17 avril 2021

Avec son vieux vélo, son p’tit béret (Lecrilibriste)

 

Le « Monmond » de mon quartier,

un inoffensif et gentil « ravi »

toujours sur son vélo avec son p’tit béret

 n’était pas un cyclone mais le roi du klaxon

Sur le guidon de son vélo, il l’avait installé

avec trois petits fanions qui flottaient

Il arrivait à l’arrêt du 23 où j’attendais

à l’heure de départ des collèges et lycées

pédalant avec force coups de klaxon

une fille installée en amazone

sur le porte bagage de son vieux vélo

A l’arrêt du 23, gracieuse, elle descendait

Et voilà le « Monmond » qui repartait

en chercher une autre pour la trimballer

depuis l’arrêt d’avant jusqu’à celui d’après

Tout le long du trajet le klaxon résonnait

Y’a des gens qui riaient, d’autres qui rouspétaient

Etaient-ce des cousines, des copines

des filles de sa rue ? Toutes il les connaissait

Et les filles trimballées, eh ben elles se marraient

toutes elles jouaient le jeu,  moi, ça m’intimidait

Pendant quelques minutes il devenait le roi

« l’Monmond »  à pédaler comme un forçat

avec des jolies filles sur son porte-bagages

pour arriver à temps avec son attelage

Car z’ étaient toutes jolies, les filles qu’il trimballait

Au « Monmond » c’était son heure de gloire

il ne ratait jamais ça, fallait voir

et puis un jour, il n’est plus revenu

ou c’est peut-être moi qui ai changé de bus !

 

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10 avril 2021

Jodhpur (Lecrilibriste)

 

Quand un défi me défie

d’aller à l’aventure

J’enfile mes jodhpurs

à l’élégance raffinée

dûment confectionnés

par mes soins avisés

J’enfourche mon cheval « Déklic »

Et sur ma cravache je clique

Jodhpur en orbite

pour quelque peu déambuler

dans des images folkloriques

Et le miracle se produit

Et Jodhpur soudain me sourit

de tous ses murs peints de bleu

car le bleu chasse les moustiques

et là-bas ils sont fort nombreux

Je déambule et me faufile

Dans la rue de la vieille ville

un marché kaléidoscopique

de toutes les couleurs chamarré

de saris, de turbans qui rutilent

contrastant avec tout ce bleu

Ça déballe, ça crie, ça piétine

Ça grouille de bonne humeur

Dans la foule des vélos, des Rickshaw

Se faufilent, anarchiques

Faire très attention au trafic

Fascinée je m’arrête

A un étal multicolore de tissus indiens

Emerveillée, je fais le plein

Tandis que le marchand

M’enseigne l’art de tourner un turban

Chaque fois en lissant le tissu de la main

Adroit et malin, il m’entoure d’un sari

C’est sûr,  Je vais craquer pour ce rose indien !

Un autre étal m’attire par l’odeur corsée

C’est celui des épices largement parfumé

petits tas séparés aux couleurs safranées

Voulez vous du safran, de la cannelle, du thé

du Cumin, du gingembre ou de la cardamome

pour pimenter peut-être un thali  

pour escorter l’élégance du sari ?

voilà cinq petits sacs bien remplis

Il me reste la citadelle à visiter

Le fort de Mehrangarth

qui toise  la ville bleue

à la porte du désert du Thar

Mais il est déjà tard

Sous les pâleurs lunaires

La ville bleue s’endort

Alors, j’enfourche «Deklic » 

et je quitte le décor

un carnet de voyage écrit dans le cœur

 

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03 avril 2021

L’idole (Lecrilibriste)

 

Vous êtes-vous jamais demandé

Dans quel coin de nos cerveaux embrumés

Se logeait l’image magnifiée de l’idole,     

dont nous nous sommes entichés

à avoir des frissons jusque dans les guibolles

quand il ou elle apparait

Mais qu’est-ce qui nous accroche donc là ?

L’allure, le regard, l‘étincelle des yeux

La couleur flambante des cheveux

Les mots, l’émotion provoquée,

 la voix ?  Ou ce, je ne sais quoi

que nous sommes les seuls à percevoir , ou pas !

Car il y a notre idole, l’idole des masses et l’idole des jeunes

Mais qu’est-ce qu’elle diffuse, qu’est-ce qu’elle envoie

dans nos imaginaires débridés

cette idole, pour être tous galvanisés

devant le même énergumène projeté ?

l’image d’une perfection qui n’existe pas ?

mais que l’on trimballe cependant en soi ?

Moi, je me souviens de mes premiers émois

Avec les films de Gérard Philippe

Cet homme qui m’émerveillait, c’est cela

Aujourd’hui, je ne saurais pas dire pourquoi 

De quelle image en moi était-il le reflet ?

D’un amour dans une autre vie ?

D’un désir fou et inaccompli ?

