14 septembre 2019

Le cerf-volant, (maryline18)

 

Des cris me réveillent. Des bruits me font sursauter. Je devine très vite ce qui se passe dans la chambre d'à côté. J'ai peur. Je pourrais aller chercher de l'aide, comme l'autre jour, quand je suis arrivée chez la voisine, affolée, mais ça ne servirait à rien, elle me l'a bien dit : " On ne peut rien faire d'autre qu'attendre... attendre qu'il se calme". Je me cache sous la couverture mais rien n'y fait, sa voix , les cris de maman, les gros mots, j'entends encore tout. Mon coeur cogne fort dans ma poitrine et j'ai froid. Je pleure le nez écrasé dans l'oreiller et puis je respire un grand coup et je me lève. Mes jambes tremblent comme si j'avais bu.

J'ai trop peur pour allumer la lampe alors je marche comme si j'étais aveugle, avec les mains en avant. Voilà la porte de l'amoire. Je l'ouvre. Je cherche des vêtements secs. Maman a raison, je suis une salle fille. Quand elle découvrira mes draps elle sera furieuse et prendra le martinet. J'ai honte. Le soir, avant de m'endormir, je demande au p'tit Jésus de m'aider mais il ne m'entend pas, il ne m'entend jamais... poutant je le supplie de faire quelque chose pour que papa ne soit plus méchant.

Maman est toujours fatiguée et ne range plus le linge. Je ne trouve rien à me mettre. Je déscends l'escalier sur la pointe des pieds. Les doubles rideaux laissent entrer assez de lumière pour y voir clair. Je suis enfin dans le salon. Je fouille dans le tas d'habits jetés sur le canapé. Je prends ce que je trouve : un slip de bain à mon frère et un pyjamma trop grand. Je l'enfile et replie les bords. Je ne veux pas remonter dans mon lit mouillé alors je me recroqueville sur le divan et me couvre avec le linge.

Dehors, les arbres sont secoués par le vent, ça fait du bruit. Leur branches, jouent à cache-cache avec les lampes et jettent des ombres montrueuses dans la pièce. Ici, un tigre, là un montre, plus loin, un loup ! Je ferme très fort les yeux pour les faire disparaître. Je me réchauffe peu à peu et m'endors. Tout-à-coup, j'entends les pleurs d'un bébé. J'ouvre les yeux et m'assieds pour mieux entendre et je l'entends encore . Ni une, ni deux, je me lève d'un bon ! Je ne peux pas laisser un bébé tout seul dehors ! Il a certainement été abandonné, peut-être que sa mère en a eu assez de ses pipis au lit ! J'enfile mon manteau, glisse pieds nus dans mes bottes et tourne doucement la clé dans la serrure de la porte d'entrée.

Il pleut. Je mets ma capuche toute entourée de fourrure et répète tout bas : "Je n'ai pas peur, je n'ai pas peur..." Je serre les poings dans mes poches, très fort, et je marche droit devant. Je saurai le soigner, j'ai l'habitude avec mon baigneur, celui que j'ai eu au Père Noël !  Alors que je pensais le découvrir près du petit bois, deux chats bondissent en miaulant très fort. Il m'ont fait peur ! Je m'enfonce un peu plus  dans le bois. La lune éclaire le sentier. Il ne doit plus être loin, je n'ai tout de même pas rêvé !... Quoique...

Les arbres me saluent comme on salue les rois et les chouettes me serrent la main, alors je serre leurs pattes et ça me fait rire... les hautes herbes plongent au sol et s'étalent en un tapis d'un beau vert foncé, comme le vert de mon manteau, devant mon passage. Il ne pleut plus, les animaux se réveillent. Les oiseaux viennent tout près de moi.

_" Bonjour les oiseaux ! vous avez bien dormi ?"

Les grands arbres aussi se réveillent et déplient leurs branches pour laisser entrer le soleil. 

_" Allons, debout, bande de paresseux !" Je poursuis mon chemin.

Derrière le petit bois, se trouve le champ. Je n'entends plus le bébé pleurer, il s'est peut-être endormi ! Il faut que je le trouve ! Des belettes, en grande conversation, font rouler des ballots de paille et des corneilles me donnent la main pour traverser sans salir mes nouvelles bottes que maman m'a achetées pour la rentrée des classes.

-"Merci Mesdames, bien aimable à vous !"

Le champ sent très mauvais, je me pince le nez. Je relève la tête vers le ciel. Tout là bas, le soleil troue les nuages blancs. J'aime bien regarder les nuages avancer.

