22 novembre 2008

BIZARRE ! VOUS AVEZ DIT BIZARRE ! (Martine27)


Madame Suzanne est bien embêtée.

Il y a un paquet sur son paillasson.

Or, elle n'a rien commandé et en plus le facteur ne monte jamais dans les étages.

En plus, il est bizarre ce paquet, il y a simplement l'adresse de l'immeuble et Madame S en destinataire.

Bon, à bien se creuser la tête, il n'y a qu'elle avec cette initiale ici.

Un cadeau surprise peut-être.

Elle le prend sous le bras et rentre chez elle.

Curieuse, elle commence par l'examiner sous toutes les coutures, mais rien, aucun indice ne vient l'éclairer sur l'expéditeur ou sur le contenu.

Alors, elle fait ce que tout le monde fait.

Elle le secoue.

"Aïe" braille le paquet

De saisissement Madame Suzanne laisse tomber le colis.

"Ouille, ouille, ouille" laisse échapper le sus-dit "pourriez pas faire attention, je suis fragile quand même".

"Vous êtes un pa pa qui pa pa" bredouille Madame Suzanne fixant avec horreur le paquet à ses pieds.

"Un quoi qui quoi" lui renvoie son nouveau compagnon.

"Un paquet qui parle"

"Ben oui, pouviez-pas le dire clairement la première fois" bougonne le paquet (si vous le voulez bien pour la suite du récit, histoire de ne pas me creuser la tête à trouver des synonymes au mot paquet, nous l'appellerons maintenant Paquet, avec un grand P)

"Mais, faut me comprendre c'est la première fois qu'un colis me parle !" s'indigne Madame Suzanne.

"Chez moi, les paquets parlent, les humains se taisent, voyez on est à égalité"

"A égalité ? Mais les paquets ne parlent pas !"

"Si, ils parlent la preuve"

"Non, ils ne parlent pas !"

"Si, ils parlent !"

"Non, ils ne parlent pas"

"Stop" braille Paquet toujours vautré par terre "on ne va pas continuer comme ça jusqu'à la fin du rouleau de papier kraft"

"La fin du rouleau de papier kraft ?"

"Ben oui, quoi jusqu'à la Saint Glin-Glin, si vous préférez"

"La Saint Glin-Glin"

"Et ho, vous avez fini de répéter ce que je dis, c'est lassant à la fin"

"Excusez-moi, mais c'est la première fois que…"

"Je sais" l'interrompt Paquet "c'est la première fois que vous parlez à un paquet parlant, j'ai compris l'idée, c'est bon, arrêtez de radoter".

"Désolée, mais c'est drôlement perturbant de parler à … Euh, bref, vous faites quoi ici au juste ?"

"J'étudie" répond doctement Paquet.

"Vous étudiez quoi, si ce n'est pas indiscret"

"Les hommes et leurs coutumes bien sûr"

"Et vous êtes sûrs que de leur flanquer la frousse ça va aider pour votre étude, et vous venez d'où et vous en venez comment d'ailleurs"

"Oh, oh, ça fait beaucoup de questions tout ça. Je viens d'une dimension parallèle. Comment ? Pas la peine de vous le dire, je sens bien que vous n'y comprendriez rien. Et pourquoi ? Pour voir si votre monde traite bien les paquets. Mais manifestement par ici, vos colis ont la tête vide, pas de coopération possible entre eux et non, dommage"

Pendant toute la péroraison de Paquet, Madame Suzanne n'a pas arrêté de le regarder d'un regard suspicieux.

Brusquement, elle le ramasse et se dirige vers la sortie.

"Eh vous allez où là ?"

"Ca ne vous regarde pas !"

"Ah, non je vous vois venir vous voulez me balancer à la poubelle, pas question. De toutes façons même si vous le faites je reviendrai, alors pas la peine de vous fatiguer".

Madame Suzanne s'arrête et pose Paquet sur la table de la cuisine.

"Vous bricolez quoi là ?" interroge Paquet un rien inquiet.

"C'est une blague, ça y est j'ai compris. En réalité, il y a un talkie walkie planqué là dedans et à l'autre bout des gosses qui se fichent de ma pomme ! C'est ça, hein sales mômes !" Madame Suzanne est hors d'elle ! Elle attrape de grands ciseaux et se dirige d'un pas menaçant vers Paquet.

