15 décembre 2018

Le jargon du matcho, (maryline18)

Le jargon du matcho,

 

-"On se met un beau p'tit film ?"

Traduire : Tu regardes le film que j'ai choisi avec moi ?

-"Qu'est-ce qu'on mange ce soir ?"

Traduire : T'as encore rien préparé ? Jai faim !

(Dans le magasin, tu regardes un pull en promotion)

-"Prends-le si tu veux !"

Traduire : En temps que "mâle dominant", je t'en donne l'autorisation !

 

Le jargon du vendeur,

 

-"J'ai un coquet appartement à vous faire visiter !"

Traduisez : J'aimerais vous fourguer un minuscule deux pièces invendable !

-"Cette robe semble avoir été faite pour vous !"

Traduisez :

Tout rentre ! Formidable !

-"Ce téléphone est très facile d'utilisation"

Traduire : Avec ta tête d'ahuri, je te conseille le modèle le plus basique.

 

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01 décembre 2018

Prenez place dans le Hula oop ! (maryline18)

 

Tourne, roule, joli cerceau,

Rêve, rêve, même s'il le faut !

Hisse, "oh hiss", au là tout là haut,

Dans le ciel, ton rire, le plus beau !

...

De la colline, les années

Glissent et nous font dévaler.

Dans la vallée, l'envie d'aimer,

Chante de cyprès en bosquets.

Tourne l'amour, qui étourdit,

Puis qui nous laisse, tout alangui.

Trainent nos songes endoloris,

Où se débattent nos envies.

...

Tourne, roule, joli cerceau,

Rêve, rêve, même s'il le faut !

Hisse, "oh hiss", oh là tout là haut,

Sur la piste, mon coeur en drapeau !

...

Allez, cours, cours,  petite fleur,

Le hula oop  part de bonne heure !

Il t'emmènera vers la douceur...

Prends ta place, avant que se meurt

Le tourbillon, comme un refrain,

Qui emporte vers leurs destins,

Les oubliés, n'espérant rien...

...Qu'une autre chance, qu'un autre train.

...

Tourne roule joli cerceau,

Rêve, rêve, au dessus des mots !

Hisse, "oh hiss", oh là tout là haut,

Dans mon cou, ton souffle en cadeau.

 

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24 novembre 2018

Escargot ! (maryline18)

 

Il m'a traitée d'escargot ou je rêve !

...C'est vrai que ces jours- ci, j'ai pris un peu de ventre...

Oui, bon, ok, mais j'suis encore loin d' glisser d'sus ! Et si j'avais  des antennes, j' n'aurais aucun mal à m' faire entendre, même quand il fait le sourd d'oreilles...

Remarque que ça vaut sûrement mieux parce qu'il suffirait d'un seul de ses ricanements idiots pour que tout vole en éclats !

"Sors de ta coquille !" Qu'il me dit souvent .

Moi j' rigole, j' me dis (en dedant), il bave et il dit qu'il pleut, cause toujours !

J'le r'garde, mine de rien, en machant ma salade et je glisse avec malice, sur des pistes aux étoiles. Je deviens accrobate, habillée d'un juste au corps pailleté, surmonté d'une jupette en tulle rose,  comme le rose des barbes à papa ! Je saute au dessus du vide...

Le vide est partout. J'le déteste. Il y a le vide de son regard, quand il me regarde... Il y a le vide de la pièce qu'il remplit du son des informations, et puis aussi le vide...le vide de mon coeur, vidé de ses illusions.

-"Passe-moi l'beurre !"Qu'il me lance, croquant dans un radis.

C'est p't'être juste une question de taille ! Le monde est là, tout autour, l'amour est là, mais je ne le vois pas ! Je suis sourde à ce qu'il faudrait entendre, aveugle à ce qu'il faudrait voir ! Tiens je vais reprendre rendez-vous chez l'ophtalmologue !

_"Oh est ! Y'a quelqu'un ?"

Les cris que j'émets sont insinifiants, inaudibles,intérieurs...enterrés avant moi. J'suis p't'être pas au bon endroit...mais où aller ? Qui appeler ? qui m'écoutera ? Non, mais il a raison, au fond, j'suis restée trop longtemps dans ma coquille...

J'suis ringarde, démodée, dépassée !

Mais depuis quand ? Depuis quand je ne suis plus dans le mouvement ? Dans "l'mouv !" comme disaient les jeunes...(d'il y a trente-cinq ans !).

Je sens un petit filet de bave qui me chatouille, là, à gauche du menton. J'ouvre les yeux : Surprise ! J'ai vingt-cinq ans, deux petites filles qui m'adorent...et pas que !

