16 avril 2016

Un tout petit voilier (Marco Québec)



Traversée du fleuve St-Laurent
Trois heures durant
Pour aller visiter les grands-parents
Le seul voyage qu’ils font annuellement
 

La sœur et son frère sont des enfants
Les deux adultes sont leurs parents
 

Le père fait une traversée en solitaire
Occupé au bar à boire de la bière
Les enfants sont avec leur mère
Accoutumée à la distance du père
 

Quand ils débarquent de l’autre côté
Ils prennent un moment pour manger
Besoin de se rassasier
Et le père de dégriser
Car c’est lui qui conduit
Sur la route de la Gaspésie
 

Le long du chemin
De jeunes gamins
Vendent de jolis voiliers
Faits à la main
Le fils rêve de posséder le sien
Depuis plusieurs années
Il chante dans sa tête
« J’avais fait un tout petit voilier
Avec des bouts de merisier »
À sa grande surprise, son père s’arrête
Et lui offre l’objet tant désiré
 

Au cours d’une soirée bien arrosée
Dans la famille paternelle
Le père demande à son garçon
De montrer le voilier qu’il lui a acheté
Voilà que son cousin Daniel
Se met à pleurer, à tempêter
Et à réclamer le voilier
Le père finit par lui donner
Sans même consulter son fiston
 

Petit enfant blessé
Qui ne peut s’expliquer
Qu’on peut lui enlever
Ce qu’on lui a donné
 

L’enfant a grandi
Il s’est acheté un voilier
Qui n’a jamais remplacé
Celui qu’on lui avait ravi
 

En complément, La chanson du petit voilier, chantée par Paolo Noël, chanteur québécois, 1958

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09 avril 2016

Les moulins de mon coeur (Marco Québec)


Moulin à café
Pour apprivoiser le matin
 
Moulin à eau
Pour étancher la soif
 
Moulin à farine
Pour apaiser la faim
 
Moulin à poivre
Pour épicer la vie
 
Moulin à bois
Pour réchauffer le cœur
 
Moulin à paroles
Pour dire la tendresse
 
Moulin à papier
Pour écrire les mots d’amour
 
Moulin à vent
Pour me mener jusqu’à toi
 
 

ma01
Machine de moulin à papier

 

ma02
Moulin à bois au Québec, 1970

ma03
Et un clin d’oeil pour Map !!!

ma04

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02 avril 2016

Chapeau ! (Marco Québec)


Dis maman
Qu’est-ce qu’elle a sur la tête
La reine Elizabeth
Un gâteau ou un chapeau
 
Reste poli mon garçon
Et ne t’occupe pas du chapeau de la voisine
 
Dis maman
Au sujet de la voisine justement
Mes amis disent
Qu’elle travaille du chapeau
 
Ne répète jamais cela mon garçon
Sinon tu devras avaler ton chapeau
Et aller t’excuser
 
Mais maman
Je n’ai rien fait
Pourquoi je porterais
Le chapeau
 
Rappelle-toi mon garçon
Ce que dit ton papa
Que celui à qui le chapeau va
Le porte
 
Mais dis-moi plutôt
Comment s’est déroulé
Ton match de hockey
 
Ah oui ! La partie a démarré
Sur les chapeaux de roues
Et j’ai fait un tour du chapeau
 
Voilà qui est très bien mon garçon
Je suis fière de toi
Et je te tire mon chapeau
 

En complément: Si le chapeau te fait, une chanson de Daniel Guérard, chanteur québécois dans les années 1960

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26 mars 2016

Superstition (Marco Québec)

C’est sur ce banc de parc que cette histoire a commencé.

ma01

Deux hommes y sont assis.