"Non, non, je vous assure je viens bien d'une autre dimension, ne faites pas ça vous vous en mordriez les doigts"

"M'en fiche, faut pas me prendre pour une pomme"

Et vlan, de grands coups de ciseaux dans le ruban adhésif et dans le papier.

Et, ET

PAF, ZOU, BANG.

"Ah, voilà c'est malin ! Je vous avais dit de ne pas le faire" maugrée Paquet

"On est où là ?" demande Madame Suzanne d'une toute petite voix "Je ne vois rien"

"Où on est, entre nos deux mondes, voilà où on est grâce à vous, et ça va pas être coton de rentrer à la maison, je vous le dis moi ! Vous n'avez rien de trop urgent à faire j'espère ! Parce que là, on va devoir attendre que le Grand Facteur s'occupe de nous et pour savoir où on se situe sur sa tournée c'est une autre paire de manches"

"Et on fait quoi en attendant ?" s'inquiète Madame Suzanne.

"Et si on faisait vraiment connaissance ?" propose Paquet d'une voix guillerette.

"Oh non" gémit Madame Suzanne "coincée je ne sais où, pour je ne sais combien de temps, avec un paquet bizarre et bavard, pauvre de moi !"

"Bon, je commence. Alors voilà je suis né ….

 

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15 novembre 2008

Danse (Martine27)

La petite personne surveille le jardin, elle a été désignée comme sentinelle pour cette lunaison.

Alors elle scrute bien l'espace autour d'elle, il ne faudrait pas que ses frères et sœurs se fassent surprendre en plein travail. Par des enfants ou des animaux ce ne serait pas trop grave, mais si c'était un des grands il pourrait les prendre pour des nuisibles et leur faire du mal.

Il va être temps, le soleil commence doucement à poindre à l'horizon.

Tout est calme.

La petite personne roucoule une invitation.

Aussitôt surgissent de partout lutines et lutins qui courent avec elle vers le centre du jardin.

Ils se prennent par la main et se lancent dans une ronde bondissante.

De leurs gorges montent un chant très doux qui mêle chagrin de voir la nuit disparaître et bonheur de voir le soleil se lever.

Ce chant monte dans l'air.

Chagrin et bonheur se mêlent, deviennent larmes.

Et ces larmes tournoyant dans l'espace viennent doucement se poser sur le jardin lui offrant une couverture chatoyante de rosée.

Les petits êtres continuent encore un peu leur ronde, faisant jaillir la rosée sous leurs petits pieds, s'en aspergeant en riant.

Bientôt il est temps de repartir pour mener à bien d'autres tâches.

Comme de petits filaments de lumières les voilà qui filent tous vers la forêt.

La petite sentinelle reste encore un moment en arrière pour admirer leur travail.

Remarquant du coin de l'œil un mouvement à l'une des fenêtres de la petite maison, elle lève la tête et aperçoit une fillette dont le visage rayonne du plaisir d'admirer son jardin transformé en arc-en-ciel.

La petite lutine l'a déjà vue cette enfant et elle lui plait bien.

Cachée derrière quelques herbes elle l'observe un moment, s'émerveille de son sourire de joie, et doucement trois dernières petites gouttes de rosée s'échappent des ses yeux pour venir illuminer un autre petit brin d'herbe.

Ce nouveau scintillement attire le regard de l'enfant qui se met à rire de ravissement et sans trop savoir pourquoi lance un baiser dans les airs vers ce miroitement.

Une petite lutine s'en saisit, le niche sur son cœur, et s'en va d'un pas dansant rejoindre ses frères et sœurs.

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08 novembre 2008

RECETTE DE GATEAU AU CHOCOLAT VITE FAIT (Martine27)

Faire visiter ma cuisine ?


Ben, même si elle est relativement grande on en a vite fait le tour quand même, je vais plutôt vous proposer une recette de cuisine.

En fait, un des rares que je sache faire sans consulter la recette toutes les 30 secondes.


Vous prenez dans la "machine à glagla" du beurre et des œufs, en principe c'est bien là que vous les rangez non ?


