04 juin 2011

Jour de fête (suite des défis #147 et suivants) (Jo Centrifuge)

 

Dom et Karine tentaient de se frayer un chemin dans la foule du marché.

-Tu la vois, cria Dom?

Mais Karine, plus petite, était bien trop affairée à jouer des coudes pour tenter d'observer quoi que ce fut.

 

Il était déjà passé deux année depuis leur étrange enlèvement. Alors qu'ils se disputaient dans l'appartement de Dom, un drôle de petit machin à l'éclat métallique, semblant sortir de nulle part, se mit à crépiter dans un angle du plafond. Puis ce fut une nuée aveuglante et une interminable sensation de chute, pour enfin se retrouver le derrière dans les épis de blé. D'un point de vue géographique, le phénomène ne les avait pas déplacé d'un iota. Ce qui leur mit la puce à l'oreille ce fut ce vieux paysan en costume de velours à côte qui tirait à grand peine la longe d'un acrébonsouèr de tête de mule de bourricot. Lorsqu'ils reconnurent au loin les clochers et l'hôtel de ville dépouillés de tout immeuble contemporain, ils durent se rendre à l'évidence. Non, ils n'étaient pas sur le tournage d'un film historique, c'était la réalité... de 1891.

Ils s'adaptèrent plutôt rapidement à vrai dire. De toute façon leurs ventres bien vite affamés ne leur laissèrent pas d'autres choix. Karine trouva un emploi à l'usine de tissage et Dom, devenu tâcheron, louait ses bras à la journée, tantôt pour des travaux agricoles, tantôt pour des commerçants. Ils purent ainsi emménager dans un petit meublé sous mansarde. Le soir venu, ils évoquaient « le bon vieux temps » de leur futur, les yeux perdus dans la lueur vacillante d'une lampe à huile. C'est lors d'une de ces veillées qu'ils se résolurent à adresser un message. Et ils pensèrent immédiatement à cette vieille photographie que possédait Léa, leur amie commune, qui était si fière de leur conter son histoire encore et encore. C'était une vue de la chapelle Sainte Eulalie devant laquelle figurait l'arrière-arrière-grand-mère de Léa. Le ferrotype portait au dos une mention manuscrite « 1893, midi, le dimanche de la foire annuelle ». Un jour mémorable au cours duquel le photographe, fou amoureux de la trisaïeule, pris ce cliché espérant attirer ses faveurs et faire sa demande en fiançaille, blablabla... C'est dingue ce que Léa et ses histoires de famille pouvaient leur manquer...

 

Ils atteignaient enfin la chapelle. Le clocher sonnait moins le quart, le photographe, en redingote et chapeau melon, avait mis en place son appareillage. Le soleil de midi inondait la place où vaquaient tranquillement badauds et camelots. Resplendissante dans sa longue robe blanche, la trisaïeule de vingt ans, tout sourire sous son ombrelle, prenait déjà la pose. Des étals, la bise emportait des effluves fruités et partout des pétales de fleurs d'acacias virevoltaient dans l'air lumineux.

 

-On ne bouge plus!

 

Avec leurs tristes mines, enveloppés de haillons, Dom et Karine s'empressèrent de de se placer. Bien en vue, ils brandirent une planche sur laquelle ils avaient inscrit au charbon de bois un « Léa, tout va bien », pathétique et inutile appel au secours.

 

Le magnésium s'enflamma.

 

-Voilà, c'est fait, fit Dom dépité. J'espère que Léa saura nous voir sur cette photo.

-Et après? Reprit Karine, amère. Qu'est-ce qu'elle pourra bien faire? Personne ne pourra rien d'ailleurs.

-P'tin, le pire c'est que tu as mille fois raison...

Deux ans à attendre cet instant, espérant confusément un miracle, mais rien... A présent, ils devaient s'inventer une nouvelle vie, vaille que vaille. C'est Karine, émue par le désarroi de Dom, qui donna le coup d'envoi.

-Ah ce que j'ai mal aux pieds! Foutus sabots.

Cette supplique rasséréna Dom :

-Je t'avais dit d'y mettre plus de paille. Allez, viens, on va chez Germaine, je te paie une absinthe. C'est jour de fête, oui ou non?

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21 mai 2011

Le professeur et ses vieilleries (Jo Centrifuge)

 

Mais comment diable faisaient-ils ?

Le professeur Théophile s'écrasa violemment le front contre le bureau, lequel modifia immédiatement sa structure molléculaire afin d'amortir le choc.

-Je dois y arriver. Je dois écrire un livre, Louise ! Pour la science ! Alors laissez moi me fracasser le crâne, je vous prie.

