (rideaux troués ou vieilles couvertures), que j'accrochais aux troènes avec des pinces à linge. La pelouse, attenante à la maison, toujours haute, accueillait dans un confort agréable, nos jeunes corps tout excités de si bien s'amuser. Les filles se disaient princesse Paola ou Sissi. On ordonnait à notre frère de nous courtiser ou de manger ce qu'on lui avait préparé avec les moyens du bord ( fleurs de pissenli et mauvaises herbes). Quand l'heure de tout ranger arrivait, on protestait et c'était tout bougonnant, qu'on obéissait malgré tout..L'odeur suave du lilas triple, de couleur mauve, accompagnait notre enfance, tout comme celle des fleurs de troènes dont nous respirions le fort parfum, une bonne partie de l'été.
(Impossible de m'imaginer à l'époque que ces deux senteurs me ramèneraient infailliblement et systématiquement à mes jeunes années, à chaque fois que je les respirerais, intentionnellement ou par hasard, au cours de ma vie future).
Certains jours, deux fois par an, peut-être, le camion des Houillères déversait notre part de charbon, devant l'allée séparant la maison de la pelouse. Papa, usé de son poste de nuit, au fond de la mine, se reposait à l'étage, des boules de cire dans les oreilles. Il ne fallait pas faire de bruit...Ces jours là, on se sentait alors investis d'une mission importante dans laquelle on y mettait toute l'énergie possible ! Munis de seaux, de grandeurs proportionnelles à nos tailles, tels des "forçats" heureux, nous ramenions les boulets jusqu'au hangar, au fond de la cour. Ce jour là, c'était sûr, on n' s'ennuierait pas ! Quelle chance, se disait-on qu'on nous laisse faire un vrai travail, comme les grandes personnes ! On fonçait hargneusement sur le tas de charbon en poussant sur nos bras, raidissant nos muscles, afin de remplir notre récipient. On se toisait, on courait (au début, seulement), pour prendre de l'avance, pour prouver qu'on était "capable de travailler". Les voisins qui avaient aussi leur "mont" de charbon à rentrer, nous regardaient amusés. Je me souviens combien j'étais fière de mon courage. Bien sûr, la lassitude arrivait bien vite pour les plus jeunes... On finissait la journée éreintés, nos vêtements, couverts de poussière noire. On avait l'assurance d'avoir chaud tout l'hiver mais on n'y pensait pas, c'était naturel dans la cité. Nos camarades de classe étaient presque tous enfants de mineurs.

Alors que les jours rappetissaient, que la fraîcheur du soir s'insinuait sous les plis de ma jupe plissée, j'attendais, avec mes frères et soeurs, que maman vienne nous chercher, exprès. La voisine, dont le jardin se terminait de l'autre côté de la rue par une petite barrière verte, nous faisait la conversation avec 'man et le temps semblait bon...Elle complimentait notre bonne éducation, demandait en quelle classe nous irions à la rentrée...Son mari avait attrappé la silicose. Cette dernière, avait eu raison de lui.
Pour la rentrée , on irait à l'hypermarché pour acheter les manteaux, les bottes pour l'hiver et le tablier obligatoire.Nous faisions nos courses courantes au "CODEC", un peu à l'écart de la cité minière, sur la route départementale conduisant à Carvin. Il y avait de tout : de bonnes patisseries polonnaises au graines de pavot, ainsi que de la mètka, et aussi de la saucisse fumée que ma mère faisait cuire dans la soupe au lard. (Toutes celles que j'ai essayé de préparer par la suite, n'ont jamais eu le mème goût !) Comme nous étions nombreux, maman enmenait toujours un enfant faire les courses avec elle, pour porter les sacs, disait-elle ! Sur le chemin, on ne parlait pas beaucoup. L'aller, était un peu monotone par contre le retour nous réservait parfois une surprise : maman nous achetait un cornet de glace en secret. Il ne fallait pas le dire aux autres, en rentrant à la maison ! Je compris bien plus tard qu'elle agissait pareillement avec mes soeurs et mes frères, mais ce jour là, lêcher cette glace, unique, rien que pour nous...que c'était bon ! Il y avait bien la camionnette, le marchand de glace ambulant qui, nous délivrant sa musique à tout và, sillonnait les rues de la cité au jours les plus chauds, mais peu de personnes achetaient. Pour les grandes familles, cette habitude auraît été trop coûteuse. On ne réclamait rien, quand on entendait la musique, on rentrait manger nos bonnes tartines...
Plus tard, je devais avoir une douzaine d'années, quand maman allait faire les courses, je demandais à rester à la maison. Je pretextais une forte fatigue... Elle n'insistait pas pour m'enmener, mais elle n'était pas dupe...À peine avait-elle tourné les talons que je me mettais en quatre pour tout nettoyer. Je faisais la vaisselle, lavais les sols, époussetais...Le désir de lui faire la surprise d'une maison toute propre, me mettais en joie. Pour nous récompenser, elle nous ramenait des petits pains au lait tout emballés, garnis d'une barre de chocolat, que nous mangions sans attendre.
Avec le temps va, tout s'en va...sauf le(les) goût(s) de l'enfance !

