06 juin 2015

LA PREDICTION DES CARTES (Lorraine)

 

Les cartes devant moi étalent leur mystère

Voici l’homme étranger qui dans la nuit viendra

Le beau valet de cœur va chercher à me plaire.

Une amie éplorée l’aime et me haïra

 

Si ma vie se pouvait jouer en cet instant

Je tournerais le sort comme on tourne les pages

Le Roi de cœur serait à jamais mon amant

Et le Roi de Carreau s’en irait en voyage

 

Les piques quitteraient mon chemin hasardeux

Je ferais de l’amour mon plus bel oriflamme

Je ne prédirais rien que des demains heureux

Des nuits et des matins épargnés par les larmes

 

L’as de carreau serait le porteur de nouvelles

Qu’on espère toujours et ne reçoit jamais

Le huit de cœur aurait la douceur éternelle

Des mots dits doucement comme on dit un secret

 

J’éloignerais de moi le neuf de carreau trouble

Qui annonce rupture,  retard ou manquement

Le neuf de cœur serait le bonheur qui découle

 D’une rencontre amie et pleine d’agrément

 

Le sept de trèfle aurait pour moi une pensée.

Le valet,  très galant,  donnerait sa lumière

Au dix de cœur joyeux qui me ferait danser

A la fête où j’irais déguisée en bergère

 

Les cartes devant moi n’ont plus aucun mystère

Je sais que le bonheur  pour moi s’est arrêté

Et qu’il repartira par la porte cochère

Des amours éternels qu’on ne peut oublier.

 

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30 mai 2015

Participation de Lorraine


COUCOU !

Vous l’ai-je dit, Ami, aujourd’hui c’est la fête
La fête des oiseaux accourus de partout
Le merle, le pinson et la bergeronnette
L’hirondelle éperdue et le gentil coucou

Le coucou, dites-vous ? Chère, il n’est point là
Il aime se cacher, c’est son écho qu’il lance
On croit l’entendre ici. Regardez, le voilà !..
 Eh non ! Ce dégourdi taquine le silence

Invisible et moqueur, du bout de sa lorgnette
Il regarde et se rit de tout ce tralala
Une Fête d’oiseaux ! Qu’ils jouent des castagnettes !
Lui s’en va investir le nid rond d’un chouca

Fi de l’usurpateur, Ami, puisque la fête
Autour de nous pépie, gazouille et se balance
La colombe roucoule et jase la nonnette
Le printemps est partout comme un matin d’enfance

Nous allons à pas lents.  Donnez-moi votre bras
Le long des chemins creux s’en vient le soir si doux
Le concert enchanté se disperse déjà
Tandis qu’au loin s’éteint l’adieu bref du coucou

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16 mai 2015

La caisse (Lorraine)

Quelques jours après avoir pris possession de sa somptueuse villa,
Ernst Kazirra, rentrant chez lui, aperçut de loin un homme qui sortait,
une caisse sur le dos, d'une porte secondaire du mur d'enceinte,
et chargeait la caisse sur un camion.
Il n'eut pas le temps de le rattraper avant son départ.
Alors il le suivit en auto. Et le camion roula longtemps,
Jusqu’ à l'extrême périphérie de la ville,
et s'arrêta au bord d'un vallon.

Là, il descendit, s’étira longuement avec délices, écouta un instant les trilles d’un pinson puis se mit à l’ouvrage.

Il sortit la caisse du camion., l’ouvrit, eut le sourire : la superbe table des comtes de Lapoudrière , achetée à prix d’or par Ernst Kazzira, avait bien supporté le voyage. Il l’installa dans le pré,  la revêtit d’une nappe à carreaux, dressa le couvert, déballa son pique-nique et ouvrit le litron de rouge. Ensuite il déjeuna.

Ernst Kazzira , stupéfait, assistait à la réalisation d’un rêve : une heure d’illusion volée au quotidien monotone, devenir, le temps d’un repas, ce comte de Lapoudrière et manger à sa table. Comme une revanche.