-Cela ne m'est pas permis, professeur. Tout comme je ne peux concevoir votre goût étrange pour les vieilleries. Quels sont d'ailleurs ces périphériques dont vous m'affublez ?

-Ce sont, très chère Louise, les reproductions d'un clavier et d'un écran. Sachez qu'ils étaient fort usités au temps jadis pour rédiger des livres. Depuis que j'ai lu une de ces petites merveilles, ils me fascinent ! Portables, autonomes énergétiquement, ils mobilisent l'esprit comme jamais une fiction holographique ne saurait le faire. Les anciens étaient d'une telle ingéniosité ! En réaliser un dans les mêmes conditions présente un indiscutable intérêt scientifique. Hélas ! Il semble bien que j'en sois incapable et je suis désolé de vous informer qu'en l'espèce vous ne m'êtes pas d'un grand secours.

-... Que voulez vous dire ?

-Vous avez accès à l'ensemble du réseau universitaire, la somme des connaissances d'une civilisation dix fois millénaire. Alors pourquoi ne pouvez pas me tirer de cette incompréhensible impasse, de cette « page blanche »?

-Vous pourriez commencer par me laisser désactiver l'occultation des baies vitrées. Voilà 24 heures que vous n'avez pas vu la lumière du jour.

-Pas question de me laisser distraire par les vaines trépidations de la cité!

-Bon, alors que diriez-vous si j'arborais une apparence apte à émoustiller votre libido. Idéal pour éveiller votre imagination, non ?

-Louise, vos atours numériques, me laissent de marbre... Vous pouvez réellement faire ça ?

-Et bien plus encore.

-Non, vous ne m'aidez pas là. Me distraire de mon objectif n'est pas une solution. Il me faut une idée ! Une idée !

-Je crois avoir trouvé. Vous pourriez vous imprégner de l'air d'un temps révolu. L'un de vos collègue de la section archéologique vient de propulser une sonde temporelle. C'est un procédé expérimental très prometteur en cours de validation. Il est limité à l'envoi dans le passé d'un petit drône indétectable par les moyens conventionnels et destiné uniquement à l'observation de son environnement immédiat , le risque de provoquer un paradoxe temporel ayant été constamment pris en compte depuis sa conception jusqu'aux protocoles d'utilisation.  Je peux établir une connection à la séance en cours.

-Et bien voilà ! Là vous m'intéressez Louise. Transmettez je vous prie.

 

La pièce se remplit de l'image hollographique d'un intérieur typique du début XXI° au sein duquel un couple de jeunes gens se livraient visiblement à une violente dispute.

 

-Les logs de l'expérience signalent un problème de réception. Le son n'est pas audible je le crains, le procédé reste à parfaire.

-Peu importe Louise, c'est fascinant ! Non mais regardez moi ça ! Nos ancêtres vivaient réellement comme des bêtes. Vous pouvez m'en dire plus ?

-Un instant Professeur, je charge le dossier. Voilà, année 2011, un appartement de banlieue. Pour éviter tout risque les sujets ont été choisis pour leur vie courte et non impactante sur les évènements historiques. Leur biographie est plutôt laconique. Leurs identités ont été retrouvées sur les stèles d'un antique cimetière mis à jour récemment. Il s'agit de Dominique PINTADE et Karine CHOUETTE, quelques minutes avant leur mort par explosion due au gaz. Il subsiste quelques documents relatant l'incident dont le rapport de police et quelques articles de presse évoquant leur décès.

-Les pauvres, ils avaient l'air sympathiques, quoiqu'un peu frustres tout de même. Quelle pouvait bien être la raison de leur différend ? Ah tout cela m'inspire, Louise !

-Vous n'avez peut être pas encore tout vu Professeur.

-Que voulez vous dire ? Ah oui, mais non, vous me déconnecterez avant l'explosion, je n'aime pas  voir souffrir les gens.

-Vous n'y êtes pas, les paramètres de la sonde ne sont pas conformes aux protocoles. Il semble que son dispositif transtemporel dysfonctionne, il est en surcharge.

 

Une lumière éblouissante emplit soudainement la pièce, comme un flash. Rapidement l'image se rétablit, mais dans l'appartement, il ne subsistait nulle trace des ancêtres.

 

-Louise ! que s'est-il passé ? Etait-ce déjà l'explosion de gaz ? Je ne vois pourtant pas de lambeaux de chair sur les murs.

-Professeur je vous en prie !  Il reste encore 30 secondes avant la détonation.

-Mais où sont-ils ? Les voyez-vous ?

-Non. Mais voilà qui devrait satisfaire votre manque d'inspiration : les logs indiquent un possible incident temporel.

-Vous voulez dire que... Ah ce serait fantastique!... Fantastique ! Oui... A présent je pense tenir un premier chapitre.

