14 février 2009

COURRIER DIFFÉRÉ (Martine27)

Grand-Oncle, depuis qu'il a perdu Chère Grand-Tante, n'est plus que l'ombre de lui-même.

A tel point qu'il fait venir près de lui Jeune Facteur son petit neveu le seul à avoir repris le flambeau familial de la poste pour une confession. Ce qu'il dit à Jeune Facteur lui fait dresser les cheveux sur la tête.

Grand-Oncle lui avoue que lorsqu'il était jeune il a commis l'irréparable pour un facteur. Il a volé du courrier. Eh oui !

A l'époque il venait de se faire congédier par la jeune fille qu'il aimait, il en fut tellement malheureux qu'il jugea que les autres n'avaient pas le droit au bonheur non plus et pendant deux ans à la Saint Valentin il subtilisa dans le courrier toutes les lettres qui lui semblaient parler d'amour, celles avec des baisers, celles qui sentaient bon, celles qui disaient "vite facteur, l'amour n'attend pas".

Ensuite, ah ensuite, il rencontra Chère Grand-Tante et ses griefs s'envolèrent, sa mémoire aussi parce qu'elle préféra lui faire oublier sa vilenie.

Seulement voilà, après la disparition de Chère Grand-Tante pour tuer le temps, il fit du rangement et il tomba sur un sac contenant le fruit de ses larcins.

"Et maintenant" interroge Jeune Facteur outré.

"Maintenant, j'aimerais que tu distribue ce courrier" soupire Grand-Oncle.

Jeune Facteur en reste bouché bée, distribuer du courrier qui a quoi, 30/40 ans !!!

"Absolument, il faut le distribuer" piaille une petite voix venue de nulle part.

Les deux hommes ahuris regardent autour d'eux.

Et voilà qu'apparaît une toute petite bonne femme, vêtue d'une courte tunique rose, avec un arc et un carquois en travers du dos. Parée de deux minuscules ailes blanches elle volette devant le regard éberlué des deux facteurs.

"Qui êtes-vous ?" s'étrangle Jeune Facteur.

"Une cupidone ça se voit bien non !" s'indigne la donzelle.

"Mais ça n'existe pas, ce sont les Cupidons qui sont censés exister" bafouille Jeune Facteur un peu dépassé par les évènements.

"Ah c'est bien une idée de macho ça, et pourquoi les filles feraient-elles de plus mauvais Cupidons que les garçons, hein !"

"Vous avez raison, il n'y a pas de raison. Euh, que pouvons nous pour vous ?"

"Comment ça, ce que vous pouvez pour moi ? trépigne (enfin si on peut trépigner tout en voletant) la Cupidone. "Vous ne vous rendez pas compte qu'à cause de votre Grand-Oncle je n'ai pas rempli mon quota de couples moi, c'est pas bon pour mon avancement, alors hop, on file distribuer le courrier en instance".

"Mais vous vous rendez bien compte qu'après tout ce temps on ne va sûrement pas trouver grand monde"

"Je sais, j'ai déjà fait mon enquête, j'ai eu le temps" rétorque-t-elle en lançant un regard furibond à Grand-Oncle qui se fait tout petit dans son coin.

"En fait, entre les décès, ceux qui ont trouvé mieux ailleurs, ceux qui ont mis, à raison, la perte de leur courrier sur le dos de la poste et se sont mariés, il reste une personne à qui il faut absolument distribuer sa lettre. Allez hop on fouille dans le paquet et on trouve le courrier pour Mademoiselle Rose qui est devenue Madame Lerouge et qui ça tombe bien habite toujours dans le coin, allez hop, hop"

Et sous la férule de la Cupidone nos deux facteurs trient (ça ils savent faire) le courrier d'amour stocké dans le sac.

Bientôt ils ont en main la lettre un peu jaunie dont l'adresse est écrite d'une belle écriture calligraphiée.

Jeune Facteur vérifie dans l'annuaire l'adresse de Madame Lerouge et accompagné de la Cupidone qui tournoie au dessus de sa tête, pas trop fier quand même, il se rend chez l'amoureuse lésée.

Il frappe à la porte d'une coquette petite maison, une petite grand-mère lui ouvre avec un bon sourire.

"Bonjour Facteur que puis-je pour vous ?"

"Bonjour Madame, je suis…, il y a…. en réalité voilà…." Bref Jeune Facteur ne sait pas trop comment cracher le morceau. Finalement sous le regard indulgent de la vieille dame, il finit par lui tendre la lettre en balbutiant.

"Voilà la Poste vient de retrouver ce courrier envoyé il y a longtemps et que nous avons le plaisir de vous remettre maintenant"

La vieille dame se saisit de la lettre, regarde étonnée la date d'envoi, l'ouvre et des larmes se mêlant à un doux rire elle s'exclame "Mais c'est un courrier de la Saint Valentin envoyé par mon époux décédé il y a quelques temps, quel merveilleux cadeau vous me faites là jeune homme, je vous en prie entrez donc prendre un thé et manger un morceau de gâteau"

Avant d'entrer Jeune Facteur se tourne avec désapprobation vers la Cupidone "Mais vous aviez dit que ce n'était pas la peine de donner les lettres à ceux qui s'étaient de toute façon unis, c'est quoi ce pataquès ?"

La petite Cupidone lui fait un clin d'œil et l'invite à entrer dans la maison.

Pendant qu'il a le dos tourné, elle attrape son arc, encoche une flèche et le bande.

Brusquement une voix juvénile se fait entendre.

"Que se passe-t-il Grand-Mère ?"

"Un miracle ma chérie, une lettre de Saint Valentin de ton Grand-Père qui vient d'arriver"

Et devant les yeux éblouis de Jeune Facteur déboule une gracieuse demoiselle qui le regarde bien dans les yeux et lui décoche (en même temps que la Cupidone sa flèche) un sourire qui le transperce d'amour. La Grand-Mère s'en aperçoit et avec un sourire tremblant aux lèvres remercie son défunt époux du petit miracle qui vient de s'accomplir sous ses yeux.