Ensuite dans le placard vous sortez, sans vous faire tomber un tas de trucs sur la figure, de la farine, du sucre, de la levure et du bon chocolat à cuire et c'est tout !


Bien entrons dans le vif du sujet.


Toujours du placard vous extrayez deux "verduriers" et un "c'est juste ce qu'il faut mettre".


En dessous dans le tiroir vous prenez une "quatre dents" voire un "tourbillon" si vous voulez travaillez à l'ancienne, si vous êtes un adepte du mécanique vous extrayez de sous l'évier (je sais, mes rangements sont bizarres) le "chat à neuf queues" électrique. Vous vous munissez également d'un "tranchant" pour couper le beurre, d'un "racle à fond" pour ne pas perdre une miette de votre préparation.


Bon, dans un des verduriers (le plus grand) vous mélangez avec énergie 2 œufs et 125 grammes de sucre, vous ajoutez 75 grammes de farine et ½ sachet de levure, et vous mélangez encore, allez un peu de nerfs, ça doit vous faire mal dans le biceps, sauf si vous avez opté pour le chat à neuf queues, mais là ça gicle dans tous les coins.


Avant de reprendre votre travail de musculation vous mettez dans le "Bernard Werber" le deuxième verdurier dans lequel vous avez cassé 125 grammes (pour tout dire moi j'en mets à l'aise 150) de chocolat à cuire avec un peu d'eau (j'ai oublié une fois, le chocolat n'a pas apprécié) et zou 2 minutes à fond les manettes.


Quand Bernard bip, vous ajoutez à votre beurre préalablement coupé en petits morceaux avec votre tranchant, ça uniquement si vous n'avez pas un de ces merveilleux beurres qui fondent dès qu'ils sortent du glagla. Vous mélangez jusqu'à obtenir une belle mixture bien mousseuse dans laquelle vous êtes priés de ne pas plonger un doigt gourmand, vous pourrez lécher le verdurier plus tard.


Vous ajoutez ce beurre chocolaté à votre autre préparation et vous mélangez.


Bon, comme la vaisselle n'est pas mon occupation favorite, je fais cuire dans le verdurier de base mais avant je finis de bien touiller avec le racle à fond pour que le mélange soit aux petits oignons. Avant d'enfourner 9 minutes puissance maxi dans Bernard, j'ajoute en pluie des pépites de chocolat que je conserve dans le compartiment super-glagla pour éviter qu'ils ne fondent trop à la cuisson.


Et au bout de 9 minutes, bip vous avez un délicieux gâteau au chocolat dont vous me direz des nouvelles.

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01 novembre 2008

Le chasseur - Martine27

L'homme marche à grands pas, écrasant les feuilles sous ses pieds. Pourtant, il se déplace presque sans bruit, tel un grand prédateur.

Son visage serait beau s'il n'arborait pas une mâchoire crispée et des traits furieux.

C'est l'aube, il avance dans la forêt, son fusil serré entre ses mains. Il n'a qu'une idée en tête, toujours la même, tuer, tuer, faire mal, faire le Mal.

Tout à coup dans le silence des arbres, il lui semble entendre une cavalcade. Là, oui, là, un peu plus loin dans la légère brume qui stagne encore entre les arbres, il perçoit le silhouette d'un cerf suivi d'une biche et de son faon. Il s'arrête net, épaule et vise le petit, heureux déjà à la perspective de détruire une jeune vie.

Mais dans le viseur plus rien.

Il maugrée, aurait-il eu une hallucination ?

Serrant encore plus fort les mâchoires, les sourcils froncés, il s'enfonce plus loin dans la forêt.

Tuer, tuer encore et encore, c'est là son credo. Tirer sur les cervidés, tirer sur les lièvres, tirer sur les faisans et quand la saison de la chasse est terminée, braconner, tirer ou écraser les chats, les chiens où n'importe quelle sale bestiole qui croise son chemin.

Et imaginer les maîtres de ces malheureux animaux se lamenter, fantasmer sur les pleurs des enfants privés de leurs compagnons, savoir que derrière lui il laisse une traînée de souffrances humaine et animale lui fait du bien, c'est pour lui une jouissance sans limite.

