10 mars 2018

Billet d'adieu (maryline18)

 

Décidée je reprends le large

Yéti et bonne humeur en poche

Naviguer c'est rester en marge

Asociale je sautille en croche

Symphonie jouée par la foule

Teintée d'amitiés virtuelles

Idéaliste je déboule

Effrontée je me fais la belle...

 

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03 mars 2018

Le monde intermédiaire (maryline18)


La nuit est tombée depuis plus de trois heures quand le carrousel esquisse timidement un premier tour. Encore engourdis par le froid d'octobre, les chevaux restent immobiles, seul le manège tourne. Ils se réveillent peu à peu, condamnés depuis des lustres à passer leurs nuits à la belle étoile. Comme ils aimeraient la chaleur rassurante d'une écurie avec de la paille et une pleine écuelle d'avoine...Après avoir amusé les enfants une partie de la journée, les voilà contraints de suivre le mouvement de la plate-forme ronde qui les entraine, sous peine de chuter. Dans ce cas, le Patron les achèverait, ils le savent. De la fumée blanche s'échappe de leurs naseaux. Leurs paupières s'ouvrent et se referment plusieurs fois avant de s'habituer à l'obscurité et enfin d'y voir plus clair. Ils s'interpellent pour se rassurer et s'encouragent, encore fatigués. La Noiraude fait une oeillade à son amie de galère, Crinière-Blonde :
"-C'est reparti pour un tour, ma poule !"
"-J'aimerais mieux en être une, j'te jure !"
"-Essaye de pondre un oeuf pour le "p'tit dèj" du boss !"
"-Chut ! Il va t'entendre, on va avoir des ennuis !"
Le Maître des lieux a pris place aux commandes du manège. Ses mains osseuses manipulent les manettes. Les cheveaux commencent une série d'envolées forcées. Une musique les accompagne, semblant venir d'un orgue torturé aux notes inquiétantes. Attirés par l'ambiance particulière de cette nuit aux deux lunes, arrivent les premiers clients noctambules. Un peu spéciaux, en guenilles puantes et avec des visages ravagés par les années, ils arrivent en poussant des grognements, se bousculant pour franchir au plus vite, les grilles du cimetière. Cela fait cent ans qu'ils attendaient cette semaine de fête au village. Certains trébuchent, soûls d'être au grand air et d'autres les piétinent, indifférents à leur cris, sans état d'âme...Il n'y aura pas de place pour tout le monde. Tous les coups son permis, croches-pieds, crânes enfoncés à pleine volées de pelles de fossoyeurs, fractures de fémurs et de tibias ou encore, jets d'eau bénite, aux portes de l'église...Les plus robustes ou plus dangereux, encerclent le manège. A la vision de leur bouches édentées et hurlantes, grouillantes de vers, pour certaines, Noiraude frémit et s'oblige à regarder droit devant elle en accomplissant sa tâche, docile comme si elle était faite de bois . L'orgue de l'église, réveillé par le vacarme dispense des blanches pointées, trainantes, entre deux soupirs, en direction des hôtes de la nuit.
Je comprends peu à peu ce qui se joue...Dans la pénombre de ma chambre, les ombres menaçantes de ces créatures d'outre tombes s'agrippent aux doubles rideaux pour une dernière danse. Je me lève et les épie en retenant mon souffle. Il reste une place libre sur le manège. Les regards dans les orbites creuses se tournent vers moi. Je referme le rideau et fais un pas en arrière, frissonnante.
-"Viens ! viens !..."Les créatures affammées m'attendent.
J'observe le manège à la dérobée, je veux gagner du temps, "le temps qu'il reste"... Ses occupants, qui changent d'aspect de tour en tour m'intriguent : J'aperçois une mariée. Elle est si jeune mais semble heureuse, confiante en la vie, en l'amour...Et voilà le marié, il a beaucoup de classe, il paraît heureux lui aussi, amoureux...
Le manège va vite.. Au tour suivant, des enfants ont pris place. Sous les regards inquiets des parents, ils courent sur le manège, ils montent et descendent des chevaux.
Encore un tour...Les mariés ont changé de place...Leurs regards, tristes, ne peuvent plus se croiser...Les enfants ont grandi et ont l'air triste aussi, bien qu'ils esquissent un sourire.
Le manège continue...Il y a des nouveaux occupants près des mariés désunis. Tous ont pourtant les yeux sans joie mais feignent de croire encore au bonheur. Les étoiles ont filé.
Au tour suivant, encore plus d'enfants, tout le monde semble joyeux. Les adultes donnent le change. On chante, on rit. Des taches rouges jonchent pourtant le parquet du manège. Les coeurs meurtris saignent en silence. Une odeur ferreuse s'élève jusqu'aux naseaux des bètes.
La fête continue. Les occupants se partagent l'espace en deux camps, deux niveaux : les jeunes prennent de la hauteur, emportés par leurs idéaux et les autres s'accrochent à leur monture, trops lourds de renoncements pour s'élever.
Ma peur s'est envolée. Je descends. La mariée du début est assise sur le banc et regarde les autres tourner. Je lui prends la main, fais un signe au Maître des lieux et elle se remet en selle pour poursuivre la ronde.
Au tour suivant, les occupants du manège sont redevenus laids, et leurs rires mauvais se font écho. Je suis avec eux. Je leur ressemble à présent. Mon coeur s'est asséché, plus aucune peine ne le trouble. Je ne pouvais pas rester sur le banc. Le monde intermédiaire n'existe pas. On est vivant ou on est mort, ou alors... mort-vivant...

