19 décembre 2015

UNE DEMI-HEURE PLUS TARD… (Lorraine)

            Une demi-heure plus tard, elle sanglotait, pliée en deux sur le lit défait où il venait de la dépuceler. Sans un mot, sans un baiser, juste un aller et retour saccadé, bourru, presque furieux.  Comme un chien en rut. Puis, satisfait, il avait remonté son jean, bouclé la ceinture, mâchonné un sourire :

            - Je file, on m’attend. A plus’…

            A plus !.. Non, ce n’était pas un viol. Oui, elle était consentante. Il travaillait à  deux pas de chez elle, à la grande brasserie,  il venait presque quotidiennement acheter un sandwiche, elle le trouvait gentil et s’arrangeait pour le servir ; il la regardait avec un sourire en coin, comme s’il appréciait d’être le favori parmi la clientèle quotidienne qui sortait de l’usine à midi pile et retournait bosser à midi et demi. Grand, blond, une mèche lui retombant sur le front, elle fut d’abord attendrie, puis troublée par l’insistance d’un regard amusé et connaisseur, qui la détaillait plus que nécessaire.

             « Est-ce que je lui plais vraiment ? » se demanda-t-elle un soir devant la glace. Le lendemain, elle enfila sa robe moulante, largement décolletée sur des seins libres qui bougeaient à chaque mouvement.  C’est alors qu’il s’enhardit.

            - C’est la fête dimanche sur la place. Tu ne viendrais pas danser avec moi ?

            Elle triompha. Elle ne s’était pas trompée, il l’aimait. Il l’aimait comme elle l’aimait, ils n’avaient pas besoin de mots, ils s’étaient compris. Les yeux suffisent quand on s’aime. Elle en avait repoussé d’autres, mais lui, il serait le premier, le seul. Elle s’était toujours juré de ne céder qu’à l’amour. Pas aux flirts un peu trop poussés, pas pour « l’expérience » comme son amie Gilda, pas parce qu’elle avait 17 ans et que sa cousine de 16 ans (qui n’était plus pucelle depuis longtemps) se moquait d’elle. Non, uniquement par amour…

            Sur la place, les derniers flonflons de la fête s’éteignaient un à un…

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05 décembre 2015

HIEROGLYPHES (Lorraine)

Le serpent gris rampe dans la nuit, long et sinueux. Personne ne l’entend. Il s’en vient rejoindre le serpent rouge aux aguets. Non, ne me dites pas que l’oiseau nocturne  s’étourdit à chanter : il module l’appel du désert qu’écoutent les momies et les tombeaux, les cercueils d’encens et les ombres perdues.

Un sourire invisible flotte dans l’air, un peu triste, un peu joyeux, tandis que le goéland qui s’est trompé de chemin, cherche en vain l’étendue de l’océan.  Le soleil rouge du matin le dirigera vers la fontaine pure où il étanchera sa soif de paradis.

Un œil impitoyable regarde le monde. L’araignée s’enfuit à travers les dunes, fuyant la botte humaine qui marche lourdement dans le sable mouvant.  L’homme suit obstinément la flèche qui indique  « Europe ». Un vol d’étourneaux piaille au-dessus de lui.  L’air est plus frais. Et, dévastatrices, désespérées, des gouttes de sang lui montrent le chemin…

 

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21 novembre 2015

Participation de Lorraine

Ils ont tous une belle gueule, ils ont tous des biceps avantageux, ce sont tous des acrobates de luxe, des tireurs d’élite, des génies en leur domaine, ils combattent, ils sautent, ils plongent d’un rocher imprenable vers un torrent où mugit la mort où leur corps est un superbe arc-de-cercle qui affronte tous les dangers, et qui séduit toutes les belles….et pourtant je les boude. Définitivement. Depuis le premier (que j’ai vu) jusqu’à l’actuel dont on dit pourtant grand bien.  Mais la première mouture a suffi pour me faire comprendre que l’univers de James Bond et moi sommes définitivement en froid.