-          Êtes-vous superstitieux?, demande l’homme aux yeux rougis.
-          Je ne vous connais pas, répond l’autre.
-          Je m’appelle Claude. Êtes-vous superstitieux?, redemande-t-il.
-          Pourquoi me parlez-vous?
-          Parce que vous êtes là et que je suis là.
-          Ce n’est pas une raison.
-          Pourquoi faudrait-il une raison?
-          Je ne sais pas.
-          Alors êtes-vous superstitieux?
-          Pourquoi me demandez-vous cela?
-          Pour engager la conversation, pour briser la solitude.
-          Qui vous dit que je vis dans la solitude?
-          Ce n’est pas ce que j’ai dit. Vivez-vous dans la solitude?
-          Je ne suis pas superstitieux.
-          Et vivez-vous dans la solitude?
-          C’est possible. Et vous, êtes-vous superstitieux?, demande l’autre.
-          Je ne sais pas.
-          Pourquoi poser la question si vous ne savez même pas?
-          Parce que
-          Ce n’est pas une réponse.
-          Vous savez ce qui s’est passé hier?
-          Non, je ne sais pas.
-          Si vous ne savez pas, c’est que vous vivez vraiment dans la solitude.
-          Vous commencez à m’énerver avec ma solitude.
-          Désolé, je ne veux pas vous énerver.
-          Qu’est-ce qui s’est passé hier?
-          Les attaques au Bataclan, dans les restaurants, comme chez Charlie Hebdo.
-          Comme chez Charlie Hebdo?
-          Oui, comme chez Charlie Hebdo, mais en plus gros, avec plus de morts et plus de sang.
-          Non vraiment, je ne savais pas.
-          Le Président a dit que c’était une déclaration de guerre.
-          Ah! Les présidents et leurs grands mots.
-          Et leurs grands chevaux.
-          Oui, leurs grands chevaux… Mais pourquoi me demandez-vous si je suis superstitieux?
-          Parce que c’est arrivé un vendredi 13.
-          Ah bon!
-          Ma petite-fille y était, dit Claude.
-          Où ça?
-          Au Bataclan.
-          Est-elle blessée?
-          Définitivement morte.
-          Ah bon! Mais pourquoi vous me dites tout cela?
-          À qui voulez-vous que je le dise?
-          À vos amis, à votre famille.
-          Je n’ai pas d’amis, je n’ai plus de famille.
-          Ah bon!
-          Cessez de dire « Ah bon! ».
-          Vous aussi, vous vivez dans la solitude?
-          C’est possible.
-          Quel âge elle avait votre petite-fille?
-          21 ans.
-          C’est tout jeune.
-          C’est tout bête surtout de mourir à 21 ans.
-          Peut-être.
-          Comment ça « Peut-être » ?, réplique Claude.
-          La mort est toujours bête. La violence aussi.
-          La solitude aussi, ça peut être bête.
-          Ah bon.
-          Encore vos « Ah bon! ». Avez-vous soif?
-          Pourquoi vous me demandez ça?
-          Pour vous inviter à boire.
-          Pourquoi?
-          Pour que je sois un peu moins seul. Pour que vous soyez un peu moins seul. Pour que le monde soit un peu moins bête.

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12 mars 2016

Vous avez dit kitch ? (Marco Québec)


Kitch ou kitsch
Est adjectif ou nom
Le kitch ou le style kitch
C’est selon
Mais toujours invariable
Pas de discussion
 
Kitsch vient de l’allemand
Et veut dire poubelle
Pas trop surprenant

Il se dit à propos
D’un objet, d’un décor
Ou d’une œuvre d’art
De mauvais goût
Ou franchement
Vulgaire
Procédant
D’une démarche volontaire
Ou le contraire
Certains en tirent du plaisir
D’autres du dégoût
Encore une fois
C’est selon
 
Qu’est-ce que le mauvais goût ?
Me direz-vous
Qu’est-ce qui est vulgaire ?
La ligne n’est pas claire

Style pseudo-artistique
Disent des détracteurs
Œuvres emblématiques
Affirment des collectionneurs
 

ma01


 
La culture populaire
A fait son affaire
Du mot kitch

Le théâtre a eu
« Kitch ou double »
La télé
« Kitch TV »
Et Kitchouille
Mascotte de la chaîne

La chanson a eu
« Dr Kitch »
Paroles de Lord Kitch…ener
Les restos
O’Kitch
Ancêtres du McDo
Et aussi Kitch et Bio
 
Si vous êtes une kitchgirl
On vous verra
Au Kitch Club
Ou à l’une de ces soirées kitch
"LA KITCH", la vraie!
Kitch Party
Official kitch
Kitch 80’s
So kitch
Kitch kool
Kitch power
Kitch to kitch
Can I kitch you
Mega kitch
Kitch n’sync
100% kitch

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05 mars 2016

Il y a des gens (Marco Québec)


Il y a des gens
Qui ont toujours
Le même pas régulier
On ne les verrait pas courir
Pour vous secourir
Ou bien ralentir
Pour répondre à un sourire
 

Il y a des gens
Pour lesquels
Chaque jour est semblable
Au jour d’avant
Pas de jour de fête
De visiteurs à accueillir
Ou d’envie de partir
 