 

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24 février 2018

La déclaration (maryline18)

 

Toute entière investie dans ses gestes chaques jours répétés, Isabelle, nouvelle embauchée, termine la toilette  d'Antoinnette, la première réveillée. Elle a prit sa robe bleue dans la penderie, celle que lui a offerte son mari, quand... elle pouvait encore marcher..explique t-elle.

Ses yeux s'illuminent quand elle parle de lui, fidèle et venant très souvent lui rendre visite, avec un petit présent. Autant d'attention pour lui signifier son amour, assure t-elle... Antoinnette  range tous ces trésors, chocolats, madeleines, petites fiole d'eau de cologne, petits mouchoirs brodés, dans son chevet.

 Certains soirs, Isabelle vient la retrouver. Elle aime son regard malicieux et son sens de la répartie, elle la fait rire...Pendant qu'elle coiffe ses cheveux gaufrés par la natte du matin, une complicité sans nom les relie, volant toutes deux quelques instant au temps...Pour prolonger ces moments, Toinnette (c'est ainsi qu'elle se fait appeler par les aides-soignante) lui raconte la scène de la déclaration que lui avait fait Robert soixante-dix ans plus tôt.

"-C'était dans un petit bistrot, à l'occasion du bal de la ducasse, la seule sortie autorisée en soirée, de l'année. J'y était venue accompagnée de mes deux soeurs, Ginette et Louisette, et de mes trois cousines, bien décidées à faire la fête et à danser.

On s'était bien vite apprêtées, baclant les corvées de lessive et le nettoyage des clapiers et des poulaillers. Les parents nous observaient du coin de l'oeil, amusés, mais un peu inquiets, nous donnant les dernières recommandations de bonne conduite."

"-Comment était votre robe Toinnette, vous vous souvenez ?"

Elle fixe alors, comme à chaque fois, rêveuse, un point imaginaire sur la tapisserie fleurie et raconte...

"-J'avais mis la robe bleue qui me venait de ma soeur Joséphine. J'y avais cousu un galon rouge et volanté dans le bas. J'avais troqué mes galoches pour des escarpins vernis qui me serraient les orteils et que je supportais en grimaçant. Je l'ai repéré tout de suite, Mon Robert, à peine arrivée au bal !"

"-Il était beau ?"

"_Oh oui, il l'était ! Et il avait des mains...de pianiste !

 Après m'avoir invitée à danser, il m'a offert une limonade. Mes cousines et mes soeurs, je les avais semées au beau milieu de la salle ! Assise en face de lui, ses yeux ont rencontré les miens et à cet instant, j'ai su..."

"-Quoi, vous avez su quoi ?