 

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23 décembre 2017

Le chant du pinson (maryline18)

 

Il y avait la vie qui bouillonnait en moi,

Il y avait l'envie, mais bafouée parfois...

 

Telle une frêle embarcation,                      

Perdue, emportée par la houle                 

Très loin, de la contemplation

Des constellations,je déboule.

Je cherche ma respiration,

A travers les rêves qui s'écroulent.

Victime de strangulation,

Je sens les regrets qui s'enroulent,

Sur mon âme en perdition.

 Je m'en vais, marchant dans la foule :

Famille de substitution.

Je suis l'oeuf et elle est la poule.

Je subi sa respiration.

Dans un souffle nouveau, je roule...

Le vent de la résurrection,

Si bon, comme un vieux vin me soûle...

Je m'emplie de satisfactions,

Jusqu'à présent, jugées futiles.

Addicte, sans contre-indication,

Pour soigner mon état fébrile,

J'achète avec satisfaction,

Un tas de trucs et je jubile.

 

J'achète aussi des armoires, pour ranger les fruits,

De mes achats compulsifs, oh la belle vie !

 

Je suscite l'admiration,

Je sais, oh combien puérile !

De mes nouvelles relations,

Qui sont, je vous le donne en mille,

Des victimes, sans prétention,

De cet engrenage subtil,

Hélas de la consommation;

Nous rendant tous déjà séniles,

Nous dictant l'accumulation,

oui ! jusqu'à nous laisser débiles,

Désabusés, sans réaction,

Amorphes, quand il faudrait crier

Pour que cesse la machination.

Le "BEAU" ne peut se fabriquer !

Tout ça n'est qu'hallucination,

Tous,  nous savons la vérité.

Mentir n'est pas la solution.

Oh ! laissez moi encor' rêver !

Vous me croyez sans ambition ?

Mais si seulement vous saviez...

Mon niveau de saturation

Est depuis longtemps dépassé.

 

Je vais dans ce monde, à ma gorge la nausée...

Moi aussi je fais la ronde, pour que vous m'aimiez...

 

Mon instinct de préservation

D'un petit peu d'humanité,

Me conduit sans invitation

Au coeur d'une belle forêt ;

Intacte est ma satisfaction

À chaque fois renouvelée,

Quand tout près, j'entends le pinson

Venant, chantant, me saluer.

Si la perdrix, sans précaution

Se joint à l'homme, d'un peu trop près,

D'un coup, d' une déflagration,

Son audace, lui fait payer.

Le dégoût, l'incompréhension,

Devant autant de cruauté,

Font place à la résignation.

Se ferment mes yeux pour pleurer...

Ici bas la désolation

Est, ce que nous en avons fait,

Et toutes nos explications

Pour peut-être nous justifier,

En guise de purification,

Pour sûr, n'auront aucun effet.

 

Je ne suis pas rappeur,ignore le hip-hop

Je ne sais me révolter,je tombe en syncope...

 

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16 décembre 2017

Une journée d'automne (maryline18) (2)

 

C'est dans un toubillon sans nom,

Que le vent hurle sa colère,

Arrachant les rhododendrons

Et les jetant sur la barrière .

 

C'est dans un tourbillon d'automne,

Que les pétales clairs s'envolent,

À présent dans un nouveau rôle,

Vers un tapis de feuilles jaunes .

 

C'est dans un tourbillon d'humeur,

Que mon écharpe bleue s'enroule,

Ne cachant guère ma douleur,

Je cours et pleure tout mon soûl...

 

C'est dans un tourbillon d'amour,

Que j'ai baissé mon bouclier,

Et pour venir à ton secours...

J'ai attaché mon tablier .

 

C'est dans un tourbillon mon coeur,

Que tu as ruiné mes espoirs,

Regarde un peu ces jolies fleurs,

Elles s'enfuient avec moi ce soir .

 

C'est dans un tourbillon, mon "con",

Que je reprends ma liberté,

Mon "dégagement" a un nom,

Il s'apelle l'égalité !

 

C'est dans un tourbillon d'alcool,

Que tu passeras la soirée,

Oui, j'entends ton corps qui s'affole,

Je n'ai rien fait pour le dîner !

 

C'est dans un tourbillon brumeux,

Que tu découvriras demain,

Vert, sur les chemins sinueux,

Qu'à la banque, tu n'as plus rien !

 

La morale de cette histoire :

Attention aux rhododendrons,

Ne laissez pas leurs pétales choir,

Ou, à clé, fermez la maison !

