24 août 2019

En haut du Triforium (Lecrilibriste)

 

Mais quelle est cette petite frimousse espiègle d' ange qui apparaît soudain dans une ogive sculptée du triforium, à côté du visage de pierre du grand Saint Louis ?

Bien sûr, c'est Louisette ! Qui voulez-vous que ce soit ?

Avec ses jambes toutes neuves de 10 ans, toujours avide de découvrir le monde, elle a grimpé à toute vitesse dans le noir la volée de marches en colimaçon, devant ses parents qui montent à un rythme plus lent et le sculpteur ami qui leur fait visiter le triforium de l'abbaye qu'il restaure actuellement.

Attend nous, Louisette crie maman  ! Attention  Louisette ! Crie le sculpteur, attend s'il te plaît et surtout ne te penche pas …

Mais Louisette ne bouge plus. Elle reste plantée immobile, scotchée devant ce qu'elle découvre de derrière son ogive.

Comme c'est drôle de regarder d'en haut ce qui est en bas. Les choses ne sont plus pareilles !

On ne les voit plus de la même manière.

Quand elle était en bas, les colonnes lui semblaient immenses … au moins 20 fois plus grandes qu'elles. D'ici, elle les découvre autrement en plongeant son regard dans la nef , elle voit tous les détails. Elle est à côté des feuilles d'acanthe en relief qui s'enroulent autour de chaque chapiteau de colonne. Elle pourrait presque les toucher.

Elle regarde fascinée la vaste nef , les colonnes de pierre qui soutiennent le ciel de voûte et les visages sculptés des personnages qui l'entourent juste à son niveau. C'est bizarre, Il y a même des diables...Le plafond bleu étoilé d 'or ressemble au paradis. Et surtout, surtout, les vitraux, éclairés par le soleil envoient des taches de toutes les couleurs sur les murs, sur les bancs, les chaises, sur l'autel et sur les dalles de pierre, partout, dans tous les coins . C'est beau toute ces éclats de lumière colorée.

Les adultes l'ont rejointe dans la galerie du triforium creusée en haut du mur de chaque côté de la nef. Le sculpteur explique, raconte l'histoire de l'abbaye. Il fait remarquer les graffitis qui sont inscrits dans le mur du triforium. Il explique que ce sont les ouvriers qui ont travaillé à ériger l'abbaye . Ils ont signé ainsi leur travail pour laisser leur trace, laisser quelque chose d'eux aux générations futures.

Louisette impressionnée avance maintenant avec précaution et en file indienne dans l'étroitesse de la galerie du triforium .. . On est si haut ici.

Elle regarde, elle écoute …. Chacun admire, touche la pierre, détaille les sculptures vues de près . Le sculpteur fait remarquer… la précision du ciseau sur l'aile de l'ange, sur sa main qui tient la flûte, sur le doigt qui tient la note jusqu'au son pur...

Louisette regarde, écoute … Elle entend la musique de l'ange...

 

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17 août 2019

Le trésor de l'abbaye (Lecrilibriste)


J'ouvre la grande porte sculpée
pour pénétrer dans  l'abbaye
l'obélisque au garde à vous
sur son socle de marbre rose
protège le seuil et veille
avec les morts des vieilles guerres
incrits à jamais dans sa pierre

Le silence l'habite
chargé d'odeurs d'encens
et de cire fondue des cierges
Vertige de la lumière
le bleu et le rouge des vitraux
éclairés de soleil
dessinent un kaléidoscope
de la nef jusqu'au choeur
sur les dalles de pierre

Les pas se font menus
pour ne pas heurter le silence
Transcendant l'instant
le regard embrasse la mémoire,
sonde le mystère d'un Moyen Age
batisseur de cathédrales
créateur de merveilles
que l'on ne sait plus faire
malgré les techniques partenaires
des batisseurs de ce siècle
 
Piétinement de vies, de besognes et de prières
Etés, automnes, hivers, printemps
ont résisté au temps
En spires les suppliques
des ans et des neiges d'antan
les psaumes, les pater et les ave
s'accrochent aux feuilles de lierre
des colonnes sculptées
pour grimper vers le ciel

Deux fois l'an,  un rayon de lumière oblique
traverse la rosace au dessus de l'autel
au cœur de la colombe aux ailes déployées
Il vient caresser une large dalle de pierre
usée par tous les pas qui l'ont foulée
C'est le trésor secret de l'abbaye
c'est du moins ce qui se dit
Il emplit d' un regain d'énergie
cosmique et tellurique
les corps des  fidèles initiés
qui attendent pieds nus sur la dalle sacrée
l'instant magique où il va l'éclairer