Toinnette fait durer le plaisir et l'émotion reste suspendue à ses lèvres...

"-J'ai su que je l'aimerais...Il avait les mains si douce et les yeux si bleus...Il m'a pris la main et m'a déclamé mon beau poème d'amour !"

"-Allez-y toinnette, dites le moi !"

Savourant mon impatience, elle fait semblant de faire un effort pour se souvenir des mots déjà au bout de sa langue, et alors les joues rosies et les yeux humides elle se lance, sa main frêle dans la mienne :

-"Dans vos yeux délavés,

Je me suis égaré...

Mais où est donc la sortie,

Pour qu'au plus vite, je vous fuie ?"

Toinnette éclate alors d'un rire communicatif et ma collège intriguée rapplique :

"-Ben vous avez bien du plaisir toutes les deux !"

Toinnette lui adresse un clein d'oeil complice et poursuit :

"-Je raconte à la belle Isabelle le coup du poème !"

"-Lequel, le rigolo ou le vrai ,"

"-Les deux !"

Toinnette soupire d'aise de m'avoir bien eue et me tapote la main :

"Toi je t'aime bien, tiens, je vais te l'dire le vrai poème, si beau de ma rencontre avec Robert ! Voila ce qu'il m'a dit, ses yeux dans les miens :

Je vous aime, ô jeune fille !
Aussi lorsque je vous vois
Mon regard de bonheur brille,
Aussi tout mon sang pétille
Lorsque j'entends votre voix "     (Théophile Gautier)

 

Quelques mois  s'écoulèrent avant que Toinnette ferme les yeux pour toujours, un curieux sourire aux lèvres...

Isabelle apprit qu' Antoinnette ne s'était jamais mariée et que Robert, qui était sa seule famille, était son frère...Les friandises cachées dans son chevet provenaient des autres chambres et des charriots préparés pour les goûters.

Avait-elle inventé délibérément cette histoire ou sa mémoire lui offrait-elle un dernier réconfort ?

Personne ne peut affirmer la vérité, mais Isabelle gardera longtemps en mémoire les éclats de rire de la malicieuse Toinette qui aimait la vie et la poésie...

 

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17 février 2018

L'Atrabilaire...(Maryline18)

 

Je me souviens lorsque tu t'apprêtais,

Le coeur gai, les jours non ouvrés...

D'où te venait cette joie, Si vite volée en éclat ?

Je me défends, quelque fois,

Comme si l'on pouvait changer le passé,

De te revoir les poings serrés,

Avec ce besoin en toi de cogner.

D'où te venait cette haine ces tristes soirs ?

Pétrifiés, en nous, s'insinuait le désespoir...

La soirée s'éternisait

Par tous ces verres ajoutés,

Aux injures vociférées : autant de regrets...

Comment a t-elle pu supporter

Les coups, la honte, toutes ces années ?

Entre deux orages , quand les heures s'apaisaient

Juste un peu, nous as-tu aimés ?

 

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10 février 2018

Madagascar (Maryline18)

 

-"Allo, Chantal ? C'est moi ma chérie, ben comment ça qui, Mireille ! Mireille- De- Lacourtepointe !"

-"Ah Mireille, oui bien sur, tu es donc rentrée de vacances ?"

-"Oh oui et je n'en suis pas mécontente ! Il n'aurait pas dû, je le lui ai dit et répété tout notre séjour... ! Surtout à nos âges..."

-"Mais de quoi parles-tu ma chérie, j'entends mal !"

-"Et bien de Charles Henri, figure-toi que nous avions réservé un charmant bungalow à l'hôtel "La Pirogue" à Mahambo..."

-"Ah oui ? tu es donc retournée en Espagne ?"

-"Mais non Mahambo se trouve à Madagascar ma chère, écoute, révise ta géographie, enfin !

Alors je te disais donc que Charles Henri a sympathisé avec un couple dans l'avion et il a échangé notre séjour à l'hôtel contre une formule plus intéressante et plus proche de l'habitant. J'ai du dire adieu aux promenades sur la plage de sable fin qui bordait l'océan, adieu au bungalow avec vue sur le lagon et son massif de corail !"