_"Ailleeeee ! " quelque chose se cogne sur moi, par derrière. Je me retourne. Oh ! C'est un papillon géant. Comme il est grand !

( Quand même, une pensée me trotte dans la tête : depuis cette nuit, je ne suis plus obsédée par la peur de me perdre et ça c'est plus que bizarre...) Alors que je suis dans les nuages, le papillon s'envole plus haut en laissant un long fil vert traîner sur la vilaine terre .

_"Mais c'est un cerf-volant ! C'est drôle, le vent lui fait faire des bonds et il déplie ses ailes, comme un vrai !

Il est tout sale tout-au-tour mais magnifique à l'intérieur !

Il a dû retomber sur terre plusieurs fois après avoir touché le ciel...

J'ai trop envie de le retenir et de lui enlever toutes ces saletés qui cachent sa vraie couleur... Ensuite, J'enroulerai la ficelle autour de ma main et je courrai si vite qu'il pourra monter tout en haut, s'assoir sur les nuages et même parler aux oiseaux, et puis voler un peu de chaleur au soleil pour me l'apporter...

Emerveillée, j'en oublie de regarder où je mets les pieds et en tentant d'attraper sa ficelle, je tombe à plat ventre dans le lisier. Beurk ! Je suis couverte de cette terre puante du haut en bas ! Mon manteau est foutu ! 

_"Qu'est-ce-que tu fais là, t'es tombé du lit ? " me lance maman, toute décoiffée et l'oeil gauche tout bleu !

-"Hein ? rien m'man, j'étais réveillée, c'est tout !" ( Ouf, c'était un rêve, mais il était quand même beau... )

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : ,


31 août 2019

Dans la famille ... (maryline18)

 

Dans la famille Tapudkeur, la mère Martine, s'en va chez'l docteur pour soigner ses aigreurs.

Dans la salle d'attente elle reconnait Madame Matuvu, Garocou, Putsavon, quejtepic, et Monsieur Jetesoul et keujteurluk. 

Le docteur Garotuil est un As, il appelle tout son p'tit monde par son p'tit nom pour lui faire croire qu'il l'aime bien ! Martine n'est pas dupe...

_ Bonjour Martine, rentre ! Qu'est-ce qui t'arrive ?

_Bonjour Docteur, j'ai des aigreurs, des brûlures d'estomac et comme du mal à digérer ces temps-ci et je dors mal aussi !

_Je vois, je vois...

( Il ne voit rien d'autre que son décolleté puisqu'il y plonge déjà ses yeux de merlan frit...) Il faut bien dire, à sa décharge qu'entre les renouvellements de médicaments et les aspirines à prescrire pour soigner les effets indésirables du verre en trop de la veille ( ou de l'avant veille, ou de l'avant l'avant veille, il s'ennuie un peu le bougre...)

_ Ouvre la bouche et tire la langue !

_ AAAAH !

( Il fait un bond en arrière ! )

_ C'est quoi c'brasier !? Ferme malheureuse !

_Respire ! Souffle ! NON, PAS SUR MOUAAAAA !

_ C'est grave Docteur ?

( Il est rouge écarlate avant même d'avoir posé son stéthoscope sur son soutien-gorge ! )

_ J'y vois rien, c'est en feu ! T'as pas fait les choses à moitié, dis-donc ! J'te prescris de l'eau, de l'eau sous toutes ses formes : en tisanes, excellentes pour le sommeil, tu y ajouteras une cuillère de miel et queques fleurs de tilleul, mais aussi pour immersions et ablutions. Il faut refroidir tout ça ! Tu me feras en parallèle des exercices de respiration au grand air, mais attention aux forêt, j'veux pas d'ennuis si près d'la r'traite hein !

_ Bien docteur !

_ Surtout évite les courants-d'air, gare aux retours de flammes ! Si ça arrive, fais le 18 ! Mais attention, c'est à tes risques et périls, tu comprends...l'uniforme...t'es pas à l'abri d'un pyromane !

_ Fais-moi voir ton carnet !

( Elle lui tend le petit carnet rose tamponné ici et là mais presque illisible avec le temps ).

_Il faudra penser à te faire vacciner quand ça ira mieux, j'aurais juré que tu l'étais, à ton âge !

_ Oh mais moi aussi Docteur !

_ Il vaut toujours mieux prévenir que guérir Martine, il ne faut qu'une petite étincelle pour allumer un grand feu, pas vrai ? ( Un brin de malice s'est glissé dans son regard...)

