25 janvier 2020

Paré pour le grand saut ? (Ilonat)

 
Et hop, on va sauter la barrière
Et hop, on va enfin monter là haut
Finies les pleurs et la misère
On va enfin se mettre au chaud

Chanté :   Bateau ciseaux on va sauter la barrière
               Bateau ciseaux pour  s’retrouver tout là haut

Scandé :   Fi-nies-les ga-lères
                Les- grosses- ornières
                La la la la lère
                Les chemins –tordus
                Qui vous laissent-sur- le –cul

Finies la souille et la gadoue
Et ces atermoiements de vieux grigou
Qui compte encore ses jours comme des sous
Sur un boulier usé rafistolé tout mou
Finis ces airs patibulaires
A égrener le chapelet
Des ses bobosses et de ses plaies
Il fut un temps dans le passé
Où il avait vécu sans regards en arrière
Un temps où il rêvait de vivre sans frontières
Et sans respect des règles édictées
          Bateau ciseaux, la rivière la rivière….
Puis vint le temps tout gris où son temps fut compté
Qui remplaçait ses rêves par des regrets
          Bateau sur l’eau tous mes vieux rêves envolés…
Alors il s’était dit : Holà !
Je ne vais pas finir comme ça
Dans cette pétaudière
A compter mes abats
Faut trouver la manière
Et faire un vrai  grand pas
           Bateau ciseaux la rivière la rivière……

Et hop, on va sauter la dernière barrière
S’extirper de ce marigot
A nous les belles bayadères
Qui nous attendent tout là haut
Pas besoin de visa, deux p’tits sachets dans l’eau
Bien l’bonjour à Saint Pierre et tous ses angelots

Mais comme il s’apprêtait à faire le grand saut
Une petite voix ensommeillée lui demanda
Hé vieux papa grognon tu m’emmènes avec toi
Faire un tour en bateau ? Et j’ai repris les rames
Comme un ballot

      Bateau sur l’eau la rivière la rivière
      Bateau ciseaux  la rivière au bord de l’eau    


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18 janvier 2020

Les gabelous de Carry le Rouet (Ilonat)

 