-"Oh ma pauvre ! vous vous êtes tout de même amusés j'espère ?"

"Ma chérie il faut se méfier des formules "tout compris"! On s'est retrouvés, Charles Henri et moi, toujours en tailleur de chez Cardin, sur l'eau, seuls sur un tronc d'arbre, enfin une pirogue, avec un sac plastique autour du cou contenant de la viande de zébu séchée et de la mélasse de manioc pour le repas du soir!"

-"Ah bon...!"

-"On a fotté toute la nuit sans réussir à regagner la terre ferme ! "Bon bivouac!" nous avaient-ils dit ...! Charles Henri n'avait pas d'appétit, qu'à cela n'tienne, j'ai croqué dans sa viande à pleine dents ! J'ai fait tout mon repas avec les mains, rends-toi compte du dépaysement ma chérie ! ...Tu m'entends ?"

-"Ah bon...!"

-"On a finalement été sauvés par des villageois installés sur le bord du canal de Mozambique. D'une hospitalité ma chère, incroyable, on était aux anges...Ils nous ont donné une pleine écuelle de riz et un alcool local délicieux ! A moitié pompette on s'est endormis entre deux arbres non loin de leur campement...Tu connais Charles, toujours amateur d'explorer les alentours...

Quand on a repris nos esprits, toutes les habitations de bois et de feuilles flambaient, des indigènes presque nus massacraient les pauvres gens affolés et volaient leur bétail...! Tu es toujours là Chantal ?"

-"Ah bon ...!"

"Il n'aurait pas dû...je le lui ai dit à Charles Henri...! Enfin ils ne nous ont pas tués parce qu'on leur a donné tous ce quon avait pour rester en vie, tu penses ! jusqu'à l'appareil photo et ma trousse de maquillage ; Oh il fallait les voir, ils étaient grands et musclés, ils avaient l'air féroces, mais Charles a gardé son calme jusqu'à la fin des négociations, oh pour ça il est fort mon Chacha...Oh toutes ces aventures nous ont rapprochés...Ensuite ils nous ont conduits à dos de zébus jusqu'à Tananarive et on leur a donné tous ce qu'on avait sur le compte, tu penses, on avait pas le choix...T'es toujours là ?

-"..."

-"Allo Chantal ? Allo Chantal ?"

Biiiip...biiiip...biiiip....

-"Ben...elle a racroché ...!?

 

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03 février 2018

Les sucettes, (maryline18)

 

Derrière sa mobilette,

Un cageot de mojettes,

A vendre à la sauvette.

Léon prend sa musette,

Salit sa chemisette,

En vidant sa burette ;

Part boire une p'tite canette,

Servie par  m'Dame Josette,

Qui sent bon la violette,

C'est dans ce bal musette,

Qu'il aperçoit Lucette,

Son imper sur la tête !

Léon à la buvette,

Digérant sa bavette,

Par lui conter fleurette ;

Soulevant sa casquette,

Le vent sous ses mirettes,

Lui fait tourner la tête :

Il la voit en nuisette,

Préparant des omelettes,

Des patates, des paupiettes ;

Lucette croit voir un Yet...

...Un Yeti à lunettes !

Migraineux, il répète :

...

Ah qu'est-ce qu'on est bien le samedi en guingette !

On peut rigoler et surtout faire la fête !

( 2 fois)

...

Lucette prend sa musette,

Tombée sur ses baskets,

En semant des sucettes ;

-"A présent !"dit Lucette,

Ramassant les sucettes :

_"Viens donc faire la fête,

Les discours ça m'embête !"

Il fit ...euh...! Sam en bête

Déguisé pour la fête

Bondit de la courette,

Faisant des pirouettes,

Perdant ses cigarettes !

Léon cherche, ses gaufrettes

Accroupi, salop, péte,

Devant Sam, à l'air bête,

Avec sa salopette,

Remontant ses chaussettes,

Trouées d'puis belle lurette !

Lucette suce, ses sucettes,

Déscendant ses fossettes,

Sans ses dents fait risette !