Juste avant qu'elle ne disparaisse, la Cupidone s'approche de Jeune Facteur et lui murmure à l'oreille "C'était toi mon boulot d'aujourd'hui, allez bonne chance. Au fait, je m'appelle Céleste".


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07 février 2009

BRANLE-BAS DE COMBAT (Martine27)

C'est un vrai branle-bas de combat à Moulinsart.
L'effervescence règne dans les rues.
Sous les yeux ahuris de la population toute une, un,…, enfin bref tout un attroupement hétéroclite est en train de se former dans la rue principale.
Les autochtones ne savent plus où donner de la tête.

Il y a là, allons y pour une énumération à la Prévert :

· Des guerriers turcs autrement dit des bachi-bozouks qui donnent la main à de ravissantes bayadères enveloppées dans un tissu du même nom.
· Des cannibales côtoyant des aztèques emplumés.
· Des babouins faisant les singes sur le dos de brontosaures.
· Des hérissons secouant des coloquintes.
· Un cyclone jouant au gyroscope.
· Des zoulous faisant du gringue à des fatmas.
· Des flibustiers devisant avec des porcs-épics.
· Des cornichons tenant des pots de sauce tartare.
· Des loups-garous nyctalopes peignant des mérinos.
· Des anthropopithèques analphabètes taillant une bavettes avec des papous.
· Un bulldozer transportant un oryctérope gobant des cloportes.
· Des diplodocus jouant de la cornemuse.
· Des souris traînant leur neurasthénie au milieu des coléoptères.
· Et puis des chameaux, des zapotèques, des zouaves, des arlequins, des ectoplasmes, des gangsters et autres gibiers de potence.
· Et également des macaques, des mamelouks, des naufrageurs, des ostrogoths, des ours mal ou bien léchés, des rats, des rapaces, des saltimbanques et des sapajous.
· Et j'en passe et des meilleurs, mais curieusement pas de raton-laveur.

Sous le scintillement des pyrophores qui s'enflamment joyeusement dans tous les coins le cortège finit par s'ébranler.
Direction le Château de Moulinsart où alerté par le boucher Sansos, le capitaine Haddock se terre en marmonnant dans sa barbe "Mille millions de sabords".
Le cortège défile avec des banderoles,

"Y en a marre"
"On est pas des Insultes"
"Rendez-nous notre dignité"
"Ras le bol du barbu"

Et par dessus le brouhaha les bachi-bouzouks braillent "Nous ne sommes plus des bachi-bouzouks, nous sommes des barbes d'Haddock"
"Ouais, et nous on est des trous du nez d'Haddock" surenchérissent les délicates bayadères.
"Et nous des oreilles d'Haddock" s'esclaffent d'autres participants.

Bref quand tout ce petit monde arrive à Moulinsart, ils ont tous changé de noms et font côtoyer le nom du Capitaine Haddock avec divers parties de son anatomie ou de son caractère.
Et voilà notre pauvre Capitaine qui s'exclame "Nom d'un Haddock poilu" "Bougre de crème d'emplâtre à la Haddock".

Bref c'est la crise.

Notre Capitaine est au bord des larmes.
La meneuse du cortège s'avance pour mener les négociations.
"Comprenez-bien cher Capitaine que nous n'avons rien contre vous-même, mais votre langage nous choque, vous utilisez le nom de tous ces braves gens, animaux, choses à mauvais escient, c'est mauvais pour leur image de marque"

Le Capitaine Haddock tout penaud baisse le nez.
"Je suis désolé, mais c'est ma façon de parler et vous le savez bien je suis soupe au lait".

Tandis que les manifestants s'installent dans le parc pour un petit pique-nique, la meneuse et le Capitaine, secondés par Tintin débattent du problème et finissent par se mettre d'accord.
Le Capitaine essayera de se désintoxiquer de ses insultes colorées et folkloriques pour se contenter de plus classiques "Barbe, flûte, crotte, éventuellement de Tonnerre de Brest et de sabords". Il aura le droit de se lâcher une fois par semaine.

Un peu déconfit mais n'ayant guère envie de continuer à s'insulter lui-même le Capitaine Haddock baisse pavillon et accepte le marché.
Et dans un tourbillon coloré les manifestants satisfaits disparaissent.

Pardon ?
Qui était la meneuse ?
Comment vous n'avez pas deviné ?
Qui aime les mots, qui aime donner des conseils et fourrer son nez partout ?
Qui ? Qui !

Sinon Mémé Célestine.

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31 janvier 2009

voeux (Martine27)

"vous envoie mes voeux sincères mon minou. caresses."

"miaou, meow, miooouuuu, miiaouu, mrrrr"

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24 janvier 2009

LA RENCONTRE (Martine27)

C'était un beau jour de 1933, bon d'accord quelque part en Europe commençait à s'agiter un vilain petit moustachu, mais n'empêche ce jour là il faisait bien beau.

Ce jour-là donc Mémé Célestine (NDLR qui n'est pas encore une mémé) doit livrer un superbe bibi à une bourgeoise du coin.

Voilà donc notre Célestine qui trotte en ce beau 22 juin de part la ville, respirant à plein poumons, se trouvant très heureuse de vivre et espérant rencontrer un jour, bientôt, l'homme de sa vie.

Allez savoir ce qui lui a pris d'emprunter cette ruelle mal famée, probablement que le nez au vent, des rêves plein la tête, elle n'a pas vu qu'elle se trompait d'itinéraire. (NDLR, oui jusqu'à présent vous avez toujours connu Mémé Célestine avec la tête solidement fixée aux épaules, mais voilà elle a été jeune et follette elle aussi).