Je n’aime pas l’invraisemblable, la violence, même pour le bon droit, les poupées de luxe, les derniers gadgets américains faits pour tuer (ou sauver sa peau) et si je me plonge volontiers dans un bon film policier, j’attends qu’il soit crédible. Que les personnages soient des gens de tous les jours, de la victime à l’enquêteur ; qu’ils aient un visage vraisemblable où la vie a laissé quelque marque, une allure fatiguée, une psychologie qui les mènera peut-être à tâtons, à l’origine du crime et à l’assassin.  A chacun ses goûts.

Alors, c’est gentil à Samedidéfi de nous les présenter tous à la fois. Mais je regrette : malgré leur superbe, je n’ai rien à dire…

 

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03 octobre 2015

IL SE LANCA … (Lorraine)

A un an, il lâcha soudainement le bord du fauteuil où il s’accrochait et se lança, tel un danseur de corde, vers le bout du salon. Où il arriva sans encombre. A 5 ans, il se lança dans l’aventure. Amoureuse, cela va de soi.  c’était un tombeur mais il l’ignorait encore  et recevait avec la même indifférence souriante les cœurs dessinés par ces demoiselles et subrepticement glissées dans son petit cartable. Il préférait Marion, mais  laissait Emmanuelle nouer son écharpe et acceptait le chocolat que, rougissante,  lui glissait Amandine.

Vers 8 ans, probablement lassé des succès faciles, il se lança brusquement vers les sports de garçon ; fan de foot, il se mesura avec les meilleurs (de sa classe), rentra écorché, repartit combatif, dans la bousculade  étendit  sur le terrain un Donovan furieux qui lui asséna le coup de poing de sa vie. Il décida que le sport c’était  pour  les autres, porta le bras en écharpe deux semaines et attendit calmement la fin de l’année scolaire.

Ou plutôt, des années scolaires. Il s’était bien lancé à vingt ans dans l’art moderne, alignant bâtonnets, ronds soufflés, pointillés égarés, lignes brutalement interrompues….mais d’autres l’avaient fait avant lui et il ne récolta qu’un pâle succès. Autant dire rien. Il reprit donc le chemin de l’unif Sans envie particulière, il terminait son droit quand à la fin du trimestre une violente diatribe l’opposa inopinément à un professeur réputé sadique.

La passion l’aveugla. Emporté par l’élan, il outrepassa sa riposte, passa de la vindicte à l’ironie, asséna  vérités, contre-vérités et vrais mensonges, soudain sûr de lui, grisé de certitude et conscient qu’ enfin il avait trouvé sa voie.

Il entra donc  en politique.

 

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12 septembre 2015

LA VIEILLE MAISON (Lorraine)


Cette vieille maison dans ce haut paysage
Isolée et meurtrie comme d’un abandon
Cache son désarroi quadrillé de branchages
Et se souvient des gens, des mois et des saisons

La mémoire des murs a gardé le silence
Les portes éventrées gémissent sous le vent
Qui dévale vainqueur et dans sa véhémence
S’engouffre dans l’ajour du toit resté béant

Le coteau la soutient comme on aide une vieille
A se tenir debout le temps que Dieu voudra
Harponnée au versant parfois elle sommeille
Puis s’éveille en sursaut croyant entendre un pas

Serait-ce la Julie qui tant riait parfois
Ou le berger rentré dans son bruit de sonnailles ?
Non c’est la nuit qui vient et dit dans son patois
Qu’un jour on l’abattra et qu’on fera ripaille…

Alors de ses yeux clos la maison qui s’endort
Fait signe que c’est bien en attendant la mort

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05 septembre 2015

LA HARPE (Lorraine)

            Il prit sa harpe et joua. Toute la Mésopotamie déferla dans le navire. L’homme ferma les yeux ; la forme éthérée de la Dame, déesse de la Nature, ondula, fugitive, impalpable, belle tout simplement.

            Elle est immortelle, il le sait, il l’a toujours su. Il a aimé ce pays dont les étincelles du soleil créent des myriades d’images et des divinités aux forces souveraines. Ils n’étaient pas cruels, les dieux d’alors, tels le croissant lunaire personnifiant le dieu Sin, ou le rocher incarnant le dieu de la montagne, ou encore l’arbre , dieu suprème de la forêt.