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10 août 2019

La chapelle de Fromental (Lecrilibriste)


L'air est pesant ; le ciel assombrit d'anthracite bleuté son humeur d'orage et le vert végétal s'avive sous le souffle de la colère qui gronde ; le rouge monte aux pétales des pois de senteur qui courent sur l'antique mur moussu  mais le lierre grimpé à l'assaut du vieux tilleul chuchote la mémoire d'un lieu empreint de calme et de paix.
Autour de la chapelle, le silence s'habite peu à peu, bruissements, crissements, bourdonnements, gazouillis.
Ecoutez la caille !  Elle margotte au cœur du champ de blé.
Voilà le merle qui répond, grisé par l'odeur sucrée du tilleul en fleurs tandis que les hirondelles en quête de quelque moucheron à gober intensifient leur vol de chasse et leurs cris stridents en rasant le sol.
 Les abeilles ont élu domicile dans les trous des murs et s'activent en va et vient besogneux pour engranger les pollens  des fleurs de la Saint Jean.
Au campanile, la cloche attend le prochain rendez-vous pour carillonner la vie qui s'écoule et le minuscule cimetière materne les âmes endormies attendant sereinement le bouquet de fleurs des champs qu'un prochain visiteur déposera sur une stèle enherbée.
Le  cadran solaire marque d'une ligne d'ombre l'heure du temps qui passe inexorable.
Combien de pas ont-ils foulé les marches pour en user ainsi la pierre ?
Combien de mains ont-elles poussé la lourde porte de chêne pour prier un instant ?
Combien de pèlerins, en marche vers Compostelle se sont-ils reposés un moment au calme, sur le banc de pierre, embrassant le même paysage qui est devant nos yeux, avant de  poursuivre leur chemin ?
Un visage de pierre au relief estompé par les années sait.  Il veille, surplombant le porche.
Son regard semble perdu vers le lointain en quête d'un temps où  les processions s'acheminaient vers la chapelle romane et les prières des rogations montaient avec foi vers le ciel pour invoquer Dieu d'avoir de belles récoltes.
Fromental, n'est-ce pas un nom de froment, de pain, un nom de faim, un nom de quotidien, un nom de paix, un nom de vie ?

Le bruit des sept marches grimpées à toute vitesse interrompt ma contemplation. .. Une petite fille brune entre en courant  dans le minuscule cimetière, un bouquet de coquelicots à la main. Je luis souris. Elle me sourit.  
J'entends sa mère qui l'appelle «Mary ! Mary,  mais enfin Mary , Attends moi !
Mais Mary n'attend pas.  Elle court et s'arrête  devant une petite tombe envahie de lierre où elle pose son bouquet.
« Tiens Marie, c'est pour toi ». Puis, aussi vite qu'elle est entrée,  elle court rejoindre sa mère qui presse le pas sur le chemin.

Curieuse,  je m'approche pour lire le nom sur la stèle. Il est presque effacé, mais en passant mon doigt sur chaque lettre,  je  décrypte :  Marie, 1780 – 1787.  
Les coquelicots font comme un nez rouge de clown au milieu de la chevelure de lierre, et ça m'amuse !
Qui était donc cet étrange petit personnage  si tôt disparu ?

Toute la soirée, mon esprit a vagabondé,  imaginant quelle histoire pouvait bien unir ces deux-là …
Le prénom était le même ….  Marie...
Quel lien avec ce passé enfui  demeurait-il si vivace  ?
Quel fil nous unit à nos chers disparus ?  
Quel fil nous relie  aux générations précédentes, nous relie à « l'avant nous », nous relie au passé ?  
 Le mystère est là. Il  ne se laisse pas percer, mais il bat au cœur de toute vie !

Aujourd'hui, la porte est close. Pour entrer dans la chapelle de Fromental, il faut prendre rendez-vous.
Les temps ont changé mais Dieu n'est pas mort ! Il est mystère au cœur de toute vie !

Fromental 2

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03 août 2019

Quatre ans (Lecrilibriste)


Ô souvenirs, souvenirs
quand tu surgis soudain
comme un boomerang tu reviens
dans une page d'album photo
te rapp'ler un truc rigolo
pris sur le vif fort à propos

T'avais quatre ans, tu t'en souviens ?