Bref, la voilà qui tombe sur un apache dépenaillé qui la menace d'un couteau bien effilé.

Bip, bip, bip, chers lecteurs nous allons laisser quelques instants Mémé Célestine (qui n'est pas etc, etc) aux prises avec son agresseur pour vous permettre de lire notre petit encart publicitaire sur un excellent vin islandais.

Le vin Eric le Rouge est un délice, une cuisse ferme, très ferme, un bouquet boisé avec une petite touche de tourbe bienvenue, et s'il en reste un petit fond dans votre verre vous pourrez sans risque le jeter dans votre évier il débouchera en plus vos tuyauteries.

Bip, bip, bip, nous vous remercions chers lecteurs de votre complaisance, même si elle fut un peu forcée. Vous êtes donc autorisés à reprendre la lecture des aventures de Mémé Célestine (qui n'est, etc, etc).

Elle se sent bien niquedouille notre Célestine. La voilà donc qui braille au secours, tout en se mettant en position de combat, parce que faible femme d'accord, mais pas prête quand même à se laisser dépouiller sans réagir, non mais on est une Mémé Célestine en puissance ou on ne l'est pas.

Et voilà que tel Zorro (NDLR encore qu'à l'époque je ne crois pas que Zorro, renard rusé qu fait sa loi, existait déjà mais bon vous n'allez pas pinailler merci) Pépé Athanase (NDLR qui n'est pas encore un pépé) débarque, logique pour un marin en goguette, et vole au secours de notre damoiselle en détresse.

Dans un joli mouvement de métronome il balance un méchant coup de son havresac dans la vilaine bobine du malfrat (NDLR eh oui si la future Mémé Célestine était encore un peu tête en l'air à l'époque, le futur Pépé Athanase était lui un grand costaud)  lequel se débine sans demander son reste, le nez en capilotade, ce n'est pas encore un caïd celui-là.

Et, voici nos deux futurs aïeuls face à face.

Bip, bip, bip, chers lecteurs avant de voir ce qu'il va advenir de nos futurs Pépé et Mémé (bien que vous en ayez déjà une petite idée), nous vous invitons fermement à lire cette page de publicité concernant les crackers Eric le Rouge qui accompagneront avec bonheur le vin Eric le Rouge. Ils craqueront sous vos dents (voire même ils pourront les faire craquer, ce qui vous permettra d'aller voir votre dentiste, visite que vous repoussez de manière très imprudente) et mélangés à ce délicieux vin vous permettront de rester une bonne semaine sans rien avoir besoin de manger. Un plus pour ceux qui sont au régime. En prime avec les miettes et un peu d'eau vous obtiendrez un excellent ciment pour colmater les fissures.

Bip, bip, bip, nous vous remercions à nouveau chers lecteurs de votre patience et vous invitons à finir l'histoire de la rencontre de Mémé Célestine (qui etc, etc) et de Pépé Athanase (qui etc, etc).

C'est qu'il a de l'allure de grand flandrin avec son béret, dont Célestine pas bégueule se dépêche de toucher le pompon. "Pour me porter chance" lui envoie-t-elle avec un sourire à faire damner les saints, ce que n'est pas ce brave Athanase qui s'enflamme derechef.

Et donc les yeux presque sortis de leurs orbites, il ne peut s'empêcher d'admirer (NDLR attention ici je me permets d'intercaler, non pas une page de pub faut pas exagérer quand même, mais quelques mots d'une haute teneur intellectuelle et poétique) cette Vénus callipyge qui telle une statue chryséléphantine toute d'or et d'ivoire braque sur lui deux yeux céruléens et rieurs (NDLR bon ici soyons sincères, je pense plutôt que notre Pépé a du penser qu'elle était bien gironde la minotte plantée devant lui).

Galant, après avoir ramassé son paquetage, il lui tend le bras et la raccompagne.

Le lendemain, il l'attend à la sortie de son travail, et lui tend avec force salamalecs, rougissements et balbutiements divers, un petit paquet disparaissant sous les bolducs (NDLR Mémé Célestine s'est refusée à nous dire ce que contenait ce paquet, elle a ajouté péremptoire –très Mémé Célestine quoi- qu'il s'agissait de son jardin secret et que , bien que nous soyons la plume qui lui donne vie nous étions quand même priés de ne pas piétiner avec nos gros sabots, et toc).

Bref, pas de doute, entre eux deux pas d'entourloupes, Cupidon est passé par-là.

 

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10 janvier 2009

LES PETITS TRUCS DE MEME CELESTINE (Martine27)


Depuis que Mémé Célestine a donné à Val d'excellents trucs pour mener son mariage à bien, toutes les arrières petites filles et nièces de Mémé Célestine viennent régulièrement lui rendre visite pour lui exposer leurs problèmes sentimentaux et obtenir d'elle de précieux conseils.

Pendant que ces dames papotent autour d'une table de goûter bien garnie, Pépé Athanase mâchouille sa pipe (toujours éteinte) d'un air rêveur, un demi-sourire au coin des lèvres. Il faut dire que tous ces "trucs", il en a fait les frais dans son jeune temps et d'ailleurs il continue régulièrement à y avoir droit. Elle est terrible sa Célestine.

Donc, régulièrement chaque samedi après-midi, Mémé Célestine relève les défis fournis par sa descendance.

"Ma poulette le tien est un timide, il regarde ses pieds, pour qu'il relève le nez sur toi laisse tomber un mouchoir devant lui. Comment les mouchoirs ça n'existent plus vraiment, eh bien pas grave, un foulard, ou tiens votre truc à vous, ton portable. Tu verras il se forcera à le ramasser et à te le ramener, à toi ensuite de lui envoyer un sourire à le faire fondre". Et Pépé Athanase de voir tomber les mouchoirs tels des feuilles d'automne.

