29 août 2020

Derrière la porte (Lilou)


Qu’y a t- il derrière cette lourde porte en bois plein, derrière le heurtoir en cuivre sculpté ?
Comme Trenet regardait l’intérieur d’une noix, jetons un œil, mais si mais si, il y a bien un petit tout petit trou dans cette porte blindée…

Alors qu’y a t- il a l’intérieur ?
Des ruines, rien que des ruines moyenâgeuses ; regardez-bien, si, là, sur le côté, des troubadours avec leur lyre nous chantent des nouvelles des autres pays, au milieu des animaux de bassecour qui caquètent, cacardent et glougloutent. Plus loin, un cracheur de feu accompagne jongleurs et acrobates qui distraient les convives assis autour d’une table bien garnie. Et puis plus loin Magdelon assise sur son lavoir, attend son amoureux.
Vous ne me croyez pas alors que peux – t –il bien y avoir ?
Un château renaissance, avec des beaux messieurs et de belles dames en habits de soie brillant et froufroutant, des jeunes damoiseaux se livrant à quelques joutes, leur chevaux éclaboussant de poussière des spectateurs en liesse, et puis Magdelon tout au bout de la piste de sable tremble pour son amoureux…

Vous ne me croyez toujours pas ? Alors
Un parc arboré avec des espèces rares, des plantes médicinales, des moines grassouillets qui fabriquent une liqueur dont la recette est très très secrète. Quelques badauds qui se laissent prendre au jeu de la vente bio et qui respirent les herbes parfumées. Ou bien, une flore si luxuriante qui abrite une faune variée ; des écureuils dansent avec les biches tandis que les mésanges zinzinulent. Oh mais non, des ours ou des loups planqués derrière les buissons touffus ! Ou encore pelouse bien tondue ou fourrés en fouillis dans les lesquels Magdelon et son amoureux roulent roulent roulent…

Non ce n’est pas possible, encore sceptique ?   Alors écoutez !
De la musique, le piano de Chopin, le violon de Paganini, un concerto de Brahms, un salon éclairé par mille lumières et George Sand et Musset qui devisent et lisent des vers aux invités.

Non plus, alors je ne peux plus rien,
Tous ces cris et rires d’enfants, qui dansent comme dans un tableau de Bruegel en ronde autour ce vieux chêne scarifié des initiales de Magdelon et son amoureux. Les bons et les mauvais souvenirs se mêlent puis se diluent dans cet espace imaginaire ;

Mais oui c’est cela, vous y êtes, la vieille voiture dite la Rosalie, garée devant le perron… Magdelon en tablier blanc vous accueille avec le sourire.

Et demain ?  oui demain que verrons-nous derrière cette porte ?...

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15 août 2020

Barbe à poux (Lilou)


Un léger sourire, lui étirait les lèvres…. Il revenait pour la première fois devant cette bâtisse où il avait fait les quatre cents coups avec les autres de la colo…plus loin, la chapelle avec la sculpture d’un dieu barbu inconnu lui faisait comme un clin d’œil !
Puis il était revenu comme mono ; il avait fait le pitre avec son béret noir mimant le sketch de Raymond Devos… d’ailleurs à mi-voix pour lui-même il se surprit à dire
C’est vrai au fait cela n’a pas de sens un béret…
Par la suite il était revenu comme directeur de la colo. Là ce matin, les pieds dans la vieille pelouse encore humide de rosée, une chanson lui revint en mémoire… Dans sa tête, un air résonna. Il perçut les voix cristallines et malicieuses des gamins  

Il y avait dans mon village,
Un homme qu’y avait des poux
Barbe à poux
Il portait une barbe qui était pleine de poux
Barbe à poux barbe à poux barbe à poux
Barbe à poux barbe à poux barbe à poux

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27 juin 2020

Droguiste (Lilou)

 