 

Dans ce qu'on devinait être un grand fracas, une gigantesque boule de feu ravagea soudainement l'appartement, et Louise coupa la transmission, comme convenu.

 

 

 

 

 

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14 mai 2011

Forêt paisible (Jo Centrifuge)

 

(Jamais un vain désir ne trouble ici nos cœurs)

 

 

Karine s’amusait beaucoup à observer Dom souffler comme une locomotive en bas du sentier. Il lui faisait penser à un éolienne, avec ses grands bras qui brassaient l'air alors qu'il titubait dans la caillasse.

-Pfff ! On arrive bientôt ? J'en peux plus là !

Elle rit. Il avait quelque chose, un charme, et peut être même que...

-Je t'avais prévenu Dom, ça n'est pas une promenade de santé. Mais on est arrivé.

-Je vais enfin savoir pourquoi je trimbale une dizaine de saucissons dans mon sac à dos.

Il rampa presque jusqu'au sommet de la sente et ce qu'il découvrit dans la clairière qui s'ouvrait devant eux le laissa pantois. Cinq tipis plantés en demi cercle entouraient un foyer éteint. Quelques types en pantalon de cuir et veste à franges vaquaient au milieu du campement.

-J’hallucine ! C’est ici qu’on va trouver ta statuette ?

-Oui. Tu vois le vieux là bas ? C’est lui qui les sculpte.

-Il a l’air aussi indien que moi je suis pape. C’est quoi ici ? Une communauté hippie ? Retour à la nature et tout ça ?

Karine acquiesça :

-Dans le genre, ouais.

-Et il s’appelle comment ton chef indien ? Geronimo ?

-Non, c’est Marcel.

Dom qui n’était pas aussi rusé qu'un sioux se hasarda à une tentative de bisou qui s’acheva dans le vide. Karine avait peut être enterré la hache de guerre mais, pour le reste, il allait falloir patienter.

 

Il s’en allèrent à la rencontre du vieux.

 

Il n'avait vraiment pas le type indien. De petites lunettes rondes ornaient son visage rouge écrevisse. Il semblait contrarié, vaguement préoccupé. Il les apostropha immédiatement :

-Ah salut tous les deux ! Dites, vous n'auriez pas croisé un gars un peu louche armé d'un tomahawk ?

-Euuuh... non, répondit Karine. En fait je suis venu troquer quelques saucissons contre une de vos statuettes, vous en fabriquez toujours je suis sûre. J'aimerais une chouette si possible.

-Du sauce?son regard soudain s'illumina. C'est pas facile la vie d'indien vous savez. Manger des mûres et des châtaignes ça va bien cinq minutes. Et ces saloperies de lièvre ne se laissent pas facilement choper. Bon suivez moi jusqu'à ce tipi.

 

Ils entrèrent et découvrirent un incroyable bric à brac de poteries approximatives et de petites sculptures toutes aussi moches les unes que les autres. Mais, à la grande surprise de Dom, cela enchantait Karine qui se mit immédiatement à chiner.

En attendant, il engagea la conversation avec le vieil indien .

-Ça rapporte la sculpture ?

-Pas tellement répondit le vieux tout penaud. A vrai dire, notre petite communauté n'est pas très bien vue dans les environs. Surtout que Fredo recommence ses conneries.

-C'est le gars dont vous nous avez parlé tout à l'heure ?

Le vieux redevint préoccupé.

-Ouais, c'est lui. Oh je peux bien vous le dire. Il abuse franchement des calumets de la paix ces temps-ci. Il les charge un peu trop, si vous voyez ce que je veux dire. Et ça se termine toujours de la même façon. Il pète un câble et dans son délire, il va attaquer les vaches d'un paysan du coin à grand coup de tomahawk en pensant chasser le bison. Un de ces jours ça nous vaudra des emmerdes carabinées !

-J'ai trouvé, j'ai trouvé ! S'exclama Karine. Elle exhibait fièrement une petite statuette de chouette, souriante comme une gosse.

 

Et c'est à cet instant que retentit le son métallique d'un porte voix : « C'était la vache de trop les apaches ! Vous allez gentiment déposer vos arcs et vos flèches et venir jusqu'au panier à salade munis de vos papiers d'identité ! »

 

Dom n'aurait jamais pensé terminer sa ballade dominicale derrière les barreaux d'une petite gendarmerie de campagne. Personne ici n'avait ouvert la bouche depuis leur incarcération. Il bouillonnait de dire à Karine sa façon de penser. Mais il était fatigué de faire les cents pas dans cette cellule. Le visage fermé, il finit par s'asseoir à côté du vieux. Ce dernier voulu le rassurer :

-Je suis désolé de tout ça, murmura-t-il. Il ne faut pas vous en faire, les gendarmes comprendront vite que toi et ta petite amie n'étiez que de simples visiteurs.