Des paroles à sa belle, prononcées

D’un amour impossible ou

De l’impossibilité à se laisser aimer ?

Aujourd’hui, le défi du samedi

Me force à plonger dans ce délire

Mais le résultat ?

 je ne vous le dirai pas !

 

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27 mars 2021

Extraire la houille, Ouille ! (Lecrilibriste)


Extraire la houille
Ouille, ouille ouille !
C’est pas un job de poule mouille
C’est pas pour les monstres sacrés
Ni les starlettes de la télé
C’est un foutu sacré métier !

Descendre dans la fosse
C’était pas une affaire de gosse
Pourtant les galibots
dès leurs douze ans passés
dans les abysses  descendaient
pour apprendre ce dur métier
et les gueules noires, éclairer
les regarder piocher, piocher

Fallait façonner les étais
Pour avancer, sécuriser
Repérer du grisou l’odeur
Et anticiper le danger
Car il pourrait tout faire sauter
Malgré le risque qui rodait
Fallait  piocher, piocher, piocher

Fallait avoir gants, casque et pelle
pic à tête, pic acmé , pic à veine
Pince, masse et rivelaine
Surtout ne rien oublier
Quand on est dans la fosse
On peut plus remonter
Il faut piocher, piocher, piocher

Extraire la houille
Ouille, ouille, ouille !
C’est pas un job de poule mouille !


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20 mars 2021

Les Gargouilles (Lecrilibriste)

 

Les gargouilles en veille

En haut des cathédrales

vomissent le déluge

et gardent au secret

les portes de l’Eden

 

il faut les affronter

ces monstres maléfiques

recrachant les suppliques

les quêtes inassouvies

mélangées aux fantasmes

des vérités enfouies

d’ humains désespérés

des rigueurs de la vie

 

De là-haut les gargouilles

la gueule grande ouverte

fulminent,  jappent et crachent

l’exigence du ciel

Et lavent les abîmes

D’un monde en mutation

Sur un cratère de lave

 

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13 mars 2021

Inégalable Fricassée (Lecrilibriste)

 

Fifres joyeux et tambourins

Entreront dans la farandole

Pour faire danser les demoiselles

Et tourner les jupes de lin

sur les jupons de dentelle

Ils se retrouveront le soir

Pour partager la fricassée

De trompettes et de fifrelins

Que la Mère aura préparés

C’est le Père qui les a trouvés

c’est lui qui connaît tous les coins

mais son secret est bien gardé

Le seul qui sera initié

C’est son fillot bien aimé 

qui le suit sans perdre sa trace

et qui s’accroche à ses basques

parce qu’il aime flâner en forêt

profiter de tous ses attraits

respirer le grand air

sentir le vent de liberté

et repérer les odeurs

des trompettes de la mort

sans oublier de trouver

des boutons de culotte

dans les ronds de sorcières

des girolles  et des fifrelins

pour étoffer la fricassée

inégalable de la Mère

Et croyez-moi, ce n’est pas rien

Quand on connait les fifrelins !

 

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06 mars 2021

Mon vieux buffet (Lecrilibriste)

 
Avant de m'endormir, je décide maintenant ce que je dois faire le lendemain et, dans la tête, je me fais une liste. Cela m'aide à ne pas me disperser et, curieusement, ça fonctionne.
 Donc, hier au soir, j'ai décidé que je cirerais mon vieux buffet. C’est un « large buffet » en noyer du Dauphiné, qui a bien ses 200 années d'âge et qui, avec le temps, comme le chanterait Arthur, « a pris cet air si bon des vieilles gens ».
C'est bientôt le printemps, l’heure des grands nettoyages et il a besoin de respirer sous la crasse accumulée toute l'année. Mais avant de le cirer mon vieux buffet,  il faut d'abord la racler cette crasse, car il est dans la cuisine.  Il respire et s'incruste de toutes les vapeurs et les odeurs de cuisson, des soupes, des rôtis et mirotons

