21 février 2015

Eclats de paradis… (Fairywen)

Défi 338 du samedi 14 février 2015

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14 février 2015

La Théorie du Chaos (Fairywen)

La Théorie du Chaos.

Le Tisseur se raidit en regardant l’image qui se dessinait sur sa toile. C’était impossible, juste impossible… Il ne pouvait y avoir deux choses aussi contradictoires dans la même toile… D’un côté, un paysan derrière son cheval, en train de labourer son champ. À côté de lui, un soldat de l’Empire Galactique, et dans le ciel, des vaisseaux spatiaux ! C’était du grand n’importe quoi. Les Mondes ne devaient pas se mélanger. C’était interdit. Dangereux.

Comment cela avait-il pu se produire ? Il était un Tisseur expérimenté, qui créait des Mondes depuis des décennies. Oh, bien sûr, au début, il avait fait quelques petites erreurs, comme tout le monde. Rien de dramatique. Il avait toujours réussi à les rattraper. Mais là… Mélanger des Mondes, même un débutant ne le faisait pas ! Alors un Tisseur de son niveau…

Furieux, le Tisseur s’approcha de la toile et l’examina attentivement durant de longues minutes. Et il finit par voir. Un tout tout petit minuscule accroc, fait par l’aile d’un papillon qui passait par là… Un accroc qui avait mélangé deux Mondes en création, un petit rien qui pouvait aboutir à une destruction apocalyptique.

Le Tisseur s’empressa de saisir ses instruments pour réparer la déchirure. Le laboureur continua à labourer tranquillement son champ. Le soldat et les vaisseaux retournèrent livrer leur guerre impériale. Le Tisseur contempla un instant ses œuvres, satisfait du travail accompli. Puis il saisit doucement le papillon entre ses mains et le relâcha par la fenêtre, qu’il referma ensuite soigneusement. Certes il faisait beau dehors et l’air printanier transportait des fragrances délicieuses, mais pas au point de risquer la mort d’un Monde, tant il est vrai que le battement d’une aile de papillon dans un point de l’Univers peut déclencher l’apocalypse à l’autre bout des Mondes…

Illustration défi 337 du samedi 7 février 2015

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07 février 2015

la clé (Fairywen)

 

La clé.

Chaque année, en fin d’année, le même cérémonial se reproduisait au quartier général des Forces Spéciales Intergalactiques. Une tradition à la fois attendue et redoutée, car il ne s’agissait rien moins que de décerner le titre de meilleure recrue de l’année. Quoique, depuis un certain nombre d’années, la place de champion ne passionnait plus grand monde, tant l’identité du gagnant était certaine. Les paris s’ouvraient plutôt sur la place du second.

Car nul ne doutait que le premier serait encore et toujours le Chasseur. Il était le meilleur depuis son arrivée. Même après avoir été interné plusieurs mois en camp disciplinaire, il avait réussi à rafler le trophée. Bien sûr, ses succès lui valaient beaucoup de jalousies.

Il s’en moquait. Royalement.

 

Et pour la première fois, il se moquait aussi d’avoir gagné. Il s’en moquait même complètement. Car au fond de son cœur, il estimait avoir subi le plus cuisant des échecs. L’Ombre lui avait échappé. Encore et encore. Il l’avait traquée de planète en planète, l’avait approchée à maintes reprises, mais toujours elle s’était enfuie. Il savait bien que dans son dos, on se moquait de ses mésaventures. Car non contente de lui échapper, l’Ombre l’avait souvent ridiculisé. Comme cette fois où il s’était retrouvé attaché et littéralement emballé par un gros nœud rouge… Oh, l’Ombre avait bien tenu sa promesse, elle avait effectivement appelé les forces de l’ordre du coin pour venir le libérer. Mais elle avait pris soin d’appeler une équipe de femmes, et pendant des mois, il avait dû endurer les sourires entendus de ses collègues masculins.