_ Pour sûr Docteur, mais quand le feu est dans le vieux bois, on ne peut plus l'éteindre...j'espère qu'il n'est pas trop tard pour la vaccination !

Martine paie et se dit qu'une fois de plus, il ne s'est pas mouillé pour établir son diagnostic...et aussi que son ordonnance ne coûtera rien à la Caisse !

_ Au revoir Docteur ! ( Elle serre sa grosse main moite et s'en va ). Elle fonce vers la mer méditerranée ou...vers la mère "Médite tes années".

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,

17 août 2019

Il est passé par ici... (maryline18)

 

Parfois, dans le coeur de nos enfants se cachent des monstres...

Oh, avec vos yeux bienveillants de mamans, vous ne pouvez pas les voir... Il est inutile d'avoir des remords, des culpabilités.

Je me demande pourquoi ce monstre a abîmé son coeur ; j'y avais mis tellement d'amour protecteur...De plus, pour être sûr qu'il ne lui arrive rien, pour le protéger de maux invisibles, imaginaires, le prêtre l'avait baptisé, dans la grande église. Moi, je n'y croyais pas trop au pouvoir de ce p'tit monde au ciel, mais bon, tout le monde dormait sur ses deux oreilles après ça.

Parfois, dans le coeur de nos enfants, se cachent des monstres...

Le monstre n'est pas "lui", mais "en lui", et donc un jour il en ressortira. Si vous saviez comme cette pensée me réconforte.

...Surtout, ne pas penser, ne pas s'arrêter, ne pas repartir en arrière...VIVRE et attendre qu'il remballe son mépris et s'en aille. Ne pas donner d'eau au moulin de sa méchanceté, juste attendre qu'il soit à cours d'arguments et parte.

...Il tente d'étouffer les bons moments passés, c'est normal, il fait son travail de saleté de monstre. Je le déteste. Moi je sais bien tout ce que tu aimais : ton histoire préférée c'était Boucle d'Or, tu adorais mes "moka" avec les crottes de toutes les couleurs au dessus, tu aimais nos balades en vélo, nos après-midi bricolages, nos sorties au parc ou à la piscine.

Plus tard, tu attendais comme moi ces week-end où on se racontait tout, où on rigolait pour rien, comme deux ados...Il y avait les gares, les billets qu'il fallait composter, les vélos qui montaient les marches aussi vite que nous pour arriver sur le bon quai. Et puis on faisait les courses et je t'offrais les plus beaux fruits comme les trophés de ma toute neuve indépendance...

Quand tu étais rentré, le dimanche, souvent je n'avais pas le courage d'attendre seule le train du retour alors je pédalais, pédalais. J'économisais le prix du billet. Où allais-je chercher toute mon énergie ! Pour que tu sois fier de moi, je ne pouvais pas baisser les bras alors je fonçais vers mes quatre murs de liberté tandis que mes larmes coulaient... Un week-end c'était si vite passé ! Je retournais à mes privations pour bientôt revenir te chercher et te voir rire encore !

Quand le monstre s'en ira, je te raconterai et tu m'écouteras...peu-être. Il est passé par ici, il repassera par là !

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags :

10 août 2019

La chapelle (maryline18)

 

Le parcours de ma promenade, toujours matinale, varie peu. Je suis contente d'en avoir décidé l'orientation, la longueur, la durée. De cette retraite en Bretagne, j'en ai rêvée et je profite de chaque instant, tatouant toutes mes impressions de douce évasion au plus profond de mon être, pour m'en rappeler plus tard, quand me viendra à nouveau l'envie oppressante de fuir le monde.

Devant la chapelle, je prends l'allée de gravier blanc. J'aime bien cette sensation de "déjà vu" qui m'accompagne, qui me rassure, au quatrième jour de ces vacances en solitaire. Je suis l'habituée du "GR improvisé", non répertorié, non précisé, sur aucune des cartes de randonnées, et où je ne croise donc absolument personne. Le paradis !

C'est décidé, demain je visiterai la chapelle aux pierres blanches. Pourquoi est-elle aussi éloignée du village ? La brume qui  semble s'y accrocher lui donne un caractère mystérieux et éveille ma curiosité. Elle paraît toutefois bien entretenue. Les vitraux latéraux ne sont que peu visibles du chemin. Je me demande pourquoi remettre la visite à demain mais non, je n'ai pas envie de retourner sur mes pas qui connaîssent, aussi bien que mon esprit vagabond, la randonnée et qui  m'emportent déjà vers la bonne odeur de pins, là bas !