Comme il était beau le gâteau
sa couronne en pâte d'amande
son beau glaçage en chocolat
planté de quatre bougies
et de neuf  fusées lumineuses
qui devaient faire la sarabande
quand j'aurais fait un voeu
et  soufflé les quatre d'un coup
pour qu'il se réalise mon voeu
et que je l'aie mon petit chien

J'avais quatre ans, je m'en souviens

Mais qu'avaient-ils donc tous à rire
à rire, mais à rire aux éclats
papy, mamy, et les deux folles
qui, de joie en levaient les bras ...
De rage j'en serrais les poings
baissais la tête dans mon coin
Ces foutues bougies s' rallumaient
et ne voulaient pas s'éteindre
je soufflais, je recommençais
pensant à mon petit chien
qui disparaissait peu à peu
Et ça les faisait bien rire, eux
 
J'avais quatre ans, je m'en souviens !
Et je l'ai eu, mon petit chien ...

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27 juillet 2019

Soir de Carnaval (Lecrilibriste)


Un gentil troubadour, plein d’ardeur
Musique aux lèvres et colporteur
S’en va vers le vacarme des flonflons de la fête
Retrouver le défilé des majorettes
Les sonneurs de trompettes
et le rantanplan des tambours

Regardant son reflet dément dans une flaque
Il réfléchit sérieux aux à-coups de la vie,
et à ses estocades
Aujourd’hui c’est la fête
La fête des trompettes
La fête des grosses têtes
La fête des casse-têtes aussi …

Il bouscule du pied l’affiche décollée
dans l’espace égaré d’une rue blafarde
sous la lumière acide d’un néon verdâtre
qui clignote sur les murs gris
d’un immeuble sous la pluie
il lit : Vertige et trompettes »
au Théâtre des Castagnettes

Il remonte son col en poursuivant sa quête
Avant feu d’artifice et feux de la St Jean
Le clair obscur envahira le soir
Les formes habitées des arbres et des nuages
sur les sentiers secrets des maisons d’outre-temps
enverront leurs fantômes dans des vagues de brume
Et après un clin d’œil nostalgique à la lune
le troubadour taira les mots en gardant sur le cœur
le vertige des lumières de la fête
et le goût amer de la bière

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20 juillet 2019

Au « Bouchon Cramoisi » (Lecrilibriste)


Au coquet « Bouchon Cramoisi »
on déguste lyonnais mais on boit du Chianti
et lorsque la flasque est finie
on suspend la bouteille avec une poulie
tout en haut du plafond comme un ciel de lit
C'est un rituel d'aficionados
Et cela fait un vrai concerto
de tintements et de sons de grelots
lorsqu'Eole joue aux courants d'air
quand les carreaux sont grands ouverts

Rouge et blancs sont les sets à carreaux
Rouge est le Chianti  maestro
Rouges les clients emméchés
Rouges quand ils se mettent à hurler
leurs souvenirs  de vieux  troupier
ou l'air du beaujolais nouveau...

Euh ? … C'est du beaujolais
du Chianti ou du Cabernet
cette bibine toute cramoisie ?
disent-ils quand ils sont tous cuits
couchés sur le sol, regardant au plafond
les flasques qui planent et qui dansent en rond
On se croirait au paradis  ….

Patron ! Une autre flasque, je vous prie !

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13 juillet 2019

Le sortilège de Colatroll (Lecrilibriste)

 

Le jour où la fée Mélusine, de passage dans la forêt profonde, reçut sur la tête, coup sur coup, trois canettes de Coca, accompagnées du rire vulgaire du jeune Colas, la casquette écarlate à l'envers, qui avait shooté dedans exprès et trouvait ça très drôle..... C'en était trop ! ….

Elle décida de punir l'importun pour lui faire comprendre la politesse et lui inculquer de force le respect de la nature. D'un coup énergique de baguette magique, elle fit voler la casquette et transforma sur le champ l'incivil en un Troll hideux qu'elle nomma Colatroll . Il en resta tétanisé, la bouche grande ouverte figée dans l'étonnement.

Elle réfléchit un moment ce qu'elle allait en faire … Avec sa bouche béante et son air effrayé, il ressemblait à …à … à... un regard de fontaine …

Elle aussi se mit à rire ... Tiens donc !….Elle allait le déguiser.... en fontaine ...Elle s'amusa à le coiffer de broussailles, à l'habiller de feuilles, puis elle l'assit, bon gré mal gré, au milieu d' une clairière dans le secret de la forêt et l'astreint à vomir en cascade et en continu des herbes nouvelles, des fleurs fraîches et des feuilles de chêne, de tilleul et de hêtres pour compenser toutes les saletés – canettes vides, sacs de plastique remplis de cochoneries - qu'il avait laissé traîner exprès, ou avec la flemme de les rapporter - et pour souiller la nature depuis qu'il avait l'âge de raison .