"Pour toi ma cocotte, ça va demander un peu plus de sacrifices, il aime le foot ton zigoto. Pas 36 solutions, il va falloir que tu fasses semblant de t'y intéresser le temps de le ferrer, tu n'as plus qu'à apprendre le nom des grands frimeurs, euh je veux dire des grands joueurs. Aïe, en plus il joue, alors là tu vas devoir assister à quelques matches. Après, tout doucement, commence à lui faire remarquer qu'il serait bien qu'il s'intéresse à tes activités, une petite réflexion par-ci, un œil humide par-là.. Et je peux te dire qu'avec le tir à l'arc rien que pour le plaisir d'admirer ta silhouette quand tu tires, il va craquer et que le foot il ira un peu moins souvent, sinon, il ne te restes plus qu'à saboter ses crampons pour qu'il s'esquinte un petit quelque chose en courant, bon, mais tu n'es pas encore mûre pour une solution extrême comme ça, je comprends bien, c'est plutôt réservé aux épouses excédées". Et Pépé Athanase se souvient d'une divine Mémé Célestine en costume de bain à grande jupette.

"Et toi ma biche ? Un gourmand. T'en fais pas je vais te préparer un ou deux gâteaux que tu pourras amener au bureau, tu verras si ton chef de service résiste longtemps. Ceci dit après, ce sera à toi de t'y mettre". Et Pépé Athanase de saliver rien qu'à l'idée du prochain repas.

"Le tien ma caille, un intellectuel. Suis le mine de rien à la bibliothèque et relève les titres qu'il prend, après facile tu n'as plus qu'à les lire et glisser une ou deux phrases sur le sujet en douceur, lors d'une conversation anodine, tu es une maligne, ça ne va pas poser de problème". Et Pépé Athanase se souvient de certaines soirées avec des amis où Mémé Célestine lui ôtait les mots de la bouche, laissant celle-ci béante d'admiration.

Bref, dans cette charmante volière du samedi chacune y trouve son compte. Seulement voilà, elles ont oublié la petite Sophie nichée près de Pépé Athanase et qui n'en perd pas une miette.

Et voilà qu'un mercredi, la petite Sophie débarque en larmes chez ses arrières grands parents.

"Ca marche pas, ça marche pas" braille-t-elle.

"Qu'est qui ne marche pas ma douceur" interroge Mémé Célestine.

"Tes trucs pour piéger les garçons"

"Pas piéger les garçons ma tourterelle, juste pour les amener à regarder les filles autrement"

"Ouais, bon si tu veux, mais avec moi ça marche pas"

"Vas-y ma colombe, raconte"

Sophie s'installe sur les genoux de Pépé Athanase, une part de gâteau dans une main, son doudou dans l'autre.

"Eh ben à l'école je voudrais bien que Damien, il soit mon amoureux alors j'ai fait ce que tu as dit aux autres. Je me suis bien mouchée dans mes kleenex et je les ai fait tomber devant lui, il les a pas ramassés et la maîtresse elle m'a punie. En sport, il fait de la patinette et ben, il y a pas de champions de patinette et puis maman elle veut pas m'en acheter une, et moi quand je me suis fabriqué un arc avec une branche et une ficelle et ben il a cassé et la maîtresse elle m'a encore punie parce qu'en cassant la branche elle a aussi cassé le carreau. J'ai ramené un des gâteaux de maman, mais il est allergique à je sais pas quoi et il a eu la figure pleine de boutons, la maîtresse elle a encore râlé. Et pis, les livres c'est nul parce qu'on sait pas encore lire ni l'un, ni l'autre et que les albums de contes de fées il s'en moque. C'est rien que des bêtises tes conseils". Sophie avale un grand coup d'air pour reprendre son souffle et regarde son arrière grand mère avec des grands yeux plein de reproche.

Celle-ci, durant tout le récit est restée le nez plongé dans une couture qui paraissait compliquée, tandis que Pépé Athanase proche de l'explosion mâchait avec ardeur le tuyau de sa pipe.

Tout le monde ayant repris son souffle, Mémé Célestine s'adresse à Sophie.

"Ma puce, tu sais les conseils que j'ai donné c'est surtout pour les grandes filles, pas pour les jeunes demoiselles comme toi qui sont encore au CP. Qu'est ce qu'il aime ton Damien ?"

Reniflant une dernière fois Sophie se lance "Ben, il aime les animaux, et puis le dessin, et puis les chewing-gum, et puis je sais pas"

"Et bien voilà mon canard, tu vas lui faire un beau dessin avec plein d'animaux et puis je vais te donner un tout petit peu d'argent pour lui acheter un beau paquet de sem-sem gums * tu lui offres tout ça avec un joli sourire comme tu sais si bien les faire et tout va aller comme sur des roulettes".

Rassénée par l'air d'autorité que dégage Mémé Célestine, Sophie pousse un grand soupir, fini d'avaler son gâteau et demande papier et crayons pour s'attaquer au chef d'œuvre qui lui ouvrira le cœur de Damien.

Mémé Célestine et Pépé Athanase échangent au-dessus de sa tête, un sourire plein de tendresse et de connivence, pas de doute la génération montante promet beaucoup.

(* NDLR : mon arrière grand mère à moi me donnait, quand j'allais la voir, de l'argent pour aller à l'épicerie du coin m'acheter des sem-sem gums, le mot chewing-gum n'était pas entré dans son vocabulaire)

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03 janvier 2009

Un mini portrait chinois (Martine27)

Si j'étais une couleur, drôlement dur à deviner, s'pas (cette fixation doit être due à mes 11 premières années de vie passées dans une caserne de pompiers à Paris)

montagerouge
    
Si j'étais un animal, attention, accrochez-vous à vos claviers

martithalis
    
Ne voulant pas vous causer une attaque vous pouvez aussi préférer mon avatar de blog

    
    
Si j'étais un objet, hyper simple

    

    


Bon que vous dire d'autre ? J'aime donc les chats (plus de 300 à la maison), les livres, l'écriture (de plus en plus et en me demandant parfois qui prend le clavier à ma place), me promener avec mon APN dans mon sac, nager, faire du modelage, voyager sur internet.