Pour sûr que je m’en souviens, du jour où les gabelous de Carry sont venus arrêter mon père. Quelle soirée terrible ! Papa revenait juste de la pêche et ils sont arrivés comme ça, avec leur uniforme, leur tricorne et le grand sabre qui leur battaient les bottes. Ma mère était terrorisée, moi je pleurais bien sûr, mais qu’est ce qu’on pouvait faire ?
Mon père avait beau leur expliquer qu’il n’était pas contrebandier, qu’il avait juste acheté ces deux livres de sel pour saler ses poissons, qu’il n’avait pas assez d’argent pour l’acheter à Martigues, ils n’ont rien voulu savoir et ils l’ont jeté en prison. Pour deux livres de sel !
Maman m’a expliqué plus tard. Le sel, on était obligé de l’acheter au Grenier du Roi, à un prix impossible. C’était une sorte de taxe, un impôt du Roi. Mais les Seigneurs et les gens d’Eglise n’avaient pas à le payer.
Alors il y avait des gens, des contrebandiers, qui avaient réussi à s’en procurer à la Saline, pour le revendre à des prix raisonnables,  à ceux qui en avaient besoin.
C’est un camarade de mon père, M Georges, qui avait aussi une barque de pêcheur,  qui lui  avait vendu ces deux misérables sachets. Les tortionnaires de la Gabelle ont dû lui faire subir des supplices pour qu’il avoue qui étaient ses complices ….  Après, ils l’ont envoyé aux galères et mon père s’est retrouvé en prison.
Qu’est ce que je pouvais faire moi, quand ils sont venus, petit comme j’étais.
Maintenant, j’ai douze ans, j’ai bien compris qui ils étaient, ces gabelous, et avec mon camarade André, on leur a préparé un tour, pour leur faire passer le goût du sel.
Nous n’étions pas assez grands ni assez nombreux pour nous révolter, comme on m’a dit qu’ils l’avaient fait du côté d’Arles, mais on pouvait quand même essayer quelque chose…
Alors, nous sommes allés  trouver M Bourjut, qui savait lire et écrire et qui n’aimait pas beaucoup les gens du Roi. On l’avait embêté parce qu’il était de la religion réformée…
Il nous a fait une petite lettre, à peine quelques mots, que nous avons déposée pendant la nuit devant la porte du Commis.
Il nous l’a lue, c’était écrit : « Monsieur le Commis du Roy ; je tiens à vous signaler que j’ai aperçu des individus qui ont débarqué Dimanche soir sur la plage de Saussey. Ils ont transporté de grands sacs qu’ils ont ensuite entreposés derrière la grange du Mas des Garrigues (façade Nord). Nous vous signalons respectueusement ces faits, pour que la Loi soit respectée, comme de bons et fidèles  serviteurs du Roy »
Bien sûr, ce n’était pas signé, et nous avons soigneusement préparé notre coup.
Le mas des Garrigues, c’était la maison de M Georges, l’ami de mon père, mais personne n’y habitait plus.  Depuis qu’on l’avait envoyé aux galères, toute sa famille était partie à Marseille où sa femme avait réussi à trouver du travail, comme blanchisseuse.
Avec mon copain André, nous connaissions bien les lieux car nous y allions souvent chasser des merles avec un lance pierres.
Derrière mur de la grange, du côté Nord, il y avait une grande fosse à purin,  profonde, et qui s’était remplie à ras bord depuis les dernières pluies d’Octobre. Nous avions bien failli y tomber un jour, parce que ses bords étaient cachés par un épais fouillis de ronces.
C’est la qu’on a trouvé l’idée. On est allé chercher quelques branches dans la garrigue, qu’on a recouvertes de branches plus fines, de ronces, de genets, avec une dernière couche d’herbes, d’un peu de terre et de feuilles séchées.
Et le Mardi suivant, après qu’on ait déposé la lettre, ça n’a pas manqué !
Un autre camarade de Carry nous avait avertis. On s’est postés en haut du petit tertre, en face du Mas, sous un chêne vert, et on les a vus arriver. C’étaient les mêmes qui avaient arrêté mon père, sept ans plus tôt.
Ils s’étaient  installés à Carry parce qu’on leur avait confié la charge officielle de Commis.
Ils s’avancent vers le Mas, avec leur mousqueton tout prêt, pointé sur la maison, ils appellent deux ou trois fois : Holà ! Holà ! Holà ! Personne ne répond, bien sûr. Ils font un petit tour des bâtiments, et se dirigent vers la vieille grange.
Ils savent que c’est là, dans cette encoignure du mur exposé au Mistral qu’ils vont découvrir l’objet du délit... Ils s’avancent encore, l’un d’eux désigne les grosses pierres que nous avons empilées devant l’anfractuosité. Ils s’avancent précautionneusement, car il leur semble que le sol est un peu meuble sous leurs pas, mais ils ne vont pas abandonner aussi près du but.
Et patatras, les voilà  qui basculent, agitent les bras et disparaissent  dans la fosse!
De notre observatoire, avec André, nous éclatons de rire en nous tapant sur l’épaule. Nous avons gagné !
Ils ont quand même réussi à s’en sortir…
Mais quand ils ont été obligés de traverser notre village,  couverts de boue et de purin et tout le monde riait sous cape en faisant mine de s’apitoyer :
« Hé bien,  messieurs les Commis, qu’est ce qu’il vous est arrivé ? Ce sont des contrebandiers qui vous ont arrosés ? »
Avec André nous n’étions pas peu fiers, et je raconterai tout cela  à mon père lorsqu’il reviendra. On nous a dit que ce sera pour bientôt, avant Noël.
Quand aux deux gabelous, ce n’est pas de sitôt qu’ils reviendront sévir près de chez nous….

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11 janvier 2020

Far away (Ilonat)

 

« Far » : french name

Referring to a kind of pastry

Coming from Brittany

And made with flour milk and prunes.

Must be very tasty

But I never tasted any

So far…

 

                Looks a little heavy

                After all what we had

                For Christmas Day

 

And now I feel so far away

From where you are

Stuck in this sad lonely bar

Thinking of you

 My little star
 

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04 janvier 2020

Ploum ploum tralala (Ilonat)


Ploum ploum tralala
Avec son tralala
Elle faisait tourner toutes les têtes
Ploum ploum tralala
Avec ce machin là
On était paré pour les Fêtes.

Ça c’était pour Suzy
De l’air !
Mais alors pour Zizi
Avec son truc à plumes
Ses entrechats
Ses jambes en l’air
Ça j’aurais bien voulu les voir
Un peu en vrai
Au Cabaret !

Mais comme la veille au soir
Je m’étais fait plumer
En jouant au poker
J’l’ai regardée
À la Télé…
« Ah ! Tu veux des paillettes
Des plumes et des gambettes
M’a dit ma femme un peu trop haut
Pauvre paumé pauvre mauviette
Pendant que moi je rame à passer le plumeau
Toi tu flambes au bistrot ! »

Moi j’avais bien envie
De lui coller une plumée
Et tout le tralala
Mais comme je suis gaulé
Comme un coq déplumé
En manque d’énergie
Je m’en suis tenu là

Comme il m’arrive quelquefois
D’écrire mes déboires
Sans rimes ni raisins
En des vers incertains
J’ai pris ma belle plume
Pour un Défi du Samedi
Quelque peu dérisoire
Et quand ce fut fini
Je m’suis mis au plumard

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14 décembre 2019

Galéjade et parti pris (Ilonat)

 

La semaine dernière

Je me suis pris la tête

À plancher sur un thème

Qui m’a laissé un goût amer

 

Comme on s’est séparés avec Germaine

(Non, ce n’est pas la même !)