-Elle n'est pas ma petite amie ! s’emporta Dom en haussant volontairement la voix.

-Sois pas si dur avec elle, elle n’y est pour rien.

Dom regarda de l’autre côté du couloir. Derrière les barreaux de la cellule des femmes, Karine sur son banc contemplait les débris de la statuette réunis dans ses mains, le visage contrit. L'interpellation n'avait pas été de tout repos et elle pleurait. Il en était chamboulé, il ne la savait pas fragile.

 

 

 

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07 mai 2011

La chouette et la pintade (Jo Centrifuge)

 

 

Suite du #147

 

-Allo !

-Léa ? C'est bien toi ?

Elle se lança dans un grand rire qui fit grésiller le combiné :

-Quoi de neuf Dom Juan ! Oh je sais ! Vous allez vous marier et vous voulez que je sois témoin !

-Arrête de délirer, Léa ! Karine est une psychopathe. Je lui ai démoli son grigri et maintenant elle veut me buter !

-Je suis désolée. Elle m'avait discrètement demandé si je n'avais pas vu sa chouette en terre cuite et… je lui ai tout raconté. Je ne sais pas mentir de toute façon, et surtout pas à elle.

-Oh c'est pas vrai !

-Arrêtes de t'exciter comme un grosse dinde, Dom. T'es un grand garçon. Tu vas gentiment t'excuser et vous pourrez reprendre vos mamours écoeurants. Beurk !

-Mais tu ne comprend rien ! s'emporta Dom. Je te dis que Karine est barge. Elle est là, en bas dans la rue, à me mater par la fenêtre et...

 

Diiing... Doooong ...

 

Dom se paralysa au retentissement de la sonnette. Les bras ballants dans un garde-à-vous halluciné, il laissa choir son téléphone. Cette folle de Karine était là, tapie derrière sa porte, sans doute en train de lécher la lame d'une machette en se ressassant des insanités haineuses.

 

Diiing... Doooong...

 

Ses pensées filaient à toute vitesse, se bousculaient, s'entrechoquaient. Sauter par la fenêtre, appeler police secours, saisir un objet...

 

Un petit cliquetis à la porte... la serrure... Elle n'était pas fermée à clef! Le loquet s'abaissait lentement. Il allait falloir lutter.

 

Karine ouvrit la porte brusquement. Les yeux injectés de sang, le visage éclaboussé de tâches brunes, elle grimaça en le pointant d'un index enragé :

-Je n'en ai pas fini avec toi !

-Je t'en prie, lâche ce sac à main, bredouilla Dom en reculant d'un pas. Ça ne servira à rien de me massacrer, ça ne te rendra pas ta... ton... machin là...

-Ma statuette de chouette ! Répondit-elle plus calmement. Tu flippes ou je me trompe ?

Elle entra et se saisit d'une chaise, s'assit en croisant les jambes, le plus naturellement du monde. Dom en était complètement déboussolé.

-Il se trouve que je tenais beaucoup à cette chouette, dit-elle doucement.

-Attend, tu.. tu n'es pas une de ces tarées qui massacrent leur mec, style mante religieuse ?

-Note bien qu'après les aveux de Léa ça m'a bien traversé l'esprit. J'attendais mon heure. Lorsque tu m'as embrassé (mal d'ailleurs) j'ai voulu te faire bien flipper. Bizarrement, te voir détaler comme une pintade ne m'a pas du tout soulagée. Cette histoire me travaille à un point tel que je n'arrive pas à fermer l'oeil. De toute façon, on ne dort jamais bien la première nuit dans une nouvelle piaule, alors j'ai décidé de venir te persécuter, pour passer le temps.

-Mais ce sang là sur ton visage,... partout...

-Hein ?  Zut, j'ai oublié mon masque au carotène ! Mais t'es con ou quoi ?

-Et ce que tu faisais avec tes yeux, là dehors ? Hein ? On dirait que t'as la myxomatose.

-De la poussière sur mes lentilles, sûrement le déménagement. Ça me démange c'est une horreur ! En tout cas c'est bien délicat de me le faire remarquer !

 

Dom sentit ses jambes le lâcher. Il se raccrocha au bar.

-P'tin, la frousse ! Je t'offre quelque chose ?

-Non merci ! Il faut qu'on parle, mon vieux !

-Ben moi je vais quand même boire un coup... Si ça ne te dérange pas.

Les mains encore tremblantes Dom se versa un grand verre d'arquebuse qu'il engloutit d'une traite.

-Bien, résumons nous, fit Karine en allumant une cigarette. Tu as pété ma babiole préférée, sans elle mon nouveau logement n'est plus qu'une masure sans intérêt.