     J'attends avec impatience la retraite pour avoir enfin le temps de faire tout ce que j'ai envie (ça se rapproche, pas vite, mais ça se rapproche)
     J'ai la chance de travailler avec les livres, je les soigne quand ils sont malades et comme j'aime partager mon savoir-faire je suis aussi formatrice auprès des bibliothécaires qui veulent faire la même chose (bon ça c'est la partie marrante de mon boulot, pour le reste je fais avec) et un jour peut-être je devrais reprendre mon travail de documentaliste, mais bon dans l'administration il faut laisser les choses aller leur rythme.
     Et maintenant pour me fixer sur la carte de France en ce qui me concerne, sachez que je suis Saint Mandéenne de naissance, Ch'ti et ardennaise de souche, que je fus ivryenne, bellifontaine (à mon corps défendant), clamartoise, balgencienne de coeur, ébroicienne avant de devenir un temps glisolloise pour redevenir ébroicienne et m'établir pour le moment en tant que Sébamorsentine.

    

Ne voulant pas que Janeczka fasse une dépression à chercher où placer sa petite épingle elle peut la piquer sur la capitale Euroise (oh eh c'est facile là).

    

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27 décembre 2008

Une minute avant le Nouvel An (Martine27)

Le Maître du Temps est drôlement embêté.

Il voit bien qu'il y a un problème dans sa horloge à eau, il manque une goutte, une toute petite goutte.

Or cette toute petite goutte représente la minute avant le début de la nouvelle année.

Bon vous me direz une horloge à eau, ça fait un peu vieillot.

Certes, mais le Maître du Temps y est attaché. Ca fait des milliers d'années qu'il s'en sert et les inventions nouvelles comme les horloges atomiques et autres ne lui plaisent pas. Et puis, il faut le reconnaître elle a de l'allure cette horloge à eau.

Seulement voilà, il y a une toute petite brèche tout en haut et lorsque l'eau prévue pour l'année qui finit de s'écouler y a déversée, la petite goutte de la dernière minute en a profité pour prendre le large.

Et le voilà donc à une minute de la nouvelle année dans les premiers pays à changer d'année avec des gugusses qui restent coincés sur "plus qu'une minute, plus qu'une minute, plus…." Bref c'est agaçant.

Ailleurs, d'autres n'arrêtent pas de lever une jambe pour la poser hors du lit, ailleurs encore une bombe est sur le point d'éclater encore quelques instants à vivre pour les innocents de l'autre côté, ici un enfant cherche à naître tandis qu'un vieillard aspire au repos, là la voiture n'a pas encore embouti l'arbre, là les lèvres de la mère restent à quelques millimètres de la joue de son enfant. Bref le monde est bloqué à cause d'une toute petite goutte.

Où est-elle donc passée ?

Ah, la voilà qui zigzague tous azimuts cette petite friponne.

Au début de cette année elle a bien vu qu'elle pouvait passer une année à se promener, plutôt que de rester enfermée avec ses sœurs dans ce bidule bizarre, alors elle en a profité.

Elle s'est étirée, et plop elle s'est évadée du château du Temps.

Et depuis elle se balade dans le monde.

Elle en a vu des choses, des belles, des moches. Elle s'est amusée avec ses frères et sœurs de l'extérieur, pluie, neige, grêle. Elle s'est baignée avec ceux des rivières et des mers, même si parfois (enfin même souvent) ils n'étaient pas vraiment propres. Elle s'est attardée sur les fleurs avec ses cousines rosée. Elle s'est mêlée aux pleurs d'un enfant battu. Elle a glissé quelques instants sur les lèvres du soldat mourant pour le soulager. Elle a joué à créer des arcs-en-ciel. Bref, elle a profité des beautés et des horreurs du monde.

Maintenant, il est temps pour elle de rentrer à la maison. Elle sait que le Maître du Temps l'attend avec impatience pour que l'ancienne année s'achève et que la nouvelle commence. Elle est d'ailleurs un peu en retard, mais si peu. Une chose est sûre, pourvu que la petite brèche ne soit pas rebouchée pour qu'une petite minute de temps puisse être libre l'année prochaine de parcourir le monde à son tour.

Voilà le château du temps est là, elle se glisse dans la horloge à eau et dégringole jusqu'au fond, son rôle est rempli et elle emporte pleins de souvenirs à raconter là où elle va.

"Zéro, 2009 bravo"

"Allez au boulot il faut tout préparer pour ce soir"

"Déflagration… le sang gicle, la mort s'invite"

"Ouinnnnnn, bravo Madame voilà un beau petit garçon et attention voilà votre petite fille qui s'annonce"

"Adieu à tous, j'ai bien vécu"

"Bon sang quel choc ! Heureusement que j'étais attaché"

"Oui mon amour, un gros bisou, viens vite"

Bonne année à tous.

Clepsydre

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20 décembre 2008

MERE NOELLE A LA RESCOUSSE (Martine27)

La Mère Noëlle fulmine (oui Mère Noëlle j'ai bien le droit de féminiser le nom me semble-t-il).

Où peut bien être passé son zigoto de mari.

En paréo, elle sort de la paillote pour le chercher.