Condescendant en bête,

Con dansant en claquettes,

Sam fait valser Lucette !

...

Ah qu'est-ce qu'on s'éclate le samedi en guingette !

On peut rigoler et surtout faire les bêtes !

(2 fois)

...

Samedi fuit...en guinguette,

Sam lui dit : " ma bichette !",

En délaissant Yvette...

Avec ses yeux de chouette,

Ses essieux de brouette,

Broutant les kilomètres !

Yvette saisit Lucette,

Ecrase sur sa tête,

Sa tartine de rillette,

Que Josette lui a faite,

N'ayant plus de baguette,

Et sa bague, elle lui jette !

Sam et Léon s' entêtent,

Caméléons sans tête,

Fiers comme des coqs sans crête,

Ils foncent sur Yvette,

En dégage Lucette,

La souris qui halète !

Ils sourient, sôts, -"arrêtes !"

Lancent- t-ils à Yvette,

L'assénant d'une manchette,

La saignante, toute défaite,

Anéantie, de faite,

Le nez en pile d'assiettes !

...

Ah qu'est-ce qu'on se met le samedi en guingette !

On Peut s'aviner et surtout faire la fête !

(2 fois)

...

Aussi blanche qu'une aigrette,

Une asperge, vinaigrette,

Vie encore mais regrette,

D'avoir quitter Amette,

Sa chambre si douillette,

Son coussin en plumettes !

Déplumée la poulette,

Oh ! La pauvre fluette !

-"Où sont donc ses sucettes ?

Allez... Sam, l'amusette,

Vas, chercher la musette,

La bas sur la banquette !"

Il en sort sa... trompette

Fait vibrer sa luette ;

Et embrasse sa Lucette,

Titubante et muette,

Tant émue la minette

Laminée par Yvette !

Attristée la crevette,

Voudrait crever Yvette,

Assise à la buvette,

Sifflant une anisette !

Zozotant un air bête...

En signe de défaite...

...

Ah qu'est-ce qu'on s'éclate le portrait en guinguette,

Ah qu'est-ce qu'on déguste, on en prend plein la tête !

(2 fois).

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27 janvier 2018

Germaine (maryline18)