-Bah ! 'Faut pas exagérer, répondit mollement Dom qui accusait difficilement le coup de cordial, ce qui lui donnait un sourire un peu niais.

-T'es fautif, mon pauvre garçon. Mais bon, étant donné que tu m'as prêté main forte pour le déménagement, je vais être magnanime. Demain c'est dimanche. Je passe te prendre à 7h. Toi et moi, nous allons nous procurer une nouvelle statuette. Mais j'aime autant t'avertir, n'attend pas une promenade de santé.

Sur ce, elle se leva et s'en vint aussi brusquement qu'elle était apparue. Elle répandit dans le sillage de sa longue chevelure une ensorcelante fragrance de carotte et, passant l'encadrement de l'entrée, décocha un clin d'oeil ravageur.

 

Dom en resta époustouflé.

 

Ce serait chouette une gentille ballade dominicale avec Karine, mais que diable a-t-elle voulu lui signifier avec son histoire de promenade de santé ?

 

Bof, de toute façon il était bourré.

 

 

 

 

 

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30 avril 2011

Défi 147 (Jo Centrifuge)

Dom engagea le diable sous la cuisinière que Léa s'efforçait de basculer malgré son irrésistible envie de rire :

-C'est gentil de nous aider. Ça aurait été l'enfer de déménager ça toute les deux...

-Bah, c'est normal, bredouilla Dom.

-C'est cela même, fit-elle malicieusement. Dis plutôt que t'as flashé sur Karine oui.

-Moins fort ! Elle est juste à côté !

Un petit toussotement se fit soudainement entendre derrière une pile de cartons. Karine en sortit précipitamment, chargée du micro-ondes, le rouge au front et un ravissant petit sourire aux lèvres, emportant hâtivement son trouble dans la cage d'escalier.

 

La vérité, c'est que Dom était tombé sous le charme. Il s'était laissé gagné, non pas sur un coup de foudre, mais bien plus profondément, comme le parfum suave des fleurs de glycine par un matin de printemps lui révélerait la beauté d'un paysage.

 

Voyant son trouble, Léa éclata de rire et tapota bruyamment la cuisinière :

-Fonce, mon Dom !

 

Il faut croire qu'un doux trouble le consumait car, par inadvertance, il poussa le diable sur une étagère vacillante, précipitant une étrange statuette dans une chute destructrice.

Léa contempla les débris de terre cuite :

-Oula ! Tu viens de bouffer ton ticket.

-Elle y tient beaucoup, c'est ça ? S'inquiétait Dom.

-C'est rien de le dire mon pauvre. Elle le vénérait à un point que tu n'imagines pas. Ce machin la hante, littéralement. Un soir, je crois même l'avoir entendu lui parler.

-Quoi ?

- T'inquiètes pas. Je connais assez Karine pour t'assurer que ta future n'est pas folle. Elle n'a jamais voulu m'avouer dans quelles circonstances elle est entrée en possession de ce truc, mais avec le temps j'ai compris que ce voyage n'a vraiment pas été de tout repos.

-C'est bien ma veine. Tu ne vas pas le lui dire, hein ? Après un déménagement il y a toujours des affaires qu'on ne retrouve pas. S'il te pait...

La supplication de Dom et sa mine de chien battu rendirent à Léa sa bonne humeur:

-Je serais muette comme une tombe, mais c'est bien parce que ce truc était hideux à mourir !


La journée de labeur passa, au grand ravissement de Dom si bien que, le soir venu, lorsque Léa les quitta, hilare comme à son habitude, les deux promis demeurèrent un peu gênés sur le pas de la porte. L'air du soir ramenait à Dom le souvenir des frôlements soyeux de leurs peaux dérobés lors des allers et venus de la journée. Ils se regardèrent un instant dans les yeux avant de s'embrasser langoureusement. Karine murmura :

-Elle m'a parlé en tombant, je l'ai entendu crier... Je sais ce que vous avez fait...


Cette nuit là, devant sa fenêtre, Dom pianotait frénétiquement sur son portable, mais Léa ne répondait pas, toujours ce foutu répondeur, alors que dehors, dans les ténèbres, Karine se tenait là comme un épouvantable zombie. Son regard révulsé semblait phosphorescent sur son visage souillé par une substance brunâtre, comme du sang séché.

 

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23 avril 2011

La Terre me pardonne (Jo Centrifuge)

Mon pote Baudelaire m'a tout expliqué (on l'appelle Baudelaire parce qu'il est un peu poète, vous voyez). Et je suis devenu bon. Il est balaise Baudelaire, il a fait des études et tout.

Maintenant, je trie mes poubelles
J'ai bon cœur, je ne bouffe plus que des graines bio pour pas polluer, je suis dev-dur.
Moi, quand je retournerai à la terre, une multinationale apposera la mention "bio" à mon sac de compost.