Un sourire glacé né sur ses lèvres au souvenir de ses exactions, au souvenir des corps pantelants et sanglants qui jonchent son chemin.

Un jour peut-être, rêve-t-il, il s'attaquera à la proie suprême, une jeune fille pleine de vie et de joie qu'il croise parfois.

Pris dans ses évocations, il ne s'aperçoit pas qu'il n'a pas emprunté le chemin habituel. Ici le bois se fait plus sombre, bruissant de mille voix. La brume s'élance à l'assaut des arbres.

Lorsque, enfin, il reprend pied dans la réalité, il se trouve à quelques pas d'une chaumière qui se tapit au milieu des ronces.

Tout autour de lui, ce n'est plus que geignements, aboiements, miaulements, sifflements plaintifs.

Agacé, puis vaguement effrayé par ces sons qui l'assaillent, il tourne le dos à la maisonnette et regarde autour de lui.

Et là, il les voit, ils s'approchent de toutes parts de lui à pas feutrés, leurs blessures saignantes, leurs gueules pleines de gémissements, ils sont comme évanescents.

Comment cela se peut-il ? Il lui semble reconnaître, mais c'est impossible, toutes les victimes qui ont jalonné sa route de tueur impitoyable, animaux sauvages, animaux domestiques, les yeux brillant de haine, s'approchent de lui.

Il se met à tirer n'importe comment, rechargeant encore et encore son instrument de mort.

Mais en face de lui les victimes devenues vengeresses le cernent.

En désespoir de cause, les insultes à la bouche, il se rue dans la cabane, coince la porte comme il le peut et se réfugie dans un coin, tremblant comme ce faon qu'il avait acculé, pleurant de détresse comme ces chats et ces chiens torturés par plaisir.

A l'extérieur, les cris des animaux viennent en vagues successives se heurter aux murs de la masure, les corps se frottent contre la porte, les volets, une odeur de sang plane dans l'air.

La journée passe ainsi, il ne sait plus qui il est, plus ce qu'il fait, ce qu'il doit faire.

Et brusquement c'est le noir, il s'évanouit de peur, lui le cruel chasseur.

La nuit est tombée quand il revient à lui.

Il n'entend plus rien !

Ses agresseurs semblent être partis.

Alors, il se redresse, un grand rire le secoue, il montre le poing et hurle "Je vais vous tuer tous !". Alors, une lueur embrase la petit maison, une voix désincarnée s'élève "Tu n'as rien compris, tans pis pour toi !".

Et la porte s'ouvre seule, et les animaux fantômes qui attendaient dehors se ruent à l'intérieur et ensevelissent leur tortionnaire sous leurs corps torturés, crocs, griffes, becs prêts à le déchiqueter.

Un hurlement sans fin s'échappe de sa gorge tandis qu'il succombe à l'assaut.

Quelques jours plus tard, des promeneurs égarés trouvent le corps du chasseur.

Mis à part son visage tordu par une peur sans nom, son cadavre ne présente aucune blessure.

Et tandis que les secours l'emmènent vers sa dernière demeure, de la chaumière s'élance vers l'azur du ciel une brume impalpable.

Peut-être que si les témoins regardaient mieux, ils pourraient distinguer au cœur de cette nuée les silhouettes joyeuses et apaisées des animaux enfin redevenus indemnes.

Et là-bas, dans la plaine, une jeune fille respire à plein poumons, heureuse de se sentir vivante comme jamais auparavant. L'étrange poids qui accablait ses épaules depuis quelques temps vient de s'envoler.

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25 octobre 2008

La petite invention de Mémé Celestine (martine27)

Mais Madame, ce concours est réservé aux JEUNES inventeurs !

M'en fiche, vous n'aurez qu'à vous dire que vous avez devant vous 3 ou 4 jeunes inventeuses-trices de 20 ans. C'est quoi cette manie du jeunisme ?

Face à Mémé Célestine le jury n'a aucune chance.

Mémé est donc priée de présenter son invention.

Je vous présenter le dentier, râtelier, berlingue multi-fonctions.

Et tandis que les mâchoires du jury bées, Mémé se lance.

Voilà donc un dentier qui va rendre les personnes âgés beaucoup plus indépendantes.