Dans ce parc à l'Est de la ville, elle y vient souvent. Elle y lit l'été, sous un tilleul, dans de jolies robes de mousseline aux teintes pastelles. Elle y rêve l'automne, se protégeant du vent qui secoue les arbres, de ses chapeaux qu'elle collectionne. Elle en possède treize, de différentes formes et couleurs, dont un d'homme, en feutre noir, bordé d'un galon de velour sur l'arrière... Au grand étonnement du vendeur, elle en fit l'acquisition un jour sans fin, alors qu'elle flânait dans les rues commerçantes, un peu triste...
Gemaine est couturière, elle confectionne des complets pour des messieurs "très bien", comme elle dit souvent à ses amies toutes bien mariées. Réservée, par nature, elle n'attire pas les regards et s'en est accommodé depuis toujours, bien occupée à couper, assembler, surfiler, ourler, vestes et pantalons, avec minutie, dans sa petite chambre de "Bonne", au quatrième étage de cette immeuble cossu des beaux quartiers de Paris.
Les mots doux dans le cou, les tendres éffleurements à la fin des bals, les confidences sucrées échangées à la nuit tombée, à tout cela, Germaine rêve en secret, de plus en plus souvent. Elle adorerait qu'un amoureux empressé défasse maladroitement son chignon tressé, et lui dépose de doux baisers sur sa peau parfumée à la violette.
Ce dimanche matin, le parc est désert. La rosée de ce premier jour de Mai, sublime le parfum des roses et elle ne peut réfréner l'envie d'en cueillir une, au risque de se piquer. Elle ferme un instant les yeux pour mieux humer son odeur suave et reconnaissable parmi toutes les autres. Elle a emmené le chapeau d'homme. Elle le sort de son cabas et y dépose la rose, rose à l'intérieure ainsi que le billet rempli d'espoir qu'elle a écrit d'une main tremblante. Elle le relit une dernière fois : -" Vous qui trouverez ce chapeau, sachez que je l'ai choisi pour vous, tout simplement. Si comme moi, vous rêvez de connaître enfin votre moitié et de la chérir pour toujours, alors je vous attendrai dans ce bar à l'angle de la rue Des Bleuets et de celle des Hortensias. Coiffée de ce chapeau et un brin de muguet à la main, je vous reconnaîtrai. Assise à la troisième table sur la gauche, en entrant. Je vous attendrez en lisant le journal, à 12 heures, toute de bleu vêtue. A bientôt, G..."
Elle dépose le chapeau sur le banc où, à plusieurs reprises, elle y a apperçu un homme lire, mais sa timidité, l' avait empêché, alors de croiser son regard.
L'église sonne les douzes coups quand Germaine, paralysée, dans sa robe rose, et assise à la dernière table au fond à droite, voit s'avancer l'homme au chapeau, un brin de muguet à la main. Elle blémit et puis rougit prête à tomber dans les pommes. Le regard, encadré d'épais sourcils, balaie rapidement les tables et vient se poser sur sa chevelure. La malheureuse fait mine de chercher quelque chose dans son sac-à-main.
_"Bonjour Mademoiselle Germaine, nous avons rendez-vous, il me semble ! Le ROSE vous va à ravir !"
_"Heu...c'est une erreur, je ne voulais pas..."
_"Voila donc le pourquoi de cet achat si intrigant ! Si vous désirez que je garde ce chapeau, je vous en rembourserai la somme exact, je me souviens encore du jour où je vous l'ai vendu !"
_"Oh Monsieur Jean, qu'allez vous penser de moi ? je suis confuse !
Le vendeur de chapeau prend place en face de Germaine et lui prend doucement la main.
-"Germaine, si vous m'autorisez à vous appeler ainsi...sachez que je me languis de vous depuis que je vous ai apperçu au magasin et j'aurais reconnu ce chapeau parmi une centaine, tant j'étais désemparé le jour où j'en ai déduit que vous n'étiez plus seule...Je vous ai suivi de nombreuses fois dans nôtre parc préféré où je lisais parfois en vous attendant..."
Sa voix se veut apaisante, rassurante, caressante...Sa déclaration comble toutes les espérances de Germaine, aux anges...
_"OH Jean... moi aussi je vous aime... mais je n'osais pas croire que mon attirance puisse être réciproque... ...
Le silence c'était fait dans le café depuis l'entrée de Jean. Les habitués du quartier ne le croisaient que très rarement dans ce lieu...Son élégance naturelle imposait le respect et leur curiosité planait sur la table du couple fraîchement formé. Les clients, suspendus aux murmurent des amoureux, changeaient le nuage de fumée et l'odeur de bière omniprésente, en un brouillard s'ouvrant sur une clairière couverte de brins de muguet d'où s'élevaient des chants d'oiseaux multicolores...
_"Wouah ! wouah ! wouah !"
Boby, le caniche recueillit par le patron, dans le quartier de la gare le mois dernier, vient aux nouvelles. Il remue la queue et leur adresse un regard tout de tendresse et de questionnements mélés, qui fait rire tout le monde.
Louis, le chartutier de la rue adjacente, l'oeil rieur, se lève alors et bousculant la table de son ventre proéminent, annonce : " Patron, un verre de xérès pour les amoureux, c'est moi qui régale !"
Des applaudissements spontannés éclatent, les murmures reprennent, un rayon de soleil illumine le visage de Germaine, qui boit par petites gorgés le vin liquoreux, se donnant ainsi une raison avouable d'avoir les joues en feu et les mains tremblantes...Prémices des effets de l'amour que son audace lui offre ce premier Mai 1935.

 

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20 janvier 2018

Boby (maryline18)

 

 

Wouah ! wouah! wouah! Fais boby, sur le quai déserté,

Adopté, gentiment, six mois avant l'été,

Gueulant à tout va, sa peur, à qui peut l'entendre ;

Oubliant les beaux jours, essayant de comprendre,

Nuit après nuit, plein d'espoir pour le prochain train...