Jusqu’à ce que ses poings finissent par ramener tout le monde à la raison…

 

Morose, le Chasseur avala d’un trait son énième verre de whisky. Il s’était éclipsé dès qu’il avait pu, et noyait ses déconvenues dans l’alcool. Il jeta un regard désabusé à la médaille qu’il arborait. Elle lui importait si peu qu’il avait pensé la refuser, mais la tradition était la tradition, et il avait supporté sans broncher des félicitations qu’il n’estimait pas mériter.

« On ne t’a jamais dit que l’alcool était mauvais pour la santé ? susurra une voix derrière lui, non, ne te retourne pas. Il y a une arme plantée dans tes reins. »

Le Chasseur s’était raidi en reconnaissant la voix de l’Ombre. Comment osait-elle entrer dans un bar empli de flics ? C’était… insensé, suicidaire… et digne d’elle.

« Tu sais qu'il suffit que je dise un mot pour que tout le bar te tombe dessus ? répliqua-t-il sur le même ton.

— Mais ce mot, tu ne le diras pas, Chasseur. Je suis armée, dangereuse, et je ferais beaucoup de dégâts dans un espace aussi restreint. Et surtout, tu ne supporterais jamais qu’in autre que toi m’arrête.

— Qu’est-ce que tu veux ?

— T’offrir un cadeau, bien sûr. Ce n’est pas une tradition, d’offrir un cadeau au gagnant ? »

Une main passa à côté de lui, une main fine, mais qu’il savait forte, et déposa une clé sur le bar.

« Chambre 7, au Paradise. Garde tes médailles, j’adore ça. »

Elle s’évanouit aussi silencieusement qu’elle était venue. Il ne se retourna pas, il savait que c’était inutile. Mais il ramassa la clé et la mit dans sa poche. Il s’en voulait de ne pas pouvoir résister. Elle avait à peine posé la clé qu’il savait qu’il la rejoindrait dans la chambre 7 du Paradise.

Ça aussi, c’était une tradition. Ennemis, amants, ils se combattaient et s’aimaient tout à la fois. Il ne savait pas lui résister, et cette fois encore, il irait la retrouver.

Pour l’aimer jusqu’au bout de la nuit…

Retrouvez l'Ombre et le Chasseur ici.

Défi 336 du samedi 31 janvier 2015

 

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31 janvier 2015

L'arbre (Fairywen)

 

L’Arbre.

 

Aujourd’hui je vais vous raconter une histoire vraie. Une histoire que j’ai vécue quand j’étais une petite fille. Pas avec mon langage de petite fille, certes, mais en retrouvant les sentiments que j’avais éprouvés à l’époque.

Je venais de traverser le petit pont de bois pour aller lire perchée dans mon arbre préféré lorsque, par un caprice qu’aujourd’hui encore je ne saurais expliquer, j’ai décidé de changer d’endroit et d’aller vers la clairière, pour y lire au pied d’un chêne où venaient souvent marauder des écureuils. Dans le secret de mon cœur, je me disais que, si je ne faisais pas de bruit, ils viendraient peut-être jouer autour de moi. J‘avançais sur le chemin au rythme de la chanson que je fredonnais dans ma tête, et ne tardais pas à arriver à destination.

Et c’est alors que je vis la chose la plus extraordinaire qui soit… Devant moi, le tronc d’un arbre était ouvert en deux. Un immense espace séparait les deux moitiés du tronc, et dans cet espace brillaient toutes sortes de couleurs de bleus. Je me suis approchée avec un frisson, en prenant garde à ne pas déchirer ma robe sur les ronces.

Le spectacle était tout simplement magnifique… Des poissons nageaient dans l’eau claire entre les deux morceaux du tronc de l’arbre, allant et venant au-dessus d’un paysage sous-marin d’une rare beauté. Parfois la nageoire de l’un d’eux crevait la surface liquide en suspension, et quelques gouttes salées m’éclaboussaient. Je n’ai jamais su combien de temps j’étais restée là, à regarder le merveilleux spectacle. Et puis, tout doucement, le tronc s’est refermé et je suis allée m’asseoir sous mon chêne.