Il y a des gens
Qui ne vont jamais bien
Mais jamais mal non plus
Rien ne les excite
Rien ne les agace
Ils n’ont pas d’avis
Ils se réfugient
Dans une pleine neutralité
 

Il y a des gens
Qui sont toujours posés
Jamais d’éclats de voix
De cris de joie
De chuchotements complices
Ou de mouvements de colère
 

Il y a des gens
Qui ne font que travailler
Pas le temps de se reposer
De lézarder
De profiter
De l’argent durement gagné
 

On dirait que ces gens
Ont un métronome
À la place du coeur

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27 février 2016

La zoosique (Marco Québec)


Les carpes
À la harpe
Les léopards
À la guitare
Les hirondelles
Au violoncelle
Les grands hérons
Au violon
Voilà pour les cordes
Qu’elles s’accordent
 

Les ouaouarons
Au basson
Les rhinos
Au saxo
Les vers à soie
Au hautbois
Les chevaux
Au piccolo
Voilà pour les bois
Que s’amusent vos doigts
 

Les belettes
À la trompette
Les lamas
Au tuba
Les lionnes
Au trombone
Les castors
Au cor
Voilà pour les cuivres
Vous avez intérêt à suivre
Les gazelles
À la crécelle
Les araignées
Au djembé
Les cacatoès
À la grosse caisse
Les bécasses
Aux maracas
Voilà pour les percussions
Je veux votre attention
 

Et nous, de quoi jouerons-nous ?
Dirent les zèbres
Avez-vous une idée ?
Demanda le chef d’orchestre
Nous sommes zébrés
Tout comme le clavier
Si on jouait du piano
Ça compléterait le numéro
 

Ce qu’ils ont joué
Vous vous en doutez
Un carnaval des animaux
Des plus rigolos

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20 février 2016

Le temps (Marco Québec)


Il rêvait de maîtriser le temps
Plus rien à faire
Des retardataires
Des gens toujours pressés
De ceux qui ont tout leur temps
Ou n’en ont jamais assez
Sans compter ceux qui tuent le temps

Il n’y aurait plus
D’avant et d’après
D’hier et de lendemain
De jours qui allongent
Ou qui raccourcissent
De temps mort
Ou de temps de vivre
De conflit d’horaire
De fuseaux horaires

Il rassembla donc les sabliers
Qui se trouvaient dans toute la contrée
Il en remplit sa maison
Du plancher au plafond
Il était certain
D’être le plus malin
Maintenant
Qu’il possédait le temps

Le temps s’est bien moqué
De cette entreprise insensée
Au petit matin
Plus de sabliers
Que du sable, un mètre pas moins
Sur tout le plancher

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13 février 2016

Mes mots (Marco Québec)

Préambule

J’ai écrit ce texte il y a quelques mois. J’y fais parler l’un de mes amis diagnostiqué Alzheimer précoce à 45 ans. J’attendais l’occasion pour le proposer.
C’est l’image enfantine de la lune dans l’image du thème qui m’a allumé.

Le titre du texte est Mes mots. Il aurait pu tout aussi bien s’intituler Au clair de la lune.

 


À peine 45 ans
Je n’étais qu’au mitan
J’ai perdu la mémoire
J’ai perdu mon histoire
 
Envolés les mots du quotidien
Les mots qui font du bien
Je réponds à vos questions
Par un oui, par un non
 
Se sont tus les mots des discussions
Ceux des conversations
Des tergiversations
Des grandes réflexions
 
Enfouis les mots des sentiments
Les mots qui disent  le temps
Les mots de mes chansons
Les mots qui sentaient bon
 
Éclipsés les mots de tous les jours
Les mots de mes amours
Oubliés les mots qui font la fête
Et les rimes des poètes
 
Si revenait  ma mémoire
S’il y avait moins de noir
Je chanterais cette chanson
Apprise petit garçon
 
Au clair de la lune
Mon ami Pierrot
Prête-moi ta plume
Pour écrire un mot

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06 février 2016

Briser la glace (Marco Québec)

 

Je m’étais installé, il y a quelques années déjà, à Sainte-Anne-de-la-Pérade. Il s’agit d’une petite municipalité du Québec, située sur la rive nord du Saint-Laurent.