Les diverses fonctions sont actionnées par une pression sur une dent définie.

Canine gauche le dentier devient taille crayon, très pratique quand vous faîtes des mots croisés, que la mine casse et qu'il n'y a personne pour vous le tailler, le crayon !

Canine droite le dentier devient broyeur indispensable quand on vous sert de la carne à la cantoche.

Incisive gauche le dentier mord l'infirmière qui vous parle comme si vous étiez un demeuré ou un bébé dans les langes.

Incisive droite le dentier planque les médicaments qu'on vous force à ingurgiter pour que vous vous teniez peinard.

Bien sûr tous les déchets sont broyés et stockés pour élimination ultérieure.

Molaire gauche libération d'un petit cachet goût et effet Calva.

Molaire droite libération d'un petit cachet goût et effet caféïne.

Ouais, même principe que la capsule de cyanure planquée pendant les opérations de résistance, mais en plus fun et vous pouvez bien sûr choisir le parfum. Maintenant en cas d'acharnement thérapeutique à vous de voir !

Voyez, il a tout pour plaire mon dentier, il peut même faire radio et lampe de poche pour lire au pieu c'est vous dire, encore que dans ce cas là c'est pas facile de ne pas baver, mais bon ça peut s'améliorer.

Enfin pas besoin de piles, tous les soirs un petit coup de manivelle et la dynamo repart pour un tour.

J'oubliais pas besoin de le mettre dans un verre d'eau pendant la nuit, il est bien sûr auto-nettoyant.

Je ne sais pas si Mémé Célestine et son dentier vont gagner un prix, mais en tout cas, le jury lui en a avalé sa langue.

2047 caractères

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18 octobre 2008

Madame la Comtesse (Martine 27)


Messire le Comte s'est longuement entraîné dans sa chambre. Le troubadour le lui a affirmé, pour obtenir monts et merveilles de la Comtesse, que Messire le Comte vient juste de retrouver après 10 ans à guerroyer de-ci de-là, il lui faut la flatter.

Il faut dire que Madame la Comtesse, depuis si longtemps délaissée, est un peu de mauvaise humeur et pas trop portée sur la bagatelle, il faut bien le reconnaître.

Bref, avant de rejoindre sa douce moitié dans sa chambre, il a répété encore et encore le texte que le troubadour a écrit pour lui (et donc pour elle).

Ma chère votre beauté m'éblouit (tu parles avec 10 ans de plus ma chère épouse vous n'êtes plus guère une galinette de l'année, mais bon si pour en arriver à mes fils, il me faut en passer par là, courage allons-y).

Bon donc, ma chère votre beauté m'éblouit, elle resplendit telle la cassette du joaillier (dans laquelle vous fîtes disparaître une partie de ma fortune pendant la courte absence).

Vos cheveux d'oryx, palsembleu non, d'onyx (quoi que soit ce truc, et encore le troubadour proposait obsidienne encore plus difficile ça) ruissellent sur vos épaules de nacre (l'une d'ailleurs un tantinet plus haute que l'autre).

Vos yeux d'ambre rehaussent votre teint d'ivoire (jauni l'ivoire, mais passons).

Vos lèvres tels des rubis mettent le feu à mon cœur (bon très franchement un peu plus bas, mais le troubadour affirme que ces compliments de soudard s'ils conviennent aux filles d'auberge ne sont pas pour les dames bien nées).

Vos doux seins (qui commencent hélas ma mie à pendouiller) sont deux merveilleuses perles (baroques quant à la forme pas de doute) embellis par deux délicats tétons de… de… (pas rubis déjà utilisé, il a dit quoi ce maraud de troubadour) de… de…, ah oui, semblables à des grenats (que je vais arracher à coups de dents je le sens bien si ça dure trop longtemps cette ineptie).

Votre taille d'albâtre ondoie comme un roseau (ah ben oui, le troubadour n'a pas trouvé de pierre précieuse qui ondoie).

Bon, allez, que diantre j'y vais, je verrais bien sur place pour la suite.

Et voilà Messire le Comte qui, tout sourire et idées libidineuses, se rend chez Madame la Comtesse pas plus heureuse que ça de récupérer un époux quelque peu défraîchi il faut bien le dire.