Après ? Qu’importait l’après ?...

 

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25 avril 2015

OBJETS TROUVES (Lorraine)

            On m’a trouvé sur la plate-forme du tram, accroché à la barre. Elle avait pourtant juré qu’elle ne m’oublierait jamais !

            « Il est trop beau, disait-elle à ses amis, c’est un modèle des années 70, tout fleuri, au long manche recourbé. J’adore ! C’est plus une ombrelle qu’un parapluie, je trouve ! »

            N ’empêche, me voilà aux « Objets trouvés ». Comme vous, je vois.

            - Oui . M’oublier, moi, la valise du week-end, sur un quai de gare ! Je fulmine ! Le chef de train fulminait aussi  et elle, par la vitre baissée, faisait de grands gestes inutiles. Elle filait vers le soleil ; moi j’ai filé jusqu’ici !

            La paire de gants sourit dans son coin. C’est la deuxième fois qu’on la perd. Elle aime assez, elle fait des rencontres. Tenez, ce foulard de soie rose    s’agite sur l’étagère, indigné. Il était choyé, parfumé, jeté négligemment sur l’épaule ou sagement noué dans le décolleté accueillant. Et le voilà à côté d’une casquette à carreaux pas très propre, d’une poupée unijambiste, d’un porte-carte bourré et d’un panier à provisions vide. Un roman de Marcel Proust baille discrètement, aligné près d’une pile de romans policiers à deux sous. Voici un agenda, trois porte-monnaie, un cardigan très printanier, un beauty-case, une serviette d’homme d’affaires et une paire de chaussons.

            Leur destin ? Attendre que les maîtres écervelée songent qu’il existe un bureau d’ »Objets Trouvés » et viennent les récupérer.

            Sinon ? Eh bien, un an et un jour plus tard, on les mettra en vente. Pour un nouveau destin ?...

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11 avril 2015

LES PIECETTES (Lorraine)

            On me l’a affirmé : les piécettes sont glanées la nuit par un bel éphèbe que nul n’a jamais vu . Il nage dans les eaux du Tibre, silencieux, attentif , se pose sur la Piazza Navona, se glisse silencieusement dans les fontaines et l’ escarcelle  pleine,  s’en retourne au pays des dieux. On dit à Rome  qu’il est un lointain descendant de Triton, dieu marin messager des flots et fils de Poséidon, le maître des océans et d’Amphitrite, la plus belle des Néréides,  

            On dit aussi qu’un conseil solennel les réunit près des oliviers  et, en regardant bien,   certains soirs de clair de lune, on distinguerait  le cortège évanescent des Néréides , ces nymphes marines, ces divinités bienveillantes.  Mais allez savoir ! On dit tant de choses !

            Non, ils ne dilapident pas l’argent et les vœux des touristes. Comme ils sont de vieux dieux bien en dehors du temps, ils ignorent la pauvreté et la misère. Alors, les piécettes, ils en font des étoiles qu’ils lancent par-dessus les toits de Rome comme autant de feux d’artifice, pour le plaisir des amoureux et des poètes.

            Puis s’endorment au bord de l’eau, dans la nuit tiède qui murmure.

 

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14 mars 2015

LE PALAIS DE L’EMPEREUR (Lorraine)

« Le Palais de l'Empereur est si vaste qu'un homme ne peut parcourir toutes les pièces en l'espace d'une seule vie. Des parties entières du Palais sont négligées et abandonnées et se mettent à mener une existence étrange, indépendante. » (1)

Vous n’y croyez pas ? J’étais sceptique, moi aussi. Un jour, j’ai voulu en avoir le cœur net et j’y suis entrée.
C’était la nuit, je marchais sur des tapis brodés d’or, et les laquais que j’ai croisés ressemblaient à des ombres : ils ne m’ont pas vue. Peut-être, moi aussi, ressemblai-je à une ombre ? Mais peu importe.