La Pérade est surtout connue pour la pêche sur la glace en hiver. Quand ce dernier a transformé en glace les eaux de la rivière Sainte-Anne, on y construit un village temporaire constitué de cabanes de pêcheurs. Une cabane peut accueillir quelques pêcheurs qui tentent d’y attraper le poulamon, espèce de petite morue, au moyen d’un fil et d’un hameçon qu’on met à l’eau à travers un trou pratiqué dans la glace.

Je menais à La Pérade une vie de solitaire. Je n’avais jamais été attiré par cette activité de pêche sur la glace, prisée par les résidents, ainsi que par de nombreux touristes, selon ce que j’avais entendu. C’est en allant cueillir mon courrier au bureau de poste que l’idée a commencé à germer dans mon esprit. Des affiches placées dans les vitrines des quelques commerces concentrés au centre du village annonçaient l’ouverture de la saison de la pêche. Celle-ci avait eu lieu la fin de semaine dernière. Même si j’étais porté à penser que j’étais trop vieux pour m’initier à cette activité, une partie de moi avait le goût d’un peu de nouveauté dans ma vie qui se déroulait comme un long fleuve un peu trop tranquille.

Le dimanche suivant, je me suis donc présenté au kiosque d’accueil où l’on m’a donné les informations d’usage et dirigé vers la cabane portant le numéro 12. Quand j’y suis entré, il y avait un homme qui était assis sur une planche qui lui servait de banc. La cabane comportait deux bancs qui se faisaient face et pouvait contenir au plus quatre pêcheurs. Je me suis assis face à cet inconnu et j’ai engagé la conversation.

-        Bonjour monsieur.
-        Bonjour. Est-ce que cela vous dérange que je fume? Je peux éteindre ma cigarette si vous préférez.
-        Non. Je fume moi aussi. Je vais en profiter pour m’en allumer une.
Je cherchais mes cigarettes dans mes poches. Comme je ne les trouvais pas, je dis :
-        Il semble bien que je les ai oubliées à la maison.
-        Tenez, prenez-en une.
-        Non merci. Je ne veux pas avoir l’air de celui qui fait semblant d’avoir oublié ses cigarettes pour en quête une.
-        Allez, prenez-en une. Ça me fait plaisir.
-        Alors d’accord. Je vous remercie. Je m’appelle Gustave Labbé.
-        Vous habitez à La Pérade?
-        Oui, depuis quelques années, lui répondis-je.
-        Et vous, êtes-vous un touriste?
-        Non, j’habite à La Pérade moi aussi.
-        Je ne me rappelle pas vous avoir déjà croisé.
-        Par contre, mon nom devrait vous dire quelque chose. Je m’appelle Delphis Moreau.
-        Delphis Moreau. Ah! Vous êtes le père du…
-        Oui, c’était mon fils.
-        … du double meurtre.
-        C’est bien cela.
-        Je suis désolé, lui dis-je.
-        Vous n’avez pas à être désolé.
-        Je ne savais pas que vous viviez toujours au village.
-        Oui, c’est ici que je suis né. C’est ici que je veux mourir.
-        Je vous trouve bien courageux.
-        Je ne sais pas si c’est du courage ou de l’entêtement, me répondit-il.
-        Et la mère de, du, votre femme?
-        Jeannine ne s’est jamais remise des événements. Elle s’est laissée mourir.
-        Est-ce que vous avez refait votre vie?, lui demandai-je.
-        Refaire sa vie. Quelle expression! Quelle illusion surtout!
-        En fait je me demandais si vous viviez seul.
-        J’avais compris. Oui je vis seul. Mes enfants ont tous quitté le village et n’y ont jamais remis les pieds.
-        C’est bien triste tout cela.
-        En effet, ça l’est. Mais parlez-moi de vous. J’espère que votre histoire est moins triste que la mienne.
-        Moins triste, c’est certain. Je suis veuf. Je n’ai pas eu d’enfant. La solitude finit par peser.
-        Vous pêchez souvent le poulamon?, me demanda-t-il.
-        Non c’est la première fois.
-        Moi c’est la première fois depuis nombre d’années. Il faut briser la glace, me dit-il.
-        N’est-ce pas ce qu’on vient de faire?
-        Pardon?
-        C’est ce qu’on vient de faire, non, briser la glace. Deux inconnus qui font connaissance, qui se révèlent.
-        Oui, vous avez raison, sûrement. Mais je parlais plutôt du trou dans la glace… Si l’on veut pêcher. Le trou s’est refermé.

Nous avons eu alors un grand éclat de rire qui scella notre complicité qui dure encore aujourd’hui.

ma01

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