Or donc, Messire le Comte, très concentré, régurgite le laïus du troubadour tout en se demandant in petto si celui-ci n'en saurait pas un peu trop sur son épouse.

Il risque quelques caresses, fait glisser strate après strate les étoffes qui couvrent son épouse.

Et enfin, il touche au but (si je puis m'exprimer ainsi). Le dernier jupon tombe et Madame la Comtesse, un sourire narquois sur les lèvres de rubis (voir plus haut) se laisse contempler par son époux proche de la syncope.

Un gémissement monte aux lèvres de celui-ci. Il se revoit faire du tri dans son escarcelle et jeter une clé dont il ne voyait plus l'usage.

Horreur, il s'agissait de celle qui ouvrait la splendide ceinture de chasteté ruisselante d'émeraudes, de rubis, de saphirs, de diamants, qui ceint et protège la délicate intimité de sa Dame.

Hélas pour lui, il ne pourra poursuivre ses comparaisons bijoutières plus loin, tout au moins pas avant d'avoir fait venir un forgeron !

 

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04 octobre 2008

Meurtre en salle pleine (Martine 27)

Ce samedi avait mal commencée. Il s'était disputé avec sa femme, au début pour un motif futile dont il ne se souvenait même plus. Puis cela avait dégénéré. Elle souhaitait aller faire des courses, lui assister à une rétrospective qu'il attendait depuis longtemps au cinéma. Bien sûr, elle l'avait accusé de vouloir en fait rejoindre "sa poule", non mais franchement ce terme ringard. Il avait beau lui dire qu'il n'avait pas de "poule" rien à faire, elle s'y accrochait. Il avait donc pris son manteau et avait filé direct au cinéma. Cela faisait déjà un bon moment qu'il s'étalait voluptueusement dans son fauteuil, la salle est quasiment pleine. Il restait encore une place près de lui. Après s'être délecté de Dumbo, voilà Bambi qui commençait. Une rétrospective Disney, c'était trop bon, ben oui même et surtout à 50 balais. Bref, il s'apprêtait à fixer toute son attention sur l'écran, quand il y eut un peu de remue-ménage à côté de lui, il entendit le doux froissement du nylon quand la femme vint s'asseoir près de lui. Et puis, et puis … Au moment où la maman de Bambi se fait tuer, comme d'habitude il ne put retenir une petite larme et il sentit dans le même temps la femme près de lui basculer doucement contre son épaule et un liquide chaud imprégner sa chemise. La pauvre, pensa-t-il, comme elle est sensible. A la fois gêné et flatté il la laissa s'alanguir contre lui. Puis le film se termina, la suite de la rétrospective était prévue pour l'après-midi. La femme était toujours appuyée contre son épaule, là il commença à se sentir un peu mal à l'aise quand même. Et quand, la lumière se ralluma, les gens autour de lui se mirent à hurler. Il jeta un coup d'œil à sa compagne, ce qu'il avait pris pour des larmes était en fait du sang. Du sang qui maculait le visage de l'inconnue qui fixait l'écran d'un œil maintenant vide. Plus tard, assis dans la salle d'interrogatoire du commissariat, il cherchait à reprendre pied. Bien sûr, personne n'avait voulu croire qu'il n'y était pour rien. Personne ne s'était levé, ni n'était parti précipitamment pendant la projection de Bambi. Les voisins avaient dit à la police qu'il n'arrêtait pas de se disputer avec sa femme et que celle-ci était sûre qu'il la trompait, peut-être avec cette inconnue allez savoir. Et le pire, on avait retrouvé l'épingle à chapeau acérée qui avait servi à percer le cerveau de la femme (en passant par l'oreille) coincée sur son fauteuil à lui, près de sa cuisse. Avec tout ça, comment voulez-vous que le flic de base le croit innocent, c'est humain ! Par qui et comment le meurtre avait-il été perpétré, et surtout pourquoi l'avoir désigné comme bouc émissaire ? C'était le noir le plus complet pour lui.