 

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09 décembre 2017

Il était quinze heures...(maryline18) (1)


Elle aimait la plage et ses embruns comme d'autres aimaient les centres villes et les magasins. Du haut de son balcon, à demi-allongée sur un long fauteuil, un châle mauve, crocheté sur ses épaules frèles, Albertine pouvait rester là des heures immobile, comme happée littéralement par cette vitrine mouvante. Elle fermait les yeux afin de faire corps avec cette nature adorée depuis l'enfance. Elle s'abandonnait totalement jusqu'à se laisser bercer par les vagues. Cent fois elle bondissait, son cœur se soulevait, l'accompagnant jusqu'au trait d'horizon puis elle s'échouait autant de fois sans peur ni regrets, sur le sable tiède. Elle redevenait une toute petite fille en maillot de bain bleu, parsemé d'étoiles de mer rouges. C'était le tout début, le temps des jeux jusqu'à l'épuisement, des belles espérances, des grands défis...Elle courait, courait, ses mollets ronds en devenaient presque douloureux, mais la vague gagnait toujours en rapidité. Ses orteils se recroquevillaient pour échapper aux morsures des coquillages brisés, et, pour ensuite s'enfoncer dans le sable mouvant. Ses oreilles bourdonnaient, remplies du râle de la bête qui, bavant une écume blanchâtre, vomissait des algues gluantes et brunes qui lui arrachaient des cris nerveux. Son petit corps surpris tremblait et tous ses poils se dressaient, son souffle s'étouffait dans sa gorge qui laissait alors s'échapper des cris d'effroi qui faisaient se retourner tous les baigneurs. Des mouettes hurlantes la sortaient parfois de ses rêveries. Elle les suivait quelques intants mais se fatiguait vite de leurs danses trop rapides, alors elle posait son regard sur un point imaginaire au beau milieu des flots. Quand ses jambes le lui permettaient encore, elle descendait se promener à marée basse. Elle écoutait le chant des vagues. Souvent mélancolique, il lui arrivait de livrer à la nature ses préoccupations du moment à voix haute, en marchant...Elle parlait de ses enfants qui étaient toujours en voyage et de ses petits-enfants qui grandissaient si vite. Elle se languissait de les revoir, peut-être viendraient-ils pour Noël, si le temps s'y prête bien sur...ou pour Pâques...

Oh elle ne se plaignait pas, elle s'occupait, elle tricotait des cache-nez pour tous, des bleus, des rouges, ou avec des rayures. Elle finissait les pelotes entamées, il ne fallait pas gaspiller les restes de laine. Tout était prévu, quand ils viendraient elle leur ferait un gâteau avec du bon beurre doux, des oeufs frais du marché, elle demanderait à la voisine de lui en acheter. Il embaumerait la maison, c'est sur. Avec le gâteau ils dégusteraient la bouteille de cidre doux qui attend sur l'étagère de cave entre les boites de ravioli et de sardines. En vieillissant, on mange moins, voila ce qu'elle se disait rien que pour elle, pourquoi cuisiner pour un estomac si vite rassasié.

Ces derniers temps, sa tête lui jouait des tours, elle oubliait de manger, comme dimanche dernier , je suis arrivée pour faire son ménage comme tous les lundis, elle déambulait en chemise de nuit. Elle cherchait partout la graisse à frire pour préparer des frites pour tous ses enfants qui devaient arriver sous peu...Les plats livrés par la ville s'accumulaient dans son réfrigérateur, elle n'y avait presque pas touché. Elle n'avait mangé que des yaourts, avait laissé les pots vides de part et d'autre, et des paquets de biscuits. Chaque lundi je reprenais le train en marche pour ainsi dire et la replaçais sur les rails de sa vie. On arrachait les petites feuilles en trop du calendrier et on parlait des jours, des saisons, du temps et je lui préparais une bonne soupe qu'elle avalait avant que je reparte. On parlait beaucoup, elle voulait tout savoir, mes joies, mes peines, mes amours...Je l'aidais à s'habiller et je coiffais ses longs cheveux gris. Parfois je lui faisais des nattes et on riait à gorge déployée. Elle me racontait sa vie pendant que j'époussetais les cadres posés sur des napperons en dentelle. Son regard s'éclairait et ses joues rosissaient quand elle me racontait les jours heureux, les enfants, les amis, les dimanches. Albertine voulait m'aider à plier les serviettes quand je pliais son linge, à ranger les couverts quand je faisais sa vaisselle. Le temps passait si vite près d'elle, trop vite, on avait le mème âge, celui de vivre, de rire...C'est lundi à quinze heures que je l'ai retrouvée étendue en bas de l'escalier. Des pelotes de laine avaient dévalé, l'accompagnant dans sa chute mortelle.

 

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