C'est pas comme mes crétins de voisins. Comme y dit Baudelaire, ces gens là, c'est leur faute le réchauffement climatique, leur faute le massacre de la biodiversité, leur faute si on paie les ordures ménagères toujours plus cher. Faut dire que mes voisins, ce sont des bras cassés. Ils ont pas un rond pour une ampoule basse consommation, pour un bout de jardin ou encore pour changer leur bagnole moisie qui encrasse les poumons de tout le quartier. Par contre, ils en ont bien du fric pour élever leur bonne dizaine de marmots... surpeuplés qu'on est dans l'immeuble. La planète, ils s'en foutent, j'vous dis.

Du coup on est trop nombreux, on ira pas loin, ils le disent à la télé. L'homme c'est le cancer de la planète. Pour éviter l'apocalypse, y a pas 36 solutions, c'est une belle pandémie ou alors une bombe. Ah ah ah! Ca serait une bonne mesure écologique ça, efficace et tout.

Ouais...

...Sauf qu'il y a leur fille aînée.

Baudelaire me répète toujours que je devrais me méfier d'elle, qu'elle me retourne le ciboulot. Seulement ce que je ressens, ses bouquins peuvent pas le comprendre.

Bien sûr elle peut pas me blairer. Mais lorsqu'elle daigne me regarder avec ses grands yeux verts, l'Amazonie me pardonne, j'suis plus du tout persuadé que ce soit l'écologie qui doive sauver le monde.

Bon sang, tout est si compliqué que ça me donne soif. Allez, comme dit Baudelaire, je descend chez Raymond m'en jeter une...

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25 septembre 2010

Nettoyage de printemps (Suite du défi #114) (Jo Centrifuge)

Cramponné aux tige métalliques qui couraient jusqu'à la tête de la statue, Frère Paul ne pouvait plus faire un mouvement. Ses muscles tétanisés luttaient contre les rafales de vent qui semblait vouloir le pousser dans le vide. Il avait « tilté », encéphalo plat, seulement trois neurones en état de marche : l'un pour maintenir ses yeux fermés, un autre pour serrer les mâchoires, et le dernier, en mode repeat, pour chouiner « mais qu'est-ce que je fous làaa!... »

Cling !

Un bruit métallique lui rendit un semblant d'activité cérébrale. Un héron en feraille fait, entre autres quincailleries, d'une pelle et d'une scie, venait de se poser en face de lui sur un bras de la statue. Paul s'étonna :

-Merde c'est quoi ça !

Clong !

Bizarrement, le héron était doté de parole :

-Je vous en prie mon vieux, n'allez pas faire de remarques sur mon aspect. Ce serait plutôt à moi de m'étonner.de vôtre présence ici. Vous aimez les défis hein ? Adepte des sports extrêmes, c'est ça ?

-Mais pas du tout ! s'emporta Paul. Tu vois pas que je crève de trouille, maudit bricolage ? J'suis bloqué ici, aides moi à descendre !

Clung !

-Po po poo ! Je suis un héron, je n'ai pas de bras moi. 'Va falloir vous débrouiller tout seul mon petit bonhomme.

Paul désespérait

-Mais c'est pas possible ! 'Faut m'aider là ! Les seules acrobaties que j'ai jamais osé datent de quand j'étais môme.

Clang !

-Laissez moi deviner. C'était lorsque vous appreniez à faire du vélo sans les petites roues. Vous aviez tellement envie d'y arriver. Alors cent fois vous êtes tombé jusqu'à vous écorcher coudes et genoux.

Paul eut le coeur gros à l'évocation de son jeune temps.

Clong !

-Excusez-moi de vous le dire mais vous n'avez vraiment pas le profile d'un moine, remarqua le héron. Je me trompe?

Paul ricana :

-Tu es dans les ressources humaines, le bricolage?

Cling !

-Mmph ! Je vais faire comme si je n'avais rien entendu ! Ah mais je sais ! Amour déçu, pas vrai ?

-Bingo, tête de scie! fit Paul, plus mauvais que jamais. Ici au moins, je ne souffre plus. Ca te poses un problème?

Clang !

-Oh je disais ça, c'était histoire de passer le temps. Vous savez, une scie ça peut être très utile. A couper une branche morte par exemple...

Paul explosa :

-Putain mais tu veux quoi ? Et t'es quoi d'abord ?

Cling !

-Mais je suis toi, Paul...

-Moi ? Mais... la pelle ?

Clung !

-Ta mémoire.

-Et... la scie ?

Cloung !

-Ton avenir.

Et le héron disparut, laissant Paul abasourdi en haut de sa statue.