Trois semaines de solitude ou je ne l'entendrai pas me demander " Qu'est-ce qu'on mange ?

Je n'en peu plus d'entendre cette interrogation ! Je crois que je deviens folle...

Et bien oui, il y a des questions qui rendent fou !

Il ne m'en croyait pas "capable" mais je me suis enfuie de ses habitudes collantes, de sa voix omniprésente, du son de la télévision et même du téléphone. Tiens, le téléphone ! Il est resté dans la valise...il peut bien sonner !

Je respire et je me sens...si bien ! Je mange tout ce qu'il n'aime pas sans l'entendre geindre, je me couche à vingt heures si j'en ai l'envie, me lève à trois ou quatre heures si ça me chante, sans devoir m'expliquer, me justifier...J'ai une paix royale !

6h00, je dévale le sentier qui m'amène à la location. J'aime sa décoration démodée, sa bonne odeur d'encaustique. Les propriétaires n'ont pas eu la mauvaise idée de remplacer les meubles rustiques par des étagères en contreplaqué ni de se défaire de tous ses objets hétéroclites pour des bibelots hideux, sans âme, venus de Chine ou d'ailleurs et c'est très bien comme ça.

En rentrant, Je prendrai une douche et m'étendrai devant l'âtre, ( j'avais lu un passage comme celui là dans un livre...) Je regarderai danser les flammes, leur offrirai ma nudité en échange d'un peu de chaleur. Je laisserai sécher chaque centimètre de mon corps en modifiant ma posture, jusqu'à ce que, fatiguées, consumées, les bûches s'endorment sur un lit de cendres tièdes.  

...

Le soleil levant embrase l'azur. J'ai le coeur qui bat. J'ouvre la porte de la chapelle. L'intérieur de l'édifice m'absorbe, m'adopte, moi, l'enfant rejetée, perdue, nomade pour toujours, à la recherche de n'inaccessible amour...Elle me tend ses bancs comme autant de bras et me berce déjà dans sa quiétude apaisante, réconfortante. Je bascule hors du temps. Sur les murs, les visages me regardent, m'accueillent, c'est comme s'ils m'attendaient et je suis là. Je leur souris .

Une fresque de pêcheurs tapisse une partie du l'aile droite. Sur la gauche, un guéridon supportent des cierges. L'un d'eux a été fraîchement allumé. Cela me surprends. Quequ'un m'a précédé. Une odeur que je reconnais flotte dans les alentours. Après quelques secondes, je l'identifie. C'est la même que celle qui impreigne les vêtements accrochés dans le hall de la grande entrée de la location. C'est un parfum d'homme, boisé, subtil, agréable. 

Le locataire du dessus est donc arrivé et sent très bon. Mes vacances ne font que commencer... Je souris d'avoir de telles pensées quand un "Bonjour", me fait sursauter. Je me retourne, l'homme, qu'un coin d'ombre dissimulait, m'apparaît. Son regard cherche le mien. Il savoure ma surprise.

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags :

03 août 2019

Des instants de vie, sur papier glacé. (maryline18)

 

Emprisonner tous nos instants de bonheur, tendre le filet lumineux de l'appareil pour les attirer, les attraper, quand ils déploient leurs ailes, comme autant de papillons qu'on ne laissera plus s'envoler. Les épingler ou les mettre sous verre. Prolonger à l'infini les frissons que nous procurent leur beauté, leurs  couleurs. Capturer toutes leurs vibrantes joies éphémères... 

Le défi est de taille pour les aventuriers des temps modernes, les nostalgiques des moments merveilleux, les adeptes des : " c'était mieux avant ", les collectionneurs des douceurs périmées et des sourires évaporés.  Peu importe le flacon, pourvu qu'on en ait l'ivresse...Enfouies dans une simple boite en fer, elle même rangée au fond d'un placard, ces photos attendent le bon moment pour être savourées à nouveau, comme une bonne liqueur, lentement, seul ou à plusieurs.

Précautionneusement, dans un album dernier modèle, figées, tout comme les émotions multiples qu'elles conservent, posées sur un papier cartonné, on les recouvre avec délicatesse, telles des pépites fragiles, du plastique protecteur. Cette fois, le temps n'aura pas le dernier mot, le bonheur sera préservé. Les photos restent là, émotions mortes, joies empaillées, comme s'il fallait cette matérialisation pour ne pas oublier que ce qui donne tellement de sens à la vie, c'est l'amour qui s'en dégage.

Hélas, il suffit parfois, d'un regard sur ces joies d'hier, oui, d'une seule de ces photos assassines pour vous faire éclater le coeur et pour en faire jaillir des rivières.