 Les premiers rayons d'un soleil plein de promesses s'immiscent entre les doubles-rideaux. Une belle journée commence.

 Vite, debout ! Il y a le lait à faire chauffer, les tartines à beurrer, et des rires à faire éclater aux quatres coins de l'appartement.

"-J'ai fais un de ces rêves, mon chéri, j'étais dans la peau d'un gastéropode ! C'était trop flippant !"

_"d'un quoi ?"

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17 novembre 2018

"Et ça, j'peux l'prendre ?" (maryline18)

 

Tout en jouant, insouciante,

Tout en rêvant, ignorante,

Tout en ralant, fatigante,

Je réclamais, pas patiente,

Des petits bouts de trois fois rien.

Moi aussi je voulais coudre !

 

Tout en riant, bien décidée,

Je dissimulais, pleine d'idées,

Dans ma jolie boite en carton,

Des chutes d'étoffe, du galon ,

Des petits bouts qui feraient un tout...

...Un tout petit peu d'évasion.

 

Je me souviens, nostalgique, de ces quelques instants magiques. 

 

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29 septembre 2018

Le YOGA, (maryline18)

Définition : ensemble de techniques qui mettent le corps en mouvements, arrêtant ainsi, ceux de l'esprit. (Enfin, voilà ce que j'ai retenu de mes recherches !)

Je vous vois dubitatif,( si si, surtout toi, devant ton café, à moitié réveillé !) ! C'est pour toi que j'ai listé dix bonnes raisons de t'y mettre :

1-Ton "mec" a ronflé toute la nuit, toi t'as pas fermé l'oeil et du coup, t'as les nerfs à vifs...Fais du yoga !

2-L'autre enf...utilsait son téléphone au volant et ta défoncé ta bagnole, détruis la s...euh...non ! Fais du yoga !

3-Ton kinésithérapeute te déglingue la cheville et te dit que c'est pour gagner en amplitude...Déglingue le, toi auss...euh...non, fais du yoga !

4-Ton voisin scie à longeur de journée, pendant toutes ses vacances ( qui retombent en même temps que les tiennes), garde ton calme...Fais du yoga !

5-Ton gamin revend, le lendemain de Noèl, le jeu qui t'a couté un bras et trois jours de recherche. (D'après le vendeur, c'était bien le bon jeu, adapté à son âge et patati, patata...). T'as envie de le priver de sorties à perpétuité, et bien, respire et...Fais du yoga !

6-Ton patron te sucre ta prime parce qu'il ne sait plus pourquoi il l'avait mise en place...(Un moment de faiblesse, sûrement !) Remonte tes manches et ...Fais du yoga !

7-Ta coiffeuse, maquillée comme un carré d'as, te snobe d'un regard condescendant et te dit qu'il n'y a pas de sots métiers et que le tien en vaut bien un autre, saisis le séche-cheuveux et brû...mais non, fais du yoga!

8-C'est l'anniversaire de ton beau père. Tu ouvres ta meilleur bouteille de vin et tu passes trois heures aux fourneaux. Après avoir englouti tout son repas, Il te sort :" J'tiens un d'ces rhumes, j'sens plus l' goût de c' que bois et de c'que j' mange depuis trois jours, bon sang !" De rage, tu le prives de dessert ou..."tu fais du yoga"!

9- Six heures du mat', t'as des frissons...Dans ta voiture, tu montes le son...ton GPS vient d'te lacher et tu n'sais pas où tu dois aller. tu temporises, mais le temps presse, seule dans ta caisse, tu serres les fesses...tu tournes à gauche, c'est route barrée, un coup d'volant, t'es enlisé...Pas d'inquiétude, bonne attitude, tu ouvres les bras, tu fais du yoga !

10-T'es à la caisse, ta carte bleue te "fou la honte", cette demeurée ! Code refusé...Quatre chiffres à taper, c'est quand même pas sorcier !

-"Quoi ! qu'est-ce-qu'elle veut celle là ! La barbie qui te dévisage ! Dis lui que tu as des sous !

2432, le deuxième double le premier, le troisième tient sa place et le quatrième ne porte que du neuf... ah oui ! 2439 ! tu tentes : code erroné, dernier essai. C'est p't'être 4839 ou 3639 ou...ou...la maladie de ce

Alzheimer ! Tu sors du magasin et tu cours chez le médecin où...à ton cours de yoga !

...En résumé : En faisant du yoga, tu gardes ton mec, ton sale gosse, ton kiné, ton voisin, ton beau père. (Pour ta bagnole, ton boulot et ta carte, j'ai rien pu faire ! Désolée ! ...Et pour ta tête non plus.)