Devant son air effaré, elle décida , bonne pâte, que le sortilège pourrait, malgré tout, prendre fin le jour où une vieille dame excentrique, marchant pieds nus dans la forêt en parlant aux plantes s'arrêterait toucherait la tête de Cloatroll et le délivrerait à jamais du sortilège et de sa mauvaise habitude..

 

Depuis trois mois déjà, nuit et jour, la coulée de verdure giclait en continu de la bouche de Colatroll déroulant un tapis d'émeraude entre ses jambes au milieu de la clairière devenue si verdoyante et si fleurie que tous les insectes rappliquaient pour se saouler de pollen et lui faire un moment la causette . Mais lui ne pouvait faire que ... gloup...gloup... gloup..gloup... pour répondre tristement. A côté, une source à l'eau transparente lui murmurait une chanson douce pour calmer sa tristesse

- Tu as l'herbe dans la peau, c'est le moins qu'on puisse dire mon vieux, disait la libellule

- T'en as pour jusqu'à la fin des vacances, c'est sûr, disait le papillon

- C'est pire qu'à Koh-Lanta disait le criquet

- Elle exagère Melusine disait le ver luisant

- Il faut vraiment faire quelque chose, dit soudain l'abeille compatissante. Réunissons-nous et débrouillons-nous pour amener jusqu'ici la vieille dame excentrique qui marche pieds nus et parle aux plantes.

C'est ainsi qu'un beau matin, la vieille dame excentrique, qui marchait pieds nus en parlant aux plantes et qui, de surcroit, était un peu sorcière, fut fort étonnée de voir un essaim d'abeilles, un nuage de papillons et cinq libellules lui passer devant. En vrombissant et en la précèdant. Elle leur parla gentiment

- Laissez moi passer, les amis, il a plu dans la nuit, il doit y avoir des cèpes dans la clairière …

Mais l'escadrille continua de la préceder et comme elle était curieuse de tout ce qui touchait à la nature, et que ce cortège était vraiment étrange, elle le suivit pour en connaître la raison et voir où l'essaim allait se poser...

C'est ainsi que la troupe arriva dans la clairière où la vieille dame poussa un cri de joie en trouvant des cèpes à foison. Mais l'escadrille lui tournait autour sans la laisser ramasser, dans une ronde effrénée jusqu'à ce qu'elle se retourne fort étonnée et découvre cette fontaine étrange d'où giclait en continu un flot de verdure. Elle s'approcha et caressa la tête en broussailles en disant …

- Des ronces ? Voyons, vous n'allez pas envahir cette fontaine de jouvence avec vos épines, les ronces ?

et elle ramassa quelques mures qui avaient muri là, touchant de ce fait, la tête de Colatroll qui d'un seul coup se déplia, se redressa reprenant forme humaine, et sauta au cou de la vieille dame, ébahie, au milieu de la ronde des essaims d'insectes qui se réjouirent de voir le sortilège prendre fin.

 

Et depuis ce jour, Colas msupprima à jamais au Coca-cola. Il se mit à marcher pieds nus dans la forêt et à respecter la nature dans laquelle il avait baigné pendant trois mois. Il apprit avec la vieille dame excentrique les secrets des plantes et de la nature et devint un grand herboriste . Et lui, il l enseigna à la vieille dame le langage des insectes qu'il avait eu le temps de comprendre et d'apprendre

 

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06 juillet 2019

J'élucubre Morbleu ! (Lecrilibriste)

 

Morbleu !

L'air de rien

pour éviter le blasphème

irreverencieux

à l'instar d'un placebo

pour mettre fin au dilemme

tes jurons et tes mots

et les foudres de Jupiter

ont transformé mes lendemains

 

Sacrebleu !

J'ai senti naître en moi

la force du lion

et j'ai pris la file de l'air

galopé par monts et par vaux

volé dans de nouvelles sphères

picoré l'assiette des oiseaux

goûté aux saveurs des agrumes

survolé des nappes de brume

 

Corbleu !

Et si drôle était mon chapeau

orné de voilette et de plumes

que dans le métropolitain

entouré de trois africains

qui le trouvaient tous très beau

j'ai bien fait rire la lune

et dans la lagune

hurler de joie les crapauds.

 

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29 juin 2019

Ombres et lumière (Lecrilibriste)

 

C'était la nuit de Noël. Louisette avait voulu aller à tout prix à la messe de minuit avec sa Mère et sa Grand-Mère , malgré leurs essais de dissuasions car ce soir là, elles avaient droit aux « trois messes basses » comme dans le conte d'Alphonse Daudet que la Maman de Louisette lui avait lu .