Je n’ai pas lu, ce jour-là, mais j’ai rêvé. Et comme je ne bougeais pas du tout, les écureuils sont venus.

 

Improbable, mon histoire ? Vous en êtes sûr, jeune homme ? Regardez donc là-bas, sur mon étagère… Oui, là-bas ! Vous voyez ce coquillage ? Je l’ai ramassé ce jour-là dans la forêt, au pied de l’arbre magique. Et ne me regardez pas avec cet air indulgent, je vous prie. Je suis peut-être une vieille dame, mais j’ai encore toute ma tête, et je sais bien ce que j’ai vu ce jour-là dans la forêt.

 

Pensif, le jeune homme sortit de la chambre de la vieille dame. Bien sûr, il ne croyait pas un mot de son histoire, bien qu’elle soit très jolie. Il ne remarqua pas qu’à son tour il traversait le petit pont de bois et suivait le chemin vers la clairière. Ce ne fut que lorsqu’il arriva devant l’Arbre qu’il se demanda quel caprice du destin l’avait conduit là, au moment précis où le tronc s’ouvrait devant lui.

Ce qu’il vit ? Nul ne le sut jamais, sauf peut-être les écureuils, qui confièrent au vent qu’il était entré dans l’espace entre les deux moitiés du tronc et n’en était jamais ressorti. Le vent, à son tour, rapporta l’histoire à la vieille dame, qui sourit en silence et reprit son livre.

 

Improbable, mon histoire ? Vous êtes sûrs… ?Auriez-vous le courage de franchir le petit pont de bois et d’aller jusqu’à la clairière où se trouve l’Arbre… ?

Défi 335 du samedi 24 janvier 2015

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24 janvier 2015

ne pas oublier (Fairywen)

Défi 334 du samedi 17 janvier 2015

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17 janvier 2015

bourgeon de vie (Fairywen)

Bourgeon de vie.

De l’extérieur, on ne voit rien. Rien que des écailles bien fermées qui composent un petit bourgeon accroché à la branche d’un arbre. Donnera-t-il une feuille, une fleur ou un chaton ? Pour l’instant, on ne peut rien dire. C’est l’hiver, le petit bourgeon dort sous la neige. Les scientifiques parlent de dormance, d’hormones végétales et autres balivernes, mais comme souvent, ils sont loin, bien loin de la réalité.

Car si les petits bourgeons dorment en hiver, c’est pour protéger la petite fée qui leur donnera vie le printemps venu. Le voilà, le secret des bourgeons. Chacun d’eux abrite une petite fée qui l’a construit patiemment à la fin de l’été, avant de se nicher en son cœur et de s’endormir au chaud pour se reposer. C'est pourquoi les bourgeons sont si bien fermés : pour protéger leur petite fée.

Mais voici que le printemps arrive. Les jours rallongent, il fait plus doux. Les petites fées s’éveillent doucement, s’étirent, et commencent à dorloter leur petit bourgeon. Elles le font tout beau, tout frais, tout pimpant, et lorsqu’elles jugent le moment venu, elles ouvrent délicatement les écailles protectrices.

Alors on voit sortir une feuille, un chaton, un pétale de fleur… Lorsque le bourgeon est complètement ouvert, la petite fée s’envole dans les cieux et va jouer avec ses amis durant tout le printemps et tout l’été. Mais lorsque l’automne s’annonce, elle revient vers son arbre pour commencer à construire un autre petit bourgeon dans lequel elle passera l’hiver.