Toutes les occasions sont pourtant bonnes pour "faire sortir le p'tit oiseau". De la rencontre de "l'autre", au défilé des saisons et des fêtes, des mariages aux vacances, des naissances aux anniversaires, ces belles photos, si précieuses nous rassurent, donnent plus de sens à l'énergie déployée en toutes circonstances. Elles attestent que nous sommes bien en phase avec une époque où l'image tient une place primordiale.

Et puis un jour, arrive le point de non retour. Ce jour-là, le bonheur sur papier glacé ne vous réchauffe plus le cœur mais dangereusement, vous écorche et vous fait détourner le regard. Alors, vous baissez la garde et les sourires, les yeux pétillants, les joues rosies, tout, vous prenez TOUT en pleine face comme un violent coup. Sonné, c'est le "KO".

Un silence implacablement lucide de fin du monde vous traverse alors. Pour pouvoir réagir Il faudra attendre la tempête salvatrice, celle qui déchire les espoirs et toutes les promesses bruyamment ( celles bêtement signées mais aussi, plus dévastatrices, celles, implicites, dont la quantité augmente au fil des jours, au fil de la confiance qui accompagne l'abandon de soi ). Que faire quand tout est cassé, abimé, saccagé, si non établir le dernier état des lieux et récupérer l'essentiel, le minimum vital, avant de reprendre la route.

Pour soigner l'intérieur, se remplir d'extérieur... en inspirer chaque molécule d'oxygène, jour après jour, panser ses blessures et se laisser griser par cet air léger du renouveau, du nouveau "moi". Accepter ses nouvelles cicatrices comme autant de preuves incontestables que l'on est vivant, toujours vivant ! Mes émotions les plus violentes, mes flashs les plus éclairés restent coincés dans ma réalité intime. Dans cette partie de moi, ils ne jaunissent pas, ne se perdent pas lors d'un déménagement, d'un tri sélectif, d'une liquidation spontannée de la vie...d'avant. Oui, parce qu'il y a tant de vies dans une parfois...

A l'inverse de ces poupées gigognes, de plus en plus petites, j'espérais que mes vies successives seraient de plus en plus grandioses ! J'ignorais que le véritable chemin qui était à faire, l'était au centre de mon être et qu'il était sans fin.

Toutefois, il suffit parfois d'une chambre noire ou juste sombre, pour que se développent les clichés de mon imagination, à l'infini. Je t'imagine dans un tricot et en pantoufle, traînassant un livre à la main... ou encore devant la télévision, l'air faussement intéressé, rêveur...L'autre jour, tu m'as accompagné au bord de la mer ; le panorama était sublimé par ta présence à mes côtés. Tout ce que je partage avec toi est plus beau, plus pétillant, plus troublant... Je voulais encore y rester longtemps, comme toujours, mais tu étais grognon, tu avais raté ton feuilleton...Je t'aime aussi quand tu es grognon.

Tu ne pourrais pas avoir ta place dans un album car tu as un visage interchangeable, une existence malléable, un passé flou et un avenir trop lumineux pour apparaître net à ma réalité objective. Tu es le phare qui éclaire mon intuition, mon rayon d'espoir, la preuve chimérique qu'il existe quelque part, cet "autre" qui me ressemble tellement, qui me comprend sans effort, presque sans parole. Je te réinvente chaque jour avec ma propre sensibilité.

J'ai perdu le goût des photos si ce n'est celles des paysages, ces dernières m'offriront toujours leur beauté et leur réconfort.

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags :


20 juillet 2019

Le baiser. (maryline18)

 

D'un côté, la barrière de l'interdit et de l'autre côté, l'issue de secours, le filet d'air indispensable à ma respiration, la fenêtre ouverte à la vie, à l'envie...Au milieu, mon esprit torturé.

Comme l'adolescent qui cherche des preuves d'amour pour pouvoir affronter la vie, l'ennui, les paris idiots, oui, comme lui j'ai cherché, j'ai cru, j'ai supposé...Comme lui, j'ai élevé mes interprétations erronées au rang de certitudes. Comme lui, j'ai foncé tête baissée pour mieux affronter les difficultés, les déceptions, les désillusions.

Comme à lui me vient l'envie de me rebeller, une fois encore, au pied de la limite à ne pas franchir. Devant celle-ci j'entends les murmures des gens respectables. Ils sont rassurants, forcément, les gens sérieux, ils savent toujours ce qui est bien, ce qui est mal...De toutes leurs bouches, des échos de bonnes conduites, de mises en garde, de reproches programmés se croisent. Je m'étends sur le lit, mes pensées tournent en boucles et me donnent la nausée. C'est sûrement un cauchemar, comme celui que je faisais enfant, quand j'étais fiévreuse.