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18 août 2018

Les étoiles du bonheur (maryline18)

 

Où partent les étoiles quand l'amour prend les voiles ?

Quand les remords se régalent des coeurs mis à mal ?

Elles perdent leur éclat, se diluent sans fracas

Dans une mer sans joie, sombre et sans émoi.

Les doux yeux des mariés ont cessé de rêver,

La lune a épuisé tout son nectar sucré.

l'extase les a quittés, les laissant naufragés,

Sur une île sans fleur où ils errent, fatigués,

Rassemblent des bûches et se réchauffent en brûlant

Leurs belles âmes d'enfants pour devenir amants.

Sans le parfum des fleurs, à quoi sert l'odorat ?

A humer la sueur de leurs tristes ébats...

Sans la beauté des roses, de l'abeille qui se pose,

Son humeur est morose, fleur à peine éclose...

Le poète s'est enfui, prenant avec lui

Les aurores irisées des matins sublimés ,

Les échos triomphants de leurs deux coeurs battants,

Leurs rires montants au ciel, vibrants et légers.

Lourds comme des oiseaux sans ailes, leurs chants étouffés,

Tournent en rond dans leurs cervelles de moineaux blessés.

Où partent les étoiles des mariés heureux ?

Celles qui brillent, de milles feux dans leurs yeux ?

 

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30 juin 2018

Le tabou, (maryline18)

 

 

Tourne autour du pot et nous fait perdre un temps précieux.

Alimente les incompréhensions et tend la perche aux plus malicieux.

Balaye la discussion sur tous les "vrais" sujets de conversations et nous rend malheureux.

Occulte les problèmes et enterre les solutions dans l'utopie d'un "mieux."

Ulcère nos sociétés et nous fait tourner en rond en ayant l'air joyeux !

...........................................................................................

Le tabou peut aussi devenir un jeu (cousin "du roi du silence").

 

-"Voulez-vous jouer ?"

 

1- Il faut se concentrer, se laisser gagner par le sang froid de l' invincible, avoir l'air détendu,(comme on pourrait l'être dans un monde presque parfait... ou disons plus humain).

2- Ensuite, regarder l'adversaire dans les yeux et prendre un air apaisé, détaché de toutes les inégalités, de toutes les souffrances...

3- Enfin, le premier qui parle a perdu...ou gagné !

J'ai oublié de vous préciser qu'il fallait choisir son camp avant de commencer !

-"Facile non ? À vous de jouer !"

PS : Si vous êtes filmé, n'oubliez pas de sourire ! Bon amusement !

 

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23 juin 2018

Le buisson magique, (maryline18)


La schtroumpfette a grandi...Elle, et ses congénères se sont perdus de vue...Malgrès le temps, l'histoire à marqué les esprits.

Il était une fois un méchant sorcier : "garatgamelle"qui, après avoir invoquer on ne sait plus quel dieu, ( Saint- Joseph ou Saint- Emilion), créa des petites créatures.

Un matin, alors qu'il recomptait fièrement ses personnages : Grand Schtroumpf, Schtroumpf bricoleur, Schtroumpf à lunette, Schtroumpf grognon et Schtroumpf paresseux, quel ne fût pas son étonnement en découvrant une schtroumpfette illégitime !

La colère lui fit perdre la raison. Désormais, le sorcier, ivre de vengeance, face à ce mauvais coup du destin, fit la pluie et le beau temps, au pays des schtroumpfs.

Ces derniers tentèrent de lui échapper en squattant un autre champignon qu'il croyait à l'habandon mais des volatils en képis, les délogèrent sans ménagement( des complices d'Asrael, sans doute, la bonne consience de Garatgamelle !). Pour les consoler et apaiser leurs peurs, Grand Schtroumpf, qui savait faire mille choses, confectionna un habit dans une étoffe qui avait été trempée dans une décoction à base de carmin, puis leur conta l'histoire du chaperon rouge. Le sourire était revenu sur le visage de la Schtroumpfette, batisée " mains de beurre", tant elle était maladroite.

Par un beau matin, alors que "Garatgamelle" avait pris l'apparence d'un père exemplaire, les voilà tous partis explorer la forêt à la recherche d'herbes cicatrisantes pour toutes sortes de blessures,( physiques, morales, immorales, minimisées, ignorées...)

C'est alors que la Schtroumpfette tomba et roula jusqu'à un buisson d'antibrutalium perpétuelle, une herbe si rare et si fragile, qu'elle mit des années à la cueillir. Une infusion de ces feuilles miraculeuses les mis hors du danger que représentait la proximité de "Garatgamelle".
 