J’ai marché longtemps sans pousser une seule porte. Je savais (n’est-ce pas étrange ?) qui vivait derrière chacune :empereurs, rois, princes et duchesses. Ils ne m’intéressaient pas, je cherchais un endroit abandonné depuis des siècles quand mes mains tâtonnantes dans l’obscurité soudaine ont frôle un rideau ; je m’y suis accrochée et…il s’est ouvert !

Nous étions dans un autre monde, ailleurs, dans une tourelle dont l’escalier arrondi me mena en plein bal ; celui des feux follets. Ils étaient des centaines, et leur lueur bleutée sautillait en cadence, côte à côte avec les feux follets vermillon. Quelques flammèches jaunâtres dansaient à contretemps, mais tous étaient gais et m’ayant aperçue, me firent entrer dans la ronde. Un étang somptueux renvoyait leur silhouette souriante. Un parfum de thym et de lavande m’enivrait un peu quand mon cavalier me susurra à l’oreille : « Il est temps pour vous de repartir, nous venons de passer 20 ans ensemble, continuez donc votre recherche » !

J’avais sursauté : vingt ans ? Le temps d’une valse chez les feux follets ! Je me précipitai vers le miroir : aux tempes, mes cheveux grisonnaient ! J’étais arrivée jeunette et curieuse, je me retrouvais au bord de la cinquantaine.

Vous ne m’en voudrez pas : j’ai fait demi-tour malgré mon désir de visiter la « Salle des Pas perdus » (qui, paraît-il, résonne du bruit des talons hauts et des bottes masculines, des marchés aux fleurs et des baraques foraines) et de surprendre le « Lieu des fées » où, dit-on, elles envoûtent sans baguette, d’un simple regard.

Revenue sur terre, je regretterai toujours le Palais de l’Empereur. Non pour son luxe éblouissant, mais pour le bal des Feux Follets où j’ai perdu ma jeunesse.



(1) Extrait de « La galerie des glaces » de Steven Milhauser.

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28 février 2015

SOUVENIRS D’UN VIEUX PORTE-MANTEAUX (Lorraine)


        On ouvrait la porte de rue, j’étais là dans l’entrée, contre le mur, bien arrimé.

     Il faut dire que j ‘accueillais selon  l’heure,  pardessus en ratine , manteau  féminin, trench-coats des jeunes, chandails, un peu pêle-mêle, s’entassant si tout le monde était à la maison. Je tenais le coup ; il faut dire qu’on m’avait choisi muni d’un dos solide, d’une planche à chapeaux et sous mes crochets, d’un porte-parapluie qui recevait aussi les bottines crottées après les promenades d’hiver.

    Je reconnaissais les parfums : une odeur de violette dans un col de fourrure, c’était Madame. Une fragrance de rose à peine ébauchée : la charmante Denise venait de suspendre à une patère son élégant manteau de velours brun, si soyeux, que j’affectionnais parmi tous. Ajh! ce goût de caramel ,  nul doute, Aline rentrait de l’école. J’héritais de l’écharpe rouge, du chapeau assorti au manteau et j’entendais tout de suite les éclats de rire.

     C’était l’heureuse époque où ils étaient tous là, Denise la sœur aînée, Jean et Julien, leurs parents et la petite. J’ai connu les jours de fête et les chapeaux de paille légère, qui mettaient une ombre adoucie sur le visage des femmes ; et les chapeaux de paille ceinturés d’un ruban dont les hommes  se coiffaient l’été

    .Et puis, le malheur est venu. Le voile de deuil noir a remplacé le bibi coquin de madame ; tous les costumes des fils sont devenus noirs et on a même teint en noir la robe d’école de la petite Aline. Je n’ai plus revu le chapeau rouge ; on a coiffé ses cheveux courts d’un béret alpin.  La vie a continué ; je me retrouve chez le brocanteur, oublié, vide à jamais. Personne ne voudra plus de moi, je suis trop vieux. Et parfois, je pense à eux, qui m’avaient choisi et qui m’ont connu jeune. Que sont-ils devenus ?...