Mon vieux buffet me regardait, attendant que je me décide. J'entendais  bien ce qu'il me susurrait :
 - Alors, tu t'y mets, oui ou non ?
  Moi, je regardais le vieux buffet et j'essayais de lui dire que je n'aurais pas dû le mettre dans la liste avant de m'endormir.  Je lui expliquais que le matin, j'avais eu le gratin dauphinois à préparer. Après …  le café avec la voisine …  puis … y' avait eu un film sympa à la télé, etc.  
A l’heure du thé ... J’entre dans la cuisine et j'entends les reproches du vieux buffet qui me crie :
 - Mais regarde à quoi je ressemble, à un vieux buffet, tout malmené. J'aimerais bien un peu briller, être un vieux buffet fier d'être un vieux buffet !  
 - Excuse- moi, mon vieux buffet,  mais ce matin j'ai reçu le texte de Josette à taper  ! Et puis, j'ai plus de papier de verre pour te poncer et … !
       -  T'as qu'à prendre un Opinel m'a répondu du tac au tac le vieux buffet.  
–    Mais J'ai plus de cire pour te cirer !
–    Si ! a encore crié le vieux buffet …   Y a encore un peu d’encaustique sur l'étagère, à côté de la machine à laver  !
Là !  J'étais vraiment coincée. Il était 16h30, j'ai enlevé tout ce qui trônait sur le vieux buffet, les orchidées qui se trouvent bien ici, les vieux bocaux de bonbons en verre d'une épicerie d'antan que j'ai récupérés et qui lui tiennent compagnie depuis des années. J'ai tout lavé, tout fait briller. Le vieux buffet me regardait tout émotionné.
 Puis j'ai pris mon Opinel et j'ai commencé à racler le vieux buffet, qui disait :
 -  Ah que c'est bon, quand tu me grattes le ventre ! Encore ! Encore!
 J'ai mis France Musique pour que le vieux buffet soit au comble du plaisir...
 Je l'ai gratté, raclé, frotté, ciré, encaustiqué et fait briller, briller, briller, briller ... mon vieux buffet …  En musique. Et lui, ravi, écoutait aussi la musique.
  J'ai remis les orchidées à trôner, les bocaux à bonbons d'antan étincelants de clarté sur le vieux buffet. Je sentais qu'il était content mon vieux buffet et il me regardait, resplendissant et complètement ravigoté, fringant comme un jeune buffet.
 Quand je suis allée me coucher, je n'ai pas pu résister à lui jeter un dernier coup d'œil...  
  Eh bien, croyez-moi si vous voulez, il souriait, mon vieux buffet, de toutes les fossettes de ses chevilles en bois rutilantes et bien cirées.
 Et je l'ai trouvé beau comme un jeune premier, mon vieux buffet.
 

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27 février 2021

Le souffle des ancêtres (Lecrilibriste)

 

A la pleine lune

le souffle des ancêtres

murmurera cette nuit

l'histoire du monde

dans le désert en terre d'Arnhem

Le souffleur de didgeridoo

fera résonner la voix de tout un peuple

colorant la fête et les rituels

de sa vibration gutturale

Avec les danses et les chants

il emplira l'espace des cérémonies

de ses notes basses et méditatives

escortant les histoires

que l'on se raconte

qui parlent du chemin à suivre

et de la loi à respecter...

avec l'histoire de la fourmi à miel

du kangourou qui va boire au billaboug

ou du serpent arc en ciel,

Ses notes sonores résonneront dans le bush

Galvanisés par la musique

Les kangourous écouteront

et feront des bonds sous la lune

pour danser, avec les aborigènes

réunis autour du feu de bois

 

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20 février 2021

Curriculum vitae (Lecrilibriste)

 

Mettre en avant ses compétences

Cibler des bribes de sa vie

Qui collent avec les exigences

De l’offre d’emploi repérée

Plan d’action, à la carte,

parfaitement élaboré

en petits morceaux bien ciblés

d’après les mots dépistés

Et dont il faut trouver la clé

Le sésame de Baba Ali

Qui peut changer ta vie

Gymnastique de l’esprit

Ne pas trop s’étaler

Mais ne rien oublier

Réussir son plaidoyer

Orthographe bien corrigée

Curriculum vitae ! C’est parti

Il  t’ouvrirait, c’est sûr

…  ou peut-être pas sûr …

Ce n’est pas la carte du tendre

Seul’ment un morceau de la vie

Mais pour toi  aujourd’hui

Décrocher ce gros lot

Serait voir se lever le rideau

vers ce paradis espéré… travailler !

et tu te prends à rêver

en attendant le verdict

qui viendra, ou ne viendra pas.

Curriculum, nous voilà !

 

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13 février 2021

Locomotives (Lecrilibriste)

 

La petite gare désaffectée

où nul train plus ne passait

était le rendez-vous notoire

d’après-midi jubilatoires

où notre grand-mère l’été

parce qu’on la suppliait

emmenait nos sept ans

et deux gamins  du quartier

l’après-midi pour jouer

 

Là, on partait à l’aventure

avec des règles à la mesure

de nos délires de démesure

Fallait sauter sur les traverses

sans sur le sol poser un pied

le ballast était prohibé

Attention, fallait pas rater

Sinon, tout pouvait arriver !

Nos locomotives lancées

vers un ailleurs on s’évadait

dans des pays inexplorés

en Papouasie, au Zimbabwe

ces mots qui nous faisaient rêver

en sautant sur la voie ferrée

 

Entre les rails un peu rouillés

sur le ballast tout enherbé

les traverses imprégnées encore

de l’ineffaçable odeur

d’effluves incrustées de goudron

qui se mêlait obstinément

aux haies du sureau entêtant

proliférant en rangs serrés

le long de la voie ferrée

Gaiement les rails reprenaient vie

quand nos locomotives à vapeur

carburaient à 100 à l’heure

dans cet été des beaux jeudis

 

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