 

Alors si vous voyez un bourgeon fermé, n’y touchez pas, laissez-le dormir avec sa petite fée. Car si chaque fois qu’un enfant dit “je ne crois pas aux fées”  il y a quelque part une petite fée une meurt, les petites fées meurent aussi lorsqu’on détruit leur maison…

Illustration défi 333 du samedi 10 janvier 2015

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10 janvier 2015

miroir, mon beau miroir… (Fairywen)

 

Miroir, mon beau miroir…

Miroir, miroir,

Mon beau miroir,

Reflet de tes yeux,

Mémoire des jours heureux…

 

Miroir, miroir,

Mon beau miroir,

Reflet de l’onde pure,

Parfum d’aventures…

 

Miroir, miroir,

Mon beau miroir,

Témoin de ma vie,

Jeunesse qui s’enfuit,

Vieillesse qui mûrit…

 

Miroir, miroir,

Mon beau miroir,

Gardien de mes secrets,

Complice de toutes ses années

Par les yeux de mon amant

Qui me voit toujours comme il y a vingt ans,

J’ai appris à aimer

Tout ce que tu m’as montré

Illustration défi 332 du samedi 3 janvier 2015

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03 janvier 2015

je me souviens… (Fairywen)

 

Je me souviens…

Je me souviens… De quoi ? De tant de choses… Fidèle à moi-même, les tristes, je ne vous en parlerai pas. Seulement des tendres et des belles.

Je me souviens du goût des abricots que ma mère me donnait toujours à goûter lorsque nous étions en vacances au bord de la mer, l’été, et que je sortais de l’eau.

Je me souviens de l’odeur de foin et d’animaux du clapier de mon grand-père.

Je me souviens du grenier de ma grand-mère où je passais des heures avec mon cousin préféré.

Je me souviens de jardin de mon grand-père, où j’allais “voler” les fraises, les carottes (pour moi et pour les lapins) et les tomates.

Je me souviens de Lancelot, ce grand cheval noir teigneux avec tout le monde sauf avec moi.

Je me souviens de Julie, Voyou et Réglisse, mes premiers chats. Et bien sûr de Mystic, mon bébé parti trop tôt.

Je me souviens des goûters de noix, pain et sucre dans le verger de mon grand-père, des cerises noires et juteuses que j’allais cueillir sur l’arbre.

Je me souviens des bouquets de coucou que je faisais chez ma grand-mère, où le printemps était toujours en avance de 15 jours par rapport à chez nous.

Je me souviens de la neige, l’hiver, des parties de luge avec les copains, et du chocolat chaud de ma mère quand je rentrais.

Je me souviens de mon 1er parcours de CSO[1] avec mon cheval, où nous avons fini à la deuxième place. Et de mon premier sans fautes avec ma jument.

Je me souviens de ma première balade avec lui, enfin libres tous les deux.

 

Et surtout, je me souviens de cette torride nuit d’été en Espagne où j’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari, puis de la naissance de la plus belle des petites filles, de ses premiers pas, de ses premiers mots.

Oui, je me souviens, et surtout, j’espère que je me souviendrai encore longtemps de tout ça…

 



[1] Concours de Sauts d’Obstacles

 

Défi 331 du samedi 27 décembre 2014

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27 décembre 2014

Orage de Noël (Fairywen)

 

Orage de Noël.

 

Il n’avait jamais aimé Noël. Noël, ça ne signifiait rien pour ceux qui comme lui avaient grandi dans la rue. Falko n’avait pas seulement le look d’un voyou, il en était un. Dans la rue, on le respectait. On le craignait, aussi. Il tapait fort, il tapait vite, et il posait les questions après. Parfois.

Enfant, il serrait les dents pour ne pas pleurer lorsque venait Noël. À l’école, il entendait les autres parler du sapin, des décorations, des cadeaux, des repas en famille… Lui n’avait rien d’autre que les murs froids de l’orphelinat. Un orphelinat dont il avait fini par s’enfuir, se trouvant mieux dans la rue. Non, Falko n’avait jamais aimé Noël.