Je regarde le plafond, les bouches sont là, me dévisagent, j'ai peur. Je cherche ton visage, au milieu de ces yeux rieurs, méchants. Je tends l'oreille mais je n'entends rien d'autre que leurs rires tonitruants. Où es tu ?  toi seul peux combattre les monstres de mon âme torturée, mon amour te rend aussi invincible qu'invisible.

Je suffoque mais comme un animal en captivité, assuré d'avoir tous les jours sa pitance, j' hésite à m'enfuir de ma cage, je respire son air vicié et mon teint blêmit, mes poumons s'atrophient, mon coeur s'affaiblit. Un jour, je me pencherai au dessus du vide de cette baie vitrée et comme toute réponse à l'échec de ma vie, et comme au dessus d'un puits où il n'y a plus rien à puiser, je me laisserai tomber... puisqu'il ne peut en être autrement. Un jour, je ne verrai plus toutes ses bouches et leurs mensonges mais sur tes lèvres, sans bruit, dans une autre dimension, j'irai, mon amour, déposer le plus beau, le plus tendre des baisers...

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : ,

13 juillet 2019

L'odeur de la liberté. (maryline18)

 

À l'orée de la forêt, elle hésita, puis, poussée par sa curiosité, par sa formidable envie de le rencontrer, elle avança dans la pénombre odorante et humide. Etait-ce une légende ou pas, elle était bien décidée à en avoir le coeur net ! Il lui fallait trouver le vieux chêne malade qui abritait en son tronc une famille d'écureuils, puis suivre le chemin tortueux à sa droite. Des brindilles craquaient sous ses pas , des glands lui tombaient sur la tête, des fougères lui chatouillaient les jambes.

Le livre de l'arrière-grand-mère décrivait une clairière enchantée, avec en son centre, un magicien aussi surprenant que généreux. Il suffirait de lui susurrer à l'oreille quelques mots pour qu'il en fasse tout un poème, ou bien de lui souffler une idée, une couleur, pour que naisse toute une histoire. Bientôt il lui raconterait les plus beaux contes débordants de princesses, de fées, de chevaliers et de sorcières. Cette idée l'enchantait et lui donnait tous les courages.

Ses pas ralentissaient bien malgré elle. Le soleil semblait l'avoir abandonnée, en même temps que ses forces... Seuls quelques oiseaux l'encourageaient à persévérer. Elle décida alors d'une petite pause et s'endormit  sur un coin de mousse, plus moelleux que le meilleur des matelas, ne pouvant résister à une douce torpeur. Elle aperçut très vite, l'homme aux mille histoires. Elle s'approcha de lui, il paraissait l'avoir attendue depuis si longtemps. Son corps était couvert de feuilles et son visage avait les traits tirés. Il lui sembla si triste qu'elle voulut d'emblée être son amie.

Elle s'approcha et lui murmura quelques mots bien choisis. Il était question de vallées, de sources, et de voyages. Alors le visage du magicien s'éclaira et toute une féerie coula de sa bouche. Volant comme un oiseau, elle se posa dans une vallée recouverte de fleurs de toute beauté, elle se baigna dans une rivière d'eau douce et but à la source magique, celle qui exauce presque tous les rêves. Il l'emmena faire un voyage merveilleux. Elle devenait l'héroïne de toutes ses histoires. Quand elle ouvrit les yeux, il avait disparu, lui laissant en souvenir une grande plume, aussi douce que le duvet d'un oisillon. Elle la sentit et apprit l'odeur suave de la liberté. Entre rêve et réalité, entre éveil et somnolence, elle rentra le pas léger. Il lui suffirait, à présent, de caresser sa plume magique et de fermer les yeux pour basculer dans l'autre monde...  

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : ,

06 juillet 2019

Un slogan pour nous, les FEMMES...! (maryline18)

 

N'ayons pas peur de déranger, de sortir du simple rôle d'animal de foire, dans lequel, certains hommes voudraient, dans une utopie bien masculine, nous embrigader d'office !

Le dos voûté, fatigué, abîmé par le ménage, par les enfants à porter, quand ils ne voulaient plus marcher au retour de la promenade... Femmes je vous aime !

La démarche usée, traînante ; les jambes marbrées de varices, qu'il faudra faire scléroser, cadeaux empoisonnés arrivés avec les enfants... Femmes je vous aime !