Ah droguiste, voilà un mot qui me revient du fond de mon enfance. En vacances dans un petit bourg de l’Ain, dans la rue principale, il y avait tout ce dont nous avions besoin. Cela allait de l’indispensable boulangerie, dont la vitrine me faisait un peu loucher ; l’inénarrable boucherie dont le propriétaire se tenait sur le pas de la boutique avec son large sourire qui me faisait un peu peur, alors qu’il était, sans jeu de mots, doux comme un agneau ; plus loin le bureau de tabac et les pages de magazines qui battent au vent sur des supports métalliques. Sur le trottoir d’en face la pharmacie et la mercerie, et là on prenait le chemin à gauche et hop ! une immense boutique qui brillait : la droguerie et sa caverne d’Ali Baba. D’abord l’odeur très particulière, d’essence térébenthine, White spirit mélangée à l’eau de Cologne et à la cire d’abeille qui m’enivrait. Ensuite les yeux étaient submergés par les couleurs, un rayon consacré aux peintures et alors là je m’émerveillais de voir tant de pots alignés. J’étais en admiration devant le nuancier pourquoi ? cela reste mystérieux ! J’avançais encore dans une petite allée encombrée de cartons à bougies rouges coquelicot et là devant moi les tonnelets de parfums. Le contenu vert ou bleu ou bien rose s’écoulait par un petit robinet qui claquait lorsqu’on le refermait. Enfin, je me frottais le nez dans la douceur des peaux de chamois qui faisaient briller les casseroles en inox ou les bassines à confiture en cuivre…

Ce ne sont que des petites choses, des petits souvenirs d’une gamine de cinq ou six ans mais qui sont restés gravés dans ma mémoire. Il n y a plus de droguiste qui vous conseillait un produit pour les meubles ou pour les vitres et qui ponctuait ses phrases par « Vous m’en direz des nouvelles » , et cela fait vingt francs m’dame, vingt francs ! Mais que vendrait un droguiste aujourd’hui !

 

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20 juin 2020

Confiture (Lilou)

 

C’est vrai que lorsqu’arrive le mois de juin la saison des confitures s’ouvre sur des saveurs et des parfums presque exotiques ; les abricots, fraises, framboises et pêches n’ont qu’à bien se tenir et se gorger de soleil. Mais en attendant, et par peur d’un nouveau confinement, nul n’est à l’abri, aussi je vous propose une confiture de nouilles.

C’est une confiture dont la recette est ancienne car c’est Sabinus, cuisinier de Vercingétorix, qui l’a mise au point. C’est une gourmandise dont vous ne pourrez plus vous passer.

Il faut choisir votre nouilliculteur avec soin car la graine de nouille doit est pure et totalement bio. En effet les champs nouillifères sont préparés à recevoir ces graines en absorbant une dose d’alcool de menthe en proportion d’un demi-verre par hectare ce qui donnera la saveur particulière à la confiture. Certains ont essayé le bordeaux mais tous les terroirs ne l’acceptent pas.

Ensuite il faut trier les nouilles ; certaines ont gardé des impuretés lors de la cueillette. Mais le nouilliculteur qui possède un laminouille est privilégié ; en effet il va plus vite dans son tri, le laminouille peut débiter près de 50kms de nouilles à l’heure surtout si le nouilliculteur se désaltère avec un kir,  un guignolet ou simplement un verre de Beaujolais toutes les dix minutes. A cette occasion je rappelle que l’abus d’alcool…

Maintenant les nouilles sont devant vous et vous procédez de la même façon que pour une cuisson ordinaire de nouilles sans oublier le piment d’Espelette pour relever la nouille qui reste malgré tout un peu fade et ramollit trop vite. Laissez mijoter à feu doux, petit bouillon en ajoutant sucre et bicarbonate de soude pour la digestion et touillez bien avec une cuillère en argent.

Ensuite, le magma doit refroidir avant la mise en bocaux. Il faut utiliser ceux de Tante Marie Louise car ils ont des couvercles en peau de saucisson, meilleur pour la conservation.

Vous pouvez déguster après une quinzaine de jours de repos…

Variante vous trouverez aussi sur le marché des farfalliculteurs  ou des coquilliculteurs mais attention les farfales et les coquillettes ne sont pas les nouilles donc méfiez-vous des contrefaçons.

 Bon appétit

Merci à Pierre Dac qui m’a inspirée.

 

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19 décembre 2015

Pauvre Mathilde (Lilou)

la voiture s’enfonça lentement dans l’eau…

 

Une demi heure avant :

 

La journée avait mal commencé ; d’abord le réveil avait pris la liberté de sonner avec une heure de retard et il avait atterri en morceaux sur la carpette. Puis Mathilde avait dû se contenter d’avaler un breuvage  brun, froid et amer, qui portait par erreur le nom de café, accompagné d’un vilain quignon de pain rassis. Evidemment du liquide, la moitié fut renversée sur le courrier qu’elle n’avait pas pris le temps d’ouvrir. Depuis quand n’avait-elle pas eu une vraie nuit de sommeil…une vraie avec un oreiller douillet sous sa tête ? Elle avait enchaîné garde sur garde puis encore des gardes ; manque d’effectifs ! Son téléphone de service la sortit de son humeur chagrine et elle répondit mollement à son collègue Guillaume. Elle grimaça ; elle devait se rendre dare-dare au château du Comte Jérôme La Trémouille du Schmoll, victime dans la nuit d’un important cambriolage.