            Les soirs de douceur, les filles égrenaient à lèvres closes les mélopées qui peu à peu devenaient chants, houle, puissance, ivresse de vivre, amour. Il reconnaît l’odeur des bois où dansaient les elfes et les fées.

            Et le génie de la harpe le ramena brusquement des milliers d’années en arrière, là où il était né, au seuil de la cabane que sa mère balayait à gestes mesurés.

            Alors un bonheur infini l’envahit. Et il sut que tout était bien.

 

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15 août 2015

L’ELEPHANT BLEU (Lorraine)

 

Il emporte de  son pas cadencé

Le Prince des Mille et Une Nuits

Vers l’Orient de sable et de légendes,

L’éléphant emperlé

 

Comme un drapeau se perd  à l’horizon

L’impériale blancheur enturbannée

S’enfonce dans le pays des rêves maudits

D’où l’on ne revient jamais

Il cherche son Atlantide (1)

 

Tandis que s’éteint l’appel d’amour

« Antinéa !...Antinéa !... »

 

 

(1) Roman de Pierre Benoît

 

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01 août 2015

PARCOURS DES CHANTS D’ OISEAUX … (Lorraine)

 

            J’ai suivi le chemin que le merle taquine de son chant, ce chemin même  où j’avais surpris l’hirondelle bleue dont le vol s’arrondit vers le ciel. Un oiseau menu, tout en haut du sapin, sifflote une romance. Qui est-il ? Je ne le vois pas.  Et lui, me voit-il ?

            Je crois que les oiseaux nous parlent. Le matin, dès que j’arrive au jardin, un « trilili» triomphant me hèle, joyeux, prolongé, comme un « Bonjour » d’ami heureux de me revoir.

            Si j’ouvre la fenêtre du côté opposé de la maison, les trilles d’un autre chanteur m’accueillent, vives comme un collier de perles qui s’égrènent.

            Alors, je réponds. Et si vous croyez que je divague, vous avez peut-être raison. Peut-être…

 

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04 juillet 2015

L’HEURE C’EST L’HEURE (Lorraine)


Je suis partie à l’heure
Au premier rendez-vous
C’est tout à mon honneur
Car j’avais un trac fou

Il était beau parleur
Il m’avait dit : « Surtout
Arrivez juste à l’heure
Et pas de trac surtout ! »

Avant l’heure c’est pas l’heure
J’ai attendu debout
Près du saule pleureur
Abritant mon trac fou

C’est vrai, l’heure c’est l’heure
Il fut là tout à coup
J’eus soudain un peu peur
Il ouvrit le verrou

»Vous êtes bien à l’heure
Vous voyez, moi itou »
Je sentis la chaleur
De sa main sur ma joue

Alors sans aucun heurt
Et pourtant d’un seul coup
D’un air de grand seigneur
Il est venu à bout

D’une dent de malheur
Qui faisait mal partout
J’étais venue à l’heure
Voilà. Un point c’est tout

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13 juin 2015

LE SECRET DE LA JARRE (Lorraine)


Dans ma jarre il y a

- des pinceaux de couleur pour reverdir l’hiver, dessiner un ciel bleu, et semer partout dans les prés le coquelicot rouge  éphémère ;
-
- Gagné à je ne sais quelle loterie -un billet d’avion pour l’Espagne, jamais utilisé et gardé comme un dérisoire porte-bonheur ;

- le murmure de la mer ;

- des souhaits de bonheur et d’anniversaire, pleins de l’amour maladroit
 d’enfants  devenus depuis des hommes et des femmes, qui envoient désormais des mails mais plus les « Je t’aime » d’autrefois ;

- Dans ma jarre, il y a aussi des souvenirs, des chagrins, des joies ailées, des visages disparus, des aveux d’hier, une rose au corsage, un baiser dans les cheveux, une éphémère bouderie, l’immense soulagement des réconciliations, l’immense désespoir du deuil, et la vie qui continue.

- Dans ma jarre il y a l’adieu. Le mien. Celui qu’ils trouveront quand je ne serai plus.

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