Les traits tirés par le manque de sommeil, par le temps passé au chevet des têtes fiévreuses, par les maladies à soigner, les petits nez à moucher, les biberons à donner, les couches à changer... La tête embrumée par les soucis d'organisation de toute la maisonnée, qui nous étaient, sont et nous seront souvent délégués...Femmes je vous aime !

...Rentrons leur dans le lard, sans ménagement, déversons nos sacs d'emmerdes, fières et belles comme des Divas, sur leurs têtes de voyeurs, moqueurs ! Ils marchent à côté de leurs pompes, dans un monde qu'ils croient leur appartenir parce que leur intellect ne leur permet pas d'accepter notre supériorité !

 ...FEMME JE VOUS AIME !

Refusons le diktat de leurs pensées qui nous rabaissent, nous salissent ! Approprions-nous la condition de femme que nous méritons plus que jamais. Alors que certaines batailles ont été gagnées par la force qui nous honore chaque jour, ( à la minute j'ai une pensée pour Simone Veil) , la guerre contre les goujats reste à faire !

Nous ne serons jamais de simples objets de décoration, de contemplation. De nos charmes, nous savons en jouer mais, au jeu de la séduction, nous en instaurerons toujours les règles, ne leur en déplaise !

...FEMME JE VOUS AIME !

Les goujats détiennent la palme suprême de la connerie. La vulgarité ne se trouve pas dans notre décolleté trop échancré, ni sur les centimètres manquants à nôtre jupe d'été. Elle ne se trouve pas non plus dans notre démarche serrée dans un jean en stretch, non..., elle se trouve dans leurs propres délires, dans tous leurs fantasmes lubriques qu'ils entretiennent et qui occupent tous leurs temps morts... Leur incapacité à séduire, de par leur ignorance de ce qui fait notre complexité et notre richesse, mais aussi, de par leurs certitudes fausses, désuètes et stériles, les rendent laids et méchants.

...FEMME JE VOUS AIME !

N'acceptons pas d'être répertoriées, classées, comme de simples animaux, en nombre suffisant ! Déclarons la chasse ouverte ! Le gibier foisonne ! Chasseresse de notre destin, exterminons les goujats de tous les territoires ! A nos parfums enjôleurs se mêleront la sueur de notre détermination sans faille. Pour être respectées, nous combattrons !

Femmes de tous milieux, de toutes conditions, de toutes morphologies ; femmes en devenir, femmes avec enfants, sans enfant, femmes élégantes ou pas, séductrices jusqu'au bout des ongles, ou pas, femmes fragilisées, malades ou en bonne santé, jeunes, mûres, comme un beau fruit ou vieillissantes, à chaque pas nouveau vers un bonheur où plane l'ombre d'un goujat, je vous soutiendrai, parce que, femmes de tous bords, de toutes nationalités, je vous aime !

-"Morbleu ! Balance ton goujat !"  Tel sera notre slogan de ralliement !

 

-"Suivez-moi !... A plat les goujats ! sur l'cul les malotrus !...Hein, quoi ? j'suis toute seule ? Oui... c'est bon, râle pas, j' rentre préparer le repas... !"

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
Tags : ,

29 juin 2019

La fête au village (maryline18)

 

-" Tu danses ?"

Tu étais beau dans ton habit de fête, l'invitation était plaisante. L'orchestre attaquait par une valse lente, comme intimidé par nos pas hésitants. Tu voulais te distraire et moi je savais valser, l'occasion rêvée pour improviser... Tu m'as enlacée, bien décidé à mener la danse, mais te souvenais-tu des pas à compter ? " Un, deux, trois ; Un, deux, trois..." Je comptais tout bas. Je fermais les yeux sur tes mauvais pas.

Dans tes bras, la place du village semblait si belle, les lampadaires, tels des projecteurs, sublimaient notre aisance. J'étais en confiance et toi, tu souriais. " Un, deux, trois..." Ma jupe évasée tournait et je riais ; qui emportait l'autre dans ce tourbillon de bonheur partagé ? Il me semblait qu'on aurait pû tout danser : tango, lambada..., jusqu'à ce que tu regardes, hélas, ta montre !

D'un simple claquement de doigts, tu arrêtas la musique et s'éteignirent les lumières incandescentes de la " fête au village". Même les étoiles disparurent à cet instant précis. Les danseurs, tout autour de nous, se séparèrent, presque génés de s'être laissés emporter par cette musique entraînante. Il se faisait tard, bien trop tard...