(Pardon ? Ah vous, vous interrogez, la Mère Noëlle en paréo, dans une paillote, depuis quand fait-il si chaud au Pôle Nord. Non en fait, les Noël se sont délocalisés, ils en avaient marre de la neige et du froid, ils ont donc acheté une île des Mers du Sud. Bon au début, les lutins ont un peu récriminé, faisait trop chaud, les ours polaires allaient s'ennuyer d'eux, etc, etc… Mais depuis un an qu'ils sont arrivés tout va pour le mieux.)

A part, à part qu'il est 18 h 30 et que le Père Noël manque à l'appel alors qu'il est censé partir au boulot dans quelques heures.

Confiant le chargement des derniers paquets aux lutins, Mère Noëlle s'enroule plus étroitement dans son paréo et part à la recherche du déserteur. Sa disparition est d'autant plus étonnante que son costume a également disparu, or, il ne le met qu'au dernier moment.

Mère Noëlle file vers la plage où Père Noël aime à se délasser.

Et là sur le sable humide, elle découvre des traces de bottes, des bottes grande taille, celles de son époux pas de doute là dessus.

Seulement voilà ce qui est inquiétant c'est que ces traces se dirigent droit vers la mer, pas normal, pas normal du tout !!!

Mère Noëlle repart vers sa paillote et troque le paréo contre une tenue de plongée et la voilà qui s'en va barboter dans l'eau bleue.

Très curieusement et pas du tout naturellement, les traces de bottes continuent sous l'eau.

Notre courageuse Mère Noëlle les suit.

Bientôt les traces plongent plus profondément et la lumière diminue un peu.

Mère Noëlle s'interroge de plus en plus. Que peut-il bien se passer ? Pourquoi le Père Noël marche-t-il ainsi au fond de l'eau et sans que cela lui pose le moindre problème de respiration semble-t-il bien.

Après quelques minutes de nage intensive, Mère Noëlle arrive devant un grand rocher devant lequel les traces s'arrêtent, le Père Noël aurait-il été absorbé par ce roc ?

Mère Noëlle tapote dans tous les coins, rien. Alors furieuse (oui pour tout vous dire Mère Noëlle est un peu soupe au lait) elle saisit un caillou qui passait bêtement à proximité et se met à taper comme une dingue contre le mur de pierre qui la sépare de son cher et tendre.

Ce déchaînement de furie porte ses fruits car brusquement une porte s'ouvre.

Mère Noëlle pénètre dans la grotte qui vient de s'ouvrir et là, stupéfaction !

Devant elle se dresse un superbe palais sous-marin (bon histoire de faire court et de faire travailler votre imagination, je vous laisse vous faire votre propre image du-dit palais) autour duquel nagent poissons (normal), dauphins (normal), tritons et sirènes (beaucoup plus bizarre encore que Mère Noëlle vivant au milieu de lutins ne devrait s'étonner de rien).

L'une de ses jeunes péronnelles s'approche de Mère Noëlle et lui fait signe de la suivre. A la voir onduler devant elle, Mère Noëlle se retient de lui envoyer un bon coup de palme dans le croupion, si elle a osé faire ça devant Père Noël elle va la faire cuire au court-bouillon (on peut être Mère Noëlle et être jalouse non mais).

L'une suivant l'autre, elles pénètrent dans le superbe palais sous-marin (voir parenthèse ci-dessus mais pour l'intérieur cette fois-ci).

Elles arrivent dans la grande salle du trône où siègent le Roi et la Reine de la Mer et à côté d'eux, dans un état second se tient Père Noël.

Le sang de Mère Noëlle ne fait qu'un tour, et le couteau à poisson entre les dents (au figuré bien sûr), elle attaque.

"Qu'avez-vous fait à mon mari ? Pourquoi est-il là ? Vous vous rendez compte que vous êtes en train de saboter Noël ?". (Oui elle a enlevé le détendeur de sa bouteille d'oxygène et elle peut respirer sous l'eau c'est comme ça, ne cherchez pas à comprendre, c'est un conte de Noël oui ou non ?)

Le Roi lève une main pacificatrice "Une question à la fois, Chère Madame. Votre mari a juste un petit peu de mal à se remettre du chant de nos sirènes qui est, vous le savez, très persuasif mais parfois un peu hypnotisant. Ensuite s'il est là c'est parce que nos enfants le réclament. Parce que permettez moi de vous le dire, mais depuis qu'il fait sa tournée, pas une fois, mais pas une seule fois, il ne s'est préoccupé de nos petits bigorneaux d'amour. Donc pour une fois, sa tournée il la fera sous l'eau et par sur terre"

"Mais c'est hors de question, les enfants humains l'attendent avec impatience"

"Et nos crevettes à nous vous croyez qu'ils ne méritent pas de cadeaux ?"

"Si certainement, mais vous n'avez qu'à désigner un Triton de Noël et qu'on en parle plus, chacun son élément"

"Eh bien, justement Chère Madame (le roi est très poli, logique, c'est un roi) votre époux ne parait pas du tout dans son élément parmi nous. Vous en revanche, passez mon l'expression, vous semblez comme un poisson dans l'eau".

Et effectivement Mère Noëlle se comporte au fond de l'eau comme si elle était en plein air. Elle voit avec inquiétude un fin sourire entendu se dessiner sur les lèvres du Roi.

"Mais la voilà la solution, je suis sûre qu'elle vous agréera très Chère Madame".

Et nous voilà arrivé à 11 h 55.

Le Père Noël fin prêt, tout beau dans son costume, tient fermement en main les rênes de ses rennes (désolée je n'y suis pour rien si ces mots se prononcent pareil). Il s'est parfaitement remis de son incursion sous-marine et debout dans son traîneau il s'apprête à démarrer sa tournée.

La Mère Noëlle fin prête, toute belle dans son costume de sirène, tient fermement les rênes de ses hippocampes géants (dont l'un a un museau un peu rouge). Elle s'est parfaitement mise d'accord avec le Roi et la Reine des mers, et debout dans sa conque marine, elle s'apprête à démarrer sa première tournée de distribution de cadeaux sous les mers.