Machinalement, elle attrapa les clefs de la Citroën 007 de service et maudissant  le GPS qui bien sûr ne fonctionnait pas elle démarra en cahotant. Après des errements et quelques erreurs d’itinéraires, elle rejoignit Guillaume, qui sur place depuis deux heures, inventoriait les objets volés. Outre quelques diamants et émeraudes, on comptait des tableaux célèbres : deux Picasso, un Dali, un Pollock, un Manet, un Renoir et même une tenture ancienne au point compté. Mathilde, étouffa un bâillement en pensant  que c’étaient beaucoup d’histoires et de billevesées pour des petits cailloux brillants et  de vulgaires copies. Un café, un vrai, aurait été le bienvenu. Soudain  elle sursauta : une tenture ! Non une tapisserie de la reine Mathilde, un ouvrage prêté par le musée de Bayeux ! Un cadeau de la Reine à son mari Guillaume le Conquérant, une valeur inestimable…

Porter le prénom d’une reine valait bien un effort ! Elle oublia le café et se concentra  sur l’enquête, rassembla les témoignages et  ne négligea aucune piste. Au bout d’une heure,  laissant la police scientifique finir son examen, les deux collègues montèrent chacun dans leur Citroën  de service. Mathilde, partie la première, s’engagea sur la route qui longeait le lac. Elle récapitulait tous les éléments de cette nouvelle enquête quand, d’un petit chemin de terre, déboucha un coupé cabriolet rutilant. Au volant, Arsène Lupin lui fit un petit signe amical ; trop fort c’était trop fort !  Elle avait le coupable à portée de main. Alors sans tenir compte du danger, elle fit un demi tour digne de Fangio mais hélas elle dérapa, fit une embardée et…

Mais ça c’était hier, fallait-il y voir un signe du destin ?

se disait Mathilde engoncée dans les plumes de sa couette fleurie de petites violettes. Elle éternua plusieurs  fois et  toussa fortement ; une main douce, Guillaume ou Olivier ?,  lui tendit un mouchoir parfumé à l’eucalyptus et lui fit boire une cuillerée de sirop pour calmer ses quintes de toux. Peu à peu, Mathilde sombra dans un sommeil léger puis fut emportée dans ses souvenirs.

 

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17 octobre 2015

Participation de Lilou

 

      -          Oui attends une minute, Gigi,  je prends mon agenda…

 

 

Agenda, vous avez dit Agenda ? Mon sang ne fit qu’un tour et devant les yeux hagards de ma propriétaire je poussais mon cri de colère

Halte, au secours, non, non, non, et non !!!!… Je n’ai plus une place libre, pas une case, pas une ligne, même pas un endroit où poser un crayon. 

Je suis déjà tout gribouillé, rayé, biffé, raturé, barré et déchiré de crayon, de feutre, d’encre. Je suis agressé par les pointes billes appuyées avec force ; pourtant je suis tout doux. Je suis gommé, gratté et effacé comme un palimpseste ! Et encore mon papier n’est pas aussi beau.

Je n’en peux plus, je vomis, je recrache, je rejette et repousse tous rendez-vous.

Dentiste, médecin, soirée aquagym, vernissage des aquarelles de la copine, les randos avec les copains qui râlent parce que cela va trop vite ou pas assez…. Suffit !

Je ne veux plus rien… mes pages ont le teint gris...

Je veux être blanc, bien blanc, lisse comme la peau d’une pomme. Avoir le teint pâle mon rêve….

Pas la peine de hurler ou de vociférer j’ai dit NON !

Allez tiens je vais me mettre aux mots croisés ou sudoku…

 

 

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26 septembre 2015

Participation de Lilou

 

Quoi de plus secret qu’un secret

Qu’il soit de polichinelle, bancaire

Judiciaire, de fabrication ou de la vie

Un secret c’est un secret et ce n’est pas un secret

Que de trahir un secret c’est le divulguer.

Alors, il faut être mis au secret pour ne pas l’arracher

Et c’est sous le sceau du secret

Que je vous révèle ce secret

Avant que je ne l’emporte dans la tombe,

Le secret des secrets

N’est jamais vraiment secret.