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27 septembre 2008

Persistance de la mémoire (Martine27)


Non mais quelle idée j'ai eu d'entrer au Muséum d'Art Moderne de New York. Complètement dingues ces fichus Yankees d'offrir une œuvre par tirage au sort et moi qui n'ai jamais de chance au jeu, voilà que j'ai gagné, enfin, je me suis aperçue après coup qu'en fait de chance, ça a été un sacré coup de poisse oui !

J'avais donc gagné le droit de choisir une œuvre parmi toutes celles du Musée et j'ai jeté mon dévolu sur "Persistance de la mémoire" enfin moi personnellement je préfère le titre "les Montres molles" de l'ami Dali.

Bon, pourquoi ce tableau là en particulier, allez savoir, il m'a toujours amusée même si, il faut bien le reconnaître le paysage n'engendre pas une franche rigolade, mais ces montres qui dégoulinent me "parlent". Ah ça pour me parler, elles me parlent les bougresses.

Me voilà donc revenue en France avec ce tableau.

Et là les ennuis ont commencé, d'abord à la douane, malgré les papiers fournis par le Musée j'ai failli me retrouver en taule pour vol. Ensuite, elle jure abominablement avec mon papier peint et comme les assurances me piquent quasiment l'intégralité de mon salaire pour assurer ce fichu petit bout de toile je n'ai pas les moyens d'en poser du neuf.

Ah ne pas oublier que je vis maintenant dans un bunker, avec des barreaux aux fenêtres et des alarmes dans tous les coins, je ne vous dis pas il y a même un code pour aller aux toilettes, alors quand j'ai une petite envie la nuit et que je me souviens plus de ces !§=£$*µ d'alarmes je réveille tout le quartier, je déplace la société de gardiennage et je n'arrive pas à me rendormir avec l'afflux d'adrénaline qui m'a envahie, en prime il faut que je décroche ma minette perchée en haut de la moquette murale et qui feule de fureur.

Mais ce n'est pas encore le pire. Non !

Faut dire qu'avec un personnage comme Dali, j'aurais du me méfier.

Figurez vous que pendant la nuit ses montres se mettent à fonctionner. Seulement au lieu de faire un honnête tic-tac comme toutes montres qui se respectent, non elles font des bruits bizarres des plic-plac, flic-floc, blic-bloc, clip-clap, bling-bling et jamais en rythme bien sûr, parfois c'est toutes les secondes comme ce doit être réglementairement le cas, et parfois, vlan une fois toutes les minutes ou une seconde sur deux. Donc pas moyen de dormir correctement même avec des boules quies et trois oreillers par-dessus, ce son s'infiltre et m'emballe le cœur.

Bon remarquez j'aurais choisi une autre œuvre allez savoir ce qui se serait passé : le discobole m'aurait envoyé son disque dans toutes mes vitrines et mes carreaux, la Joconde n'aurait pas arrêté de marmonner dans sa barbe, le radeau de la Méduse m'aurait inondée et j'en passe et des meilleures.

Bref, je suis sur les genoux et j'envisage de détruire cet instrument de torture. Et quitte à avoir des montres molles à la maison je crois que je préfèrerais opter pour celles de Claude Ponti et de Monsieur Monsieur.

Pardon ? Je pourrais le revendre ! Mais dites donc c'est une super idée ça ! Je n'y avais pas pensé. Ca ne vous intéresserait pas par hasard ?

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20 septembre 2008

Promotion ( Martine 27)


"Bonjour, ici Charline Octavo. Bienvenue à notre émission "Parlons d'eux". Vous en connaissez le principe, nous allons parler de et avec vos auteurs favoris de leurs derniers personnages. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Monsieur Tex Folio. Comment allez-vous cher auteur ?"

"Très bien Charline, très bien et merci de me recevoir dans votre émission."

"Mais je vous en prie. Entrons tout de suite dans le vif du sujet, c'est le cas de le dire, parlez-nous donc de votre dernier personnage. Pourquoi lui avoir inventé une petite vie aussi étriquée, vous nous aviez habitués aux héros."

"Justement. Franchement dans la population humaine en rencontrez-vous souvent des héros, des êtres hors du commun ? Non, bien sûr. La quasi totalité des humain est banale et peu intéressante il faut le reconnaître. J'ai donc choisi de raconter la vie d'une non-personne si je puis m'exprimer ainsi"

"Et vous avez eu raison, il faut le reconnaître on s'ennuie merveilleusement durant les 30 jours que durent l'intrigue, enfin si on peut parler d'intrigue, Tex ?"