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09 juin 2018

Le poète ... (maryline18)


La place aux vieux pavés, prit des allures de fête,
Quand Marcel enrhumé, chanta pour faire la quête.
Les passants amusés, n'en ratèrent pas une miette,
Se r'tournèrent, se cognèrent, échangeants leurs casquettes !
 
Marcel, encouragé, par ce remue- ménage,
Mit les bouchées doubles : "oubliant son viel âge"
Le papier défilait, dans sa boite sans cordage,
Bientôt tout l'monde dansait, des rires sur les visages.

Sa dégaine incroyable, intriguait les danseurs...
Quel était ce poète, semant la bonne humeur ?
Un chapeau, qui barrait son front tout en sueur,
Se tenda, peu après :"m'sieurs, dames, à vôtre bon coeur !"

Marcel repris la route, enmenant avec lui :
Son chapeau, sa déroute, son orgue de barbari,
S'éffaça au lointain, retomba dans l'oubli ,
Amoureux de liberté, ainsi va sa vie...

 

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26 mai 2018

"En route" vers la salva... (maryline18)


L'avion venait de nous déposer en forêt amazonienne. Willy nous avait fait grâce de son plus beau sourire, en nous souhaitant un bon séjour. En pilote aguerri, il avait l'habitude de ces trajets, mais restait sur ses gardes. De retour vers Satipo, il lui faudrait, comme toujours, beaucoup de discrétion pour ne pas avoir à en découdre avec les narco-trafiquants, qui eux, en manquaient cruellement. Débarquées en pleine saison des pluies, après avoir survolé la Cordillère de Vilcabamba, il nous restait encore au moins six heures de marche,  en terrain souvent  escarpé. En proie à tous les dangers de la faune, si riche, de cette salva (forêt) préservée et impénétrable, ou presque...Je suivais Jéromine Pasteur, à la trace. Je posais mes pieds juste après les siens, sensiblement aux mêmes endroits. Dans les sous- bois, mieux valait rester concentrées pour éviter les morsures de serpents. Avec habileé et rapidité, elle fauchait de son outil la végétation dense et m'ouvrait un chemin.

Bientôt, les difficultés se décuplaient, je l'observais. Avec application et par mimétisme, mes mains agrippaient la roche aux mêmes endroits qu'elle. Nous faisions corps avec la montagne qui nous élevait jusqu'à eux...Entrainée depuis plusieurs mois pour préparer ce voyage sportif, à visée humanitaire, j'allais réaliser mon rêve de petite fille : partager le quotidien des Ashanincas. Ma fascination pour ces peuples vivant en parfaite opposition avec le monde des "blancs", c'est-à-dire en privilégiant le groupe à l'individu et respectant la nature nourricière en ne lui prélevant que l'indispensable, m'habitait depuis l'enfance. Nous nous rendions sur le plateau du Tonkare, à 1200 mêtres d'altitude, sur les rives du Cutivireni. La tribu de Shirampari (le chef), nous attendait en compagnie du clan, venu de Parijaro, la deuxième famille de Jéromine, qu'ils nommaient : Chaveta (papillon). Elle les avait préparés à nôtre visite qui était l'occasion de répertorier le nombre d'enfants et d'en vérifier la bonne santé. Dans mon sac à dos, en plus de ma trousse d'urgence contenant l'anti venin, (indispensable, face à une éventuelle morsure de serpent), des feuilles de papier attendaient d'être pliées. Est-ce que je parviendrais à organiser cette pause créative, sans doute saugrenue à leurs yeux et qui porte le non : d'origami ? J'étais prête à relever le défi !

Un radeau confectionné par Birriti, qui viendrait bientôt à nôtre rencontre, nous attendait à l'endroit prévu. Mon guide n'en était pas à sa première immersion en forêt amazonienne. J'en étais l'admiratrice, chanceuse et confiante. Après avoir traversé le torrent, nous avions fait une courte pause. Chaveta avait sorti de son sac une tunique de couleur brune et me l'avait tendue :

"Cushma, mets-la, tu seras mieux acceptée par nos hôtes !