Tout se sait un jour

Alors inutile de garder un secret.

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07 mars 2015

Participation de Lilou

 

-          « Je vous assure cher cousin que vous avez dit bizarre, bizarre »

Moi ! J’ai dit « bizarre » non ouvre tes esgourdes ! J’ai dit « Quel bazar !

C’était un drôle de commerce comme je n’en avais jamais vu depuis mon retour du Kirghizistan.

On trouve de tout, de l’ancêtre de la pince à linge au préservatif moderne. Il y règne une odeur indéfinissable de savon de Marseille mâtinée de saucisson à l’ail. On trouve de tout même l’introuvable… J’ai déniché avec une joie intense, un très vieux vynil en 78 tours de Fred Goin dont ma tante était coiffée et qui à chaque rencontre nous gratifiait «  d’un vieux village dans la vallée, où le vieux clocher… », ma mémoire fait un peu défaut, je l’avoue. Pas besoin de saphir pour le pick-up à cornet ;  une simple épine de cactus fait l’affaire ! Mais le pire ou le mieux, j’ai découvert au fond d’une caisse un livre sur Louis Jouvet !

Vous ne me croyez pas ? Vous avez tort et raison à la fois ;  ce magasin très achalandé, très prisé et fort bien approvisionné au demeurant, c’est à la fois le bazar à cent sous de ma grand-mère et le moderne drugstore… Et il existe, il suffit de bien le chercher. Bizarre bazar, bazar bizarre !

 

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21 février 2015

le paradis (Lilou)

 

Et voilà c’est arrivé… c’est bien ce que je craignais, qu’un jour, à force de nous concocter des défis chaque samedi, on se retrouverait en classe de philo. Disserter sur le paradis en miette, en morceau ou en entier comme si on parlait de thon en boîte.

Pas de radis ce n’est pas le paradis que ce soit sur terre ou sur mer ; et pas de radis pour acheter son brie c’est à pleurer des seaux… qui mord ne dine pas…

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10 janvier 2015

Participation de Lilou

Miroir, mon beau miroir

Je te hais,  oui je te hais !!!!

Toi mon compagnon de tous les jours, et même de tous les instants, aujourd’hui je te hais ! Oui je te hais.

Tu oses me demander pourquoi ! Tu as un culot phénoménal de te présenter à moi comme cela ce matin….

Mais revenons en arrière d’une cinquantaine d’année. C’est trop ! Alors disons quarante-cinq ans. Je t’ai rencontré et, pour la première fois on me rendait ce que je montrais avec une fidélité exemplaire. Tu étais indéfectible ; chaque jour je te posais la même question : suis-je belle et la plus belle ? Oui me répondais-tu, tu es la plus belle. Tu prenais soin de moi comme je prenais soin de toi ; oui bien sûr tu n’aimais pas que je t’asperge de détergent, ta vue se brouillait mais c’était pour mieux te contempler mon cher miroir. Tu me disais que j’avais une mèche de cheveux de travers, tu me consolais quand je pleurais avec des mots parfois durs : attention tu as les yeux gonflés et rouges. Tu me raillais quand le maquillage était un peu trop accentué avec des couleurs de caméléon et tu te souviens encore de cette horrible robe que ma mère avait voulu me faire porter pour le bal des anciennes de l’école. Quel fou rire !

Puis, je me mis à t’emmener partout. Tu étais dans mon sac et cela me rassurait ; fallait bien repoudrer le nez et remettre un peu de rouge pour donner bonne mine.

Une fois cependant tu m’as dit : « tu toujours aussi  belle mais attention, trois belles jeunes filles qui te ressemblent, te rattrapent et bientôt tu seras coiffée sur le poteau d’arrivée ». Je n’étais pas jalouse, elles étaient un peu moi les demoiselles.

Et puis le temps inexorable  passait et plus il temps passait plus tu devenais grognon. Tu te mis à faire grise mine. Je t’ai demandé si c’était mes ridules qui te gênaient. Tu m’as bredouillé une réponse comme on fait une pirouette et je me suis mise à chanter : Ah ! Je ris de me voir si belle en ce miroir ! Tout en me tartinant de sérums de jeunesse et de crème anti rides, d’antis radicaux libres, d’anti vieillissement de jour et de nuit.

Rien n’y fit et aujourd’hui, je te découvre aussi craquelé qu’un tableau de Bruegel !

Miroir, je te hais, hélas tu ne peux rien contre la fuite du temps, mais tu réfléchis bien !

 

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