 

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06 décembre 2008

Règlement des comptes au paradis (Martine27)

REGLEMENT DES COMPTES AU PARADIS

Il se sent bien fatigué ce matin Saint Matthieu (NDLR : Pour bien comprendre la suite de l'histoire et pour les ignorants en hagiographie, sachez que Saint Matthieu est le saint patron des comptables, des banquiers et des changeurs). Il faut dire q'uil vient de consulter le planning et il a un sacré boulot qui l'attend aujourd'hui.

Il entasse sur son diable (NDLR : Je n'y suis pour rien si ça s'appelle comme ça) les dossiers du jour et se dirige en soupirant vers son bureau.

Il s'installe au milieu de son capharnaüm (NDLR : C'est au poste de douane de Capharnaüm que Matthieu exerçait son boulot et c'est là que Jésus l'a recruté. Et si ce mot désigne aussi un gros bazar c'est qu'il doit y avoir une raison), il allume son ordinateur, se branche sur sa session et appuie sur le bouton d'appel des clients.

Le panneau d'affichage de la salle d'attente indique "n° 53 bureau SM" (NDLR : Non pas pour sado-maso, mais pour Saint Matthieu faut tout vous expliquer).

Arrive une pétillante vieille dame, elle présente ses papiers et décroche à Saint Matthieu un sourire radieux bien qu'édenté.

"Alors voyons : un mari mort à la guerre, a élevé seule ses 4 enfants, n'a jamais baissé les bras, à la retraite a fait du bénévolat. Bon, quelques petits larcins dans les magasins pour nourrir ses enfants, on ne va pas chicaner pour ça. Allez sur 100 je vous donne 90, voilà votre ticket pour l'entrée au Paradis, suivez les flèches dorées marquées au sol".

Remerciements émus de la première cliente.

Ensuite trois cas pas au top, de la lâcheté, de l'égoïsme, tout ça ce sont des points en moins et avec seulement 50 points un petit stage au purgatoire ne sera pas superflu.

"n° 1007" (NDLR : Eh oui, déjà faut pas croire ça dépote là-haut, même s'ils ont l'éternité devant eux).

Arrive un homme un peu rondouillard et une bonne bouille, il présente ses papiers.

Saint Matthieu épluche "Eh dites, il manque la fiche de l'année 1942, pas normal ça !"

Le monsieur pâlit un peu.

"Bon je contrôle sur ma base de données. Oh, oh, 1942 rafle du Vel d'hiv. Dites, non seulement vous avez raflé, mais vous avez drôlement fouillé pour que personne ne vous échappe. Désolé mais là vous perdez 80 points d'un coup".

"Mais" balbutie le monsieur "j'ai fait un bon mariage, j'ai bien éduqué mes enfants".

"Exact c'est par ça qu'il vous reste 20 points, mais les objets volés aux juifs et les enfants envoyés au massacre, ça se paye".

"Pourtant je n'ai pas été le seul à les emballer, et puis c'était les ordres, et j'ai vu que vous aviez laissé passer un collègue".

"Oui, mais lui il s'est arrangé pour laisser filer des enfants, ça lui a valu des points en plus. Désolé en ce qui vous concerne c'est le ticket direct pour les pays chauds".

Saint Matthieu appuie sur un bouton et une trappe s'ouvre sous les pieds du bonhomme.

"Chaud devant" rigole Saint Matthieu "amusez-vous bien avec celui-là".

"Merci Matt" lui répond-on.

Débarque ensuite une femme adultère qui n'en mène pas large.

"Je sais, je sais, je n'aurais pas du tromper mon mari".

"Bof, il vous délaissait et puis vos amants vous les choisissiez par amour. Vous savez ça, Jésus il apprécie et n'oubliez pas que Marie Madeleine est une bonne copine. Pour le reste on dira passable 60 points ça passe juste".

"Et mon mari ?" s'inquiète la dame "il a eu des maîtresses aussi, il est passé alors ?"

"Ah lui, non direct au sous-sol".

"Mais pourquoi ? Il a fait comme moi".

"Si on veut, mais lui pas d'amour là-dedans et des pratiques franchement ignobles notamment avec des enfants, alors ça n'a pas fait un pli, il est parti bronzer et comme en plus il vous maltraitait, ça lui a fait un paquet de points en moins".

Ensuite une petite pause autour de la machine à café où les Saintes et les Saints échangent potins et souvenirs.

"La tête à Torquemada quant on l'a envoyé se faire rôtir, trop drôle".

"Et Simon de Monfort quant il a croisé en descendant les Cathares qui montaient à mourir de rire".

Ils taillent aussi des bavettes avec les confrères des autres religions.

"Vous devez avoir du boulot avec tous ces attentats !"

"M'en parlez pas, ces sacrés fanatiques croient se retrouver nez à nez, enfin je me comprends, avec des houris et zou direct avec vos dingues à vous à la trappe. Et vous avec la crise financière pas trop de banquiers ?"

"Tu parles, on est plus en 1929, ils filent avec des parachutes dorés plutôt qu'avec une balle dans la tête, mais on les attend au virage".

Et la journée reprend.

Saint Matthieu voit passer un douanier. Bon, il n'est pas blanc-bleu, limite des 49, mais comme c'est un collègue il lui accorde un point de plus assorti quand même d'un long passage au purgatoire, on a ses faiblesses mais faut quand même pas exagérer.

Il accueille ensuite un jeune homme décédé suite à une longue maladie qui râle qu'il n'a pas fait tout ce qu'il voulait sur terre.

"Vous savez vous pouvez aller directement là-haut. Vous prenez un risque en redescendant".

Mais non, le jeune homme est prêt à tenter le coup.