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21 février 2015

DES MORCEAUX DE PARADIS (Lorraine)

         Des morceaux de paradis émaillent la prairie, Jules Renard les a vus et, en voulant les rassembler pour en tisser une belle nappe miroitante et lisse, il s’est rendu à  l’évidence : jamais il ne reconstituerait le paradis initial, il manque des morceaux, il n’y a sur la terre qu’un paradis brisé.

         Depuis, pénétrée de cette découverte, je tente de m’y conformer. Je longe la rivière au soleil et je fuis l’ombre, je bondis sur les petits nuages d’azur et fais volte-face quand veut m’emporter l’orage ricanant ; je parle à mon chat et je le caresse quand il s’approche éperdu, au sortir d’un cauchemar félin. Son ronron est un minuscule bris de bonheur mais je le reçois comme une grâce.

         Je dénombre chaque jour une brisure de paradis, je l’attache à ma boutonnière et il m’aide à vivre.

         Je ne retrouverai plus le paradis de mes vingt ans. Mais je sauve précieusement ( si précieusement !) les miettes de paradis brisé quand le hasard m’en fait cadeau : une petite main d’enfant dans la mienne, une vieille romance lancée aux passants par l’orgue usé de Barbarie, un sourire qui rencontre le mien, l’espoir d’une visite. Et la certitude que chacun de nous avons notre petit coin de paradis quotidien si tout simplement nous réapprenons à « voir » ce que est vraiment beau et à « entendre » le chuchotis des arbres et le chuchotis du cœur.

 

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31 janvier 2015

L’IMPROBABLE RENCONTRE (Lorraine)

Ma sœur et moi visitions le Kenya par désoeuvrement de femmes riches qui s’ennuient. Un goût un peu morbide pour les animaux sauvages et l’amour du soleil nous y avaient certes, aussi incitées.

Les espaces immenses, le langage inconnu faisaient partie de notre caprice, mais j’avoue que seule, je n’aurais pas entrepris ce voyage préférant lire à l’ombre et admirer les couleurs changeantes d’un lointain horizon.

Bref, nous y étions. Et si depuis le pont j’avais admiré les immenses plaines qui se rapprochaient, le rythme des pagayeurs balancés par les flots,  je fus néanmoins contente de trouver dans le palais qui nous accueillait le silence si doux après les bruits divers de la traversée.  Ma sœur, plus intrépide, était déjà partie dans les fastueux jardins. Je ne la revis que le lendemain matin, après une nuit sereine.

Mais, dès que je la vis, quelque chose se déchira en moi : elle me réservait une de ces surprises dont elle était coutumière. Je sentis mon cœur se serrer : elle rayonnait !...

« Je l’ai trouvé », murmura-t-elle dans un frisson » c’es lui, rien ne me fera jamais changer d’avis…

Rien, en effet, je la connaissais trop. Elle eut un geste mutin, et soulevant la portière fit entrer le plus bel homme qu’aucune rencontre improbable ne m’avait permis d’espérer. Le teint brun, les yeux vert Nil, le corps athlétique et bronzé, un tout petit pagne…Il inclina le buste en un salut gracieux, et se tourna amoureusement vers ma sœur.

Voilà pourquoi je continue à voyager, mais seule.  Ma sœur est restée au Kenya. Elle est heureuse. Elle s’est initiée à l’élevage du gnou bleu. Elle a épousé le gardien du troupeau. L’élevage est très prospère.

 

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24 janvier 2015

Participation de Lorraine

 

OUBLIS

 

(Aphorismes)

 

        

-      Comme un tintement de cristal, un oiseau chante. Il a oublié que c’est l’hiver.

-       

-      Dans son fauteuil, la vieille dame seule sourit. Elle revoit un visage d’amour. Elle oublie son âge.

-       

-      On n’oublie rien. Il suffit de fermer les yeux.

-       

-      Quelquefois, les menus oublis de la mémoire gomment un regret ou un léger remords.

-       

-      Ne nous retournons pas sur les oublis du cœur. Ils permettent de vivre.

-       

-      Il est des visages qu’on oublie. D’autres, jamais.

 

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