"Eh non Charline, on ne peut pas, il s'agit de la non-histoire, d'un non-personnage. Il est seul, même pas un chat ou un chien, divorcé, sans enfant, pas d'ami, un travail inintéressant, des finances difficiles, une santé précaire, aucun loisir, aucune passion. Bref, il se lève, va travailler, mange, revient chez lui, effectue ses tâches ménagères, regarde la télé et va se coucher et cela pendant 30 jours."

"Non, quand même pas pendant 30 jours"

"Effectivement, les samedis et dimanches il va faire les courses, une petite sieste et il se saoule de télé mais à part ça, il ne se passe rien"

"En effet, et c'est ce qui nous tient accrochés jusqu'au dernier jour où on espère qu'il va enfin se passer quelque chose"

"Mais il ne se passe rien de plus"

"Alors, pourquoi nous avoir fait découvrir ce personnage"

"Mais parce qu'il est reposant, il ne lui arrive rien, c'est bien moins fatigant pour l'observateur de la vie humaine que je suis que de devoir cavaler après un héros qui bondit dans tous les coins, reconnaissez-le. Pour tout vous dire Charline, j'avais besoin de ce temps de repos"

"Eh bien Tex, je peux vous dire qu'il a été très bien utilisé, je ne me suis jamais autant embêtée en suivant un personnage. Une idée pour votre prochain sujet d'observation ?"

"Oui, je pense me pencher sur une carmélite, une vie réglée au papier millimétré et un minimum de dialogue, vous devriez attendre des sommets dans l'ennui mortel"

"C'est merveilleux. Voilà chers téléspectateurs, c'est ainsi que s'achève notre émission "Parlons d'eux" où j'ai eu le plaisir de recevoir le talentueux Tex Folio qui nous présentait sa dernière œuvre intitulée, j'avais oublié de le préciser, "Un humain".

Dernier clap de fin. La présentatrice et l'auteur se lèvent, se remercient, secouent leurs feuilles et leurs couvertures et s'en vont tranquillement rejoindre leurs bibliothèques respectives pour observer le monde et les humains qui grouillent à leurs pieds, euh pardon, à leurs pages.

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13 septembre 2008

DONS A LA DEMANDE (Martine 27)


On m'a souvent demandé d'où venaient ma voix de rossignol, ma capacité à la moduler sur plusieur octaves, à pousser un contre-ut à briser le cristal.
C'est simple, je suis une vampire.
Non, ne filez pas ventre à terre, je ne me nourris pas de sang, d'ailleurs vous voyez bien il fait soleil et je me reflète dans les miroirs.
En fait, je possède un très étrange don.
Lorsque je veux quelque chose, attention, il faut que je le veuille vraiment, il me suffit de mettre la main sur un objet de la personne dont je convoite la faculté et hop, j'absorbe sa capacité.
Pour moi, cela s'arrête au chant et puis ce n'est pas toujours facile de mettre la main sur les possessions des plus grandes cantatrices. Mais, bon, on fait avec.
Oui, je disais donc que dans mon cas ce phénomène se limite au chant, mais j'ai certains congénères... Comment ?
Oui, nous sommes relativement nombreux, parfois on nous traite même de plagiaires ou d'imitateurs, non mais je vous jure !
Bon bref, vous me faites perdre le fil, je disais donc que ça fonctionne aussi avec la peinture, l'écriture, la sculpture, enfin tous les arts.
Allez disons que le terme de vampire est un peu exagéré, nous ne tuons personne.
Nous sommes plutôt des éponges, des buv-arts, nous nous imbibons et nous restituons ensuite.
C'est grâce à nous que l'art se perpétue et s'enrichit, parce que bien sûr nos propres objets stockent aussi nos dons pour nos semblables.
Voilà, vous pouvez le dire, nous sommes des bienfaiteurs de l'humanité.
Voulez-vous que je vous chante mon plus grand succès "l'air des bijoux".
Pourquoi vous enfuyez-vous Tintin ? Vous connaissez bien la voix de velours de la Castafiore voyons !

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