 

( Je sais, le début de l'histoire est triste mais maintenant que Boby est né, je lui écrirai une suite à mon petit (futur) protégé, c'est promis !)

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13 janvier 2018

L'agression (maryline18)


Le ciel continue de déverser ses seaux d'eau à qui ose mettre le nez dehors en ce lugubre dimanche d'entre deux fêtes ! Il faut pourtant que j'aille prendre l'air(question de survie !) et ainsi me rendre compte de l'intensité des rafales qui font hurler le vent qui emporte tout sur son passage : poubelles oubliées sur les trottoirs, arrosoirs et divers objets négligemment laissés dans les jardins, vieilles chaises en plastiques, ballons de foot déjà délaissés au profit des consoles de jeux vidéo. C'est vraiment un drôle d'hiver ! Bien décidée à braver les éléments, je glisse mon gilet en pure laine vierge (acheté lors de mes vacances en Ardèches), sous mon tricot en fibres cent pour cent polyester. J'enfile mon pantalon imperméable ainsi que la veste à capuche. J'ajuste mon bonnet vert pistache et mes gants noirs. Je chausse mes chaussures de randonnées et je m'éjecte aussitôt dehors avant de tomber, victime de surchauffe prévisible. C'est vraiment pas du temps à mettre un chat dehors ni quiconque d'ailleurs, mais maintenant que j'y suis, j'y reste ! J'inspire un grand coup de cet air vivifiant qui fait le grand tour, semble t-il, dans tout mon être ! je me sens revivre, LIBRE ! (sous la pluie que je fais mine d'ignorer). Quand les automobilistes arrivent à ma hauteur, ils me dévisagent, allez savoir pourquoi... Je sais qu'à cet instant précis je n'ai pas l'air d'avoir toutes mes facultés intellectuelles, mais bon...se promener comme tous le monde, par beau temps, c'est trop banal non ? J'allonge le pas et vais...de ce pas...droit devant, comme un chien errant qui viendrait de s'échapper, habitée d'une méchante envie d'ailleurs ! Ma vieille entorse me fait souffrir mais qu'à cela ne tienne, c'est encore moi qui décide, ou pas, de marcher ! le corps, on lui cède une fois, deux fois, et bientôt c'est lui qui dicte sa loi et nos limites...J'arrive déjà à l'église ( l'horloge n'est toujours pas à l'heure ), je prends à droite et trouve les maisons très moches, les trottoirs sales...Je me concentre sur le souvenir récent du vingt cinq décembre.( Le saumon aurait été meilleur avec du citron, les coeurs de palmiers n'ont pas eu de succés, cette idée aussi de manger des trucs bizarres parce que c'est Noèl !, les pommes de terre n'étaient pas assez rissolées et la viande était trop cuite. Le vin avait un arrière goût de bouchon et la crême dont j'avais fourré la bûche dégoulinait, trop liquide. Enfin tout était délicieux si je me borne à croire mes convives tous faux c...!, ou très bien élevés !). Toutes mes recettes apparemment au point toute l'année, disfonctionnent le jour où tout doit être parfait...Allez comprendre...
Sans m'en rendre compte j'ai abandonné les ruelles tristes, J'ai tourné à gauche à la boulangerie et pris à droite en direction du chemin apprécié des sportifs, celui qui longe la rivière. La pluie a cessé mais le vent balaie avec fougue, les feuilles, le long du chemin. Ma cheville est bien réchauffée, j'accélère mon allure, tout en faisant glisser ma capuche dégoulinante. Le jour décline déjà, le ciel gris souris à viré au gris très sombre en moins d'une demie heure. Alors que je replace mon bonnet sur le haut du front, je perçois un bruissement derrière moi. Je me croyais seule mais qu'importe, je ralentis pour me laisser doubler. Le pas de l'inconnu semble s'adapter à ma propre vitesse. J'ouvre grandes mes oreilles et retiens ma respiration. Sa démarche, en décalage de deux secondes avec la mienne résonne en moi comme un écho inquiétant. Je n'ai informé personne du parcours que j'allais emprunter et en plus, je n'ai pas pris mon téléphone...Je suis soudain mal à l'aise...Je passe à la vitesse