 

Et pourtant aujourd’hui il se retrouvait dans un magasin, en train de choisir un cadeau. Un cadeau de Noël. Car le voyou amer et cynique avait un jour rencontré une jeune femme qui avait bouleversé sa vie, une jeune femme aux yeux rieurs, qui lui avait proposé des charmes et des sortilèges pour se sécher le jour où il était entré par hasard dans sa boutique de magie pour s’abriter d’un violent orage d’été. En fait de charmes et sortilèges, il avait eu droit à une serviette, une tasse de café et un jogging pendant que ses vêtements trempés finissaient au sèche-linge. Lui qui ne croyait pas en la magie était revenu, encore et encore, jusqu’à ne plus repartir, et un jour, il avait découvert qu’il vivait avec une vraie magicienne, qui savait faire naître des étoiles avec ses doigts et créer une bulle de calme au milieu des éléments déchaînés.

Alors ce soir, pour la première fois de sa vie, il achetait un cadeau de Noël, une fine chaîne d’argent avec un cœur d’émeraude en pendentif. Il eut un sourire en coin avec quelle attention les vendeurs le surveillaient. Il aurait pu parier que l’un d’eux au moins avait la main posée sur le bouton de l’alarme. Le patron était même descendu dans la boutique et ne le quittait pas des yeux. C’est vrai qu’il dénotait un peu dans cette boutique chic, avec son jean déchiré et son blouson de cuir noir, mais il était et resterait toujours Falko, le caïd des rues.

Lorsqu’il sortit son portefeuille pour payer, il crut un instant que l’alerte rouge allait être déclenchée, mais lorsque les billets s’étalèrent sur le comptoir, l’atmosphère se détendit nettement et des sourires apparurent sur les visages. Lui ne changea pas d’expression. Simplement, au moment de sortir, il se retourna un bref instant, lança d’une voix moqueuse :

« Jamais se fier aux apparences, vous voyez… Pendant que vous étiez tous en train de me surveiller, le type sapé à quatre épingles, là-bas… Il vous a piqué au moins trois bagues. »

Falko riait encore à la pensée du branle-bas de combat qu’avait déclenché sa déclaration lorsqu’il poussa la porte du magasin animalier pour y acheter une douzaine de balles brillantes avec des grelots. Il ne s’agissait pas d’oublier les chatons-fées qui partageaient leur vie, et qui, s’ils avaient des pouvoirs magiques, étaient avant tout et pour toujours des chatons…

 

Il offrit son cadeau à sa belle Ysaline le soir du 24 décembre, trop impatient pour attendre davantage. Ils étaient assis tous les deux devant la cheminée, ainsi qu’ils aimaient à le faire durant les soirées d’hiver. Les chatons couraient partout, à la poursuite des balles multicolores, qui s’envolaient régulièrement dans les airs lorsqu’ils faisaient usage de leurs pouvoirs. Il attendit qu’elle ouvre la petite boîte, le cœur battant, et lorsque ses yeux s’illuminèrent en découvrant le délicat bijou, il sourit tendrement :

« Joyeux Noël, ma princesse. »

Sans qu’il le dise, elle sut qu’il n’avait prononcé ces mots pour personne. Elle accrocha la chaîne autour de son cou et lui sourit avant de le prendre par la main :

« Viens. Ton cadeau est dehors.

— Mon… cadeau ?

— Bien sûr. Tu ne croyais quand même pas que j’allais t’oublier ? »

Là aussi elle devina qu’il n’avait jamais eu de cadeau à Noël. Elle le prit par la main et ils sortirent dans la nuit. Toujours curieux, les chatons s’étaient nichés dans la chemise de Falko. Ysaline leva la main vers le ciel et lui dit :

« Regarde… »

Là-haut, devant la lune, il vit passer un traîneau tiré par des rennes, un traîneau qui descendait doucement vers eux pour se poser sur la neige blanche.

« C’est pas vrai…, lâcha Falko dans un souffle.

— Bien sûr que si, c’est vrai. La magie existe, Nessie existe, le Père Noël existe. »

Abasourdi, Falko vit le célèbre vieillard à la houppelande rouge et à la barbe blanche descendre de son véhicule et venir vers eux, ses yeux bleus pétillants de malice.