Saint Matthieu l'adresse donc au chef de service Saint Pierre qui est seul habilité à traiter les cas complexes de réincarnation.

Et voilà des prêtres.

Celui-là a passé sa vie à se reprocher ses fantasmes vis-à-vis de ses belles paroissiennes, à s'infliger pénitence sur pénitence et à se venger sur ses ouailles en oubliant la simple charité. 25 malheureux points pour ses jeunes années et ouverture de la trappe.

Celui-ci en revanche, bien qu'ayant vécu dans le "péché" avec une femme a fait rayonner la joie et le bonheur autour de lui, 98 points et direct chez Saint Pierre pour des félicitations.

Le gros spéculateur mort sur un matelas de billet en laissant derrière lui malheur et désolation essaye bien d'acheter notre Saint Matthieu, mais inflexible il lui attribue zéro et direction le barbecue.

Cette femme malheureuse qui avoue avoir euthanasié son enfant qui souffrait, est consolée et envoyée par l'ascenseur express rejoindre celui qui lui a tant manqué.

La journée se termine enfin. Les chiffres de toutes ces vies qu'il a vu défiler jouent la sarabande dans la tête de Saint Matthieu.

"Mais quand comprendront-ils qu'un peu d'amour fait gagner un maximum de points et qu'on s'en fiche de presque tout le reste" se dit-il désabusé. Il baille, éteint son ordinateur et s'en va goûter un repos bien mérité dans son NLH (NDLR : Nuage à Loyer Modéré, mais vous aviez deviné), mais peut-être avant une petite sortie avec les collègues pour se boire un petit coup d'hydromel au bar du coin.

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29 novembre 2008

RECLAMATION (Martine27)

A l'attention de Monsieur le Maire de Pedzouille les Bains

De la part de Madame la Baronne Cunégonde de Haute-Volaille - Neuilly

 

Cher Monsieur le Maire,

Mon époux le Baron et moi-même avions choisi votre si Charmante et si Pittoresque bourgade balnéaire pour nous ressourcer et nous reposer de notre Trépidante vie parisienne.

Nous avions, pour se faire, loué une Adorable petite bicoque de 100 m2 sise sur une île à l'écart des plages surpeuplées par le petit peuple et accessible uniquement par barque.

Nous pensions donc, en dépit du coût modeste de cette location (10.000 € la semaine) pouvoir bénéficier d'un minimum de quiétude qui nous eut permis, ainsi que je vous en entretenais plus haut, de nous aérer et de nous remettre de notre année consacrée aux conseils d'administration pour mon époux et aux bonnes œuvres et shopping pour votre servante.

Las !

Ce qui devait être une villégiature de rêve fut une catastrophe.

La chambre que nous avions choisie, pour reposer nos pauvres corps fourbus et nos âmes lasses, ne possédaient que de Modestes rideaux de soie qui n'occultaient point la lumière matutinale et nous obligeaient à nous lever à l'heure, vous en conviendrez aisément, Indécente de onze heures du matin.

Cet état de choses motive ma première plainte contre l'officine pharmaceutique de votre Charmant bourg.

Ayant oublié mon masque de repos, je fus horrifiée de constater que l'apothicaire de Pedzouille n'avait point en stock ce type d'article hautement Utile et Civilisé.

Bref !

Il me fallut bien faire contre mauvaise fortune bon cœur dans la mesure où la Civilisation n'était point arrivée à votre porte.

Non, ce qui motive ce courrier Indigné, voire Outré, vous me voyez fort Marrie d'employer des termes aussi Excessifs, c'est le sans-gêne Scandaleux de notre voisin le plus proche sis sur un escarpement rocheux en face de notre petit île.

Sachez Monsieur l'Edile que toutes les nuits ce Malfaisant, cet Ehonté, n'ayons pas peur des mots, s'amusait à faire clignoter une puissante lumière qui venait avec une régularité Horripilante éclairer notre chambre dépourvue, je vous le rappelle, de panneaux occultants.

De plus, étant des maîtres libéraux nous ne pouvions guère déloger nos domestiques des chambres que nous leur avions allouées et qui se trouvaient à l'opposé de ce Trublion.

Monsieur le Baron et moi-même pensâmes qu'il s'agissait d'un boite de nuit pour le vulgus pecum.

Nous cherchâmes donc à identifier ce Malappris !

Las à nouveau ! Nous nous heurtâmes à l'Incompréhension voire à l'Ignorance crasse et à l'Insolence de l'indigène tenant la poste, une certaine Madame Suzanne, ainsi qu'à ceux de votre propre secrétaire de mairie, vous me voyez profondément Navrée de devoir vous en réferer.

Je ne compris pas non plus pourquoi ces deux écervelées osèrent me rire au nez, oui Monsieur le Maire, me rire au nez !

Voilà Monsieur le Maire, j'espère de tout cœur que vous pourrez faire cesser cette nuisance qui troubla notre repos bien mérité et que vous sermonnerez d'importance l'employée territoriale sous votre responsabilité et la Dame de la poste par la même occasion pour leur manque de Courtoisie et d'Efficacité.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Maire, l'expression de mes très sincères et très distingués sentiments.


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De Monsieur le Maire de Pedzouille les Bains

A Madame la Baronne Cunégonde de Haute-Volaille - Neuilly

 

Chère Baronne,

J'ai lu avec Intérêt votre Missive de Réclamations qui a retenu Toute mon Attention.

Je ne puis, malheureusement, lui donner suite.

L'édifice qui vous causa tant d'Inconfort est le phare de la commune et ne peut être éteint, vous nous en voyez désolé.

Si vous revenez parmi nous lors d'une prochaine Villégiature, je me ferai une Joie de vous offrir, sur mes deniers Personnels, le masque de repos qui vous manqua tant.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Madame la Baronne, l'expression de mes sentiments Respectueux et Républicains.

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