L'heure n'était plus à la frivolité, il fallait rentrer. Retrouver ses habitudes rassurantes. Chacun rangeait ses éblouissements, ses pas de côté, ses rêves. Sans protestation, aucune, la nuit prit son poste et la lune, son tour de garde. Tout était en ordre.

Le jour se leva et m'offrit sa beauté triste. Les coquelicots étaient toujours aussi rouges, le ciel aussi bleu, les nuages aussi blancs. Privée de sommeil, je comptais encore : " Un, deux, trois ; Un, deux, trois..." Je saisis un abricot dans la coupe à fruits et le mangeai. Il n'avait aucun goût. Je m'entendis demander tout haut : " Mais quand les abricots retrouveront-ils leur goût ?"

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
Tags : ,

22 juin 2019

Une si belle journée ! (maryline18)

 

Calée sur le siège de ma voiture refuge, j'appuie un peu plus sur l'accélérateur.

La radio passe une chanson nostalgique de Maurane, j'augmente le son et ses regrets s'insinuent jusque dans mes entrailles, à me faire mal. Il faut souffrir pour tuer, peu à peu, la douleur cachée. La journée est si belle, est-il inconvenant d'être triste alors qu' il fait si beau ?

Je manque d'air, j'étouffe. J'ouvre ma vitre. Un courant d'air fou s'engouffre et me gifle la face sans ménagement. J'accuse le coup et monte le son encore un peu plus. La départementale se déroule devant moi comme un jeu de piste à travers la campagne vallonnée. J'accélère encore, la vitesse me grise. Mes mains serrent un peu plus le volant.

Il suffirait d'un écart, d'une seconde d'inattention, d'une maladresse pour en finir avec cette tristesse...On incriminerait une fois encore l'imprudence et tout rentrerait dans l'ordre, dans les statistiques. Je leur offrirais ma mort en kit. Il ne leur resterait qu'à rassembler les morceaux, qu'à reconstruire la chronologie d'un accident banal. Tous ces étrangers à mon chagrin, continueraient leur chemin, accusant au passage la fatalité ou bien mon inconscience.

La journée est si belle, serait-il inconvenant de mourir alors   qu'il fait si beau ? Je croise des femmes, des hommes, des familles, des couples...Leurs visages passent trop vite pour pouvoir y lire quelqu' humeur. Sont-ils heureux, malheureux, confiants, inquiets, résignés, amoureux ? La belle voix de Maurane, comme venue de là haut, berce mon coeur et je chante avec elle son amour perdu.

J'avale les kilomètres, je rejoins les nuages qui m'attendent au sommet de chaque côte. Je plane et les platanes accompagnent mes descentes, de plus en plus rapides, de plus en plus risquées. J'aimerais ne plus m'arrêter, rouler, rouler, jusqu'à expulser ma peine.

"TOI, a...ahhhh...,TU ES MON AUTRE, la force de ma foi, ma faiblesse et ma loi.." Je crie ma folie, mon amour, mon désespoir, investie de l'envie d'en finir...Seule Maurane me comprend et m'accompagne à cet instant. Je négocie de plus en plus mal les virages qui semblent me défier mais je suis lancée, déterminée...Je n'ai plus peur de rien, pourvu que ce soit ma destinée.

Elle chante encore avec moi : "ça casse comme un verre en cristal contre le métal, issue fatale, éclat d'étoiles "! Pourquoi es-tu partie Maurane, toi si belle, si vivante dans ton besoin d'aimer et d'être aimée, pourquoi ? ta voix chaude comme une larme qui ne ment pas, se répand et comble le vide, l'espace inutile de ma vie.

Fait-il trop beau pour pleurer, c'est une si belle journée ? Mes larmes dévalent la pente abrupte de mes joues...je laisse couler l'amertume de mes espoirs déçus, de mes joies étouffées de mes projets avortés.

-"J'arrive Maurane...!"

C'est le virage de trop, le plus beau, le dernier peut-être...la voiture qui me fait face ne peut se rabattre. Un tracteur l'en empêche, bien malgré lui. Pourquoi entreprendre ce dépassement sur cette route sinueuse avec une bagnole qui n'a rien sous le capot ? C'est donc la fin ? Il faisait si beau ! Je lui balance une salve d'injures et appuie de toute mes force sur le frein. Me voilà dans le fossé, coincée entre l'airbag et le volant.

Est-ce Maurane qui a braqué ou moi, je ne m'en souviens pas...J'aurai du retard, mais elle m'attendra.

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
Tags : ,