« Ainsi donc, c’est toi, Falko, fit-il en le détaillant des pieds à la tête.

— Vous… vous me connaissez ?

— Bien sûr que je te connais. Je connais tout le monde. Tu fais partie de ceux que je cherche à atteindre depuis longtemps, jeune homme, mais il n’y a jamais eu moyen de te faire croire en moi, et sans croyance, la magie ne peut rien. Mais tu as rencontré ma fille, et elle a réussi là où j’ai échoué.

— Votre… fille ?

— Eh oui, ma fille ! Je ne suis pas aussi vieux que j’en ai l’air, tu sais. Ce n’est qu’un déguisement que nous empruntons lorsque vient le soir de Noël.

— Em… empruntons ?

— Bien sûr. Le Père Noël n’est pas immortel, on le fait croire, c’est tout. Allez, mes enfants, je dois vous laisser, la nuit sera longue, pour moi, mais demain, je viendrai partager avec vous le repas de Noël. Bonne nuit, mes petits ! »

Le traîneau s’envola dans le tintinnabulement des cloches des rennes. Falko le suivit longtemps des yeux, tandis qu’un baume apaisant descendait sur son cœur si longtemps meurtri.

« Rentrons, murmura doucement Ysaline lorsque la tempête se leva. »

Cette nuit-là, alors que le vent hurlait dehors, la nuit fut douce dans le chalet perdu dans la montagne. Les chatons s’endormirent sur l’épais tapis devant la cheminée lorsqu’ils furent fatigués de jouer. Falko et Ysaline restèrent auprès d’eux, sans rien dire, dans les bras l’un de l’autre, juste heureux d’être ensemble.

 

C’était la nuit de Noël, la nuit de toutes les magies, la nuit où un voyou rencontra le Père Noël et sut qu’un jour quelqu’un, quelque part, l’avait considéré comme un enfant comme les autres…

 

La saga de Falko et Ysaline peut se lire ici.

Défi 330 du samedi 20 décembre 2014

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20 décembre 2014

J’ai cru que j’étais chez moi (Fairywen)

 

J’ai cru que j’étais chez moi…

 

Il y a dix-huit ans et quelques mois de cela, j’ai acheté une maison. Une jolie maison, pas bien grande, mais dans laquelle je me suis sentie bien à la seconde où j’en ai franchi le seuil. Mon mari et moi l’avons aménagée à notre goût, avec des papiers peints de couleur, une jolie petite fille devenue grande depuis, des sourires, des baisers, des larmes parfois et surtout, beaucoup d’amour. Un vrai petit paradis, quoi.

Et puis il y a maintenant bientôt quatre ans, nous avons laissé entrer deux SDF dans cette jolie maison. Insidieusement, les choses ont changé… Ils ont commencé par s’approprier le salon, en particulier le canapé. Bien entendu, la cuisine et le frigo sont devenus leur royaume. Petit à petit, ils sont venus dans notre lit pour y prendre toute la place, sans se préoccuper de nous. Et lorsque l’un d’eux nous a quittés suite à une longue maladie, un autre est venu, puis un autre, et un autre encore. Ils sont quatre, à présent. Quatre à prendre leurs aises dans ma jolie maison, que ça nous plaise ou non. Et impossible de les mettre dehors ou de leur faire entendre raison ! Non, ils sont là, ils y restent, squattent les endroits les plus confortables, s’étalent sur le lit la nuit, exigent des repas à heures fixes, brefs, se comportent comme des rois !

 

C’est là que j’ai compris que les papiers mentaient, et que ma maison n’était plus à moi depuis le jour où les premiers de ces SDF l’avaient investie, tellement il est vrai que lorsqu’on fait entrer un chat chez soi, on vit en invité dans ce qui est devenu son chez lui…

Défi 329 du samedi 13 décembre 2014

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