Clang !

Clong !

Clung !

Au gré des rafales de vent, le bidon de Mirror dans sa poche tapait sur la statue.

 

N'allez pas croire que cette révélation décida Paul à quitter son perchoir par ses propres moyens. Il fallut pour cela l'intervention d'une équipe spécialisée de sapeurs pompiers et le renfort d'un psychologue du SAMU. Mais quelques jours plus tard, il se défroqua et parti du monastère au petit matin, bien décidé à vivre à nouveau.

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11 septembre 2010

Nettoyage de printemps (Jo Centrifuge)

L'ennui avec le patrimoine d'exception, c'est qu'il réside très souvent en altitude. C'est bien entendu le cas à Saint Jean Baptiste, pour le plus grand malheur de frère Paul, novice de son état.  Le frère principal était entré fulminant dans le réfectoire avec des airs de sergent lors d'une revue de paquetage. Après qu'il annonça une visite éclair de Monseigneur pour le lendemain, tout le monastère flaira l'embrouille. Une main charitable propulsa vivement Paul sur le devant de la cène. Le frère principal accueillit son dévouement involontaire par un vibrant « merci », les bras grand ouverts, tenant dans ses mains un chiffon et un bidon de Mirror.

On l'accompagna jusqu'au portail occidental de la cathédrale, puis on osa rompre le silence votif pour murmurer craintivement  : « la couronne » en désignant la vierge Marie qui trônait tout sourire sur la coupole de l'édifice, là haut, le cuivre de sa saint coiffe chatouillant les nuages et les longs courriers.

Paul eut à peine le temps de réaliser qu'on l'empoignait fraternellement, mais néanmoins fermement, pour le porter par des escaliers de pierre labyrinthiques, de plus en plus étroits, jusqu'à ressortir à l'air libre sur un petit cheminement qui courait à la coupole. L'assemblée attendait là, les bras croisés, barrant l'unique issue à cette folie. Paul n'avait plus qu'à prendre courage. Les mains moites cramponnées à son nécessaire à reluire, il entreprit  son ascension sous les yeux effarés de quelques pigeons qui s'en arrêtèrent de souiller les gargouilles pour lui emboîter le pas, étonnés par tant d'inconscience.

« Mais qu'est-ce que je fous là? » se dit Paul alors que ses pieds se battaient avec sa robe de bure en escaladant les premiers barreaux de l'échelle rudimentaire de la coupole. Au gré de sa progression, un air vif semblait vouloir le happer, forcissant avec l'altitude, et le poussant par rafale vers le vide vertigineux qui l'entourait à présent qu'il atteignait le socle de la Vierge.

A partir de là c'étaient de simples tiges métalliques qu'il fallait emprunter pour enfin atteindre la couronne de la statue. Paul frissonnait alors qu'il escaladait les jambes de la Dame. Il se figea à la hauteur des hanches, suspendu dans le vide, il avait le tournis. En bas, ses camarades ne trouvèrent rien de mieux que d'entonner un psaume. Il voulut hurler un grand « Vos gueules » mais il ne  réussit qu'à pousser un minuscule râle pathétique, ce qui lui valut les caquetages moqueurs de quelques canards qui passaient par là.

Mais comme il est déjà minuit, il faudra que je finisse la fin de cette histoire au prochain défi. Toute suggestion est d'ailleurs la bienvenue.

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04 septembre 2010

Défi #108 (Jo Centrifuge)

Ce soir là, Max gratta une allumette en se disant qu'il n'était qu'une petite ordure de traitre, et cela le fit sourire. Il éprouvait cette curieuse jubilation sans joie qui le rongeait depuis une année maintenant.

Retenant son souffle, il porta la flamme à une petite bougie. Une douce lueur vacillante vint peindre doucement des ombres et des lumières sur ses mains et son visage, laissant dans l'ombre la salle déserte du service R&D. Il attendait l'ultime agent P, et lorsque ce dernier viendrait, il changerait de vie.

C'est vrai, les premiers mois, on l'avait fait chanter. On avait pris ces photos et menacé de les divulguer à sa femme s'il n'obtempérait pas. La peste ou le choléra : sa famille et son boulot c'était ses raisons d'exister. Il en fit une dépression qu'il s'appliqua, en vain, à cacher à l'un comme à l'autre.

-Vous voulez m'en parler mon vieux?

-Je t'en pris, chéri, parles moi !

Max grimaça un sourire. Parler de quoi ? A toi que je vais vendre tous les secrets de la boîte et que vous pointerez bientôt tous au chômage ? Et à toi ? Que je t'ai trompé avec des putes pendant que tu me préparais de bons petits dîners ?