supérieure et tente de me calmer alors que mon coeur s'emballe. Je prends une bonne respiration. Une suée froide descend, de ma nuque jusqu'en bas du dos. Je presse le pas encore un peu, consciente de cette réalité de l'instant : je suis seule dans un lieu, certes agréable au printemps mais absolument lugubre à dix-sept heure trente, en décembre, avec en plus quelqu'un qui me suit. J'accélère encore ma marche qui prend des allures de fuite désespérée. Je n'ose pas me retourner pour lui faire face. À sa démarche je l'imagine grand, barraqué, le cheveux épais et très noir, l'oeil hagard. Il tente de me ratrapper, avide de...de...J'ai chaud, j'ai soif, j'ai peur...Mes jambes m'entrainent presque malgrès moi, tel un épouventail sur ressorts, je me vide de toute consistance. Je cours, horrifiée, mon coeur cogne sur mes tempes trempées. J'imagine sa grosse main tenant le couteau qui lui servira à me trancher la gorge..., ou peut-être a-t-il choisi un autre instrument, pour me perforer le cou ( un tire- bouchon, un tourne- vis, un vilebrequin)! Le sang rouge vif jaillira de ma carotide par secousse, propulsé au rytme de mes pulsations. Je regarde le cours d'eau défiler dans l'autre sens, à l'allure rapide où je cours moi même et crois y apercevoir ma tête ensanglantée, encore couverte de moitié par mon bonnet vert. Je ne pourrai pas tenir ce rythme bien longtemps et je me sais perdue. Je pense à ma famille, à cette idée folle de sortir à cette heure avançée sans en avertir personne... Ma cheville me fait de nouveau mal, je suffoque, je tousse, je tombe et me relève comme soulevée par une force divine. Soudain, tel un mirage, une silhouette, au loin, se dessine et vient vers nous ; c'est un joggeur ! je suis sauvée ! je cherche son regard bien avant qu'il soit à ma hauteur. Je lui fais des yeux de démente, qui viendrait de s'échapper de l'asile le plus proche, et, le pouce pointé discrètement vers mon bourreau, je lui mime ces mots, de ma bouche déformée, d'où rien ne sort, à part la peur : _" Il veut me tuer ! il veut me tuer !"
Le jeune homme me dévisage, les yeux exorbités et poursuit son parcours. Mon sang se glace, je blêmis. Il fait presque noir maintenant, je suis perdue cette fois, il incarnait mon seul espoir de rester en vie. Je fais un effort surhumain pour retrouver une respiration qui me permette de poursuivre ma course vers l'inéluctable. Il y a bien une solution pour vivre...encore...Je me souviens des cours de self-défense, quand javais seize ans : Je vais me retourner, et quand il m'assènera le premier coup, je saisirai son bras, ferai un demi tour et utiliserai sa force pour le faire valser par dessus mon épaule. En théorie cela à l'air parfait mais s'il est très grand je n'arriverai à rien... Ah oui, je me souviens... je saisis son bras, je fais un quart de tour sur la droite, je lui déboite l'épaule tout en lui labourant l'omoplate de mon pied gauche...ah non ça ne marchera pas, j'ai trop mal à la cheville... Tant pis, je me rends, j'en peux plus...que ça se termine...Je stoppe ma course, à bout de force, et me retourne, haletante. Personne ! il n'y a personne derrière moi. Dans un état second je tente de marcher, mes jambes trembles, j'ai la nausée. Je reste donc un moment immobile, interdite, puis, dans le silence de la nuit, je me remets en route. Plus un bruit aux alentours, même le vent se tait devant l'absurdité de la scène. Je n'entends plus que le frottement de mon pantalon, à l'intérieur des cuisses , après chacun de mes pas. Ce crissement que j'ai pris pour les pas de quelqu'un d'autre ! Bonjour l'imagination ! Il y a des histoires qu'il vaut mieux ne pas raconter...C'est d'ailleurs ce que j'ai fait, en rentrant, appréciant plus que jamais le doux réconfort de la sécurité retrouvée.

 

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06 janvier 2018

Au fil de l'eau (maryline18)

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