J'enfilai le vêtement et elle, le sien. Depuis la descente de l'avion, nous parlions peu. Jéromine prenait un tout autre visage, empreint de sérénité. D'autres attitudes semblaient s'imposer très naturellement à elle. Les sens en alerte, son regard scrutait l'alentour et elle humait la bise chargée des odeurs qu'elle retrouvait... presque animale. Je ne l'avais jamais trouvée aussi belle que dans sa cushma. Les quelques mots que j'avais appris en ashaninka allaient me servir maintenant qu'elle reprenait son identité choisie, fille adoptive des Ashanincas. Ses pieds nus, enfoncés dans la glaise, les jambes légèrement écartées, elle avait levé la tête, sa main  droite en visière, vers le ciel. Soudain, son visage s'était illuminé d'un large sourire à la vue d'un couple d'aras, sortis bruyamment du faîte d'un arbre, juste devant nous. Ils nous avaient offert leur envol en cadeau de bienvenue !
Jéromine s'imprégnait de toute la force vive de cette nature flamboyante, encore triomphante ici, des hommes et de leur folie. En contrebas, des centaines d'acajous et de cèdres, prisés pour leur bois résistant étaient abattus, sans compter le massacre des hévéas depuis des années, pour produire toujours plus de caoutchouc. L'homme ne s'arrêtera donc jamais... Les indiens qui ont refusé de devenir les esclaves d'exploitants sans vergogne, ont été obligés de s'enfoncer toujours plus loin dans la jungle pour survivre. Leurs premiers ennemis ont pris l'apparence humaines, contrairement à toute logique. Combien de temps résisteront-ils encore face aux pressions qu'ils subissent de la part  de notre société si "moderne"! ?

Tout à coup, je m'étais sentie observée et avais dirigé mon regard vers les fougères géantes qui couvraient la totalité de l'humus qui s'étalait sur le sol, aux alentours. Il était là, nous observant peut-être depuis longtemps, et veillant sur nous, l'oeil noir, le sourire rieur ; Enfin, je faisais sa connaîssance : Barriti.

Jéromine avait joué l'indifférence et avait avancé soudainement à grands pas pour prendre de l'avance. Leur jeu m'avait amusé. J'avais alors deviné la tendresse qui les liait. L'homme avait sifflé entre ses mains et s'était rapproché, rapide comme le jaguar. Il s'était adressé à mon amie :

"Aviro !" (Toi) !

"Narobe," (Je suis là), lui avait-elle répondu, sans arrêter sa marche. Il lui avait barré le chemin pour la forcer à le regarder. Les yeux dans les yeux, les paroles étaient devenues superflues, le bonheur était palpable. Elle s'était détournée vers moi et lui avait dit : "Origami !"

Les villageois qui m'attendaient m'avaient déjà donné ce nom et c'était bien ainsi. J'avais hâte de faire la connaissance des femmes de la tribu : Origa, Ira, Matha, Ivitoria, Tilloray et Shama, la guérisseuse qui utilisait les plantes comme lui avaient appris sa mère et sa grand-mère. Nous avions bourré nos sacs de boites de thon, qu'ils appréciaient beaucoup.

L'arrivée au Tonkare s'était faite sans aucune démonstration d'affection. Ce peuple introverti vit le moment présent et n'accorde pas d'importance au passé ni au futur. Jéromine m'avait présenté et nous avions été conviées très naturellement à partager autour du feu, le repas que les femmes avaient préparé. Installées en tailleur, nous avions dégusté une soupe de poisson dans des écuelles de terre cuite, des grenouilles grillées et du manioc. C'est au troisième passage de la calebasse : récipient, remplie de pearentsi, sorte de bière préparée avec les "masato", des pommes-de-terre croquantes et juteuses, machées et recrachées par les femmes dans le chaudron, (la salive aidant à la fermantation), que je me suis réveillée !  

Vous imaginez ma déception, moi qui rêvais de m'étendre auprès de Chaveta et de partager sa couverture en attendant le levé du soleil, ou de découvrir la lumière rosée du crépuscule en sortant d'une case au toit de palme et à la litière d'écorces douces ou de feuilles...de m'émerveiller devant les sarato tissés, des heures durant, par ces femmes si courageuses au teint cuivré...mais hélas, "hariokara !" (c'est fini !)

Adieu les toucans, les aras, l'odeur des bûches qui brûlent et qui rassemblent ceux qui luttent, mangent, dorment, devant des flammes dansantes au vent léger, tourbillonnantes et montant en nuées jusqu'aux étoiles par milliers.

Adieu les parties de pêche dans le torrent, les baignades, nue, au pied des cascades...Adieu à tous ces plaisirs simples auxquels tu as pris part, auxquels tu as goûté, Jéromine, et que je n'aurais jamais eu le courage d'approcher, d'aller chercher, aussi loin de nôtre civilisation occidentale ! Bravo à toi que rien de prédestinait a cette vie d'aventurière, toi enfant du Jura et surtout merci pour ton livre qui m'a fait rêver et que je viens de découvrir !  

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