Non. Son seul confident, c'était son bourreau : l'homme au manteau noir. Ces menaces qu'il croassait se changèrent bientôt en miel avec la promesse d'une rente confortable pour tribut de 365 journées de mensonges. Il convint Max de la médiocrité de son quotidien et de ceux qui le peuplaient. Il le persuada que l'argent qu'il offrait était une chance unique de rebâtir une existence à la hauteur de ses qualités. Max n'eut désormais plus besoin d'être menacé.

Un bruissement délicat chuchotant du fin fond des ténèbres interrompit le fil de ses pensées. Il fixa son regard sur la flamme. Une petite boule de feu vint tomber fulgurante à côté de la bougie. L'agent P était arrivé.

Qui se souciait d'un insecte de nuit dans une entreprise high-tech? Pour les portiques et les caméras ça n'était qu'une incongruité, une anomalie que l'on ignorait et qu'on laissait vaquer dans les services les plus sensibles. Avec de grandes précautions Max porta le papillon blanc dans la paume de sa main. Il y agita un instant les débris de ses ailes brûlées avant de s'immobiliser, résigné. Son abdomen déformé par des boîtiers d'électronique miniaturisée, transpercé d'antennes et de capteurs, frémissait alors qu'il agonisait. On avait retiré son système digestif pour le remplacer par tout un fatras technologique, lui laissant 24 heures de vie, bien assez pour recueillir de précieuses informations.

Max détestait les voir crever. Comme à son habitude, il glissa le papillon dans un sachet plastique avant d'en aspirer l'air et de le dissimuler dans la poche intérieure de sa veste.

Alors qu'il partait livrer le dernier agent P, il eut un accès de conscience et se figura la vision d'un ange déchu, seul, dans les décombres d'une ville détruite. Mais qu'importait, il était riche.


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03 juillet 2010

Anniversaire. (Jo Centrifuge)

Debout sur leurs chaises en plastique les gosses claquaient leur pendule comme des enragés et leurs petites mains déplaçaient les pièces de l'échiquier à une vitesse fulgurante. La table en tremblait et, par la même, c'était tout le décor d'anniversaire qui valsait :  ballons pastels, banderole, ... Dans le lointain les rumeurs d'un festival techno parachevait de donner à Delphine l'inquiétant sentiment que son petit monde se déglinguait à vitesse grand V.

C'est à ce moment que Patrick déboula les bras chargés de sacs plastiques. Ils étaient tous les deux à la bourre, évidement. Le retard c'était leur tradition, leur point d'honneur. Alors qu'ils virevoltaient pour parachever les derniers préparatifs, ils se mirent à déballer leurs déboires.

Désole...retenu au boulot...plein de monde au supermarché...embouteillages...foutu concert...blablabla... Merde c'est déjà l'heure ! Pousses toi ! Allume le barbecue ! S'cuses ! Mets la limonade sur la table! Mais pourquoi personne n'est encore arrivé ?

Les sacs de bonbons produirent de sinistres craquement sous l'action de leurs mains crispées. De leur table, les deux mômes les dévisageaient.

-Tu n'as quand même pas oublié de poster les invitations, murmura Delphine.

-Quoi? Mais c'était toi qui...

Flairant l'entourloupe, les morveux s'étaient levés et avançaient droit sur eux. Et que raconter à deux petits qui lisent en vous comme dans un livre si ce n'est... n'importe quoi?

- La fête, c'était une farce ! La vraie surprise c'est un semaine de parc d'attraction, youhouu! Joyeux anniversaire les jumeaux!

Du haut de ses trois pommes, la petite les fixaient, furibarde :

-C'est ça oui! Vous nous prenez pour des ravioles ?

Son frère surenchérit:

-Ouais, dites plutôt que vous avez oublié les invitations.

La petite qui n'avait pas baissé son regard arracha le paquet de bonbons des mains de sa mère :

-C'est quand qu'on y va au parc d'attraction ?

-euh... la semaine prochaine...?

-Bon... Ça va ! Nous on va chez mémé. Bonnes soirée, parents indignes.

Ils tournèrent les talons en grignotant leurs friandises et sortirent du jardin à la manière de deux philosophes devisant d'on ne sait quelle théorie stratosphérique.

-Ils me font peur quand ils sont comme ça, confia Patrick à Delphine.

-Qu'est-ce que tu veux, ce sont des surdoués. Ils naviguent dans des subtilités que nous, pauvres imbéciles, nous ne soupçonnons même pas l'existence... Moi ce qui m'effraie c'est comment on va trouver le fric pour le parc d'attraction.

Au concert on tirait un feu d'artifice. Ils regardèrent en même temps les trois saladiers de taboulé :

Tabouléééé ! Un euro le cornet ! Une pièce seulement pour de la semoule qui pique ! Allez, alleeeeez!

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