C'était une histoire de diable qui faisait un peu peur et Louisette n'aimait pas le diable. Elle avait bien déjà cru remarquer ses oreilles en haut de la grande armoire de la cuisine, dans le bouquet de la mariée qui ornait le fronton sculpté  et elle en détournait les yeux croyant qu'il la regardait. Et sur le livre de « La Miche de Pain », elle avait tellement gratté l'image du diable à côté de l'ange gardien qu'elle avait fait un trou dans la page... Mais là, aux trois messes basses, protégée par sa Mère et sa Grand-Mère, elle voulait en avoir le cœur net et voir ce qui allait se passer avec cette histoire de diable qui tentait Dom Balaguère parce qu'il était trop gourmand.

Elle avait lutté contre le sommeil pour guetter avec beaucoup d'inquiétude et une grande curiosité l'enfant de choeur qui était Garrigou, sans aucun doute, ainsi que le curé qui officiait pour voir s'il n'allait pas trop vite pour dire la messe. Du coup, elle avait été sage pendant les trois messes trop occupée à remarquer toute marque de précipitation de la part du curé ou de tentative de corruption de la part de Garrigou . Sûr que le diable était encore dans l'air ce soir là ! Louisette en frissonnait, dans un mélange de désir et d'effroi, imaginant qu'il allait apparaître d'un moment à l'autre.

Pourtant rien ne se passa comme elle l'avait prévu...

Mais quand elles furent toutes trois dans la rue Florent, où Louisette, selon sa chère habitude sautait sur les bordures du trottoir sans mettre le pied sur les séparations de la bordure- c'était un rituel dont il ne fallait pas déroger - si elle voulait par exemple - avoir une tasse de chocolat en rentrant - ou que son frère lui prête ses billes – ou qu'on ne l'envoie pas ramasser les doryphores dans une bouteille d'eau – ou que son escargot allait gagner la course - Bref ! Toutes ces petites choses qui devaient marcher, à condition qu' elle ne pose pas les pieds sur les rainures des bordures du trottoir.

C'était la nuit de Noël, donc, ce soir là, sa demande expresse aux bordures du trottoir était - si je ne marche pas sur les séparations, le Père Noël aura déjà posé les cadeaux -

Mais en passant sous un réverbère, alors qu'il n'y avait pas d'ombre, son ombre apparut soudain devant elle, puis alors qu' elle avançait, se mit à rétrécir, rétrécir , rétrécir et plouf, elle disparut. Elle se retourna, l'ombre était derrière. Elle continua à marcher, cette fois sans faire attention aux bordures et incroyable, l'ombre réapparut devant, se mit à rétrécir, rétrécir, rétrécir et plouf, repassa derrière. Alors là, c'était Sûr ! le diable lui faisait une farce , il était là.

Délaissant la bordure, elle vint se réfugier entre Mère et Grand-Mère et leur prit la main, mais elle vit le phénomène se répéter avec cette fois, trois ombres qui apparaissaient, diminuaient et plouf, passaient derrière et revenaient. Et Maman lui dit, « Regarde Louisette comme c'est drôle, nos ombres qui dansent et qui passent tout d'un coup derrière quand on passe devant la lumière d'un réverbère ! »

C'était donc ça ? C'était seulement la lumière du réverbère qui faisait ça ? quand on passait dessous ?… Et pas le diable ?

Rassérénée, Louisette lâcha les mains et repartit sauter sur les bordures du trottoir en regardant fascinée son ombre danser devant puis disparaître et revenir soudain chaque fois qu'elle passait sous un réverbère dans cette belle nuit de Noël.

 

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22 juin 2019

J'aime les kits ... (Lecrilibriste)


Au milieu de tous les kits
j'aime les kits insolites
dont la notice explicite
ne pose aucune limite
et montent grâce au mérite

Quitte à me répéter
j'adore  les kits à monter

J'ai trouvé un kit
d'un beau site poétique
qui proposait  une suite
de petit's phrases inédites
présentant des rimes en ite

Quitte à me répéter
j'adore  les kits à monter

J'ai foncé sur la pépite
fortuite et cosmopolite
de cette aubaine émérite
d'un bon père archimandrite
et aujourd'hui j'en profite

Quitte à me répéter
j'adore  les kits à monter

J'ai enfin monté le kit
d'une  guérite composite
pour un ami annamite
qui voulait mettre en orbite
un kilo de dynamite

Désolée de vous quitter
la guérite a explosé ...

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