Je l’ai raccompagnée chez sa marraine

Qui habite là haut

Dans ces brumes lointaines

 

On a roulé toute la nuit

J’ai dormi à l’hôtel

Et le matin je me réveille

Je descends sur la place

Les yeux plein de sommeil…

Peut-être mal dormi

Ou les quinquets mal embouchés

Et pleins de préjugés

Mais  là j’en reste sur le flanc

 

Mince ! À quoi ils jouent ceux là

On dirait la pétanque

Mais le terrain est goudronné

Avec de grandes marques blanches

Comme s’ils jouaient à la marelle

 

C’est entendu !

Je n’ai pas pris le temps de scruter le cliché

Juste un petit coup d’œil

Sans avoir pris le soin

De faire un peu la mise au point

Je ne vais pas chercher Midi à quatorze heures !

 

Mais tout de même !

Ni boule ni cochonnet !

Pas même de platanes ombrageant le terrain

Ni de Café du Centre pour la fin de partie !

Vous avez dit cliché ?

 

Je me frotte les yeux

Je vais un peu plus loin interroger un wikipède

Le quidam me répond :

« Enfin monsieur vous divaguez

Vous êtes dans le Nord

Pas chez vous en Provence

Ici on joue au jeu de paume, à la balle pelote

« kaatspel » si vous voulez, en bon Néerlandais »

Et il commence à m’expliquer les règles…

 

Putain !

Déjà qu’avec Germaine (bis)

Ça ne tournait pas rond

Ça m’a foutu les boules

 

D’accord !

Les gens du Nord ont le droit d’exister

Comme tout un chacun

Avec un ciel si bas qu’ils n’ont même plus d’été

Ils ont quand même au cœur et chevillé au corps

Le rayon de soleil qu’ils n’ont peut être pas dehors

Mais tout de même !

Jouer à la baballe en regardant en l’air

Ça ne fait pas sérieux !

 

Ça va. J’en assez vu

Moi, je reprends mes billes

Et je rentre à Grignan

 

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07 décembre 2019

Anamnèse (Ilonat)


Anamnèse ?
Il aimait bien ce mot  ce mot mystérieux
Cet effort de mémoire pour essayer de concevoir
Comment il en était arrivé là dans ce trou noir
Sans espoir d’en sortir puisqu’il était devenu vieux

« C’est bien la pire peine de ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine mon cœur a tant de peine »
Une autre résonance qui l’habitait parfois
Sans qu’il en partageât la juvénile antienne

« Mon mal vient de plus loin » se disait il aussi
Bien sûr, l’âge venant  l’on n’a plus d’énergie
Tout devient difficile et tout devient plus gris
On voudrait bien savoir pourquoi l’on reste en vie

Et ce matin encore se regardant dans le miroir
Il a pris vraiment peur de ce triste regard
Où se lisait sa honte d’en être arrivé là
A vouloir en finir, ne plus aller plus bas

« Finir ce peu de soupe » disait souvent son père
Lorsqu’il n’en pouvait plus avec tous ces tracas
Nourrir cette famille  affronter la misère
Ces jours sans horizon qui n’en finissent pas

« Mon mal vient de plus loin » se disait-il encore
En pensant à sa mère à son regard chagrin
Après qu’elle ait vécu ces tragédies sans fin
Ces drames quotidiens malgré tous ses efforts

Il aurait pu parler aussi de ce frère jumeau
Parti sans qu’il lui dise à quel point il l’aimait
Lui demander pardon de l’avoir humilié
Quand ce souvenir là  pèse comme un fardeau

Il lui aurait encore fallu chercher plus loin
Dans le fouillis obscur de sa mémoire
D’autres défaites et d’autres ombres  qu’il ne voulait pas voir
Mais dont il ressentait le poids chaque matin

Il en venait à se haïr de sa désespérance
Lui qui avait vécu tant de vies insouciantes
Connu quelques instants de grâce souriante
Pour se retrouver seul devant cette béance

Tout  cela lui pesait  cette réminiscence
De ceux qui n’étaient plus mais qui vivaient en lui
Qui lui parlaient encore dans ce profond silence
Cette présence absence d’hier et d’aujourd’hui

Il lui faudra pourtant  sortir de cette impasse
Retrouver quelque espoir quelque envie d’entreprendre
Ou bien en terminer sans même quelques traces
Tirer un trait ! Adieu ! Quand il faudra se rendre.

« Coucou papa c’est moi »
C’est le message que j’ai reçu hier au soir de ma fille adoptive, la  petite Nini que j’ai laissée là bas à l’Ile aux Nattes.
Allons, il faut sortir de ce brouillard….écrire peut être d’autres choses, plus apaisées


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